De Guernica à Homs, le devoir d’informer


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Mardi 27 mars 2012

Jean-Paul Marthoz

Le 26 avril, le Pays basque célébrera le 75e anniversaire de la destruction de Guernica lors de la Guerre

Le 26 avril, le Pays basque célébrera le 75e anniversaire de la destruction de Guernica lors de la Guerre civile espagnole. Ce jour-là, des avions de la Légion Condor, fer de lance de l’intervention nazie en Espagne, accompagnés d’appareils italiens, déversèrent des tonnes de bombes incendiaires sur la ville et mitraillèrent ceux qui cherchaient à échapper aux flammes. Bilan : 1.700 civils tués, 800 blessés, et la ville fut réduite en cendres.

Cet événement reste à jamais gravé dans l’histoire, non seulement en raison de l’œuvre magistrale qu’elle inspira à Pablo Picasso, non seulement parce que Guernica et son arbre de la liberté restent aujourd’hui encore le symbole du peuple basque, mais aussi parce que cette barbarie continue à symboliser dans toute son horreur l’ensauvagement et les totalitarismes du XXe siècle.

« Gernika était à nous, écrivit un poète basque, elle appartient aujourd’hui au reste du monde ». Tragiquement, en effet, comme le note l’historien Gijs van Hensbergen, c’est l’annihilation de Guernica qui lui a assuré sa pérennité et son universalité. La ville est entrée dans l’imaginaire de l’horreur et depuis ce jour fatidique, son nom est évoqué chaque fois que des villes sont soumises à des bombardements massifs et indiscriminés.

Guernica fut également un champ de bataille de l’information. Immédiatement après la nouvelle du bombardement, les dirigeants franquistes déclarèrent que la ville avait été incendiée par les communistes et les anarchistes. « Incapables de contenir nos troupes, les Rouges ont tout détruit », annonça Radio Requete.

Une partie de la presse internationale relaya cette imposture. Charles Maurras, le dirigeant de l’Action Française, accusa même « les Russes » d’avoir « méthodiquement » incendié la ville. Assurée de la bénédiction du pape Pie XI, qui avait choisi le camp franquiste, la presse catholique en particulier, comme l’écrit Ian Patterson dans Guernica and Total War, créa un écran de fumée pour exonérer le général Franco, héros de la « croisade » contre le bolchevisme et l’athéisme.

Guernica nous rappelle que dans toutes les guerres, des « marchands de doutes » opèrent pour jeter le trouble, dévier les regards, embuer les esprits. Partout, des spécialistes de la confusion s’activent pour masquer les crimes de leurs partisans et les attribuer à leurs ennemis. Comme en 1940, lorsque les services d’agit-prop de l’Union soviétique prétendirent que la liquidation de milliers d’officiers de l’armée polonaise, dans la forêt de Katyn, avait été perpétrée par les nazis, alors qu’elle était l’œuvre du NKVD, la police politique stalinienne. Comme aujourd’hui en Syrie où le gouvernement et les rebelles se rejettent la responsabilité des atrocités.

Dans ce contexte permanent de pollution de l’information par les propagandes croisées, le souvenir de Guernica se télescope avec l’actualité de Homs ou d’Alep. Au moment, où les pro-Bachar, pourfendeurs des « média-mensonges », s’en prennent aux envoyés spéciaux de la presse internationale, accusés de relayer les visées impériales des puissances occidentales, Guernica démontre que le journalisme peut faire la différence entre la vérité et le mensonge.

Au moment où des reporters décident d’entrer clandestinement en Syrie pour aller « au cœur de l’info », dans les quartiers bombardés, au milieu des civils que l’on assassine, Guernica rappelle aussi qu’il y a des informations qui méritent que l’on prenne des risques.

Dans la soirée du 26 avril 1937, quatre envoyés spéciaux de la presse internationale étaient en train de dîner à Bilbao lorsqu’ils apprirent la nouvelle du bombardement. Ils se rendirent immédiatement à Guernica, sans penser un seul instant aux dangers qu’ils encouraient.

Parce que la mission du correspondant de guerre est d’aller au front, comme le pompier va au feu.

Le journaliste belge Mathieu Corman, reporter au quotidien communiste français Ce Soir, fut l’un des premiers à entrer dans la ville martyre, appliquant à la lettre la fameuse maxime de son confrère photojournaliste Robert Capa : « si la photo est floue, c’est que tu n’es pas assez près ».

Dans cette guerre civile espagnole, dont George Orwell disait qu’elle était recouverte d’une « atmosphère asphyxiante de mensonges », Mathieu Corman, partisan résolu de la République, aurait peut-être eu du mal à convaincre l’opinion internationale. Mais à ses côtés, il y avait aussi des correspondants de la « presse bourgeoise », qui ne pouvaient guère être taxés de partialité par ceux qui refusaient de croire à la responsabilité des franquistes et de leurs alliés italiens et allemands.

Ses compagnons, George Lowther Steer du Times, Christopher Holme de l’agence Reuters et Noel Monks du Daily Express, recueillirent eux aussi les témoignages des survivants et, sans équivoque, démontrèrent la culpabilité des franquistes. « Par la manière dont il a été exécuté, par l’ampleur des destructions qu’il a provoquées, par la sélection de ses cibles, écrivit fameusement George L. Steer dans le Times et le New York Times, le raid contre Guernica n’a pas d’équivalent dans l’histoire militaire. Guernica n’était pas un objectif militaire. Une usine de production de guerre est restée intacte. La ville était située loin derrière les lignes de front. L’objet du bombardement semble avoir été de démoraliser la population civile et de détruire le berceau du peuple basque. »

Sans l’audace, l’indépendance et l’honnêteté de ces journalistes, le crime de Guernica se serait perdu dans le brouillard de la guerre. « Sans eux, écrit Paul Preston dans son We Saw Spain Die, la vérité aurait été probablement enterrée sous l’épais manteau de la désinformation tissé par les franquistes. »

Sans leurs témoignages, aussi, les grandes voix morales n’auraient pas pu fracasser la communion des sourds et des aveugles volontaires. Le 8 mai 1937, forts de cette information, des intellectuels catholiques français, François Mauriac, Gabriel Marcel, Jacques Maritain, osèrent affronter la propagande officielle de « leur » Eglise pour désigner les vrais auteurs du crime.

Sans ces journalistes de terrain, le doute se serait installé, comme il s’installa pendant des années à propos des fosses de Katyn, comme il plane aujourd’hui sur les violences en Syrie.

« La vérité est toujours la première victime de la guerre », déclara fameusement Rudyard Kipling. Sans doute, mais cet adage n’arrête pas les journalistes qui ont la fureur d’informer. Tués dans les bombardements de l’armée syrienne en février dernier à Homs, Marie Colvin du Sunday Times et le jeune photographe français Rémi Ochlik étaient les héritiers de ces intrépides correspondants de la guerre civile espagnole, de ces « idéalistes sous les balles » comme les appela Paul Preston.

Comme ces grands reporters pénétrant dans Guernica dévastée, Marie Colvin et Rémi Ochlik prirent des risques immenses pour entrer dans Homs assiégée. Parce qu’ils croyaient au devoir d’informer, parce qu’ils refusaient le « silence on tue ! », parce qu’ils ne toléraient pas que le mensonge vienne achever le « travail » des assassins

source

SYRIE : Parmi les plus beaux chants des manifestants PARTIE 2 VOST français


Ajoutée par le 28 déc. 2011

00:00 « Les jours de Bachar sont comptés »

01:10 « Ô Syrie bienfaisante ! Ton nom est cher à mon cœur »
Plusieurs villes syriennes sont passées en revue en faisant leur éloge pour dire l’amour des syriens pour leur pays. La manifestation a eu lieu pendant une coupure d’électricité, mais ceci n’a pas empêché les manifestants de protester contre le régime en place.

04:11 « Ce brun à la peau foncée »
Chanson pour une victime du régime syrien, Ahmad Khalaf.

05:57 « Je sors manifester avec ma conscience entre mes mains, et si je te reviens maman martyr, ne pleure pas sur moi ! »
Un autre chant où les syriens montrent leur détermination à mener leur révolution jusqu’au bout, même si pour eux, manifester équivaut à risquer leur vie. Ils en profitent pour répondre aux mensonges du régime sur les manifestants.

09:19 « Homs est un paradis ! »
Chant d’amour pour leur pays, et aussi pour la ville de Homs qu’ils considèrent être un paradis en dépit des massacres qui y ont lieu. Les manifestants cherchent ainsi à dire au régime qu’ils ne délaisseront pas leur révolution par amour pour Homs. Ils n’ont plus peur.

12:12 Devant les chars
Illustration parfaite de la chute du mur de la peur chez les syriens, les manifestants sont partis en face de l’armée pour crier leurs slogans appelant à l’exécution de Bachar Al-Assad.

13:43 « Dégage Bachar et dis lui : la mort plutôt que l’humiliation »

17:43 « Il n’a pas le droit »
Comment imaginer tout ce que ce régime est prêt à faire pour ne pas répondre aux aspirations du peuple syrien ?

19:10 « On va dégager Bachar à coup de pompes dans le cul »

20:39 « Décorez la place, car la place est à nous »
Les manifestants réclament leur droits légitimes face à un pouvoir qui a pris possession de la Syrie et de ses richesses.

22:36 « Envolé le Kadhafi, et ton tour est venu girafe ! »
Chant qui prévoit à Bachar, une fin similaire à celle de Kadhafi

SYRIE : Parmi les plus beaux chants des manifestants PARTIE1 VOST français


Ajoutée par le 28 déc. 2011

00:00 chants à Hama
Plusieurs chants à Hama, appelant à la chute du régime de Bachar Al-Assad.

04:57 « Le cœur des soldats est mort »
Chant qui s’adresse aux membres de l’armée syrienne qui tire sur les manifestants pacifiques, en appelant à leur fierté et leur bravoure, et en leur rappelant qu’ils sont là pour protéger le peuple et non pas lui tirer dessus.

06:33 « A flots, les larmes coulent à flots »
Chant sur les martyrs de la Révolution syrienne, d’où qu’ils soient de Syrie. En même temps qu’ils pleurent la mort de leurs compatriotes, les manifestants affirment leur détermination à ne plus vouloir vivre sous l’humiliation, et à préférer la mort. A la fin du chant, les manifestants scandent : « On ne s’inclinera pas, vous n’avez qu’à ramener les chars et les mortiers !! »

10:40 « Votre silence nous tue »
Face à un régime sans foi ni loi, et qui n’hésite pas à envoyer l’armée contre la population, les syriens jugent le silence ( des pays occidentaux, des pays arabes, de la Turquie, des syriens proches du régime) comme étant une complicité dans le massacre des civils qui a lieu.

12:35 « Que chute ce régime et que chute le parti Baath »
Appels à la chute du régime en place et du parti Baath, pour ses crimes et ses mensonges sur des réformes inexistantes.

17:05 « Tu as commencé président et tu finiras éboueur ! »
Les manifestants disent ne plus avoir peur des chars et des avions militaires du régime de Bachar Al-Assad, et qu’ils continueront à manifester, matin et soir pour mener à bien leur révolution pacifique.

SYRIE : le profil du régime des Assad


Ajoutée par le 12 mars 2012

Voici la première vidéo d’une série de six vidéos qui traitent de six aspects différents de la crise qui touche actuellement la Syrie. Elles ne prétendent pas, à cause du format vidéo, à une quelconque exhaustivité mais sont plutôt à voir comme une invitation à approfondir les thèmes des vidéos, dont il sera question dans une série d’articles sur le site syrianfacts.

La première vidéo traite du profil du régime syrien. En effet, beaucoup ignore tout de la nature de ce régime qui dirige la Syrie depuis plus de 40 ans. D’autres n’imaginent pas à quel point ce régime est cruel et puissant.
Il est d’usage de dire que le régime syrien est alaouite. Ceci n’est pas totalement faux, mais il convient d’apporter des explications afin de clarifier une formulation peu précise.

Le régime syrien est un régime dont la tête est le clan Assad, dont le coeur est alaouite, et où le reste du régime est plus dilué, bien qu’à majorité alaouite.

L’histoire de la Syrie baathiste débute le 8 mars 1963, c’est la révolution baathiste, conduite par le Comité Militaire et dont les membres les plus importants sont Mohamed Omran, Salah Jedid et Hafez Al-Assad, tous alaouites. La Syrie est dirigée par le Commandement National du Conseil de la Révolution.
Lorsque Hafez Al-Assad prend le pouvoir par un coup d’état, en 1970, il ne prétend pas faire la révolution mais s’inscrit au contraire dans le cadre de la révolution de 1963 dont il dit vouloir accomplir les objectifs, raison pour laquelle Hafez parle de « mouvement rectificatif ». Hafez continuera les purges initiées à l’ère Jedid pour ne s’entourer que d’hommes loyaux. Jedid a éliminé toute concurrence sunnite, druze ou ismaéliens, Hafez neutralise ses concurrents alaouites, dont Jedid ou Omran, assassiné au Liban en mars 1972.

De fait, tous les postes clés, les postes qui comptent, sont dirigés par des alaouites proche de Hafez Al-Assad. D’une Syrie baathiste, on passe à la une Syrie assadienne.
La dictature de Hafez se structure autour de l’armée, de réseaux de cooptation, du parti Baath qui, vidé de sa fonction officielle, ne sert que de porte voix au discours officiel et de la mise en place du Ministère de l’Information qui se charge de la propagande d’Etat, en particulier de discréditer les adversaires de Hafez Al-Assad : ils sont systématiquement accusés d’être des ennemis de la révolution, de la nation arabe, des alliés des sionistes, etc… En bon dictateur, Hafez Al-Assad se confond avec l’Etat et toute critique envers sa personne est vue comme une trahison à la Syrie.

A cela, il faut ajouter les toutes puissantes moukhabarat qui ont pour mission le contrôle de l’ensemble de la société syrienne. 12 branches qui surveillent les moindres faits et gestes des syriens… et qui se surveillent entre elles ! Il n’est pas rare que les différentes branches interfèrent entre elles. Ainsi, il est possible d’avoir à demander une autorisation pour ouvrir un commerce aux moukhabarat de l’Armée de l’Air…
Un point méconnu : les moukhabarat ouvrent également à l’étranger. Les ambassades sont utilisées pour espionner les syriens expatriés. C’est ce qui explique que le mur de la peur, ce fameux mur tombé avec le début des révoltes en Syrie, touche l’ensemble des syriens.

Le régime des Assad est, pour finir, un régime sans foi ni loi. La différence entre la Constitution et la réalité des syriens est énorme. Par ailleurs, les membres du régime ne connaissent pas non plus de morale capable de les freiner dans leur folie.

Le récit de Moustapha Khalifé permet de voir tous ce qui caractérise le régime des syriens, et vous y retrouverez ce qui a été dit dans la vidéo :
Un homme qui critique la personne du président Hafez, à Paris, devant une connaissance syrienne qui s’avère être un indic. En Syrie, il est accusé, sans aucun jugement, d’être des frères musulmans…bien qu’il soit chrétien. Cela lui vaudra des années de prison, un calvaire où les traitements absolument inhumains, les insultes à la religion, et autres caractéristiques du régime des Assad apparaissent clairement.

Voir aussi le très intéressant article de syrianfacts : http://syrianfacts.wordpress.com/2012/03/14/le-profil-du-regime-des-assad/?blogsub=confirmed#blog_subscription-3

Pour Ali Aarrass


Le prochain resto Egalité aura lieu le vendredi 6 avril, à partir de 18 heures, juste avant le départ de la délégation qui assistera au procès en appel d’Ali Aarrass, le 9 avril au Maroc.

Un délicieux repas sera préparé par Latifa, toujours pour 10 euros, plat, dessert et boissons tout compris.
Pour rappel, les bénéfices du resto servent à financer les frais de notre local.

Réservez dès maintenant vos places chez Amina, 0472/512.882.

« On m’a refusé l’euthanasie »


« On m’a fait vivre l’enfer sur terre »

SOUMOIS,FREDERIC

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LeSoir samedi 24 mars 2012

Jean-Marie Tesmoingt, rongé par un cancer incurable, demandait en vain l’euthanasie. Il a dû changer d’hôpital pour être finalement exaucé.

Il y a des secondes qui décident de votre vie. Ce jour-là, Jean-Marie Tesmoingt, 75 ans, se dirige vers la porte d’entrée du petit garage où il fait entretenir sa voiture. L’utiliser parcimonieusement lui permet encore de faire les quelques déplacements que le cancer du pancréas, qui le ronge davantage mois après mois, lui interdit dorénavant de faire à pied. Trop dangereux, malgré la canne. Trop épuisant, à cause du crabe.

Et puis, il aime encore se déplacer pour assister à des réunions de gens passionnés, comme lui, par les phénomènes étranges et inexpliqués, comme les ovnis. Ce journaliste retraité, qui a collaboré à de nombreux supports de presse comme correspondant judiciaire ou scientifique, aime continuer à démystifier des phénomènes qui sont parfois tout à fait explicables par la main de l’homme. En même temps, l’ésotérisme et la philosophie le passionnent.

Ce jour-là, c’est aussi une main d’homme qui pousse, face à lui, cette porte à battant qui s’ouvre… du mauvais côté. Brise ses lunettes et le précipite par terre. On relève Jean-Marie avec une fracture du fémur. On appelle le 100. Qui l’emmène à la clinique la plus proche, Sainte-Hélène (1), une clinique renommée, mais faisant partie d’un grand réseau d’établissements catholiques.

Pour Jean-Marie, ce hasard va se transformer en martyre. Pendant trois semaines, il reste cloué sur son lit d’hôpital. Sa fracture du col du fémur est inopérable parce qu’elle s’est compliquée d’un important déplacement de l’os. Et parce que son état général s’est dégradé à cause de la tumeur. Cela lui rend la vie intenable malgré les antidouleurs.

Pourtant, on prend bien soin de lui à Sainte-Hélène : « Le médecin interniste et le personnel infirmier ont été parfaits, ouverts et compréhensifs. Pourtant, leur tâche n’a pas été facile. Ma fracture est inopérable, je ne peux me mobiliser seul sur mon lit, chaque geste doit être assisté. C’est devenu infernal quand mon cancer au pancréas a provoqué de fréquentes diarrhées sanguinolentes. Mon immobilité a aussi provoqué d’importantes escarres », témoigne-t-il. Les escarres sont des plaies qui apparaissent spontanément chez les malades cloués sur leur lit, à cause du contact constant entre celui-ci et leurs os.

« Le risque d’infection de ces blessures ouvertes par les déjections dans lesquelles je baigne littéralement est permanent. Cela heurte ma pudeur de l’expliquer comme cela, mais si je ne l’explique pas, on ne peut comprendre ce que représente d’être immobilisé sans aucune possibilité d’agir soi-même, d’aller seul aux toilettes, de se laver. C’est terrible pour la dignité. » Les infirmiers et infirmières nettoient Jean-Marie deux fois par jour. Une tâche difficile à effectuer, mais aussi à subir. La jambe du malade est mise en traction avec un système de poulies. Chaque choc, chaque frottement est un calvaire, malgré les précautions extrêmes prises par les soignants.

Jour après jour, le calvaire devient plus rude, de nouvelles blessures s’ouvrent. Jean-Marie sait que la maladie a de toute façon gagné la partie, que ce dernier combat est perdu, qu’il souffre sans espoir de reprendre une vie digne et autonome. « J’ai été journaliste toute ma vie. Je m’intéresse à de nombreux sujets. A 75 ans, j’avais encore plein de choses à faire. Mais mon corps ne suit plus, refuse de m’accompagner plus loin. Alors, j’ai voulu choisir moi-même le moment de partir, dans la dignité et en évitant de continuer à escalader ce mur de la souffrance. J’ai clairement fait une demande d’euthanasie à mon médecin, à l’hôpital. Il savait ce que je subissais, il a accepté de me faire bénéficier de la loi qui le permet et dont je remplis clairement les conditions. »

Mais, soudain, tout change. Un autre médecin, le docteur G., qui s’occupe aussi de Jean-Marie, lui signifie que l’on n’accédera pas à sa demande. « Elle m’a dit que je fantasmais ma maladie, que j’exagérais mes souffrances, que j’étais un lâche. Elle a pris soin de proférer ses menaces quand elle était seule dans la chambre, sans témoin au sein du personnel infirmier. Quand j’ai dit que j’allais en parler à des proches, elle m’a accusé de la menacer. La menacer, moi, cloué dans mon lit, à 75 ans ? Je n’ai demandé que le respect et qu’on entende ma demande. On m’a dit que celle-ci était refusée et qu’on ne la pratiquerait pas dans l’établissement. J’ai alors demandé que mon généraliste, qui me suit depuis des années, puisse la pratiquer à l’hôpital, puisque j’étais intransportable. Nouveau refus de la direction. Et nouveau retour de la jeune docteur, qui nie mon état, m’accuse de fabuler. La tumeur que j’ai au pancréas, on la voit pourtant nettement sur les images de résonance magnétique, je ne l’ai pas inventée. »

Jean-Marie, harcelé par la douleur, ne se laisse pas faire. Face à son insistance, la doctoresse le menace alors de le chasser de l’hôpital. « Sans doute la loi leur demande-t-elle, s’ils refusent de pratiquer eux-mêmes l’euthanasie, d’adresser leur patient à un autre hôpital. Mais me transporter dans cet état, c’était me condamner à des souffrances inimaginables. Pourquoi ne pas accepter qu’un médecin extérieur procède dans ma chambre d’hôpital ? »

Selon Jean-Marie Tesmoingt, alors que son médecin interniste habituel se comporte normalement avec lui, ainsi que le personnel infirmier, la doctoresse qui l’a pris en grippe va le harceler moralement plusieurs fois, le menaçant d’inscrire dans son dossier des données qui compliqueront ensuite sa demande, en l’accusant notamment de fabuler et d’exagérer sa souffrance. Quand il se fait apporter un banal médicament contre le rhume, il se fait à nouveau insulter : « Elle m’a dit qu’elle avait le pire mépris pour moi et que j’allais apprendre ce que c’était de souffrir. Comment peut-on dire cela à un vieillard grabataire cloué dans son lit, qui baigne dans sa merde et est couvert de blessures ouvertes ? »

Pourtant, alors qu’un médecin de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, accouru à son chevet, constate que son état s’est lourdement dégradé, la direction de l’hôpital se refuse à laisser pratiquer ce geste de libération sur place. Il faudra qu’un médecin d’un autre hôpital organise un transfert vers son propre établissement pour tirer Jean-Marie des griffes de la doctoresse. « Contrairement à ce qu’elle affirme, je n’ai pas peur de souffrir. Mais pourquoi s’acharner encore quand il vous reste cette vie-là et que c’est sans espoir de s’améliorer ? »

Il y a une semaine, Jean-Marie est finalement transporté dans un grand hôpital bruxellois, où un médecin et un psychologue le prennent en charge. Son état est objectivé, l’absence d’état dépressif est constatée. Jean-Marie remplit parfaitement les conditions de la loi. Mais il craint que le contenu du dossier consigné à Sainte-Hélène entrave la tâche du nouveau médecin. Qu’il doive procéder à davantage de vérifications afin d’étayer clairement la demande.

Pour Jean-Marie, qui est pourtant déjà sous morphine, le transfert est un calvaire : « Comme ultime vexation, l’hôpital a refusé de prêter, le temps de mon transfert, le lit dans lequel je me trouvais. J’ai dû être transféré sur une civière, ce qui a été un véritable enfer. Malgré les précautions des ambulanciers, ma jambe a bougé et cela a déclenché une hémorragie. Je sais que la clinique où l’on m’a refusé de pratiquer l’euthanasie mise beaucoup sur une nouvelle vaste unité de soins palliatifs avec laquelle elle fait son beurre. Mais est-ce une raison pour refuser de m’accorder un départ digne et de m’infliger des souffrances inhumaines ? J’ai vécu l’enfer sur terre. »

Lundi, Jean-Marie Tesmoingt, qui nous a demandé, pour témoigner dans nos colonnes, d’attendre que son calvaire soit terminé, a bénéficié du geste de libération de la part de son nouveau médecin. Qui a courageusement accepté d’admettre Jean-Marie dans son hôpital, alors qu’il était chassé comme un lépreux de l’établissement où il était soigné pendant trois semaines. Simplement parce qu’il avait demandé de bénéficier d’un droit garanti par la loi belge. Depuis dix ans.

(1) Le nom de l’hôpital a été modifié.

Pour la Syrie, aujourd’hui dimanche à la Bourse


  • dimanche
  • 14:00 – 16:00
Manifestation de solidarité avec le peuple syrien: pour la protection des civils et l’arrêt immédiat des violences en Syrie.Où? à La Bourse
Bld Anspach, 1000 BruxellesQuand? dimanche 25 mars 2012
De 14 à 16hVenez nombreux et n’hésitez pas à diffuser!- Pour soutenir le peuple syrien qui se lève courageusement crier sa liberté!
– Pour dénoncer les crimes commis par le régime de Bashar el Assad!
– Pour le droit à la dignité et.. le respect des droits de l’homme!

Il n’est plus question de discussion : il faut agir pour la Justice!!
Rejoignez-nous! Crions notre colère! Nous n’acceptons pas!

Bachar est un assassin et les massacres qu’il est en train de commettre sont impardonnables !!

ICI quelques slogans pour la manif : http://www.saida7.com/t12436-topic

Je suis arabe et je ne vous veux aucun mal.


Pondu par Jack Parker le 21 mars 2012
Derrière le pseudonyme de Jack Parker, se cache une demoiselle kabyle, qui s’appelle Taous et qui a un nom qui fleure bon le Maghreb. Les événements du jour lui ont mis les nerfs en pelote. Témoignage.
Je suis arabe (non en fait, techniquement, je suis kabyle – mais l’heure est au rassemblement et non à la division, alors on va pas commencer à chipoter) et je ne vous veux aucun mal.

Aujourd’hui, avec l’histoire du tueur au scooter qui s’avère être un français d’origine algérienne et se réclamant d’Al Qaïda, je constate que les choses ne sont pas prêtes de s’arranger pour nous. Marine Le Pen se fait une joie de rappeler à tout le monde qu’elle nous avait prévenu des dangers de “l’islamisme”, parle de rétablir la peine de mort, et à nouveau, on va pointer maghrébins et musulmans du doigt.

J’ai eu de la “chance”, mes origines ne se voient pas sur ma gueule. Mon prénom est trop peu connu pour résonner comme un Rachida, un Fatima ou un Leila – mais mon nom de famille en revanche, ne laisse plus aucun doute.

Peu importe où j’allais, la question de mes origines ne se posait pas, jusqu’à ce que je décline mon identité.

J’ai grandi dans un entre-deux, avec des grands-parents musulmans, une mère née en France mais dont le teint trahit immédiatement les origines – et ma gueule de blanche, éventuellement méditerranéenne (espagnole, italienne, quelque chose dans ce goût-là peut-être). Du coup, peu importe où j’allais, la question de mes origines ne se posait pas, jusqu’à ce que je décline mon identité.Là, immédiatement, le regard changeait – pas chez tout le monde hein, fort heureusement – et les remarques se mettaient à fuser.

Délit de sale nom

Entre les blagues de mauvais goût, les questions maladroites de gens mal informés, les “Ah…” lorsqu’on entendait les sonorités arabisantes de mon nom de famille et les mouvements de recul soudains, on peut pourtant dire que j’ai échappé au pire. Je n’ai jamais été traitée de sale arabe dans la rue, je n’ai pas été rejetée d’emblée par des gens qui se basaient sur mon apparence. J’ai pu m’infiltrer, m’intégrer, me faufiler, tant qu’on ne connaissait pas mon nom, la question ne se posait pas.

Si mon père m’avait transmis son nom de famille et que ma mère m’avait donné un prénom français, mes origines auraient pu passer inaperçues toute ma vie. J’aurais pu faire semblant. Pour éviter de faire des vagues, pour éviter les “j’adore le couscous”, les “il paraît que les algériennes sont des chaudasses”, les “mais euh… vous… vous êtes euh… musulmane ?” ou encore les imitations d’accent foireuses.

“Va fire la visselle ma fille, alli, dipiche toi !”

Combien de fois, après avoir raconté un truc que ma mère m’avait dit, j’ai vu des gens répéter la même phrase avec un accent arabe, pour se mettre dans l’ambiance, en rigolant. Ma mère est d’origine algérienne, donc elle a forcément l’accent de Jamel Debbouze. Si je disais “putain, hier, ma mère m’a répété vingt fois d’aller faire la vaisselle, ça m’a saoulée”, on me disait “ah oué lol, “va fire la visselle ma fille, alli, dipiche toi !” hahaha”. Et si j’avais l’audace de montrer mon agacement face à ces réactions, on me répétait que j’en faisais trop, ça va, c’est bon, c’est pour rire putain.

 Et si j’avais l’audace de montrer mon agacement face à ces réactions, on me répétait que j’en faisais trop, ça va, c’est bon, c’est pour rire.

Ça va, c’est bon, on dédramatise, c’est pour rigoler. “LOL écoute c’est Faudel, vas-y, fais-nous la danse du ventre !”, “- Je mange chez ma mère ce midi – Ah, tu vas te péter le bide au couscous ?”, “Comment on dit, chez vous ?”, “Comment on fait, chez vous ?”, “Passe le bonjour à Mohammed et Fatima !”, “Bon on va rentrer dans un magasin, mais attention hein, tu voles rien LOL”. C’est pour rigoler.

Chez nous, c’est chez vous !

“Chez nous”, c’est chez vous, on n’est pas tous venus avec un plan démoniaque en tête – s’infiltrer, s’intégrer, puis voiler/violer vos femmes, convertir vos enfants et transformer l’Elysée en mosquée. Mes grands-parents en ont chié, ont bossé comme des chiens toute leur vie pour offrir à leurs enfants toutes les chances qu’ils n’ont pas eues. Leurs enfants en ont chié aussi pour nous offrir à nous, enfants de la 2ème génération, encore plus de chances. On va pas non plus se tricoter des djellabas en jambon pour rassurer tout le monde.

Ça paraît que dalle, comme ça. Et je sais que ça fait toujours bizarre aux gens, quand je m’énerve, le jour où je finis par dire “bon, là, les blagues foireuses, ça suffit”. Ça passe pour de la susceptibilité mal placée. Mais c’est parce que de l’extérieur, on ne se rend pas compte. Et c’est normal, tout comme je ne suis pas en mesure de comprendre ce qu’un homosexuel vit au quotidien et pourquoi ma blague sur La Cage aux Folles l’a mis dans un tel état d’énervement.

Et je m’empêche d’en parler plus que de raison, parce que j’ai honte. J’ai fait un travail monstrueux ces quinze dernières années pour apprendre à accepter mes origines, ce que ça implique, à ne plus dire mon nom sans rougir de honte.

Dans ma famille, je me sens revivre. On fait la fête, on fait des blagues de merde, on se marre à en tomber de nos chaises, on s’aime tous inconditionnellement malgré toutes les conneries qu’on a pu faire, et si quelqu’un de l’extérieur se retrouve parmi nous, on l’accepte comme l’un des nôtres.

Et je n’arrive pas à comprendre pourquoi ce n’est pas pareil ailleurs. Pourquoi j’ai passé mon enfance à aller dans les familles des copines et à me retrouver seule, assise sur une chaise dans un coin de la pièce sans personne pour me parler. Ou dans le jardin, à huit piges, à jouer à Predator en grimpant à un arbre parce que la famille ne voulait pas “de bougnoule” à sa table. Ou à répondre à des interrogatoires sur mes grands-parents, leur religion, ou notre mode de vie. À ne pas savoir quoi répondre aux plaisanteries grasses des oncles et tantes de mes potes, qui se tapaient les cuisses en disant que, quand même, c’est moche l’arabe comme langue – avant de se lancer dans des imitations exagérées de cette langue que je ne parle même pas.

Pour une poignée de connards arriérés…

Alors aujourd’hui, quand je vois ce que cet imbécile de Mohammed Merah a déclenché – si tant est qu’il soit bien le coupable, j’ai du mal à retenir mes larmes de colère. Parce que je me dis que c’est reparti pour un tour, que c’est pas demain la veille qu’on arrêtera de nous regarder en coin en s’accrochant à son sac à main. Pour une poignée de connards arriérés qui foutent la merde, c’est toute une catégorie de personnes qui trinque – même pas un peuple, puisque l’islam est présent dans tout un tas de pays, souvent très éloignés du Maghreb. Et j’en ai ma claque de devoir me justifier, d’affronter les regards et les remarques de gens – et quand on part en vacances en famille, je vous dis pas la gueule de ceux qui nous voient débarquer dans leur petit village, c’est toujours un régal.

J’aimerais être capable d’en rire plus souvent, mais j’en souffre tellement au quotidien, je vois tellement de potes, de gens de ma famille qui en souffrent tous les jours, que je finis par en perdre le sourire. Et je flippe comme une dinde en voyant les élections arriver à toute berzingue, parce que la campagne de la peur est souvent la plus efficace – les gens qui ont peur réagissent souvent avec leurs tripes. Et j’ai la trouille de voir la situation s’aggraver, encore et encore.

J’aimerais qu’on se bouge le derche, j’aimerais qu’on se secoue un peu la matière grise et qu’on mette fin à toutes ces putains de conneries, j’aimerais que tout ça s’arrête à notre génération. J’en ai marre de chialer sur ma carte d’identité. Marre aussi de ressentir le besoin de me justifier à chaque fois, “non je suis pas musulmane, ma mère non plus, elle est née en France, et d’ailleurs on est même pas arabes, on est kabyles, c’est pas le même peuple, blablabla”. Quand bien même je serais musulmane de mère fraîchement immigrée, qu’est-ce que ça changerait, putain ?

J’en ai marre de me sentir coupable et honteuse. Et j’en ai ma claque d’avoir le cul entre deux chaises, entre le désir de m’affirmer telle que je suis et celui de planquer à tout prix tout ce qui trahit mon ADN.

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