SYRIE: Le profil du régime des Assad


Ajoutée le 1 août 2012

ARTICLE A LIRE AVEC LA VIDEO : http://syrianfacts.wordpress.com/2012…

PLUS SUR LA SYRIE : http://syrianfacts.wordpress.com/

Voici la première vidéo d’une série de six vidéos qui traitent de six aspects différents de la crise qui touche actuellement la Syrie. Elles ne prétendent pas, à cause du format vidéo, à une quelconque exhaustivité mais sont plutôt à voir comme une invitation à approfondir les thèmes des vidéos, dont il sera question dans une série d’articles sur le site syrianfacts.

La première vidéo traite du profil du régime syrien. En effet, beaucoup ignore tout de la nature de ce régime qui dirige la Syrie depuis plus de 40 ans. D’autres n’imaginent pas à quel point ce régime est cruel et puissant.
Il est d’usage de dire que le régime syrien est alaouite. Ceci n’est pas totalement faux, mais il convient d’apporter des explications afin de clarifier une formulation peu précise.

Le régime syrien est un régime dont la tête est le clan Assad, dont le coeur est alaouite, et où le reste du régime est plus dilué, bien qu’à majorité alaouite.

L’histoire de la Syrie baathiste débute le 8 mars 1963, c’est la révolution baathiste, conduite par le Comité Militaire et dont les membres les plus importants sont Mohamed Omran, Salah Jedid et Hafez Al-Assad, tous alaouites. La Syrie est dirigée par le Commandement National du Conseil de la Révolution.
Lorsque Hafez Al-Assad prend le pouvoir par un coup d’état, en 1970, il ne prétend pas faire la révolution mais s’inscrit au contraire dans le cadre de la révolution de 1963 dont il dit vouloir accomplir les objectifs, raison pour laquelle Hafez parle de « mouvement rectificatif ». Hafez continuera les purges initiées à l’ère Jedid pour ne s’entourer que d’hommes loyaux. Jedid a éliminé toute concurrence sunnite, druze ou ismaéliens, Hafez neutralise ses concurrents alaouites, dont Jedid ou Omran, assassiné au Liban en mars 1972.

De fait, tous les postes clés, les postes qui comptent, sont dirigés par des alaouites proche de Hafez Al-Assad. D’une Syrie baathiste, on passe à la une Syrie assadienne.
La dictature de Hafez se structure autour de l’armée, de réseaux de cooptation, du parti Baath qui, vidé de sa fonction officielle, ne sert que de porte voix au discours officiel et de la mise en place du Ministère de l’Information qui se charge de la propagande d’Etat, en particulier de discréditer les adversaires de Hafez Al-Assad : ils sont systématiquement accusés d’être des ennemis de la révolution, de la nation arabe, des alliés des sionistes, etc… En bon dictateur, Hafez Al-Assad se confond avec l’Etat et toute critique envers sa personne est vue comme une trahison à la Syrie.

A cela, il faut ajouter les toutes puissantes moukhabarat qui ont pour mission le contrôle de l’ensemble de la société syrienne. 12 branches qui surveillent les moindres faits et gestes des syriens… et qui se surveillent entre elles ! Il n’est pas rare que les différentes branches interfèrent entre elles. Ainsi, il est possible d’avoir à demander une autorisation pour ouvrir un commerce aux moukhabarat de l’Armée de l’Air…
Un point méconnu : les moukhabarat ouvrent également à l’étranger. Les ambassades sont utilisées pour espionner les syriens expatriés. C’est ce qui explique que le mur de la peur, ce fameux mur tombé avec le début des révoltes en Syrie, touche l’ensemble des syriens.

Le régime des Assad est, pour finir, un régime sans foi ni loi. La différence entre la Constitution et la réalité des syriens est énorme. Par ailleurs, les membres du régime ne connaissent pas non plus de morale capable de les freiner dans leur folie.

Le récit de Moustapha Khalifé permet de voir tous ce qui caractérise le régime des syriens, et vous y retrouverez ce qui a été dit dans la vidéo :
Un homme qui critique la personne du président Hafez, à Paris, devant une connaissance syrienne qui s’avère être un indic. En Syrie, il est accusé, sans aucun jugement, d’être des frères musulmans…bien qu’il soit chrétien. Cela lui vaudra des années de prison, un calvaire où les traitements absolument inhumains, les insultes à la religion, et autres caractéristiques du régime des Assad apparaissent clairement.

Une « radicalisation très rapide », cela s’appelle une conversion


Les heures qui ont suivi la tragédie de Nice ont vu les dirigeants chercher leurs mots pour caractériser l’auteur de l’attentat : « terroriste » assurément, mais « islamiste » pour les uns, pas forcément pour les autres, avec la même incertitude pour « radical ». Et puis est tombée la revendication du carnage par Daech, le bien mal-nommé « Etat islamique », et le ministre de l’Intérieur a pu enfin décrire un terroriste « radicalisé très rapidement ».

Plutôt que le terme de « radicalisation », dont on voit qu’il obscurcit autant qu’il éclaire, j’ai proposé dès mars dernier dans une tribune au « Monde » d’utiliser le mot de « conversion ». Le basculement « très rapide » renvoie à l’intégration dans une secte, Daech, qui prône la religion jihadiste, avec le salut assuré pour ses seuls fidèles et les pires tourments prédits, et parfois infligés, à ceux qui sont désignés comme adversaires.

Cette secte millénariste affirme l’imminence de la Fin des Temps, du fait de la multiplication de signes prophétiques sur la terre de Syrie (en arabe bilad al-Cham). C’est sur cette terre qu’a déjà commencé l’ultime bataille, entre les localités de Dabiq et d’A’maq (Dabiq est le nom du magazine en ligne de Daech et A’maq celui de son « agence de presse » où a, entre autres, été revendiqué le carnage de Nice). Les fidèles qui périront dans ce combat apocalyptique auront le privilège de racheter les péchés de 70 de leurs proches au Jugement dernier.

Mohamed Lahouaiej Bouhlel n’avait de musulman que le prénom. Il ne respectait aucune des prescriptions canoniques de l’Islam, que ce soit la prière, le jeûne, la charité ou le pèlerinage. Sa consommation d’alcool était apparemment problématique. Le tueur de Nice ne s’est donc pas « radicalisé » dans l’Islam, il s’est converti à la secte jihadiste. Converti comme des centaines d’autres Françaises ou Français, dont Daech se charge de déconstruire l’éventuel bagage culturel et religieux pour y substituer le credo de la secte.

C’est en 1987 que Bruno Etienne, avec son livre « L’Islamisme radical », popularise une catégorie au fond fourre-tout de « radicalité » : s’agit-il d’appliquer l’Islam à la racine, dans une forme de fondamentalisme, ou bien de tirer d’une religion un programme d’action politique ? Les recherches ultérieures et l’évolution des pays arabo-musulmans ont clarifié la distinction entre l’Islam politique, d’une part, et le salafisme de type littéraliste, d’autre part.

L’invasion du Koweit par l’Iraq de Saddam Hussein en 1990 et l’appel saoudien à une intervention des Etats-Unis pour l’en chasser clive jusqu’à aujourd’hui le champ islamiste : les tenants de l’Islam politique, au premier rang desquels les Frères musulmans, fustigent alors le recours à Washington, tandis que les salafistes se rallient à leurs parrains du Golfe et en sont généreusement récompensés. Mais un troisième courant, ultra-minoritaire, condamnant les uns et les autres, prône un jihad révolutionnaire à l’encontre des régimes en place.

Ce jihadisme a donc pour priorité la prise du pouvoir dans les pays arabes. Il devient « global » en faisant de la planète entière une « terre de jihad », alors que quatorze siècles de pratique islamique avaient ancré le jihad dans un territoire précis à conquérir ou à défendre. Cette mutation s’opère en Afghanistan, avant que ce « jihad global » ne se leste d’un message apocalyptique sur les terres d’accomplissement des prophéties que sont l’Irak, et plus encore la Syrie.

On voit combien l’expression d’« islamisme radical » rend mal compte de la réalité de la secte jihadiste, qui divise le monde en cinq catégories : les « Musulmans », terme réservé aux seuls membres de la secte, les « Apostats », soit tous les Sunnites, les « Hérétiques », soit les Chiites et autres familles de l’Islam, et enfin « les Juifs et les Croisés ». C’est bien pourquoi les Musulmans, et avant tout les Sunnites, sont partout en première ligne face aux sectateurs de Daech qui leur dénient leur identité même de Musulmans.

Le choix des termes justes va de pair avec la définition des alliances stratégiques dans ce combat de longue haleine contre le monstre jihadiste.

source

Jean-Pierre Filiu est professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris). Il a aussi été professeur invité dans les universités de Columbia (New York) et de Georgetown (Washington). Ses travaux sur le monde arabo-musulman ont été diffusés dans une douzaine de langues.
Jean-Pierre Filiu est professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris). Il a aussi été professeur invité dans les universités de Columbia (New York) et de Georgetown (Washington). Ses travaux sur le monde arabo-musulman ont été diffusés dans une douzaine de langues.

La police de Dallas a utilisé un robot pour tuer un homme


Norédine Benazdia – Übergizmo – dimanche 10 juillet 2016

L’utilisation d’un robot pour tuer un homme qui aurait mortellement tiré sur 5 policiers de Dallas soulève de nombreuses interrogations. Il est vrai que c’est la première fois que la police américaine utilise des robots de cette manière.

Vendredi matin, à l’aube, le tireur présumé, Micah Xavier Johnson, était retranché dans un parking. Après une heure d’échange de coups de feu, la police a décidé d’utiliser un robot pour déposer une bombe qui a tué le forcené.

Pour le chef de la police de Dallas, il n’y avait pas d’autres choix : »Toutes les autres options auraient exposé les policiers à un grand danger.«

Le robot utilisé était un Northrop Grumman Remotec Andros. C’est un robot utilisé pour le déminage de bombes par la police et l’armée un peu partout dans le monde. Il roule et pèse et 220kg. Il intègre de nombreux capteurs et dispose d’un bras robotique avec une pince.

HD_Series_SX_2-l

Ce robot est aussi fréquemment utilisé lorsque des personnes armées retiennent des otages. En général, ils s’en servent pour repérer où se trouve la personne hostile , ou pour apporter des pizzas bourrées de somnifère à la personne armée. Il n’avait jamais été utilisé pour tuer.

Le plus étonnant serait alors l’histoire de la « bombe » utilisée par la police. Que fait donc la police avec une bombe ? Ce n’est pas une bombe comme on pourrait l’imaginer. Il s’agit plutôt d’un assemblage de petites charges explosives utilisées par les équipes d’interventions américaines (SWAT) pour ouvrir les portes ou faire un trou dans un mur. Parfois, les équipes de déminage ont aussi de petites charges explosives pour faire exploser un sac suspect.

Forcément, cette première utilisation d’un robot tueur soulève quelques questions éthiques. Mais il faut avant tout retenir 3 choses :

1/ Tout d’abord, il ne s’agissait pas d’un robot autonome. Le robot était télécommandé et l’explosif déclenché à distance.

2/ Ce robot n’a jamais été conçu pour être armé. Il existe en revanche des robots qui sont en cours de développement. Ceux-ci seront armés de joyeusetés comme des mitraillettes ou des lance-missiles. (Si ça vous intéresse allez-voir les prototypes US MAARS et Chinese Sharp Claw).

3/ En réalité, le débat aujourd’hui est de savoir s’il est possible d’empêcher les robots autonomes d’entrer sur les champs de bataille dans un futur proche. Surtout à une époque où les militaires du monde entier commencent déjà à établir des plans et des méthodes. Dans ce débat, on se demande si ces robots ne pourraient pas s’en prendre aux civils et ne pourraient pas non plus être les auteurs d’une boucherie sans précédent.

Il est certain que l’utilisation de la robotique par les militaires, la police ou les civils va se développer dans le futur. Plus de 80 pays ont des robots dans leur armée, et des sociétés comme Google, Tesla, Uber ou Ford rêvent d’un futur avec des voitures sans chauffeur. Dans certains pays, la police utilise déjà des drones de surveillance, qu’ils soient petits pour suivre des individus ou plus grands pour surveiller des quartiers entiers.

Il faut donc distinguer les systèmes autonomes des systèmes armés. Les hélicoptères de la police ne sont pas armés par exemple, il y a donc peu de chance qu’il y ait des drones avec des armes au-dessus de nos têtes. Et la tendance aux outils autonomes ne signifie pas forcément que ces outils devront être armés.

Avant Dallas, la discussion concernant l’utilisation de robots par la police tournait autour des armes « non létales ». Dans les congrès et salons sont présentés des robots équipés de tasers ou de gaz lacrymogène. En Chine, le robot Anbot est un robot conçu pour être autonome et il est pourtant équipé d’un électrochoc similaire à un aiguillon à bétail. Ce robot fait beaucoup parler de lui pour des raisons évidentes.

Le débat est toujours de savoir si les armes non létales sont utilisées plus abusivement. Il suffit de penser au débat quand le taser est arrivé : les taser sauvent (prétendument) des vies, cependant ils peuvent être utilisés plus souvent et pas toujours à bon escient.

Jérusalem. Elie Wiesel, l’ami des colons israéliens


 

Ha’Aretz

Jewel Samad

Elie Wiesel en avril 2013 – AFP/Jewel Samad

Survivant de la Shoah et prix Nobel de la paix, l’écrivain juif américain est également à la tête d’Elad, une organisation radicale de colons israéliens qui occupe les maisons des Palestiniens à Jérusalem, révèle l’homme politique israélien de gauche Yossi Sarid.

J’ai toujours beaucoup appris des rubriques “potins”, que nos
journaux préfèrent appeler par pudeur “échos”. Sans elles, comment saurions-nous qui roule pour qui, et dans quel intérêt ?

Avant de lire les pages d’information pure, allez donc jeter
un œil à ces pages légères. Vous verrez, cela vous aidera à comprendre les
rouages du système.Renforcer la présence juive

Ainsi, vendredi dernier, Ha’Aretz comportait
un encadré de remerciements, en hébreu, à ces “dizaines de nouvelles
familles qui rejoignent la communauté juive dans la Cité de David” [nom donné au
quartier arabe de Silwan à Jérusalem-Est, site de la Jérusalem antique du roi David,
qui fait l’objet d’une campagne de ‘judaïsation’ démographique].”Nous saluons
l’engagement sioniste de tous les acteurs : nous sommes unis dans la
volonté de renforcer la présence juive à Jérusalem. Avec vous, nous accueillerons les pèlerins qui nous rendront visite pendant les fêtes.”

Le texte est suivi de signatures de proches du mouvement de
colonisation Elad. Certains des noms sont totalement inconnus, mais d’autres
étonnent. Après tout, c’est une organisation connue pour semer le trouble dans
la “ville de la paix” [Jérusalem].Que font-ils là ?

Je ne me suis pas étonné de voir le nom du chanteur israélien Yehoram
Gaon – il voit des drapeaux partout. Mais que viennent faire là l’ancien chef des services de renseignements
militaires, Amos Yadlin, l’ancien chef de la police, Shlomo Aharoniski, et
l’ancien directeur de l’hôpital universitaire Hadassah, Shlomo Mor-Yosef ?
Que fait ici Ilan Cohen, un ancien directeur du cabinet du Premier
ministre ? Peut-être devraient-ils expliquer comment ils peuvent apporter
leur soutien à des gens qui en expulsent d’autres [Palestiniens] pour s’emparer de leurs maisons ?

Et qui y a-t-il à leur tête ? Vous ne le devinerez
jamais. Pas le magnat des casinos [le milliardaire américian] Sheldon Adelson. Pas l’homme d’affaires américain Irving Moskowitz et son épouse Cherna.

Non, à leur tête se trouve un homme étroitement lié à la
mémoire de l’Holocauste, un lauréat du prix Nobel de la paix et de la médaille
de la Liberté de la présidence américaine : Elie Wiesel. Un homme au sujet
duquel le comité Nobel déclarait : “Elie Wiesel est un messager pour
l’humanité ; son message est un message de paix, de pardon et de dignité humaine.”

Voilà un homme dont on attend qu’il manifeste une sensibilité
particulière aux souffrances d’autrui, et ce où qu’il se trouve, aussi bien
dans la ville roumaine de Sighetu Marmatiei, dont il est originaire, que dans
le quartier de Silwan à Jérusalem. Voilà un homme qui se targue d’être l’ami de
Barack Obama mais qui soutient des gens qui insultent publiquement le président américain.

Les saboteurs du processus de paixAvant chaque réunion à Washington [pour la paix israélo-palestinienne], les activistes d’Elad préparent une
énième invasion à Jérusalem, sabotant du même coup les efforts laborieux
accomplis par les négociateurs. Peut-être [le Premier ministre israélien] Benyamin Nétanyahou savait-il pourquoi il
proposa, un temps, la présidence d’Israël à Elie Wiesel – nous en tout cas, nous ne comprenions pas.

Elie Wiesel se déclare en dehors de la vie politique
israélienne. Chaque fois qu’on lui a demandé de
réagir à quelque injustice autour de nous qui rappellerait quelque autre injustice lointaine, il a éludé.

Alors maintenant le voir lui, entre tous les hommes, pénétrant
violemment dans une maison [palestinienne] puis une autre, des maisons acquises par des
transactions douteuses, qu’on peut faire évacuer dans la nuit avant que
les draps et le café aient refroidi ? Lui, entre tous, brandissant le châle de prière pour dissimuler un nettoyage ethnique ?

De toutes les organisations d’Israël, il a choisi Elad, la
plus controversée, un mouvement sans vérité, sans grâce, sans compassion. On ne
comprend que trop bien pourquoi Elad l’a choisi lui à la présidence ; mais pourquoi a-t-il accepté ?

Elie Wiesel est un homme immensément respecté, par les Juifs
et par les nations non-juives, parce que ce survivant est devenu un témoin et
un passeur pour toutes les victimes de l’Holocauste. M. Wiesel, pourquoi ne
rendez-vous pas un peu de ce respect ? Revenez sur votre choix, n’associez pas votre nom à Elad, ne signez pas leurs remerciements infamants.

Yossi Sarid
Source

Premier journal publié en hébreu sous le mandat britannique, en 1919. “Le Pays” est le journal de référence chez les politiques et les intellectuels israéliens. Aujourd’hui situé au centre gauche, Ha’Aretz a toujours cultivé une ligne éditoriale […] Lire la suite

 

Elie Wiesel l’imposteur et Jérusalem


 

par Alain Gresh, 18 avril 2010

Dans une publicité intitulée « For Jerusalem » et reproduite par l’International Herald Tribune (16 avril 2010), Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, réaffirme son inquiétude. Ce texte affirme hautement que « Jérusalem est au-dessus de la politique ». Ce qui, pour l’auteur, signifie qu’elle doit… rester israélienne.

Pour lui, précise-t-il, sa présence dans l’histoire juive est totale, elle est mentionnée « 600 fois dans les écritures et pas une seule fois dans le Coran ». Outre que cela est discutable (je ne vais pas entrer ici dans une interprétation du texte coranique), on ne voit pas en quoi la mention d’une ville dans un texte vieux de quelques milliers d’années donnerait un droit de propriété à quiconque. Ou alors il faudrait redéfinir les frontières de l’Europe en fonction des textes latins du Moyen Age ou des textes grecs de l’Antiquité.

Lire aussi Philippe Rekacewicz& Dominique Vidal, « Comment Israël confisque Jérusalem-Est »,Le Monde diplomatique, février 2007.« Il n’y a pas de prière plus émouvante dans l’histoire juive, poursuit-il, que celle qui exprime notre (les juifs) désir ardent de retourner à Jérusalem. » Cette interprétation politique d’une prière n’a évidemment aucun sens. Pendant des siècles, les juifs religieux ont effectivement prononcé cette prière, mais sans jamais vouloir la mettre en œuvre. Jusqu’en 1948, les juifs pouvaient se rendre à Jérusalem (certains y allaient pour être enterrés). C’est seulement avec la naissance du mouvement sioniste que l’objectif est devenu politique. Comme l’écrit si pertinemment Gilles Perrault dans sa biographie d’Henri Curiel, Un homme à part (Fayard), « la minorité sioniste exceptée, personne ne ressentait la nécessité d’un Etat juif et l’on n’éprouvait pas le besoin de psalmodier “l’an prochain à Jérusalem” quand il suffisait de prendre le train de 9h45 pour s’y rendre ».

« Aujourd’hui, poursuit Wiesel, pour la première fois dans l’histoire, juifs, chrétiens et musulmans peuvent accomplir leurs rites religieux librement. Et, contrairement à certaines affirmations des médias, juifs, chrétiens et musulmans ONT (en capitale) l’autorisation de construire leurs foyers n’importe où dans la ville. »

Il faut le dire clairement : il s’agit d’un honteux mensonge.

    • Lire l’article complet ici

BDS : la municipalité de Bondy (Seine-Saint-Denis) vote le boycott des produits des colonies


(ci-dessus, une photo d’archives choisie par le quotidien israélien Jerusalem Post pour illustrer son article sur le vote de Bondy)

(ci-dessus, une photo d’archives choisie par le quotidien israélien Jerusalem Post pour illustrer son article sur le vote de Bondy)

La municipalité de Bondy (Seine-Saint-Denis), a décidé de ne plus acheter de marchandises en provenance des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés.

Cette décision a été adoptée jeudi dernier par le conseil municipal à l’unanimité moins 5 voix contre, précise l’Association France-Palestine Solidarité (AFPS) dans un communiqué.

Bondy est une ville de 50.000 habitants de la banlieue est de Paris, dont la maire, la socialiste Sylvine Thomassin, s’appuie sur une majorité une coalition PS/PC/EELV.

Voici maintenant le texte intégral du vœu municipal :

« Vœu du Conseil municipal de Bondy, vendredi 24 juin 2016

C’est un droit citoyen légitime que de pouvoir accepter ou refuser d’acheter une marchandise en fonction de son origine. Et c’est un devoir pour une collectivité locale de vérifier la traçabilité des produits et des services qu’elle propose à sa population.

Or l’origine affichée de certains d’entre eux constitue une tromperie manifeste induisant les consommateurs et les municipalités en erreur. Elle porte atteinte à leur liberté de choix.
Plus précisément, les marchandises produites dans les colonies israéliennes en Palestine, reconnues par le droit international comme illégales, sont proposées sur le marché français comme venant d’Israël.

C’est évidemment faux, la Palestine n’est pas Israël, et les colonies installées en violation des règles internationales par la puissance occupante, n’ont aucun droit de se prévaloir comme étant partie intégrante de l’État israélien.

En conséquence :
Considérant que les colonies israéliennes sont illégales selon le droit international et sont assimilées comme un crime de guerre conformément à l’Article 49-6 de la Quatrième Convention de Genève et conformément à l’Article 55 du Règlement de la Haye ;

Considérant les Résolutions 242 (1967) et 338 (1973) du Conseil de Sécurité de l’ONU exigeant qu’Israël se retire entièrement des territoires qu’il occupe ;

Considérant la Résolution 465 (1980) du Conseil de Sécurité de l’ONU appelant tous les États à ne fournir à Israël aucune assistance ayant un lien avec les colonies dans les territoires occupés ;

Considérant que la Cour Internationale de Justice a confirmé en 2004 que les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés (dont Jérusalem-Est) ont été fondées en violation du droit international ;

Considérant que L’Assemblée Générale des Nations Unies, ses organes conventionnels des droits de l’homme, ainsi que pratiquement tous les états membres de l’ONU et les autres acteurs internationaux ont constamment confirmé l’illégalité des colonies conformément au droit international et ont appelé Israël à arrêter leur construction ;

Considérant la notice interprétative de novembre 2015 publiée par la commission européenne demandant l’étiquetage des produits fabriqués dans les colonies en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et sur le Plateau du Golan, occupés par Israël depuis 1967 ;

Le Conseil Municipal de Bondy se prononce pour l’application du droit international aussi bien dans son esprit que dans sa lettre qui déclare les colonies israéliennes en Palestine illégales et décide de ne fournir à sa population que des marchandises et des services conformes à ce droit.

Il demande l’application de la directive européenne sur l’étiquetage des produits fabriqués dans les colonies.

Décide en conséquence, de ne plus acheter de marchandises en provenance des colonies israéliennes et tant que la notice interprétative n’est pas appliquée en France, de rechercher avant achat, l’origine des produits qui ne précisent pas clairement leur provenance.

Estime que puisque l’Europe et la communauté internationale reconnaissent l’illégalité des colonies en Palestine, la France doit stopper les importations des produits qui y sont fabriqués ».

CAPJPO-EuroPalestine

 

Après le « Brexit », la City veut se battre à Bruxelles pour sauver sa peau


Les négociations avec l’UE vont être très difficiles, mais la City entend mener son lobbying. RUSSELL BOYCE / REUTERS

Les négociations avec l’UE vont être très difficiles, mais la City entend mener son lobbying. RUSSELL BOYCE / REUTERS

Le Monde.fr | 26/06/2016 – 09h58

Par Eric Albert (Londres, correspondance)

Retrouver ses esprits, limiter la casse et lancer la contre-attaque. Après la nuit blanche de panique vécue par la City, les financiers de Londres ont essayé d’évaluer les dégâts vendredi 24 juin.

Désormais, la question est de mesurer les effets de cette décision politique sur le centre financier : tournant historique ou simple passage à vide ? La plupart des acteurs de la City semblent hésiter. Mark Burgess, directeur des investissements pour l’Europe à Columbia Threadneedle Investments, une société de gestion, est de ceux-là.

« C’est évidemment une très mauvaise nouvelle, la City va perdre en taille. Nous dominons les échanges en euros actuellement, nous allons perdre cette partie de l’activité. Pour autant, les fonds d’investissement ne vont pas déserter Londres. »

Selon lui, la capitale britannique dispose de nombreux autres avantages : fuseau horaire central, langue anglaise, présence très importante d’avocats d’affaires et d’experts-comptables…

Mark Boleat, le président des politiques de la corporation de la City, partage le même point de vue :

« La City prospère comme centre de finance et de courtage depuis mille ans, et elle va continuer. On ne va pas connaître un exode des banques et des institutions financières. »

Le courtage en euros est « en danger »

Déjà, le Square Mile fourbit ses armes. Son avenir dépend des négociations entre le gouvernement britannique et l’Union européenne, et il entend déployer tous ses talents de lobbying pour grappiller un maximum de concessions.

Jeremy Browne est le représentant de la corporation de la City à Bruxelles et va être au cœur de ce bras de fer. Cet ancien secrétaire d’Etat libéral-démocrate, très proeuropéen, ne cache pas son choc :

« Je me suis réveillé à 4 h 30 vendredi matin, en pensant que le “Remain l’avait emporté. Ça a été un mauvais coup. »

Impossible de faire semblant que rien ne s’est passé. « Toutes les activités ne souffriront pas, loin de là. Si vous faites du financement de trafic maritime, ou que vous servez le marché britannique des assurances, ça n’aura pas d’impact, sauf peut-être à la marge. »

En revanche, il reconnaît que le courtage en euros réalisé à Londres est « en danger ». Ces flux monétaires passent par des « chambres de compensation », qui sont situées au Royaume-Uni. Ces organismes obscurs et techniques sont chargés d’assurer que, pour chaque transaction, l’échange entre les acheteurs et les vendeurs soit effectivement réalisé. En 2015, la Cour de justice européenne a confirmé qu’ils n’étaient pas obligés d’être basés au sein de la zone euro, mais simplement dans l’UE. Avec le « Brexit », le jugement condamne automatiquement les chambres de compensation à être dans l’UE, hors du Royaume-Uni.

Concentrer les efforts sur le « passeport »

Cependant, M. Browne entend se battre sur l’accès au marché unique. Actuellement, de nombreux établissements américains ou japonais ont fait de Londres leur base arrière pour le reste de l’UE. Ils profitent du « passeport » financier, qui leur permet de vendre des produits financiers créés au Royaume-Uni dans tout l’espace européen de 500 millions de consommateurs.

Mais les leaders du « Brexit » ont laissé entendre qu’ils ne souhaitaient pas rester dans le marché unique, parce qu’ils refusent, en échange, le principe de la libre circulation des personnes. Face à ce risque très important pour la City, M. Browne veut préparer la contre-attaque :

« Nous voulons conserver autant d’accès au marché unique qu’il est politiquement possible de le faire. »

La phrase alambiquée illustre les très difficiles négociations à venir.

En particulier, le lobbyiste entend se concentrer sur le passeport. « C’est le gros lot que l’on veut conserver », reconnaît M. Browne. Mais on imagine mal la France ou l’Allemagne faire une fleur sur ce sujet. D’autant qu’aucun pays hors de la construction européenne ne l’a jamais obtenu, pas même la Suisse.

Face aux Européens, la City risque cependant de ne pas être dans une position de force. Elle affiche un fort surplus commercial, et Bruxelles sait qu’elle n’a pas grand-chose à offrir en échange. Et reconnaît M. Browne :

« Bien sûr, certains pays voudront peut-être nous punir, mais il est dans l’intérêt de l’UE d’avoir de bonnes relations commerciales avec son voisin. »

Il ajoute qu’il est prêt à accepter un compromis. « L’accès à l’UE sera diminué, mais il peut y avoir différentes nuances de gris, dans l’utilisation du passeport, par exemple. »

source

Amin Maalouf parle culture sur une chaîne israélienne : nos lecteurs contribuent au débat


L’ORIENT LE JOUR

Amin Maalouf. Marwan Naamani/AFP
POLÉMIQUELe 2 juin, Amin Maalouf était l’invité de l’émission « Culture » de la chaîne israélienne francophone i24. Dans une interview préenregistrée, l’écrivain et académicien franco-libanais parle de son dernier roman, « Un fauteuil sur la Seine » (Grasset), de quatre siècles d’Académie française et des 18 Immortels (nom donné aux membres de cette Académie) qui l’ont précédé. Il évoque le travail de l’Académie sur les mots et, plus largement, l’attachement à la langue et à l’histoire. L’écrivain, lauréat du Goncourt, n’aborde en revanche pas de questions d’ordre politique.
Alors que le Liban et Israël sont encore en état de guerre, cette intervention a suscité de vifs débats au pays du Cèdre, voire de vives polémiques.
La rédaction de « L’Orient-Le Jour » a souhaité vous donner la parole, à vous lecteurs, afin de contribuer, de manière rationnelle, au débat.
Nous vous avons donc demandé, via un appel à contribution lancé le week-end dernier sur notre site, ce que vous pensiez de l’intervention de M. Maalouf sur une chaîne israélienne dans ce cas de figure précis. Voici vos réponses.
OLJ
14/06/2016
Voir le débat ici mais vu que le site semble difficile d’accès, voici les commentaires :

Une polémique stérile
La polémique autour de l’interview d’Amin Maalouf me semble stérile et inutile. J’ose espérer que nos « dirigeants » et chers leaders libanais sont conscients que de nombreux intellectuels binationaux, et encore plus de Libanais, travaillent et collaborent avec des intellectuels israéliens et prennent du plaisir à le faire. Avons-nous le droit, en tant qu’individus dans un pays qui se dit démocratique, de refuser cette soi-disant « guerre » ? Nous avons bien plus que des points communs avec nos voisins israéliens, et notre force sera de construire avec eux la paix de demain. Mais cela ne doit pas se dire au Liban… Je propose que l’État libanais vote la déchéance de nationalité pour tous les Libanais d’origine qui ont travaillé ou collaboré avec un Israélien… On rigolera bien.

Pr Jean Ralph ZAHAR



Une occasion manquée
Intervenir sur une chaîne israélienne ne me gêne pas. Tous les Libanais qui vivent en France peuvent rencontrer, volontairement ou non, des Israéliens. Car eux aussi ont la double nationalité. Là où le bât blesse, c’est que les Israéliens défendent bec et ongles leur version de la terre promise, qui est historiquement une fumisterie, alors que la plupart des Libanais ont honte (je ne vois pas d’autre raison) de dire leur vérité : Israël est un pays agressif qui a occupé notre pays militairement, a tué des Libanais, et qui continue à avoir des visées expansionnistes sur le Liban-Sud. Il occupe et annexe une grande partie de la Palestine. Certains pensent même que c’est le seul pays qui pratique l’apartheid. Tout cela est historique, donc culturel. Il est dommage qu’un éminent intellectuel libanais, qui a eu la possibilité de rappeler aux Israéliens, chez eux, certaines vérités plus ou moins partagées par certains Israéliens d’ailleurs, n’en ait pas dit un mot. Les intellectuels israéliens ou simplement juifs sionistes, tels que BHL ou Alain Finkielkraut, ne se gênent pas pour défendre les points de vue culturels et même politiques du gouvernement israélien publiquement. On n’en demande pas tant à Amin Maalouf. Il n’y a pas de honte à dire qu’il y a une injustice en Palestine, que le peuple palestinien se trouve sous occupation militaire israélienne et qu’il en souffre. Il pouvait même ajouter que les Français, et parmi eux se trouvent beaucoup de juifs, connaissent bien les souffrances de l’occupation qui datent de l’époque nazie. Dommage ! Une occasion manquée… Je suis sûr que notre illustre Amin Maalouf trouvera une autre occasion pour rectifier le tir.

Dr A.R.HIJAZI


 

Isolement intellectuel
Les objections à l’entrevue avec la chaîne i24 montrent simplement l’isolement politique, intellectuel et la faiblesse quand il s’agit de vaincre l’ennemi dans le grand champ des relations publiques. Triste.

Fawzi KFOURY


 

Il nous doit une explication
Connaissant Amin Maalouf, il ne pouvait ignorer la portée de cette malencontreuse interview. À mon sens, il nous doit une explication. Nous autres Libanais, toutes confessions confondues, avons trop souffert et souffrons de la présence israélienne à nos frontières. Alors ? Provocation ? Bêtise ? À vous, monsieur Maalouf, de trancher.

Liliane M. CHÉMALI


 

Noble cause
Si l’immortalité donne des privilèges à l’Immortel, alors M. Maalouf fait bien d’user de ses privilèges dans le soutien d’une si noble cause. Le média n’a vraiment aucune importance.

Zaki KHLAT


 

Courageux
Je suis favorable à tout débat, surtout s’il permet à deux peuples de pays en guerre de mieux se connaître et de peser sur les choix de leurs dirigeants. Et il y a de quoi faire avec le Premier ministre Netanyahu. Alors Amin Maalouf à la télé israélienne, ce n’est que du positif : c’est bien que la chaîne israélienne l’ait invité, c’est supercourageux qu’il ait accepté.

M.N.O.


 

Parler avec l’ennemi
À moins de vouloir la violence, oui, il importe de parler avec l’ennemi, car c’est avec lui qu’il faut négocier la paix.

Jacques BEAUCHARD


 

Bravo
Je pense qu’il a très bien fait et qu’il a tous les droits de parler avec qui bon lui semble. Si notre État est ridicule et borné, pas besoin que le peuple le soit. La culture est ouverte à tous les pays du monde et à tous les peuples. Bravo Amin Maalouf.

Danièle Georges ZEHIL


 

Aucune contrainte n’est possible
Amin Maalouf a quitté le Liban à 27 ans dans les soutes d’un navire vers Larnaka il y a tout juste 40 ans. Avec pour seuls bagages ses habits, ses diplômes et ses souvenirs. En France, qui l’a adopté, il s’est construit un immense empire culturel mondial. Le Liban et la culture arabo-orientale y sont omniprésents. Il est devenu membre de l’Académie française. Dans cette position, comme dans celle des grands patrons franco-libanais ou binationaux de l’industrie, aucune contrainte n’est possible (on en a vus qui ont même rencontré les dirigeants d’Israël sans réaction des médias). Il est de nationalité française, réside en France, suit ses lois et est dans son droit. Le Liban lui a permis de naître, il ne lui doit que ça et pourrait s’en passer s’il n’y était attaché. Au contraire, c’est le Liban qui lui doit absolument tout. Ceux qui doivent plutôt s’excuser ou se taire sont ceux qui le dénigrent.

Joseph ZOGHBI


 

Regrettable !
C’est regrettable ! Le Liban est officiellement en guerre avec ces criminels occupants. Amin Maalouf, qui est libano-français et non pas le contraire, devrait en tenir compte. En parlant à cette chaîne de ce pays criminel et occupant, il a hélas manqué de sensibilité étant donné le caractère sensible de la question et blessé beaucoup de Libanais, d’Arabes, d’antisionistes et anticriminels dans le monde. Il a ainsi contribué à donner une sorte de légitimité à ces tueurs. C’est très regrettable et blessant! Je me demande s’il n’est pas simplement tombé dans le panneau de ces criminels judéo-sionistes… Ou peut-être ne se considère-t-il plus libanais. Il nous doit dans tous les cas une explication.

Ali FARHAT


 

Encourager l’échange
Il n’y a rien à penser (de cette entrevue, NDLR). La culture et l’intelligence n’ont pas de limites, et certainement pas terrestres ! Au contraire, il faut encourager l’échange de culture très bénéfique car qui connaît très bien l’histoire saura en fait que le monde n’a réussi à subsister jusqu’à maintenant que grâce à la mixité des cultures et à leurs échanges.

Berytus


 

Questions sur une chape de plomb
Boycotter le quidam israélien va-t-il libérer la Palestine ? Parler aux Israéliens fera-t-il reculer les chances de la paix ? Ou faudra-t-il à jamais vivre en guerre, pour assurer à jamais le confort de nos dictatures héréditaires ? Les Palestiniens qui passent leur temps à parler aux Israéliens sont-ils des traîtres à pendre ? Pourquoi interdisons-nous la traduction d’un livre israélien, alors que nos marchés de Beyrouth, de Amman ou du Caire pullulent de produits israéliens ?
Lire un roman israélien doit-il nous conduire à la grande prison promise par nos inquisiteurs, alors que nous y sommes déjà ? Le boycott d’un chanteur rock de la scène musicale de Tel-Aviv a-t-il rendu les Israéliens plus conciliants à l’idée de vivre à quelques kilomètres de l’État islamique ? Croit-on vraiment que les Israéliens meurent d’envie de parler à nos ridicules fonctionnaires de la pensée ? Et si un scientifique israélien inventait un remède contre le cancer, devrait-on aussi boycotter sa découverte ? N’y a-t-il pas des Israéliens qui, au cours des quarante dernières années, ont prouvé à maintes reprises qu’ils sont infiniment plus soucieux des droits des Palestiniens que nos corbeaux de malheur ?
Celui qui mène tambour battant la campagne haineuse contre Amin Maalouf se nomme, ô ironie de l’histoire, Samah (mansuétude), sa mère n’aurait-elle pas mieux fait de l’appeler Torquemada ?

Ziad HASSAN


 

Procès d’intention
S’il fallait faire l’inventaire de toutes les interviews et des contacts officieux et officiels avec Israël ! La querelle d’aujourd’hui me surprend, et tant mieux si c’est de la pub pour Amin Maalouf. Pour rappel, à la Foire du livre de Bruxelles en 2013, Amin Maalouf et David Grossman (dont le fils est mort au Liban durant la guerre de 2006) participaient à un entretien sur le thème « Gardiens de la mémoire ». Un entretien public, et si ma mémoire est encore bonne, aucune protestation ne s’est produite, aucun tollé n’a été signalé et pas une tarte à la crème n’a été lancée à la figure de qui que ce soit. J’assistais à cette rencontre, je l’ai enregistrée, et j’ai été très déçu par la qualité de l’entretien… On peut voir les choses de plusieurs façons. Pour moi, l’académicien Maalouf faisait la promotion de son livre, édité en France et essentiellement destiné au public francophone. Israël compte 600 000 francophones, sans être membre de la Francophonie bien sûr, et ils sont originaires en grande partie de France, pays d’adoption de l’écrivain. Maalouf a des lecteurs partout dans le monde. Un nouveau sacre pour notre compatriote, dont les livres sont lus par nos ennemis. « Dans ce cas de figure précis », il s’agit d’un procès d’intention…

C.F.


 

Faux pas
Amin Maalouf a participé en tant que Français à cette émission. Il est libre de le faire. À mon avis cependant, il ne servait à rien d’y participer. S’il s’agissait de parler de culture, il y a sûrement des dizaines d’autres occasions de le faire dans des émissions non israéliennes. Si le but est de faire preuve d’ouverture envers un État ou un peuple avec lequel nous sommes en conflit, je ne pense pas du tout que cela favorise le dialogue. En fait, il ne sera qu’exploité par certains médias israéliens pour prouver qu’Israël est accepté par les intellectuels. Cette politique de la part d’Israël est connue et bien rodée. Je ne vois que des désavantages (à cette participation, NDLR). Et à cela, il faut ajouter que malheureusement, un nombre non négligeable de Libanais et d’Arabes verront d’un mauvais œil cette initiative. Peut-être qu’Amin Maalouf n’en a que faire. De mon côté, j’apprécierai toujours le grand écrivain Amin Maalouf, mais à mon avis c’est un faux pas, ou tout au moins une initiative inutile.

Un lecteur assidu d’Amin Maalouf


 

Ambassadeur culturel
Je ne vois pas ce qui empêche Amin Maalouf ou ses équivalents de discuter d’une question culturelle, et même pourquoi pas politique, sur une chaîne israélienne, lui, l’auteur des Identités meurtrières.
Un homme aussi cultivé et sage aura l’avantage :
1 – d’être un ambassadeur culturel et un représentant libanais ou arabe par excellence;
2 – de faire ressentir aux Israéliens qu’ils ne possèdent pas le monopole du savoir ;
3 – de les faire douter par conséquent de leur supériorité ;
4 – de diminuer ainsi leur arrogance ;
5 – et pourquoi pas de rapprocher ainsi tous les peuples pour accéder à la paix, car tous les peuples comme tous les hommes sont égaux.
Au lieu de former des fanatiques comme les colons juifs ou ceux de l’État islamique, il vaut mieux enseigner le livre d’Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, dans toutes les écoles du monde, pour accéder à la paix en créant un lien et une harmonie entre les peuples.

Dr Ghassan LOUTFI


 

Deux poids, deux mesures
Avant j’aurais été contre (une telle intervention sur un média israélien). Mais depuis l’invasion iranienne de quatre pays arabes, je trouve cette intervention équivalente, d’un point de vue moral et national, à donner une interview à une chaîne iranienne comme el-Alam ou même al-Manar. Je suis contre le deux poids, deux mesures.

Mohammad Ahmed SAMAWI


 

Ramener à la raison
Il est regrettable que certains intellectuels arabes lancent à chaque fois leurs croisades contre les meilleurs d’entre nous à l’aide du même discours identitaire imbibé des mêmes slogans. Interdire, dénoncer, diaboliser au nom de la nation arabe… Et tout cela parce que Amin Maalouf a osé dire la « langue » et donner sens à l’« histoire » à travers un média israélien… La forme ne fera que rarement le contenu et les contributions et les écrits de Maalouf ne peuvent, j’ose espérer, que ramener à la raison ceux et celles parmi les Israéliens qui n’ont plus de raison, mais seulement la force et le mépris des droits les plus élémentaires du peuple palestinien.

Noureddine MNASRI


 

Mascarade
Amin Maalouf est franco-libanais, n’oublions pas cela. Ce n’est pas pour rien qu’il a demandé la nationalité française. S’il ne vit pas au Liban aujourd’hui, il doit y avoir une bonne raison, et elle est sans aucun doute liée au fait que le Liban est en guerre avec pratiquement tous ses voisins. Al-Akhbar a pour seule raison d’être de dénoncer les artistes, les intellectuels, les simples citoyens, les ombres même de ceux-là, soupçonnés d’avoir un lien avec Israël. Cessons cette mascarade. Un jour, comme l’Égypte et la Jordanie, nous vivrons en bonne intelligence avec notre voisin du Sud.

Emmanuel RAMIA


 

Un choix risqué
Je ne suis ni libanais ni israélien. Juste un Belge pensant que le conflit israélo-palestinien est en train de pourrir toute la vie au Proche-Orient et que cette injustice révolte. Je n’ai ni lu ni entendu ce que Maalouf a raconté et débattu.
La démarche de Maalouf me semble aussi risquée et peu défendable que celle de certains écrivains français qui, en 1942 ou 1943, ont accepté de se rendre en Allemagne pour rencontrer leurs homologues du Reich. Avec cette différence que l’état de guerre au Liban résulte de la non-conclusion d’un traité de paix si je ne me trompe, et qu’il n’y a plus d’occupation du territoire.
J’imagine que le désir secret de Maalouf a été de montrer que les Libanais (et les autres peuples du Proche-Orient à l’exception d’Israël) valent beaucoup plus que ce qu’en dit la propagande ennemie. Si tel est le cas, son choix est risqué, discutable, mais peut-être pas totalement condamnable. Ma crainte, c’est que cela divise encore plus le peuple libanais : et il n’en a pas besoin…

Paul BOURGEOIS


 

Le droit d’entendre
Un académicien écrivain est un être universel. Le public francophone dans le monde entier a le droit d’entendre ce qu’il a à dire, que ce public soit au Liban, au Québec, en Belgique, en Suisse, en Afrique francophone, au Moyen-Orient francophone ou ailleurs où on parle le français. Ce n’est pas à nous de lui dicter « nos sentiments ». En Israël, il existe une grande communauté francophone, et Israël existe, que nous le voulions ou pas !

Lucie AKIKI


 

La force de la pensée
Amin Maalouf est l’un des rares écrivains libanais contemporains de calibre international, et le premier à occuper un siège à l’Académie française. Il est mondialement réputé pour la justesse de ses pensées, son bon sens, sa mesure, la beauté de sa plume et sa riche imagination.
Le fait qu’un tel personnage accepte d’accorder une entrevue à une chaîne israélienne, s’il montre quelque chose, est bien son ouverture d’esprit. C’est l’ouverture de l’esprit libanais qui permet à notre peuple de s’adapter si facilement aux quatre coins de la terre et de réussir dans tous les domaines au sein des collectivités des pays hôtes.
La pierre angulaire de l’esprit libanais est l’ouverture d’esprit que nous devons encourager et favoriser. Merci Amin Maalouf d’avoir accepté de parler à l’ennemi, car c’est par la force de la pensée – et non des armes – qu’il peut y avoir espoir de dialogue et de paix.

Chaouki ABINAKHLÉ


 

Marre de ces conflits stériles
Je n’ai aucune idée du contenu de l’intervention d’Amin Maalouf, mais enfin, je pense que l’étroitesse d’esprit n’a jamais servi personne, et il faut savoir quand parler à un Israélien « relève du crime absolu » et quand cela est une preuve d’ouverture.
On jette la pierre à une Miss Liban qui pose à côté de Miss Israël, mais les peuples en ont marre de ces conflits stériles qui n’en finissent plus. On n’est quand même pas en train de signer un accord commercial ou autre avec Israël !
Et si l’on essayait d’être intelligent pour une fois, de voir les choses sous un autre angle et de se dire que c’est un honneur pour nous en fait, qu’en dépit du contexte, une chaîne israélienne ait une si haute idée d’un Libanais, et dans ce cas d’Amin Maalouf, qu’elle le prend comme référence pour une question purement culturelle…

Soraya NAUFAL

 

Lire aussi
Culture de la terreur, l’édito de Michel Touma

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑