Les Babayagas, la silver solidarité au quotidien


Vendredi 13 décembre, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Au rez-de-chaussée d’un immeuble neuf, comme chaque deuxième vendredi du mois, les Babayagas reçoivent. Il est midi, une dizaine de femmes, plus ou moins âgées, ont dressé une grande table chargée de plats. Des amis arrivent, des habitants du quartier, des jeunes. Voire des journalistes, car les Babayagas sont médiatiques, à commencer par leur charismatique présidente, Thérèse Clerc. Charmeuse, celle-ci embrasse et tutoie chaque arrivant. Ce jour-là, c’est aussi l’occasion de fêter ses 86 ans : champagne et petit discours bien rôdé, qui s’achève par l’hymne des femmes, repris gaiement par plusieurs convives en l’honneur de cette militante féministe de la première heure.

Inaugurée en février 2013, la Maison des Babayagas, installée en centre-ville, à deux pas du métro et des commerces, a tout juste un an. «Une utopie réaliste» que Thérèse Clerc imagine en 1995 : «Je me suis occupée de ma mère grabataire pendant cinq ans, alors que je travaillais encore, que je faisais face aux turbulences conjugales de certains de mes quatre enfants et que j’avais déjà des petits-enfants. J’étais seule, j’ai vécu cinq années très dures et j’ai pensé que je ne pouvais pas faire vivre ça à mes enfants.» Avec deux amies, elle conçoit donc le projet d’une maison «autogérée, citoyenne, écologique, féministe, laïque et solidaire», valeurs inscrites dans une charte de vie. L’idée est d’habiter chacun chez soi au sein d’un même bâtiment, en organisant l’entraide entre les plus alertes et les autres, pour éviter, ou retarder, le départ en institution médicalisée. La vie collective se déroule dans des espaces communs, ouverts sur le quartier, destinés à accueillir l’université populaire (Unisavie, «l’université du savoir des vieux»), pensée par Thérèse Clerc «pour rester intelligents ». La charte engage ainsi chacune à donner de son temps à la collectivité (dix heures par semaine). Donc, pas besoin de personnel, ni d’aide soignante, ni d’aucun service. Pourquoi exclure les hommes ? Parce que, répond Thérèse Clerc, les femmes seules sont très majoritaires et que «ce sont aussi les plus pauvres : leur retraite est en moyenne 40% plus faible que celle des hommes». Innovant, ce projet se veut une réponse politique au regard stigmatisant que porte la société sur la vieillesse, appréhendée soit comme un fardeau – la dépendance – soit comme une manne financière, celle de la silver economy ciblant les retraités des Trente Glorieuses. «Nous sommes traités comme un marché juteux par des lobbies cupides, déterminés à nous vendre des croisières chics, de la domotique, de la robotique, s’indigne Thérèse Clerc. Mais tout cela n’est pas pour nous, qui vivons avec 1 000 euros par mois. En revanche, nous avons tout notre temps pour inventer des façons de bien vivre et bien vieillir avec peu d’argent.»

«Pas un sou»

L’histoire a commencé en 1999. Les trois premières Babayagas créent l’association dont le nom fait référence à une vieille ogresse des contes russes. Elles recrutent une quinzaine de femmes très motivées et se mettent en quête de soutiens publics. Sans succès jusqu’à ce que la canicule de 2003, meurtrière pour de nombreuses personnes âgées isolées, réveille les élus : Jean-Pierre Brard, alors maire communiste de Montreuil, manifeste son soutien au projet et lui réserve un terrain. Mais quand Dominique Voynet est arrivée en 2008 à la mairie, «il n’y avait toujours pas un sou», se souvient son directeur de cabinet Sébastien Maire. «On sentait d’énormes résistances de la part des financeurs sur sa dimension idéologique», ajoute Jean-Michel Bléry, directeur de l’OPHM (office public de l’habitat montreuillois). Le projet «ne rentrait pas dans les cases» de l’attribution individuelle des logements sociaux, basée sur des conditions de ressources, sans qu’on puisse y ajouter des critères d’âge ou de genre, jugés discriminants, donc illégaux. Malgré tout, avec le soutien de la maire, le directeur de l’office HLM relève le défi et enchaîne les réunions avec les Babayagas d’une part, les financeurs publics de l’autre, à la recherche d’un montage ad hoc. «On a écarté toute idée de résidence pour se concentrer sur du logement social de droit commun adapté à des personnes à mobilité réduite (PMR) et à faibles ressources. En ne dérogeant à certaines règles qu’au nom d’une expérimentation réversible», explique Sébastien Maire. Autrement dit, en cas d’échec du projet, l’immeuble revient dans le contingent des HLM, avec des logements pour personnes à mobilité réduite (douches, barres d’appui, largeurs adaptées aux fauteuils). «Cette solution a également permis de dépasser les craintes des financeurs liées au groupe et à ses valeurs», ajoute Jean-Michel Bléry.

L’argument porte. L’Etat amène 318 000 euros, la région 275 000, la ville de Montreuil 612 000 euros et le conseil général finit par lâcher 88 000 euros à condition de rendre le projet intergénérationnel. Avec d’autres apports (Réunica, Logeo…) et un prêt de la Caisse des dépôts, le budget de 3,8 millions d’euros finit par être bouclé. Le terrain est vendu à l’OPH en 2009, la première pierre posée en octobre 2011.

Mais la partie n’est pas gagnée pour autant puisqu’un mois plus tôt, le groupe a explosé. Les femmes, de plus en plus braquées contre un fonctionnement qu’elles ne jugent pas assez démocratique, ont tenté d’exclure Thérèse Clerc, et, faute d’y parvenir, ont fini – sauf une – par jeter l’éponge, non sans tristesse et amertume. Prévue dans la charte, l’intervention trop tardive d’une médiatrice n’est pas venue à bout des tensions. «Thérèse Clerc est un vrai gourou ! Son utopie est bonne mais certaines personnes ont du mal à passer de l’utopie au projet concret», constate Jean-Michel Bléry. Néanmoins, il était hors de question, ajoute Sébastien Maire, de l’écarter d’un projet «né dans sa tête, et qui n’aurait jamais vu le jour sans sa détermination et son aura médiatique». La mairie et l’OPHM ouvrent donc leurs fichiers en catastrophe, en quête de nouvelles candidates et, fin 2012, des femmes de 60 à 89 ans (la plupart septuagénaires), toutes signataires de la charte, entrent dans les 21 appartements (25 à 44 m2 pour des loyers hors charges de 200 à 525 euros). Quatre logements classiques sont loués à des jeunes de moins de 30 ans comme l’a exigé le conseil général.

Désormais réalité, la Maison des Babayagas n’en continue pas moins de tanguer. Thérèse Clerc, qui n’a pas voulu vendre son petit appartement, n’a pas eu de logement, mais reste aux manettes. Non sans de nouveaux conflits : depuis décembre, près de 10 des 21 femmes ont démissionné de l’association en signe de protestation, mais habitent toujours la maison – l’OPHM ne veut ni ne peut les reloger ailleurs – au grand dam de la présidente. Malgré tout, Jean-Michel Bléry est satisfait de l’expérience : «Le vivre ensemble fonctionne plutôt bien, mais en s’affranchissant de toute cette dimension idéologique.» Même son de cloche du côté de certaines démissionnaires, très critiques sur le fonctionnement de l’association, mais heureuses de s’entraider et d’avoir rompu leur isolement. «L’air des Babayagas souffle dans cette maison», affirme l’une d’elle en souriant.

Cette expérience, qui reste à évaluer, a-t-elle de l’avenir ? Pour le réalisateur Jean-Marc La Rocca qui s’intéresse aux Babayagas depuis 2005 (1), «un tel projet nécessite, pour fonctionner correctement, une médiation préventive et régulière, mais dont le coût ne doit pas être pris en charge par l’association».«Ce type d’habitat groupé participatif connaît un renouveau en France (EcoFutur du 20 janvier)mais les projets portés par des retraités sont rarissimes et reposent en général sur la copropriété», explique Anne Labit, sociologue à l’université d’Orléans. Pour elle, «indépendamment de ses valeurs militantes, ce qui rend la Maison des Babayagas si avant-gardiste, c’est sa gestion mixte avec un office HLM». Le recours aux bailleurs publics est beaucoup plus facile en Allemagne et en Suède, où environ 1% des retraités vivent déjà dans ce type d’habitat autogéré, ajoute-t-elle, citant les OLGA de Nuremberg, le Beginenhof de Berlin ou un groupe mixte de Göttingen créé il y a vingt ans. Sociologue à l’université de Tours, Laurent Nowik est plus sceptique. A côté des maisons de retraite pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des foyers logements souvent décrépits, ou des résidences services de luxe, se sont développées en France des offres intermédiaires abordables, privées ou non, «mais presque jamais à l’initiative des retraités eux-mêmes», note-t-il.

«Génération de 1968»

Chez la ministre chargée des Personnes âgées, Michèle Delaunay, on affirme pourtant s’intéresser de près «aux nouvelles initiatives d’habitat groupé ou de colocation». Il faut dire qu’en 2050, le tiers de la France sera à la retraite et que le nombre des plus de 85 ans aura quadruplé, à 4,8 millions. «La génération de 1968, qui a imprimé l’ensemble de la société à chaque période historique, atteint l’âge de la retraite, note le philosophe Patrick Viveret. La prochaine étape sera la vieillesse. Il est certain que cette génération sera innovante aussi sur ce terrain, car elle refusera d’affronter la solitude ou les mouroirs que sont souvent les maisons de retraite. Je pense donc que des initiatives croisant le bien vieillir et l’habitat partagé vont se multiplier, sans doute via des partenariats publics.»

Thérèse Clerc, elle, travaille désormais à l’essor d’un «réseau de maisons de babayagas» : des groupes, mixtes ou non, tentent de monter des projets similaires à Massy-Palaiseau (Essonne), Bagneux (Hauts-de-Seine) ou Saint-Priest (Rhône). Mais elle voit plus grand : «Nous sommes une force politique, le plus gros électorat de France. Je veux faire entendre la voix des vieux jusqu’à Bruxelles.» Elle a invité Eva Joly à son université populaire fin février et en a profité «pour lui offrir [ses] services pour les élections européennes».

(1) Son documentaire «Nous vieillirons ensemble, la saga des Babayagas» a été diffusé en décembre sur France 5.

Photos Vincent Nguyen. Riva Press

Anne DENIS

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SYRIE. Damas arrête des proches d’opposants présents à Genève 2


Selon le département d’Etat américain, des délégués à ces pourparlers ont par ailleurs été désignés comme des « terroristes » par le régime syrien et leurs « biens ont été saisis ».

Louay Safi, porte-parole de l'opposition syrienne Genève, 28 janvier 2014 (Anja Niedringhaus/AP/SIPA)
Louay Safi, porte-parole de l’opposition syrienne Genève, 28 janvier 2014 (Anja Niedringhaus/AP/SIPA)

Les Etats-Unis ont affirmé mercredi 26 février dans la soirée que la Syrie avait arrêté et placé en détention des membres des familles d’opposants qui s’étaient rendus à la conférence de paix dite Genève-2 fin janvier en Suisse.

Le département d’Etat a réclamé dans un communiqué que le régime syrien « libère immédiatement et sans condition tous ceux qui ont été injustement interpellés ». Les Etats-Unis se sont déclarés « outrés par des informations faisant état de l’arrestation par le régime Assad de membres des familles de la délégation de la Coalition de l’opposition syrienne aux pourparlers de Genève 2″.

Cette conférence s’était ouverte le 22 janvier en Suisse et les tractations entre Damas et l’opposition se sont poursuivies jusqu’au 15 février, mais sans produire aucun résultat. Selon le département d’Etat, des délégués à ces pourparlers ont été désignés comme des « terroristes » par le régime syrien et leurs « biens ont été saisis ».

En prenant pour cible des membres des familles des délégués de l’opposition qui avaient participé à Genève  2, le régime [syrien] non seulement défie la communauté internationale, mais cherche aussi à casser les aspirations légitimes du peuple syrien », s’est encore insurgée la diplomatie américaine.

Les Etats-Unis soutiennent l’opposition modérée en Syrie et oeuvrent à mettre sur pied une transition politique selon les contours d’un communiqué signé à Genève par les grandes puissances en juin 2012, mais jamais appliqué.

Sur le web : John Kerry : “Washington et Moscou doivent travailler ensemble sur l’Ukraine”

En Belgique, Rabat veut contrôler


Et voici un copié collé de l’article signé Baudouin Loos : »En Belgique, Rabat veut contrôler » (Le Soir du 22 février 2014)
Bonne lecture.

« Rabat veut contrôler

Comment contrôler l’immigration? Cette question s’est posée au Maroc dès les années 1960 et le roi Hassan II, à l’époque, n’a pas hésité à investir dans cette tâche. Objectif: maintenir les immigrés dans le giron de son pouvoir, les détourner de la politique et, si possible, faire taire par l’intimidation les opposants exilés.

Ecoutons Mustapha Halla, de Charleroi, un ancien prisonnier politique: «A l’époque, le Maroc envoie, dans toutes les nations où résident des immigrés marocains, des sortes de milices privées nommées les Amicales. Celles-ci ont pour mission d’empêcher leurs congénères de participer à toute forme d’organisation syndicale ou autre organisation de la société civile ainsi que de se faire naturaliser. Ces milices sont actives à partir des années 60 jusque dans les années 90. Ceci n’a évidemment pas favorisé l’intégration, que du contraire. Cette même stratégie se poursuit actuellement par le biais des mosquées.»

Le royaume chérifien ne lésine pas sur les moyens et on sait que des éléments de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, soit les services de renseignement) sont également mis à contribution quand la sécurité du royaume est jugée en cause. La Belgique avait demandé en 2008 le renvoi au Maroc de trois agents du DGED en raison de leur «ingérence» et autres «activités hostiles»…

Certaines mauvaises langues vont jusqu’à affirmer que les dossiers qui ont abouti au Maroc aux lourdes condamnations pour terrorisme de deux Belgo-Marocains, Abdelkader Belliraj (perpétuité en 2008) et Ali Aarrass (12 ans en 2011), n’avaient d’autres raisons que de justifier aux yeux des Belges les activités policières marocaines en dehors du territoire national. Ces allégations ne peuvent être prouvées, mais les deux enquêtes fondant ces procès et verdicts au Maroc ont attiré la suspicion, les deux hommes ayant notamment affirmé avoir été torturés…

Amicales, peu amicales, mosquées sous influence, espions zélés: faut-il s’étonner, dans ces conditions, qu’une certaine peur continue à régner chez les Belges de souche marocaine? «La plupart des Marocains de Belgique, explique Radouane el-Baroudi, caméraman-réalisateur et fils d’un opposant notoire décédé en exil en Belgique en 2007, sont issus de couches immigrées peu éduquées, souvent analphabètes à l’arrivée ici. Chez eux, la peur subsiste en Belgique encore maintenant. Dans la communauté marocaine, on ne cause pas de politique. On peut parler d’omertà. La peur est dans le code génétique des Marocains de Belgique depuis Hassan II.»

Il faut dire que les méthodes, même encore maintenant, peuvent faire réfléchir. «Moi je fais un travail d’archivage de témoignages sur vidéo, poursuit Radouane el-Baroudi. Par exemple, j’ai interrogé les frères Boureqat, victimes du terrible bagne de Tazmamart dans les années 70. Eh bien! on me conseille de me calmer. Ou on passe tout simplement aux menaces: sur YouTube en avril 2011, il y a eu diffusion de mon nom, mon adresse, mon téléphone avec ce commentaire: Ce traître veut semer la zizanie au Maroc. J’ai porté plainte et la police a pris l’affaire très au sérieux. Il y a quand même eu l’agression en 2010 en plein boulevard Lemonnier à Bruxelles d’Ahmed Marzouki, autre rescapé de Tazmamart…»

Le comédien et metteur en scène Sam Touzani abonde dans ce sens. Il se souvient par exemple qu’en 2005, le directeur… d’origine marocaine du Mrax (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie), Raoudane Bouhlal, avait reçu une lettre officielle du consul du Maroc lui demandant de retirer du site de l’organisme une interview de l’acteur…

Mais les moyens de contrôle se révèlent aussi plus «soft». Ainsi en est-il des efforts constants de récupération par le Palais des dizaines d’élus issus de l’immigration marocaine. «La grande majorité des élus d’origine marocaine sont courtisés par Rabat, où ils sont reçus, constate Radouane el-Baroudi. En 2011, des mosquées ont été utilisées pour le référendum sur la Constitution, ce n’est pas normal.»

Sam Touzani confirme: «Depuis que les immigrés ont le droit de vote, le Maroc s’assure l’allégeance des élus d’origine marocaine, il n’y a que cinq d’entre eux qui refusent cette mascarade. Il y a des élus qui sont des agents marocains dans les trois grands partis traditionnels. Mais des Belges y participent aussi, comme Philippe Moureaux, qui a organisé naguère des soirées en faveur de la marocanité du Sahara occidental payées par des deniers belges!»

L’histoire personnelle de Touzani est frappante: «En 1972, ma mère s’était rendue avec une grande sœur au consulat du Maroc à Bruxelles pour obtenir des cartes d’identité. Là, on a exigé un bakchich et ma maman, indignée, a refusé. Des gorilles ont surgi, les ont giflées devant tout le monde puis les ont traînées dans les caves pour les tabasser avant de finir par les jeter sur le trottoir. Personne n’avait levé le petit doigt pour elles. Elles ont dû aller à l’hôpital, ont porté plainte, et ensuite subi des menaces pendant des semaines de flics marocains en civil. J’avais 4 ans. J’ai été marqué à vie. C’est mon héritage.»

BAUDOUIN LOOS

 

Sam Touzani : « Un drame a fondé mon héritage »


Acteur, humoriste, auteur, metteur en scène, etc.: Sam Touzani, né il y a 45 ans, n’est plus à présenter. Ce qu’on ignore parfois, ce sont ses rapports difficiles avec le pays d’où viennent ses parents, le Maroc. Explications.

Comment vos parents se sont-ils retrouvés en Belgique?

C’était en 1965. Mon père vient d’un village berbère, Bni Touzine, à 30 km de Nador, dans le Rif; ma mère est de Tanger. Ils étaient de milieu modeste et analphabètes. Mon père, passé en Algérie française, avait combattu à 16 ans et demi en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, à Monte Cassino. Quatre de leurs enfants sont nés au Maroc, trois, dont moi, à Bruxelles. J’en profite pour tirer mon chapeau: comment ils ont pu élever tant d’enfants avec si peu de moyens, un père manœuvre, une mère femme de ménage, c’est inouï!

Pourquoi refusez-vous d’aller au Maroc?

A cause d’un vrai drame qui a eu lieu en 1972 et qui m’a marqué à vie. Ma mère s’était rendue avec une grande sœur au consulat du Maroc à Bruxelles pour obtenir des cartes d’identité. Pour rentrer au pays, c’était l’idée initiale de tous les Marocains immigrés, celle du retour. Après, avec les enfants nés ici, ces projets se sont souvent évanouis. Là, donc, on a exigé un bakchich et ma maman, indignée, a refusé. Des gorilles ont surgi, les ont giflées devant tout le monde puis les ont traînées dans les caves pour les tabasser avant de finir par les jeter sur le trottoir. Personne n’avait levé le petit doigt pour elles. Elles ont dû aller à l’hôpital, ont porté plainte, et ensuite subi des menaces pendant des semaines de flics marocains en civil. J’avais 4 ans. C’est mon héritage.

Votre père n’était pas un opposant?

Non, il avait, comme beaucoup de Rifains, une grosse méfiance de ce qui venait du «makhzen» (pouvoir pyramidal autour de la personne royale). Ils ont alors tenté d’acheter mes parents pour éviter un procès, ils ont offert un million de francs belges, une somme énorme en 1972, mais ma mère a refusé, elle a dit non à l’oppression, à l’injustice, au dictateur. Tout ce que je suis devenu depuis lors, c’est à partir de cet ancrage-là. Je précise que nous avons été aidés par des opposants, Abdelrahmane Cherradi et Mohamed el-Baroudi. Ce dernier était un compagnon de Mehdi Ben Barka, le grand leader de l’opposition marocaine assassiné en 1966 en France.

Comment le makhzen entend-il contrôler l’immigration?

Il y a eu longtemps les «amicales», ces associations marocaines dans les divers pays d’immigration où des barbouzes faisaient la loi. Les mosquées, aussi, ou les professeurs de religion islamique. Une toile tentaculaire. Et les gens avaient peur, surtout qu’ils rentraient les étés au Maroc. Pensez que des gens disparaissaient ! Maintenant, l’omerta continue dans les familles marocaines mais c’est plus policé, c’est en costume trois-pièces. Mohammed VI n’est pas sanguinaire. Mais on continue à étouffer tout projet de résistance dans l’œuf. Depuis que les immigrés ont le droit de vote, le Maroc s’assure l’allégeance des élus d’origine marocaine, il n’y a que cinq d’entre eux qui refusent cette mascarade. Il y a des élus qui sont des agents marocains dans les trois grands partis traditionnels. Mais des Belges y participent aussi, comme Philippe Moureaux, qui a organisé naguère des soirées en faveur de la «marocanité» du Sahara occidental payées par des deniers belges !

Et la Belgique entretient de bons rapports avec le royaume…

Cela cache quels intérêts? Qui a peur de la démocratie au Maroc chez nos politiques? Il y a 250 militants du mouvement du 20 Février (dans le sillage des «printemps arabes» en 2011, NDLR) qui sont en prison et personne n’en parle ! Le roi est l’une des plus grosses fortunes au monde, il est plus riche que l’émir du Qatar, selon le magazine Forbes, c’est le premier assureur au Maroc, premier banquier, premier propriétaire terrien, etc. cela sur le dos du peuple, c’est honteux. Mais cela ne durera pas, on va vers la fin de la monarchie…

BAUDOUIN LOOS

A lire dans Le Soir version papier, ce samedi 22 février 2014, mon reportage dans la région de Nador (Rif), et aussi un article sur la volonté du Maroc de contrôler les populations de l’immigration marocaine. voir ici

Les Syriens vont devenir les réfugiés les plus nombreux (HCR)


Les Syriens « sont en passe de devenir les réfugiés les plus nombreux dans le monde, dépassant les Afghans », a souligné mardi le Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés Antonio Guterres.
S’adressant par vidéo-conférence à l’Assemblée générale de l’ONU, M. Guterres a lancé un nouvel appel à « un fort soutien international » pour les quelque 2,5 millions de réfugiés syriens et en faveur des pays voisins de la Syrie (Liban, Jordanie, Irak, Turquie, Egypte) qui les accueillent en très grand nombre. Il a appelé les autres pays à prendre leur part de cet « énorme fardeau ».
En proportion de sa population, a-t-il expliqué, si la France voulait accueillir autant de réfugiés syriens que le Liban, elle devrait en prendre en charge sur son sol 15 millions, et la Russie 32 millions et les Etats-Unis 71 millions.

Le chômage au Liban pourrait doubler d’ici la fin de l’année et la crise syrienne coûter au pays 7,5 milliards de dollars au total, a prédit M. Guterres, citant une étude de la Banque mondiale.
La Turquie, a-t-il précisé, a déjà dépensé 2,5 milliards de dollars pour aider les réfugiés syriens et elle en a accueilli dix fois plus que tous les pays de l’Union européenne réunis. Quant à la Jordanie, l’afflux massif de Syriens lui a coûté jusqu’à présent 1,7 milliard de dollars.
Selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), plus de cinq millions d’Afghans ont fui la guerre et la pauvreté au cours des trente dernières années, pour se réfugier principalement au Pakistan et en Iran, et il reste environ 2,55 millions de réfugiés afghans.
En 2013, le HCR avait indiqué avoir besoin de 30.000 places pour réinstaller des réfugiés syriens. Au final, 18.800 réfugiés syriens ont pu être réinstallés dans 20 pays, l’Allemagne en accueillant plus de 10.000.
Le conflit en Syrie qui va entrer dans sa quatrième année a fait plus de 140.000 morts et déplacé des millions de personnes.
Près de 2,5 millions de Syriens, dont 1,2 million d’enfants, se sont exilés, principalement dans les pays voisins: 935.000 au Liban, 574.000 en Jordanie, 613.000 en Turquie, 223.000 en Irak et 134.000 en Egypte, selon le HCR.
« Les voisins de la Syrie font d’énormes sacrifices pour protéger ceux qui fuient, contribuant ainsi de manière fondamentale à la stabilité régionale et mondiale », a conclu M. Guterres. Pour les autres pays, aider les réfugiés syriens « n’est pas une question de générosité, c’est dans leur propre intérêt au moment où le monde assiste à la désintégration sanglante de la Syrie ».

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En Italie, la femme de ménage d’un musée jette une installation d’art à la poubelle en pensant faire son travail


Capture d’écran de la vidéo de La Repubblica

voir l’interview ici

C’est une histoire qui fera rire tous ceux qui pensent que l’art contemporain est souvent une supercherie.

En Italie, une femme de ménage en poste dans un musée de Bari, Anna Macchi, a confondu deux installations, en papier journal et en carton, présentées dans le cadre d’un festival d’art contemporain (Display Mediating Landscape), avec des déchets. Les installations ont fini à la poubelle.

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«Je ne me suis rendue compte de rien», explique-t-elle, loquace, à La Repubblica.

«Je suis allée ouvrir la salle, j’ai vu tout ce foutoir par terre, les cartons, les bouteilles de verre au-dessus ses cartons, un vrai bordel. Alors j’ai pris les cartons, les bouteilles, j’ai tout mis dehors».

Et puis elle est allée jeter le tout.

«Comment j’aurais pu savoir? Est-ce que je culpabilise? Non, j’ai simplement fait mon travail. Mais est-ce que je suis triste? Triste oui.»

L’adjoint à la communication de la ville explique:

«Nous sommes évidemment fort mécontents de cet incident. Il est clair que la femme de ménage de la salle ne s’est pas rendue compte qu’elle venait de jeter deux oeuvres. Mais c’est là tout le mérite des artistes qui ont su interpréter au mieux le sens même de l’art contemporain, qui est d’interagir avec ce qui l’entoure.»

Même perception de la part du critique d’art italien Achille Bonito Oliva qui estime qu’il s’agit là «de situations d’ambiguité saine». Il rappelle que l’art contemporain se sert d’objets déjà existants, extraits de la vie quotidienne et banale. Une installation n’est pas un tableau délimité par un cadre, elle déborde.

«Il est donc facile que le regard trébuche et méprenne une oeuvre d’art. Cela est arrivé notamment en 1978 à la Biennale de Venise, quand un peintre en bâtiment avait  repeint ce qu’il pensait être une simple porte. C’était un chef d’oeuvre de Marcel Duchamp.»

D’autres installations, assurément moins célèbres que celle de Duchamp, (dont la déterioriation avait valu à la Biennale de devoir rembourser à la galerie le prix de l’oeuvre…) ont aussi fait l’objet d’une méprise. En 2011, une femme de ménage, à Dortmund en Allemagne, avait confondu une installation de l’artiste allemand Martin Kippenberger avec une baignoire sale et avait retiré la patine de la baignoire en caoutchouc placée sous des planches en bois empilées.

En Allemagne encore, en 1986, une «motte de beurre suintante» comme la décrit Le Figaro, de l’artiste allemand Joseph Beuys, dans un musée de Düsseldorf avait aussi été «nettoyée».

« Appartement à louer », sauf aux chômeurs et aux étrangers


An.H. Publié le jeudi 20 février 2014 à 19h14 – Mis à jour le vendredi 21 février 2014 à 07h17

Belgique Une petite partie des agents immobiliers refusent de suivre les exigences des propriétaires.

Un logement correct à un prix décent ? Ce droit inscrit dans la Constitution reste un vœu pieux dans de nombreux cas. Pour des tas de raisons : le nombre d’habitations sociales est insuffisant dans les trois Régions du pays; les prix du marché privé ont flambé; les logements proposés sont insalubres ou ne correspondent pas à la demande… A cela s’ajoute la question de la discrimination.

Baromètre de la diversité

En 2013, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme a ouvert 115 dossiers basés sur des signalements individuels de discrimination dans le logement – soit le quatrième motif de plainte après l’emploi, Internet et l’enseignement.

Mais combien de candidats locataires éconduits pour des motifs injustes et contraires à la loi ne donnent-ils aucune suite aux refus des propriétaires ? Dans le cadre de son projet « Baromètre de la diversité », le Centre a fait réaliser un premier état des lieux de la discrimination dans le logement en Belgique. Ce programme de recherche, réalisé par deux consortiums universitaires et soutenu par les trois ministres régionaux en charge du Logement, ainsi que par la ministre fédérale de l’Egalité des chances, Joëlle Milquet (CDH), a évalué l’ampleur et les formes de la discrimination dans le secteur du logement.

Dissuader les indésirables

Les résultats font apparaître une première évidence : les personnes d’origine étrangère, les allocataires sociaux et les ménages à revenus modestes sont particulièrement discriminés sur le marché privé du logement.

« Les chercheurs ont constaté que les propriétaires et les agents immobiliers sont désormais conscients de l’interdiction de discriminer sur la base de certains critères, surtout ceux liés à l’origine. Mais certains ont dès lors adopté des stratégies d’évitement plus subtiles, ce qui a pour conséquence de complexifier la lutte contre ces phénomènes », commente Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre.

Des stratégies ? On demande au candidat locataire une fiche d’informations mais aussi des preuves de revenus ou d’emploi, des références de l’ancien propriétaire et/ou employeur… que le bailleur utilise pour dissuader les indésirables.

Les tests réalisés dans le cadre de l’étude montrent que ces stratégies visent le plus souvent les étrangers, les allocataires sociaux et, dans une moindre mesure, les personnes aveugles ou malvoyantes. Les candidats locataires d’origine étrangère ont par exemple été moins bien traités au cours de la visite du logement (effectuée pour les tests).

Le baromètre met en avant le rôle des agents immobiliers, qui font office de « tampons » entre les propriétaires privés et les candidats locataires.

Rôle clé des agents immobiliers

Il ressort ainsi des mêmes tests que 42 % des agents immobiliers donnent suite aux exigences discriminatoires des bailleurs d’écarter les étrangers. Ils sont même 61 % à répondre positivement à la demande des propriétaires de refuser les chômeurs.

Une petite partie d’entre eux refuse cependant explicitement de suivre les exigences des propriétaires : 14 % s’il s’agit d’étrangers et 7 % s’il s’agit des chômeurs. Les autres contournent la question, l’éludent ou renvoient la responsabilité au bailleur.

Il appartient donc au secteur de poursuivre ses efforts d’autorégulation et de sensibilisation, insiste le Centre pour l’égalité des chances.

In Flanders fields


Le Docteur canadien Mc Crae.
point  [article]
Le docteur Mc Crae
Le Dr Mc Crae avec son chien
Le poème écrit et signé par le Dr Mc Crae
Les funérailles du Dr Mc Crae. On remarque son cheval « Bonfire » avec les bottes renversées dans les étriers
Plaque commémorative se trouvant au cimetière de Wimereux
Rue Mc Crae à Wimereux
La tombe du docteur Mc Crae au cimetière de Wimereux

Le médecin militaire canadien Mc Crae acquit sa célébrité en Belgique, sur les bords de l’Yser, en écrivant un poème à la gloire des soldats qui reposent dans la boue des Flandres. Peu de Belges connaissent la vie de ce médecin  contrairement à  nos amis du Commonwealth qui lui vouent une véritable admiration. En déposant  avec cérémonie des petits coquelicots en tissus ou  papier sur les tombes de leurs aïeuls tombés chez nous ou en France, beaucoup d’entre-eux ont une pensée émue pour le docteur Mc Crae qui offrit aux  combattants de la Grande Guerre le magnifique symbole d’une fleur fragile, éphémère,  parée de la couleur du sang  et  si commune dans la terre des  Flandres !  Le docteur Mc Crae  est devenu lui-même un symbole: n’est-il pas le digne représentant devenu célèbre du personnel médical qui s’efforça de soulager la misère du combattant? En racontant sa vie, nous rendons hommage aux médecins, brancardiers et infirmiers de toutes nationalités qui « perdirent la vie » en essayant de sauver celles des autres!

Le Dr Mc Crae est né le 30 novembre 1872 à Guelph, ville universitaire se trouvant à 40 km de Toronto. Il participe comme volontaire à la guerre des Boers (1899-1902) et se signale par son courage. Rentré au pays, il se spécialise en anatomo-pathologie et déploie une activité professionnelle débordante en tant que médecin de famille, professeur ou encore anatomo-pathologiste.


Le docteur Mc Crae  

Quand le Canada déclara la guerre à l’Allemagne le 4 août 1914, le docteur Mc Crae se trouvait en mer sur le chemin de l’Angleterre ce qui ne l’empêcha pas de télégraphier immédiatement son engagement comme volontaire. Quelques mois après en avril 1915, il se retrouve sur le champ de bataille dans le secteur d’ Ypres et  subit le 22 avril la première attaque par  gaz de combat ( 5.730 bouteilles de chlore furent ouvertes par les Allemands). Ce jour là, le docteur Mc Crae se trouvait dans son poste de secours le long de l’Yperlee, entre Ypres et le village de Boezingue. De son « Advanced dressing station » consistant en  un abri enterré dans les berges du canal de l’Yperlee, John Mc Crae,  pendant 17 jours d’enfer (deuxième bataille d’Ypres) ira porter secours aux blessés et assister aux derniers moments des mourants. A côté de son poste, le cimetière militaire  improvisé, dont la vue désolante lui rappelle à chaque instant le sacrifice demandé aux combattants ne cesse de s’agrandir démesurément…. Le 2 mai, c’est au tour du lieutenant Helmer aux côtés de qui  il avait combattu en Afrique du Sud, d’être enterré dans la boue des Flandres. Cette mort, la mort d’un véritable ami, le toucha très douloureusement. Sa sensibilité exacerbée lui fit voir le champ de bataille comme jamais encore il ne l’avait vu. Le lendemain de ce funeste jour, Mc Crae écrira  « In  Flanders Fields « , le  poème le plus lu de la grande Guerre qui sera, peu après sa publication le 8 décembre 1915, sur toutes les lèvres des combattants du Commonwealth!

Les qualités littéraires  de ce poème ne sont sans doute pas exagérées. Le fait que ce poème, traduit avec des approximations inévitables dans de multiples langues, puisse garder son énorme potentialité à émouvoir  me fait dire qu’il est un véritable chef-d’œuvre.

En quelques phrases, Mc Crae, par un véritable tour de force, résume les  sentiments complexes éprouvés par les soldats sous le feu de l’ennemi.

Trois réflexions  ressortent particulièrement:

Le sentiment de la beauté de la nature mais en même temps  de son indifférence cruelle  à la mort des hommes, la découverte faite par les hommes quand ils approchent la mort que la seule chose importante à vivre  est d’aimer et de se savoir aimé et enfin la crainte que les non-combattants ou les  générations ultérieures oublient leur sacrifice qui se viderait alors de son sens pour  les vivants mais  aussi  pour …eux-mêmes.

Quelques lignes de Mc Crae nous  apprennent peut-être plus sur la condition humaine qu’un gros traité de philosophie: les soldats de 14 ne sont pas trompés en faisant de ce poème  « leur carte de visite ».

In Flanders Fields

  In flanders Fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Space heard amid the guns below

  We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved, and were loved, and now we lie
In flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.

If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In flanders fields

Dans les champs de Flandre, les coquelicots fleurissent
entre les rangées de croix qui marquent notre place
Et dans le ciel, malgré le rugissement des canons
L’on perçoit encore le chant des courageuses alouettes.

Nous sommes la Mort et pourtant quelques jours auparavant
Nous regardions l’aurore poindre et le soleil rougir en
Se couchant. Nous aimions et étions aimés et aujourd’hui
Nous gisons dans les champs de Flandre.

Reprenez notre combat contre l’ennemi:
De nos mains qui chancellent, nous vous confions
Le flambeau qui sera vôtre et que vous tiendrez haut.

Si vous ne croyez plus en nous qui mourrons, jamais nous
Ne retrouverons le repos dans les Champs de Flandre
Ou fleurissent les coquelicots

(Traduction Dr Loodts)

 

 

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