Reynders : « Le régime a choisi le chemin de la barbarie »


Rédaction en ligne

vendredi 24 février 2012, 21:01

Amis de la Syrie appelle à l’arrêt immédiat des violences. Le ministre des Affaires étrangères s’est exprimé au nom du Benelux à la conférence de Tunis. Il exige la limitation des exportations.

Reynders : « Le régime a choisi le chemin de la barbarie »© Belga

Renforcer les sanctions envers le régime syrien, permettre à l’aide humanitaire d’accéder sur le terrain et soutenir le plan de la Ligue arabe concernant la transition politique, tels sont les thèmes abordés vendredi par le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, au nom du Benelux, lors de sa prise de parole à la Conférence internationale des amis du peuple syrien à Tunis.

Au rang des sanctions, Reynders cite la limitation des exportations et des déplacements des autorités du régime. À propos de l’aide humanitaire, il est nécessaire que celle-ci puisse être acheminée sur le terrain, en toute sécurité, a rappelé le ministre. « Un débat va avoir lieu sur les moyens », a-t-il ajouté. Enfin, il s’est réjoui de la désignation de Kofi Annan comme envoyé spécial conjoint de l’Onu et de la Ligue arabe, qui doit encore choisir son adjoint.

« On attend que M. Annan puisse revenir le plus vite possible devant le Conseil de sécurité de l’ONU » afin de prendre une résolution faisant sauter les vetos de la Russie et de la Chine, a indiqué le chef de la diplomatie belge lors d’un point presse à l’issue de son intervention en séance. « On doit aller vite, à la fois sur les sanctions et sur l’humanitaire. » Soulignant que la transition devait permettre d’installer un Etat de droit, respectant les minorités religieuses et laïques, le ministre a formé le voeu qu’en bout de course le pouvoir soit rendu au peuple syrien, avec l’organisation d’élections. « Grâce à l’envoyé spécial, nous avons un plan de marche », a-t-il dit. Mais il faut aussi que l’on parvienne à regrouper l’ensemble de l’opposition dans une plate-forme commune, a-t-il précisé.

La Syrie sur le chemin de la barbarie

« Le régime a choisi le chemin de la barbarie, on rebrousse rarement ce chemin », a commenté le ministre belge à la suite des appels lancés lors de la conférence vers le président Bachar al-Assad, se disant toutefois pessimiste quant à un départ de ce dernier. « Il existe des preuves de plus en plus fortes de crimes contre l’humanité, de faits de barbarie à l’égard de la population », comme des viols à l’égard des femmes, des hommes mais aussi des enfants, a-t-il insisté.

Quant au maintien de l’ambassade de Belgique à Damas, Reynders a annoncé qu’étant donné les rapports négatifs sur la sécurité à Damas, la représentation belge sera plus limitée à l’avenir. « On ne peut pas maintenir autant de personnel sur place. » Une décision commune avec les autres Etats-membres devrait être prise à ce sujet lundi, lors d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles.

La prochaine réunion du groupe des amis du peuple syrien pourrait avoir lieu dans un mois en Turquie, à Istanbul. La suivante se tiendrait en France, selon une proposition du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a encore dit Reynders.

Amis de la Syrie appellent à l’arrêt des violences et de nouvelles sanctions

Le groupe de 60 pays a appelé la Syrie à « cesser immédiatement toute forme de violence » afin de permettre l’accès de l’aide humanitaire et s’est « engagé à prendre des mesures pour appliquer et renforcer les sanctions sur le régime« . Le groupe « prend note de la demande faite par la Ligue arabe au Conseil de sécurité de l’Onu de former une force conjointe arabe et des Nations unies de maintien de la paix et a décidé de poursuivre les discussions sur les conditions du déploiement d’une telle force« , selon le texte. Le groupe des amis « réaffirme son attachement à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie » et souligne la nécessité d’une « solution politique » à la crise »Il demande au gouvernement syrien de « permettre l’accès libre et sans entraves des agences humanitaires » dans les régions les plus touchées par la répression, notamment dans la ville de Homs, pilonnée depuis trois semaines par l’armée syrienne. Parmi les sanctions proposées contre le régime de Damas figurent « l’interdiction de voyage des membres du régime, le gel de leurs avoirs, l’arrêt de l’achat des hydrocarbures syriens, la réduction des liens diplomatiques avec le régime syrien« . Le groupe reconnaît le Conseil national syrien comme « un représentant légitime des Syriens qui cherchent un changement démocratique pacifique » et l’encourage à former un groupe « représentatif et incluant toutes les sensibilités« . Il s’engage à fournir « un soutien effectif » à l’opposition, sans plus de précisions.

(P.VA avec avec Belga)

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A propos de la Syrie


jeudi 23 février 2012, par Alain Gresh

Dans une conversation téléphonique entre le président russe et le roi saoudien, ce dernier a affirmé à son interlocuteur que tout dialogue sur la Syrie était « maintenant futile » (agence de presse saoudienne, 22 février 2012). Qu’est-ce à dire ? Que la seule voie possible est celle de l’intervention militaire ? Qu’il faut armer l’opposition ? Il semble bien que c’est dans cette direction que s’oriente la réunion des amis de la Syrie qui se tient vendredi 24 février à Tunis.

Le soulèvement en Syrie, qui va bientôt entrer dans sa seconde année, pose des questions dramatiques auxquelles il n’existe pas de réponses simplistes — à moins de jouer la politique du pire. Il faut rappeler ce que le renversement de Saddam Hussein par les Etats-Unis a coûté, coûte et continuera de coûter aux Irakiens dans les prochaines décennies.

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Syrie, l’art de s’insurger


jeudi 23 février 2012, par La Rédaction

Dessin : « Autoportrait pastiche » d’un dessinateur syrien représentant le célèbre caricaturiste Ali Ferzat après qu’on lui a brisé la main. DR.

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Dans les premiers jours de février, alors qu’à Homs la violence des massacres atteint des sommets, s’achève la première saison d’un théâtre de marionnettes, filmé à la manière des Guignols, dont Bachar al-Assad, surnommé « Bichou », est le héros grotesque. Un pantin en chemise de nuit assailli par les cauchemars de sa chute prochaine et poursuivi, chez lui, par l’insurrection de ses propres enfants, écoeurés par les bains de sang. A Homs, comme à Damas et dans les zones les plus reculées de la Syrie en résistance, le feuilleton circule via Facebook et YouTube, et sur des CD que l’on grave et que l’on se fait passer sous le manteau pour les visionner en famille. Après quelques mois de diffusion clandestine, les créateurs de Top Goon, journal d’un petit dictateur recensent plus de 600 000 fidèles ; ça leur donne du courage pour assurer un travail hautement périlleux. Les textes et les costumes sont conçus en Syrie et acheminés vers un pays proche, où des marionnettistes masqués assurent la production.

« Oui, nous vivons dans la peur, dit le metteur en scène joint par Internet. Les services de renseignement sont tentaculaires et le risque est immense. Mais nous avons confiance dans le futur. Et notre expression est une manière de faire tomber ce mur de la peur. En caricaturant Assad et les siens et en les ramenant au rang de marionnettes. »

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Syrie : 86 morts dans les violences


Rédaction en ligne

jeudi 23 février 2012, 22:32

Les violences en Syrie continuent de faire des victimes : ce jeudi, au moins 86 personnes ont été tuées. L’ONU a de son côté affirmé disposer d’une liste de hauts responsables soupçonnés de « crimes contre l’humanité ».

Syrie : 86 morts dans les violences© AP

Au moins 86 personnes ont été tuées dans les violences ce jeudi en Syrie, dont 13 personnes d’une même famille, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Parmi les victimes, en majorité des civils, figurent 13 personnes d’une même famille tuées dans l’assaut des forces du régime contre leur village de Kafar al-Ton, dans la province de Hama (centre), a rapporté l’OSDH. Un autre civil a été tué dans cette attaque.

Dans la même province, quatre personnes ont été tuées, dont une fillette de quatre ans à Sawine, et un garçon de 12 ans à Morik. Huit soldats ont de même péri dans des affrontements avec déserteurs dans d’autres villages, selon la même source.

Ailleurs dans le pays, neuf civils dont un enfant de cinq ans ont été tués dans la ville de Deraa, berceau de la contestation contre le régime de Bachar al-Assad pris d’assaut ce matin et où des affrontements avec des militaires dissidents ont tué cinq membres des forces régulières.

A Alep (nord), deuxième ville du pays encore peu mobilisée contre le régime de Bachar al-Assad, les forces de sécurité ont battu et arrêté plusieurs étudiants à l’Université d’Alep, selon l’ONG basée en Grande-Bretagne.

Elles ont lancé des gaz lacrymogènes pour disperser près de 2.000 étudiants qui manifestaient sur le campus, provoquant des cas de suffocation, et ont arrêté 12 étudiants, a précisé l’OSDH, au lendemain d’une manifestation similaire.

« Plusieurs étudiants et étudiantes qui réclamaient la chute du régime ont été battus avec des bâtons électriques et ont été insultés », a affirmé Farès al-Halabi, un militant sur place, de « l’Union des étudiants libres » d’Alep.

« Ca a commencé à la faculté d’Agriculture et le nombre grossissait à mesure qu’ils passaient par différentes facultés pour atteindre 2.000 dans la cour de l’université », a-t-il ajouté, parlant de « 40 arrestations ».

« Beaucoup d’étudiants sont originaires d’Idleb (nord-ouest) et de Hama et sont dégoûtés de la répression là-bas et à Homs », cible de bombardements sanglants des forces du régime depuis 20 jours, selon lui.

Et dans la province d’Alep, un garçon de huit ans a été tué par des tirs des forces du régime sur la localité de Ming, selon l’OSDH.

Dans la province d’Idleb (nord-ouest), un civil a été tué à Jisr el-Choughour et un jeune homme de 35 ans a été abattu à Maaret al-Nooman lors d’un assaut des forces du régime. Dans cette même province, trois soldats ont péri dans des attaques contre leur véhicule, selon l’OSDH.

« Crimes contre l’humanité »

L’ONU a affirmé ce jeudi disposer d’une liste de hauts responsables soupçonnés de « crimes contre l’humanité » en Syrie, où la répression de la révolte continue de plus belle malgré le nombre élevé de morts, une situation humanitaire grave et les appels à cesser la violence.

Les militants antirégime ont lancé un « dernier cri de détresse » depuis Homs, pilonnée par l’armée depuis 20 jours, pendant que la communauté internationale tente de s’entendre sur les moyens d’y acheminer une aide humanitaire d’urgence, à l’ordre du jour d’une conférence internationale vendredi à Tunis.

Mais la tâche risque d’être ardue, Pékin et Moscou, alliés du régime de Bachar al-Assad, continuant de rejeter toute ingérence en Syrie et refusant de participer à la réunion de Tunis, après avoir bloqué deux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant les violences commises par le pouvoir.

Face à la répression sans répit de la contestation populaire, assimilée par le régime à des « actes de gangs terroristes » soutenus par l’étranger, une commission d’enquête de l’ONU a établi une liste confidentielle de hauts responsables politiques et militaires soupçonnés d’être impliqués dans des « crimes contre l’humanité ».

La commission a déposé auprès du Haut commissariat des droits de l’Homme « une enveloppe scellée contenant les noms de ces personnes » et souligné que « la majorité des crimes » avaient « nécessité des directives supérieures ». Plus de 500 enfants ont été tués depuis mars 2011, a-t-elle dénoncé.

(AFP) Source

Qui arrêtera les crimes en Syrie ?


BAUDOUIN LOOS

jeudi 23 février 2012, 08:45

Jusqu’où le régime de Bachar el-Assad pourra-t-il impunément aller dans sa folie criminelle ? Depuis le début de la contestation, à la mi-mars 2011, les victimes, civiles en grande majorité, s’accumulent. Des innocents tombent chaque jour aux quatre coins du pays. Mais Homs, du moins ses quartiers rebelles, devient une ville martyre. Ses habitants y connaissent l’enfer. Encerclés par l’armée, ils n’ont presque plus de vivres, les médicaments font défaut, pendant que les bombardements, aveugles ou ciblés, rythment la vie et la mort.

Ce mercredi, trois confrères ont été tués à Homs par des bombes syriennes. Trois personnes remarquables. Un Syrien, Rami al-Sayyed, « journaliste-citoyen » qui était au cœur des informations qui parviennent au monde. Le jeune photographe français Remi Ochlik, qui avait couvert avec talent et passion tous les printemps arabes. L’Américaine Marie Colvin, qui travaillait pour le Sunday Times, était, elle, une correspondante de guerre, spécialiste du monde arabe.

Ces deux derniers reporters savaient qu’ils risquaient leur vie. « L’armée syrienne recommande de tuer tout journaliste qui mettra un pied sur le sol syrien », dit le Français Jean-Pierre Perrin (Libération), qui était à Homs il y a quelques jours et qui y avait côtoyé Marie Colvin. « Circulez, y a rien à voir, sauf si vous nous soutenez », dit en somme le régime à la presse étrangère, qu’il a bannie, « amis » exceptés.

L’impossible bilan reste à faire. Six mille, sept mille tués ? Plus ? Pendant ce temps, l’impitoyable « raïs » répète sa vérité, comme lundi encore : « La Syrie est prise pour cible par des groupes armés soutenus par des factions étrangères visant à déstabiliser le pays et à miner tout effort de résolution de la crise. » La Russie et la Chine, de leur côté, continuent imperturbablement à soutenir le régime.

Les trêves négociées ici et là, les couloirs humanitaires réclamés à l’ONU : ces solutions temporaires sont impératives car d’innombrables vies restent en jeu.

Mais si ce régime sanguinaire ne sent pas une pression plus menaçante, il finira par lancer l’assaut, comme à Hama en 1982 (entre 15.000 et 40.000 morts).

La communauté internationale va-t-elle laisser faire ?

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SYRIE. Dans Homs assiégé, le témoignage d’un chirurgien français


Créé le 22-02-2012 à 19h17 – Mis à jour à 23h08      Réagir

Céline Lussato

Par Céline Lussato

« Il y a des immeubles qui flambent, des trous dans les murs des maisons et beaucoup, beaucoup de blessés… »

Des immeubles en feu, le 21 février 2012 à Homs. Image transmise par l'opposition syrienne. (c) Afp

Des immeubles en feu, le 21 février 2012 à Homs. Image transmise par l’opposition syrienne. (c) Afp
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A plus de 70 ans, le chirurgien français Jacques Bérès opère à Homs, cette ville dont des quartiers entiers sont en train d’être rasés par l’armée syrienne.

Co-fondateur, en 1971, de Médecins sans Frontières dont il fut président par deux fois, il est parti une nouvelle fois sur le terrain. Avec cette fois les ordres de mission de deux associations : France-Syrie démocratie et l’Union des associations musulmanes du 93.

Alors que deux journalistes occidentaux sont morts ce mercredi dans le quartier de Bab Amro lors d’un bombardement, Jacques Bérès témoigne de la situation dans la ville.

Même via un téléphone satellitaire, la communication est difficile. Le son parfois métallique, accompagné par les bombardements, laisse entendre une voix traînante. Celle d’un homme épuisé par vingt jours passés sur le terrain.

Cela fait maintenant une vingtaine de jours que vous êtes à Homs pour soigner des blessés, comment allez-vous ?

– C’est très dur, nous avons beaucoup de morts, surtout hier où nous avons eu huit décès parmi nos patients, dont deux enfants. Aujourd’hui, nous n’en avons eu que deux… Il y a très peu d’eau, pas moyen de faire de l’eau chaude, pas moyen de prendre une douche. On ne dort pas. C’est dur, très fatigant! Et maintenant je ne crois pas que je puisse partir ni par un côté de la ville, ni de l’autre. Nous avons essayé hier de transférer tout l’hôpital vers Damas mais nous avons été arrêtés sur la route, il y a des gens qui ont été tués.

L’hôpital a été transféré deux fois déjà par mesure de sécurité, notamment quand nous avons été touchés par des tirs. Mais nous sommes toujours à quelques centaines de mètres de Bab Amro, dans une école abandonnée que nous avons transformée en hôpital de campagne.

Cela fait maintenant une vingtaine de jours que je suis là, je suis bien fatigué. Je pensais rentrer demain et j’avais un transport organisé, mais il semble qu’il n’y ait plus de possibilité de sortie.

Avez-vous été informé de la mort de journalistes ce matin à Homs ?

– On m’a dit cela. Mais je n’ai pas vu les corps. On m’a dit qu’ils étaient morts dans l’effondrement d’un immeuble.

A quoi ressemble le quartier de Bab Amro ?

– Cela commence à ressembler à Beyrouth pendant la guerre. Il y a des voitures qui flambent, des immeubles qui flambent, des trous dans les murs des maisons et beaucoup, beaucoup de blessés, à la fois des combattants de l’armée libre de Syrie mais majoritairement des civils, hommes, femmes et enfants. Ils n’arrivent pas à évacuer la partie fragile de la population… Ces hommes sont très braves et croient en la victoire. Moi aussi, mais cela coûte tellement cher en vies humaines ! Le quartier est presque sans arrêt bombardé.

Les habitants parviennent-ils à se faire soigner ?

– Ils se débrouillent, ils sont formidables. Non seulement ils amènent leurs blessés depuis Bab Amro mais ils les remmènent aussi. On les soigne aussi vite que possible. Les cas légers repartent debout [les tirs recommencent non loin de Jacques Bérès, NDLR] avec des doses d’anesthésiant incroyables dans le corps. Et les cas lourds repartent au bout de quelques heures, sans histoires. Il y a une solidarité vraiment formidable.

Dans quelle structure opérez-vous ?

– C’est un hôpital de fortune. Il n’y a qu’une seule salle d’opération qui tourne tout le temps. Nous sommes trois chirurgiens. [Il s’interrompt] Ça va tomber ! [On entend le souffle d’une bombe. Quasiment imperturbable, il reprend.] Il n’y a plus beaucoup d’anesthésiants et s’il n’en arrive plus clandestinement depuis l’étranger cela va être difficile.

De quoi souffrent les blessés ?

– Il y a tous types de blessures. Mais les blessés simultanément aux poumons et à la tête n’ont aucune chance de survivre. Et pour ceux qui ont la colonne vertébrale touchée, c’est difficile…  Je viens d’avoir un homme avec la moitié du crane arrachée… Les blessures sont dues à la fois aux bombardements, explosions, shrapnel [obus contenant des balles, NDLR].

Quelle est la situation humanitaire ?

– Il n’y a plus grand-chose : plus beaucoup de nourriture, plus beaucoup d’eau, et il n’y a plus d’électricité pour pomper. Il y a bien des générateurs, mais plus personne n’a de fioul pour les alimenter. La situation médicale et humanitaire est vraiment très difficile, il y a un véritable acharnement.

Pour la Syrie, veillée aux chandelles, ce samedi


Le Comité belge pour soutenir la Révolution syrienne est une association de fait qui regroupe toute la mosaïque syrienne – Kurdes, Arabes et Assyriens, des partis politiques d’opposition et des indépendants. Il s’est constitué suite à l’appel à manifestation en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad pour soutenir le peuple syrien dans sa demande de liberté et de démocratie. Le Comité dénonce la répression sanglante orchestrée contre les manifestants pacifiques dans tout le pays et appelle les institutions politiques, les organisations internationales et les ONG de défense des droits de l’homme à prendre position par rapport aux évènements dramatiques qui secouent toute la Syrie.

Notre prochain rendez-vous de solidarité avec la Syrie :

Pour les milliers de morts, les dizaines de milliers de prisonniers, les centaines de milliers de personnes assiégées… veillée silencieuse aux chandelles.

Samedi 25 février 2012, à 17h30,
devant le Palais de Justice de Bruxelles.

Syrie: le régime tente d’empêcher la contestation à Damas


Plusieurs milliers de manifestants ont participé samedi 18 février à Damas aux funérailles de 5 personnes tuées la veille.

Plusieurs milliers de manifestants ont participé samedi 18 février à Damas aux funérailles de 5 personnes tuées la veille.

REUTERS

La capitale syrienne a connu ces derniers jours ses plus grandes manifestations contre le régime de Bachar el-Assad depuis le début de la contestation en mars 2011. Mais les forces de sécurité les ont rapidement réprimées et tentent par tous les moyens d’empêcher la contestation de s’étendre dans les rues de la capitale. Sur le qui-vive depuis onze mois, les forces de répression ont quadrillé la capitale et n’hésitent pas à tirer pour semer la terreur.

L’appel à la désobéissance civile : espoirs et répression à Damas

Depuis le mois de mars 2011, la contestation n’a pas réussi à entraîner les habitants dans les rues de la capitale, hormis dans certains quartiers périphériques comme Douma (au nord-est de Damas), ou Zabadani (au nord-ouest de la capitale, et sévèrement réprimée ces dernières semaines). C’est d’ailleurs dans ces quartiers que les Damassiens se rendaient pour manifester, bien avant le début du soulèvement de Deraa, rappelle le chercheur Salam Kawakibi (directeur de recherches – Arab Reform Initiative). Cette fois, des magasins sont restés fermés dans les quartiers de Barzé, Qaboune, Joufar ou encore Kafar Soussé (selon des membres des comités de coordination à Damas), des quartiers traditionnellement opposés au régime. Mais au centre-ville, la vie suivait son cours normal.

En revanche vendredi et samedi, des manifestations se sont rapprochées du centre, notamment dans le quartier de Mazzé, un quartier aisé qui ne se trouve qu’à un kilomètre du palais présidentiel, et tout proche de bâtiments gouvernementaux, des services de renseignement et de plusieurs ambassades – dont certaines ont vu leurs personnels diplomatique rapatriés dans leurs pays. L’ambassade d’Iran (pays allié au régime syrien) qui se trouve dans ce secteur a vu sa sécurité renforcée ces derniers jours.

Mais le régime ne veut pas permettre que la contestation prenne de l’ampleur dans la capitale et utilise des snipers pour semer la terreur : ce week-end, les forces de sécurité ont été déployées dans plusieurs quartiers de Damas pour contrer la contestation et les appels à la désobéissance civile.

Peur des tirs de snipers

Vendredi 17 février, les forces de sécurité ont tiré dans la foule qui s’était rassemblée dans le quartier de Mazzé, dans le centre-ouest de la capitale, faisant cinq morts selon le « comité de coordination » de Damas. Le lendemain, plusieurs milliers de manifestants (certains citent les chiffres de 20 000 à 30 000 personnes) ont participé à leurs funérailles, lorsque des tirs ont à nouveau fait une victime parmi les participants.

Les parents de cette nouvelle victime ont été obligés de l’enterrer très tôt ce dimanche matin en toute hâte, les autorités voulant éviter à tout prix de nouveaux rassemblements. Ces manifestations sans précédent depuis le début de la contestation en Syrie pourraient néanmoins continuer malgré les tirs aveugles. Selon certains habitants joints ces derniers jours, la violence des assauts répétés à Homs et les difficultés économiques sont des éléments déclencheurs d’un mouvement qui semble se désolidariser clairement du pouvoir, dont certains hommes d’affaires qui jusqu’ici se sentaient protégés.

A Damas, les intérêts du régime sous haute surveillance

La capitale syrienne réunit toutes les tendances et les confessions du pays. Elle concentre également les intérêts économiques et la frange la plus importante des hommes d’affaires syriens, protégée jusqu’à présent par le régime de Bachar el-Assad, et qui veut préserver leurs privilèges, tout comme les minorités et la bourgeoisie. Les manifestations dans la capitale ont ébranlé cet édifice qui semblait solide. Car les hommes d’affaires sont aussi tentés d’aller là où le vent les porte, et leurs intérêts pourraient désormais les amener à soutenir l’opposition.

Du coup, les « chabiha » (hommes de main acquis au régime) et les « mukhabarat » (police secrète) continuent leurs quadrillages de la capitale, et semblent avoir carte blanche pour empêcher tout débordement dans la capitale. Selon Salam Kawakibi, « la contestation a bel et bien commencé à Damas, bien avant Deraa [ville citée comme le berceau des révoltes – ndlr], notamment lorsque 2 000 commerçants avaient protesté contre l’humiliation d’un des leurs… Damas n’a jamais été épargnée par la contestation, mais la concentration sécuritaire était telle que cela empêchait le rassemblement et l’accès à toutes les places publiques ».

Jusqu’à présent, le régime avait réussi à maintenir les deux premières villes du pays, Damas et Alep, en dehors des manifestations les plus importantes. Il semble que les soutiens dont bénéficiait le régime commencent à lui tourner le dos.

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