Des centaines de militants du Balad Arretes/ Retour de l’Administration Militaire


Le temps de l’Administration Militaire semble de retour. L’Administration Militaire était le régime sous lequel a vécu la minorité palestinienne d’Israël entre 1948 et 1965, quand les Services de Sécurité (Shin Bet) régissait leur vie communautaire et individuelle, quand toute personne soupçonnée d’activité politique était réprimée (assignation a résidence, détention administrative), quand les provioseurs et les instituteurs etaient nommes en fonction de leur docilite et non de leurs diplomes. Depuis 1967 la repression s’est surtout concentree dans les territoires nouvellement conquis, et la population palestinienne a pu commencer a jouir des libertes publiques qu’elle était en droit de recevoir dans un pays qui se veut democratiques. Avec des exceptions notoires: le massacre de la Journee de la Terre 1976, et le massacre d’Octobre 2000.

Septembre 2016: des centaines de militants ou supposes tels (dont le President du parti, Awad Abed-el-Fatah) du Rassemblement National Democratique (Balad) – un parti qui appartient a la Liste Arabe Unie et a trois elus a la Knesset – sont arretes au milieu de la nuit dans ce qu’on ne peut qu’appeler une rafle, et interroges par la police et le Shin Bet. Comme nous sommes a l’ere du neo-liberalisme, on ne les soupconne pas de terrorisme, mais… de blanchissements de fonds. Cette semaine, les deputes du Balad sont convoques par la police pour etre interroges sur un soit-disant « financement illegal du parti ». C’est la premiere fois que c’est le parquet qui enquete sur le financement d’un parti, et non le Controleur General de l’Etat, dont c’est une des taches.

Cette attaque planifiee contre un important parti de la communaute palestinienne d’Israel doit etre percue dans son double contexte: celui de l’offensive du gouvernement d’extreme-droite contre la minorite palestinienne dans son ensemble, et celui de la remise en question des libertes democratiques qui ont existe en Israel, ce que certains denomment « la fascisation rampante » de l’Etat d’Israel.

C’est aussi l’heure ou les rats sortent de leur trou, comme l’ancien ministre des minorites du gouvernement Sharon, Salah Tarif. Ce Palestinien (de religion druze) a fait ses armes dans l’armee juive, et servi avec devotion dans le role du « bon arabe » dont le pouvoir israelien a toujours eu besoin, Dans une tribune publiee par le quotidien Haaretz du 6 Octobre, il annonce pompeusement: « Ils ne nous representent plus ». « Ils », c’est a dire les deputes de la Liste Arabe Unie, qui ont, unanimement, refuses de participer au funerailles nationales de Shimon Peres. Et d’ajouter: « Je n’ai que mepris pour ces deputes laches, demagogues et sans morale qui conduisent leur peuple au desastre ». Reconnaissons que Salah Tarif parle de « leur » peuple, reconnaissant par la qu’il a depuis longtemps deserte de son peuple pour prendre le role de collaborateur du regime. Dans les ghettos et les camps ont appelait des personnages comme Tarif des Kapos. Le retour des Kapos signifie-t-il le retour de l’Administration Militaire pour la minorite palestinienne d’Israel?

Pour que cela ne devienne pas le cas, il est imperatif de mobiliser l’opinion internationale et la communaute internationale qui ont les moyens de faire reculer Netanyahou et sa bande. En commencant par exiger de cesser la repression contre le parti Balad, ses elus et ses militants. C’est le sens de l’appel lance par le Balad aux representations diplomatiques etrangeres, et que nous reproduisons ici.

National Democratic Assembly (NDA- BALAD)
التجمع الوطني الديمقراطي
September 26, 2016
Your Excellency,

As elected members of Knesset representing the National Democratic Assembly Party (NDA-BALAD), we write to share with you our deep concern and dismay for the latest waves of arrests against the leadership and members of the party over the last week.
On September 18, in the very late night hours, Israeli police forces raided the homes of the political leadership of the Palestinian Arab NDA-Balad party (Joint List), and arrested 21 members. Head of the party and other activists – all Palestinian Arab citizens of Israel – were arrested in the overnight raid. This was followed by another wave of arrests four days later, and was coordinated with investigations with hundreds of the party’s members.

From the little that has since been revealed, the police claims that the NDA -Balad members were arrested for allegations related to money laundering on behalf of the party and for violations of the Law for Party Funding. The Israeli court has extended the remand of some of those arrested for a third time leaving them in jail now for over a week, including the Chairman of the party Mr. Awad Abdelfattah, while others have been released to house arrest under strictly-limiting conditions. The details of the allegations remain secret and are still being withheld from the public, the arrestees themselves and their attorneys.

Never before in the political history of Israel have the leadership and members of a political party been targeted by police in a wave of arrests for similar allegations. Other (Jewish) political parties that have in the past been charged with similar violations of the Party Funding Law have only been fined various amounts. This was done after an examination of the State Comptroller and through his office only. No police intervention was sought and no members of those parties have been arrested.

These unjustified and unprecedented arrests therefore reek of political persecution, and come close in the wake of Israel’s recent move to outlaw the Islamic Movement-Northern Branch. It is also directly linked to recent racist legislation approved by Israeli lawmakers, such as the Expulsion Law, designed to target the Palestinian Arab political representatives from within the Knesset. Such acts of intimidation seek to de-legitimize Arab political activism and even to eliminate such activism. This series of nighttime arrest raids, targeting the leadership of a political party represented in the Israeli parliament, marks a disproportionate and dangerous turning point in the relationship between the state of Israel and its Palestinian Arab citizens. The state is gradually but systematically implementing a strategy intended to
criminalize and eliminate all political opposition that does not abide by the Zionist hegemonic consensus, including political leadership and (Arab and Jewish) NGOs.
We urge you to express your deepest concern to the Israeli government for this political persecution, intimidation acts and silencing attempts. The right to free political organization is one of the chore pillars of democracy and we seek your help in making sure it stays as such.
Respectfully yours,

MK Jamal Zahalka
MK Haneen Zoabi
MK Bassel

La guerre d’extermination en Syrie et la fin du sens commun


October 2, 2016 7.44pm BST
Alep, le 27 septembre. Le corps sans vie d’un enfant vient d’être sorti des décombres. Karam al-Masri/AFP

Les opérations militaires d’Assad et de Poutine en Syrie ont un nom : c’est une guerre d’extermination. Celle-ci atteint désormais une échelle sans précédent : le bombardement délibéré des civils, notamment femmes, enfants et secouristes des Casques Blancs, ainsi que des hôpitaux n’est pas nouveau. Mais elle a désormais un caractère systématique avec un objectif clair : tuer, encore tuer, tout ce qui peut l’être. C’est une guerre totale dans laquelle la Russie de Poutine expérimente de nouvelles armes, comme ces bombes qui peuvent pénétrer les abris et les pulvérisent ensuite.

Beaucoup, y compris dans un propos sensible et poignant, l’ambassadeur de France auprès des Nations unies, ont fait à juste titre l’analogie avec Guernica : l’aviation de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste avaient anéanti la ville tandis que les troupes franquistes agissaient au sol. En Syrie aussi, les avions russes dominent les airs tandis que les troupes de l’armée du régime et du Hezbollah soutenu et armé par l’Iran agissent à terre.

Cette guerre d’extermination est promise à s’intensifier dans les jours et les semaines qui viennent. Des crimes de guerre de plus en plus évidents et que la Russie ne cherche même plus à dissimuler s’ajoutent aux crimes contre l’humanité commis par le pouvoir d’Assad, notamment dans les prisons du régime où les tortures les plus sadiques sont une pratique courante.

« Tout est désormais vain »

Cela, tout le monde le sait, ou devrait le savoir. Innombrables sont les écrits où cela fut exposé depuis plus de cinq ans. Tout est parfaitement documenté.

Tous ont dit et répété à l’envi que le « plus jamais cela » – proféré à nouveau après Auschwitz, Srebrenica, le Cambodge, le Rwanda, etc. – était devenu pitoyable.

Tous ont dit, convoquant les auteurs classiques, que l’indifférence était le pire péché, que le silence était crime, que l’inaction était complicité.

Tous ont dit et répété encore, moi comme tant d’autres, qu’il fallait sauver Alep et la Syrie, appliquer les principes de la « responsabilité de protéger », faire respecter militairement une zone de non-survol, qui reste encore une option possible, intervenir en somme.

Tous ont dit et redit que seuls les États-Unis, avec leurs alliés, en étaient capables et que c’était leur responsabilité première. Et ses plus fidèles soutiens, par ailleurs, ont dénoncé la pleutrerie de Barack Obama, son irresponsabilité, son cynisme, parfois sa stupidité et, pour tout dire, sa responsabilité devant l’histoire. À la faillite morale des États-Unis s’ajoute ainsi sa déroute stratégique.

Tous ont dit, y compris l’auteur de ces lignes, que toute négociation avec la Russie, non pas solution, mais premier agresseur, était un jeu de dupes, que cela la renforçait en Syrie comme ailleurs.

Tous ont dit et redit que les multiples projets de trêve étaient voués à l’échec – et ils le furent, souvent plus vite que les plus pessimistes ne le pensaient.

Tous ont dit et redit combien les mots diplomatiques – préoccupation, elle-même parfois vive ou même très vive, « injonction de », « demande expresse que », « condamnation sans ambiguïté de » – ajoutaient de l’indécence aux souffrances.

Tous, enfin, ont considéré, avec réalisme, que l’ONU ne pouvait rien faire, car bloquée par la capacité de veto de la Russie – et souvent de la Chine – au Conseil de sécurité.

Et tous ont vu, enfin, les visages gris et terreux, zébrés de sang séché, le crâne parfois éclaté, les corps démembrés et éviscérés, des enfants assassinés et pour les plus chanceux – provisoirement – les pleurs et les larmes devant des linceuls sans fin – ceux de leur père, de leur mère, de leur frère, de leur sœur ; ils ont été bouleversés, ont pleuré eux aussi, ont appelé à l’action, ont dénoncé une prétendue « impuissance » qui n’est qu’un mot pudique pour dire la veulerie et l’indignité.

Une enfant grièvement blessée à Alep, emmenée d’urgence à l’hôpital. Georges Ourfalian/AFP

Un ami, engagé dans l’action humanitaire en Syrie, qui fut là-bas, m’a écrit l’autre soir que désormais tout était vain, que l’indignation, l’accablement, l’émotion – des responsables politiques, des commentateurs, de lui et de moi – l’écœuraient, qu’il n’en pouvait plus des gens « bouleversés », que c’en était assez, en somme, si je traduis bien, que les larmes mêmes et l’indignation devenaient immondes, que l’ignominie de la barbarie du régime, de la Russie et de l’Iran était notre ignominie, et que nos pleurs ne la rendaient même que plus abjecte. En mes propres termes, le mal avait contaminé le monde, le mal avait atteint le bien, les rires en écho des bourreaux avaient comme déteint sur notre compassion, notre générosité et notre attention.

Combattre, donc parler

Que devais-je lui répondre ? M’était-il – nous était-il – encore possible moralement de dire quelque chose et fallait-il le faire avec cette crainte redoutée que nos indignations ne soient que le soulagement pitoyable de notre bonne conscience ? En termes politiques aussi, convenait-il, de message en message posté sur les réseaux sociaux, d’article en article, d’ajouter l’impuissance des mots à la faillite des nations ? En termes de communication – car, oui, cela importe devant l’invasion des mensonges et la désinformation massive devenue arme de guerre –, ne prenions-nous pas le risque aussi d’adjoindre l’excès d’émotion à la surabondance de crimes, le défilement impuissant des images – au risque de la lassitude – à l’accumulation des cadavres ? Ai-je, d’ailleurs, seulement une réponse à ces questions ?

Mais quand même, dois-je absolument être contraint toujours d’opposer le sentiment à l’esprit, la froideur nécessaire de l’analyste à la révolte du citoyen, l’exigence absolue, car elle est telle, de la morale au conseil politique que je puis prodiguer ? Et là, je ne puis pas ne pas répondre.

En passant, j’ai revu cette image du camelot syrien, vendeur de jouets à deux sous, allant de ville en ville, échappant – comme chacun, jusqu’à quand ? – aux bombardements, pour les distribuer, recevant en échange le sourire éphémère d’un de ces enfants peut-être fauché ou écrasé demain – et cet homme-là, je crois, n’avait jamais lu Kant, ni les Évangiles, peut-être pas davantage le Coran, comme ces Justes, parfois à peine lettrés, qui sauvèrent des Juifs parce qu’il le fallait, que c’était évident, indispensable, que la question ne se posait pas. Ceux-là, plus que des érudits qui soupesaient le danger, multipliaient les arguties sur les pro et contra et voulaient gagner du temps, avaient seulement, comme le disait Hannah Arendt, pensé.

Donc, tout cela n’est pas vain. Il faut aussi combattre – et cela impose de parler.

L’aveugle, l’idiot et le salaud

Tous avaient dit, affirmais-je… Tous ?

Non, il en reste encore – je crains, une majorité – pour s’en moquer, ou plutôt pour ne pas voir ce qu’est le réel en dehors de chez eux. Ils s’empressent de fermer la porte pour se retirer dans leurs « affaires ». Ils sont en dehors de la tragédie du monde sauf lorsqu’elle les touche ou sembler les menacer. En étant dans leur monde, ils sont en quelque sorte nulle part. Certains, peut-être, s’en sont un moment soucié, mais ont vite décroché – oui c’est usant de maintenir l’attention dans une société qui vise à la disperser. Et la « fatigue » de la Syrie – comme de l’Ukraine, du Soudan, du Yémen, etc. – l’emporte. « Il faut tenter de vivre ». Oui, certes… Voilà les aveugles.

Variante : il en reste encore pour qui le divertissement et la futilité sont plus importants que le reste – et ils préfèrent le n’importe quoi. C’est ce que Castoriadis désignait par la « montée de l’insignifiance ». Il en est pour considérer avec plus d’importance les informations sportives, les caniveaux locaux ou les petites phrases. La prédominance du crétin, pour reprendre le titre du livre de Fruttero et Lucentini, est le lot commun – aussi inquiétante qu’insupportable. Comment « tolérer » que le propos d’un animateur auto-adulateur de sa stupidité devienne sur les réseaux sociaux incommensurablement plus importante que les massacres d’Alep, de Homs ou de Daraya ? La débilité est indécente à l’heure du crime, autant que les plaisirs de l’arrière lorsque le gaz moutarde asphyxiait les tranchées de la Grande Guerre. Voilà les idiots.

Les enfants paient un lourd tribut aux bombardements intensifs d’Alep par les aviations de Moscou et de Damas. Ameer Alhalbi/AFP

D’autres enfin voient, savent et, comme on dit, analysent. Ils vous disent déjà, en premier lieu, que c’est la « nature » de la guerre, que l’émotion et la compassion sont mauvaises conseillères, que, oui, le tragique habite le monde et qu’il faut « prendre le temps » de l’analyse – et que chaque heure rime avec des dizaines de suppliciés fait finalement leur affaire.

Or, le n’importe quoi entretenu de l’absence de pensée, déjà bien dénoncée par Jean-Marc Lafon, tue. Car toute cette retenue polie devient vide immonde. Elle a un scolie : la désinformation qui emprunte quatre canaux rhétoriques.

Les révisionnistes, d’abord, vous parleront de l’État islamique, de la responsabilité des États-Unis dans sa montée (que ni Assad ni Poutine ne l’aient vraiment combattu, au contraire, ne les gênera pas), de l’importance de défendre d’abord la laïcité, des minorités (surtout chrétiennes) – qu’une partie ait été massacrée par Assad ne sera d’ailleurs à leurs yeux qu’un « détail » de l’histoire.

Les distracteurs, ensuite, vous demanderont d’abord de parler des horreurs (réelles) commises par l’Arabie saoudite au Yémen, des bombardements (inqualifiables) sur Gaza (suit parfois une digression un peu plus large sur l’État hébreu, son influence, l’exploitation de la Shoah, etc.), du chaos libyen (à éviter naturellement – ce qui signifie pour eux « Assad ou le chaos ») et, certainement, de la guerre du Vietnam.

Les relativistes, quant à eux, demanderont une vision équilibrée, rediront que la réalité n’est jamais blanche ou noire, évoqueront des responsabilités (toujours) partagées, déploreront l’exagération habituelle des médias, invoqueront la nécessité de ne pas voir la Syrie – le Moyen-Orient en général, mais aussi la Chine, l’Ouzbékistan, etc. – avec des lunettes occidentales (lire droits-de-l’hommistes), signaleront la chiffrage compliqué des victimes, les risques encourus par les Alaouites si… la nécessité de prendre en compte le point de vue de l’autre (la légitime défense du régime qui attaque à l’arme lourde et torture en prison des manifestants pacifiques qui demandent de manière irresponsable plus de démocratie).

Les généralistes, enfin, partiront dans de grandes considérations librement inspirées de Bouvard et Pécuchet et bien mises en valeur récemment par Bruno Tertrais, sur l’impossibilité de se passer de la Russie – tiens, de ses crimes de guerre aussi ! –, des rivalités des grandes puissances qui font du Moyen-Orient une poudrière, de l’Orient compliqué, de l’islamisme en général (et notamment de la division en sunnites et chiites, du respect indispensable de la démocratie et donc de la possibilité pour les Syriens de choisir leurs dirigeants (d’ailleurs Assad a été élu avec plus de 88,7 % des voix en 2014…), de l’échec général des printemps arabes, de la responsabilité (historique nécessairement) des accords Sykes-Picot, etc.

À tout cela, évidemment, il a été répondu mille fois, par des faits fondés sur des connaissances, par des reportages de première main, en un mot par la vérité. Qu’à cela ne tienne : dès qu’il faut justifier un massacre – environ 500 000 morts en un peu plus de cinq ans –, qu’il faut promouvoir le dirigeant d’un pays qui ne connaît aucune limitation dans l’usage de la force brute depuis Grozny et présenter ses crimes comme le combat pour la défense de l’Occident, la vérité n’est qu’un subterfuge de l’ennemi. Exécutons donc la vérité comme ces terroristes au visage de bébé ou de jeune enfant, jouant au ballon dans une cour, penchés sur un livre dans une cave à peine éclairée ou blottis encore dans leur lit – explosés ensuite dans le vacarme d’une bombe à sous-munitions ou soufflés par le phosphore blanc. Comme ces enfants, nécessairement terroristes en herbe, la vérité mérite le peloton.

Ceux-là, ce sont les salauds.

Ils ne méritent pas notre silence. Surtout, notre voix doit être plus forte.

Mort de la communauté démocratique

Il avait été dit, non sans raison, que ce qu’on appelle par commodité la communauté internationale n’existait pas. J’avais pu moi-même prévoir, il y a six ans, l’érosion progressive des organisations internationales de type politique. Pour aller vite, ces deux mouvements peuvent s’expliquer par la renationalisation des stratégies de politique extérieure, l’affaiblissement des valeurs partagées au sein de ces institutions et l’avènement de qu’on a appelé le G-Zéro, autrement dit l’absence de directoire mondial et l’incapacité de la seule puissance universelle par son déploiement militaire, les États-Unis, d’assumer son rôle. La lâcheté de Washington en Syrie fait presque ainsi figure de prophétie auto-réalisatrice : l’histoire (universelle) américaine s’arrête à Alep.

Paris dénonce un « bain de sang » à Alep. Mais rien ne semble pouvoir l’arrêter. Ameer Alhalbi/AFP

Or, ce manque de « communauté » internationale n’est jamais que le décalque de ce qui semble pouvoir fonder une communauté tout court – ici une communauté de valeurs. Revenons à l’évidence – évidence du crime. Celle-ci n’est possible que dans un monde

  • qui respecte la vérité et sans doute la cherche ;
  • qui a globalement une perception à peu près analogue du bien et du mal ou, pour le moins, pour citer à nouveau Arendt, pour laquelle les notions de bien et de mal ont une signification ;
  • qui distingue l’essentiel de l’accessoire ;
  • qui communie dans les mêmes émotions ;
  • qui dissocie les valeurs et les intérêts, autrement dit pense les premières à l’échelle de l’universel.

La principale difficulté, ici, est de tenir ensemble ces cinq propositions. À elles cinq, elles forment le substrat de ce que j’appellerais la communauté démocratique. La réaction devant les crimes syriens me paraît confirmer la fragilité d’une telle communauté.

Ils révèlent une relative indifférence devant la vérité qui, là comme ailleurs, renforce la capacité d’intrusion de la propagande, un relativisme accru en matière de bien et de mal – « Ah oui, des civils sont tués en grand nombre, mais au bout du compte c’est pour nous protéger » –, une absence de hiérarchie dans la perception des faits – échange conflit en Syrie contre émission de télé-réalité –, une absence de communion dans ce qui littéralement nous « injurie » – les victimes françaises des attentats, oui, mais on ne peut pas souffrir aussi pour un enfant syrien – qui rend incompréhensible, car non « éprouvée », la figure de l’universel.

Et là, faute d’expérience vécue de la souffrance, l’absence de blessure personnelle infligée par ces corps syriens, ce qui pourrait figurer une communauté politique devient impensable.

Devenant telle, elle instille le relativisme au sein même du droit, rend secondaire le crime contre l’humanité et banalise la violence extrême. C’est ainsi que nous préparons l’avenir.

Et de cela nous devons sans cesse parler, car c’est politique – et vital.

source

Syrie : l’impossibilité d’être père


Dans la société syrienne, on attend des hommes qu’ils soient forts et solides. Quand ils quittent leur pays pour se réfugier au Liban, ils ne peuvent plus se comporter ou se déplacer comme en Syrie, ni subvenir aux besoins de leur famille de la même manière. Une situation de très grande fragilité dont ils parlent peu, parce que les hommes sont tout censés garder pour eux. Enquête en trois parties dans un centre de soin tenu par Médecins du Monde, dans la plaine de la Beqaa, au Liban.

Kamid el-loz, plaine de la Beqaa, Liban

Assis sur le canapé élimé, Hassan*, le père d’Omar, écoute en silence. Il pleure, attrape un mouchoir de temps à autre pour essuyer les larmes qui perlent sur ses cernes noirs. Son fils, à sa droite, a les yeux rieurs et la bouille ronde. Il dégage une sorte de tension, dans ses yeux et ses mains, dans son incapacité à rester immobile. Il croise et décroise ses doigts sans cesse, jette des regards vers la psychologue Noëlle, qui l’accueille une fois par semaine pour une consultation, au centre de soin de Kamid el-loz. Puis vers moi, qui conduis l’entretien pour mon enquête sur la façon dont la guerre en Syrie bouscule la masculinité.

Omar dit qu’à Deraa, d’où il vient, pour éviter les snipers on ne marche pas, on court.

Il a à peine vingt-trois ans. N’en avait pas dix-huit quand sa première et «seule histoire d’amour» a pris fin. Sa fiancée avait une tante qui n’aimait pas Omar, elle s’est laissée convaincre de se séparer de lui. Et puis tout s’est enchaîné. Après avoir trouvé une autre fille, du même quartier, il décide de se marier vite.

«Par revanche.»

C’était un jour de décembre 2011. Deraa avait déjà la gueule en sang. Ça canardait. Il rit. Ses yeux se posent sur Noëlle puis sur moi. Il fallait être beau alors, malgré les tirs: il s’est rendu chez son barbier dans le quartier d’à-côté. Pris entre deux feux par des snipers, il est arrivé à la cérémonie trois heures en retard et pas rasé.

C’est peut-être à ma troisième ou quatrième rencontre avec Omar qu’il est venu accompagné de Hassan. Une pellicule de neige recouvrait les champs de la Beqaa.

Hassan, quarante-trois ans, ne fait pas partie des hommes qui bénéficient du soutien psychologique de Noëlle, mais elle trouvait intéressant que je rencontre aussi le père d’Omar. Le menton posé dans la paume de sa main et le regard dans le vague, Hassan raconte son départ de Syrie en 2012.

«Omar est devenu fou»

«Je ne supportais plus le son sourd des barils qui explosent», commence-t-il avec une voix à peine audible.

Il baisse la tête, sèche la larme qui coule le long de sa joue, approche les mains de ses oreilles et les agite frénétiquement pour mimer le bourdonnement.

«La peur se faisait chaque jour plus envahissante alors j’ai emmené ma femme, ma fille et deux de mes fils en Jordanie avant de rejoindre le Liban.»

Il s’exprime avec un calme absolu qui fait paraître la pièce autour de nous encore plus froide et silencieuse.

«Omar est ensuite devenu fou. Il s’en était allé un matin à travers rue, demander la main de toutes les filles du quartier. Il est parti frapper à la porte de chaque maison.»

Son rire s’élève brusquement dans la pièce. Il regarde son fils d’un air taquin en posant la main sur sa nuque avant de poursuivre son récit. Omar se dégage doucement en lui souriant et réajuste le col de son polo bleu marine.

«Il était marié et tout le monde le savait, mais personne n’a pu l’arrêter. Seul le poing qu’il a reçu au milieu du visage par un des pères de famille a mis un terme à sa folie soudaine. On n’a pas compris ce qui lui était arrivé. Et lui non plus.»

La guerre a bouleversé l’équilibre des familles

Noëlle, psychologue

Au Liban, le comportement d’Omar n’a ensuite cessé de changer. Il s’énervait pour un rien, entendait des voix et s’est mis à fumer. C’est à la suite de cette histoire qu’un ami de la famille a conseillé à Hassan d’emmener son fils voir un psy. Depuis, Omar voit une psychiatre et Noëlle, psychologue, chaque semaine. Il serait schizophrène et bipolaire depuis le déclenchement de la guerre. «La guerre a bouleversé l’équilibre des familles, explique Noëlle. De nombreux pères n’ont pas réussi à s’adapter aux changements et leur développement psychologique, surtout quand ils sont jeunes comme Omar, a été ébranlé. Certains sont devenus schizophrènes, d’autres ont un stress post-traumatique fort qui peut se traduire par des angoisses, des insomnies ou de la violence. Leur arrivée ensuite dans un pays qu’ils ne connaissent pas a été un choc supplémentaire.»

Père ou fils

«Responsabilités», «paternité», «réfugié»… Dans la bouche d’Omar, les mots ricochent les uns sur les autres. La pensée en désordre, il bute sur les causes de son mal-être, explique tout à la fois. Les larmes sèches. La vie qu’il faut recommencer de zéro dans cette plaine de la Beqaa qui ne lui dit rien de familier. L’angoisse constante de ne pas ramener assez d’argent pour nourrir ses enfants. La figure du père qu’il n’arrive décidément pas à incarner. Car il est père d’enfants nés de son mariage contracté par «revanche».

«Je porte quelque chose de trop lourd pour moi», tente-t-il de résumer en mordillant le côté de sa langue.

Omar semble constamment perdu et saute d’un sujet à l’autre avant d’avoir tout dit. Mais chacune de ses histoires, sans exception, se conclut par cette guerre qui ne quitte jamais sa tête et lui en a trop demandé.

«A Damas, papa gérait l’entreprise. C’était lui le chef, il donnait les ordres depuis son bureau toute la journée, raconte pudiquement Omar un jour où son père n’est pas là. Au Liban, il vient chaque jour avec moi et travaille chez les clients. Tu imagines?»

Omar est employé depuis l’âge de douze ans dans l’entreprise de réparation de climatiseurs tenue par son père.

«Ici, il faut toujours penser à l’argent pour les vêtements, la nourriture, le mazout. Mais le pire, c’est que je ne suis même pas en mesure de donner des bonbons à ma fille si elle en réclame».

Grand frère

Beaucoup de réfugiés syriens sont en dépression car ils n’arrivent pas à subvenir aux besoins de leur famille

Noëlle, psychologue

«Beaucoup de réfugiés syriens sont en dépression car ils n’arrivent pas à subvenir aux besoins de leur famille, explique Noëlle. Pour eux qu’un père ne puisse pas prendre sa responsabilité de payer à manger, des vêtements etc, c’est très grave. Cette pression leur procure beaucoup d’anxiété.»

Omar est devenu père pour la première fois il y a quatre ans. Il a appelé sa fille Nour, comme la lumière. Dounia est née deux ans plus tard.

«C’était un peu tôt pour moi, je n’étais encore qu’un enfant», insiste-t-il.

Le petit frère a six ans, seulement deux de plus que Nour. Ils jouent ensemble, se chamaillent pour un jouet ou pour une chaise. Ça met Omar hors de lui. Submergé par toutes sortes d’émotions, il dit n’avoir ni le temps ni la patience pour la pédagogie.

«Je vis avec le conflit alors tout est compliqué. Si nous vivions en Syrie en temps de paix, j’aurais le temps de lui expliquer ce qui est bien et ce qui est mal, pas ici.»

Ici les mots lui manquent. Chaque jour il craque, s’emporte et finit par cogner, avant de regretter. C’est encore pire quand il ne prend pas les médicaments prescrits par la psychiatre, mais ils lui assèchent la bouche et inhibent ses désirs sexuels alors régulièrement il arrête.

Omar partage un petit appartement avec ses parents, son frère, sa soeur et Maher, le fiancé de sa soeur. Pour Omar, la place de son père à ses côtés est à la fois un soulagement quelqu’un s’occupe de l’éducation des trois petits–, et une source de stress: Hassan lui prend son rôle.

– «J’ai l’impression d’être plus un grand frère qu’un père.»

En entendant Omar prononcer cette phrase, Maher se met à rire comme s’ils avaient eu mille fois cette conversation. Dès leur plus jeune âge, les deux sillonnaient les rues de Deraa ensemble et ne se sont jamais quittés.

«Sa fille ne l’appelle même pas papa…», avance doucement le jeune futur beau-frère en triturant le rebord du sofa.

Les yeux noirs d’Omar suivent un papillon imaginaire alors que Maher poursuit.

– «C’est Hassan qu’elle appelle papa.

– Parfois, j’ai même l’impression que c’est pas ma fille», renchérit Omar.

Au centre du plafond, une modeste ampoule pend à un fil orphelin. Elle semble à tout moment être sur le point de grésiller. Omar lève les yeux vers elle avant de prendre un air satisfait.

«Au fait, je t’ai dis que ma femme est enceinte de sept mois?

Félicitations. Tu sais à quelle date est prévu l’accouchement?

Omar hoche la tête.

Oui, dans trois ou quatre mois.»

source

 

Aujourd’hui, pour Alep


Smoke rises over the Salah al-Din neighbourhood in central Aleppo during clashes between Free Syrian Army fighters and Syrian Army soldiers. GORAN TOMASEVIC/REUTERS
Smoke rises over the Salah al-Din neighbourhood in central Aleppo during clashes between Free Syrian Army fighters and Syrian Army soldiers. GORAN TOMASEVIC/REUTERS

Le groupe ActionSyrie en collaboration notamment avec Amnesty international Belgique organise mardi prochain un rassemblement de protestation contre le bombardement de la ville d’Alep.
Nous vous invitons à venir nous rejoindre mardi 4 Octobre à 17h15 sur le Rond-Point Schumann pour nous adresser à nos dirigeants européens et leur dire que nous ne pouvons plus accepter leur manque de réaction !

Informations pratiques sur le lien ci dessous :

https://www.facebook.com/events/1576846385958007/

Devoir d’indignation


À l’heure où les bombes s’abattent sur Alep, notre indignation peut-elle encore servir à quelque chose ? Nos concitoyens sont à ce point saturés d’images dramatiques qu’il est devenu impossible de mobiliser les consciences. Leur réaction n’est certainement pas d’indifférence, mais d’incompréhension et de désarroi. Pourtant, oui, nous avons le devoir de parler, d’écrire et peut-être de hurler devant le massacre commis par l’infernal tandem Assad-Poutine. Nos protestations n’arrêteront évidemment pas le bras du crime, mais elles peuvent au moins nous permettre de régler un vieux compte avec une vision du monde qui devrait définitivement appartenir au passé. Un compte avec ces restes de pensée binaire et ces résurgences d’esprit de système qui, parfois encore, nous aveuglent. Il faudrait être avec Poutine pour être parfaitement anti-américain. Il faudrait condamner les déclarations de François Hollande à l’ONU parce que c’est François Hollande. Il faudrait excuser ce qui se passe en ce moment à Alep au nom de l’histoire longue du colonialisme et de la longue histoire des crimes occidentaux. Il faudrait trouver mille raisons pour justifier l’intervention russe, au mépris de l’évidence.

Mais qui est ce « nous », muet ou embarrassé, dont je parle ? C’est la gauche critique. Celle de Mélenchon et du PCF, notamment [^1]. La gauche anti-guerre, celle qui a condamné l’invasion américaine en Irak, en 2003, cette monstruosité qui a inauguré un cycle de violences sans fin. Cette gauche qui dénonce si justement le commerce des armes, et stigmatise les liens coupables de la France avec l’Arabie saoudite. Cette gauche qui n’oublie jamais le conflit israélo-palestinien, énorme et originel contentieux entre les puissances occidentales et le monde arabo-musulman.

Devrait-elle, cette gauche, se taire quand l’assassin n’est plus George W. Bush mais Vladimir Poutine ? J’entends bien que la Russie a été humiliée, et comme sortie de l’histoire après l’effondrement de l’URSS. J’entends bien qu’elle se sent menacée à ses frontières par les installations de l’Otan. Je conçois qu’elle veuille sauver ses bases syriennes sur la Méditerranée. Mais rien ne justifie le massacre d’Alep, et notre silence complice. La pluie de bombes larguées au cours du week-end dernier sur la grande ville du nord a fait au moins deux cents morts. Selon l’ONG Save the children, beaucoup sont des enfants, comme près de la moitié des blessés hospitalisés. Suprême raffinement, l’aviation russe utilise des bombes à sous-munitions et un nouveau type de projectiles qui permettent de détruire un immeuble entier en un seul impact, et de pénétrer jusqu’au fond des abris souterrains où les familles trouvent refuge. Les convois sanitaires sont systématiquement ciblés, comme les hôpitaux. On retrouve à Alep la tactique du carpet bombing, dont Vladimir Poutine avait usé en Tchétchénie. Au cours de l’hiver 1999-2000, les bombardements russes avaient ainsi causé la mort de près de 200 000 Tchétchènes. Et Grozny était devenue la ville au monde la plus détruite depuis la Seconde Guerre mondiale. Va-t-on devoir inscrire Alep dans cette funeste lignée ? La violence extrême de la Russie rejoint celle de la famille Assad. Tuer « un million de martyrs » s’il le faut pour garder le pouvoir, avait prévenu un jour Rifa’at, l’oncle de Bachar. Au nom de l’asabiyya, la préservation du clan…

La guerre contre le terrorisme n’est évidemment dans tout cela qu’un très médiocre alibi. Rappelons qu’il y a, en quelque sorte, deux conflits distincts en Syrie. L’un à l’est du pays, mené par la coalition contre Daech. L’autre, à trois cents kilomètres de là, dans ce qu’on appelle la « Syrie utile », celle des grandes villes de l’ouest : Alep, Idlib, Homs, Hama, Damas, Deraa. C’est là que l’insurrection est née et s’est développée à partir de mars 2011. C’est cette Syrie, et cette insurrection, qui est frappée par la Russie et le régime. Ce sont majoritairement les habitants de ces régions qui fuient le pays. L’amalgame entre les deux guerres est au cœur du mensonge poutinien. Ce n’est pas Daech qui est visé à Alep, pour la bonne raison que cette organisation n’y est pas, repoussée qu’elle a été par les rebelles.

Si beaucoup est mensonge dans le discours russe et celui de Bachar Al-Assad, tout ne l’est pas. Au sein de l’insurrection, il est vrai que les jihadistes du Front Al-Nosra, rebaptisé récemment Fateh Al-Cham (Front de la conquête du Cham), ont pris au fil des années de plus en plus d’importance. Ce mouvement, dont les dirigeants ont été complaisamment sortis de prison par Bachar Al-Assad en septembre 2011, s’est renforcé à mesure que le régime durcissait la répression. Il a participé de la militarisation de la guerre civile, servi d’alibi à Damas pour attaquer l’insurrection et massacrer des centaines de milliers de civils. Mais il n’est pas vrai que la rébellion a disparu. Il n’est pas vrai qu’il n’y a pas d’interlocuteurs non jihadistes qui puissent s’inscrire dans une perspective de règlement politique. Il est surtout erroné de croire encore que Bachar Al-Assad est celui qui fait barrage aux jihadistes. Il est, depuis 2011, celui qui les renforce.

[^1] Le PCF a cependant publié lundi un communiqué demandant « un cessez-le-feu immédiat ».

source

 

15 photos pour nous rappeler notre passé… de réfugiés !


15 photos pour nous rappeler notre passé… de réfugiés !

Source : Fred Ramage/Keystone/Getty Images

Source : Fred Ramage/Keystone/Getty Images

Le Time a publié des photos colorisées de la Deuxième Guerre mondiale, quand les Européens fuyaient l’horreur de la guerre. Comme les Syriens aujourd’hui.

Le magazine américain Time a demandé au photographe Sanna Dullaway de coloriser des photos des populations qui ont migré pendant la Deuxième Guerre mondiale. Pour quelle raison ? Pour montrer que la réalité d’hier ressemble à celle d’aujourd’hui. Seuls les acteurs ont changé : ils étaient européens, aujourd’hui ils sont Syriens, Afghans ou Iraqiens.

Entre 1939 et 1945, plus de 60 millions d’Européens ont été contraints de quitter leur maison et parfois leur pays, pour fuir les horreurs de la guerre. 70 ans plus tard, des centaines de milliers de réfugiés originaires d’Afrique et du Moyen-Orient tentent de rejoindre l’Europe.

Un article du Washington Post revient sur un fait important de la Deuxième Guerre mondiale : The forgotten story of European refugee camps in the Middle East (L’histoire oubliée des camps de réfugiés européens au Moyen-Orient). En 1942, le Royaume-Uni avait mis en place la MERRA (Middle East Relief and Refugee Administration). Un dispositif qui a permis à 40 000 Européens de s’établir dans des camps de réfugiés en Syrie, Égypte et Palestine.

Voici les 15 photos publiées par le Time. Elles nous rappellent que l’histoire se répète souvent, mais avec des protagonistes différents. Parfois, les rôles sont inversés.

Source : Fred Ramage/Keystone/Getty Images/Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : AP Photo / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : Fred Ramage / Keystone/ Getty Images / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : Fred Ramage / Keystone/ Getty Images / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : John Florea, Courtesy of Steven Kasher Gallery / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : AP Photo / Peter J. Carroll / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : AP Photo / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : FPG / Hulton Archive / Getty Images / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : Fritz Eschen / ullstein bild via Getty Images / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : Berliner Verlag—Archiv/picture-alliance/dpa/AP / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : Allan Jackson/Keystone/Hulton Archive / Getty Images / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : Three Lions / Getty Images / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : Keystone-France / Gamma-Keystone via Getty Images / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : Fred Ramage / Keystone/ Getty Images / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Source : AP Photo / Photo colorisée par Sanna Dullaway

Ma famille a connu une autre immigration. Elle n’a pas quitté l’Italie pendant la guerre, mais 15 ans après pour trouver du travail en France au début des années 60. On a souvent un lien dans notre passé avec un autre peuple, une autre terre.

Ces photos m’ont beaucoup touché. J’y vois un message d’espoir : il y a une vie après la guerre même loin de notre pays d’origine.

 

Leila Shahid : « Shimon Peres a aussi contribué à tuer le camp de la paix »


L’ancien président d’Israël a certes permis la reconnaissance mutuelle entre les deux peuples avec les accords d’Oslo. Mais, selon la Palestinienne Leila Shahid, il a finalement abandonné le camp de la paix.

ila Shahid est ancienne ambassadrice de la Palestine en France. A ce titre, elle a côtoyé de nombreuses fois Shimon Peres, en particulier dans le cadre des négociations de paix israélo-palestiniennes. Elle revient sur la carrière de celui qui, selon elle, a certes voulu amener une reconnaissance mutuelle entre les deux peuples mais a finalement abandonné le camp de la paix.

C’est, avec la mort de Shimon Peres, le dernier « père fondateur » d’Israël qui disparaît, est-ce une page qui se tourne ?

Il est évident que nous venons de perdre en quelque sorte le « dernier Mohican ». Il est l’un de ces fondateurs du parti travailliste qui ont été les grands personnages politiques d’Israël depuis Ben Gourion jusqu’à lui en passant par Dayan, Rabin, Begin, Shamir…

Shimon Peres a joué un grand rôle dans l’histoire d’Israël, sur le plan politique et surtout diplomatique. Ce Polonais d’origine savait parler à l’Occident et s’intéressait bien davantage à la diplomatie qu’à la chose militaire

voir l’article ici

La culture est un droit fondamental !


A vos ordres Monsieur Erdogan?

Ainsi donc, Monsieur Mayeur, bourgmestre de Bruxelles, a interdit aux citoyens belges d’origine kurde d’organiser un événement de leur « Semaine Culturelle » à la place d’Espagne… s’associant en cela à Monsieur Kir, son camarade bourgmestre de St Josse, qui avait lui aussi interdit à l’Institut kurde d’organiser des activités culturelles sur son territoire.

La décision de Monsieur Kir n’étonnera que ceux qui ignorent ses sympathies pour le régime de Monsieur Erdogan, sympathies qui l’ont mené à participer, en juillet dernier en Anatolie, à la « mobilisation populaire » initiée par le dictateur turc.

Du moins Monsieur Kir a-t-il notifié dans les règles, sans tergiverser, son refus de laisser s’exprimer la population d’origine kurde.
Ce n’est pas vraiment le cas de Monsieur Mayeur qui a fait part de son refus à un moment où les organisateurs n’avaient plus le temps de trouver une solution alternative… Soit trois mois après la demande et juste à quelques jours avant le début de l’évènement.

Les mauvais esprits, partisans du dictateur turc ça va de soi, diront que c’est bien joué d’avoir enfumé les organisateurs en leur laissant entendre pendant trois mois qu’il n’y aurait pas de problème, les services communaux donnant même leur accord pour la location de matériel technique et des mesures de sécurité ayant été concertées avec la police…
Et au dernier moment, pan!
Un rien pervers comme stratégie, non?

Monsieur Mayeur était pourtant parfaitement au courant qu’il s’agissait d’un spectacle de danses folkloriques, d’animations pour les enfants, de dégustation de mets typiques du Kurdistan… Et que la place d’Espagne est un lieu quasiment clos et facilement contrôlable.
Alors pourquoi cette interdiction de dernière minute?

Pas de réponse de Monsieur Mayeur, aucune motivation dans sa lettre de refus… Même le danger terroriste n’est pas invoqué, c’est vous dire.
L’effet de surprise, mon cher! L’effet de surprise… C’est imparable!

Pour mémoire, c’est le même bourgmestre qui avait, en 2015, autorisé le rassemblement des partisans islamistes d’Erdogan en arrêtant la circulation des trams dans l’avenue Louise… Et c’est la police de ce même bourgmestre qui, en juillet dernier, a autorisé un manifestant à utiliser le haut-parleur de leur voiture de patrouille, lors du rassemblement en soutien à Erdogan devant l’ambassade turque.

Il reste à l’Institut Kurde à déposer plainte au Conseil d’Etat… Ça doit rappeler des souvenirs aux militants de la Plate-forme Palestine de Charleroi qui avaient aussi déposé plainte à ce même Conseil après une interdiction du même ordre de Monsieur Magnette, bourgmestre de la ville.

Est-ce une nouvelle technique concertée de lutte contre la liberté d’expression?

Hé Jaurès! Reviens, ils ont perdu leur âme!

Rudi Barnet
(Septembre 2016)

Après l’interdiction non justifiée de quelques activités culturelles de la Semaine Culturelle du Kurdistan à Saint-Josse-ten-Noode, celles de la Place d’Espagne ont aussi été interdites. Le Collège du Bourgmestre et des Echevins de Bruxelles n’a donné aucune motivation pour cette décision. L’Institut Kurde n’accepte pas une telle décision injuste et tardive et a déposé une plainte auprès du Conseil d’Etat

voir texte en NL ici 

Citoyennes, féministes et musulmanes  


Citoyennes, féministes et musulmanes

Une opinion d’un collectif de citoyennes musulmanes(1).

En Belgique, les mesures en vue de refouler hors de la vie sociale les musulmanes portant le foulard se multiplient. Ne nous contraignez pas au repli communautaire, devenons des alliés.

Nous sommes des femmes qui vivons et agissons en Belgique. Nos pays d’origine, nos profils, engagements et centres d’intérêt sont très divers, mais les images que l’on produit de nous nous réduisent à une seule facette de notre identité dans laquelle on nous enferme : nous sommes musulmanes. Certaines d’entre nous se couvrent la tête d’un foulard que vous appelez « islamique ». Pour la plupart, nous sommes croyantes. Mais, toutes, nous nous sentons assignées à une identité fantasmée qui nous met systématiquement dans le même sac que des assassins. De là vient la solidarité qui nous soude aujourd’hui, notamment entre « voilées » et « non voilées ». C’est à partir de cette solidarité que nous nous adressons à vous. Et, aussi, à partir de toutes nos identités choisies, trop ignorées. Dont celle-ci : nous sommes féministes.

Nous vivons des temps difficiles. L’irruption sur le sol européen d’un terrorisme qui tue aveuglément au nom de l’islam a mis fin à l’illusion que nous pouvions nous tenir à l’écart des violences du monde. Que notre société cherche à se protéger, quoi de plus naturel ? Nos responsables répètent à l’envi qu’il faut éviter les amalgames et ne pas confondre une poignée de criminels avec la grande masse des musulman(e)s. Alors pourquoi a-t-on l’impression que c’est cette grande masse qui est systématiquement ciblée dans les discours et les pratiques ? La lamentable saga du « burkini » vient encore de l’illustrer. Tout ce vacarme pour quelques femmes qui ne se déshabillent pas comme il faudrait ! La pente naturelle de cette nouvelle hystérie française qui s’exporte déjà en Belgique, c’est l’interdiction des « signes religieux ostentatoires » dans tout l’espace public. Ça ne viserait une fois de plus que des femmes, pour l’immense majorité d’entre elles parfaitement inoffensives, et ça ne gênerait aucun terroriste en puissance. Est-ce ainsi qu’on pense éviter l’amalgame entre une toute petite minorité criminelle et l’ensemble de la population musulmane ?

Les interdits se multiplient

En Belgique, on n’a pas attendu le « burkini » pour prendre de multiples mesures en vue de refouler hors de la vie sociale les musulmanes portant le foulard. Les interdits se multiplient dans l’emploi comme dans l’enseignement. Dernières péripéties en date : à partir de la rentrée de septembre, deux écoles fréquentées par des adultes, à Bruxelles et à Liège(2), ont changé leur règlement d’ordre intérieur pour y interdire le foulard. Cela concernera plus d’une cinquantaine d’étudiantes en cours de scolarité. La Belgique va ici plus loin que la France qui limite l’interdiction du foulard à l’enseignement secondaire. Le candidat Sarkozy, qui court derrière le Front national, a déclaré vouloir étendre cette interdiction à l’enseignement supérieur. En Belgique, c’est déjà chose faite, sans aucun débat…

Seules des femmes sont concernées par toutes ces mesures. Ça ne vous choque pas ? Pourquoi aucun des interdits ne vise les « barbus » ? Ne serait-ce pas parce qu’il y a autant de barbes musulmanes que de barbes profanes et qu’il n’existe aucun moyen infaillible pour les distinguer ? N’est-ce pas là la preuve que la neutralité d’une apparence, cela ne veut rien dire et que la neutralité ou l’impartialité résident seulement dans les actes posés ?

Nous le voyons bien : ce foulard, celui de nos mères, de nos sœurs, de nos amies vous trouble. A la lumière du long combat des féministes d’Occident, mené notamment contre l’emprise d’une Eglise dominante, vous ne pouvez y voir qu’une régression. Nous devons à ce combat des libertés que nos mères et nos grands-mères n’auront souvent jamais connues. Nous pouvons désormais échapper à la tutelle masculine et nous ne nous en privons pas. En particulier, aucun homme, père, frère ou mari ne pourrait se permettre de nous imposer une tenue vestimentaire contre notre volonté – même si nous savons bien que ce n’est pas une règle générale. Toutes, nous sommes pleinement le produit de notre culture européenne, même si, pour beaucoup parmi nous, celle-ci est métissée d’un ailleurs. Pour celles d’entre nous qui le portent, le foulard ne saurait être un affront aux valeurs démocratiques puisque celles-ci sont aussi les nôtres. Il ne signifie absolument pas que nous jugerions « impudiques » les femmes qui s’habillent autrement. Comme féministes, nous défendrons toujours le droit des femmes d’ici et d’ailleurs à se construire leur propre chemin de vie, contre toutes les injonctions visant à les conformer de manière autoritaire à des prescriptions normatives.

Devenir des allié(e)s

Vous affirmez souvent que nos foulards sont des signes religieux. Mais qu’en savez-vous ? Certaines d’entre nous sont croyantes et pourtant ne le portent pas, ou plus. D’autres le portent dans la continuité d’un travail spirituel, ou par affirmation identitaire. D’autres encore par fidélité aux femmes de leur famille auxquelles ce foulard les relie. Souvent, toutes ces motivations s’imbriquent, s’enchaînent, évoluent dans le temps. Cette pluralité se traduit également dans les multiples manières de le porter. Pourquoi les femmes musulmanes échapperaient-elles à la diversité qui peut s’observer dans tous les groupes humains ?

Pourquoi vous raconter tout cela ? Pour que, à partir d’une meilleure compréhension mutuelle, nous puissions devenir vraiment des allié(e)s. Car nous ne serons jamais trop nombreuses pour combattre les injustices et les inégalités en tout genre, à commencer par celles qui frappent les femmes. Pour que vous cessiez de considérer celles d’entre nous qui portent le foulard comme, au choix, des mineures sous influence, des idiotes utiles ou des militantes perfides d’un dogme archaïque. Pour vous donner envie de nous rencontrer – toutes, et pas seulement celles qui ont les cheveux à l’air -, au lieu de nous tenir à l’écart et de nous contraindre ainsi au repli communautaire. Nous voulons vraiment faire société ensemble, avec nos ressemblances et nos différences. Chiche ?

—> (1) Sema Aydogan, Serpil Aygun, Layla Azzouzi, Malaa Ben Azzuz, Ouardia Derriche, Farah El Heilani, Khalissa El Abbadi, Tamimount Essaidi, Maria Florez Lopez, Marie Fontaine, Seyma Gelen, Malika Hamidi, Ihsane Haouach, Khaddija Haourigui, Eva Maria Jimenez Lamas, Julie Pascoët, Farida Tahar. Contact : citoyennesmusulmanes@gmail.com

—> (2) L’Institut d’enseignement de promotion sociale d’Uccle (Bruxelles), qui dépend de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et la Haute école de la province de Liège, qui dépend du pouvoir provincial. La plupart des Hautes écoles de l’enseignement officiel disposent déjà de tels règlements, ainsi – et c’est peut-être encore plus grave – que de très nombreux établissements de promotion sociale.

 

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑