Rectificatif : des intellectuels palestiniens au régime syrien : « Pas en notre nom ! »


UPDATE: There are credible reports that many of the supposed signatories to this document never saw it and had no knowledge that their names were being used. If this is true, those responsible for the forgery have done irreparable harm to the Syrian cause. I respectfully request that anyone who has republished this translation take appropriate measures to inform their readers.
AVIS : on nous informe que nombre des signataires de ce document ne l’avaient jamais vu et ne savaient pas que leur nom avait été utilisé. Dans ce cas, les responsables de ce mensonge ont causé un dommage irréparable à la cause syrienne. Je demande respectueusement à quiconque a repris ce texte, d’en informer ses lecteurs.
anniebannie a parcouru les deux listes et  y a retrouvé les mêmes noms;  toutefois la manoeuvre  était totalement inexcusable
Déclaration collective palestinienne

Wadistocracy

Pour solliciter l’adhésion au syndicat des Écrivains syriens et en solidarité avec le peuple syrien.

C’est un honneur, pour nous, écrivains et signataires de cette déclaration, que de solliciter en tant que groupe d’être accepté au sein du syndicat des Écrivains syriens, récemment créé par des écrivains et intellectuels syriens qui soutiennent le peuple alors qu’il gravit les marches de la liberté, maculées de sang par la main du tyran. La création du syndicat des Écrivains syriens constitue un piller essentiel de la révolution syrienne et met le vrai intellectuel, homme et femme, à sa juste place aux côtés du peuple, comme un partenaire efficace dans la construction d’une nouvelle Syrie libérée de tout autoritarisme dynastique, différente, démocratique, d’un système civil fondé sur les droits des citoyens, qui embrasse les droits d’expression et de création, un système incapable de détourner la volonté des intellectuels syriens libres au moyen de structures falsifiées qui s’arrogent les potentialités de la culture, usurpent le rôle de la femme et de l’homme intellectuel et détournent sa volonté, des structures qui ne sont qu’un dispositif toujours aux mains du tyran et de ses appareils.

Maintenant plus que jamais, la Syrie a besoin d’une voix mature qui parle depuis le cœur de la Syrie, une voix qui renforce l’unité nationale et tire sa force de la diversité et de la richesse de la société syrienne (…) (qui servira de) base pour construire une démocratie.

Nous avons récemment entendu un représentant du régime syrien au Conseil de sécurité des Nations-Unies utiliser la cause palestinienne et son évolution douloureuse et honorable pour couvrir les crimes effroyables commis en Syrie. Nous disons au régime syrien et à ses représentants : ce n’est pas en notre nom, ce n’est pas au nom de la Palestine que ces crimes sont perpétrés dans notre Syrie bien-aimée, oh les tueurs ! N’utilisez pas notre juste cause pour masquer vos crimes inhumains contre nos frères et sœurs syriens. C’est le peuple syrien qui a, historiquement, adopté notre cause, et sacrifié des martyrs pour elle, pas votre régime, dont nous avons des souvenirs douloureux. Nous n’oublierons jamais son rôle dans le massacre de Tel Az-Zaatar en 1976, ni dans cet assaut épouvantable contre le camp de réfugiés de Nahr al-Baret près de Tripoli en 1983, ni le siège des camps à Beyrouth en 1985, ni aucun de tous ces autres actes qui ont affaibli amèrement l’unité nationale palestinienne. Ne vous servez pas du nom de Palestine, car ce nom n’est plus un atout pour vous.

Une Syrie unifiée, libre et démocratique est ce dont la Palestine a besoin, et c’est la Syrie qui est en train de naître aujourd’hui, du ventre d’une révolution sanglante déclenchée par un grand peuple. Nous sommes confiants que le nom de Palestine restera dans le cœur de ce peuple courageux, en révolte, et de son élite culturelle.
Mourid Barghouti (poète et écrivain)
Taher Riyad (poète)
Ghassan Zaqtan (poète)
Zuhair Abu Shayib (poète)
Azmi Bishara (intellectuel)
Mahmoud Ar-Rimawi (écrivain)
Ma’an al-Biyari (écrivain et journaliste)
Youssef Abu Laouz (poète)
Najwan Darwish (poète)
Rub’i al-Madhoun (romancier)
Adel Bishtawi (écrivain, romancier et chercheur)
Antoine Shalhat (écrivain et critique)
Fakhri Salih (critique)
Hussein Shaweesh (écrivain)
Huzama Habayeb (écrivain et romancier)
Nasr Jamil Shaath (poète)
Ahmed Abu Matar (critique universitaire, chercheur et militant)
Mohammad Khalil (écrivain)
Youssef Abdel Aziz (poète)
Moussa Barhouma (écrivain)
Issa Ash-Shu’aibi (écrivain)
Moussa Hawamdeh (poète)
Na’il Balaawi (poète)
Khalil Qandeel (écrivain)
Ghazi at-Theeba (poète)
Wissam Joubran (poète et musicien)
Omar Shabana (poète)
Qusai al-Labadi (poète)
Ali al-Aamari(poète)
Jihad Hudeib (poète)
Ziad Khaddash (écrivain)
Nasr Rabah (poète)
Bassem Al Nabrees (poète et écrivain)
Raji Bathish (écrivain)
Shaher Khadra (poète)
Raed Wahish (poète)
Asma Azaiza (poète)
Mahmoud Abu Hashhash (poète)
Khodr Mahjaz (écrivain, poète, chercheur, critique universitaire)
Bassel Abu Hamda (écrivain)
Ibrahim Jaber Ibrahim (écrivain)
Abdullah Abu Bakr (poète)
Osama al-Rantisi (écrivain)
Issam As-Saadi (poète)
Khalid Juma (poète)
Naim al-Khatib (écrivain)
Akram Abu Samra (poète)
Hanin Juma Takrouri (writer) Najwa Chamoun (poète)
Mohamad As-Salimi (poète)
Hani As-Salimi (romancier)
Bilal Salameh (poète)
Osama Abu Awad (écrivain)
Jaber Sha’at (poète)
Youssef al-Qadra (poète)
Nesma al-Aklouk (écrivain)
Othman Hussein (poète)
Rizk al-Biyari (poète)
Yasser al-Wiqaad (poète)
Subhi Hamdan (écrivain)
Imad Mohsen (écrivain)
Leila Violet (poète)
Tayseer Muheisen (écrivain, critique et militant politique)
Fayez As-Sirsawi (artiste visuel et poète)
Rajab Abu Sirriyeh (écrivain)
Fuad Hamada (critique universitaire, chercheur, et militant politique)
Mai Nayif (critique universitaire, chercheur et militant pour l’égalité des sexes)
Yusri Al-Ghul (écrivain et critique)
Hussein Abu An-Najja (écrivain et chercheur universitaire)
Nasr Aliwa (romancier et critique)
Abdel Karim Aliyan (écrivain et chercheur en enseignement)
Walaa Tamraz (chercheur et écrivain politique)
Omar Sha’aban (écrivain et chercheur) Hassan Mai (écrivain et critique universitaire)
Ma’an Samara (poète et journaliste)
Mohamad Hassouna (universitaire et critique)
Aoun Abu Safia (romancier)
Atif Hamada (poète et critique universitaire) Ghiath al-Madhoun (poète)
Rajaa Ghanem (poète)
Tariq al-Karmi (poète)
Ahmed al-Ashqar (poète)
Ali Abu Khitab (poète et écrivain)
Dunia al-Amal Ismail (poète)
Isra Kalash (écrivain)
Moussa Abu Karash (poète et écrivain)
Abdel Fitah Shihada (poète et romancier)
Yasser Abu Jalala (poète et artiste visuel)
Khalil Hassouna (poète et romancier)
Muheeb al-Barghouti (poète)
Abdel Nasr Aamer (poète et artiste visuel)
Nidal al-Hamarna (écrivain)
Ashraf Amro (écrivain)
Asma Nasr Abu Ayyesh (écrivain et journaliste)
Maya Abu al-Hiyaat (écrivain)
Zeinat Abu Shaweesh (écrivain)
Suzanne Salameh (poète)
Publication Wadistocracy :

Le texte original en arabe est disponible ici : https://www.facebook.com/notes/yass….

J’ai pris quelques petites libertés pour l’intérêt de la clarté et de la facilité du texte en anglais, mais en essayant de rester aussi fidèle au texte que possible. J’ai aussi pris la liberté d’ajouter « lui ou elle » (intellectuel) ce qui n’est pas généralement utilisé dans l’arabe pour des raisons de style mais je sens que c’est dans l’esprit de la déclaration puisque les femmes sont parmi les signataires.

Yassin Al Haj Saleh

9 février 2012 – traduit de l’arabe et publié par wadistocracy واديقراطية – traduction de l’anglais : Info-Palestine-JPP
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11785

Syrie/Homs : message de Khaled Abou Salah, activiste dans le quartier de Bab ‘Amro


« Nous vous appelons, O peuple d’Alep et Damas, à descendre dans les rues en soutien à Homs ! Nous vous appelons, et les larmes noient les yeux de nos femmes et nos enfants, au même titre que le sang noie le quartier de Bab ‘Amro à Homs en ce moment !Faites quelque chose de toute urgence… Faites quelque chose pour arrêter notre massacre… Envoyez et partagez ce message, même par SMS s’il le faut, aux habitants d’Alep et de Damas… Nous vivons nos dernières heures… Et à chaque fois qu’on se souviendra de nous, parlez en bien de nous et priez pour nos âmes… Ce sont nos adieux… Nous vous confions la Syrie…
http://www.maghress.com/fr/video/193550

Quand la France envahissait et bombardait la Syrie


jeudi 9 février 2012, par François-Guillaume Lorrain

Photo : La Grande Mosquée des Omeyyades, à Damas. © Abd Rabbo / Sipa

***

La France, depuis quelques mois, est omniprésente sur la question syrienne. Car ce pays occupe depuis longtemps une place de choix dans la diplomatie hexagonale. Il faut en revenir aux accords Sykes-Picot. Ce dernier est consul à Beyrouth, il sera aussi, pour l’anecdote, le grand-oncle de VGE. Que prévoient ces accords signés en 1916 entre la France et la Grande-Bretagne ? Le dépeçage pur et simple du Moyen-Orient, encore aux mains des Ottomans, avec, pour chaque pays, une part du gâteau. Aux Français sont promis le Liban et la Syrie, aux Anglais la Palestine et l’Irak. Cet accord met fin à la Syrie historique, qui comprenait également le Liban, la Jordanie et la Palestine.

Comme souvent à l’époque, il s’agit d’accords secrets, mais qui ne le resteront plus en janvier 1918, après la révolution bolchevique : la Russie, en 1916, avait en effet participé aux discussions et le nouveau gouvernement rouge, pour embarrasser Français et Anglais, transmet le document aux Ottomans. Les forces arabes, encouragées par le couple franco-anglais, et qui tentent également de se débarrasser des Turcs, sont aussi effondrées : on leur a promis l’indépendance après la guerre. Il va s’ensuivre une partie de poker menteur entre la France et Fayçal, leader de la lutte syrienne, qui, après avoir libéré Damas des Ottomans en 1918, parvient à créer un premier État indépendant au début de l’année 1920. Le terrain était libre en effet depuis le départ des troupes anglaises qui ont quitté le pays fin 1919.

La Syrie est une tache dans la mémoire française

Mais la France du Bloc national ne l’entend pas de cette oreille. Elle a déjà résisté aux conclusions d’une commission mandatée par les Américains durant les négociations du traité de Versailles. Le verdict est clair : les Syriens ne veulent pas d’un mandat français. Clemenceau rejette ces conclusions, enfume Fayçal venu négocier à Paris, et, en avril 1920, est signé le trop méconnu traité de San Remo. Ce traité, avalisé par la SDN, accorde le mandat de la Syrie et du Liban à la France, qui ne compte pas lâcher ce fruit de la Première Guerre mondiale. Notre pays entend se placer dans la course au pétrole et dans les négociations avec la Grande-Bretagne, celle-ci récupère Kirkouk pour l’Irak contre une participation française dans l’exploitation pétrolière.

Le 14 juillet 1920, date éminemment symbolique, la France, par la voix du général Gouraud, haut-commissaire au Liban et en Cilicie, lance un ultimatum à la Syrie, qui ne fait pas le poids. Une seule bataille, à Maysaloun*, permet aux Français de l’emporter facilement. Dix jours plus tard, les troupes françaises du général Goybet entrent dans Damas. Ce serait un euphémisme de dire qu’ils sont accueillis en libérateurs. Passons sur les découpages, les tripatouillages – Oms est choisie un moment comme capitale – qui engendrent un long cycle de révoltes entre 1925 et 1927. La France modernise le pays, mais ce dernier n’aspire qu’à son indépendance. Le Front populaire semble débloquer la situation avec les accords Viénot, mais ils ne sont pas ratifiés par le parlement français.

Si bien qu’en 1940 la Syrie est encore française. Fidèle à Vichy, elle est l’objet de tractations entre Darlan et les Allemands qui obtiennent, lors du traité de Paris, en 1941, des bases aériennes : on est au sommet de la collaboration militaire entre la France et l’Allemagne. Les Anglais sont furieux et mènent très vite campagne, soutenus par les forces naissantes des Français libres. La Syrie est une tache dans la mémoire française : la campagne de Syrie (juin-juillet 1941) voit s’affronter Français fidèles à Pétain et FFL.

« De vrais salopards »

L’an dernier, dans notre numéro 1966 consacré aux Compagnons de la Libération, Robert Galley nous confiait ses souvenirs de cette campagne : « J’ai su que les Vichyssois recevaient des avions allemands, ce qui m’a persuadé de me battre contre eux, même s’ils étaient français. Ils ont signé l’armistice avec les Anglais à 11 heures du matin, mais juste avant, de 9 à 11 heures, ils ont vidé sur nous tous leurs casiers à munitions. De vrais salopards. » Inutile de préciser que tout ne fut pas rose dans les camps de prisonniers vichyssois à Tripoli.

Autre épisode intégralement oublié des relations franco-syriennes, et même de l’histoire de notre pays : le 29 mai 1945, alors que la lutte du parti Baath pour l’indépendance s’intensifie, le gouvernement français, sous la présidence du général de Gaulle, donne l’ordre au général Oliva-Roget de bombarder Damas. Une partie de la ville est détruite, on dénombre des centaines de morts. Événement comparable à la répression de Sétif en Algérie, qui a eu lieu trois semaines plus tôt, mais dont on ne parlera presque jamais, car elle n’a eu aucune suite sinon l’intervention des Anglais. Les Britanniques reprennent enfin la main, dans des conditions encore à élucider, et la Syrie obtient son indépendance en 1946.

Il ne s’agit évidemment pas de comparer des bombardements français avec les bombardements actuels, intolérables, inadmissibles, sur les populations civiles. Il s’agit seulement, aussi désagréable cela soit-il, de rappeler des faits largement ignorés.

(09 février 2012 – Par François-Guillaume Lorrain)

*[anniebannie : un peu court, Maysaloun. Jugez plutôt :

Wikipedia : Youssef al-Azmeh (يوسف العظمة) (ou Yusuf al-Azmah, Yousef Al-Azama, Yusuf Al-Azmeh, Yousef Al-Azmeh) (1884 – 24 juillet 1920) était un militaire syrien originaire du vieux quartier de Chaghour a Damas. Son père était directeur des finances a la ville de Homs . et sa mere : Leila Cherbaji d’une grande famille de Damas. De 1918 à 1920, il a été ministre de la guerre, et chef d’État major du roi Fayçal.

En 1906, Azmeh obtient son diplôme à l’académie militaire ottomane d’Istanbul. Général ottoman pendant la Première Guerre mondiale, il a rejoint la révolte arabe contre le pouvoir impérial ottoman, jusqu’à l’indépendance de la Syrie en 1918. La Société des Nations, ayant accordé un mandat aux français en Syrie (grâce à l’accord Sykes-Picot) le général Gouraud lance un ultimatum contre le gouvernement syrien leur demandant de déposer les armes. Ne pouvant résister aux français, la Syrie accepte de se placer sous mandat français, mais Azmeh refuse la défaite et forme une armée de partisans. Son armée est estimée à environ 5000 hommes, elle mélangeait des soldats irréguliers, des volontaires et des bédouins. Azmeh savait à l’avance qu’il ne pourrait pas vaincre les Français avec cette armée, mais il voulait leur signifier que les Syriens n’accepteraient pas un mandat sur leur pays.

Le 24 juillet 1920, Azmeh quitte Damas pour Khan Maysaloun, où il a mené sa bataille contre l’armée française du général Gouraud. Azmeh trouve la mort lors de la bataille, ce qui permet aux forces françaises d’entrer à Damas le 25 juillet 1920.

Azmeh est considéré comme un héros national en Syrie, une statue de lui se trouve à Damas, et beaucoup de rues portent son nom.]

Cette fois, Assad a dépassé les bornes


Rime Allaf, écrivaine syrienne, est chercheuse associée à la Chatham House à Londres. Son adresse sur  twitter est @rallaf.
7 février 2012

Les Syriens approchent du premier anniversaire de l’une des implosions de pouvoir populaire et de libération psychologique les plus inattendues que la région ait connue. Mais ils ne goûtent pas encore l’euphorie de voir un dictateur fuir le pays ou être obligé de démissionner.

Il y a un an, quand les Syriens observaient la rapidité des soulèvements en Tunisie et en Égypte, ils savaient pour la plupart que s’ils devaient jamais se trouver dans la même situation, ils paieraient un prix beaucoup plus lourd et que le régime n’hésiterait pas à les anéantir pour garder la dynastie Assad au pouvoir. Ayant déjà traversé l’un des massacres les plus brutaux de l’histoire moderne, le peuple syrien savait que la clique au pouvoir pourrait tout aussi facilement perpétrer un autre Hama, peut-être pire, pour garder le pays sous sa poigne.

Mis à part quelques activistes et intellectuels irrédentibles de la société civile qui continuaient à battre le tambour de la liberté, payant constamment de leur liberté ce crime de lèse-majesté, la plupart des Syriens sont devenus réalistes par nécessité. En faisant semblant de tourner la page, et en flattant le régime à coups de louanges pour sa rhétorique creuse sur le leadership éternel de l’Assad du jour, ils s’imaginaient pouvoir progresser lentement, mais sûrement vers une vie moins étouffante, à la discrétion d’une clique corrompue et ivre de pouvoir.

C’était,  à plusieurs égards, un pacte faustien inversé où le régime obtenait le pouvoir et le peuple recevait des miettes – dans les domaines social, économique et politique. Si incroyable que cela puisse paraître dans l’actuelle période révolutionnaire, les Syriens estimaient n’avoir d’autre choix que d’amadouer le régime pour arriver à respirer.

Ce pacte de facto aurait pu survivre à la période révolutionnaire s’il n’ y avait eu l’arrestation et la torture de 15 écoliers à Daraa. Le soulèvement qui s’est ensuivi s’est répandu dans tout le pays. Quand le peuple a finalement manifesté son indignation, le pacte s’est effondré lorsqu’en réponse à sa demande de justice et de dignité, le régime a tiré à balles réelles et que sa brutalité lui a fait perdre une fois de plus tout semblant de civilité.

Ce que peu de personnes escomptaient dans cette situation sans précédent était qu’aux piliers traditionnels du régime – forces de sécurité et parti – s’en ajouteraient un autre ; chose surprenante, une partie de la population a déclaré son allégeance au régime alors que celui-ci se déchaînait, et agitait une fois de plus le spectre de la guerre civile et de la désintégration nationale en cas de chute du régime. Pris dans l’étau d’un syndrome de Stockholm précédemment invisible, les fidèles du régime entonnaient maintenant « après Bachar, le déluge ».

Le régime bénéficie certainement d’une rallonge grâce aux complices qui applaudissent sa brutalité sans précédent contre une population en grande partie sans défense et grâce à ses puissants alliés qui ont bloqué une initiative de la ligue Arabe en proposant des solutions humanitaires et politiques. En outre, la confusion des forces de l’opposition incapables de se frayer un chemin hors du labyrinthe de 40 ans de dictature ajoute encore à l’indécision des puissances qui pourraient changer le cours des événements. Mais tous ces facteurs sont des obstacles qui ne font que ralentir la libération d’une population déterminée.

Peu importe le soutien dont bénéficie encore le régime de Bachar al-Assad, et peu importe finalement que ses partisans s’accrochent encore à l’illusion de le voir rester au pouvoir. Le régime a continué à tuer, torturer et emprisonner les Syriens depuis près d’un an sans avoir été capable d’écraser la résistance qui a maintenant commencé à s’armer et à se défendre. C’est une question de temps et on ne voit pas comment la transition se déroulera, mais la majorité des Syriens sont certains d’une chose : nous sommes arrivés à la fin d’une époque

Source : http://www.nytimes.com/roomfordebate/2012/02/06/is-assads-time-running-out/this-time-assad-has-overreached

Traduction : anniebannie

L’écrivain syrien Khaled Khalifa : « Le monde entier est complice du sang versé »


Chers amis, écrivains et journalistes du monde entier, notamment en Chine et en Russie, je tiens à vous informer que mon peuple est exposé à un génocide.

Depuis une semaine les forces du régime syrien intensifient les attaques contre les villes rebelles en particulier Homs, Zabadani, les banlieues de Damas, Rastan, Madaya, Wadi Barada, Figeh, Idlib et dans les villages de la montagne de Zawiya.

Depuis une semaine et jusqu’au moment où j’écris ces lignes, plus de mille martyrs sont tombés, dont beaucoup d’enfants, et des centaines de maisons ont été́ détruites sur les tètes de leurs habitants.

Elimination d’une révolution pacifique

La cécité́ qui a frappé le monde a encouragé le régime à tenter une élimination de la révolution pacifique en Syrie, avec une force répressive inégalée. Le soutien de la Russie, la Chine, l’Iran et le silence du monde face aux crimes commis en plein jour, a permis le meurtre de mon peuple par le régime depuis onze mois.

Mais dans la dernière semaine, du 2 février à aujourd’hui, les signes du massacre se sont clarifiés. La scène de centaines de milliers de Syriens descendus dans les rues de leurs villes et villages la nuit du massacre de Khalidiya, dans la nuit du vendredi au samedi dernier, les mains levées en prières et en larmes, brise le cœur, et place la tragédie humanitaire syrienne au centre du monde.

C’est une expression claire de notre sentiment d’être des orphelins, abandonnés par le monde et par les politiciens satisfait par les paroles vaines et les sanctions économiques, qui n’empêchent pas les assassins et ne retiennent pas les chars baignés de sang.

Mon peuple, qui a fait face à la mort le torse nu et en chansons est en ce moment même assujetti à une campagne de génocide. Nos villes rebelles sont dans un état de siège sans précédent  dans l’histoire mondiale des révolutions.

Le personnel médical est empêché́ de secourir les blessés, les hôpitaux de campagne sont bombardés de sang-froid et détruits, l’entrée est interdite aux organisations de secours, les lignes téléphoniques sont coupées, et la nourriture et les médicaments sont bloqués, si bien que la contrebande d’un sac de sang ou d’une tablette de Setamol dans les zones touchées est considéré́ comme un crime digne d’emprisonnement dans des camps de détention, dont les détails vous horrifieront un jour.

Silence complice

Dans toute son histoire moderne, le monde n’a pas connu de tels vaillance et courage, que ceux manifestés par les révolutionnaires Syriens dans toutes nos villes et villages. Le monde n’a pas non plus connu un tel silence, et une connivence dans le silence qui est dès à présent considéré́ comme une complicité́ dans le crime et l’extermination de mon peuple.

Mon peuple est un peuple de paix, de café́, de musique que j’espère vous savourerez un jour, de roses, dont j’espère qu’un jour le parfum vous parviendra, afin que vous sachiez que le cœur du monde est aujourd’hui exposé au génocide et que le monde entier est complice du sang versé.

Je ne peux rien dire de plus dans ces moments difficiles, mais j’espère que vous agirez par solidarité́ avec mon peuple de la façon que vous jugerez appropriée.

Je sais que l’écriture est impuissante et nue devant les canons, les tanks et les missiles russes qui bombardent nos villes et nos civils, mais je n’ai aucune envie que votre silence aussi, soit complice du meurtre de mon peuple

 

Aujourd’hui mercredi 8 février


aujourd’hui
  • 17:00 – 20:00
  • Ambassade de Syrie, Avenue Franklin Roosevelt 3, , Ixelles, Belgium
  • Rassemblement devant l’Ambassade de Syrie ce MERCREDI 08 Février 2012 de 17:00 à 20:00!Il n’est plus question de discussion : il faut agir pour la Justice!!
    Rejoignez-nous! Crions notre colère! Nous n’acceptons pas!Bachar est un assassin et les massacres qu’il est en train de commettre sont impardonnables!!
Ciquez ici afin de suivre les dernières infos sur la révolution syrienne en français

Au sujet de Massad :l’échec des intellectuels anti-impérialistes


par Maysaloon

Je viens de lire le dernier article de Massad intitulé « Impérialisme, despotisme et démocratie en Syrie » et j’ai d’abord pensé qu’il ne se rendait pas compte de ce qui se passe en Syrie. Il a l’air de dire qu’il y a de bonnes manières de renverser un dictateur et il y en a de mauvaises. La mauvaise manière est de demander de l’aide à l’Occident;  quant à la bonne manière,  on ne peut pas dire qu’elle soit  claire. Massad nous dit qu’un bon anti-impérialiste s’opposerait au dictateur ET à l’Occident ce qui est assez simple,  mais il ne nous dit pas en quoi cela aidera le peuple syrien ni  comment il lui propose  de se débarrasser de Assad.

Quand il parle du « détournement » de la révolution syrienne cela signifie-t-il que celle-ci mérite moins de soutien au vu de la répression qu’elle subit ? Ou devons- nous reprocher aux Syriens de ne pas être de  bons anti- impérialistes et devons-nous insister pour qu’ils se laissent massacrer sans demander de l’aide – même celle du diable si c’est nécessaire? Je me demande quelle est la part du détournement de la révolution syrienne qui est imputable au vide moral que les anti-impérialistes ont eux-mêmes laissé se creuser. Quand Massad dit  lui-même que la révolution a été « détournée », cela signifie qu’ au début,  le peuple syrien ne demandait pas d’ intervention extérieure ou « impérialiste » et avait un besoin désespéré d’aide d’où qu’elle vienne.

Lors de plusieurs manifestations contre le régime,  j’ai discuté avec des fanatiques sectaires qui voulaient transformer le mouvement en une croisade anti chiite et voulaient faire appel à l’intervention de l’Occident. Où  étaient alors les anti-impérialistes ? Lors d’une manifestation, la seule personne que j’ai trouvée à mes côtés dans de tels débats était un activiste syrien marxiste, Ghias al Jundi.  Pas une seule de mes « connaissances» anti-impérialistes ne s’est donné  la peine de venir aux manifestations contre le régime. L’espace est resté libre pour le CNS et les gens de ce gabarit qui ont pu demander de l’aide à l’Occident ou à n’importe qui d’autre. En outre,  je ne me souviens pas qu’un seul des nombreux anti-impérialistes en ligne ait jamais dit qu’il avait participé ne fût ce qu’aux toutes premières manifestations contre le régime syrien pour soutenir le peuple syrien. Pas un seul parmi mes connaissances depuis son vénérable trône en ligne qui se soit donné la peine de venir ou ait dit qu’il était venu, laissant ainsi le champ libre dès le début. Mais selon M. Massad, nous devons blâmer le peuple syrien et le peuple libyen et le peuple irakien pour leur manque de sophistication politique qui ne leur permet pas de distinguer les nuances entre l’impérialisme et les groupes de l’opposition opportuniste, la tyrannie locale et la troisième voie insondable soutenue par Massad. Tout comme dans un drame tragique à la Tchekhov, le peuple syrien est censé affronter les tirs  à poitrine nue et mourir au nom de principes supérieurs plutôt que de s’abaisser à demander de l’aide où qu’il puisse la trouver.

Où était le soutien intellectuel et le leadership dont le peuple syrien-ou même libyen- avait besoin pendant une période difficile ? Pourquoi les a-t-on abandonnés à l’Occident ? Était-ce simplement à cause des politiques d’ Assad ? Toutes ces questions rhétoriques,  je les pose à M. Massad et à tous  ceux qui se proclament anti impérialistes.

Enfin, Massad se demande pourquoi les oppositions yéménite et bahreïnienne n’ont pas demandé l’intervention de l’Occident. M. Massad se rend-il compte que par rapport au Yémen et à Bahreïn,  le nombre de victimes des services de sécurité d’ Assad se compte en milliers-voire plus. La situation est si atroce en Syrie que Massad lui-même dit qu’Assad essaye d’atteindre le même niveau de brutalité que Saddam – pour ceux qui ne le savent pas, cela veut dire beaucoup eu égard  à la brutalité de Saddam. Et qu’est-ce qu’il entend quand il dit que les Palestiniens ne demandent jamais d’assistance aux impérialistes ? Cet argument illustre spécifiquement ce que je disais plus haut au sujet du vide moral que les anti impérialistes ont abandonné à l’Occident qui a pu ainsi intervenir et « détourner » la révolution syrienne. Les  Palestiniens ont  toujours eu le soutien des anti-impérialistes ou de groupes se disant anti-impérialistes. Il a une longue histoire de soutien [nominal] de la part de plusieurs pays arabes. Au contraire du peuple syrien, le peuple palestinien n’a pas été abandonné aux caprices d’une occupation et d’une répression brutales.

La dichotomie brutale que Massad semble vouloir éviter-entre impérialisme et fascisme-est imposée au peuple syrien précisément à cause du vide que les anti impérialistes dont il parle ont laissé s’installer. Si ceux-ci avaient été aussi enflammés et enthousiastes pour occuper le haut plateau moral et intellectuel malgré les tentatives cyniques déployées par les potentats et les princes pétroliers pour saper la révolution, la farce misérable à laquelle nous assistons aujourd’hui ne se serait jamais produite. S’il y a jamais eu une véritable  troisième voie pour les anti-impérialistes en ce qui concerne la Syrie,  c’est celle que Massad aurait dû appeler de ses voeux dans son article.

Traduction de anniebannie; original anglais : Maysaloon

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