Et maintenant, on va où ?


Le double veto de la Chine et de la Russie m’a surpris. Je m’étais permis d’espérer qu’il y aurait une résolution, si diluée fût-elle, qui condamnerait la violence à laquelle nous assistons. Mais quelles que soient les raisons, la route des Nations unies est maintenant fermée pour de bon. Alors, où allons-nous ?

Certains demanderaient  qu’ un groupe international de crise sans la Chine et la Russie commence à agir. Je suppose que ce groupe comprendrait également la Turquie,  et l’on reparle  d’une zone tampon turque à mettre en place au nord de la Syrie. Autre solution: nous pourrions assister à l’armement sérieux  de l’Armée syrienne libre et à une escalade du conflit en une véritable guerre civile. Dans cette éventualité, je ne serais absolument pas surpris de voir les Russes (et l’Iran) continuer à armer Assad jusqu’aux dents. Nous aurons donc une nouvelle guerre civile libanaise où  nombre de puissances différentes financeraient les parties adverses. Ce n’est pas un bon résultat et je ne crois pas que quiconque,  Assad mis à part , souhaite y arriver. Bien sûr qu’ Assad préférerait cette solution parce qu’ elle justifierait son oppression et son recours à la violence, tout en prolongeant la vie  de son règne.

Une autre solution consisterait à laisser le régime syrien imploser sous la pression exercée tant par l’Armée syrienne libre que par la désobéissance à grande échelle dans le pays. Depuis des mois, on nous dit que beaucoup de membres du régime aimeraient déserter, mais qu’ils hésitent  devant l’incertitude de leur avenir. Les déserteurs des services de sécurité parlent  – bien entendu – de forces armées désorganisées au bord de l’effondrement. Le mécontentement se répand dans le pays et pas plus tard que ce matin,  j’ai entendu aux nouvelles que la plus importante usine de production sucrière du pays, qui a coûté plusieurs millions de dollars et qui a fait de la Syrie un exportateur de sucre, a maintenant fermé ses portes à cause des problèmes de sécurité. J’ai aussi entendu que quelqu’un avait hacké le réseau de téléphonie mobile et envoyé des SMS annonçant l’assassinat de Bachar et son remplacement par son frère Maher.

Je ne sais pas qui a fait le coup ; éventuellement un employé mécontent ou une attaque plus sophistiquée contre le réseau mobile depuis l’étranger venant de quelqu’un  qui a les connaissances nécessaires pour monter une telle opération. Encore une fois, allez savoir ? Toutes ces histoires peuvent être vraies ou non et nous savons très bien que les gens de l’opposition embellissent parfois les faits, ce qui est contre-productif et futile. Assad est peut-être plus fort qu’ ils ne le disent. Bien sûr,  s’il était aussi fort que ses partisans le proclament, il aurait écrasé le mouvement de protestation  depuis longtemps. Il est quand même étonnant qu’après  dix mois  la révolution -à présent armée-ait  réussi à survivre en dépit des efforts acharnés du régime. C’est  cette réalité sur le terrain, ce fait incontesté – à savoir que Assad de n’est plus le maître de la Syrie – qui nous ramène à une conclusion inattaquable et dégagée de la confusion créée par la propagande.

Je crois que moins Assad sera capable de s’abriter derrière le paravent de sa version des événements, plus rapide sera sa chute. À ce stade déjà, la plupart des gens ne croient pas aux âneries diffusées sur ses chaînes de télévision, et de jour en jour ses accusations de conspiration deviennent de plus en plus faibles. Ce qu’il faut également contester c’est sa poigne de fer qui étrangle les médias et sa capacité à pomper de la désinformation et de la confusion auprès des Syriens. Les protestations se poursuivront tout comme les actions  armées de l’Armée syrienne libre, mal équipée et mal organisée. Mais un autre front pourrait affaiblir considérablement le régime : l’attaque des assises de son opération d’information . Personne n’a jamais dit que les révolutions étaient faciles et je crois que les Syriens vont maintenant redoubler d’efforts pour se dérober aux  services de sécurité et poursuivre leur chemin sur la voie qu’ils ont choisie.

Maysaloon est un Syrien arabe

Original traduit de l’anglais par anniebannie

Après le veto sur la Syrie, Pékin et Moscou se justifient


Vitaly Churkin, le représentant de la Russie au Conseil de sécurité de l'ONU, samedi 4 février 2012.

Vitaly Churkin, le représentant de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, samedi 4 février 2012.AP/Seth Wenig

La Chine et la Russie ont opposé leur veto, samedi, à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la répression en Syrie pour éviter de « nouveaux troubles et victimes », affirme, dimanche 5 février, l’agence officielle chinoise Chine nouvelle. Le veto sino-russe est destiné à permettre « la poursuite de la recherche d’un règlement pacifique de la crise syrienne chronique », estime l’agence. « En opposant leur veto, la Russie et la Chine affirment que plus de temps et de patience devraient être consacrés à dégager une solution politique à la crise syrienne, épargnant ainsi au peuple syrien de nouveaux troubles et victimes », a-t-elle ajouté. C’est la deuxième fois que Moscou et Pékin empêchent le Conseil de sécurité de sortir de onze mois de silence sur la Syrie, pendant lesquels la répression a fait au moins 6 000 morts selon les militants. Un veto des deux pays avait bloqué une précédente résolution en octobre 2011.

Jusqu’au dernier moment, des tractations s’étaient poursuivies pour tenter de convaincre la Russie de ne pas bloquer l’adoption du texte. Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se rend à Damas le 7 février afin d’évoquer la mise en place rapide de « réformes démocratiques indispensables », a indiqué dimanche son ministère. La Russie « a l’intention de faire tout son possible pour une stabilisation rapide de la situation en Syrie via la mise en place rapide de réformes démocratiques indispensables », a indiqué le ministère dans un communiqué. C’est le but de la prochaine visite de M. Lavrov à Damas. Le vice-ministre des affaires étrangères russe a estimé dimanche que les Occidentaux étaient responsables de l’échec du vote au Conseil de sécurité de l’ONU. « A Moscou, on regrette que les auteurs du projet de résolution sur la Syrie n’aient pas voulu faire d’efforts supplémentaires et atteindre un consensus », a déclaré sur son compte Twitter le vice-ministre des affaires étrangères, Guennadi Gatilov.

POURSUITE DE VIOLENCES DIMANCHE

Les violences en Syrie ont fait samedi 48 morts, dont 24 civils et 18 soldats de l’armée régulière, a affirmé dans la nuit de samedi à dimanche l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Six déserteurs ont également été tués lors d’affrontements, selon un nouveau bilan établi par l’OSDH. Neuf militaires syriens ont été tués dans la nuit de samedi à dimanche lors d’affrontements avec des déserteurs dans le nord-ouest du pays, ajoute l’OSDH.

Le Conseil national syrien (CNS) qui regroupe la majorité des courants de l’opposition « condamne vivement » le veto opposé la veille par la Russie et la Chine au projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la répression en Syrie, et « considère cette décision irresponsable comme un permis donné au régime syrien de tuer dans l’impunité », indique un communiqué du CNS.

Les Comités locaux de coordination (LCC) à Damas, un groupe qui anime la contestation ont appelé à « une grève de deuil de deux jours » en dénonçant le veto russe et chinois lors du vote d’une résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU. « La Russie et la Chine, à travers leurs vetos, sont en train de confirmer un soutien permanent au régime syrien », jugent les LCC, affirmant que la position de Pékin et Moscou est « une couverture des crimes du régime syrien ».

Des membres de l'Armée syrienne libre, à Rastan, le 31 janvier 2012.

Des membres de l’Armée syrienne libre, à Rastan, le 31 janvier 2012.AP/STR

D’intenses coups de feu ont été entendus dans la nuit de samedi à dimanche à la frontière entre la Syrie et la Turquie, provoquant un mouvement de frayeur parmi les villageois turcs, a-t-on indiqué de source locale. Des rafales de fusils mitrailleurs se sont poursuivies jusqu’à tard dans la nuit, a indiqué un habitant turc du village de Güveççi, situé juste à la frontière dans la province de Hatay.
Cet habitant a affirmé que l’armée syrienne avait organisé une opération contre des opposants dans le village de Ain al-Beida, situé côté syrien. Le ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu a appelé le gouverneur de Hatay pour s’informer de la situation sur place, rapporte de son côté l’agence de presse Anatolie.

source

Mondes arabes : Samar Yazbek (SYR) aux Halles de Schaerbeek


En relation avec la révolution syrienne
Rencontre littéraire

Pour la reprise du cycle de littérature Mondes arabes, les halles ouvrent une fenêtre écrite sur la Syrie et la terrible répression de sa révolution. Romancière et journaliste, Samar Yazbek est l’un des visages les plus connus de la révolte syrienne. Elle a quitté son pays en juillet 2011, et vit désormais à Paris. Malgré son appartenance à la communauté alaouite, la minorité chiite à laquelle appartient aussi la famille

LNGPROJECTNAME-Samar Yazbek (SYR)
Mondes arabes

Samar Yazbek (SYR)

En relation avec la révolution syrienne

Rencontre littéraire

Pour la reprise du cycle de littérature Mondes arabes, les halles ouvrent une fenêtre écrite sur la Syrie et la terrible répression de sa révolution. Romancière et journaliste, Samar Yazbek est l’un des visages les plus connus de la révolte syrienne. Elle a quitté son pays en juillet 2011, et vit désormais à Paris. Malgré son appartenance à la communauté alaouite, la minorité chiite à laquelle appartient aussi la famille d’El-Assad, elle a rejoint la contestation contre le régime. Arrêtée à plusieurs reprises, les autorités l’ont forcée à visiter les prisons où sont détenus les manifestants. Une descente aux enfers dont elle a fait le récit dans Voyage au bout de l’enfer, publié l’été passé par le quotidien français Libération. Samar Yazbek, ou quand la littérature s’écrit au présent.

19:00

La rencontre sera précédée d’un exposé de Ziad Majed à propos de la révolution syrienne et de sa répression.

20:00

Projection du court métrage Conte de Printemps de Dani Abo Louh et Mohamed Omran.

Avec Conte de printemps, Dani Abo Louh et Mohamed Omran, deux jeunes artistes syriens installés en France, proposent un hommage à  la révolution syrienne.
Une vidéo d’animation composée de dessins, d’encre de chine et de papier, toute en fragilité pour dire l’irrépressible résistance…
Les deux jeunes réalisateurs préparent aujourd’hui un nouveau film à propos des prisonniers politiques et de la torture en Syrie.

En collaboration avec Actes Sud, Musiq’3, Tropismes libraires et le Journal Le Soir

d’El-Assad, elle a rejoint la contestation contre le régime. Arrêtée à plusieurs reprises, les autorités l’ont forcée à visiter les prisons où sont détenus les manifestants. Une descente aux enfers dont elle a fait le récit dans Voyage au bout de l’enfer, publié l’été passé par le quotidien français Libération. Samar Yazbek, ou quand la littérature s’écrit au présent.

19:00

La rencontre sera précédée d’un exposé de Ziad Majed à propos de la révolution syrienne et de sa répression.

20:00

Projection du court métrage Conte de Printemps de Dani Abo Louh et Mohamed Omran.

Avec Conte de printemps, Dani Abo Louh et Mohamed Omran, deux jeunes artistes syriens installés en France, proposent un hommage à la révolution syrienne.
Une vidéo d’animation composée de dessins, d’encre de chine et de papier, toute en fragilité pour dire l’irrépressible résistance…
Les deux jeunes réalisateurs préparent aujourd’hui un nouveau film à propos des prisonniers politiques et de la torture en Syrie.

En collaboration avec Actes Sud, Musiq’3, Tropismes libraires et le Journal Le Soir

Pour plus d’information : ici

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22a rue Royale Sainte-Marie
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164 chaussée de Haecht
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Arsène 50, Article 27

La Tunisie appelle tous les pays à expulser les ambassadeurs syriens


Ils ont rejoint la conspiration internationale contre le régime défenseur de la Palestine et de la démocratie

dimanche 5 février 2012, par La Rédaction

Le Premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, a appelé dimanche tous les pays à expulser les ambassadeurs de Syrie pour protester contre la répression sanglante.
« Le peuple syrien attend des actes (…) La moindre des choses est de couper l’ensemble des relations avec le régime syrien (…) Nous devons expulser les ambassadeurs syriens des pays arabes et de tous les autres », a déclaré M. Jebali à la Conférence sur la sécurité de Munich, au lendemain de l’annonce par Tunis de l’expulsion prochaine du représentant syrien en Tunisie.
Evoquant le rejet par la Chine et la Russie d’une résolution condamnant la répression, au Conseil de sécurité de l’ONU samedi, M. Jebali a dénoncé « l’emploi excessif du droit de veto ». « C’est un droit dont on abuse ; la communauté internationale doit réviser ce genre de mécanisme », selon lui.
Présent également à Munich, le Premier ministre du Qatar, Hamed ben Jassem al-Thani, a estimé que le vote de la Russie et de la Chine était « un mauvais signal » envoyé à M. Assad, qui « donne le droit de tuer ». « Malheureusement, hier a été un triste jour. C’est exactement ce que nous craignions », a ajouté le Premier ministre, qui préside le Comité ministériel de la Ligue arabe sur la Syrie et était présent à New York pour le vote.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a estimé que le vote de l’ONU démontrait que « la logique de la Guerre froide persistait ». « La Russie et la Chine n’ont pas voté en prenant en compte les réalités, mais contre l’Ouest », selon lui. « La responsabilité éthique de la communauté internationale est de hausser la voix, d’envoyer un message fort au régime d’Assad », a-t-il dit.
Le vote au Conseil de sécurité s’est déroulé quelques heures après un bombardement particulièrement meurtrier contre la ville contestataire de Homs (centre), qui a coûté la vie à plus de 230 civils selon l’opposition syrienne.
Intervenant à Munich, la Yéménite Tawakkol Karman, figure de proue du « printemps arabe » et co-lauréate du prix Nobel de la paix 2011, a aussi appelé dimanche tous les pays à expulser les ambassadeurs syriens.
« Au nom du peuple pacifique de Syrie, je vous exhorte à expulser les ambassadeurs syriens de vos pays et à rappeler vos ambassadeurs », a déclaré Mme Karman, en s’adressant aux dirigeants participant à la Conférence, devant laquelle est intervenue samedi la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton. « C’est le minimum que vous puissiez faire pour punir le régime » de Bachar al-Assad.
Mme Karman a « condamné » le vote négatif de la Chine et de la Russie au Conseil de sécurité, estimant que « ces deux pays doivent assumer la responsabilité morale des massacres ». Concernant la situation dans son pays, le Yémen, elle a exhorté « tous les pays à geler les moyens financiers pour (l’ancien président Ali Abdallah) Saleh et le déférer » devant la Cour pénale internationale « car il a tué énormément de personnes ».

(05 février 2012 – Avec les agences de presse)

Délivrons la Syrie pour qu’elle retrouve le droit de vivre et de créer !


Point de vue | LEMONDE | 30.01.12 | 15h22   •  Mis à jour le 30.01.12 | 15h22

par Hala Alabdalla, cinéaste ; Reem Ali, comédienne ; Ossama Mohammed, cinéaste, Ali Ferzat, caricaturiste

La première réaction du régime syrien face à la révolte populaire a consisté à tuer des civils désarmés. Puis il a annoncé des réformes et a tué des milliers d’autres personnes. Malheureusement, le président syrien Bachar Al-Assad ne peut pas réformer les morts et leur redonner vie. Seul un avenir garantissant l’arrêt de la violence peut réformer « la vie ».

Aujourd’hui, au moment de nous adresser aux Syriens, nous le faisons dans le recueillement, afin d’effleurer la liberté. Nous avons tous tenté de résister à travers l’art et la défense de la liberté d’expression, bien que l’époque brise les êtres avant de les revendre.

Le destin nous a condamnés à comparaître devant les esclaves des moukhabarat (services secrets syriens), heureux de trouver là l’occasion d’étaler leurs connaissances en poésie, musique, cinéma et théâtre. Certains d’entre nous, voire tous, avons choisi de courber la tête, de se refugier dans le silence et de cohabiter avec l’esclavage.

Certains d’entre nous, voire tous, avons entamé une résistance morale qui nous a valu la sympathie de la majorité des Syriens. Cette victoire sur l’isolement a libéré l’imaginaire des artistes, assiégé depuis des décennies par des institutions, des ministères et des syndicats corrompus. L’imaginaire sécuritaire a inventé ses administrateurs et ses caïds, qui ont sanctifié la loyauté solennelle et lui ont donné l’apparence de la légalité.

La corruption mène à la corruption. La culture devient une insulte, la liberté une maladie psychiatrique. Quant à l’auteur, il est soupçonné de vouloir attenter à « l’art du peuple »… A présent, c’est ce même peuple que l’on accuse de tuer sans pitié.

La Syrie se noie dans le sang et dans l’espoir. Aujourd’hui, la Syrie dévoile deux imaginaires : le premier s’exprime à travers les manifestations, avec ses solutions artistiques de cinéma, mais aussi avec son bonheur, son ironie, ses chants, ses danses et la glorification de la beauté de la vie et de la liberté. Mais les institutions publiques forment une ombre menaçante, les écoles deviennent des prisons et les hôpitaux des salles de torture. L’appareil d’Etat, qui a nié la liberté d’expression à travers la censure, s’en prend aujourd’hui au droit à la vie revendiqué par les manifestants et les grévistes.

Liberté d’expression et droit à la vie ne font plus qu’un. Les deux sont punis de mort et passibles de torture. Les institutions culturelles ont perdu toute légitimité à force de se murer dans le mutisme face aux massacres et à la détention de leurs propres enfants.

Les metteurs en scène, les universitaires, les musiciens, les femmes et hommes de lettres, les écrivains et journalistes sont arrêtés et menacés de mort, battus avec des câbles électriques, puis abandonnés dans des cachots… Des individus incarnant la paix et le civisme ont été assassinés sauvagement. Le militant prodémocratique Ghiyath Matar a offert de l’eau et des roses aux militaires, il a été tué. Le chantre des manifestants Ibrahim Qachouch a écrit le chant La Syrie veut la liberté, il a été égorgé. Le militant des droits de l’homme Farzat Yahya Jarban a filmé les manifestations, on lui a arraché les yeux. Hamza, un garçon de 13 ans, a été tué et son corps mutilé. Hajar, une fillette, a été criblée de balles. Des milliers d’autres personnes sont portées disparues.

Aujourd’hui, nous sommes contraints de choisir entre notre humanité et un régime qui a sur les mains le sang des Syriens. Aujourd’hui, nous déclarons être du côté de la liberté et de la créativité. Nous choisissons un peuple qui s’affranchit pour le bien de tous. La liberté exprimée dans la rue a réveillé la nôtre. Nous ne pouvons pas ramener à la vie nos martyrs, mais nous pouvons célébrer leur vie et travailler corps et âmes avec la révolution syrienne, afin de construire une nouvelle patrie où ses enfants ne seront plus assassinés au nom d’impostures nationalistes.

Le hasard de la naissance a décidé de notre appartenance religieuse ou ethnique, mais nous sommes avant tout humains et libres… Cette énergie nous porte vers la Syrie de l’avenir. Nous souhaitons la construction d’un Etat pluraliste démocratique, un Etat respectant l’égalité des citoyens devant une loi juste. Une Syrie qui ne soit pas accaparée par un seul camp, qui n’avance pas dans une seule direction pour le compte de quelques-uns. Nous souhaitons une Syrie qui célèbre les films d’Omar Amiralay dans une salle portant son nom.

Défendre la vie de tous les Syriens ainsi que leur liberté est un devoir pour chaque être humain. Nous, la Coalition des artistes syriens, annonçons notre engagement en faveur d’une nouvelle légitimité politique à Damas pour libérer la créativité et sa capacité à questionner notre monde, pour préserver l’indépendance de notre pays et obtenir, enfin, un respect des droits de l’homme.


Hala Alabdalla, cinéaste ; Reem Ali, comédienne ; Ossama Mohammed, cinéaste, Ali Ferzat, caricaturiste et les premiers signataires :

Ali Ferzat, caricaturiste ; May Scaff, comédienne ; Fadwa Soliman, comédienne ; Haitham Hakki, cinéaste, producteur ; Ossama Mohammed, cinéaste ; Yousef Abdalki, graveur ; Samih Choukaer, compositeur, chanteur ; Fares Helou, comédien ; Nabil Maleh, cinéaste ; Hala Alabdalla, cinéaste ; Orwa Nyrabia, cinéaste, producteur ; Noma Omran, soprano ; Rasha Omran, poétesse ; Hala Mohammad, poétesse, cinéaste ; Hala Omran, comédienne ; Shafi Badredin, compositeur ; Razek – Francois Bitar, counter tenor ; Rasha Rizk, chanteuse ; Sonia Bitar, chanteuse ; Yasser Khanger, poète ; Monir Alshaarani, calligraphe ; Nasreen Aljanabi Larsson, danseuse ; Ramzi Choukair, réalisateur de théâtre ; Azza Albahra, comédienne ; Louise Abdelkarim, comédienne ; Mohamad Abdulaziz, cinéaste ; Thaaer Mosa, cinéaste ; Mohamad Omran, sculpteur ; Khaled Khalifa, auteur ; Rima Flihan, scénariste ; Bachar Zarkan, musicien ; Amal Hwijeh, comédienne ; Darina Algundi, comédienne ; Nidal Al Dibs, cinéaste ; Ghassan Jebai, réalisateur de théâtre ; Kinan Azmeh, musicien ; Jaber Al Azmeh, photographe ; Rasha Shurbatji, réalisatrice ; Osama Choukeir, artiste ; Jihad Abdo, comédien ; Mhammad Hdaki, comédien ; Zina Al Halak, artiste ;
Aliaa Khachouk, cinéaste ; Raghda Khateb, réalisatrice de théâtre ; Raafat Alzakout, comédien ; Reem Ali, comédienne ;  Tarek Malas, musicien ; Najwa Kondakji, comédienne ; Nanda Mohammad, comédienne ; Hazar Al Hark, comédienne.

« Il est 16 h 30, un massacre a eu lieu à Nasihine… » – Par Le Monde


Homs Envoyé spécial – Voici le récit du photojournaliste Mani, présent à Homs le jour du massacre du 26 janvier :
« A 16 h 30, Abou Bilal, un opposant syrien me fait part de l’appel téléphonique qu’il vient de recevoir : un massacre a eu lieu dans le quartier de Nasihine. On parle de 12 personnes dont plusieurs enfants exécutés dans leur maison. Je viens tout juste de rentrer après une journée éprouvante dans une petite structure médicale de fortune installée dans un quartier contrôlé par l’opposition, débordée par l’afflux de blessés graves et de morts, tous civils, victimes des snipers loyalistes et de bombardements. Une heure et demi après la nouvelle du massacre, à 18 heures, une première vidéo est mise en ligne sur YouTube qui montre les corps de la famille assassinée.

Des tirs de snipers ne cessent de claquer dans les alentours. On entend des tirs nourris de mitrailleuses, ainsi que plusieurs explosions venant des positions des forces du régime. La nuit est tombée et plusieurs groupes de soldats de l’Armée libre de Syrie (ALS) partent dans des véhicules banalisés pour contre-attaquer. Le groupe des opposants chargés de l’information sont rivés à leurs ordinateurs pour transmettre tous les documents récoltés dans la journée.

Il est 19 heures lorsque j’aperçois un responsable de l’ALS, Abou Layl. Il propose de me conduire au centre de santé où ont été transportées les victimes du massacre. Quatre opposants, dont trois soldats de l’ALS, se joignent à nous. Nous grimpons à bord d’une voiture qui parcourt à grande vitesse des ruelles obscures. Nous éteignons tous les feux du véhicule dès que nous nous approchons d’un barrage tenu par les forces loyalistes. J’apostrophe un soldat qui continue de consulter l’écran lumineux de son portable. Aucune lumière ne doit nous trahir. Un des soldats à l’avant de la voiture masque de sa main la montre lumineuse du tableau de bord tandis que nous traversons une première avenue dangereuse : l’avenue Wadi, rebaptisée « Charia Al-Maout », « avenue de la mort ». Plié en deux sur mon siège, j’entends les prières psalmodiées par mon voisin de gauche. A peine arrivé de l’autre côté de l’avenue, on entend le claquement d’une balle qui nous était destinée.

Le conducteur rallume les codes et poursuit sa route en zigzaguant dans les ruelles. Quelques centaines de mètres plus loin, on éteint à nouveau tous les feux. Abou Layl demande au conducteur de ralentir car dans le noir complet, nous risquons l’accident. Nous empruntons une nouvelle avenue dangereuse, puis nous bifurquons. Obscurité, lumière, à droite, à gauche, tout droit, nous arrivons enfin au centre de santé de Karam Al-Zaitoun. Là, dans la cour, une foule entoure les cadavres de la famille suppliciée : cinq corps d’enfants en bas âge sont alignés entre le cadavre de leur père et celui de cinq femmes de la famille. Une petite fille a la moitié du crâne emportée, vraisemblablement par un tir à bout portant. Un petit garçon a aussi pris une balle derrière la tête et la balle est sortie par l’orbite gauche. Un infirmier desserre les linceuls de trois enfants pour me montrer leurs gorges tranchées. Je photographie les corps.

>> Voir le portfolio : Après la tuerie au centre de santé de Karam Al-Zaitoun

J’entre ensuite dans la salle des soins et on me conduit auprès des deux seuls enfants qui ont survécu au massacre. Ali, trois ans, tremble et gémit d’effroi. Ghazal, une petite fille de quatre mois, cesse de pleurer quand on l’embrasse. Elle a survécu avec une balle dans la jambe.

Un voisin du bâtiment où vivait la famille, un homme âgé d’une soixantaine d’années, raconte. Lorsque les habitants de ce quartier ont compris qu’un massacre était en cours dans la rue Al-Ansar. Trois d’entre eux, dont le narrateur, ont décidé de rejoindre la maison visée en perçant des trous dans les murs des maisons contiguës. Il assure avoir pu voir, à travers des ouvertures pratiquées dans les murs, le massacre des enfants. Il déclare que les assaillants étaient sept hommes en uniforme militaire, appartenant aux forces loyalistes. Il affirme enfin que ces hommes ont pu quitter les lieux couverts par des tirs nourris provenant de positions de l’armée avant de monter dans un véhicule blindé et de disparaître.

Les onze personnes tuées appartenaient à la famille Bahadour, installée dans deux appartements voisins. Deux autres membres de cette famille ont échappé au massacre car ils étaient absents au moment du drame. La rue Al-Ansar, théâtre de la tuerie, est un lieu où cohabite une population mixte d’alaouites – une dissidence du chiisme dont est issue la famille du président Bachar Al-Assad – et de sunnites. Les alaouites sont majoritaires et la zone, tenue par les barrages du régime, se trouve à proximité du quartier Zahra, peuplé d’alaouites, acquis au régime. Le sexagénaire assure que des menaces ont été proférées contre les sunnites de la rue pour qu’ils quittent les lieux, et qu’ils sont pris pour cible aux barrages pour les terroriser et provoquer leur exode.

Sur le chemin du retour, nous avons failli percuter une voiture dans un virage alors que nous circulions à nouveau tous feux éteints. Enfin, au passage de la dernière avenue contrôlée par les forces loyalistes, un tireur embusqué a tiré une dernière fois sur notre véhicule. »

Mani

source: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/01/28/il-est-16-h-30-un-massacre-a-eu-lieu-a-nasihine_1635842_3218.html#ens_id=1481132

Ce régime est indéfendable


Massacre à Homs, pilonnée par l’armée syrienne
LEMONDE | 27.01.12 | 13h24   •  Mis à jour le 27.01.12 | 21h17

Les corps de onze habitants du quartier de Nasihine à Homs, jeudi 26 janvier, après un assaut attribué aux forces de sécurité syrienne.

Les corps de onze habitants du quartier de Nasihine à Homs, jeudi 26 janvier, après un assaut attribué aux forces de sécurité syrienne.© Mani pour Le Monde

Homs Envoyé spécial – Des corps d’enfants enserrés dans des linceuls de fortune, des dépouilles ensanglantées de civils fauchés en pleine rue, la violence a gagné une nouvelle fois en intensité jeudi 26 janvier, à Homs. Dans cette ville rebelle où des quartiers entiers résistent depuis plusieurs mois, les armes à la main, aux forces régulières et aux milices du régime de Bachar Al-Assad, les assauts furieux ont pris le relais des tirs de snipers.
Dans le quartier de Karam Al-Zaitoun, acquis à l’opposition et situé au sud de la vieille ville, la journée avait commencé par des tirs en provenance des positions occupées par les militaires. Selon des témoins rencontrés sur place, ces tirs ont touché quatre personnes : trois hommes tués sur le coup, dont deux visés à la tête, et une femme âgée, grièvement blessée à la mâchoire. Peu de temps après, un premier obus tombait devant un dispensaire de fortune installé dans le quartier.

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