Après le « Brexit », la City veut se battre à Bruxelles pour sauver sa peau


Les négociations avec l’UE vont être très difficiles, mais la City entend mener son lobbying. RUSSELL BOYCE / REUTERS

Les négociations avec l’UE vont être très difficiles, mais la City entend mener son lobbying. RUSSELL BOYCE / REUTERS

Le Monde.fr | 26/06/2016 – 09h58

Par Eric Albert (Londres, correspondance)

Retrouver ses esprits, limiter la casse et lancer la contre-attaque. Après la nuit blanche de panique vécue par la City, les financiers de Londres ont essayé d’évaluer les dégâts vendredi 24 juin.

Désormais, la question est de mesurer les effets de cette décision politique sur le centre financier : tournant historique ou simple passage à vide ? La plupart des acteurs de la City semblent hésiter. Mark Burgess, directeur des investissements pour l’Europe à Columbia Threadneedle Investments, une société de gestion, est de ceux-là.

« C’est évidemment une très mauvaise nouvelle, la City va perdre en taille. Nous dominons les échanges en euros actuellement, nous allons perdre cette partie de l’activité. Pour autant, les fonds d’investissement ne vont pas déserter Londres. »

Selon lui, la capitale britannique dispose de nombreux autres avantages : fuseau horaire central, langue anglaise, présence très importante d’avocats d’affaires et d’experts-comptables…

Mark Boleat, le président des politiques de la corporation de la City, partage le même point de vue :

« La City prospère comme centre de finance et de courtage depuis mille ans, et elle va continuer. On ne va pas connaître un exode des banques et des institutions financières. »

Le courtage en euros est « en danger »

Déjà, le Square Mile fourbit ses armes. Son avenir dépend des négociations entre le gouvernement britannique et l’Union européenne, et il entend déployer tous ses talents de lobbying pour grappiller un maximum de concessions.

Jeremy Browne est le représentant de la corporation de la City à Bruxelles et va être au cœur de ce bras de fer. Cet ancien secrétaire d’Etat libéral-démocrate, très proeuropéen, ne cache pas son choc :

« Je me suis réveillé à 4 h 30 vendredi matin, en pensant que le “Remain l’avait emporté. Ça a été un mauvais coup. »

Impossible de faire semblant que rien ne s’est passé. « Toutes les activités ne souffriront pas, loin de là. Si vous faites du financement de trafic maritime, ou que vous servez le marché britannique des assurances, ça n’aura pas d’impact, sauf peut-être à la marge. »

En revanche, il reconnaît que le courtage en euros réalisé à Londres est « en danger ». Ces flux monétaires passent par des « chambres de compensation », qui sont situées au Royaume-Uni. Ces organismes obscurs et techniques sont chargés d’assurer que, pour chaque transaction, l’échange entre les acheteurs et les vendeurs soit effectivement réalisé. En 2015, la Cour de justice européenne a confirmé qu’ils n’étaient pas obligés d’être basés au sein de la zone euro, mais simplement dans l’UE. Avec le « Brexit », le jugement condamne automatiquement les chambres de compensation à être dans l’UE, hors du Royaume-Uni.

Concentrer les efforts sur le « passeport »

Cependant, M. Browne entend se battre sur l’accès au marché unique. Actuellement, de nombreux établissements américains ou japonais ont fait de Londres leur base arrière pour le reste de l’UE. Ils profitent du « passeport » financier, qui leur permet de vendre des produits financiers créés au Royaume-Uni dans tout l’espace européen de 500 millions de consommateurs.

Mais les leaders du « Brexit » ont laissé entendre qu’ils ne souhaitaient pas rester dans le marché unique, parce qu’ils refusent, en échange, le principe de la libre circulation des personnes. Face à ce risque très important pour la City, M. Browne veut préparer la contre-attaque :

« Nous voulons conserver autant d’accès au marché unique qu’il est politiquement possible de le faire. »

La phrase alambiquée illustre les très difficiles négociations à venir.

En particulier, le lobbyiste entend se concentrer sur le passeport. « C’est le gros lot que l’on veut conserver », reconnaît M. Browne. Mais on imagine mal la France ou l’Allemagne faire une fleur sur ce sujet. D’autant qu’aucun pays hors de la construction européenne ne l’a jamais obtenu, pas même la Suisse.

Face aux Européens, la City risque cependant de ne pas être dans une position de force. Elle affiche un fort surplus commercial, et Bruxelles sait qu’elle n’a pas grand-chose à offrir en échange. Et reconnaît M. Browne :

« Bien sûr, certains pays voudront peut-être nous punir, mais il est dans l’intérêt de l’UE d’avoir de bonnes relations commerciales avec son voisin. »

Il ajoute qu’il est prêt à accepter un compromis. « L’accès à l’UE sera diminué, mais il peut y avoir différentes nuances de gris, dans l’utilisation du passeport, par exemple. »

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