Syrie : des morts et des blessés à Deraa où les forces de sécurité et les blindés sont entrés


lundi 25 avril 2011, par La Rédaction

Plusieurs personnes ont été tuées et d’autres blessées à Deraa, dans le sud de la Syrie, où « plus de 3.000 » membres des forces de sécuritéappuyés par des blindés ont pénétré lundi matin, selon des militants des droits de l’Homme joints par téléphone par l’AFP.
Il y a « des morts et des blessés », a indiqué un militant ayant pu entrer en contact avec Deraa. Il a ajouté que les habitants ne pouvaient pas confirmer le nombre de morts car « les corps sont dans la rue et ils ne peuvent pas les récupérer ».
« Des snipers ont pris position sur les toits et les chars sont dans le centre ville », a-t-il ajouté.
Un militant sur place avait indiqué auparavant que des centaines de membres des services de sécurité syriens, appuyés par des blindés, avaient pénétré lundi matin dans Deraa, où des tirs nourris étaient entendus.
Par ailleurs, d’après des militants, il y a aussi des raids des services de sécurité en cours à Douma et al-Mouadamiyeh, près de Damas.
La contestation contre le régime syrien est née à Deraa où des dizaines de Syriens ont été tués lors de la violente répression des manifestations par les services de sécurité.
Quatre personnes ont aussi été tuées dimanche par les forces de l’ordre à Jableh, près de Lattaquié, dans le nord-ouest de la Syrie, selon un militant des droits de l’Homme.
Le nouveau gouverneur de la région s’était rendu en visite dans cette ville où il a rencontré des dignitaires à la mosquée : c’est après son départ que les forces de l’ordre ont encerclé la ville et ont commencé à tirer, a indiqué ce militant.
Peu après, quelque 3.000 habitants de Banias, une ville située à une cinquantaine de kilomètres de Lattaquié, ont organisé en solidarité un bref sit-in sur l’autoroute reliant Lattaquié à Damas, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, basé à Londres.
Des milliers d’habitants de la province de Deraa, où est né le mouvement de contestation dans le sud du pays, ont par ailleurs enterré dimanche plusieurs victimes de la répression, après la prière.
Une manifestation a suivi sans que les forces de sécurité n’interviennent, a indiqué un militant. Les protestataires ont brandi des drapeaux syriens et des pancartes appelant « à la suppression de l’article 8 de la Constitution » sur la suprématie du parti unique Baas, a-t-il ajouté sous couvert de l’anonymat.
La majorité des commerces étaient fermés en signe de deuil.
La répression des manifestations hostiles au régime a fait au moins 120 morts vendredi et samedi en Syrie, selon une liste nominative compilée par le Comité des martyrs de la révolution du 15-Mars.
Ces derniers jours, les services de sécurité ont effectué des descentes dans plusieurs villes, arrêtant des militants hostiles au régime, ont indiqué des témoins et l’opposition.
Dimanche, selon des militants des droits de l’Homme, une dizaine de personnes ont été arrêtées notamment à Damas, Homs (centre), Deraa (sud), Lattaquié, Hasaka (nord-est), Deir es Zor (est) et Alep (nord). Dans un communiqué, 102 intellectuels et journalistes ont condamné « la pression des autorités syriennes » et ont appelé les journalistes travaillant dans les médias officiels à démissionner.
Vendredi, des « dizaines d’arrestations » ont eu lieu, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme dénonçant « la poursuite de la politique des arrestations arbitraires malgré la levée de l’état d’urgence » et appelant « à une enquête indépendante sur les meurtres commis lors des manifestations ».
Wissam Tarif, qui dirige un groupe syrien de défense des droits de l’homme basé à Séville et appelé Insan, a indiqué dimanche soir à l’AFP que 221 personnes avaient disparu en Syrie depuis le début de la journée de vendredi.
Des témoins ont indiqué par ailleurs que les routes menant aux « secteurs chauds » proches de la capitale étaient fermées la nuit.
Des points de contrôle sont établis pour vérifier les cartes d’identité et n’autoriser que les résidents à entrer dans ces localités théâtre de protestations.
Dans un geste inédit, deux députés de Deraa et le mufti de la ville, plus haute autorité religieuse à Deraa, ont démissionné samedi pour protester contre la répression sanglante des manifestations, largement condamnée par la communauté internationale.
Pour leur part, les autorités syriennes continuent à faire état de morts dans les rangs de la police ou l’armée, tués par « des gangs armés » à qui elles imputent le mouvement de contestation.
Human Rights Watch a demandé aux Etats-Unis et à l’Union européenne d’imposer des « sanctions » aux responsables syriens « responsables du recours à la force pour tuer les protestataires et de la torture de centaines de détenus après le carnage de vendredi ».
Selon le Wall Street Journal, le gouvernement américain se prépare à appliquer des sanctions à l’encontre de hauts responsables proches du président syrien qui supervisent actuellement la violente répression contre les manifestants dans le pays.
En mai 2010, le président Barack Obama avait renouvelé pour un an les sanctions américaines visant la Syrie, accusant Damas de soutenir des organisations « terroristes » et de chercher à détenir des missiles et des armes de destruction massive.
Enfin, un groupe d’étudiants des régions de Deraa et Damas a appelé à « une grève générale » pour protester contre la répression.

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Mes étranges vacances en Syrie, où le sang coule en silence


Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 23/04/2011 | 18H03

Dans la mosquée des Omeyyades à Damas, le 12 avril 2011 (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

Drôle de période pour partir en vacances en Syrie. Ayant obtenu un visa de touriste, accordé distraitement par l’ambassade à Paris, j’ai fait quelques rencontres intéressantes dans ce pays où la tension est presque invisible et d’autant plus oppressante.

Inutile de réserver un restaurant, ils sont tous déserts

Plus grand-monde ne va en Syrie. Depuis le 15 avril, le site du Quai d’Orsay a publié un message d’alerte :

« Compte tenu du contexte régional et des événements violents survenus ces dernières semaines dans le pays, où plus d’une centaine de morts sont à déplorer, il est recommandé de différer tout voyage non-essentiel. »

Les tours operators français ont au même moment suspendu leurs départs vers la Syrie.

Sur place, être touriste, du 13 au 20 avril, est aussi agréable qu’inquiétant : inutile de réserver un restaurant, ils sont tous déserts. Et sur le site antique de Palmyre, les chameliers bradent la balade en attendant des jours meilleurs. Personne n’évoque spontanément la « situation », terme pudique pour décrire l’actualité.

Passée à Homs sans savoir que la veille, sept personnes avaient été tuées par les forces de sécurité, selon les témoignages recueillis par les militants des droits de l’homme et relayés par les agences, je n’ai rien remarqué. Aucun contrôle d’identité à la gare routière. A aucun moment, je n’ai été prise dans une manifestation.

A Damas aussi la tension est rentrée. En surface, l’omniprésence des portraits géants du raïs (président) et le déploiement de la police, à chaque carrefour de la capitale, attirent l’attention… La routine.

Le site antique de Palmyre, déserté (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

« Quoi que Bachir al-Assad fasse, on va vers le chaos »

Les Damascènes disent ne plus sortir dans les endroits publics « parce qu’ils ont trop envie de parler politique et que c’est trop risqué ». Par prudence, je n’ai évoqué la « situation » qu’avec des gens rencontrés dans des lieux privés, et dont je ne peux citer les noms.

Lundi 18 avril dans la soirée, j’ai rendez-vous avec un professeur de lettres, opposant au régime. Il m’autorise dans un premier temps à citer son nom, puis, au fur et à mesure qu’il parle librement des « moukhabarats », les membres des services secrets, et de leur dispositif d’écoute « unique au monde », il se rétracte :

« Faites attention à vous. Mon téléphone portable, même éteint, peut enregistrer notre conversation, vous ne devriez rien noter dans votre cahier. »

Interdit de sortie du territoire pendant cinq ans, celui qui se définit comme un « activiste culturel » a retrouvé sa liberté de mouvement il y a quelques mois seulement. Je lui demande s’il sait où se situe la limite à ne pas franchir, au risque d’aller en prison :

« Avec Hafez [al-Assad, le père de Bachir al-Assad, le Président actuel, ndlr], on savait où était la ligne rouge, là on ne sait plus. Facebook a été ouvert récemment mais c’est pour mieux contrôler les gens.

Le régime agit sans aucune logique : il arrête des militants dans les manifs, puis les oublie en prison, ou bien les relâche sans explication.

Le Président est dans la fuite en avant, et désormais, quoi qu’il fasse, on va vers le chaos :

  • s’il réforme, les guerres intestines vont le mettre en danger ;
  • s’il réprime, la contestation ne va faire que monter. »

« Ce sont les morts qui font la révolution »

« C’est une sorte de jeu de tester où se trouve la ligne rouge », explique une étudiante française, fiancée à un Syrien. Elle donne deux exemples :

« Un ami journaliste à la télé officielle a reçu un e-mail contenant une caricature insultante de Bachar, il est allé faire un séjour en prison. Un autre a posté sur son profil Facebook “Bye bye Baas” [le parti au pouvoir, ndlr], et rien !

Les “moumous”, comme sont surnommés les “moukhabarats”, on les voit partout. Moi, j’ai eu affaire à l’un d’eux une seule fois, dans un café où je parlais trop librement. Le plus souvent, ils téléphonent pour qu’on vienne au poste et soit ils nous sortent la bande d’une conversation qu’on a eue, soit ils nous demandent les noms de nos contacts, et puis ils nous laissent repartir. »

Une autre Française arrivée en octobre m’avoue avoir mis quatre mois à comprendre pourquoi tout le monde était parano. Son appartement a été visité très discrètement et les cartes mémoire de son appareil photo avaient disparu. Son portable n’a plus fonctionné pendant une heure après qu’elle a prononcé les mots « Daraa » (foyer de la contestation) et « prison ».

Personne ne se risque à un pronostic sur la suite des événements. « Ce sont les morts qui font la révolution », me résume un habitant. Comme en Tunisie et en Egypte, la répression des manifestation, qui s’accroît, ne fait qu’attiser le feu de la révolte.

Le souk de Damas (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

Photos : la mosquée des Omeyyades à Damas, le site antique de Palmyre et le souk de Damas, des lieux normalement très fréquentés (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

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Damas, Saroujah 2007


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C’était un de mes quartiers favoris à Damas; les photos datent de 2007

C’est comme si j’avais pressenti que j’allais perdre tout cela pour devenir anniebannie



Si Assad tombe, nous verrons toutes les alliances se défaire dans la région


jeudi 14 avril 2011 – 21h:50

Patrick Seale – The Guardian


Le président syrien n’est pas le seul à suivre anxieusement les manifestations. Le changement du régime refaçonnera le Moyen-Orient
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Certaines organisations avancent le chiffre de plus de 200 tués depuis le début des manifestations en Syrie. Des chiffres contestés par le gouvernement syrien.

Le régime syrien, longtemps acteur clé dans le jeu du pouvoir au Moyen-Orient, à décidé de riposter de toute sa force. Il semble déterminé à briser le raz-de-marée des manifestations populaires qui ont écrasé les régimes tunisien et égyptien, qui menacent les gouvernements libyen, yéménite et de Bahreïn, et qui contestent maintenant le pouvoir de l’État dans une dizaine de villes syriennes.

Si le régime syrien du président Bashar al-Assad n’arrive pas à réaffirmer son autorité, qu’il est renversé ou simplement affaibli par une longue période d’agitation populaire, il pourrait s’ensuivre des répercussions géopolitiques considérables. Les alliés de la Syrie – la République islamique d’Iran, le mouvement Hezbollah de résistance chiite au Liban, le gouvernement du Hamas à Gaza – seraient tous sous pression. Pour tous les trois, il serait dur de perdre le soutien syrien .

Israël considérera indubitablement cette évolution avec beaucoup de satisfaction. Il y a longtemps qu’il cherche à rompre l’axe Téhéran – Damas – Hezbollah – Hamas qui conteste sa suprématie régionale – allant jusqu’à acquérir une certaine capacité de dissuasion, chose intolérable pour les Israéliens. Toutefois, la satisfaction d’Israël pourrait être tempérée par la crainte de voir se substituer à Assad un régime islamiste, encore plus menaçant pour ses intérêts et sa sécurité.

Pour le moment, tout ce que l’on peut dire est que les concessions et les promesses faites jusqu’ici par Assad sont trop modestes et sont arrivées trop tard pour satisfaire les protestataires. Les derniers jours, on a assisté à une reprise en force des manifestations dont la fureur, la participation et les slogans lancés contre le régime, prennent des allures d’ insurrection. Le régime a riposté en ouvrant le feu, en instaurant des couvre-feu, en procédant à des arrestations en masse et en encerclant des villes et des villages. Quelque 200 manifestants auraient été tués.

On ne rigole plus. Le ministère syrien de l’intérieur a lancé un avertissement glacial le week-end dernier : « il n’y a plus de place pour l’indulgence et la tolérance dans l’application de la loi, la préservation de la sécurité du pays et des citoyens et la protection de l’ordre public ».

Tous les observateurs s’accordent à dire que les faucons du régime l’ont emporté dans leur débat avec les réformateurs, à supposer qu’il y ait vraiment eu un débat. Les manifestants ont à leur tour durci leur position face à la réaction brutale du régime. Pointant d’un doigt accusateur les proches du président – son frère, Maher al-Assad, commandant de la garde républicaine et son cousin, Rami Makhlouf, homme d’affaires démesurément riche – certains exigent, non pas de simples améliorations dans le mode de gouvernement de la Syrie, mais un changement de régime.

Il est évident que dans son discours du 30 mars – sa seule intervention publique jusqu’ici – le président a raté l’occasion historique d’affirmer son leadership et de retirer la situation du bord de l’abîme. S’il avait annoncé des mesures qui n’ont que trop tardé – comme lever l’état d’urgence, libérer les prisonniers politiques et les militants des droits humains, traduire en justice les gros bonnets corrompus du régime – limiter le pouvoir des services de sécurité, autoriser de nouveaux partis politiques à défier le monopole que le Baath détient depuis 50 ans – il aurait pu mener son pays vers une démocratie sur le modèle turc, comme son ami et allié, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le lui avait conseillé.

Il pourrait encore s’en sortir en annonçant de spectaculaires réformes immédiates. Mais les intérêts puissants qui dépendent du régime pourraient rendre un changement radical impossible. Au lieu de cela, la Syrie pourrait être condamnée à une lutte douloureuse entre régime et opposition qui se déroulera dans la rue avec de plus en plus de violence. Le bras armé du régime pourrait l’emporter, mais à un prix énorme pour sa légitimité déjà très ébranlée.

À une échelle plus vaste, la région voit se défaire des alliances formées pendant une période critique, il y a 30 ans, à savoir le traité de paix entre l’Égypte et Israël en 1979 ; la révolution iranienne la même année ; l’invasion dévastatrice du Liban par Israël en 1982, suivie par une occupation de 18 ans du sud de ce pays qui a amené l’émergence du Hezbollah. Ayant été l’allié de la Syrie pendant la guerre de 1973, l’Égypte a changé de camp pour devenir le partenaire de paix d’Israël. L’Iran, allié d’Israël sous le Shah, a changé de camp sous la République islamique, pour devenir l’allié de la Syrie. La Syrie et Israël ont échangé leurs partenaires.

Ces arrangements sont maintenant menacés. L’Égypte post – Mubarak prendra probablement ses distances par rapport à Israël et rejoindra le camp arabe, tandis que l’alliance de la Syrie avec l’Iran – impopulaire auprès d’une population en majorité sunnite – pourrait être compromise par tout changement de régime à Damas. D’autres bouleversements de la carte géopolitique régionale toucheraient la Turquie, acteur bienveillant, promouvant le commerce et la solution des conflits tandis que l’Irak remonterait lentement la pente pour redevenir une puissance arabe majeure après avoir été saccagé par Tony Blair, George Bush et les néoconservateurs étasuniens pro-israéliens.

Allons-nous donc assister à un remaniement des alliances formées il y a 30 ans ? L’Irak et l’Iran qui se sont livré une âpre guerre pendant les années 80 pourraient maintenant se rapprocher sous un leadership chiite. Ensemble, ils formeront un bloc redoutable. Les investissements US colossaux en hommes et en finances dans la guerre en Irak apparaîtront plus inutiles que jamais.

Certaines choses toutefois pourraient rester inchangées. Une fois que la crise s’atténuera, la Turquie continuera à cultiver son amitié avec la Syrie quel que soit le régime parce que la Syrie restera le pivot de l’ambitieuse politique arabe turque. La Turquie pourrait effectivement remplacer l’Iran en tant que principal allié régional.

Il est aussi peu probable que la crise diminue l’influence syrienne au Liban. Aucun régime syrien, quelle que soit sa couleur, ne pourrait tolérer un gouvernement hostile à Beyrouth. Sa sécurité – spécialement face à Israël – est intimement liée à celle de son voisin libanais. La vague de manifestations submergeant le monde arabe a relégué le conflit arabo-israélien à l’arrière plan. Mais ceci ne peut être que temporaire. La région ne connaîtra pas de stabilité et guère de paix tant que ce conflit ne sera pas résolu.

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* Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Contributeur régulier à Gulf News. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

11 avril 2011 – The Guardian – Cet article peut être consulté ici :
http://www.guardian.co.uk/commentis…

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