La psychanalyste Rafah Nached libérée par les autorités syriennes


LEMONDE.FR Avec AFP | 17.11.11 | 06h31   •  Mis à jour le 17.11.11 | 07h59
Rafah Nached, la psychanalyste syrienne de renom emprisonnée depuis le mois de septembre, a été libérée mercredi soir par les autorités syriennes, indique sa famille vivant en France. Elle « a été libérée mercredi soir et vient d’arriver chez elle » en Syrie, a indiqué sa famille. La fille et le gendre de Rafah Nached vivent en France. « Elle est en bonne santé, sa voix est bonne et nous poussons tous un grand soupir de soulagement, tout particulièrement dans le contexte politico-sécuritaire qui prévaut actuellement en Syrie », a-t-on ajouté de même source.
Le régime avait décidé mardi de relâcher 1 180 détenus, « impliqués dans les évènements en Syrie et qui n’ont pas de sang sur les mains », avait annoncé la télévision syrienne. Selon une source proche de l’entourage de sa famille, Rafah Nached faisait partie de ces libérations.

ÉTAT DE SANTÉ FRAGILE

Quatre jours après son interpellation, la psychanalyste, âgée de 66 ans, avait été accusée « d’activités susceptibles de déstabiliser l’Etat », et un juge avait refusé de la libérer sous caution, en dépit de son état de santé fragile. Rescapée d’un cancer et souffrant de troubles cardiaques et d’hypertension artérielle, Rafah Nached, était suivie médicalement à Beyrouth et à Paris avant son arrestation. Elle a été la première femme psychanalyste à exercer en Syrie.

Francophone et diplômée en psychologie clinique de l’université de Paris, Rafah Nached avait été arrêtée le 10 septembre à l’aéroport de Damas par des agents des services de renseignement de l’armée de l’air alors qu’elle comptait se rendre à Paris pour assister à l’accouchement de sa fille. Les appels pour demander sa libération s’étaient multipliés depuis en France, notamment de Carla Bruni-Sarkozy, l’épouse du chef de l’Etat français, et en Europe.

L’opposition syrienne refuse tout dialogue avec Bachar al-Assad


L’opposition syrienne a déclaré mardi qu’ils ne négocieraient pas avec le président Bachar al- Assad et voulaient que l’ONU envoie des soldats de maintien de la paix dans le pays pour protéger les civils. »L’opposition n’organisera pas de négociations préliminaires ou préparatoires avec le régime de Damas », a déclaré Burhan Ghalyoun, président du Conseil national syrien (CNS), aux journalistes pendant une visite à Moscou.Il a ajouté que l’opposition avait demandé à la communauté internationale, y compris la Russie, de demander à Bachar al-Assad de démissionner.Par ailleurs, M. Ghalyoun a indiqué que le CNS cherchait toujours une résolution pacifique à la crise syrienne.M. Ghalyoun a fait savoir que le CNS demandait la présence de soldats de l’ONU dans leur pays pour protéger les civils, en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une intervention militaire.

Plus tôt mardi, la délégation du CNS menée par M. Ghalyoun avait organisé des discussions avec le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, et son second, Mikhaïl Bogdanov.

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Syrie : la Russie préconise un dialogue interne


La Russie appelle au dialogue entre les parties syriennes concernées pour résoudre la crise du pays, a déclaré lundi le ministère russe des Affaires étrangères.

Le ministère a publié le communiqué après la rencontre du ministre des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, et du vice- ministre des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, avec une délégation de l’opposition syrienne, le Conseil national syrien ( CNS), en visite à Moscou.

Selon le communiqué, la Russie a été claire sur le fait que Moscou rejette les violences en Syrie et soutient les approches constructives à cette crise.

« La Russie a appelé toutes les parties concernées de Syrie (…) à commencer immédiatement à appliquer l’initiative de paix de la Ligue arabe pour résoudre la crise et à lancer un dialogue entre les autorités syriennes et l’opposition », a indiqué le ministère.

Le président du CNS, Burhan Ghalyoun, a déclaré aux journalistes après la réunion que la délégation avait convaincu Moscou de faire pression sur le président syrien Bachar al-Assad pour démissionner.

« Nous avons informé nos collègues russes (…) Nous estimons qu’il est nécessaire que la Russie et la communauté internationale envoient des signaux importants demandant la démission de Bachar al-Assad », a souligné M. Ghalyoun.

Il a ajouté que le CNS soutient l’initiative de paix arabe de la Ligue arabe.

Le 2 novembre, le gouvernement syrien a accepté le plan de paix proposé par la Ligue arabe pour mettre fin à la crise sans aucune réserve.

Le plan de paix prévoit l’arrêt des violences et le retrait des véhicules militaires des rues syriennes en plus de la libération des détenus et la tenue d’un dialogue entre les autorités syriennes et l’opposition au siège de la Ligue arabe.

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SYRIE. Dans le maquis de l’Armée libre


Publié le 14-11-11 à 11:11    Modifié le 15-11-11 à 18:47     par Sara Daniel     5 réactions
Aux confins de la Syrie et du Liban, une rébellion composée de déserteurs syriens s’organise. Au risque de transformer une révolution pacifique en guerre civile. Reportage de Sara Daniel.

De notre envoyée spéciale

Abou Hamza a la mâchoire défoncée et des traces de tortures sur le torse et les jambes. Il parle dans la pénombre de cette maison d’un village libanais de la région d’Akkar située à une quarantaine de kilomètres de la ville de Homs, à la frontière avec le Liban. Infirmier, il vient d’arriver de Homs où il tenait une clinique clandestine et itinérante pour soigner les blessés de la terrible répression qui sévit dans sa ville. Lorsqu’il a été arrêté, ses geôliers lui ont arraché une dent à chaque fois qu’il refusait de donner le nom d’un des docteurs venant au secours des révoltés. Puis il a réussi à corrompre son tortionnaire et a acheté sa libération 5 000 dollars.

« Pourquoi te ferais-je confiance ?, lance-t-il à l’homme qui lui fait face. C’est peut- être toi qui a torturé mes amis. Et si tu étais là pour nous surveiller et donner nos noms aux chiens de Bachar ? … »

Syrie : dans le maquis de l'Armée libre
Abou Brahim (photo Paul Assaker)

Son interlocuteur, Abou Brahim, est un ancien membre des services secrets, les fameux moukhabarat qui, il y a un mois encore, avaient pour mission de tirer dans la foule des manifestants. Aujourd’hui, il fait partie de l’Armée libre de Syrie dirigée depuis la Turquie par le colonel Riad al-Assad. Pour expliquer sa défection à son compatriote méfiant, il dit avoir intégré les services secrets du régime de Bachar al-Assad dans le seul but d’impressionner les siens. « Ma famille n’a pas compris. « Comment peux-tu te compromettre comme cela ? » me disaient-ils. C’est vrai, j’étais au coeur du système. J’y suis entré à 17 ans. Mais tout le monde fait des erreurs, non ? »

« Vous devez exterminer les manifestants par tous les moyens »

Comme il était sunnite, Abou Brahim a dû verser des pots-de-vin pour être accepté dans ce corps composé essentiellement d’Alaouites, la communauté des Assad. Longtemps affecté dans un bureau à Damas, sa mission a changé après la répression de la grande manifestation de Homs en mars 2011. « Ma tâche était claire alors : réprimer l’opposition ! » Un jour, Abou Brahim reçoit un ordre écrit de sa hiérarchie : « Vous devez exterminer les manifestants par tous les moyens. » Cette formulation choque l’homme qui, pourtant, en a vu d’autres. « Pourquoi un ordre aussi explicite ? On savait très bien ce qu’on avait à faire sans qu’on nous mette les points sur les i… »

Très vite, il constate sur le terrain que ses collègues alaouites exécutent les consignes, tandis que les sunnites tirent le plus souvent en l’air. Un officier qui s’était enfermé dans son véhicule blindé pour ne pas participer à la tuerie a été abattu dès qu’il en est sorti. C’est lorsque son supérieur lui a demandé d’achever les blessés qu’Abou Brahim a décidé de rejoindre l’opposition : « C’était horrible, des véhicules emportaient des cadavres par dizaines. On parle aujourd’hui de 3 000 morts. Mais à la fin du conflit, on trouvera aussi des charniers de « disparus ». » Alors qu’il appartient toujours aux services secrets, Abou Brahim donne un coup de main aux manifestants, leur procure les banderoles et les pots de peinture dont la vente est interdite depuis les événements. Un jour, un de ses collègues alaouites le prévient de ne pas revenir au bureau, où on l’attend pour l’arrêter. « Comme toi, ils se méfiaient de moi », dit-il à Abou Hamza.

Les deux hommes s’observent avec la méfiance que leur a inculquée le régime. Ils se trouvent dans le no man’s land qui sépare le Liban de la Syrie. Une zone de broussailles envahie par les chèvres qui franchissent allègrement le muret pourtant consolidé par l’armée syrienne, depuis les événements. Drôle de havre pour ces rescapés du régime de Bachar al-Assad ! À une centaine de mètres, les baraques de l’armée syrienne font face à celles de l’armée libanaise. Depuis que le Hezbollah a pris le contrôle du gouvernement libanais, les deux forces agissent en commun pour arrêter les opposants syriens qui tentent de fuir leur pays. Parfois, les militaires syriens, jugeant insuffisante la vigilance de leurs voisins libanais, n’hésitent pas à franchir la frontière pour abattre les fuyards et dissuader ceux qui voudraient leur venir en aide.

C’est pourtant dans cette maison située au cœur de cette zone sous haute surveillance militaire qu’Abou Brahim réunit, ce soir-là, le petit groupe qu’il dirige de la nouvelle Armée libre de Syrie. La plupart de ses membres ont déserté l’armée de Bachar al-Assad depuis des mois, certains viennent tout juste d’arriver. A partir de leur maquis frontalier, ils organisent des opérations de guérilla et attaquent des barrages militaires. Abou Brahim a une grande nouvelle à annoncer : « Demain, les gars, dit-il à la dizaine de jeunes gens entre 18 et 25 ans qui l’entourent, vous retournez tous vivre en Syrie clandestinement. Votre mission sera de recruter d’autres militaires. »

Syrie : dans le maquis de l'Armée libre
Officiers et soldats déserteurs de l’armée syrienne. A partir de leur maquis frontalier, ils organisent des opérations de guérilla et attaquent des barrages militaires. (photo Paul Assaker)

Pour regagner leur pays, les rebelles devront marcher de longues heures en silence dans la nuit. Chaque fois qu’ils croiseront une patrouille de l’armée syrienne, ils se cacheront dans les fourrés. Ils savent que certains d’entre eux y laisseront leur vie. Pourtant, pressés d’en découdre, ils poussent des cris de joie et entonnent un chant guerrier. Même Ahmed, avec son bras en écharpe, à cause d’un éclat de Shrapnel reçu il y a trois jours. Il a été blessé lors d’une opération de représailles baptisée « a bataille du blé » à Al-Houlé, là où dix-sept manifestants avaient été assassinés. Il pense que, ce jour-là, son groupe a tué neuf soldats. Ces jeunes ont beau répéter qu’ils ont rejoint la rébellion pour impressionner les filles, on les sent bien plus aguerris que, par exemple, les premiers insurgés libyens contre Kadhafi.

A l’écart, Mehdi joue avec sa carte militaire qui le montre sanglé dans son uniforme. Cet officier de 25 ans, originaire de Homs, affirme être en contact téléphonique avec près de trois cents gradés de l’intérieur. Des sunnites comme lui. Il explique ne pouvoir faire confiance qu’à ses coreligionnaires. Il appelle de ses voeux un coup d’Etat militaire, mais son réseau d’officiers attend pour se soulever l’aide de la communauté internationale et l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne. « Autrement, nous serons écrasés. »

« Il fallait payer pour tout. Pour partir en permission. Même pour manger… »

Ce sont les images diffusées par Al-Jazeera qui l’ont décidé à déserter : « Mon armée se comportait encore plus mal que les Israéliens à Gaza, alors j’ai eu honte. Et puis, deux fois, la maison de ma famille a subi des attaques. » Souvent, les soldats changent de camp lorsqu’ils redoutent d’être eux-mêmes la cible des exactions du régime. Mais ce qui a le plus choqué Mehdi quand il était soldat, c’est l’immense corruption de l’armée : « Il fallait payer pour tout. Pour partir en permission. Même pour manger. Mes supérieurs n’hésitaient pas à voler le matériel de l’armée et à le revendre… » Le motif de sa révolte est avant tout d’ordre économique. « Dans mon village, sur trois mille personnes, quatre cents sont parties travailler en Arabie Saoudite. C’est inadmissible… »

Syrie : dans le maquis de l'Armée libre
La plupart des membres de l’Armée libre réfugiés au Liban ont déserté l’armée de Bachar al-Assad depuis des mois, certains viennent juste d’arriver. (photo Paul Assaker)

Allasen, 19 ans, lui, ne tient pas en place. Il regarde par la fenêtre, va surveiller les alentours, nerveux. A Damas, il était un des intendants de la caserne principale de la ville. Un jour, un officier vient chercher quelques centaines d’hommes pour partir à Homs. On leur explique que les sionistes et les salafistes sont en train d’attaquer la ville. Dans les camions, il remarque avec surprise un amas de munitions de gros calibre. « Ils nous ont dit : « Lui, vous, les champions, n’hésitez pas, tirez ! Même sur les femmes, car elles sont dangereuses. Chaque balle doit tuer. » »

Lorsqu’ils arrivent à Homs, les militaires encerclent les manifestants. Sur les toits, des agents des services secrets visent la foule. « Ils tiraient sur les vieux, sur les enfants, même sur nous. Des « chabiha » en civil [la milice pro-Assad] nous surveillaient. Chacun avait son rôle. Si tu refusais de tirer, tu étais abattu. » C’est alors qu’Allasen décide de rejoindre l’armée libre : « Mon copain Brahim m’a dit : « S’ils font cela ici, ils doivent faire la même chose dans nos villages, il faut partir. Sans lui, je n’aurais jamais eu le courage de fuir… » » Aujourd’hui, sa mère lui manque. Malgré le danger, il l’appelle en déguisant sa voix. « Chocolat t’embrasse », lui dit-il en recourant au surnom qu’elle lui donnait petit.

A ses côtés, Driss, 21 ans, les yeux cernés et une longue barbe noire, pianote sur son ordinateur portable. Cet ex-tireur de char n’oubliera jamais le jour où, à Homs, il a détruit avec son canon un immeuble de trois étages. A la vue des corps pris dans les décombres, il décide de déserter.

« Ne tombons pas dans le piège d’une guerre confessionnelle »

Au cours de sa fuite, dans la ville de Kseir, il doit ouvrir le feu sur des soldats pour montrer aux manifestants que, malgré son treillis, il s’est rangé à leur côté. Des villageois l’aident à gagner le Liban. Avant tout, Driss aspire à la liberté de culte : « Avec les Alaouites, lorsqu’on prie dans l’armée, on va en prison. » « Ne t’en prends pas aux Alaouites, mais au régime de Bachar. Ne tombons pas dans le piège d’une guerre confessionnelle », corrige Abou Brahim, d’un ton docte. Mais ces précautions de langage ne dureront pas longtemps.

Dans cette région sunnite du Liban, l’ennemi commun, c’est le chiisme sous toutes ses formes, qu’il revête le visage de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, ou celui de Bachar al-Assad. Et au cours du dîner, la conversation dérivera vite sur le dessein caché de l’Iran, le pays du mal qui veut convertir le monde musulman au chiisme.

Cette conversation inquiète Abou Hamza, l’infirmier de Homs, qui redoute l’imminence d’une guerre civile. « Nous avons près de quarante confessions en Syrie, c’est une poudrière. La révolution doit rester pacifique. » Abou Brahim hausse les épaules. Il sait que la lutte armée est en marche. C’est la seule option, explique-t-il : « J’étais un membre des services secrets d’Al-Assad. Je suis un pur produit de ce régime, je sais comment il fonctionne. Lorsque j’étais de l’autre côté, et qu’on entendait l’opposition dire qu’elle voulait rester pacifique, on se frottait les mains en riant. On se disait que ce serait facile de l’éradiquer. Ils ne négocieront pas, ils iront jusqu’au bout. Nous aussi. C’est la guerre. »

Sara Daniel. Reportage photos Paul Assaker – Le Nouvel Observateur

>Article publié dans le « Nouvel Observateur » du 10 novembre 2011

Syrie : au nom de l’opposition, Ghalioun demande que le dossier soit renvoyé à l’ONU


| Un commentaire

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Dans une interview publié dans Le Figaro, le président du Conseil national syrien (CNS), qui regroupe les principales formations d’opposition au régime de Bashar el-Assad, demande également aux déserteurs de l’Armée syrienne libre (ASL) de ne pas mener des opérations armées pour éviter une guerre civile.

Burhan Ghalioun, 66 ans, reçoit dans son appartement du Kremlin-Bicêtre près de Paris, aménagé en diwan damascène avec ses tapis d’Orient et ses plateaux dorés pour boire le thé.Trente ans que cet universitaire a quitté son pays, mais à chaque retour, ces dernières années, le même rituel l’attendait : une convocation chez l’un des patrons des services de renseignements, ponctuée du sempiternel message : «L’intelligence nous importe peu, ce qui compte pour nous, c’est l’allégeance et la loyauté au régime.» «Non merci», répondait poliment celui que la révolte des siens a métamorphosé en homme politique. Mais après huit mois de soulèvement réprimé par un pouvoir toujours solide, ce petit homme intègre et très populaire en Syrie reste partagé entre espoir et inquiétude.

«La rupture de la rue avec le régime est totale, se félicite le président du Conseil national syrien. Bachar el-Assad ne peut plus gouverner. Il est devenu un chef de clan, il n’est plus le président des Syriens.» Ghalioun reconnaît toutefois qu’il y a «moins de manifestants dans les rues, parce que la violence et la nature de la répression ont atteint un point tel que les gens n’arrivent plus, bien souvent, à sortir de chez eux. Mais l’esprit de la révolte est intact».

Sa préoccupation immédiate est la situation à Homs, sa ville natale. «Une véritable ligne de front, mais pas une guerre civile», insiste ce laïc, auquel ses détracteurs reprochent une alliance avec les islamistes dans le CNS. «À Homs, il y a des forces de sécurité et l’armée qui attaquent des quartiers. Contre cette intervention sauvage, des éléments de l’Armée syrienne libre répondent.»

Alors que les défections se multiplient, le professeur en sociologie politique met en garde contre la militarisation du soulèvement. «Nous devons préserver le caractère pacifique de la révolution. Des soldats de l’ASL s’infiltrent dans la population, et, habillés en civils, se cachent dans les villes. Leur tâche doit se limiter à la protection des manifestants, ils ne doivent pas mener des opérations. Nous ne voulons pas de guerre civile. L’ASL doit accorder sa stratégie avec la nôtre. Nous allons entrer en contact avec eux» et son chef, Riad el-Assad, réfugié en Turquie. En fait, le patron du CNS redoute que les déserteurs soient manipulés par des puissances étrangères, la Turquie notamment.

Un pouvoir encore fort, une opposition déterminée : comment sortir de l’impasse ? Le plan arabe ? «Je n’y ai jamais cru. Le CNS n’a jamais été consulté. Le régime s’en est servi pour occulter l’offensive contre Homs et gagner du temps.»

Le conseil demande que la Ligue arabe, qui a gelé l’adhésion de la Syrie ce samedi lors d’une réunion au Caire, renvoie maintenant le dossier à l’ONU. «Notre objectif est d’obtenir une résolution du Conseil de sécurité sur la protection des civils». Pour cela «il nous faut renforcer le rapport de forces» et lever le veto russe. L’ambassade de Russie à Paris a appelé un journaliste français pour entrer en contact avec Ghalioun, qui, depuis, a reçu une invitation à se rendre à Moscou. «Les Russes semblent changer d’attitude», veut-il croire.

«Et ce point d’appui nécessaire au basculement du rapport de forces, c’est un soutien arabe et international, coordonné. Nous voulons que la Ligue arabe agisse avec le reste du monde pour qu’il y ait une intervention politique forte en faveur de l’arrêt de la tuerie. Va-t-on y arriver ? C’est à moitié gagné. Bachar est complètement discrédité à l’intérieur comme à l’extérieur de la Syrie», y compris chez les Arabes. «Voyez l’Algérie et le Soudan, ils ont évolué».

Le clan el-Assad peut-il tomber sans intervention militaire extérieure ? «Nous voulons éviter au maximum la question de l’intervention militaire extérieure pour préserver les institutions de la Syrie. Nous attendons que l’ONU vote une résolution pour qu’on puisse négocier avec la communauté internationale les mesures nécessaires pour mettre fin à la crise. Et après, tous les choix s’offriront à nous.»
(Crédit photo: AFP).

Syrie : quelles options subsistent ?


vendredi 11 novembre 2011 – 16h:44

Abdel Bari Atwan

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L’opposition syrienne, le Conseil national de transition (TNC), a qualifié l’initiative de la Ligue arabe pour arrêter l’effusion de sang en Syrie, de « bouée de sauvetage » dont l’objectif serait de prolonger la vie du régime au pouvoir.

Mais cette évaluation de l’opposition est totalement incorrecte, non pas parce que le régime syrien a fait avorter cette initiative seulement un jour après qu’elle ait été lancée en ne respectant aucune de ses dispositions, mais parce que les Etats arabes qui sont à l’origine de l’initiative ne veulent pas qu’elle réussisse. La première raison étant qu’ils savent d’emblée que la volonté du régime de mettre véritablement en œuvre cette initiative est extrêmement limitée sinon inexistante.

L’administration américaine a ensuite brûlé les cartes des Arabes dès le début, en exhortant les Syriens armés à ne pas répondre au décret du régime syrien stipulant qu’ils seront amnistiés dès qu’ils rendront leurs armes. Le porte-parole du régime a utilisé cette déclaration [américaine] comme preuve d’une intervention flagrante des Etats-Unis dans les affaires intérieures syriennes.

Les Syriens armés n’avaient pas l’intention de remettre leurs armes et, par conséquent, ils n’avaient nul besoin de ce « stupide » conseil venu des États-Unis, en premier lieu parce qu’ils ont pris ces armes contre le régime et ses forces non pas pour les leur rendre mais plutôt pour les épuiser dans une guerre qui finira par conduire à la chute du régime en place.

Hier, le TNC a renouvelé ses appels à la création d’une zone tampon qui sera supervisée et protégée par des Casques bleus. Cette déclaration a été faite après la prise de la région de Homs par des chars syriens et l’utilisation d’une artillerie de gros calibre dans une première répétition du modèle libyen. Cela pourrait creuser le gouffre croissant entre l’opposition interne et l’opposition à l’étranger.

Le véritable test pour la Ligue arabe sera évidemment la réunion du samedi [12 Novembre], qui devrait avoir lieu au niveau des ministres des Affaires étrangères. Après que le régime syrien ait été ouvertement accusé de faire échouer l’initiative arabe, beaucoup de gens attendent des ministres qu’ils prennent des mesures de rétorsion. Les possibilités de ce qui sortira de cette réunion peuvent se résumer dans ce qui suit.

Premièrement : la reconnaissance par certains ou la plupart des Etats [arabes] du Conseil national de transition comme représentant du peuple syrien, suivant l’exemple du conseil national de transition libyen (seule la Libye a reconnu le conseil syrien), ce qui revient à retirer sa légitimité au régime syrien.

Deuxièmement : le soutien à la création de zones d’exclusion aérienne ou de zones régionales ou internationales (zones tampons) protégées pouvant être utilisées comme bases par les forces armées qui sont opposées au régime et qui ont fait défection de l’armée, pour lancer des attaques et tenter de saper la sécurité et la stabilité du régime.

Troisièmement : un resserrement du blocus économique par les Etats voisins en vue de resserrer l’étau autour de la classe moyenne composée surtout de commerçants. Cette classe, surtout dans les villes d’Alep et de Damas, continue de soutenir le régime ou au mieux reste neutre, en attendant que la situation penche en faveur du régime ou de l’opposition.

Il est difficile de prédire si les ministres arabes des Affaires étrangères prendront unilatéralement ou collectivement des mesures de ce genre à leur prochaine réunion. Toutefois, étant donné l’intensité des discussions entre Israël et les Etats-Unis sur une frappe militaire imminente contre l’Iran pour détruire ses installations nucléaires, de telles mesures semblent être très probables.

La question syrienne a commencé à entrer dans une phase de tensions politiques et militaires, coïncidant avec l’augmentation des menaces contre l’Iran. Peut-être n’est-ce pas un hasard si la prochaine réunion des ministres arabes des Affaires étrangères se tiendra deux jours seulement après la publication du rapport de l’AIEA, dont on s’attend à ce qu’il vise l’Iran et lance des accusations – supposées prouvées – qu’il est impliqué dans un programme nucléaire militaire dans une installation secrète dans une montagne de la région de Qom, comme des rapports occidentaux le prétendent.

La militarisation de l’insurrection syrienne, pourrait être l’étape la plus importante dans la réponse officielle des Arabes au régime [syrien], au motif que l’initiative arabe n’a pas été appliquée. Ce qui faciliterait cette étape plutôt aisée, est le fait que la Syrie est entourée par des États « hostiles », comme la Turquie, la Jordanie et le Liban, en plus d’une bande frontalière à l’ouest avec l’Irak où une majorité sunnite a une inimitié envers l’Iran et le gouvernement pro-iranien de Bagdad.

Nous ne savons pas si l’intervention étrangère en Syrie va précéder ou suivre les attaques aériennes attendues contre l’Iran. Cependant, ce qui peut être anticipé, c’est que toute la région va vivre une division sectaire sunnite-chiite qui pourrait se traduire en guerres civiles non seulement en Syrie mais aussi dans la plupart des pays de l’Orient arabe, notamment en Irak, au Liban et dans certains Etats du Golfe.

Certains responsables de la région du Golfe parlent dans leurs réunions privées d’un nouveau scénario consistant à laisser tomber pour le moment l’idée d’une intervention militaire étrangère en Syrie et à s’attaquer directement à l’Iran, « la tête du serpent », car Israël et les bases américaines dans le Golfe pourraient subir les mêmes pertes si les frappes se font contre l’Iran ou contre la Syrie. Dans les deux cas, le Hezbollah libanais bombarderait Israël et l’Iran pourrait intervenir militairement pour protéger son allié la Syrie si celle-ci est soumise à une intervention étrangère.

La militarisation de l’insurrection syrienne n’est pas une stratégie qui assurera forcément le succès de l’insurrection et la fin du régime, car le soulèvement islamique en Algérie qui a éclaté dans les années 90 pour protester contre l’annulation des résultats des élections législatives gagnées par le Front du Salut, a duré près de 10 ans et a conduit à la mort de 200 000 personnes.

Cette comparaison peut ne pas être correcte car, contrairement à l’Algérie, la Syrie est entourée par des Etats qui lui sont hostiles. D’autre part, l’Occident n’a pas voulu que le soulèvement des Islamistes en Algérie soit couronné de succès. Et il attend tout le contraire du soulèvement syrien. Cela ne signifie pas que nous devrions oublier l’existence de l’aide étrangère pour le régime syrien venue de la Russie et de la Chine, même s’il est difficile d’être sûr de la force de ce soutien.

L’attente est la seule option possible pour quiconque analyse la situation dans cette région qui nous a toujours apporté des surprises. Il est difficile de prévoir l’évolution de la situation et ses conséquences probables. Qui avait prévu que les Etats-Unis seraient vaincus en Irak et retireraient toutes leurs forces de façon humiliante après avoir dépensé de mille milliards de dollars et perdus 5000 soldats ? Et qui avait prévu que les Talibans feraient un retour en force en Afghanistan, lanceraient une guerre sanglante contre l’occupation américaine, et forceraient l’administration américaine à lever un drapeau blanc dans un aveu de défaite ?

Certes, il y a eu le succès des Etats-Unis et des occidentaux en Libye, où l’OTAN a renversé le régime Kadhafi après huit mois de bombardements. Mais l’ancien président américain George Bush n’avait-il pas déclaré, fier comme un paon, « mission accomplie en Irak » trois semaines après l’invasion et l’occupation de ce pays ? Qui aurait cru que l’Iran, qui n’a pas tiré une seule balle, serait à la fin le principal gagnant ?

La Syrie fait certainement face à un avenir inconnu avec encore plus de carnage, et le régime portera certainement la plus grande part de responsabilité parce qu’il aura estimé que l’utilisation de la violence et le refus de concessions en faveur du peuple seraient le moyen idéal pour sortir de cette crise.

Ce que nous craignons le plus, c’est que le régime et l’opposition ne rendent pour finir la Syrie ingouvernable.

Les Arabes seront les « faux témoins », tout comme ils l’ont été dans le cas de l’Irak et de l’Afghanistan, ou les bailleurs de fonds des guerres américaines parce qu’ils ne peuvent pas s’opposer aux Etats-Unis et à leurs projets, même si ces plans sont en contradiction avec leurs ambitions et leurs intérêts. La défaite arabe est certaine, et seule son ampleur est en discussion.

Nous ne parlons pas ici de pertes financières avec les nombreux milliards déposés dans des banques occidentales. Ce qui est important est quel sera l’état de la région et quelle sera l’ampleur des pertes humaines après une quatrième guerre américaine au Moyen-Orient en moins de 30 ans.

(JPG)

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.

Du même auteur :

-  Chantage américain à l’UNESCO – 4 novembre 2011
-  Le soulèvement shiite en Arabie Saoudite inquiète les monarchies du Golfe – 18 octobre 2011
-  Al-Assad et l’avertissement russe – 15 octobre 2011
-  L’hypocrise d’Obama sur la Palestine – 22 septembre 2011
-  Al Qaïda 10 ans après – 13 septembre 2011
-  Pour éviter une intervention étrangère, la Syrie doit accepter l’initiative de la Ligue arabe – 11 septembre 2011
-  Dans le vide qui suivra leur victoire, les rebelles libyens se diviseront – 30 août 2011
-  La Syrie est-elle en train de basculer dans la guerre civile ? – 16 août 2011
-  Intifada au Royaume Uni – 13 août 2011
-  L’opportunité du Ramadan – 3 août 2011
-  Leçons syriennes de démocratie – 23 juin 2011

8 novembre 2011 – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.abdelbariatwan.com/Syria…
Traduction : al-Mukhtar

Source

NPA : Solidarité avec les opposants syriens !


lundi 7 novembre 2011

Alors qu’une répression féroce s’abat sur le peuple syrien, et a déjà fait plus de 3 000 morts, le gouvernement illégitime de Bachar Al-Assad avait dépêché jeudi 27 octobre son vice-ministre de la Culture afin d’animer une conférence, au centre culturel syrien avenue de Tourville à Paris, intitulée, ironie de l’histoire, « Vestiges de la civilisation byzantine, les villes mortes de Syrie ».

Devant une telle provocation, une trentaine d’opposants à la dictature, aidés de quelques membres de l’intercollectif de soutien aux luttes des peuples du monde arabe, décidaient d’occuper pacifiquement les locaux. Le quartier était immédiatement quadrillé, un dispositif policier démesuré mis en place, Il fût même fait appel à l’armée sous la forme de soldats munis de fusils mitrailleurs, agissant dans le cadre du plan Vigipirate !

Mais le zèle des autorités françaises ne s’arrête pas là. Après avoir délogé les occupants, la police procédait à leur arrestation, suivie d’une garde à vue humiliante et exceptionnelle en pareil cas. Pendant ce temps, un groupe de manifestants agressif et injurieux, soutenant la dictature, pouvait continuer de parader en toute tranquillité ! La complicité avérée de la police de Sarkozy avec la dictature syrienne s’était déjà manifestée le 26 août dernier lors de l’agression d’un rassemblement pacifique d’opposants au boucher de Damas par des nervis de l’ambassade. Après avoir blessé plusieurs manifestants, ils étaient tardivement interpellés par la police… puis relâchés immédiatement après avoir exhibé leurs passeports diplomatiques.

La riposte unitaire s’organise : rapidement mobilisés, des militants du NPA et de l’intercollectif se sont rassemblés avec leurs amis syriens devant le commissariat où étaient gardés à vue la trentaine d’occupants, exigeant de rencontrer le commissaire, organisant une pression médiatique qui s’avéra fructueuse, rédigeant un communiqué unitaire signé par les organisations suivantes :
« …Nous, signataires de ce communiqué, solidaires du peuple syrien, soutenons l’action entreprise par les jeunes syriens et exigeons leur libération immédiate ! »1
Bien que les gardes à vue aient été levées, un jeune Syrien reste inculpé pour « dégradations de matériel ». Une vitre aurait été cassée ! Ayant refusé une comparution immédiate, son procès devrait se tenir début novembre. Il n’est pas question de laisser criminaliser la juste lutte des opposants à la dictature syrienne. Un seul procès est à tenir, celui de Bachar Al-Assad et de sa bande d’assassins ! Le NPA et l’ensemble des organisations constituant l’Intercollectif appellent dès aujourd’hui à se rendre nombreux au tribunal pour soutenir notre camarade. Tout est à nous ! se fera l’écho des préparatifs de la mobilisation.

Alain Pojolat

1. Comité de coordination de Paris pour le soutien à la révolution syrienne – Comité syrien de solidarité avec l’appel de Damas – Intercollectif des luttes des peuples du monde arabe – Forum Palestine citoyenneté – PCF – PG – NPA – PCOT – Collectif algérien pour le changement et la démocratie (ACDA) – Mouvement Rachad Algérie – Collectif de soutien aux luttes du peuple égyptien – PIR – Association des Marocains de France (AMF) – Congrès mondial Amazigh (CMA) – Association des jeunes Égyptiens du 25 Janvier – Mouvement marocain du 20 Février.

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