Israël avertit Assad et le Hezbollah


LOOS,BAUDOUIN

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Vendredi 1er février 2013

PROCHE-ORIENT Les lignes rouges israéliennes ont été précisées par des bombardiers

Nous ne tolérerons pas que le régime syrien transfère en catastrophe une partie de son matériel au Hezbollah, encore moins ses armes chimiques. Il s’agit d’une ligne rouge dont le franchissement nous forcera à intervenir immédiatement. » Répétés depuis plusieurs semaines par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, par son ministre de la Défense Ehoud Barak, et par le chef d’état-major de l’armée Benny Gantz, ces avertissements n’étaient pas lancés à la légère. Ils se sont concrétisés mercredi lorsque douze chasseurs bombardiers de l’Etat hébreu ont frappé à l’intérieur du territoire syrien.

Leurs cibles ? Un convoi d’armement transportant des missiles terre-air SA-17 (antiaériens) qui se dirigeait vers le Liban, ainsi qu’un centre de recherche militaire de Jamraya (banlieue de Damas) où seraient fabriquées des armes chimiques selon les renseignements militaires israéliens.

Personne ne confirme ces informations en Israël, mais la Syrie a reconnu que l’attaque a eu lieu et le Liban, dont le territoire a été survolé, et la Russie, l’ont condamnée. Quant à l’Iran, il clame que le raid pourrait avoir « de sérieuses conséquences pour les sionistes ». Car, contrairement à l’attaque israélienne de septembre 2007 qui avait détruit la carcasse en béton d’un centre nucléaire en construction dans le nord-est de la Syrie, à proximité de l’Euphrate, que Damas avait passée sous silence, cette fois le régime syrien n’a pas tardé à reconnaître l’une des frappes israéliennes : « Israël a directement bombardé un centre de recherche sur l’amélioration de la résistance et l’autodéfense (…) dans la province de Damas », a indiqué l’armée syrienne dès mercredi soir. Ajoutant : « Cette attaque prouve désormais à tous qu’Israël est le moteur, le bénéficiaire et parfois l’acteur des actes terroristes visant la Syrie et son peuple résistant, en coordination avec les pays soutenant le terrorisme. »

A Beyrouth, le mouvement chiite Hezbollah – affecté depuis des mois par la faiblesse croissante de son allié syrien – n’a pas dit autre chose, fustigeant « un projet israélien pour détruire la Résistance (anti-sioniste, NDLR) qui est à l’origine du conflit ».

Le régime d’Assad et le Hezbollah tentent ainsi d’exploiter le sentiment populaire anti-israélien encore très vif chez les Arabes. D’ailleurs la Ligue arabe, peu suspecte de sympathie pour le régime en place à Damas, s’est sentie obligée d’émettre un communiqué au Caire pour dénoncer « une violation flagrante du territoire d’un Etat arabe et de sa souveraineté ».

En Israël, pendant ce temps, l’ex-ministre israélien de la Défense Benyamin Ben Eliezer a estimé que son pays « doit, quoi qu’il arrive, garder un avantage qualitatif contre ses ennemis ». Et de poursuivre : « Le Proche-Orient est en pleine ébullition et personne ne sait de quoi demain sera fait. Nous ne pouvons donc nous permettre de laisser des missiles russes de la dernière génération passer des arsenaux syriens à ceux du Hezbollah. »

Le raid de mercredi s’explique également par la peur israélienne de voir des armes chimiques syriennes utilisées contre sa population. « Qui sait comment Bachar el-Assad va réagir lorsque son régime sera au bout du rouleau ? Et qui nous dit que les islamistes fanatiques qui déferlent sur son pays ne vont pas s’emparer de quelques têtes chimiques ou bactériologiques et les balancer sur Israël ?, interroge l’ancien directeur général du Mossad Shabataï Shavit. Etant donné l’instabilité croissante dans la région, Israël ne peut relâcher sa garde. »

Selon les chroniqueurs militaires de la presse israélienne, des opérations semblables au bombardement de mercredi pourraient se multiplier si la situation l’exige. Depuis quelques semaines, le thème des armes chimiques syriennes a d’ailleurs supplanté celui de la menace nucléaire iranienne dans le discours des dirigeants israéliens ainsi que dans les médias locaux, même si le convoi visé mercredi était, semble-t-il, composé de missiles SA-17, un engin de conception russe considéré comme un des plus perforants au monde dans la défense anti-aérienne.

Parallèlement, le niveau d’alerte des troupes stationnées sur le plateau du Golan a d’ailleurs été élevé et l’effectif des stations de surveillance électronique renforcé. En outre, durant le week-end, deux batteries de roquettes anti-roquettes « Dôme d’acier » ont été déplacées des alentours de la bande de Gaza vers le nord d’Israël.

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De retour de Syrie, un cri d’alarme


MINOUI,DELPHINE

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Samedi 2 février 2013

Koert Debeuf fut porte-parole de Guy Verhofstadt. Il représente les libéraux au Moyen-Orient. C’est le premier officiel de l’UE à s’être rendu en Syrie depuis le début du conflit.

le caire

de notre correspondante

Koert Debeuf est en colère. Depuis son incursion au Nord d’Alep, en territoire insurgé, il l’affiche sans réserve. « Les Syriens vivent au rythme des bombes d’Assad, de jour comme de nuit. Ils ne savent pas quand et où elles peuvent tomber. Ils manquent de médicaments, de nourriture, d’armes pour se défendre. Ils en ont assez des promesses vides de la communauté internationale. Ne pas les aider, c’est trahir la révolution syrienne et c’est soutenir le plus grand des criminels ! », lâche l’ex-porte-parole du Premier ministre belge.

Ce lundi 28 janvier, nous le retrouvons au Caire. C’est ici qu’il a élu domicile, peu après le début du printemps arabe, comme représentant des libéraux du Parlement européen – un poste inédit dans l’histoire de l’Union européenne. Echarpe rouge sur blazer bleu foncé, la mèche rebelle qui lui balaye le front, il a mis plus d’une heure à arriver au rendez-vous : la faute à de nouvelles manifestations qui enflamment la place Tahrir. Mais qu’importe, c’est pour ça que ce Belge de 38 ans a choisi de vivre au cœur de cette région : pour voir, sentir, vivre et décrypter les bouleversements inédits qui la traversent depuis deux ans. Et c’est pour ça, aussi, qu’il s’est rendu en Syrie. Non pas par la voie officielle, celle de Damas et de la propagande du pouvoir, mais par la route clandestine des insoumis, celle qui mène aux principales zones du Nord tenues par la rébellion.

Un voyage à haut risque qui commence le 18 janvier à Hatay, en Turquie. Après deux jours de rencontres avec des généraux de l’Armée Syrienne libre, l’envoyé européen traverse clandestinement la frontière, grâce à l’aide de passeurs. A ses côtés : l’activiste Rami Jarah – plus connu sous le nom de son blog Alexander page –, et un représentant de l’ASL, ses compagnons de route dans cette Syrie à feu et à sang, où plus de 60 000 personnes ont perdu la vie en moins de deux ans. Par la fenêtre du véhicule, il photographie du regard tout ce qu’il voit : carcasses calcinées des tanks du régime syrien, maisons en ruine, mais aussi, à son grand étonnement, les premiers check-points qui sont tenus, non pas par la rébellion mais par la branche syrienne du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan – l’illustration flagrante des divisions qui déchirent déjà les opposants au régime. « Le PKK contrôle une demi-douzaine de postes sur un corridor d’environ dix kilomètres qui longe la frontière turque. Les Kurdes sont très bien organisés. Sans doute poussés par Massoud Barzani, au Kurdistan irakien, ils entretiennent le rêve d’un territoire autonome. La partition est une des réalités de l’après-Assad », observe Koert Debeuf.

Les surprises ne font que commencer. Le lendemain, après une nuit passée à Azaz, et ponctuée par le bruit sourd des bombardements, ses hôtes l’invitent à se rendre à Alep. Il se retrouve en fait sur la ligne de front de la bataille pour l’aéroport de Quweris. La veille, les environs ont été libérés par l’ASL. Mais les combats s’y poursuivent, violents, meurtriers. « Face aux bombes d’Assad qui pleuvent du ciel, les soldats de l’ASL n’ont que leur courage pour se battre. Ils sont équipés de simples mitraillettes, saisies dans les dépôts de l’armée régulière. Des armes promises par la France, le Qatar ou la Turquie, je n’ai rien vu. Du coup, ils en sont réduits à fabriquer des armes artisanales. Mais ça ne fait pas le poids », observe-t-il. Pire : Assad vise, selon lui, « délibérément des sites civils ». Comme en témoigne cette vidéo, rapportée de Syrie, où un habitant d’Azaz déambule, le regard hagard, à travers un ancien marché d’Azaz. « Des tas de pierre ! C’est tout ce qu’il en reste ! Ca s’est passé une semaine avant notre visite : deux missiles syriens ont pulvérisé les échoppes à 14h, en pleine heure d’affluence. 30 personnes ont péri dans l’attaque. Parmi elles, des femmes et des enfants. L’homme que nous avons rencontré nous disait qu’il y avait encore des corps sous

les décombres, mais pas d’équipement pour les déterrer. » Le représentant européen se fait le porte-voix du désespoir des Syriens : « Partout, c’est la pénurie. J’ai visité la seule boulangerie qui fonctionnait. Les autres ont été bombardées par le régime. Dans les villages alentours, il n’y a pas de chauffage, pas d’électricité. Le prix de l’essence a atteint 13 fois son prix d’origine. »

De son voyage express, il retient aussi ces scènes de détresse dont il a été témoin, le 23 janvier, lors d’une étape finale au camp de déplacés d’Azaz avant de regagner la Turquie. « 11.400 personnes dont 8.000 enfants y vivent entassées sous des tentes. Certaines familles en sont réduites à se réchauffer en brûlant des journaux. Les plus chanceuses sont équipées d’un petit poêle. Depuis douze jours, il n’y a plus de lait. Alors, les enfants boivent de l’eau sucrée. Les adultes, eux, ne font qu’un repas par jour, à base d’un mélange de légumes acheminés depuis la Turquie, la récolte locale de légumes étant rendue difficile par les bombardements persistants du régime de Damas. Pour ce qui est de l’aide médicale, les trois hôpitaux de campagne tenus par Médecins sans frontières ne sont pas suffisants. Dans le camp, j’ai vu un enfant d’un an blessé à la jambe par des éclats de Shrapnel. Sa plaie était en train de s’infecter, mais il n’y avait pas de quoi la soigner », raconte-t-il.

Intitulé « De retour d’enfer », le rapport brûlot qu’il vient de remettre aux députés libéraux n’y va pas par quatre chemins. « Il est urgent, dit-il, de revoir au plus vite le soutien apporté à la Syrie. » A commencer par l’acheminement de l’aide humanitaire internationale. « L’ONU a récemment annoncé l’attribution d’une aide de 519 millions de dollars à la Syrie. Or, elle passe par le gouvernement syrien et le Croissant rouge. Autant dire que les populations civiles qui vivent dans les provinces sous contrôle de l’Armée syrienne libre n’en verront pas la couleur. » A l’inverse, poursuit-il, « j’ai été positivement surpris par la façon dont les zones contrôlées par l’opposition s’autogèrent : elles ont leurs conseils locaux, leurs tribunaux, leur police. Ces gens-là sont prêts à aller récupérer vivres et médicaments à la frontière turque pour en assurer la distribution. J’ai obtenu l’engagement d’Abdel Nasser Farzat, le commandant militaire de l’ASL au Nord de la Syrie, de nommer un civil pour superviser cette distribution, et limiter le risque de corruption. »

Quant à l’aide militaire aux rebelles, elle lui semble « cruciale pour faire cesser le massacre ». « Les approvisionner en défense antiaérienne leur permettrait de contrer les attaques par missiles. C’est le seul moyen de faire plier Assad. »

A ceux qui s’inquiètent de voir ces armes tomber entre de mauvaises mains, il répond : « Cette peur est démesurée ! ». « Oui, j’ai vu des islamistes. J’ai même croisé un Syrien qui se revendiquait d’Al-Qaïda. J’ai également vu beaucoup de barbus, et beaucoup d’hommes qui faisaient la prière parmi les combattants anti-Assad. Mais à cela, je vois deux raisons principales : quand on frôle la mort au quotidien, on se réfugie dans la prière ; quant à la barbe, c’est un signe qui permet de se distinguer des soldats de l’armée régulière. Donc, pour l’heure, je dirais que les djihadistes demeurent minoritaires ». Et d’ajouter : « En revanche, Plus nous attendrons pour offrir une aide adéquate aux opposants, plus la guerre se prolongera, et plus nous renforcerons les combattants islamistes. »

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Syrie : le chef de l’opposition rencontre Russes et Américains


samedi 2 février 2013, par La Rédaction

Des discussions se sont tenues samedi à Munich entre le chef de l’opposition syrienne et des responsables russe et américain de haut niveau pour tenter de relancer les efforts afin de trouver une solution politique au conflit en Syrie.

Ahmed Moaz al-Khatib, qui a créé la surprise cette semaine en annonçant être prêt à entamer sous conditions un dialogue avec le régime syrien, s’est entretenu pour la première fois avec le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Il a également rencontré le vice-président américain, Joe Biden.
Aucune information n’a été relayée sur la teneur de ces rencontres, organisées dans les salons de l’hôtel luxueux accueillant jusqu’à dimanche la 49e Conférence sur la sécurité de Munich.

Loin des médias, MM. Biden et Lavrov se sont également vus en tête à tête, peu après avoir reconnu en public que de profondes divergences continuaient à les séparer sur les conditions de mettre fin à la guerre civile en Syrie, qui a fait plus de 60.000 morts en près de deux ans.
Lui aussi présent à Munich, le médiateur international, Lakhdar Brahimi, n’a pas caché le fait qu’aucune solution n’était actuellement en vue et que la Syrie « éclatait de plus en plus chaque jour ».

Dressant le même constat, M. Biden a exprimé son souhait que la communauté internationale renforce son soutien aux adversaires du régime de Bachar al-Assad, qu’il a qualifié de « tyran déterminé à se maintenir au pouvoir » mais « plus capable de diriger la nation ».
« Nous travaillons ensemble, avec nos partenaires, pour qu’elle (l’opposition) devienne plus unie, plus solidaire », a déclaré le vice-président américain, sans donner de détails.

Les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, et certains pays arabes appellent le président Assad à céder le pouvoir.
Mais M. Lavrov a estimé que cette exigence représentait un obstacle « de premier plan » à la recherche d’une solution négociée.
Il a en revanche estimé que l’on pouvait « faire des progrès » si le Groupe d’action sur la Syrie, conduit par Lakhdar Brahimi, se réunissait à nouveau pour tenter de parvenir à des mesures de transition.

Un journal turc a rapporté samedi qu’Ankara avait récemment proposé à la Russie une nouvelle formule prévoyant le départ d’Assad au premier trimestre 2013 et le passage du pouvoir, pour une période de transition, à la Coalition nationale. Moscou aurait trouvé ces propositions « créatives », selon le journal Radikal.
Parallèlement, les craintes d’une régionalisation du conflit restent vives. Un haut responsable américain a confirmé qu’Israël a bombardé cette semaine près de Damas des missiles sol-air et un complexe militaire soupçonné d’abriter des armes chimiques, l’Etat hébreu redoutant qu’elles ne soient livrées au Hezbollah.
« Le chaos en Syrie a créé un environnement dans lequel la possibilité que ces armes traversent la frontière et tombent entre les mains du Hezbollah, est devenue plus inquiétante », a confié à l’AFP le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta.

Damas avait accusé mercredi Israël d’avoir bombardé un centre de recherche militaire, menaçant de représailles, mais l’Etat hébreu n’a jamais confirmé.
M. Panetta a indiqué que Washington partageait le souci d’Israël de « tout » faire « pour s’assurer que des armes telles que les missiles SA-17, ou des armes chimiques, ne tombent pas entre les mains de terroristes ».

A son arrivée à Damas, l’un des principaux dirigeants iraniens a réaffirmé le soutien de son pays à la Syrie, dont il est le principal allié régional.
« Nous apporterons tout notre soutien pour que la Syrie reste ferme et capable de faire front à tous les complots des arrogants », a déclaré Saïd Jalili, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, cité par la télévision d’Etat. Le terme d’ »arrogant » est généralement utilisé par Téhéran pour désigner les puissances occidentales.
Sur le terrain, au moins 20 soldats syriens ont été tués samedi dans deux attentats suicide à la voiture piégée visant l’enceinte d’un club d’officiers à Deraa, dans le sud, a rapporté une ONG.

Au total, les violences ont fait samedi 49 morts, dont 29 soldats, 13 civils et sept rebelles, selon un bilan provisoire de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) qui se base sur un réseau de militants et de médecins dans les hôpitaux civils et militaires.

Les rebelles ont marqué un nouveau point en s’emparant de Cheikh Saïd, un quartier au sud d’Alep (nord), selon des habitants et l’OSDH.

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Sauver des vies en Syrie


LE MONDE | 31.01.2013 à 13h36 Par Gilles Paris (International)

Les ministres des affaires étrangères européens tiennent ludi 18 juillet une table ronde sur le processus de paix au proche-orient, la Libye, la Syrie, le Liban, le Pakistan et l'Afghanistan.

Ce fut la dernière des questions posées par le bimensuel de centre-gauche américain The New Republic au président réinvesti, il y a quelques jours. Et la Syrie ? Comment affrontez-vous personnellement et moralement ce qui s’y passe ? Barack Obama a répondu en égrenant d’autres questions, celles que cette guerre civile lui inspire après chaque briefing quotidien : « Pourrait-on faire la différence ? », « Quel impact sur nos troupes encore en Afghanistan ? », « Pourquoi les dizaines de milliers de morts syriens plutôt que les dizaines de milliers de morts au Congo ? »

Le président s’est efforcé de décrire son dilemme : « Ce ne sont pas des questions faciles, il faut peser  le pour et le contre. » Puis il en est venu à ce qui deviendra sans doute pour lui, au fil des mois, de plus en plus essentiel : « Vous espérez qu’à la fin de votre présidence, vous pourrez vous retourner et dire : j’ai pris plus de bonnes décisions que de mauvaises, et j’ai sauvé des vies là où je l’ai pu. »

Sauver des vies, c’est justement ce à quoi les pays en capacité de le faire se sont refusés depuis qu’un soulèvement pacifique a été perverti en guerre civile par un régime aux abois, il y a un peu plus d’un an. Les Etats-Unis, parce qu’une décennie de conflits les a épuisés financièrement et moralement, justement. Les Européens, parce qu’ils sont collectivement réticents à user d’un outil militaire assimilé à l’expression d’une puissance qu’ils rejetteraient sans doute s’ils parvenaient miraculeusement à l’incarner. Les autres, au nom d’un principe de non-ingérence qui vaut toutes les complicités, lorsqu’ils n’arment pas eux-mêmes les troupes de Bachar Al-Assad.

Ce constat d’impuissance, scellé par trois veto russes et chinois aux Nations unies, a fait passer au second plan un principe : celui de l’obligation de protection des civils brandie comme un étendard en Libye, il y aura bientôt deux ans. Il s’agissait pourtant d’une conquête pour les droits de l’homme après des années de travaux onusiens.

Un rapport du secrétaire général des Nations unies, en date du 28 novembre 2005, dans le contexte particulier de la crise au Darfour, spécifiait que, « dans les cas où des parties à un conflit commettaient des violations systématiques et massives du droit international humanitaire et du droit relatif aux droits de l’homme, créant par là un risque de génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre, le Conseil devait être disposé à intervenir en application du chapitre VII de la Charte », selon lequel « le Conseil de sécurité (…) peut entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu’il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales ».

La litanie syrienne atteste qu’en termes de « violations systématiques et massives », le conflit qui s’y déroule renvoie bien à cette urgence à protéger ceux qui sont pris en otage par les combats ou par une répression aveugle. A tel point qu’il devient légitime de poser la question suivante : qui des Etats-Unis ou du Jabhat Al-Nosra, groupe armé d’inspiration djihadiste placé sur la liste noire américaine des organisations terroristes, protège aujourd’hui le mieux les civils syriens ? On en est là. A mille lieux des « corridors humanitaires » suggérés à deux reprises par Alain Juppé, alors ministre des affaires étrangères de la France, en novembre 2011, puis en février 2012, à l’occasion du premier martyre des quartiers libérés de Homs, alors qu’aux massacres et aux destructions massives va bientôt s’ajouter une crise humanitaire d’ampleur insoupçonnée.

A diredire vrai, le pire est sans doute que l’hypothèse d’une intervention étrangère a déjà été ouvertement évoquée, mais limitée à un seul et unique cas, celui du recours par le régime à des armes de destruction massive. Autrement dit, le président Bachar Al-Assad a carte blanche pour livrer à son peuple une guerre conventionnelle doublée des basses besognes de ses milices. De nombreux indices à propos d’un usage de gaz incapacitant à Homs, en décembre, et le refus des diplomaties occidentales de le prendre en compte donnent même à penser que le recours à certaines armes chimiques serait jugé tolérable à condition qu’il soit strictement limité au théâtre syrien.

De massacres en massacres, qui ne sont plus guère suivis aujourd’hui que par des condamnations mécaniques, de l’engagement de Mig et d’hélicoptères aux missiles Scud tirés quasiment à l’aveugle, le régime syrien n’a cessé de tester les réactions internationales. Comme dans la pièce du dramaturge syrien Saadallah Wannous où des villageois s’avèrent incapables de se plaindre auprès du roi des ravages causés par son éléphant favori, le moins que l’on puisse dire est que Bachar Al-Assad est fondé à croire qu’il a encore les mains libres.

On a pu penserpenser que l’absence de profondeur stratégique expliquait en partie l’impuissance des rebelles à obtenir seuls des succès décisifs, mais la perte de contrôle de la frontière nord, celle avec la turquie/ »>Turquie, a au contraire montré la capacité d’adaptation d’un régime recroquevillé sur les axes qu’il considère comme essentiels à sa survie. Dans ces conditions, attendreattendre que les oppositions syriennes marchent d’un seul pas pour fournir les armes qui permettraient au moins de limiter les moissons sanglantes du régime relève de l’erreur stratégique.

Les défections et les désertions ont renforcé l’esprit de corps khaldounien du clan au pouvoir revisité par Michel Seurat dans L’Etat de barbarie (réed. PUF, 2012). Au point que de bons observateurs peuvent considérer désormais que la défaite de Bachar al-Assad pourrait ne pas signifier signifier la victoire pour les rebelles car cette chute aurait été obtenue au prix de la destruction totale, physique et psychologique, d’un pays.

Cette perspective ouvrirait la voie aux prophéties autoréalisatrices de ceux qui considéraient la dictature Assad comme un moindre mal sans voirvoir qu’elle nourrissait la révolte qui a éclaté en mars 2011. Et mettent aujourd’hui en garde contre l’influence des djihadistes, refusant de voir que la désertion du champ de bataille, a fortiori lorsqu’on parvient à se mobiliser contre des colonnes de pick-up au Mali, ne peut qu’à alimenter la geste d’un djihad global.

paris@lemonde.fr

Gilles Paris (International)

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Syrie: se sentant lâché par l’Occident le chef de l’opposition veut négocier


AFP | 31/01/2013 | 16h47

L’annonce surprise du chef de l’opposition syrienne en faveur d’un dialogue avec le régime traduit sa crainte d’un enlisement du conflit, faute d’une action ferme des Occidentaux inquiets du rôle croissant des islamistes au sein de la rébellion, selon des analystes.

Mais cette ouverture pourrait, selon les experts, se heurter à un régime qui campe sur ses positions et n’acceptera pas les conditions d’Ahmed Moaz al-Khatib et à une partie de l’opposition déterminée à n’ouvrir les négociations qu’une fois le président Bachar al-Assad chassé du pouvoir.

« Ces derniers temps, Ahmed Moaz al-Khatib, s’est montré extrêmement déçu par l’attitude des Etats qui prétendent soutenir l’opposition », affirme Thomas Pierret, maître de conférences à l’Université d’Edimbourg en Ecosse.

De plus, note l’expert, « ni la Coalition de l’opposition, ni le commandement unifié de l’Armée syrienne libre (ASL, rebelles) n’ont reçu l’appui qui leur avait été promis et le chef de la Coalition va jusqu’à parler d’un +embargo+ ».

« Dans ces circonstances, M. Khatib estime que le seul moyen d’alléger les souffrances des Syriens est de négocier », ajoute l’auteur de « Baas et Islam en Syrie ».

« En même temps, comme c’est un homme de principes, il pose des conditions logiques mais rédhibitoires pour le régime, si bien que sa démarche est vouée à l’échec », dit-il encore à l’AFP.

Créant la surprise, M. Khatib a affirmé mercredi qu' »en signe de bonne volonté », il était « prêt à des discussions directes avec des représentants du régime syrien au Caire, en Tunisie ou à Istanbul ». Le Conseil national syrien (CNS), principale composante de la Coalition, a aussitôt rejeté cette idée.

Pour le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) Rami Abdel Rahmane, M. Khatib « est conscient que la Syrie est en train d’être détruite et que la solution militaire ne peut seule conduire à la liberté. Il constate aussi que la communauté internationale a fait des promesses jamais tenues ».

situation bloquée

M. Abdel Rahmane, dont l’ONG s’appuie sur un large réseau de militants et de médecins à travers le pays, note que « l’armée est toujours du côté d’Assad et, même si l’ASL a enregistré des succès, la situation est bloquée sur le terrain à moins qu’un événement majeur ne fasse avancer les choses ».

« C’est très facile d’être assis dans un hôtel et de critiquer Khatib alors que les gens sont tués ou crèvent de faim », ajoute-t-il à l’adresse des détracteurs du chef de l’opposition.

Pour Volker Perthes, directeur de l’Institut allemand de politique étrangère et des questions de sécurité basé à Berlin, « l’attitude de Khatib est tout simplement réaliste ».

« Si vous voulez arrêter le bain de sang, vous devez aller vers des transformations politiques qui intègrent des éléments du régime actuel », ajoute l’auteur de « La syrie sous Bachar ».

Mais Rime Allaf de Chatham House estime que ces déclarations fracassantes sont le fruit de pressions extérieures pour sortir par une solution politique d’un conflit qui s’enlise.

« M. Khatib est dans une position très difficile car les Américains, les Français et leurs alliés font pression sur l’opposition en leur disant qu’ils n’auront rien tant qu’ils n’auront pas prouvé qu’ils étaient capables de contrôler les islamistes », dit-elle à l’AFP.

Pour cette chercheuse, « aujourd’hui beaucoup de Syriens, qui résistent depuis deux ans, sont fatigués de la guerre et ne voient pas le bout du tunnel. Ils se disent que c’est peut-être une petite fenêtre qui s’ouvre ».

Les Occidentaux, qui n’envisagent aucune intervention militaire, insistent donc désormais sur une solution purement politique.

« Ils s’appuient sur ce sentiment de lassitude au sein de la population pour tenter d’isoler les islamistes qui sont des jusqu’au-boutistes », notamment sur la question militaire, dit-elle.

« Mais cela ne marchera pas, car les rebelles refuseront aussi cette solution. Ils diront: +Dites-nous pour quoi nous nous sommes battus depuis un an et demi?+ ».

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« Syrie : soutenons les opérations humanitaires transfrontalière »


Le Monde.fr | 29.01.2013 à 14h05 • Mis à jour le 29.01.2013 à 15h05 Par Marie-Pierre Allié, présidente de MSF ; Fabrice Weissman, directeur du Centre de réflexion sur l’action et le savoir humanitaires à MSF

A la mi-août, MSF a accueilli plus de 300 patients et pratiqué 150 interventions chirurgicales dans un hôpital situé dans le nord de la Syrie.

L’aide internationale apportée en Syrie souffre d’un grave déséquilibre. Les zones sous contrôle gouvernemental reçoivent la quasi-totalité des secours internationaux tandis que les zones insurgées en reçoivent une part infime. Et le dispositif d’assistance actuel ne permet pas de faire face à l’aggravation des conditions de vie des populations vivant à l’intérieur de la Syrie. En l’absence d’opérations humanitaires transfrontalières à destination des zones rebelles, des millions de Syriens resteront privés d’assistance.

Les bailleurs de fonds doivent se rencontrer le 30 janvier à Koweït City pour réunir 1,5 milliard de dollars au titre de l’aide humanitaire pour les victimes du conflit syrien. Jusqu’à présent, l’essentiel de l’aide internationale est distribuée depuis Damas par le Comité international de la Croix-Rouge, les agences des Nations unies et huit ONG internationales. Tous ces acteurs interviennent en partenariat avec le Croissant-Rouge syrien, seul organisme habilité par le gouvernement à distribuer in fine l’assistance. Eprouvant déjà de grandes difficultés à se déployer en zones gouvernementales, ces secouristes parviennent très rarement à obtenir les cessez-le-feu nécessaires pour traverser les lignes de front et approvisionner les populations vivant en zone rebelle.

Depuis juin 2012, l’opposition armée syrienne a étendu et consolidé son emprise sur de larges parties du territoire. S’il est impossible de connaître la proportion exacte de Syriens vivant dans des régions échappant au contrôle du gouvernement, la forte implantation de l’opposition dans les villes ainsi que dans les campagnes densément peuplées de Damas, d’Alep et d’Idlib laisse à penser qu’au minimum un Syrien sur trois (soit 7 millions de personnes) vit sous l’autorité de l’opposition armée. Pour autant, ce sont les zones sous contrôle gouvernemental qui reçoivent la quasi-totalité des secours internationaux, ceux-ci n’irriguant que de façon marginale les territoires rebelles.

Dans ces zones, l’assistance aux civils est mise en œuvre par les Syriens eux mêmes avec le soutien de la diaspora, de pays amis et de réseaux de solidarité politico-religieux. Difficilement quantifiable, cette aide est manifestement insuffisante, notamment en matière d’abris, de couvertures et d’énergie pour les centaines de milliers de personnes déplacées et celles qui les hébergent. Les réseaux syriens sont dépassés par l’ampleur des pénuries alimentaires, notamment la farine de blé et le lait maternisé. Ciblés par l’armée loyaliste, les services de santé parallèles peinent à répondre aux besoins des nombreux blessés et des malades souffrant d’affections chroniques (diabète, maladies cardio-vasculaires, insuffisances rénales, cancers, etc.), principales causes de mortalité avant guerre.

Seules quelques ONG internationales, dont Médecins sans frontières, assistent les civils en zone rebelle à partir des pays voisins. Depuis 2011, MSF approvisionne en médicaments et matériel médical des groupes de médecins syriens soignant des blessés clandestinement, dans des hôpitaux improvisés. Son action s’est renforcée au cours des six derniers mois, avec l’ouverture de trois hôpitaux dans le nord-ouest du pays dans lesquels ont été réalisées à ce jour 900 interventions chirurgicales. Mais cette assistance reste très limitée au regard des besoins, tout comme l’action des autres ONG internationales.

Le premier obstacle à l’accroissement des secours internationaux en zone rebelle est l’insécurité entretenue par l’armée loyaliste. Particulièrement intenses à proximité des lignes de front, les bombardements des infrastructures civiles (hôpitaux, marchés, boulangeries, stations-service…) par les forces gouvernementales sont néanmoins plus sporadiques à l’arrière et presque inexistants dans un certain nombre de régions frontalières. L’expérience des ONG déjà présentes prouve qu’il est possible d’accroître l’aide internationale en dépit d’un risque résiduel élevé, mais acceptable au regard des besoins.

Le deuxième obstacle tient aux difficultés de collaboration entre les acteurs humanitaires internationaux et les réseaux d’assistance syriens. Comme souvent dans les situations de conflit, il n’est pas rare que plusieurs autorités de fait revendiquent le statut de coordinateur des secours pour une région donnée. Incapable d’évaluer a priori leur influence et leurs performances opérationnelles, les acteurs humanitaires se montrent méfiants à l’égard de ces coordinateurs locaux, généralement associés à des réseaux militaires, politiques, religieux, familiaux, claniques, économiques concurrents. Craignant d’être impliqués dans des luttes internes qui pourraient menacer leur sécurité et l’impartialité de leurs opérations, les ONG tendent ainsi à contourner les autorités et les associations d’entraide syriennes. Ce faisant, elles se posent en concurrents des principaux prestataires de secours syriens, peu enclins de ce fait à leur faciliter la tâche.

Enfin, la semi-clandestinité dans laquelle se déploient les opérations humanitaires transfrontalières est un frein à leur développement. Si les pays frontaliers, comme la Turquie, tolèrent la présence des ONG engagées en Syrie, ils ne sont pas prêts à leur accorder les facilités logistiques et administratives associées à une reconnaissance officielle. Ralentissant l’action, cette semi-clandestinité contrevient de plus aux règles de financement des bailleurs de fonds, qui rechignent à soutenir les ONG engagées dans des opérations transfrontalières. Cette situation est d’autant plus paradoxale que l’Union européenne, les Etats-Unis, la Turquie et près de 130 pays reconnaissent l’opposition armée comme représentant légitime du peuple syrien et lui accordent à ce titre.

L’aide humanitaire en temps de guerre exige souplesse et réactivité de la part de ses acteurs comme de ses donateurs institutionnels, faute de quoi elle est condamnée à un rôle de témoin passif des souffrances qu’elle vise à alléger. Les participants à la conférence de Koweït City doivent reconnaître la légitimité d’opérations humanitaires transfrontalières vers la Syrie et leur accorder le soutien financier, administratif et logistique qu’elles requièrent.

Marie-Pierre Allié, présidente de MSF ; Fabrice Weissman, directeur du Centre de réflexion sur l’action et le savoir humanitaires à MSF

Nouvelle tuerie en Syrie: découverte de près de 80 corps de jeunes exécutés


Créé le 29-01-2013 à 12h47 – Mis à jour à 22h02

 Au moins 65 jeunes hommes, exécutés d'une balle dans la tête, ont été retrouvés dans un quartier rebelle d'Alep, a indiqué mardi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).<br /><br />
(c) Afp
Au moins 65 jeunes hommes, exécutés d’une balle dans la tête, ont été retrouvés dans un quartier rebelle d’Alep, a indiqué mardi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). (c) Afp

ALEP (Syrie) (AFP) – Près de 80 corps de jeunes gens exécutés ont été découverts mardi dans la cité syrienne d’Alep, dernier carnage en date dans le pays en guerre, à quelques heures d’une intervention du médiateur international Lakhdar Brahimi à l’ONU.

L’émissaire des Nations-Unies et de la Ligue arabe en Syrie devait rendre compte vers 20H00 GMT au Conseil de sécurité de ses efforts, en vain jusque-là, à mettre fin à une révolte devenue guerre civile qui a fait plus de 60.000 morts en près de deux ans selon l’ONU.

Sur le terrain, les violences n’ont connu aucun répit, avec la découverte notamment de dizaines de corps à Alep, la métropole du Nord en proie aux combats entre soldats et insurgés.

A l’école Yarmouk, où s’entassent les cadavres, un rebelle de l’Armée syrienne libre (ASL) Abou Seif a affirmé que 78 corps avaient été récupérés dans la rivière Qouweiq et qu’il en restait encore une trentaine que l’ASL ne peut pas récupérer en raison des tireurs embusqués du régime.

« Nous ne savons pas qui ils sont car ils n’ont pas de pièces d’identité », a déclaré un volontaire en aidant à mettre un corps dans un camion. Dans le véhicule, un correspondant de l’AFP a pu compter quinze cadavres.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui s’appuie sur des militants et des médecins, a fait état de « 65 cadavres non identifiés retrouvés à Boustane al-Kasr », quartier tenu par les rebelles.

« Agés d’une vingtaine d’années, ils ont été exécutés d’une balle dans la tête. Vêtus en civil, la majorité ont les mains liées derrière le dos », a-t-il ajouté. Ils ont été sortis de la rivière qui sépare Boustane al-Kasr et Ansari, quartier également aux mains des rebelles.

Le régime les a « jetés dans la rivière pour qu’ils arrivent dans la zone sous notre contrôle et que les gens croient que nous les avons tués », a affirmé de son côté Abou Seif.

Mais un responsable au sein des services de sécurité a affirmé à l’AFP qu’il s’agissait de « citoyens de Boustane al-Kasr qui ont été enlevés par des groupes terroristes après avoir été accusés d’être en faveur du régime ». Le régime assimile les rebelles à des « terroristes ».

Corps jetés dans la rivière

« Leurs familles ont essayé de négocier (leur libération) sans succès à plusieurs reprises avec les groupes terroristes », a-t-il dit, ajoutant: « ils ont été exécutés dans la nuit de lundi à mardi et leurs corps ont été jetés dans la rivière ».

Rebelles et régime s’accusent mutuellement de massacres, mais il n’est pas possible de confirmer les informations de source indépendante.

Ailleurs dans le pays, les insurgés ont réussi une percée majeure à Deir Ezzor (est) en prenant un poste des renseignements politiques et deux ponts enjambant l’Euphrate, sur la route utilisée par l’armée pour approvisionner la cité de Hassaké, plus au nord, a précisé l’OSDH.

« Si les rebelles continuent leur avancée, ils remporteront une victoire stratégique car la ville est la clé de toute la province (éponyme) qui recèle les principaux champs pétroliers et gaziers du pays », a affirmé à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Les rebelles contrôlaient par ailleurs quasi-totalement la prison centrale d’Idleb (nord-ouest), selon l’ONG. Une source au sein des services de sécurité a confirmé que les soldats avaient évacué lundi soir la prison et les détenus ont été transférés dans des sièges des services de sécurité dans la ville.

A Damas, un député a été grièvement blessé par l’explosion d’une bombe fixée à sa voiture, selon l’OSDH.

Selon un bilan provisoire de l’OSDH, les violences ont fait mardi 91 morts: 38 civils, dont six enfants, 30 soldats et 23 rebelles.

Alors qu’une conférence de donateurs est prévue mercredi au Koweït pour débloquer des fonds en faveur des civils syriens, des organismes de charité ont promis 182 millions de dollars d’aide et les Etats-Unis ont annoncé une aide supplémentaire de 155 millions de dollars.

Médecins sans frontières (MSF) a regretté de son côté que l’aide internationale souffre d’un « grave déséquilibre » au détriment des « zones insurgées ».

source

En attendant le printemps … il pleut toujours


22 janvier 2013 Par ASML
Combattants de l'armée syrienne libre prenant une pause autour d'un poêle à boisCombattants de l’armée syrienne libre prenant une pause autour d’un poêle à bois© Thaer Al Khaldiyeh, Shaam News Network

Ghassan Yasin, 36 ans et résidant à Alep, est un activiste syrien ayant participé à la coordination et la préparation des manifestations pacifiques et a œuvré dans les médias de la révolution. A travers ce texte, inspiré de faits réels, Ghassan Yasin souhaite montrer que le courant djihadiste n’a pas de base sociale en Syrie. Houssam, l’un des personnages dont il parle dans son texte, est décédé à Alep il y a cinq mois.

 

 

 En attendant le printemps … il pleut toujours

Texte original traduit de l’arabe par l’équipe ASML

Il pleuvait lorsqu’Amjad est arrivé chez ses amis, une bouteille de vin à la main. Ils étaient tous assis autour de la cheminé jouissant de la chaleur et de l’odeur des marrons grillés. Amjad a pris son verre en marmottant quelques mots exprimant ainsi sa colère contre la réponse du régime aux manifestations pacifiques et l’utilisation de balles réelles contre des civils désarmés. Un des présents est alors intervenu: « Nous devons les protéger des crimes commis par les forces du régime. Nous devons porter les armes ! »

Amjad avec quelques-uns de ses amis ont formé un petit groupe et se sont engagés à protéger les manifestants de l’oppression du régime. Au dépit de leurs orientations culturelles et religieuses divergentes, ils se sont entendus sur l’objectif qui les a unis comme les doigts de la main se ressaisissant en vue de porter un seul coup à la tête du régime. Leur groupe s’élargissant, ils se sont heurtés à de nombreux problèmes, en particulier le manque de moyens financiers pour acheter armes et munitions afin d’affronter les forces du régime qui elles, en possèdent une grande quantité.

Un jour, Houssam un jeune homme d’à peine vingt trois ans, provenant apparemment  d’un milieu aisé s’est joint à eux. Il poursuivait des études de médecine en Allemagne et est rentré à Alep au début de la révolution syrienne pour contribuer à la mobilisation pacifique, puis avec l’émergence de ce qu’on a appelé plus tard « l’Armée libre ». Houssam avait alors décidé de s’engager à porter les armes et à combattre l’oppression du régime au sein d’un bataillon de cette armée.

Il leur dit qu’il avait un proche dans un pays du golfe prêt à assurer leur financement pour acheter des armes et des munitions grâce à des donateurs originaires de ces pays. Ils en étaient tous contents. Amjad a demandé de rédiger une liste de leurs besoins pour qu’on leur envoie des sommes suffisantes. Lorsque Houssam a signalé que les donateurs n’allaient financer que les bataillons islamiques, tout le monde s’est tu. Immédiatement, Amjad a dit : « Soit ! Je suis prêt à me laisser pousser la barbe et à faire n’importe quoi pour obtenir des armes et affronter le criminel ». Depuis, les aides ont afflué ainsi que les achats des armes. Plus tard, des combattants arabes de différentes nationalités se sont rejoints à leur groupe. Ils étaient à peu près cinquante au sein d’un groupe de sept cents combattants. Amjad, accueillait chaleureusement les journalistes étrangers qui entraient en Syrie par les frontières turques et les conduisait aux premières lignes afin qu’ils couvrent les combats et qu’ils témoignent de la souffrance du peuple syrien causée par les bombardements sauvages des forces d’Al Assad.

Pendant la pause déjeuner, alors qu’il pleuvait et que tout le monde était assis autour de la table. Amjad s’est tourné vers une journaliste étrangère lui reprochant la multitude des entretiens qu’elle faisait passer aux combattants arabes se focalisant sur eux malgré leur nombre minime par rapport à celui des Syriens. Retirant sa main qui s’approchait d’un bon repas bien garni et préparé par les révolutionnaires, la journaliste a regardé Amjad de manière confuse sans lui répondre. Tout le monde s’est tu alors qu’il pleuvait des cordes.

Un  journaliste arabe a interrogé Zaïdan, un jeune libyen d’un courage inouï sur les raisons de son engagement dans les combats en Syrie. Sa réponse immédiate était qu’il voulait aider les Syriens à se débarrasser d’Al Assad après que les Libyens se soient débarrassés de Kadhafi. On a transporté son cadavre ensanglanté suite aux violents combats entre les combattants et les forces du régime et on l’a enterré aussi vite pour retourner au combat.

Le soir, ils se sont tous réunis pour discuter du plan à suivre le lendemain. Amjad a regardé Houssam en lui disant : « Issu d’une famille riche et faisant des études dans une des meilleures universités allemandes ; qu’est ce qui t’a fait revenir et porter des armes ? » Houssam a souri et répondu : « A aucun moment je ne songeais à porter des armes. Je suis retourné pour participer aux manifestations et à la mobilisation pacifique ». Il s’est mis à raconter à ses copains réunis autour de la cheminée et sirotaient du thé chaud les anecdotes du début de sa participation, organisant des manifestations et comment ils passaient, chaque semaine, la nuit du jeudi à préparer les pancartes. Ses yeux brillaient en évoquant les bons souvenirs du début de la révolution. Amjad est intervenu en affirmant que lui aussi était nostalgique de cette époque. Houssam repris la parole en disant : « Je n’ai pas pu supporter de voir mes amis se faire tirer dessus et mourir juste parce qu’ils sont sortis crier leurs slogans contre le régime ». Ses larmes coulaient en parlant de son ami qui était ressorti hémiplégique suite aux tortures subies dans les geôles des services de renseignements. Il regarda Amjad lui disant : « As-tu compris pourquoi je suis là et porte des armes ? » Avec un regard acquiesçant Amjad a murmuré : « C’est bien la même raison pour laquelle j’ai laissé pousser ma barbe et formé un groupe de combattants me soumettant à la volonté des donateurs qui voulaient que ce bataillon soit islamique ! Ce n’est que pour pouvoir affronter ce régime criminel et protéger ma famille des machettes des Shabbihas (ndlr : milice pro-régime)».

Pendant la mise à exécution de leur plan d’attaque au matin, le bataillon a subi de lourdes pertes humaines. Ils ont à peine pu retirer les cadavres de leurs compagnons de lutte dont celui de Houssam. Après avoir fini de l’enterrement, Amjad s’est tenu debout devant la tombe de Houssam. Il lui a juré de poursuivre le chemin de la lutte jusqu’au bout, alors que la pluie ne cessait de tomber.

Ghassan Yasin, Alep

source

La clef


14 janvier 2013 Par ASML

Ecrivain et journaliste syrienne, Hanadi Zahlout, 30 ans, a travaillé sur les droits de l’homme et le sort des femmes et des enfants en Syrie. Elle a couvert des procès contre la liberté d’expression et a oeuvré en tant qu’activiste média durant la révolution syrienne initiée en mars 2011. Le texte présenté ici est un extrait de ses mémoires, en cours d’écriture.

L’extrait relate sa rencontre avec le détenu Lou’ay au début de septembre 2011, lorsqu’elle était détenue dans les geôles des services de sécurité politique, en raison de son travail journalistique et de sa participation à l’organisation de manifestations anti-régime.

 

 

La clef

Texte original, traduit de l’arabe par l’équipe d’ASML

 

Il faisait nuit. Je ne me rappelais plus de l’heure exacte. Je prenais mon diner, c’était le troisième jour de la fête de la fin du mois de jeûne et je me préparais à aller me coucher. C’était la fin de la fête, les enfants dormaient. Il était temps que je dorme moi aussi, car mon rêve s’était perdu sur les balançoires de cette fête !

J’ai entendu le bruit d’un corps que l’on tirait dans le couloir, d’un corps qui prenait des coups de pieds. Je me suis penchée, et je me suis allongée à terre pour découvrir à travers les trous de la serrure de ma porte de cellule trois gardes en train de tirer un homme bien charpenté qui saignait encore des mains et de la tête. Ils ont ouvert la porte de la cellule numéro 12, en face de la mienne, l’y ont poussé dedans et ils sont partis. Son corps semblait épuisé d’avoir résisté à son arrestation. Je surveille sa cellule, mais il n’apparaît pas à travers les trous. Je n’entendais ni gémissements ni cris. Il était inconscient.

L’ont-ils ramené d’une manifestation ? Ou bien d’un autre service de renseignement ? A-t-il des enfants ? Que va-t-il se passer si sa famille l’apprend ? Les manifestants sont ils toujours ainsi tabassés ? Va-t-il mourir ici ?

Un millier de questions élémentaires tourmentaient mon esprit  naïf. Des questions qui ne veulent rien dire pour ces gens-là, de même que son sang qui avait maculé son trajet ne voulait rien dire pour eux non plus !

Le matin a annoncé le début du mois du nouvel Hégire, un nouveau jour de détention. J’ai regardé la cellule 12, toujours calme. Un nouveau matin, le troisième, des plats ont été posés pour le détenu. Des détenus partaient, d’autres arrivaient, ici, dans ce petit enfer, sans que je n’entende sa voix ou que je ne perçoive ses mouvements. Je m’étais presque faite à l’idée qu’il était mort.

Je parlais avec le prisonnier de la cellule 13, mon camarade du procès Ghofar ; j’élevais un peu la voix pour lui raconter comment s’était passé mon interrogatoire. J’ai vu une ombre s’approcher du trou de la serrure de la porte de la cellule n°12. Je l’ai observée et j’ai souri, pour lui d’être resté en vie et pour moi d’en avoir gardé l’espoir!

Je lui fais signe, il m’aperçoit et il voit mon visage à travers la lucarne  de la cellule. Il s’étonne d’y voir une femme.

Je dessine des lettres avec mon doigt pour qu’il les lise, lettre après lettre, à travers les trous de la lucarne :

– Q.u.e.l … (j’essuie vite de ma main pour lui dire que j’ai terminé le mot) … e.s.t … t.o.n… n.o.m ?

– L.u.’.a.y

– M.o.i… c.’.e.s.t… H.i.a.m

– D.’.o.ù ?

– D.e… L.a.t.t.a.q.u.i.é

– A.l.a.o.u.i.t.e ?

– O.u.i

– A.l.o.u.i.t.e ?!

Je souris. Il a raison de ne pas y croire. Quarante ans d’incompréhension et de non écoute de l’autre. Quarante ans durant lesquels on a semé des pièges sur les chemins de nos maisons dans le même quartier. Oh, que ne sommes-nous devenus des étrangers entre nous dans ce pays !

Nous conversons ainsi pendant des heures. Il me dit qu’il est père d’une petite fille qu’il avait emmenée jouer sur les balançoires, le dernier jour de la fête, quelques heures avant son arrestation. Les trous sombres absorbent son sourire lorsqu’il dessine  de l’index de sa main droite les cheveux ondulés de sa fille.

Le lendemain, la lucarne de sa cellule était ouverte !

Le garde qui distribue la nourriture lui demande :

– Qui t’a ouvert la lucarne, connard ?

– Celui qui distribue les médicaments…

Il s’en va, gêné.

Le garde qui distribue les médicaments lui demande :

– Enfin ! Qui t’a ouvert la lucarne ?

– Celui qui distribue la nourriture…

Il s’en va, énervé.

Je jette un coup d’œil par la lucarne. Désormais, nous allons pouvoir nous parler en lisant sur nos lèvres. Il sourit et je luis dis :

– Comment l’as-tu ouverte ?

Il sort un bout de fer plié et dit fièrement :

– Je l’ai fait avec mes dents. Je l’ai insérée et j’ai poussé le verrou vers le haut… petit à petit, il s’est ouvert.

Qui pourra te barrer la route de la liberté, cher compagnon de prison ? Tu détiens la clef de ta cellule !

Un soir, je parlais avec Lu’ay, alors qu’il revenait d’une séance d’interrogatoire, son corps marqué des traces des coups de poings et de pieds reçus. La distribution du dîner a interrompu notre discussion. Ce n’était  pas plus mal, car nous avions faim  après notre longue conversation.

Le diner : des pommes de terre pourries. Nous n’avons pas mangé. Nous avons refusé de manger mais nous avions faim.  Je lui dis alors, prise de colère :

– Rentre à l’intérieur. Il n’y a que les femmes qui savent y faire !

J’ai frappé de ma main faible à la porte de fer de ma cellule. Un garde élégant  arrive avec le sourire :

– Que veux-tu ?

– Je veux juste te demander, si tu me le permets, le diner de ce soir, c’était seulement des pommes de terre, n’est-ce pas ?

– Pourquoi tu me le demandes ?

– Pour savoir ce que je vais manger. Parce que je les mange cuites, grillées ou alors je ne sais comment… sauf que les pommes de terre sont pourries et que nous avons faim.

– Mais pourquoi, ils ne vous ont pas distribué du fromage ?

– Non, ils ne l’ont distribué à personne dans les mitards.

– Attend quelques secondes, s’il te plaît.

Il s’absente pendant  près d’un quart d’heure. Je parle à Lu’ay du fromage et nous nous réjouissons du fromage promis en tapotant sur nos ventres qui crient famine pour qu’ils se calment.

Le gardien arrive, me jette trois portions de fromage « Abou Al-walad » et s’en va.

Que dire à Lu’ay ? « Ils n’ont ramené du fromage que pour moi ?! »

Lu’ay ne veut  pas que je lui lance une part de fromage. Il me dit : « Tu es une femme, mange-les. Moi, je suis un homme, je peux supporter… »

Il ne tient pas longtemps et me dit en colère :

– Rentre à l’intérieur. Maintenant, c’est à mon tour !

Il frappe la porte de sa cellule de son poing

– Qui est-ce ?

– C’est moi !

– Qui es-tu ?

– Je suis un citoyen.

– Et que veux-tu, citoyen ?

– J’ai faim !

Le gardien souriant s’absente et revient au bout de quelques minutes :

– Tiens, citoyen. Pour que tu vois combien nous sommes généreux. Voici du pain et  même du halva.

Lu’ay me regarde victorieux et dit :

– Tu as vu ! Tu as entendu ! Je suis un citoyen !

Puis, Il mange tout le halva et moi, je peux manger mes parts de fromage sans le moindre sentiment de culpabilité !

On a changé les détenus dans la cellule 11, en face de moi, beaucoup de détenus. Un soir, j’y ai vu le visage d’un nouveau détenu. On a ouvert la lucarne de sa cellule parce qu’il était malade. Comme d’habitude, Lu’ay m’a demandé de me renseigner sur son nom, peut-être que nous pourrions récupérer quelques informations sur ce qui se passait à l’extérieur.

Il était sidéré lorsque je l’ai informé du nom de l’identité du nouvel occupant de la cellule 11, son ami, de son quartier : Mazen !

Mazen me dit qu’il y a eu quatre martyrs… à S…

– Sayyideh Zaynab ?

– Non, en S…

– Salhiyyeh ?

– Non, en S…

Je passe une heure entière à l’interroger pour enfin comprendre qu’il y a eu quatre martyrs ce vendredi-là, avant son arrestation, sur toute la Syrie !

Je prends une pause avant de continuer ma discussion laborieuse avec lui. Je remue mon assiette comme un éventail pour agiter l’air et avoir un peu de fraîcheur, puis je reprends ma discussion. Lu’ay rit s’amusant de mes difficultés à communiquer avec Mazen.

– Dis à Lu’ay que Fida’ est mort en martyr. Ils lui ont tiré dessus !

Je transmets naïvement l’information à Lu’ay :

– Mazen te dit  que que Fida’ est mort.

Il pose sa main droite sur sa bouche, il est sur le point de crier, des larmes coulent de ses yeux comme un enfant.

– Fida’ est mort ?  Mon ami Fida’ ? Il est mort !

Je ne savais plus quoi lui dire ! Je t’en supplie, ne pleure pas. Je déteste ces portes de fer, je déteste ces menottes. Si toi tu pleures, qui va me faire rire après ?

Il rentre au fond de sa cellule en pleurant et moi, je vais me coucher.

Les voies du monde des rêves restent closes devant nous, comme devant tous les Syriens, même si j’ai la certitude que nous en possédons les clefs.

 

Hanadi Zahlout

Paris

source

Syrie : Assad a commis « une grave erreur », selon Medvedev


 

Le Monde.fr avec AFP | 27.01.2013 à 16h21

L'ancien président russe Dmitri Medvedev et le président syrien Bachar Al-Assad à Damas, le 11 mai 2010.

Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a déclaré, dimanche 27 janvier, que le président syrien Bachar Al-Assad avait commis une « erreur peut-être fatale » en tardant trop à mettre en œuvre des réformes politiques. « Il aurait dû agir beaucoup plus vite et inviter l’opposition pacifique qui était prête à s’asseoir à la table des négociations avec lui », a déclaré M. Medvedev, cité par les agences russes. « Il me semble que ses chances de maintien (au pouvoir) s’amenuisent de jour en jour », a ajouté M. Medvedev au sujet de Bachar Al-Assad.

Le premier ministre russe s’exprimait dans une interview à la chaîne de télévision CNN réalisée en marge du Forum de Davos, en Suisse, dont l’intégralité a été publiée sur le site du gouvernement russe. M. Medvedev a souligné avoir essayé à plusieurs reprises de convaincre en personne M. Assad de dialoguer avec l’opposition, en vain. « A mon avis, les dirigeants syriens ne sont pas prêts à cela. Mais d’un autre côté, il ne faut en aucun cas permettre que l’élite politique soit emportée par un conflit armé », a estimé le chef du gouvernement russe.

« C’EST AU PEUPLE SYRIEN DE DÉCIDER »

Dans cette interview, M. Medvedev a réaffirmé la position de la Russie selon laquelle seul le peuple syrien est habilité à décider du sort du président Assad, dont les Occidentaux réclament le départ. « Je le répète une nouvelle fois : c’est au peuple syrien de décider. Pas à la Russie, pas aux Etats-Unis et ni à n’importe quel autre pays », a ajouté M. Medvedev.

La Russie, un des derniers soutiens du régime syrien auquel elle livre des armes, s’oppose à toute ingérence dans le conflit qui a fait selon l’ONU plus de 60 000 morts depuis le début de la révolution il y a près de deux ans. M. Medvedev a également réaffirmé que Moscou n’œuvrait pas au maintien au pouvoir de M. Assad. « Nous n’avons jamais dit que notre objectif était le maintien du régime politique actuel ou le maintien du président Assad. C’est au peuple syrien de décider », a-t-il insisté.

« NOUS AVONS EU DE BONNES RELATIONS »

La Russie n’a jamais été un allié exclusif de la Syrie ou de Bachar Al-Assad, a observé le premier ministre. « Nous avons eu de bonnes relations avec son père et avec lui, mais il a eu des alliés plus privilégiés parmi les pays européens », a-t-il observé. La semaine dernière, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait déclaré que l’éviction du président Assad ne figurait pas dans les accords internationaux et qu’elle était « impossible à mettre en œuvre ».

La Russie, seule grande puissance à entretenir encore des relations étroites avec Damas, a bloqué jusqu’ici avec la Chine tous les projets de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le président Assad. Samedi, le vice-premier ministre syrien Qadri Jamil avait déclaré à la radio Echo de Moscou que la Russie continuait de livrer des armes à Damas dans le cadre de contrats conclus de longue date.

Lire : Damas reçoit toujours des armes de Moscou

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