L’insoutenable solitude de l’opposition syrienne


LE MONDE | 22.10.2013 à 13h19 • Mis à jour le 22.10.2013 à 15h51 | Editorial du « Monde »

Rebelles syriens à Alep, le 21 octobre.

La question hante la rébellion syrienne depuis le début : qui peut parler en son nom ? Qui peut prétendre la représenter pleinement, notamment se faire obéir de la multitude de groupes armés sur le terrain, face au régime de Bachar Al-Assad ?

Américains et Russes s’efforcent, mollement, de convoquer à nouveau une conférence de paix sur la Syrie. Parallèlement au démantèlement de l’arsenal chimique du régime de Bachar Al-Assad, « Genève 2  » pourrait se tenir fin novembre. Cette perspective était au menu des conversations de Londres, mardi 22 octobre. Elles réunissent la dizaine de pays formant le groupe dit des « Amis de la Syrie », ceux qui entendent favoriser une transition politique dans ce pays.

Lire : L’organisation de la conférence internationale sur la Syrie toujours incertaine

Leur interlocuteur est le principal mouvement d’opposition, la Coalition nationale syrienne (CNS), qui devrait, à Genève, faire face aux représentants de Damas. Mais la représentativité de la CNS n’est pas incontestée. Le mois dernier, elle a subi une défaite politique quand une douzaine de groupes de rebelles, souvent des unités djihadistes, ont dit qu’ils ne se reconnaissaient aucunement dans cette organisation.

Son noyau dur est formé de Frères musulmans, puis elle a su s’ouvrir à nombre d’autres composantes de la société syrienne – démocrates, laïcs, Kurdes, chrétiens… Elle rassemble indéniablement des femmes et des hommes courageux et compétents. Mais, toujours affaiblie par d’anciennes et vieilles querelles entretenues en exil, la CNS a du mal à s’imposer comme « gouvernement » dans les zones libérées par les rebelles. Elle peine à faire l’unanimité à l’intérieur, même si elle est le seul représentant de l’opposition à l’extérieur.

Lire (édition Abonnés) : La rébellion syrienne minée par les divisions et la menace djihadiste

Cela tient très largement à l’histoire de la rébellion syrienne. Au départ, une révolte pacifique partie de secteurs les plus divers de la société. Durant près de huit mois, des milliers de Syriens défient le régime par de simples manifestations de rue.

C’est la brutalité inouïe de la répression qui les conduit à se tourner vers la lutte armée – un réflexe d’autodéfense. Ce faisant, la rébellion – une partie de la rébellion – se plaçait sous la coupe des pays qui voulaient bien l’armer.

Trois d’entre eux, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, n’hésiteront pas à appuyer ainsi – plus ou moins directement – des unités djihadistes, parfois proches d’Al- Qaida. « Il n’y a pas en Syrie une révolution islamiste, mais un soulèvement populaire financé principalement par des sources islamistes », écrit le centre d’études Initiative arabe de réforme dans sa dernière publication.

Une partie de la tragédie syrienne vient de là. Car Riyad, Doha et Ankara ont contribué à façonner le profil islamiste de la rébellion. Ce profil-là fait le jeu du régime à l’intérieur, effrayant nombre de minorités syriennes, et à l’extérieur, suscitant une méfiance croissante des opinions occidentales.

Témoins passifs de cette évolution, Américains et Européens devraient appuyer au maximum les composantes démocrates de l’opposition. Particulièrement si la perspective de Genève doit à nouveau s’ouvrir.

Lire aussi : Pour Assad, les « conditions ne sont pas encore réunies » pour négocier la paix

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Conférence-débat : Deux ans et demi de révolution syrienne


avec Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po (Paris)

Vendredi 25 octobre à 20h15  à l’UPJB, 61 rue de la Victoire à Saint-Gilles

La tragédie qui se déroule en Syrie depuis deux ans et demi fait l’objet d’analyses, de commentaires et de jugements extrêmement variés et contradictoires. C’est ainsi, par exemple, que certains considèrent qu’il s’agit d’une guerre civile opposant diverses communautés religieuses et que d’autres estiment que les « troubles » s’expliquent essentiellement par des ingérences étrangères. Parmi ces derniers, un certain nombre minimise fortement les crimes du régime en place à Damas.

Jean-Pierre Filiu, historien et arabisant, spécialiste de l’islam contemporain, connaît particulièrement bien la Syrie et son histoire. Il y a séjourné de nombreuses fois depuis 1980. Ancien diplomate, il a été adjoint de l’ambassadeur de France à Damas de 1996 à 1999. Son dernier séjour en Syrie date du mois de juillet de cette année, dans la partie d’Alep sous le contrôle des opposants au régime de Bachar el Assad.

Pour lui, ce qui se passe en Syrie est bien une révolution qui participe de la vague démocratique qui traverse le monde arabe depuis décembre 2010 et la réconciliation du régime d’Assad avec son peuple est impossible. Mais, pour l’emporter sur le régime, les forces révolutionnaires doivent non seulement affronter la barbarie du régime, mais aussi dénouer le lacis des ingérences étrangères, puisque Assad est passé maître dans la manipulation des crises internationales à son profit.

Il estime que la chute du « système Assad » aura des retombées plus considérables que les révolutions tunisienne et égyptienne sur l’ensemble de la région.

Jean-Pierre Filiu est professeur des universités à Sciences-Po (Paris), après avoir enseigné à Columbia (New York) et Georgetown (Washington). Il a publié en 2013 Le Nouveau Moyen-Orient, les peuples à l’heure de la révolution syrienne (Fayard), ainsi que le roman graphique Le Printemps des Arabes, dessiné par Cyrille Pomès (Futuropolis). Ses travaux sur le monde arabo-musulman ont été diffusés dans une douzaine de langues.

Modérateur du débat : Michel Staszewski

SYRIE. Les déplacés, oubliés de la communauté internationale


Les 4 millions de déplacés dans le pays sont aujourd’hui abandonnés par la communauté internationale. Après dix jours passés en Syrie, deux responsables de MSF témoignent.

Une réfugiée dans un abris de fortune (Daniel Leal-Olivas-AFP)

Une réfugiée dans un abris de fortune (Daniel Leal-Olivas-AFP)

« La volonté politique n’est pas aussi forte pour autoriser l’aide humanitaire que pour permettre à une centaine d’inspecteurs de l’ONU de visiter les installations chimiques dans le pays », dénonce Laurent Sury, responsable des urgences à Médecins sans frontière. « Et alors que l’hiver approche, quatre millions de déplacés vivent dans la précarité absolue dans le pays ». Lui et Dounia Dekhili reviennent de Syrie où ils coordonnent ce qu’ils peuvent d’aide, dans ce pays en guerre depuis deux ans et demi.

La déception est grande pour eux, de voir que la volonté politique et la relative efficacité des discussions pour encadrer les armes chimiques en Syrie, sont totalement absentes des agendas diplomatiques concernant l’aide aux personnes sur le terrain. Le conflit a provoqué jusqu’à présent la mort de plus de 120.000 personnes. Et 4 millions de Syriens sont désormais déplacés à l’intérieur du pays.

« Ces 4 millions de personnes manquent de tous les besoins basiques : santé, alimentation, accès à l’eau. Et si le système de santé syrien a pu tenir le coup pendant de longs mois, ce n’est plus le cas », explique Laurent Sury. « On est passé dans nos centres médicaux d’une activité liée aux traumas, à la guerre, à une activité d’hôpitaux généraux, de maternité, de prise en charge de maladie aiguës ou chroniques », souligne-t-il. « Les déplacés qui n’ont pas trouvé d’accueil en ville vivent dans une situation de précarité absolue, sans abri ou sous des bâches plastique, parfois simplement sous des oliviers alors que l’hiver et ses températures négatives arrivent », renchérit Dounia Dekhili.

Sans eau ni abris

MSF, qui tente tant bien que mal d’organiser du secours sur place, a réussi voici quelques mois à venir en aide à un camp de réfugiés à al-Safira, près de la ligne de front au sud-ouest d’Alep. Une aide rapidement anéantie.

« On a assisté quelque 1.000 familles qui, depuis leur arrivée fin février, n’avaient absolument rien : ni abris, ni eau, ni latrines. Ils vivaient sous des bâches en plastique. Nous leur avons fourni des tentes, de la nourriture, des kits NFI (objets de première nécessité) », raconte Laurent Sury.

« On a aidé un jeune interne en médecine qui faisait des consultations à mettre en place une petite clinique, puis on a installé des réservoirs d’eau. On a travaillé deux mois sur place », détaille Dounia Dekhili. Avant de lâcher : « Et la semaine dernière, le camp a été bombardé ». Autrement dit, sans volonté politique et organisation autorisée, l’aide semble presque vaine. « Il y a eu environ 450 morts selon nos contacts sur place et tout le monde a dû fuir vers le nord ». « Nous ne savons pas très bien où sont passées ces familles… », regrette la jeune femme.

Pour MSF, il est urgent de mettre fin à la précarité de l’aide humanitaire sur place. « Nous ne sommes pas officiels. Passer les frontières est difficile. Il n’est jamais exclu de se retrouver sous un bombardement du régime ou d’être pris entre différents groupes armés avec lesquels les négociations sont compliquées », décrit Laurent Sury.

« Il faut des décisions politiques pour que les Nations unies déploient une aide enfin conséquente », demande Dounia Dekhili. Pour enquêter sur les armes chimiques, les inspecteurs de l’ONU sont allés dans le quartier damascène de la Ghouta. Un quartier enclavé depuis des mois où les populations civiles sont prises au piège, sans nourriture, sans médicaments, sans aide médicale… Pourquoi eux et aucune organisation humanitaire ?

Céline Lussato – Le Nouvel Observateur

GUERRE EN SYRIE

La « croisade » que les Russes préparent pour envahir la Syrie


« Diviser pour mieux régner », attiser des violences inter-communautaires et intervenir sous prétexte de protéger les « minorités » religieuses, c’est une stratégie constante de la part de toutes les puissances impérialistes, bien que dans le monde arabe et musulman, nous y sommes plus « habitués » de la part des puissances occidentales. Or voilà que la nouvelle empire russe sous le commandement de Poutine, qui tente en plein jour de mettre en œuvre cette stratégie en Syrie.

Deux nouvelles diffusées ce mercredi 16 octobre viennent clarifier les plans russes :

La première nouvelle provient du site officiel du ministère des affaires étrangères russes (http://fr.ria.ru/world/20131016/199569629.html) affirmant que « près de 50.000 chrétiens syriens [des « orthodoxes » sans aucun doute, ndlr] qui redoutent d’être exterminés par les terroristes soutenus par l’Occident, souhaitent demander un passeport russe ». Ces « chrétiens » ne cherchent nullement à quitter la Syrie pour la Russie, mais ils veulent être « sous la protection de la Russie en cas de menace d’extermination provenant des terroristes ». Ceci va à l’encontre de la pratique « normale » des populations syriennes se sentant « menacées » par les « terroristes ». Le régime du Veau nous a en fait habitué à ce qu’une telle population réclame l’intervention de l’Etat, et la protection de l’armée « arabe syrienne ». Demander la nationalité russe afin d’être protégé montre qu’il n’y a plus ni Etat ni armée en Syrie et c’est manifestement un appel à une intervention militaire russe.

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La deuxième nouvelle, diffusée seulement en Arabe semble-t-il (http://anbamoscow.com/aworld/20131014/386442489.html), nous apprend qu’une statue géante du Christ, perchant sur le sommet d’une montagne à 2000 mètre d’altitude dans la région de Seydnaya près de Damas, fut dévoilée ce lundi 14 octobre. Selon cette nouvelle, la statue est visible à l’œil nu de très loin (même depuis les pays voisins !) et il s’agit d’une « œuvre artistique » sous le nom « Je suis venu pour sauver le monde ». On apprend aussi que l’œuvre fut réalisée sous la direction de l’« Académie ecclésiastique de Moscou » !

Il est clair que cette demande de naturalisation massive et la construction de cette statue géante « pour sauver le monde » dans le contexte syrien, visent à provoquer des réactions de violence envers une « minorité » que les Russes cherchent à faire apparaître comme leur agent. Ils auront alors le devoir « humanitaire » et « légal » d’intervenir, même militairement, afin de protéger leurs « concitoyens » fraichement naturalisés, frapper la révolution syrienne et sauver le régime du Veau.

Source : Iyad par courrier

Syrie : l’enquête du « Monde » au cœur de la guerre


Le journaliste Jean-Philippe Rémy et le photographe Laurent Van der Stockt ont passé deux mois, de mars à mai, sur les fronts de Damas avec les rebelles syriens. Ils sont les premiers reporters étrangers à avoir atteint le quartier de Jobar, près du centre de la capitale. Ils ont assisté à l’usage d’armes toxiques par l’armée de Bachar Al-Assad.

Publié dans « Le Monde » du 27 mai au 1er juin, leur reportage témoigne de l’étendue de la tragédie syrienne, de l’intensité des combats, du drame humanitaire.

voir ici


Le Hezbollah prête encore main-forte au régime

 

OLJ/Agences | 12/10/2013
Des membres de l’Armée syrienne libre en pleine opération dans les environs de Damas. Yousef Albostany/Reuters
Des membres de l’Armée syrienne libre en pleine opération dans les environs de Damas. Yousef Albostany/Reuters

Syrie Le rapport de HRW met l’accent sur un conflit « de plus en plus confessionnel et sanglant ».

L’armée syrienne, soutenue par le Hezbollah, a repris hier les localités de Husseiniyé et de Dyébiyé proches de Sayyeda Zeynab, un lieu saint chiite près de Damas, renforçant son contrôle dans cette zone, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
« L’armée tente d’étendre son contrôle dans les banlieues sud de Damas », a expliqué Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, qui s’appuie sur un vaste réseau de militants à travers le pays. Mais selon lui, « cela sera très difficile pour les troupes du régime car les banlieues de Damas et notamment sud sont un véritable bastion des rebelles ».
Le régime, appuyé par le parti de Dieu et par des milices locales, combat depuis le début du conflit syrien une rébellion hétéroclite composée au départ de déserteurs de l’armée, rejoints par des civils ayant pris les armes puis des jihadistes étrangers. Mercredi, un Français musulman s’est ainsi fait exploser contre une position de l’armée dans la province d’Alep, tuant dix soldats, a annoncé l’OSDH.

(Pour mémoire: Des rebelles syriens constituent une force islamique)

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Sur un autre front, de violents combats se déroulaient hier entre armée et rebelles près d’un site chimique présumé se situant aux abords de Sfiré, selon l’OSDH. Dans l’après-midi, l’armée a capturé le village d’Abou Jrein, sur la route de Sfiré, facilitant ainsi son avancée vers la ville rebelle.

Le rapport sanglant de HRW
C’est au lendemain d’une vidéo relayée sur Internet montrant des membres présumés du Hezbollah achevant des rebelles blessés que Human Rights Watch (HRW ) a diffusé un rapport sanglant faisant état des lieux, près de 3 ans après le début du conflit syrien. Dénonçant des « crimes contre l’humanité », HRW a affirmé hier que des jihadistes et des rebelles avaient tué le 4 août au moins 190 civils, dont 67 exécutés alors qu’ils n’étaient pas armés, et pris en otage 200 personnes dans des villages alaouites de la province côtière de Lattaquié, fief du président Bachar el-Assad. Dans son rapport, HRW explique avoir interrogé des survivants de l’attaque et compilé une liste des victimes, parmi lesquelles 57 femmes et 18 enfants. Selon HRW, basée à New York, au moins 20 groupes, principalement des jihadistes affiliés à el-Qaëda, ont participé à l’offensive.

(Pour mémoire: HRW dénonce le recours à des bombes à effet de souffle contre des écoliers)
L’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) et un autre groupe détiennent toujours les plus de 200 civils, en majorité des femmes et des enfants, selon l’organisation. Les exécutions du 4 août constituent les crimes les plus importants attribués aux jihadistes et aux rebelles, selon HRW, qui a déploré un conflit « de plus en plus confessionnel et sanglant ».

La Coalition de l’opposition syrienne a pour sa part « condamné sans équivoque toutes les violations des droits de l’homme commises par les groupes armés, y compris les meurtres extrajudiciaires et les enlèvements ».
Dans le même temps, des manifestations ont été organisées hier dans les zones rebelles, en particulier dans les provinces d’Alep, de Damas, de Deraa, d’Idleb et de Homs, sous le slogan « Utilisez les armes au front, pas dans les régions libérées ». Ce slogan dénonçait les combats et les règlements de comptes qui se multiplient depuis plusieurs mois entre rebelles et jihadistes, pourtant tous engagés contre le régime, les premiers accusant les seconds d’avoir « volé la révolution ».
Une mission conjointe
Dans ce contexte macabre, une équipe de l’OIAC et de l’ONU, à l’œuvre depuis le 1er octobre en Syrie, s’est de nouveau rendue sur le terrain hier. Méconnue du grand public, l’OIAC s’est trouvée sous le feu des projecteurs depuis le début de sa mission en Syrie, une première dans un pays en guerre. L’Union européenne a d’ailleurs annoncé qu’elle allait fournir aux inspecteurs dix nouveaux véhicules blindés qui viendraient s’ajouter aux 25 déjà fournis. Le Conseil de sécurité a pour sa part autorisé hier la création d’une « mission conjointe » entre l’ONU et l’OIAC comme proposé par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

(Éclairage : Éliminer les armes chimiques ne sera pas le plus difficile)
De leur côté, les inspecteurs ont déjà commencé à superviser la destruction, par les autorités syriennes, de certaines munitions et d’installations de production d’armes chimiques qui doivent avoir été toutes démantelées au 1er novembre. L’équipe mixte a reçu des renforts et compte désormais une soixantaine de personnes selon l’ONU. Vingt sites doivent être inspectés dans les prochaines semaines, dont certains dans « des zones dangereuses ».

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Syrie : Assad menace la Turquie pour son soutien aux « terroristes »


Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 04.10.2013 à 13h39

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Manifestation de Syriens réfugiés en Turquie.

Le président syrien, Bachar Al-Assad, accuse la Turquie de recevoir des « terroristes » syriens et l’avertit du prix élevé qu’elle paiera pour son soutien aux rebelles qui le combattent. Dans un entretien à la chaîne de télévision turque Halk TV qui doit être diffusé vendredi, il qualifie le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, de « fanatique » et accuse la Turquie d’autoriser le passage vers la Syrie de « terroristes » qui veulent attaquer l’armée et les civils syriens.

« Dans un proche avenir, ces terroristes auront un impact sur la Turquie et la Turquie le paiera d’un prix élevé, affirme le président syrien. Il n’est pas possible de vous servir du terrorisme comme d’une carte à jouer et de la mettre dans votre poche. Car [le terrorisme] est comme un scorpion qui n’hésite pas à vous piquer le moment venu. »

ANKARA SE GARDE LE DROIT D’ENVOYER DES TROUPES

Le président syrien affirme en outre qu’il se conformera à la résolution des Nations unies sur les armes chimiques, adoptée le 28 septembre, mais a nié toute attaque chimique contre sa population. Admettant détenir un arsenal chimique, le président syrien affirme que ces armes se trouvent aux mains de « forces spéciales », seules capables de les utiliser.

La Turquie, membre de l’OTAN, est l’un des pays les plus critiques envers Bachar Al-Assad. Ses dirigeants affichent leur soutien à l’opposition syrienne tout en démentant fournir des armes aux rebelles. La Turquie, qui partage une frontière de 900 km avec la Syrie, subit les répercussions directes de la guerre civile syrienne.

Le Parlement turc a renouvelé jeudi pour une année supplémentaire le mandat du gouvernement qui autorise, si nécessaire, l’envoi de troupes en Syrie. L’armée turque riposte à tout projectile syrien qui s’abat sur son sol, mais n’a en revanche pas mené d’opérations à l’extérieur de ses frontières.

Au Liban, les enfants syriens travaillent pour survivre


mardi 24 septembre 2013, par La Rédaction

La journée de Haytham, un Syrien de quinze ans réfugié à Beyrouth, commence à sept heures du matin. Pas à l’école, mais à garnir en produits les rayons d’un supermarché.
Haytham est l’un des milliers d’enfants syriens qui ont fui le conflit en Syrie et sont obligés à travailler pour survivre et apporter une contribution aux revenus familiaux. Les garçons cirent les chaussures pour quelques dollars, tandis que les petites filles mendient, vendent des roses ou des chewing-gum dans les rues de Beyrouth.
Il n’existe pas de chiffres précis sur le nombre d’enfants syriens travaillant au Liban, mais plusieurs d’entre eux racontent des histoires d’exploitation et d’abus.
Haytham, un adolescent plein d’assurance, travaille environ dix heures par jour, mais n’a pas de salaire fixe. Il survit des pourboires de clients dont il transporte les achats.
En présence de son patron il se dit heureux mais il suffit qu’il s’en éloigne pour commencer à se plaindre. « Nous sommes humiliés et insultés », dit-il. « Le directeur nous frappe, les autres travailleurs nous frappent mais que pouvons-nous faire ? Nous devons accepter pour pouvoir continuer à travailler ».
Haytham est arrivé au Liban il y a trois mois, laissant derrière lui une famille qui a désespérément besoin d’argent dans la province de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie. Il partage une chambre avec neuf cousins dans un immeuble partiellement abandonné qui grouille de réfugiés.
Cette histoire est le lot commun d’Abir Abi Khalil qui travaille pour l’UNICEF, l’agence de l’ONU pour l’enfance.
Plus de la moitié des réfugiés syriens enregistrés au Liban sont des enfants, soit près de 350.000 personnes. Et il y a environ 150.000 enfants supplémentaires non enregistrés, qui sont d’autant plus vulnérables.
« En termes d’impact sur ??leur bien-être psychologique et social, l’effet est énorme », souligne Mme Abi Khalil, en ajoutant qu’ »ils peuvent être sévèrement traumatisés ».
Avec des ONG partenaires, l’UNICEF a commandé une étude sur les enfants réfugiés qui travaillent au Liban et sur les moyens de les aider. « Peu importe la raison, des enfants d’un certain âge ne doivent pas travailler », note Mme Abi Khalil.
Dans la rue, les enfants qui travaillent sont exposés à la violence physique et sexuelle, et beaucoup ont tout simplement trop peur pour décrire leurs expériences.
L’un des partenaires de l’UNICEF, le Mouvement Social, propose des cours tous les jours pour les enfants de réfugiés syriens, y compris ceux qui travaillent. Dans leur centre du quartier pauvre de Bourj Hammoud, les enfants apprennent des choses simples comme l’hygiène mais prennent aussi des cours de rattrapage qui peuvent les aider à réintégrer le système scolaire.
Le bâtiment simple est orné de dessins dont des fleurs en papier énonçant sur chacun de leur pétale un droit des enfants. « J’ai le droit de savoir », dit l’une. « J’ai le droit de jouer », poursuit une autre.
Dans une salle de classe, un enseignant appelle les enfants au tableau pour apprendre l’anglais. « La Syrie me manque », écrit une jeune fille en lettres colorées.
Le centre accueille environ 600 enfants par semaine, des Syriens comme des Libanais.
Rim, à 15 ans, vient de la province d’Alep dans le nord de la Syrie. Elle a travaillé pendant trois mois dans des magasins de vêtements avec des employeurs qui refusaient de la payer ou la harcelaient sexuellement. « L’un des employeurs m’a accusé de vol pour ne pas me payer (…) et un autre est venu me dire, je veux me marier avec toi », raconte-t-elle, tremblante. Elle a cessé de travailler et fréquente le centre dont les animateurs tentent de convaincre les parents qu’il est mieux pour leurs enfants d’apprendre à lire que d’aller travailler.
« Nous écoutons les familles et tentons de trouver une solution ensemble », déclare la directrice du Mouvement Social, Feyrouz Salameh.
Haytham, comme beaucoup d’autres enfants dit rêver de retourner à l’école.
Le jeune garçon n’est pas fixé sur ce qu’il veut faire plus tard, mais espère seulement devenir « son propre maître ».

(24-09-2013 – Avec les agences de presse)

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Si j’étais Syrien…


Pascal Manoukian

Directeur éditorial de l’Agence Capa, auteur de « Le diable au creux de la main »

Je ne reconnais rien de la Syrie dans les images et les discours qui me viennent du front. Je cherche désespérément ces hommes et ces femmes, aux conversations raffinées, croisés aux terrasses des cafés d’Alep, de Homs ou de Hama. Ils étaient Sunnites, Alaouite, Kurdes, Assyriens ou Arméniens, mélangeaient leurs langues et leurs cuisines.

Où sont passés les étudiants et les chauffeurs de taxis, qui me prenaient à témoin de leurs espoirs, manifestants pacifistes de la première heure, enthousiasmés par les toutes jeunes révolutions arabes.

Ces démocrates qui nous suppliaient de leur venir en aide quand tout était encore possible. Leur rêve ressemblait à celui des grévistes polonais de Gdansk en 1981, simple et universel: rejoindre le camp de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Nous en avions fait notre devise, et ils comptaient sur nous pour les y aider. Par deux fois déjà nous sommes coupables d’avoir abandonné ces Syriens-là. Aux couteaux des escadrons de Bachar d’abord, puis à l’idéologie moyenâgeuse des islamistes. Nous avons laissé s’éteindre la petite flamme qu’ils nous tendaient à bout de bras. Nous avons laissé les armes des deux camps faire taire leur voix.

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Alors si j’étais de ces Syriens-là, de ces démocrates que plus personne ne voit, dont plus personne ne se souvient. Si chaque nuit, je devais enjamber les corps de mes voisins pour rejoindre dans la crasse d’un sous-sol en ruine mes enfants terrorisés et affamés. Si je n’avais plus le choix qu’entre suffoquer sous le gaz sarin ou étouffer sous le soleil d’un camp de tentes.

Alors sans hésitation, je prierais de toutes mes forces pour que l’on bombarde mes bourreaux. Pour que l’on s’acharne sur leurs palais et leurs salons. Pour que l’on pulvérise leurs golfs et leurs limousines. Pour que le métal des bombes éventre leurs coffres et leurs bunkers.

Pour que la belle Asma et ses convives apprêtés des grandes soirées Damassiennes connaissent eux aussi la terreur des murs qui tremblent, des éclats d’os et de verre, des gargouillis du sang et l’angoisse d’accoucher debout. Et aux fins stratèges qui s’interrogent sans fin sur l’efficacité de frappes ciblées, je poserais cette question simple: au nom de quelle loi physique les bombardements ne terroriseraient que les pauvres et les innocents?

Au contraire même, l’histoire montre que les bourreaux ont rarement le courage de leurs victimes. Saddam Hussein, responsable du gazage de dix mille Kurdes à Halabja, Slobodan Milošević ordonnateur du massacre de huit mille musulmans à Srebrenica, les salauds n’ont bien souvent que le pouvoir qu’on leur accorde. Puis un jour vient le courage, et le moment opportun de faire chanceler leur statue; alors ils finissent emportés par le mouvement de balancier, avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de martyrs.

Un courage dont souvent les peuples s’emparent avant les États. Et, chaque fois, l’image du roi dénudé est pitoyable: Saddam terré au fond de son trou, Laurent Gbagbo transpirant à grosses gouttes dans son marcel blanc, Radovan Karadžić grimé derrière sa barbe de gourou, autant d’épouvantails qui n’effraient plus qu’eux-mêmes.

À l’heure où j’écris ces lignes, le coeur noyé de chagrin, je pense à George et Zaina, mes amis d’Alep. Aux salons éventrés, aux parkings saturés de corps mutilés, aux jardins creusés de tombes, à leur citadelle impuissante devant tant de barbarie. Aurons-nous le courage de faire vaciller Bachar le Syrien et de l’envoyer rejoindre la grande galerie des inutiles?

Aurons-nous le courage d’entendre ceux que nous avons abandonné au fond des caves? Où laisserons-nous Bachar donner ses ordres, jour après jour, mort après mort? À Sarajevo aussi, pendant plus de quatre ans, nous avons autorisé les Serbes à saigner la ville de ses musulmans sous prétexte qu’agir c’était prendre le risque d’embraser la région.

Un jour de février 1993, en quittant la ville martyre, j’ai croisé sur mon chemin ces Serbes dont j’avais tant de fois évité les balles et les obus en vivant terré comme un rat. Des gosses en uniformes neufs, commandé par des fous barbus brandissant des crucifix arrachés aux églises. Des morveux, qui jouaient à la guerre sans jamais sentir le souffle d’un obus.

Ils se sont envolés comme des moineaux aux premiers bombardements alliés. Mais dix milles morts trop tard. C’est la même chose, depuis longtemps, de Beyrouth à Kigali, de Grozny à Damas, les morts ne sont pas les nôtres, alors on attend, on négocie, on calcule, on tergiverse en les laissant s’empiler dans les ruines, avec de temps en temps, entre deux couches, le corps d’un photographe ou d’un journaliste, qui eux n’ont attendu aucun vote, aucun sondage pour partir faire leur métier.

Mais la diplomatie semble-t-il a encore faire des miracles. Les stocks d’armes chimiques, qui officiellement n’existaient pas, vont être mis à l’abri du dictateur, qui officiellement ne les utilisait pas.
La guerre propre, dans les règles de l’art, va pouvoir perdurer, et dans les caves, les enfants continuer à trembler. Il y a quinze jours, la France commémorait le soixante-dixième anniversaire du massacre de 642 civils. En Syrie, la guerre a déjà fait 170 Oradour-sur-Glane.

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