La Coquille : prisonnier politique en Syrie


Après six ans de séjour en France, où il a obtenu un diplôme d’études cinématographiques, le narrateur décide de rentrer au pays. Dès son arrivée à l’aéroport de Damas, il est arrêté par la police politique et conduit dans un bâtiment sinistre du centre-ville, appartenant aux Services de renseignements. Là, il est violemment frappé avant d’être accusé contre toute vraisemblance, lui, le chrétien grec-catholique, d’être membre du mouvement des Frères musulmans. Quelques jours plus tard, il se retrouve dans la gigantesque et terrible prison du désert, en compagnie de milliers de détenus. Commence alors son calvaire qui va durer treize ans… Ce récit, qui se présente comme un journal, restitue sous une forme légèrement romancée les choses vues et entendues par Moustafa Khalifé durant son long enfermement dans les prisons syriennes. Les scènes se succèdent, d’autant plus insoutenables qu’elles sont décrites sobrement sans vaine rhétorique ni pathos. Elles donnent à voir, non seulement la barbarie des geôliers, mais aussi le processus de déshumanisation des détenus et, au-delà, de toute la société.

– 4e de contenu –

Traduit de l’arabe par Stéphanie Dujols

source

voir   aussi  cet article Écrire la stupeur

« … Emprisonné pendant près de treize ans, Moustafa Khalifé a vécu les épisodes qu’il raconte, ou bien il les a entendus de la bouche même de détenus. Certains noms évoquent des personnes que l’on peut identifier. Le lieu de la détention, bien que jamais nommé, est même visible sur des photographies aériennes. Des rapports de sociétés pour la défense des prisonniers politiques, déjà anciens, témoignent, eux, directement, de l’existence de ce qui s’est passé, là-bas, près des ruines de l’antique Palmyre. » … »mémoriser pour pouvoir, un jour peut-être, raconter. Replié dans sa coquille, l’être regarde le monde par un orifice qui laisse entrer les choses dans un champ limité. Mais aussi il faut mettre en mémoire, fabriquer un texte, quotidiennement mémorisé, réitéré, fixer l’attention à ce bruissement inéluctable, qui semble sans cesse vouloir forcer l’être à dépasser les limites, malgré l’enfermement dans les ténèbres et dans l’abandon. Document de nature parfois anthropologique, La Coquille décrit les techniques de mémorisation, qui ont permis de retenir les noms des disparus, par le fait de la torture ou exécutés. La récitation du Coran, lui aussi intégralement mémorisé par le narrateur, participe de cet exercice, qui consiste à intégrer des parcelles du monde dans une mémoire qui pourrait elle aussi être sans objet, si le prisonnier disparaissait. »

Un poète syrien : Faraj Bayraqdar


Faraj Bayraqdar


Je ne l’aime pas en deuil
poèmes traduits de l’arabe (Syrie) par Claude Krul

alidades 2006, collection ’Création’,
12,5 x 21 cm, 44 pages, cahier, 5,00 €.
ISBN 978-2-906266-67-4

Faraj Bayraqdar est né en 1951 dans le village de Têr Mâla près de Homs en Syrie. Journaliste et poète, il est arrêté une première fois en 1978 : la revue littéraire dans laquelle il publie de jeunes poètes et écrivains affiche une liberté de ton qui ne peut convenir au régime. Dans les années qui suivent il s’engage plus avant dans le militantisme, au sein d’un parti d’opposition interdit. Arrêté de nouveau en 1987, il est torturé sauvagement pendant toute une année puis transféré à la prison militaire de Palmyre où il survit cinq années dans un isolement et dénuement complets. Il est ensuite transféré dans une prison voisine de Damas ; les conditions sont moins dures ; on l’autorise à lire, à écrire. Il ne sera relâché qu’après quinze ans de détention, suite à une campagne internationale menée notamment par Amnesty et le PEN Club international. De son aveu même, la poésie lui a permis de « rester un être humain », de na pas « devenir néant ». Participant à un débat à Genève dans le cadre du Festival International du Film sur les Droits Humains, il affirmait que « la liberté qui est en nous est plus forte que les prisons ». Cette liberté trouve selon lui son effectivité dans cette force qu’elle insuffle à l’activité créatrice ; l’écriture sans doute n’abolit ni les murs ni les barreaux, non plus qu’elle ne met fin aux tortures et vexations, mais elle offre cette possibilité de ne pas tomber sous eux. Elle offre aussi cette possibilité de les dénoncer, donc d’agir.

Faraj Bayraqdar poursuit, en Syrie et à l’étranger, son activité littéraire tout autant qu’il mène un combat pour la libération des prisonniers politiques enfermés dans les prisons syriennes.

à lire : Ni vivant, ni mort, traduction de Abdellatif Laâbi, Al Dante 1998.

Alidades ici : http://alidades.librairie.assoc.pagespro-orange.fr/bayraqdar.html

Un poète syrien : Abou Afach


Nazîh Abou Afach

ô temps étroit… ô vaste terre
Par hasard vivants


Nazîh Abou Afach est un des poètes syriens les plus représentatifs de sa génération : son écriture en perpétuel renouvellement est caractéristique d’une profonde liberté stylistique et de pensée. Né en 1946, Nazîh Abou Afach a été instituteur, lecteur de manuscrits au Ministère de la Culture puis aux éditions al-Madâ. Depuis 1968 il a publié une quinzaine de recueils. Parallèlement à l’écriture, il se consacre à la peinture et à la musique.

O temps étroit… ô vaste terre
poèmes traduits de l’arabe (Syrie) par Claude Krul

alidades, collection ’Création’,
12,5 x 21 cm, 40 pages, cahier, 5,00 €, ISBN 978-2-906266-51-3

La poésie de Nazîh Abou Afach, qui à ce jour n’a jamais été publiée en français, se caractérise par sa liberté de ton, son refus des carcans stylistiques, tout autant que par une fraîcheur d’écriture qui lui confère la force de la sincérité. Abou Afach, de toute évidence, plie son écriture à ce qui le travaille, manie tendresse, ironie, désabusement, espoir, révolte et sensualité avec une grande simplicité qui de fait le dispense de toute affectation poétique.

Cette verdure, sève généreuse de la vie,
je la connais :
vert de la désolation
vert du désir
vert des soupirs
vert sanglot
ruisselant, céleste,
sombre, sur la terre.

Par hasard vivants
poèmes traduits de l’arabe (Syrie) par Claude Krul

alidades, collection ’Création’,
12,5 x 21 cm, 44 pages, cahier, 5,50 €, ISBN 978-2-906266-90-2

Ce deuxième recueil publié par nos soins réunit des poèmes écrits entre 2003 et 2009, dont certains sont inédits en arabe. Nazîh Abou Afach y aborde les questions essentielles à ses yeux – l’âge et l’amour, la poésie, le sens des gestes quotidiens – mais aussi s’interroge sur son identité de chrétien. Le vers, ciselé, rythmé, précis, ample aussi parfois et lyrique sert autant l’élégie que l’ironie, le désenchantement et le doute que la colère. Cette poésie est assurément porteuse d’une rumination authentiquement humaine.

Creusez le tunnel…
bas, plus bas,
jusqu’au tréfonds de la terre,
au tréfonds de l’aventure,
du péché,
au tréfonds des prophéties et des croyances,
du germe des espèces premières :
l’homme fuit sa cage
et voudrait le secours de l’oubli.

« Nazîh Abou Afach (…) écrit de courts récits, des saynètes, adresses, fables et paraboles (contre-paraboles), autant de fragments d’une méditation très personnelle, morale, et politique à sa façon. » Jean-Charles Depaule, Cahier Critique de Poésie, n° 21.

Lien à Alidades : http://alidades.librairie.assoc.pagespro-orange.fr/abou_afach.html

Pourquoi même à l’étranger les Syriens ont de quoi avoir peur


A une manif pour la Syrie ce soir, une camarade s’étonnait du petit nombre de Syriens présents. Il faut dire qu’ils ne sont pas si nombreux en Belgique, mais en outre, ils ont tout à craindre des représailles du régime contre leurs proches restés au pays.

Voici la photo de la maman (à d.) et d’une parente de Malek Jandali,  musicien syrien de talent exilé aux USA,  qui avait eu l’outrecuidance de participer à une manif et de jouer Watani Ana.

Moi aussi, j’hésiterais à me faire connaître

Copié d’ici, ce commentaire

http://www.youtube.com/watch?v=7qAKZ-Avn4I
Malek Jandali, le pianiste de la révolution syrienne

« Watani Ana », c’est à dire « Ma patrie », c’est le titre de cette chanson composée par le pianiste syrien Malek Jandali, en soutien aux revendications des opposants au régime de Bachar al-Assad.

Né en Allemagne, ce talentueux compositeur de 39 ans a grandi à Homs. Et il vit aujourd’hui aux Etats-Unis, où il affiche ouvertement son soutien au mouvement de contestation qui secoue la Syrie depuis plus de 10 mois.

En juillet dernier, il avait ainsi donné un concert à Washington, près de la Maison-Blanche, lors d’un rassemblement organisé en solidarité avec l’opposition syrienne. Mais même s’il vit à l’abri de la répression aux États-Unis, Malek Jandali est tout de même visé par l’appareil répressif de Damas.

Quelques jours après son concert dans la capitale américaine, ses parents, qui vivent à Homs, auraient en effet été violemment agressés par les forces de sécurité. Les photos de ses parents se trouvent sur la page Facebook de l’artiste.

Malgré les menaces, Malek Jandali continue de militer en faveur d’une Syrie libre en organisant des concerts, ou en participant à des campagnes de collecte de fonds pour soutenir la population locale.

Et le pianiste engagé s’apprête à sortir un nouvel album intitulé « Emessa » dédié à la révolution syrienne et en particulier à sa ville de Homs, bastion de la contestation particulièrement touché par les violences qui sévissent à travers le pays.

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