Amin Maalouf parle culture sur une chaîne israélienne : nos lecteurs contribuent au débat


L’ORIENT LE JOUR

Amin Maalouf. Marwan Naamani/AFP
POLÉMIQUELe 2 juin, Amin Maalouf était l’invité de l’émission « Culture » de la chaîne israélienne francophone i24. Dans une interview préenregistrée, l’écrivain et académicien franco-libanais parle de son dernier roman, « Un fauteuil sur la Seine » (Grasset), de quatre siècles d’Académie française et des 18 Immortels (nom donné aux membres de cette Académie) qui l’ont précédé. Il évoque le travail de l’Académie sur les mots et, plus largement, l’attachement à la langue et à l’histoire. L’écrivain, lauréat du Goncourt, n’aborde en revanche pas de questions d’ordre politique.
Alors que le Liban et Israël sont encore en état de guerre, cette intervention a suscité de vifs débats au pays du Cèdre, voire de vives polémiques.
La rédaction de « L’Orient-Le Jour » a souhaité vous donner la parole, à vous lecteurs, afin de contribuer, de manière rationnelle, au débat.
Nous vous avons donc demandé, via un appel à contribution lancé le week-end dernier sur notre site, ce que vous pensiez de l’intervention de M. Maalouf sur une chaîne israélienne dans ce cas de figure précis. Voici vos réponses.
OLJ
14/06/2016
Voir le débat ici mais vu que le site semble difficile d’accès, voici les commentaires :

Une polémique stérile
La polémique autour de l’interview d’Amin Maalouf me semble stérile et inutile. J’ose espérer que nos « dirigeants » et chers leaders libanais sont conscients que de nombreux intellectuels binationaux, et encore plus de Libanais, travaillent et collaborent avec des intellectuels israéliens et prennent du plaisir à le faire. Avons-nous le droit, en tant qu’individus dans un pays qui se dit démocratique, de refuser cette soi-disant « guerre » ? Nous avons bien plus que des points communs avec nos voisins israéliens, et notre force sera de construire avec eux la paix de demain. Mais cela ne doit pas se dire au Liban… Je propose que l’État libanais vote la déchéance de nationalité pour tous les Libanais d’origine qui ont travaillé ou collaboré avec un Israélien… On rigolera bien.

Pr Jean Ralph ZAHAR



Une occasion manquée
Intervenir sur une chaîne israélienne ne me gêne pas. Tous les Libanais qui vivent en France peuvent rencontrer, volontairement ou non, des Israéliens. Car eux aussi ont la double nationalité. Là où le bât blesse, c’est que les Israéliens défendent bec et ongles leur version de la terre promise, qui est historiquement une fumisterie, alors que la plupart des Libanais ont honte (je ne vois pas d’autre raison) de dire leur vérité : Israël est un pays agressif qui a occupé notre pays militairement, a tué des Libanais, et qui continue à avoir des visées expansionnistes sur le Liban-Sud. Il occupe et annexe une grande partie de la Palestine. Certains pensent même que c’est le seul pays qui pratique l’apartheid. Tout cela est historique, donc culturel. Il est dommage qu’un éminent intellectuel libanais, qui a eu la possibilité de rappeler aux Israéliens, chez eux, certaines vérités plus ou moins partagées par certains Israéliens d’ailleurs, n’en ait pas dit un mot. Les intellectuels israéliens ou simplement juifs sionistes, tels que BHL ou Alain Finkielkraut, ne se gênent pas pour défendre les points de vue culturels et même politiques du gouvernement israélien publiquement. On n’en demande pas tant à Amin Maalouf. Il n’y a pas de honte à dire qu’il y a une injustice en Palestine, que le peuple palestinien se trouve sous occupation militaire israélienne et qu’il en souffre. Il pouvait même ajouter que les Français, et parmi eux se trouvent beaucoup de juifs, connaissent bien les souffrances de l’occupation qui datent de l’époque nazie. Dommage ! Une occasion manquée… Je suis sûr que notre illustre Amin Maalouf trouvera une autre occasion pour rectifier le tir.

Dr A.R.HIJAZI


 

Isolement intellectuel
Les objections à l’entrevue avec la chaîne i24 montrent simplement l’isolement politique, intellectuel et la faiblesse quand il s’agit de vaincre l’ennemi dans le grand champ des relations publiques. Triste.

Fawzi KFOURY


 

Il nous doit une explication
Connaissant Amin Maalouf, il ne pouvait ignorer la portée de cette malencontreuse interview. À mon sens, il nous doit une explication. Nous autres Libanais, toutes confessions confondues, avons trop souffert et souffrons de la présence israélienne à nos frontières. Alors ? Provocation ? Bêtise ? À vous, monsieur Maalouf, de trancher.

Liliane M. CHÉMALI


 

Noble cause
Si l’immortalité donne des privilèges à l’Immortel, alors M. Maalouf fait bien d’user de ses privilèges dans le soutien d’une si noble cause. Le média n’a vraiment aucune importance.

Zaki KHLAT


 

Courageux
Je suis favorable à tout débat, surtout s’il permet à deux peuples de pays en guerre de mieux se connaître et de peser sur les choix de leurs dirigeants. Et il y a de quoi faire avec le Premier ministre Netanyahu. Alors Amin Maalouf à la télé israélienne, ce n’est que du positif : c’est bien que la chaîne israélienne l’ait invité, c’est supercourageux qu’il ait accepté.

M.N.O.


 

Parler avec l’ennemi
À moins de vouloir la violence, oui, il importe de parler avec l’ennemi, car c’est avec lui qu’il faut négocier la paix.

Jacques BEAUCHARD


 

Bravo
Je pense qu’il a très bien fait et qu’il a tous les droits de parler avec qui bon lui semble. Si notre État est ridicule et borné, pas besoin que le peuple le soit. La culture est ouverte à tous les pays du monde et à tous les peuples. Bravo Amin Maalouf.

Danièle Georges ZEHIL


 

Aucune contrainte n’est possible
Amin Maalouf a quitté le Liban à 27 ans dans les soutes d’un navire vers Larnaka il y a tout juste 40 ans. Avec pour seuls bagages ses habits, ses diplômes et ses souvenirs. En France, qui l’a adopté, il s’est construit un immense empire culturel mondial. Le Liban et la culture arabo-orientale y sont omniprésents. Il est devenu membre de l’Académie française. Dans cette position, comme dans celle des grands patrons franco-libanais ou binationaux de l’industrie, aucune contrainte n’est possible (on en a vus qui ont même rencontré les dirigeants d’Israël sans réaction des médias). Il est de nationalité française, réside en France, suit ses lois et est dans son droit. Le Liban lui a permis de naître, il ne lui doit que ça et pourrait s’en passer s’il n’y était attaché. Au contraire, c’est le Liban qui lui doit absolument tout. Ceux qui doivent plutôt s’excuser ou se taire sont ceux qui le dénigrent.

Joseph ZOGHBI


 

Regrettable !
C’est regrettable ! Le Liban est officiellement en guerre avec ces criminels occupants. Amin Maalouf, qui est libano-français et non pas le contraire, devrait en tenir compte. En parlant à cette chaîne de ce pays criminel et occupant, il a hélas manqué de sensibilité étant donné le caractère sensible de la question et blessé beaucoup de Libanais, d’Arabes, d’antisionistes et anticriminels dans le monde. Il a ainsi contribué à donner une sorte de légitimité à ces tueurs. C’est très regrettable et blessant! Je me demande s’il n’est pas simplement tombé dans le panneau de ces criminels judéo-sionistes… Ou peut-être ne se considère-t-il plus libanais. Il nous doit dans tous les cas une explication.

Ali FARHAT


 

Encourager l’échange
Il n’y a rien à penser (de cette entrevue, NDLR). La culture et l’intelligence n’ont pas de limites, et certainement pas terrestres ! Au contraire, il faut encourager l’échange de culture très bénéfique car qui connaît très bien l’histoire saura en fait que le monde n’a réussi à subsister jusqu’à maintenant que grâce à la mixité des cultures et à leurs échanges.

Berytus


 

Questions sur une chape de plomb
Boycotter le quidam israélien va-t-il libérer la Palestine ? Parler aux Israéliens fera-t-il reculer les chances de la paix ? Ou faudra-t-il à jamais vivre en guerre, pour assurer à jamais le confort de nos dictatures héréditaires ? Les Palestiniens qui passent leur temps à parler aux Israéliens sont-ils des traîtres à pendre ? Pourquoi interdisons-nous la traduction d’un livre israélien, alors que nos marchés de Beyrouth, de Amman ou du Caire pullulent de produits israéliens ?
Lire un roman israélien doit-il nous conduire à la grande prison promise par nos inquisiteurs, alors que nous y sommes déjà ? Le boycott d’un chanteur rock de la scène musicale de Tel-Aviv a-t-il rendu les Israéliens plus conciliants à l’idée de vivre à quelques kilomètres de l’État islamique ? Croit-on vraiment que les Israéliens meurent d’envie de parler à nos ridicules fonctionnaires de la pensée ? Et si un scientifique israélien inventait un remède contre le cancer, devrait-on aussi boycotter sa découverte ? N’y a-t-il pas des Israéliens qui, au cours des quarante dernières années, ont prouvé à maintes reprises qu’ils sont infiniment plus soucieux des droits des Palestiniens que nos corbeaux de malheur ?
Celui qui mène tambour battant la campagne haineuse contre Amin Maalouf se nomme, ô ironie de l’histoire, Samah (mansuétude), sa mère n’aurait-elle pas mieux fait de l’appeler Torquemada ?

Ziad HASSAN


 

Procès d’intention
S’il fallait faire l’inventaire de toutes les interviews et des contacts officieux et officiels avec Israël ! La querelle d’aujourd’hui me surprend, et tant mieux si c’est de la pub pour Amin Maalouf. Pour rappel, à la Foire du livre de Bruxelles en 2013, Amin Maalouf et David Grossman (dont le fils est mort au Liban durant la guerre de 2006) participaient à un entretien sur le thème « Gardiens de la mémoire ». Un entretien public, et si ma mémoire est encore bonne, aucune protestation ne s’est produite, aucun tollé n’a été signalé et pas une tarte à la crème n’a été lancée à la figure de qui que ce soit. J’assistais à cette rencontre, je l’ai enregistrée, et j’ai été très déçu par la qualité de l’entretien… On peut voir les choses de plusieurs façons. Pour moi, l’académicien Maalouf faisait la promotion de son livre, édité en France et essentiellement destiné au public francophone. Israël compte 600 000 francophones, sans être membre de la Francophonie bien sûr, et ils sont originaires en grande partie de France, pays d’adoption de l’écrivain. Maalouf a des lecteurs partout dans le monde. Un nouveau sacre pour notre compatriote, dont les livres sont lus par nos ennemis. « Dans ce cas de figure précis », il s’agit d’un procès d’intention…

C.F.


 

Faux pas
Amin Maalouf a participé en tant que Français à cette émission. Il est libre de le faire. À mon avis cependant, il ne servait à rien d’y participer. S’il s’agissait de parler de culture, il y a sûrement des dizaines d’autres occasions de le faire dans des émissions non israéliennes. Si le but est de faire preuve d’ouverture envers un État ou un peuple avec lequel nous sommes en conflit, je ne pense pas du tout que cela favorise le dialogue. En fait, il ne sera qu’exploité par certains médias israéliens pour prouver qu’Israël est accepté par les intellectuels. Cette politique de la part d’Israël est connue et bien rodée. Je ne vois que des désavantages (à cette participation, NDLR). Et à cela, il faut ajouter que malheureusement, un nombre non négligeable de Libanais et d’Arabes verront d’un mauvais œil cette initiative. Peut-être qu’Amin Maalouf n’en a que faire. De mon côté, j’apprécierai toujours le grand écrivain Amin Maalouf, mais à mon avis c’est un faux pas, ou tout au moins une initiative inutile.

Un lecteur assidu d’Amin Maalouf


 

Ambassadeur culturel
Je ne vois pas ce qui empêche Amin Maalouf ou ses équivalents de discuter d’une question culturelle, et même pourquoi pas politique, sur une chaîne israélienne, lui, l’auteur des Identités meurtrières.
Un homme aussi cultivé et sage aura l’avantage :
1 – d’être un ambassadeur culturel et un représentant libanais ou arabe par excellence;
2 – de faire ressentir aux Israéliens qu’ils ne possèdent pas le monopole du savoir ;
3 – de les faire douter par conséquent de leur supériorité ;
4 – de diminuer ainsi leur arrogance ;
5 – et pourquoi pas de rapprocher ainsi tous les peuples pour accéder à la paix, car tous les peuples comme tous les hommes sont égaux.
Au lieu de former des fanatiques comme les colons juifs ou ceux de l’État islamique, il vaut mieux enseigner le livre d’Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, dans toutes les écoles du monde, pour accéder à la paix en créant un lien et une harmonie entre les peuples.

Dr Ghassan LOUTFI


 

Deux poids, deux mesures
Avant j’aurais été contre (une telle intervention sur un média israélien). Mais depuis l’invasion iranienne de quatre pays arabes, je trouve cette intervention équivalente, d’un point de vue moral et national, à donner une interview à une chaîne iranienne comme el-Alam ou même al-Manar. Je suis contre le deux poids, deux mesures.

Mohammad Ahmed SAMAWI


 

Ramener à la raison
Il est regrettable que certains intellectuels arabes lancent à chaque fois leurs croisades contre les meilleurs d’entre nous à l’aide du même discours identitaire imbibé des mêmes slogans. Interdire, dénoncer, diaboliser au nom de la nation arabe… Et tout cela parce que Amin Maalouf a osé dire la « langue » et donner sens à l’« histoire » à travers un média israélien… La forme ne fera que rarement le contenu et les contributions et les écrits de Maalouf ne peuvent, j’ose espérer, que ramener à la raison ceux et celles parmi les Israéliens qui n’ont plus de raison, mais seulement la force et le mépris des droits les plus élémentaires du peuple palestinien.

Noureddine MNASRI


 

Mascarade
Amin Maalouf est franco-libanais, n’oublions pas cela. Ce n’est pas pour rien qu’il a demandé la nationalité française. S’il ne vit pas au Liban aujourd’hui, il doit y avoir une bonne raison, et elle est sans aucun doute liée au fait que le Liban est en guerre avec pratiquement tous ses voisins. Al-Akhbar a pour seule raison d’être de dénoncer les artistes, les intellectuels, les simples citoyens, les ombres même de ceux-là, soupçonnés d’avoir un lien avec Israël. Cessons cette mascarade. Un jour, comme l’Égypte et la Jordanie, nous vivrons en bonne intelligence avec notre voisin du Sud.

Emmanuel RAMIA


 

Un choix risqué
Je ne suis ni libanais ni israélien. Juste un Belge pensant que le conflit israélo-palestinien est en train de pourrir toute la vie au Proche-Orient et que cette injustice révolte. Je n’ai ni lu ni entendu ce que Maalouf a raconté et débattu.
La démarche de Maalouf me semble aussi risquée et peu défendable que celle de certains écrivains français qui, en 1942 ou 1943, ont accepté de se rendre en Allemagne pour rencontrer leurs homologues du Reich. Avec cette différence que l’état de guerre au Liban résulte de la non-conclusion d’un traité de paix si je ne me trompe, et qu’il n’y a plus d’occupation du territoire.
J’imagine que le désir secret de Maalouf a été de montrer que les Libanais (et les autres peuples du Proche-Orient à l’exception d’Israël) valent beaucoup plus que ce qu’en dit la propagande ennemie. Si tel est le cas, son choix est risqué, discutable, mais peut-être pas totalement condamnable. Ma crainte, c’est que cela divise encore plus le peuple libanais : et il n’en a pas besoin…

Paul BOURGEOIS


 

Le droit d’entendre
Un académicien écrivain est un être universel. Le public francophone dans le monde entier a le droit d’entendre ce qu’il a à dire, que ce public soit au Liban, au Québec, en Belgique, en Suisse, en Afrique francophone, au Moyen-Orient francophone ou ailleurs où on parle le français. Ce n’est pas à nous de lui dicter « nos sentiments ». En Israël, il existe une grande communauté francophone, et Israël existe, que nous le voulions ou pas !

Lucie AKIKI


 

La force de la pensée
Amin Maalouf est l’un des rares écrivains libanais contemporains de calibre international, et le premier à occuper un siège à l’Académie française. Il est mondialement réputé pour la justesse de ses pensées, son bon sens, sa mesure, la beauté de sa plume et sa riche imagination.
Le fait qu’un tel personnage accepte d’accorder une entrevue à une chaîne israélienne, s’il montre quelque chose, est bien son ouverture d’esprit. C’est l’ouverture de l’esprit libanais qui permet à notre peuple de s’adapter si facilement aux quatre coins de la terre et de réussir dans tous les domaines au sein des collectivités des pays hôtes.
La pierre angulaire de l’esprit libanais est l’ouverture d’esprit que nous devons encourager et favoriser. Merci Amin Maalouf d’avoir accepté de parler à l’ennemi, car c’est par la force de la pensée – et non des armes – qu’il peut y avoir espoir de dialogue et de paix.

Chaouki ABINAKHLÉ


 

Marre de ces conflits stériles
Je n’ai aucune idée du contenu de l’intervention d’Amin Maalouf, mais enfin, je pense que l’étroitesse d’esprit n’a jamais servi personne, et il faut savoir quand parler à un Israélien « relève du crime absolu » et quand cela est une preuve d’ouverture.
On jette la pierre à une Miss Liban qui pose à côté de Miss Israël, mais les peuples en ont marre de ces conflits stériles qui n’en finissent plus. On n’est quand même pas en train de signer un accord commercial ou autre avec Israël !
Et si l’on essayait d’être intelligent pour une fois, de voir les choses sous un autre angle et de se dire que c’est un honneur pour nous en fait, qu’en dépit du contexte, une chaîne israélienne ait une si haute idée d’un Libanais, et dans ce cas d’Amin Maalouf, qu’elle le prend comme référence pour une question purement culturelle…

Soraya NAUFAL

 

Lire aussi
Culture de la terreur, l’édito de Michel Touma

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