Les événements en Syrie – Quel camp avez-vous choisi ?


Je vous poste cet article pour information; cela ne veut pas dire que je partage tout ce qui s’y dit. Contre l’intervention « humanitaire » de l’Occident, entièrement d’accord. C’est une affaire syrienne, à résoudre entre Syriens. L’article semble négliger totalement les arrestations et les massacres; il est trop théorique. L’auteure ne voit pas que les Syriens en ont marre d’être quadrillés, réduits au silence, privés de liberté. Tout ce qui se dit à Al Jazeera n’est pas toujours vrai, j’en conviens, mais il reste une bonne marge de vérité; par contre, si vous vous branchez sur la TV syrienne, alors là, on est en pleine langue de bois.

Sara Flounders

12 mai 2011

Quand l’impérialisme américain s’engage dans une agression contre l’un ou l’autre gouvernement ou mouvement, il est essentiel que les mouvements ouvriers et les mouvements politiques progressistes en faveur du changement puissent collecter le maximum d’informations disponibles et prendre position.

Il est lâche de rester neutre et c’est une trahison à l’égard de sa classe que de se ranger dans le même camp que celui de la pieuvre impérialiste qui cherche à dominer le monde.

C’est le b a ba des mouvements ouvriers depuis un siècle et demi de lutte des classes. C’est la base même du marxisme. Cela se retrouve dans les chants syndicaux qui posent la question : « Which side are you on ? » (De quel côté êtes-vous ?) et chez les organisateurs ouvriers qui ne cessent de répéter « En blesser un, c’est les blesser tous. »

Une explosion sociale ébranle le monde arabe. L’impérialisme américain et tous les anciens régimes qui lui sont liés dans la région tentent désespérément de gérer et de contenir ce soulèvement de masse incessant dans des voies qui ne mettent pas en péril la domination impérialiste sur le Proche et Moyen-Orient.

Les États-Unis et leurs collaborateurs essaient également de diviser et de saper les deux ailes de la résistance – les forces islamiques et les forces nationalistes laïques – qui, ensemble, ont renversé les dictatures soutenues par les États-Unis en Égypte et en Tunisie. On assiste actuellement à un effort américain concerté en vue de dresser ces mêmes forces politiques contre deux régimes de la région qui, dans le passé, se sont opposés à la domination américaine : en Libye et en Syrie.

Ces derniers pays ont tous deux leurs propres problèmes de développement, lesquels sont exacerbés par la crise capitaliste mondiale en général et par des décennies de compromis qu’on leur a imposés du fait qu’ils tentaient de survivre dans un environnement hostile d’attaques incessantes – politiques et parfois militaires, le tout comprenant également des sanctions économiques.

Les bombardements de la Libye des œuvres des États-Unis et de l’Otan ont clairement montré où en est l’impérialisme vis-à-vis de ce pays. Les exploiteurs transnationaux sont bien décidés à s’emparer totalement des réserves pétrolières les plus riches de l’Afrique et de mettre un terme au flux de milliards de dollars par lequel la Libye contribuait au développement de pays africains beaucoup plus pauvres.

La Syrie est également visée par l’impérialisme – en raison de sa défense héroïque de la résistance palestinienne des décennies durant et de son refus de reconnaître l’occupation sioniste. L’aide de la Syrie au Hezbollah dans sa lutte pour mettre un terme à l’occupation israélienne du Liban et dans son alliance stratégique avec l’Iran ne peut être oubliée non plus.

Même si une grande partie de la situation interne de la Syrie est malaisée à comprendre, il convient de faire remarquer que, dans la lutte qui se déroule actuellement, des déclarations claires de soutien au gouvernement syrien et d’hostilité aux efforts américains de stabilisation ont été prononcées par Hugo Chávez au Venezuela, par le secrétaire général du Hezbollah, Seyyed Hassan Nasrallah, au Liban et par plusieurs dirigeants en exil du Hamas, l’organisation palestinienne élue par les habitants de Gaza. Ces dirigeants politiques ont vécu aux premières loges les campagnes américaines de déstabilisation, qui recouraient à l’invention de mythes par les médias traditionnels, à des groupes d’opposition financés de l’extérieur, à des assassinats bien ciblés, à des opérations spéciales de sabotage et se servaient d’agents bien entraînés travaillant sur Internet.

Du côté de ce qui est censé être « l’opposition démocratique », on trouve des réactionnaires comme le sénateur Joseph Lieberman, président de la puissante Commission sénatoriale pour la sécurité intérieure, qui a lancé un appel pour que les États-Unis bombardent la Syrie, après la Libye. Parmi les partisans déclarés de l’opposition en Syrie, on trouve également James Woolsey, ancien directeur de la CIA et conseiller de la campagne électorale du sénateur John McCain.

Wikileaks dénonce le rôle des États-Unis

Un article intitulé « Les États-Unis ont soutenu secrètement les groupes d’opposition syriens » et rédigé par Craig Whitlock (Washington Post, 18 avril) décrivait par le menu les informations contenues dans les câbles diplomatiques américains que Wikileaks avait adressés aux agences d’information du monde entier et publiés sur son site Internet. L’article résume ce que ces câbles du ministère américain des Affaires étrangères révèlent à propos du financement secret des groupes syriens d’opposition politique, y compris la transmission dans le pays d’émissions antigouvernementales et ce, via la télévision par satellite.

L’article décrit les efforts financés par les États-Unis comme faisant partie d’une « campagne de longue haleine visant à renverser le dirigeant autocratique du pays, Bashar al-Assad », qui a fait ses débuts sous le président George W. Bush et a poursuivi sa carrière sous le président Barack Obama, même si ce dernier a prétendu qu’il reconstruisait les relations avec la Syrie et qu’il a installé un ambassadeur en Syrie pour la première fois depuis six ans.

Selon un câble d’avril 2009 signé par le diplomate le plus élevé en grade à Damas à l’époque, les autorités syriennes « considéraient sans aucun doute tout financement de groupes politiques illégaux comme équivalant à appuyer un changement de régime ». L’article du Washington Post décrit plus ou moins en détail les liens entre la chaîne de TV de l’opposition Barada, financée par les États-Unis, et le rôle de Malik al-Abdeh, qui fait partie de son conseil d’administration et diffuse des vidéos de protestation. Al-Abdeh fait également partie de la direction du Mouvement pour la justice et la démocratie, présidé par son propre frère, Anas Al-Abdeh. Les câbles secrets « font état de craintes persistantes, parmi les diplomates américains, que les agents de la sécurité d’État syrienne n’aient découvert que la piste de l’argent remontait jusqu’à Washington ».

Le rôle d’Al Jazeera

Peut-être le défi de la campagne de déstabilisation en Syrie, ainsi que sa dénonciation, sont-ils venus avec la démission de Ghassan Ben Jeddo, le journaliste bien connu des nouvelles émissions de télévision d’Al Jazeera et le responsable de l’agence d’Al Jazeera à Beyrouth. Ben Jeddo a démissionné pour protester contre la partialité d’Al Jazeera, mettant tout spécialement en exergue une « campagne de diffamation contre le gouvernement syrien » qui a transformé la chaîne de TV en « vulgaire organe de propagande ».

Al Jazeera a couvert favorablement l’incontrôlable soulèvement de masse de millions de personnes en Égypte et en Tunisie. Cependant, cette chaîne d’information par satellite a également fait état par le détail de toute revendication et accusation politique, sans égard pour la façon dont elles pouvaient n’être pas fondées, qui ont été exprimées par l’opposition politique, tant en Syrie qu’en Libye. Al Jazeera est devenue la voix la plus forte de la région – elle est captée par des millions de spectateurs – pour réclamer l’intervention « humanitaire » des États-Unis, des zones d’exclusion de vol et le bombardement de la Libye. Ainsi donc, il est important de bien comprendre la position d’Al Jazeera en tant que société d’information, et tout particulièrement lorsqu’elle prétend s’exprimer en faveur des opprimés.

Al Jazeera, dont le siège est au Qatar, ne fait jamais état du fait que 94 pour 100 du travail au Qatar est effectué par des immigrés qui n’ont absolument aucun droit et qui survivent dans des conditions proches de l’esclavage. La répression brutale du mouvement de masse dans le royaume à monarchie absolutiste de Bahrein, voisin immédiat du Qatar et actuellement occupé par les troupes saoudiennes, ne reçoit que peu de couverture non plus de la part d’Al Jazeera.

Cette censure est-elle due au fait qu’Al Jazeera TV News a été fondé par le monarque absolu du Qatar, l’émir Sheikh Hamad bin Khalifa Al Thani ?

Il est particulièrement important de faire remarquer qu’Al Jazeera ne mentionne jamais l’énorme base aérienne militaire du Commandement central américain, installé au Qatar précisément. Des drones en mission secrète dans la région décollent régulièrement de cette base. Le Qatar a également envoyé des avions pour participer aux bombardements en Libye des États-Unis et de l’Otan.

Le Qatar travaille en étroite collaboration avec le ministère américain des Affaires étrangères pour appuyer à fond l’intervention des États-Unis dans la région. Le Qatar a été l’un des premiers États arabes, et le premier des États du Golfe, à établir des relations avec israël. Lors des bombardements de Gaza par Israël, en 2009, il a suspendu ces relations mais, depuis, a proposé de les renouer.

Facebook et la contre-révolution

La CIA et le NED (National Endowment for Democracy – Fondation nationale en faveur de la démocratie) sont devenus des experts dans l’utilisation des barrages des médias sociaux tels que Facebook, Twitter et Youtube pour submerger les gouvernements visés de millions de messages fabriqués, de rumeurs et d’images incontrôlées.

Les alertes fabriquées sur les luttes et les scissions entre les factions rivales de l’armée syrienne, lesquelles auraient abouti à des démissions, étaient fausses. Par exemple, le général de division al-Rifai (retraité) a nié comme dénuées de fondements les informations par TV satellite prétendant qu’il dirigeait une scission au sein de l’armée. Il a ajouté qu’il était retraité depuis dix ans.

Izzat al-Rashek, du Bureau politique du Hamas, et Ali Baraka, représentant du Hamas au Liban, ont infirmé publiquement des allégations prétendant que la direction de cette organisation palestinienne de résistance quittait Damas pour se réinstaller au Qatar. Ali Baraka a expliqué que c’était un bobard monté par les États-Unis pour exercer des pressions sur Mahmoud Abbas, du Fatah, et entraver la réconciliation palestinienne tout en attisant le conflit entre les mouvements de résistance et la Syrie.

Le gouvernement syrien a accusé des snipers d’avoir tiré sur des manifestations, sur l’armée et sur la police dans l’intention de voir la police ouvrir à son tour le feu sur les manifestants.

Les rumeurs, les messages anonymes sur Internet et les rapports émis par TV satellite dans l’intention d’exacerber les divergences sectaires font partie de la campagne de déstabilisation.


Le caractère dual de la Syrie

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi l’impérialisme américain et ses pions dans la région, y compris Israël et les monarchies corrompues et dépendantes que sont la Jordanie, le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, aimeraient voir un « changement de régime » en Syrie.

La Syrie est l’un des rares pays arabes à n’entretenir aucune relation avec Israël. Plusieurs organisations de résistance palestinienne ont des « bureaux en exil » en Syrie, y compris le Hamas. La Syrie est alliée de façon étroite à l’Iran et au Liban.

La Syrie aujourd’hui n’est ni un pays socialiste, ni un pays révolutionnaire. Le capitalisme – et l’inégalité qui en résulte – n’y a pas été renversé. Il existe une classe capitaliste, en Syrie : nombreux sont ceux qui, en sont sein, ont bénéficié des « réformes » au cours desquelles des industries anciennement aux mains de l’État ont été vendues à des capitaux privés.

Toutefois, l’État syrien représente des forces contradictoires. Le pays a été un bastion de protection des gains obtenus lors des luttes et soulèvements anticoloniaux des masses arabes dans les années 60 et 70. Au cours de cette période, de nombreux gains sociaux importants ont été réalisés, des industries et ressources majeures ayant appartenu au capital étranger ont été nationalisées et d’importants progrès ont été enregistrés dans la garantie des soins de santé, dans le niveau de vie et l’enseignement.

La Syrie sous le parti socialiste arabe Ba’ath est résolument laïque. Elle a maintenu la liberté religieuse pour tous tout en n’autorisant aucun groupement religieux à dominer l’État ou à être promu par ce dernier.

Mais le régime syrien a également réprimé sévèrement les efforts des mouvements de masse basés au Liban et en Syrie et qui voulaient poursuivre la lutte. Il a justifié sa répression des mouvements passés en insistant sur sa position précaire à proximité d’Israël, sur l’impact des deux guerres contre Israël, en 1967 et 1973, et sur l’occupation et l’annexion par Israël de l’importante région syrienne que sont les hauteurs du Golan, et ce, depuis 44 ans.

Les années de sanctions de la part des États-Unis et les efforts de déstabilisation du passé ont également eu un effet cumulatif. L’appareil d’État, craignant depuis longtemps les perpétuelles interventions de l’extérieur, craint désormais le changement.

Il est essentiel de reconnaître ce caractère dual et de ne pas excuser ni d’ignorer tous les problèmes qui en découlent.

La Syrie a assumé le fardeau supplémentaire de nourrir et d’héberger plus de 500.000 réfugiés palestiniens et leurs descendants ces 63 dernières années. Les conditions sont meilleures que dans n’importe quel pays avoisinant parce que, contrairement à ce qui se passe au Liban et en Jordanie, les soins de santé, l’éducation et le logement sont accessibles aux Palestiniens vivant en Syrie.

L’impact de la guerre en Irak

L’invasion et la destruction massive par les États-Unis du pays voisin, l’Irak, la discussion entre Bush et Blair d’une semblable agression contre la Syrie en 2003 et les nouvelles sanctions très dures contre la Syrie ont encore accru l’intensité des pressions.

Mais le facteur le plus destructeur n’a jamais été discuté dans les médias traditionnels : plus de 1.500.000 Irakiens ont afflué en Syrie afin d’échapper à l’occupation américaine de ces huit dernières années.

Ceci a eu une importante influence sur un pays dont la population était de 18 millions d’habitants en 2006. Selon un rapport sorti en 2007 par le bureau du haut commissaire américain pour les Réfugiés, l’arrivée quotidienne de 2000 Irakiens désespérés a eu un impact extrême sur toutes les facettes de la vie en Syrie, particulièrement sur les services proposés par l’État à tous ses citoyens et à tous les réfugiés. La Syrie a le plus haut niveau de droits civiques et sociaux pour les réfugiés, dans toute la région. D’autres pays des alentours exigent un minimum de solvabilité bancaire et expulsent les réfugiés nécessiteux.

L’arrivée inattendue de ces réfugiés irakiens a eu un impact dramatique sur les infrastructures, sur les écoles primaires et supérieures à la gratuité garantie, sur les soins de santé gratuits, sur la disponibilité des logements et sur les autres domaines de l’économie. Elle a provoqué une hausse des prix dans toute l’alimentation. Les prix des denrées alimentaires et des biens de première nécessité ont augmenté de 30 pour 100, les prix des propriétés de 40 pour 100 et les prix des loyers de 150 pour 100.

Les réfugiés irakiens ont également bénéficié de la part de l’État syrien de subsides pour le carburant, la nourriture, l’eau et autres produits essentiels pour tout le monde. Une telle masse de personnes sans emploi a amené une baisse des salaires et a augmenté la concurrence autour des emplois. L’impact du ralentissement économique mondial durant cette période difficile a encore aggravé les problèmes. (Middle East Institute, 10 décembre 2010, rapport sur la Coopération au profit des réfugiés).

Les États-Unis ont créé la crise des réfugiés, qui a amené le déplacement de plus de 25 pour 100 de la population irakienne en raison des violences sectaires. Pourtant, ils acceptent le nombre le plus bas de réfugiés et ils ont contribué aux frais des secours des Nations unies pour une somme moindre que le coût d’un seul jour de guerre en Irak. Les sanctions américaines contre la Syrie ont encore accru la désorganisation économique du pays.

Tout cela a accru la conscience du gouvernement et du peuple de Syrie à propos des dangers de l’occupation américaine et de la déstabilisation interne et du bain de sang qui pourraient venir de la violence sectaire attisée par les États-Unis.

Washington prétend être ennuyé à propos de l’instabilité qui règne en Syrie. Mais l’impérialisme américain en tant que système est amené à créer l’instabilité. La domination et le pouvoir débordants de l’armée et des sociétés pétrolières sur l’économique américaine et les énormes profits résultant des contrats militaires renforcent cette motivation à rechercher des solutions militaires.

Chaque déclaration faite par le gouvernement syrien a reconnu l’importance de réaliser des réformes internes tout en maintenant en place l’unité nationale dans un pays extrêmement diversifié présentant des différences historiques sur le plan de la religion, des tribus et des régions, et qui héberge actuellement près de deux millions de réfugiés.

Les diverses nationalités, religions et groupes culturels en Syrie ont absolument le droit de faire partie de ce processus. Mais ce dont ils ont le plus besoin, c’est que soit mis un terme à l’intervention constante et sans relâche des États-Unis.

USA, bas les pattes !

Source : workers.org
Traduction site Michel Collon

Traduction : JMF / Investig’Action

Bachar ou le chaos: le régime syrien lance une propagande tous azimuts


De Rana MOUSSAOUI (AFP) – il y a 1 heure

DAMAS — Le régime syrien a lancé une machine de propagande d’une ampleur sans précédent pour discréditer le mouvement de contestation et marteler un message clair: Bachar al-Assad ou le chaos.

« Les collabos cherchent la dissension », « Oui à la stabilité, non au chaos », « Liberté n’est pas sabotage »: depuis les affiches de rue à Facebook et Twitter, en passant par les clips télévisés, le pouvoir a déclaré une guerre sans merci à ceux qui le remettent en cause depuis le 15 mars.

« Le message de notre campagne est simple: le mot +liberté+ clamé par les contestataires n’est pas la vraie liberté », soutient Chaza Ferzli, 33 ans, chargée du projet à United Group (UG), la plus grande compagnie de publicité et de presse du pays.

Où que l’on tourne la tête à Damas, il y a un slogan. Sur les immeubles, les abribus et les transports en commun, les autorités appellent à « l’unité nationale » et à « la coexistence entre communautés », à côté des traditionnels portraits géants du « leader Bachar ».

Une affiche censée inspirer la peur montre des destructions avec le mot d’ordre « non à la dissension », et à côté, l’image d’une église et d’une mosquée sous le slogan « oui à la coexistence ».

Dans ce pays multiconfessionnel, le pouvoir veut ancrer l’idée que les contestataires sont des extrémistes qui veulent briser l’harmonie régnante.

Pour Zoulfikar Mohammad, un créatif d’UG, les deux campagnes lancées jusqu’à présent visent à « raviver la fibre nationale face à un phénomène venu de l’extérieur. C’est un complot étranger », assure-t-il en référence aux manifestations qui ont démarré dans le sillage des révoltes arabes.

Pour donner le sentiment que la patrie est en danger, la télévision d’Etat diffuse régulièrement des spots glorifiant le pays, sous les slogans « Syrie ma chérie » ou « la Syrie a la tête haute », avec des images de sites touristiques.

Pour parler des protestataires, le pouvoir n’utilise que des termes péjoratifs comme « irhabiine » (terroristes), « ma’jourine » (mercenaires) ou encore « moundassine » (comploteurs).

Les partisans du président syrien savent aussi, comme leurs adversaires, utiliser les nouvelles technologies.

Dans un quartier résidentiel de Damas, Ammar Ismaïl et Georges Chaoui livrent une guerre sans relâche sur Facebook et Twitter à la page « Syrian revolution 2011 », lancée par des jeunes anti-régime.

« Je passe des nuits blanches », assure Ammar, en parcourant son « D.N.N » (Damascus News Network), l’une des 15 pages pro-Bachar sur Facebook, à l’instar de « l »armée syrienne électronique » ou encore « We are Syria ». Principal objectif: décrédibiliser l’autre camp en pointant du doigt « leurs mensonges » et dénoncer la couverture de chaînes satellitaires arabes comme Al-Jazira, bête noire des autorités syriennes.

« Ils (les médias internationaux) diffusent seulement l’opinion des opposants, pas celles des loyalistes. On ne donne pas la parole à ceux qui aiment le président », assure Ammar. Regardez ces fausses funérailles reprises par les médias », dit-il en montrant une vidéo sur YouTube où l’on voit deux « cadavres » se levant après la prière des morts pour se joindre à une foule en colère.

Pour leur part, les opposants, qui diffusent chaque jour des dizaines de vidéos reprises dans la monde entier, accusent les pro-régime d’en fabriquer des fausses pour les discréditer.

Dans un pays qui interdit à la quasi-totalité des journalistes étrangers de venir couvrir les événements, c’est la cyber-guerre sur YouTube entre loyalistes et opposants du régime en place depuis 1963. Tous les coups sont permis, comme le hacking et les campagnes de dénonciation massives qui incitent Facebook et Twitter à fermer les pages des uns et des autres.

Un témoignage de Mère Agnès-Mariam de la Croix


Au crible des informations tendancieuses, la situation en Syrie
On m’a demandé mon avis sur ce qui se passe chez nous. Vous le savez je travaille en Syrie à la réhabilitation d’un monastère du VIème siècle tombé en ruine. Notre communauté monastique est dévouée au témoignage et à l’unité de l’Eglise d’Antioche et chargée de servir les pèlerins et les personnes en recherche spirituelle. Nous recevons près de 20000 visiteurs par an. Cette affluence, avec le réseau local et régional d’amitiés de la communauté, nous permet d’avoir une idée assez objective de la situation qui nous préoccupe.
1er mai 2011
 

Mère Agnès-Mariam de la Croix
(©Micheline Albert Tawil Tramp)
J’aimerais d’abord souligner que la politique n’est pas un domaine où je m’aventure, ce qui m’intéresse c’est le salut final de l’homme qui est son bien suprême. Cet angle de vue aide à juger de la politique. Aussi, pour ne pas me fier uniquement à ma propre vision je me suis documentée sur le web. Je suis tombée sur des analyses que j’ai trouvées pertinentes et qui m’ont confirmée dans mes intuitions. Ces sites sont en « marge » des réseaux d’informations officiels qui, nous nous le concédons, pratiquent la langue de bois, ou pire, le lissage sémantique pour parvenir à des fins occultes quand ils ne font que puiser, sans vérification, à des sources douteuses.
Il va sans dire que le Moyen-Orient vit des moments de bouleversements majeurs. Il nous est demandé en tant que chrétiens de lire les signes des temps, ce que le Seigneur, Maître de l’histoire, est en train de travailler –au sens johannique (cf. Jean 5,17). Il est important aussi de juger de la situation avec un œil spirituel pour pouvoir s’engager dans la réalité des faits d’après notre responsabilité de témoins du Christ.
Un nouveau-né très médiatisé
Les manifestations qui ont commencé en Egypte pour atteindre le Yémen, le Bahreïn, la Jordanie, la Libye et la Syrie, sans oublier l’Arabie Séoudite, sont acclamées et favorisées dans les médias mondiaux comme des mouvements légitimes et spontanés et mêmes charismatiques et inspirés. Quoi de plus louable et digne de sympathie que des foules qui réclament la liberté, la démocratie et le changement constructif au sein de leurs pays respectifs dont les monarchies vétustes et les régimes désuets au pouvoir désormais héréditaire sont tous tyranniques et corrompus ?
On nous annonce avec fracas qu’un enfant vient de naître des cendres de l’arabisme moribond, il s’appelle révolution. Avec l’Amérique pour parturiente, et pour marraines la Ligue Arabe et les Nations-Unies, présidées par la France et l’Angleterre, le nouveau-né a été déclaré enfant légitime de la communauté internationale alignée. Son père est l’antinationalisme arabe et sa mère la liberté. Pour asseoir sa légitimité il a eu pour témoins les cousins princiers du Golfe, Qatari en tête. Attendrie par sa naissance la communauté internationale s’engage à le protéger contre tout mal, même au prix d’une ingérence qui sera, toujours dans son cas, strictement humanitaire.
Vraie sosie du Christ coranique l’arabisme mondialisé est un enfant-prodige qui parle dès son berceau la nouvelle langue planétaire. Il est le signe de la toute-puissante providence du sacro-saint monde virtuel qui brasse les idées des hommes comme le chef de cuisine mélange sa sauce au goût du jour. Nourrices consciencieuses du nouveau-né, encore aux tétines dans les aréopages du net, les chaînes satellitaires, viennent, à grand renfort de câlins, en aide à son isolement affectif. Elles le bercent de nouvelles cantilènes où il apprend qu’en vertu de la nouvelle paternité internationale il n’est pas orphelin mais seulement libéré de sa mère-vampire. Voilà qu’autour de son berceau une nouvelle arabophonie voit le jour en un phénomène médiatique nouveau qu’on n’a pas eu le temps de voir venir et qui s’impose. On zappe à longueur de journée et c’est le même discours, habilement basé sur les dogmes de la nouvelle religion mondiale.
En fait, ce qui nous pose problème n’est pas le phénomène des manifestations contre les régimes de notre région mais le timing, et l’accompagnement tendancieux qui est réservé à ces dernières de la part des chaînes satellitaires, en coordination parfaite avec certains gouvernements. Elles étaient préparées pour l’année, le jour et l’heure. Al Jazira, huée cependant par les forces de la coalition en Iraq mais transformée aujourd’hui en porte-parole international –oh combien ambigu- des valeurs du nouveau Moyen-Orient ; Al Arabiyah, qui s’exprime, oh paradoxe, au nom de la liberté à partir du fief de la plus grande théocratie arabe en Arabie Saoudite ; Al Hurra, née des cendres du régime de Saddam Hussein par insufflation washingtonienne ; CNN, le vétéran de la guerre du Golfe, le très royal BBC News, France 24, à peine adoubé, dans leurs versions internationale et arabe. Ces mastodontes évoluent en parfaite harmonie idéologique avec les aréopages du net : les leurs propres ainsi que Facebook, Tweeter, Utube ou autre et sont relayés par la presse écrite en ligne.
Notre expérience en Syrie
Tant que l’information ne nous concernait pas nous ingurgitions passivement les nouvelles savamment orchestrées des autres pays en souffrance. Mais lorsque il s’est agi des évènements éclatés en Syrie, nous avons commencé petit à petit à nous rendre compte que ces chaînes n’informent pas, elles cherchent à infléchir le cours des évènements par des moyens virtuels perfectionnés. Ce faisant elles représentent un totalitarisme d’un type nouveau qui manipule l’opinion publique. Il nous a été aisé de découvrir que les données médiatiques sont soumises à un subtil filtrage qui fausse leur sens. On les traite d’une manière sélective pour aboutir à une image donnée de la situation et, ce qui est pire, l’orienter insidieusement dans un sens voulu. Une nouvelle « source » de renseignements pour ces chaines est qu’elles quémandent les messages MMS, multimédia, envoyés clandestinement à partir de téléphones portables. Ces messages téléphoniques sont souvent l’unique source d’information visuelle ou sonore pour retransmettre ce qui se passe dans tel ou tel pays. Nos jeunes ont été sollicités, par des SMS ou par des mails, à envoyer ces documents aux chaînes satellitaires avec, en contrepartie, la promesse d’une rémunération financière.
Par appât du gain et parce qu’il y a preneur, tout et n’importe quoi est offert sur ce marché dérisoire de l’information. Un de nos contremaîtres m’a montré un vidéo-clip local réalisé par des jeunes syriens pour illustrer une chanson arabe. On y voit une bande de jeunes habillés de noir circulant armés dans des voitures décapotables comme des gardes de sécurité. A notre grande stupéfaction cette même vidéo a été montrée sur la chaîne Al Jazira comme étant la preuve de l’arrogance des services secrets syriens !
On s’allongerait beaucoup s’il fallait revenir sur tous les montages et fictions des chaînes satellitaires qui ne traitent qu’une partie de l’information et cherchent à imposer leurs propres vues de la réalité. Comme cela a été attesté sur l’excellent Blog Syria Comment de Joshuah Landis [1], on arrive à transmettre le contraire de ce qu’attestent les personnes interviewées. Le Colonel ‘Uday Ahmad témoigne qu’il roulait avec son beau-frère le Colonel Yasir Qash’ur sur l’autoroute près de Banyas le 10 avril 2011, lorsque des tirs les ont pris en chassé croisé et ont tué sur le coup Qash’ur et huit autres soldats dans leur camionnette. A qui voulait l’entendre le Colonel ‘Uday a affirmé qu’ils n’avaient pas été tués par l’armée mais dans un guet-apens d’inconnus, on lui a fait dire le contraire.
De même sur ce blog on fait état du journal anglais en ligne the Guardian [2] qui assure que des soldats syriens avaient été fusillés parce qu’ils refusaient de tirer sur la foule et se réfère à une vidéo sur YouTube où, en réalité, l’interviewer harcèle un soldat blessé pour lui arracher l’aveu qu’il avait refusé de tirer sur les gens. Question : quand vous n’avez pas tiré que s’est-il passé ? Mais le soldat ne comprend pas la question parce qu’il venait de dire qu’il n’avait pas reçu des ordres pour tirer sur les gens, aussi répond-t-il « rien, les tirs ont commencé de toutes les directions ». L’interviewer répète sa question d’une autre manière en demandant « pourquoi tiriez-vous sur nous, des musulmans ? » Le soldat lui répond : « je suis aussi un musulman ». Alors l’interviewer lui demande : « pourquoi alors alliez-vous tirer sur nous ? » et le soldat de répondre : « nous n’avons pas tiré sur les gens ont nous a tiré dessus sur le pont ».
Non seulement ces pauvres soldats sont abattus cyniquement par des mercenaires mais les médias s’évertuent à en faire des bourreaux !
Des ingérences étrangères dans les évènements
Il faudrait vraiment se désintoxiquer de la désinformation concertée des ces mega medias. Quel zèle haineux a soudainement envahi leurs comités de rédaction pour qu’ils puissent à ce point mentir dans l’agencement de l’image et du son ? En campagne au nom de la liberté les voici qui commencent par nous imposer un totalitarisme de l’opinion qui surpasse en efficacité celle des pires régimes d’antan. Il est décrété que les peuples arabes doivent se révolter et changer de régime à l’aveuglette et à n’importe quel prix pour exorbitant qu’il soit. Il est clair qu’on cherche à créer un vide sécuritaire et à affoler l’habitant. Parallèlement les médias soufflent sur le feu pour l’amener au paroxysme. Ces agissements sont loin de la déontologie journalistique, ils sont manipulateurs, ils devraient être stigmatisés.
Alix Van Burren, reporter vétéran de la Repubblica, le journal italien bien connu est à Damas et il a envoyé un rapport sur le rôle possible d’agitateurs à la solde de Khaddam à Banyas. Le dimanche deux personnes de l’entourage de l’ex-vice président ont été arrêtées. Des activistes des droits de l’homme ont confirmé qu’ils étaient en train de semer le trouble en distribuant de l’argent et des armes. Haytham al Maleh, un membre de l’opposition, a été le plus explicite à montrer du doigt l’interférence des gens de Khaddam qui « joue avec le sang des innocents » dans et autour de Banyas. Il a aussi mentionné les chiens galeux, loyaux de Rifa’t al Assad, oncle mafieux et déchu de Bashar El Assad. Ces gens, d’après la Repubblica, sont actifs sur la côte entre Tartous et Lattaquieh.
Depuis l’assassinat de Rafic Hariri au Liban, son fils Saad qui accuse la Syrie d’avoir commandité le meurtre cherche à affaiblir le régime, voire à l’éradiquer par tous les moyens.
La semaine passée nous avons lu dans Wikileaks que ce même Saad Hariri avait demandé aux USA de mettre fin au régime de Assad stipulant que Khaddam et les Frères Musulmans, aidés de Hikmat Al Shebahi pourraient remplir le vide occasionné. Depuis quelques années nous savons que souvent des armes passent par les montagnes qui nous entourent, limitrophes avec le Liban qui sont difficilement contrôlables par la douane en provenance du village pro-haririen de ‘Arzâl. Pas plus tard qu’hier un tracteur a été intercepté contenant des armes, il est passé par devant notre monastère sis sur le chemin de contrebande à l’orée du village. Depuis les années 60 le fondamentalisme sunnite cherche à émerger au sein des régimes arabes. Réprimés par ces régimes, les Frères musulmans et les djihadistes salafistes ont constitué des réseaux occultes qui ces dernières années ont infiltré des jeunes désoeuvrés. Certains, dans notre village, ont été enrôlés pour se battre à côté de Al Qaeda en Iraq et ont été tués. Nous avons su que ce qu’on croyait être de simples ouvriers égyptiens, des résidents jordaniens ou libanais ou des réfugiés irakiens faisaient partie en réalité des cellules dormantes qui s’équipaient petit à petit pour un scénario de renversement du régime savamment élaboré entre diverses capitales et patronné par certaines grandes puissances et quelques pays arabes. Cependant, et c’est le comble, ces médias et leurs invités tournent en dérision toute nouvelle concernant l’implication de tierces personnes dans les évènements en Syrie et se hâtent de démentir les preuves apportées de l’implication active de régimes et de factions à l’arrière-fond des évènements en Syrie, avec la présence de mercenaires professionnels armés et équipés.
Des informations dignes de foi assurent le contraire. Des mercenaires circulent un peu partout. Le cousin de notre tailleur de pierre allait au restaurant depuis une semaine. Une voiture sans immatriculation passe près de lui et l’abat à bout portant. Hier à Deir Atiyeh, village cossu à quatre kilomètres du nôtre, un groupe armé a tiré sur le restaurant le plus sélect et a endommagé plusieurs magasins. La présence de ces mercenaires a fait que nos jeunes des quartiers chrétiens de Homs, Rableh, Qusayr, Dmaineh, Jousseh, ont formé des comités populaires pour fermer l’entrée des ruelles et villages et s’assurer de l’identité de tout arrivant. Ils témoignent que les forces de sécurité elles-mêmes acceptent d’être fouillées. Nos jeunes de Homs ont poursuivi et attrapé des fauteurs de troubles, qui étaient des étrangers de nationalités irakienne, libanaise ou égyptienne, armés et arborant des téléphones portables type Thuraya (connectés par satellites).
Mais ce qui donne le frisson est le récit que m’a fait ce matin un témoin oculaire. G.B.A.N qui est institutrice Cette personne est digne de foi, elle est membre de notre paroisse et très proche de notre monastère depuis des années : Voici ce qu’elle m’a raconté :
Témoignage d’une institutrice
« Les manifestants que nous avons vu déferler le jour des Rameaux ne sont pas de Homs. Ils nous demandaient comment se diriger dans les rues. Beaucoup sont des gamins qui portent des sortes de pantoufles qu’ils égarent dans la rue. Ces adolescents se sont targués devant nous de « gagner de l’argent ». Ils ont fait état de sommes d’argent qui leur ont été distribuées pour participer à la manifestation. Pour quelques-uns c’était 500 livres syriennes la journée, pour d’autres c’était 1000 livres syriennes.
Nous avons entendu nos voisins se répéter les uns les autres : « d’où viennent ceux-là et pourquoi doivent-ils s’exprimer chez nous à notre place ? ». Les gens de Homs avaient peur et se barricadaient chez eux. Les manifestants étaient mal élevés, des Hardabasht. A 18h30 ils se sont arrêtés à l’église Saint Antoine des grecs-orthodoxes à Bab El Sbah et ont parlé insolemment avec les Pères Wahib Bitar et Tohmeh Tohmeh qui faisaient les prières des Rameaux. Ils les ont interrompu et leur ont intimé l’ordre de se dépêcher pour terminer. Du jamais vu en Syrie où la coexistence islamo-chrétienne est idéale.
Nos jeunes étaient à leur poste à l’entrée des quartiers sous le contrôle des comités populaires : A Adawiya, Al Nuzhat, Bab El Sbah, Al Zahra’ et Khaldiyé. Ils ont réussi à empêcher l’accès de nos quartiers aux manifestants.
Les manifestants ont continué leur chemin, cassant des magasins, brûlant des pneus et molestant les passants. Ils proféraient des paroles vulgaires et insultantes. On a fait état de personnes assassinées, comme un général qui allait dans sa voiture faire des achats. On leur a tiré dessus à bout portant puis on les a coupé en morceaux pour causer la plus grande frayeur au public. Le même procédé a été utilisé par les salafistes à Nahr El Bared avec l’armée libanaise, où les soldats eurent les yeux crevés et les membres coupés. Durant leurs obsèques tout Homs était bouleversé et acclamait le Président. Mais les médias étrangers n’ont donné aucune importance à cet incident. Ils attribuent tout à des « coups montés » du régime.
Le lendemain après-midi les manifestants sont revenus. Les services d’ordre ont remarqué qu’un immeuble en réfection était infiltré par des snipers. Ils ont entouré l’immeuble pour se saisir des snipers et ont demandé aux forains d’éteindre toute lumière. Quelques-uns des snipers qui cherchaient à fuir ont été touchés par les balles de nos soldats. Ils ont été transportés à l’hôpital militaire. Je connais le médecin en chef de cet hôpital, Dr. Kasser Finar. Le soir il était bouleversé en nous racontant que ces snipers étaient des syriens venus des villages reculés aux confins du désert. Ils étaient drogués au point de ricaner tout le temps et de n’avoir aucune sensation de souffrance.
Hier l’armée a mis la main sur une cache d’arme importante à Homs, dans la mosquée de Mreij à Bab El Sbah.
Ce soir les manifestants se sont rassemblés autour de la place de l’horloge qu’ils ont nommée « place de la libération ». Nous les avons entendus vociférer sans arrêt durant la nuit des slogans effrayants : « Le front de Homs proclame le Jihad, habitants de Homs, au Jihad ! ». Mais personne de la ville n’a bougé. Vers 4 heures du matin nous avons entendu des salves d’armes à feu et le matin quel fut notre soulagement de voir que toute cette foule hirsute avait été dispersée. Aujourd’hui Homs est comme en état de siège. Les forces de sécurité ont interdit les motocyclettes. Personne ne peut rentrer à Homs mais on peut en sortir. Nous avons tous vu que ces manifestants étaient des occupants à la solde d’une entité extérieure à la Syrie. On nous dit que ce sont des salafistes. Nous n’avons aucune hésitation à le croire, nous avons vu de nos yeux leurs agissements. Ils ne sont pas des nôtres, ils viennent pour un complot occulte, pas pour une réforme constructive. Que Dieu nous assiste. »
Témoignage de M.S. étudiant de Qâra, résidant à Homs
« Le mercredi 19 avril j’étais à Homs. J’habite près de l’université Baath, à côté du rond-point du président. En marge des manifestants j’ai vu des voitures 4×4 équipées avec de grosses mitraillettes bien fixées sur l’arrière. Un milicien se tenait derrière la mitraillette et tenait la gâchette appuyée pour cribler de balle tous les magasins de la rue commerçante qui va du rond-point au centre-ville. Les gens qui circulaient s’aplatirent sur le sol, il y eu quelques blessés. Les jeunes du comité populaire avec les forces de l’ordre finirent par tirer sur le véhicule qui dérapa. Nous accourûmes pour maîtriser ses occupants. Ils étaient trois. Quel ne fut notre étonnement de voir qu’ils étaient dans un état inexplicable, comme drogués. Celui qui actionnait la mitraillette avait été blessé par une balle qui avait laminé son bras en profondeur, mais il riait aux éclats, insensible à la souffrance. Ces gens ont été arrêtés et transportés ailleurs par les forces de l’ordre. »
En recueillant les témoignages de nos amis à Damas ( Zamalka, Jobar, Abbasiyyin -tijara, koussour, kassa-Dweila, Zablatani, Souk El Hâl, Saaba-Gotta, reliée aux camps palestiniens qui font un juteux commerce d’armes) ou Daraa, Suwaida, Lattaquieh et littoral ou Jezzirah, nous relevons plus ou moins le même scénario. Les gens, jeunes et adultes confondus se rassemblent au sortir des mosquées ou à une autre occasion. Ils s’avancent dans une manifestation pacifique. A l’intérieur de la foule il y a des groupuscules qui commencent à faire monter la tension. Les slogans deviennent plus violents et fanatiques. A un moment donné ces intrus commencent à commettre des actes violents : casser des magasins, brûler des voitures, s’en prendre aux passants ou aux forces de l’ordre. L’ensemble des manifestants n’est pas forcément au courant de ces agressions qui se déroulent à un bout de la file de la manifestation. A un moment donné des snipers embusqués sur les toits ou des gens armés de l’intérieur de la foule, tirent tant sur les forces de l’ordre que sur les manifestants. C’est la débandade. Les séquences de vidéo sont prises à ce moment-là pour prouver que les forces de l’ordre ont tiré gratuitement sur une foule pacifique.
C’est une évidence pour des observateurs impartiaux qu’il s’agit d’un scénario habilement monté et orchestré par les médias mondiaux à partir de concepts-clés. Ce scénario se répète un peu partout en Syrie pour infléchir la situation de sorte à pouvoir renverser le régime. Chez nous, dans nos petits villages du Qalamun, cela se reproduit à une moindre échelle. Nous ne cherchons pas à protéger le régime. Nous voulons des réformes, mais pas de cette manière manipulatoire qui est loin d’être innocente.
Pour essayer de comprendre les enjeux de la situation présente en Syrie ou au Moyen-Orient essayons de situer les évènements dans le fil du temps.
Les évènements au passé et au présent
D’abord le passé : Il est inévitable de faire mémoire pour comprendre à quel point nous nous trouvons de notre long calvaire au Moyen-Orient. Par quels labyrinthes mortifères nos peuples ont été obligés de s’engager à cause des alliances et contre-alliances ayant trait au conflit israélo-arabe qui à notre grand détriment n’a pas encore été résolu mais s’est compliqué en une nécrose purulente [3]. Depuis la création de l’Etat d’Israël, nous nous trouvons dans une situation de continuelle réélaboration géopolitique sur l’échiquier de la diplomatie et de la politique mondiale à coup d’actions et de réactions. D’abord le panarabisme de Naguib et de Nasser, puis la politique des petits pas de M. Kissinger autorisant la partition de Chypre, le dépeçage confessionnel du Liban avec, en arrière-fond la chute du Shah et l’émergence de la République Islamique. Ensuite l’invention du fondamentalisme sunnite avec les Ousamma Ben Laden et les Talibans explosant dans le World Trade Centre puis la guerre du Golfe, celle d’Iraq et d’Afghanistan. On nous prédisait le nouveau Moyen-Orient à partir d’une anarchie créatrice suite au limogeage du méchant Saddam Hussein. Nous y voilà ! Piètre réalisation en vérité. Combien de sang, de morts, de destructions ? Quelle instabilité, quelle misère, combien de voitures piégées jusqu’à aujourd’hui ! Sans oublier la subtile et occulte redistribution démographique qui, comme au Liban, à Chypre, dans les Balkans ou en Irak, cherche à morceler la géographie en des entités faibles à prédominance confessionnelle, où souvent les chrétiens n’ont pas de place. Afin que se réalise dans toute sa puissance l’hypothèse du choc des civilisations de Samuel Hungtinton.
Ensuite le présent : Derrière le brouhaha des manifestations et le fracas des armes et des slogans pseudo-humanitaires, on assiste à l’émergence réelle d’un front shiite qui s’oppose à un front sunnite. Pour mettre en place cet ultime scénario on a favorisé d’une manière occulte les mouvements « religieux », Frères musulmans ou ayatollah. Soudainement les grandes puissances sont très soucieuses des Droits de l’Homme dans nos pays. N’avaient-elles pas pactisé, mieux collaboré, au gré de leurs intérêts avoués ou occultes, pendant des décennies avec les régimes décriés aujourd’hui ? Mais voilà que, soudain, les dirigeants mondiaux deviennent attentifs aux principes de la démocratie chez nous, au point que Messieurs Obama, Cameron et Sarkozy écrivent une lettre conjointe, apparue le 14 avril dans le Herald Tribune pour consacrer dans des termes pathétiques le principe de leur ingérence « humanitaire » en Libye. Cette ingérence à caractère humanitaire ( ?) a déjà fait des dizaines de morts dans la population civile. Elle crée un précédent effrayant. Elle élimine l’Etat de droit et sape les fondements de l’indépendance des nations, mieux la notion elle-même de nation. La rapidité avec laquelle la communauté internationale, Ligue Arabe et ONU, a réagi contre le régime libyen est déconcertante. Alors qu’il s’agissait de « protéger » la population civile contre les tyrannies de Gaddafi voilà que les frappes de l’OTAN sont en fait pour favoriser et accompagner une rébellion armée qui change la donne. Il ne s’agit plus d’un peuple pacifique qui réclame le changement à ses dirigeants mais d’une guerre civile où la communauté internationale prend parti effective avec l’une des factions contre l’autre.
L’objection humanitaire est bien la motivation de ce droit à l’ingérence. Mais alors pourquoi ne pas en faire bénéficier tous les spoliés de la terre. Pourquoi deux poids, deux mesures ? Pourquoi intervient-on en Libye en « faveur » des manifestants tandis qu’au Bahreïn on intervient à leur détriment ? Et que dire du calvaire quotidien de la population civile à Gaza qui sert de perpétuelle chair à canons à Tsahal avec un usage immodéré de la force contre la population civile ?
Aussi, pour notre part, sommes-nous loin de reconnaître dans les manifestations qui envahissent le monde arabe en général et la Syrie en particulier, les prodromes d’un quelconque printemps, au contraire nous préconisons le maximum de retenue et de prudence. Nous n’y voyons qu’un acte hivernal impitoyable pour nous enrôler dans un nouveau façonnement qui plaise aux maîtres du monde. Et la preuve est à bout portant, nous lisons dans le Figaro du 18 avril que les USA ont financé l’opposition en Syrie : « Selon le Washington Post, la chaîne Barada TV est proche du Mouvement pour la justice et le développement, un réseau d’opposants syriens exilés. Le Département d’Etat américain a financé ce mouvement à hauteur de 6 millions de dollars depuis 2006. L’administration américaine a commencé à financer des figures de l’opposition sous la présidence de George W. Bush quand ce dernier a rompu ses relations avec Damas en 2005. Les financements ont perduré avec le président Barack Obama…. »
Nous lisons aussi à propos des évènements en Egypte, jugés si spontanés que la plupart des commentateurs disent que les USA et leurs alliés ont été pris de vitesse et qu’ils cherchaient à se rattraper en Libye :
« Cependant, bien que Moubarak ne soit certainement pas un ange, l’opposition qui lui fit face apparaît avoir été cooptée par des forces qui sont encore plus questionnables » [4]. Quelles sont-elles ? L’article les analyse avec précision : « Freedom House, une fondation US majeure prépare des activistes pour la révolution [5]. La stratégie s’inscrit dans celle de l’administration américaine divisée en néoconservateurs et néolibéraux. Pour l’organisation et le soutien des manifestions a été appliqué le principe de Joseph Nye, un membre de la commission Trilatérale, qui écrit dans son livre Soft Power : The Means to Success in World Politics : « Quand tu obtiens que les autres admirent tes idéaux et veulent ce que tu veux tu n’as pas besoin de te dépenser à droite et à gauche pour les attirer dans ta direction. La séduction est toujours plus effective que la coercition ». Nyse parle de l’importance des ONG comme possibles collaborateurs dans l’administration de la puissance douce. L’alliance entre l’ONG Freedom House et le gouvernement américain a entraîné la mise en marche de forces privées qui exercent des influences malsaines dans la politique étrangère et nationale. De plus Freedom House et ses ONG alliés emploient la puissance douce pour faciliter ce que le néoconservateur Michael Ledeen appelle : « la destruction créatrice ». Un concept révolutionnaire et subversif qui cherche à abattre et à reconstruire chaque aspect de la société pour le rendre inoffensif. Pour finir nous dirons que Freedom House n’est qu’une entité dans un réseau d’organisations gouvernementales et non gouvernementales que des élites déviantes utilisent pour conduire des campagnes de déstabilisation, pour remodeler le paysage politique, social, économique des pays et punir les dirigeants nationaux récalcitrants et les dictateurs. »
C’est bien de destruction créatrice qu’il s’agit. Les architectes de nos nouvelles révolutions peuvent se vanter qu’à un prix dérisoire ils ont pu allumer des incendies qui tiennent à la fois du virtuel, du sentimental, de la boule de neige, bref, de la suggestion médiatique. Mais pour mettre le feu aux poudres il n’en faut pas plus et la puissance douce peut se changer en volcan qui charrie tout. Car il s’agit bien d’en arriver là ?
Quelles voies pour une vraie réforme
Par-delà le factice, il y a des facteurs composés qu’il faut détecter pour être en mesure d’analyser la situation et lui trouver des solutions adéquates en évitant d’idéaliser l’information qui nous parvient de ces mouvements de masse sous forme de désinformation manipulatrice.
Pour ce faire il faut comprendre la spécificité socioculturelle syrienne qui tient sur des équilibres non pas seulement politiques mais humains. Bien que le parti Baas soit idéologique et essentiellement laïc, il n’en a pas moins gardé, comme tous les autres régimes monarchiques, républicains ou parlementaires de la région, des profondes ramifications dans le tissu tribal et clanique, spécifique du Moyen-Orient. Il tient grâce à ces accointances, grâce à un continuel réajustement des relations cordiales à travers les représentants des grandes et des petites familles. C’est cela qui fait sa force ou sa faiblesse, comme celle des autres régimes de la région. Les médias n’ont pas retransmis la réunion du Président Bachar El Assad avec les notables de Daraa par exemple et le témoignage d’un des participants. Accueillis sans aucun protocole, ils ont été touchés par l’intérêt réel du Président et ce contact a réussi à apaiser les esprits et à créer un espace de dialogue et de concorde. Cependant cette atmosphère n’a pas perduré. Entre-temps les évènements de Homs, de Banias, de Jableh et autres sont venus verser de l’huile sur le feu avec les nouvelles de plus en plus impartiales de l’existence d’un véritable réseau sunnite de soutien aux manifestants. Ceci aboutit à des mesures préventives qui sont forcément répressives comme nous le voyons aujourd’hui à Daraa, Douma, Jableh avec, en contrepartie, la démission de plusieurs officiers de l’armée, de deux députés, du vice-président de la chambre de Commerce et du mufti de Daraa.
Un dialogue serein entre les diverses composantes de la Syrie peut commencer
Jamais une ingérence étrangère ne pourra remplacer le dialogue intérieur et serein dans une famille, une région ou une nation. Je rapporte ici le point de vue d’une blogueuse du nom de Nour qui écrit le 14 Avril : « Je crois qu’il serait naïf de croire que ces « révolutionnaires » avec les médias Arabes postent simplement des vidéos pour disséminer une information qu’ils sont incapables de vérifier. Ils ne sont pas de simples amateurs qui font des erreurs tout le temps. Ceci fait partie d’une campagne organisée et concertée pour inciter les gens à la violence et à la haine. C’est pourquoi je la rejette totalement ainsi que ceux qui organisent cette charade. Quand aux vrais protestataires j’ai déjà accepté quelques-unes de leurs requêtes car elles sont légitimes et j’ai assuré qu’ils avaient le droit absolu de manifester pacifiquement. Mais je condamne avec les termes les plus sévères l’usage de la violence (TOUTE VIOLENCE) par les officiers de sécurité contre les pacifiques protestataires. Cependant je ne cois pas que je devrais soutenir toute personne qui s’oppose au régime pour le simple fait d’être opposition avec le régime. Je ne soutiens pas l’usage de moyens déshonnêtes et dégénérés pour combattre le régime parce que les gens qui utilisent de tels moyens ne sont pas meilleurs que le régime » [6].
Un changement réalisé par la force coûtera cher laissant présager le pire des scénarios à l’avenir. C’est l’inconnu et l’horreur du vide, même si les médias et leurs distingués invités semblent confiants dans l’avenir et pressent vers la déstabilisation du régime. Sous cet angle les protestations violentes (admettons-le, il y a des intrus qui sont chargés de faire monter la tension) nuisent à la cause de la vraie réforme.
Déjà au XVIIIème siècle l’Orientaliste Sir William Jones, écrivant des Indes coloniales britanniques, argumentait « qu’un système de liberté imposé à une peuple invinciblement attaché à des habitudes opposées serait en vérité un système de tyrannie. »
Ce que nous craignons est bien prédit par le président russe M. Dmitri Medvedev parlant de la situation présente : « Ces pays sont difficiles et il est très probable que des temps durs nous attendent y inclus l’arrivée au pouvoir de fanatiques. Ceci veut dire du feu pour des décades et l’extension de l’extrémisme » [7]. Aussi notre désir est que l’on cesse de mettre de l’huile sur le feu et nous opposer aux formes dévoyées de toute ingérence tendancieuse qui ne peut qu’être intéressée, et ce faisant aveugle et insensible au vrai bien de la patrie.
Mère Agnès-Mariam de la Croix, Supérieure du couvent de Saint Jacques l’Intercis, Syrie.
Et Communauté du Monastère Saint Jacques l’Intercis

Mère Agnès-Mariam de la Croix, religieuse carmélite. En 1993, elle restaure les ruines du monastère de Saint Jacques le Mutilé à Qâra en Syrie, et fonde « l’Ordre de l’Unité d’Antioche ».
Source : Réseau Voltaire
[1] « Western Press Misled – Who Shot the Nine Soldiers in Banyas ? Not Syrian Security Forces », par Joshuah Landis, Syria Comment, 13 avril 2011.
[2] « Syrian soldiers shot for refusing to fire on protesters », par Katherine Marsh, The Guardian, 12 avril 2011.
[3] Je peux en dire quelque chose pour l’avoir vécu dans ma chair. Fille d’un palestinien, réfugié au Liban en 1948, j’ai vécu le drame atroce de la guerre du Liban qui était une guerre commanditée et non point civile.
[4] Destabilization : Directed Discontent in Egypt and Beyond, par Paul et Phillip D. Collins, 11 mars 2011, http://www.conspiracyarchive.com/Blog/ ?p=4270
[5] Ce qui est corroboré par un autre article sur le même site qui réfère que des jeunes Egyptiens sont soutenus par Freedom House pour acquérir de nouveaux outils et savoir-faire sur Facebook YouTube et par messagerie, qu’ils pourraient utiliser pour faciliter la révolution. Freedom House a pourvu les activistes l’accès aux ressources nécessaires pour mener une révolution, y inclus l’interaction avec des donneurs, des réseaux, des organisations internationales et des médias.
[6] Syria Comment, op cit.
[7] Article de Collins précité.

http://www.silviacattori.net/article1586.html

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