Un ministre préconise des “éliminations ciblées” de militants BDS par les services secrets israéliens


jeudi 31 mars 2016

La toute première “conférence anti-BDS” organisée en Israël a rassemblé des politiciens de toutes les formations politiques du parlement, venus étaler leur engagement dans la lutte contre les boycotts. Et ce faisant, ils ont tout juste réussi à démontrer à quel point le mouvement de boycott est efficace…

Qu’importent les efforts des participants à cette conférence pour tenter de minimiser l’importance de BDS, le fait est que leur participation et leurs propos constituaient un aveu clair que les politiciens, les journalistes, les experts de la sécurité, les hommes d’affaires, et leaders d’opinion israéliens sont, quoi qu’ils puissent en dire, conscients des dommages à l’économie et à l’image d’Israël (son bien le plus précieux, dit-on parfois) que crée le mouvement BDS.

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Le Président Reuven Rivlin en personne a participé à la conférence “Stop BDS” à Jérusalem, où on a expliqué que BDS ce n’est pas tellement important mais que c’est très grave quand même… (photo : Oren Ziv/Activestills.org)

C’est le quotidien à grand tirage Yedioth Ahronoth et sa plate-forme sur l’internet Ynet qui étaient à l’origine de cette conférence entièrement consacrée à la lutte contre le mouvement BDS, qui a eu lieu au centre de congrès de Jérusalem. La seule existence de ce spectacle – la première conférence nationale co-sponsorisée par “StandWithUs”, Sodastream et la Banque Hapoalim, et à laquelle plus d’un millier de personnes ont participé – a assuré à BDS plus d’attention en Israël que ses partisans l’auraient jamais espéré.

Il est en effet révélateur que le mouvement global de boycott d’Israël soit devenu assez significatif pour justifier un tel événement, où ont pris la parole des personnalités comme le Président israélien Reuven Rivlin, des ténors de la Knesset, des membres de l’opposition, le patron du Congrès Juif Mondial Ron Lauder, la comédienne Roseanne Barr,… Il ne manquait, bien entendu, que des orateurs pour représenter le mouvement BDS lui-même, dont ils ont fait le procès en son absence.

Selon les organisateurs, “sans couteaux ni missiles, mais avec une charge explosive composée de mensonges honteux – génocide, apartheid et crimes contre l’humanité [1]– le mouvement BDS conquiert un nombre croissant de soutiens en Europe, aux États-Unis et ailleurs. Depuis les campus de Californie jusqu’aux supermarchés de Paris, le boycott académique, économique et culturel devient une menace palpable pour le statut international d’Israël.

Pourtant, la dissonance cognitive est devenue évidente dès le début de la conférence. Le rédacteur en chef de Yedioth Ahronoth, Ron Yaron, a affirmé à la foule assemblée que la puissance de BDS ne peut être sous-estimée, et qu’Israël ne veut pas se retrouver dans la position où était l’Afrique du Sud dans 5 ou 10 ans. Et Yaron a aussitôt lancé un avertissement : il n’y a aucun rapport entre l’Afrique du Sud et Israël. Et le Ministre des Affaires Stratégiques, Gilad Erdan, a aussitôt enchaîné en affirmant qu’il “ne faut pas exagérer” l’importance de BDS.

En fait, le désarroi des participants était palpable devant une menace à laquelle il n’est pas possible réagir selon les méthodes auxquelles Israël est habitué : des tonnes bombes, des avalanches de missiles, des obus tirés par des chars, des drones d’espionnage, des barrières, des clôtures, des murs…

L’ambassadeur de l’Union Européenne, Lars Faaborg-Andersen, était venu pour tenter de convaincre l’assistance que la décision de l’U.E. concernant l’étiquetage des produits des colonies dans les territoires occupés n’est pas de nature politique (ce qui bien entendu explique les discussions acharnées entre ministres européens auxquelles elle a donné lieu). Il a saupoudré son propos de quelques lapalissades comme “le moyen le plus efficace de contrer le mouvement BDS est de résoudre le conflit israélo-palestinien”. Et évidemment il a réitéré l’attachement de l’U.E. à la “solution à deux États”, dont tout le monde dans la salle savait qu’elle est morte et presque enterrée (le “presque” explique l’odeur qu’elle dégage) et qu’en Israël aucune force politique de gouvernement n’en a en réalité jamais voulu.

Les orateurs se sont ensuite succédés à la tribune pour affirmer, dans un même souffle, que quoique BDS connaisse le succès ce n’est pas un succès ; que BDS n’est pas une menace mais que la menace que constitue BDS ne doit pas être prise à la légère ; que BDS n’a pas d’impact négatif sur l’économie israélienne, mais qu’Israël doit consacrer de plus gros budgets pour combattre l’impact économique BDS…

Le Ministre du Renseignement, Yisrael Katz, a déclaré que Israël doit entreprendre des “éliminations ciblées de civils” visant des militants de BDS, avec l’aide des services secrets israéliens. Il s’agit du même ministre qui, juste après les attentats terroristes du 22 mars dernier à Bruxelles, avait finement ironisé sur la propension des Belges à aimer le chocolat et à profiter de la vie, ce qui selon lui expliquerait la facilité avec laquelle des jihadistes ont pu agir…

Tzipi Livni – elle-même un ancien agent du “service action” du Mossad – a affirmé que c’est actuellement “réellement tendance d’être végétalien et de haïr Israël”. A un moment donné, Ron Lauder, le chef du Congrès Juif Mondial, a comparé les efforts pour mettre en place le boycott d’Israël aux “lois de Nuremberg” [2], tandis que Roseanne Barr, oratrice vedette de la conférence, a qualifié BDS de “fausse gauche” et de “fasciste”.

Omar Bargouti, porte-parole le plus connu de BDS, a évidemment été la cible privilégiée de la conférence (il a été question de lui à plusieurs reprises quand les orateurs ont évoqué les récents efforts du gouvernement pour lui retirer son titre de séjour permanent), mais les mouvements de défense des droits humains ont eu droit eux aussi à leur part d’attaques, car ils sont accusés d’aider BDS.

Au cours de la première heure de la conférence, on a demandé au Président israélien Reuven Rivlin si “Breaking the Silence” est “une organisation légitime”, puisqu’elle récolte les témoignages anonymes de soldats israéliens et les diffuse à l’étranger. Rivlin a répondu qu’il est important de faire la distinction entre “la critique légitime” et “l’incitation”. Et il a ajouté que la critique doit rester à usage interne.

Un chroniqueur de Yedioth Ahronoth, Ben Dror Yamini, a tenu à souligner à quel point il est fier de vivre dans un pays démocratique, où la liberté de parole est à ce point sanctifiée qu’on laisse même d’exprimer ceux qui soutiennent BDS. Il a juste oublié de mentionner que la loi israélienne punit ceux qui appellent au boycott d’Israël…

Le mot “occupation” n’a pas été utilisé une seule fois au cours de la conférence – quoique plusieurs orateurs ont pris avec véhémence la défense de la “démocratie israélienne” contre ceux qui affirment qu’il s’agit d’une “sous-démocratie” ou un d’un état d’apartheid.

Pendant qu’on en discutait gravement “entre soi” à Jérusalem, l’écrivaine israélienne Ronit Matalon, lauréate du prix Bernstein en 2009, donnait une interview dans “Le Monde”, où elle proclame « nous vivons sous un régime d’apartheid ». Repris sur Facebook, le propos a été “liké” 1.500 fois en quelques minutes.

Le Yedioth Ahronoth et ses copains ont encore du souci à se faire.

LD


Sources : compte rendu du site +972 par Mairav Zonszein, et de Mondoweis par Antony Lowenstein, Jerusalem Post, Le Monde.

[1A l’exception de l’accusation de génocide, que l’on chercherait sans doute en vain dans les documents émanant du Mouvement BDS, ces accusations d’apartheid et de crimes contre l’humanité sont corroborées très largement par de multiples organisations de défense des droits humains, par des commissions d’enquête de l’ONU, par la Cour de Justice Internationale,… et BDS n’en a donc en aucune manière l – NDLR

[2Les Lois de Nuremberg sont trois textes adoptés par le Reichstag (le parlement allemand) – la Reichsflaggengesetz (Loi sur le drapeau du Reich) ; la Reichsbürgergesetz (Loi sur la citoyenneté du Reich) ; la Gesetz zum Schutze des deutschen Blutes und der deutschen Ehre (Loi sur la protection du sang allemand et de l’honneur allemand) – à l’initiative d’Hitler, lors d’une session tenue à Nuremberg à l’occasion du 7e congrès annuel du parti nazi, le 15 septembre 1935. La loi sur la citoyenneté du Reich et la loi sur la “protection du sang et de l’honneur allemand” sont des éléments essentiels de la transposition de l’antisémitisme nazi la législation du Troisième Reich. Elles permettent de poursuivre et d’accentuer le processus d’exclusion des Juifs de la société allemande entamé dès avril 1933 – NDLR

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Chrétiens d’Orient et Bachar el-Assad : lettre ouverte aux cinq députés « Les Républicains » après ce méprisable mélange des genres (Art.347)


Comme c’est gentil de votre part, vous députés de la nation française appartenant au parti Les Républicains, de vous rendre à Damas via Beyrouth, afin « d’être auprès des chrétiens d’Orient » (Valérie Boyer) et de « soutenir ceux qui combattent Daech (régime syrien) » (Thierry Mariani). Sachez d’emblée qu’une partie des premiers rejette votre solidarité empoisonnée, honteuse car sélective, méprisable car élective, elle en fait de ce tyran, Bachar el-Assad, le sauveur de ses opprimés, les peuples syrien et libanais. C’est le comble ! Non merci. Non seulement vous ne correspondez pas aux normes, celles de la politique officielle de la France, instaurée par Laurent Fabius, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, mais en plus, vous êtes d’une naïveté affligeante à croire la moitié d’un quart de seconde, comme on dit en Orient, que Bachar el-Assad peut encore jouer un rôle dans l’avenir de la Syrie et dans le combat contre Daech. Foutaises.

Je fais partie de cette espèce menacée qu’on appelle les « chrétiens d’Orient » que vous vous obstinez à vouloir défendre. J’en ai vu défiler depuis Saint-Louis. J’ai beaucoup écrit en long et en large sur la tyrannie des Assad, père et fils, que vous voulez soutenir coûte que coûte. Voyez-vous, les Assad sont sans l’ombre d’un doute l’une des pires malédictions pour le Moyen-Orient, au moins depuis ce sinistre coup d’Etat en 1970, pour l’ensemble des Libanais et des Syriens en général, et pour les chrétiens libanais et syriens particulièrement. J’ai expliqué à de nombreuses reprises dans mes articles comment Bachar el-Assad a tout fait pour radicaliser la révolte démocratique du 15 mars 2011. Comme par exemple, en réprimant sévèrement et dans le sang les manifestations pacifiques, en lâchant des centaines d’islamistes emprisonnés, en ciblant les populations civiles, en institutionnalisant la torture ou en concentrant ses attaques militaires sur les « rebelles modérées », afin qu’il ne subsiste sur le terrain des combats que deux protagonistes, le régime et les djihadistes de Daech & Co. Et tout cela dans un seul et unique but, pour que justement des Occidentaux crédules comme vous, gobent la propagande officielle et décrètent naïvement après un séjour touristique à Damas, que « nous avons une alliance à faire contre le terrorisme » (Valérie Boyer). En gros, qu’il n’y a pas de choix en Syrie, pour combattre les fanatiques, il faut soutenir les tyranniques. Et encore, si vous aviez le courage d’appeler un chat un chat !

Initiateur de ce déplacement, vous Monsieur le député Thierry Mariani, vous estimez que « Bachar el-Assad est incontournable » et que « nous avons les mêmes ennemis ». Vous peut-être, la bande des cinq députés du parti des Républicains, mais surement pas nous, les Orientaux du Liban et de Syrie, toutes appartenances communautaires et tendances politiques confondues, et les Occidentaux, de France, d’Europe et d’ailleurs.

Voyons un peu. Alors que nous sommes à 300 000 morts en Syrie et 10 millions de déplacés, vous n’avez pas jugé utile de rencontrer par exempleles survivants du massacre chimique d’al-Ghouta dans la banlieue de Damas, survenu en août 2013 et qui a emporté en quelques minutes la vie de 1 429 personnes dont 426 enfants. Pourquoi, parce que vous n’y avez pas pensé ? Ou parce que leur drame ne vous touche pas autant que celui des chrétiens, étant a priori, musulmans en majorité ? En tout cas, vous n’y avez pas pensez surement parce que l’auteur de ce « crime de guerre » est précisément le régime de Bachar el-Assad que vous cherchez aujourd’hui à réhabiliter en vous cachant derrière les « chrétiens d’Orient » et de la « lutte contre le terrorisme ».

Cela dit, en regardant votre album photos, nous constatons que vous avez trouvé quand même le temps de profiter de cet agréable weekend pascal que vous vous êtes offerts comme hôtes dans le fief de Bachar et Asma, pour aller déambuler dans le souk de Damas et pour photographier comme vous l’avez dit Monsieur le député de la 11e circonscription des Français de l’étranger (celle qui englobant l’Europe de l’Est, l’Asie et le Pacifique, donc, le Liban et la Syrie) : « le mug qui fait fureur, en reconnaissance de l’intervention de la Russie face à Daech ». Vous ne vous êtes pas rendu compte Thierry Mariani, que votre tweet relève de l’imposture à l’état pur. Tout le monde sait que les frappes des avions russes avaient comme principal objectif d’avantager la tyrannie des Assad et n’ont visé Daech que secondairement. Alors, pourquoi pas vous ?

Et comme le hasard fait parfois bien les choses, la bataille de Palmyre est venue vous réconforter dans votre choixde s’aligner sur l’axe Damas-Téhéran-Moscou et de pavoiser : « Pendant que la bataille fait rage pour la reprise de Palmyre, la foule se presse au souk de Damas ».En d’autres termes, qu’est-ce qu’on est bien en sécurité chez Bachar et Asma ? En temps normal, on en rirait Thierry Mariani, tellement c’est grotesque. Vous avez raison sur la partie touristique de votre tweet, mais surement pas sur la partie militaire, qui relève là aussi, de l’imposture. Les batailles de Palmyre à l’aller comme au retour n’ont jamais fait rage. Je ne sais pas où vous êtes allés chercher ce délire. Elles se sont apparentées dans les faits à des passations de pouvoir entre les troupes d’Assad et de Daech, selon les circonstances et les intérêts. Et pour cause, Tadmor-Palmyre est une double ville du désert de Syrie qui n’a pas ungrand intérêt stratégique dans la guerre syrienne, ni pour les uns ni pour les autres. Sa chute, en mai 2015, comme sa reprise, en mars 2016, n’est pas un grand enjeu militaire de par son éloignement de la capitale et de sa géographie désertique. Son intérêt majeur est médiatique. Daech voulait s’en emparer pour deux raisons, à part étendre son territoire : d’une part, pour récupérer les petites œuvres d’art à vendre sur le marché noir (comme l’a confirmé le drame de l’ancien directeur des Antiquités, Khaled Assaad, qui a refusé d’indiquer aux djihadistes où il avait caché certaines d’entre elles, ce qui lui a coûté la vie), et d’autre part, pour détruire quelques monuments non islamiques, comme un pied de nez à la communauté internationale. Maintenant vous devez savoir, qu’Assad l’a livré à Daech pour deux raisons aussi : d’une part, afin de concentrer ses troupes autour de Damas, de la région de Lattaquié et tout au long de la frontière libanaise alors qu’il se trouvait en difficulté au printemps 2015, et d’autre part, pour se positionner devant quelques crédules occidentaux comme vous, comme un rempart aux barbares, destructeurs de la mémoire de l’humanité. Tous vos tweets et certains articles sur le sujet, pour saluer la bravoure des assaillants dans la bataille de Palmyre, le trio Assad-Nasrallah-Poutine (Robert Fisk qui souffre d’un syndrome de Stockholm par procuration depuis les années 80, parle même de « la plus grande défaite de l’EIIL »), relève de la mythologie. Il faut reconnaitre que les lieux s’y prêtent.

Une visite comme ça se prépare à l’avance. On peut éventuellement compenser le manque de préparation par l’observation du terrain et les discussions sur place. Tenez, à votre descente d’avion à Beyrouth vous auriez dû remarquer la présence massive de réfugiés et de migrants syriens au Liban. Le pays du Cèdre accueille pour ces deux catégories confondues près de 1,5 million de Syriens pour 4,5 millions d’habitants. Rapportés à la population française, c’est comme si la France accueillait 22 millions d’étrangers de la même nationalité. De quoi dissiper vos belles chevelures et brider vos grands sourires pour les photos souvenirs ! Vous auriez cherché à comprendre pourquoi il y avait autant, et pourquoi l’Europe croule sous l’afflux massif de migrants de Syrie, vous auriez découvert entre autres, que c’est à cause de l’obstination de Bachar el-Assad à garder le pouvoir (et à capoter les négociations de Genève dans le passé), des quatre vétos de la Russie et de la Chine (pour bloquer quatre résolutions de l’ONU sur la Syrie en 5 ans de conflit), des atrocités commises à la fois par le régime syrien et par les djihadistes de tout poil, de la barbarie des troupes syriennes (ex. le massacre chimique de Ghouta et l’album de César ; mais aussi, des bombardements des populations civiles aux barils d’explosifs et au chlore), de l’implication massive de la République islamique d’Iran et de la milice chiite du Hezbollah aux côtés de Bachar el-Assad (notamment tout le long de l’axe nord-sud longeant le Liban, d’Alep à Deraa), et de la violence des bombardements russes (qui n’a laissé aucun refuge à la population). Enfin bref, à cause de Bachar el-Assad, qui selon vous, Valérie Boyer, « travaille déjà à l’après-guerre et à la réconciliation ». Non mais, vous avez une forme grave de tourista madame ladéputée !

Au Liban, si vous aviez cherché à sortir des sentiers battus, des Libanais chrétiens et musulmans vous auraient plongé rapidement par exemple dans le dossier Michel Samaha. Cet ancien ministre libanais a été jugé et condamné il n’y a pas si longtemps, sur ses propres aveux et des preuves irréfutables, le flagrant délit de posséder 24 charges explosives fournies par le régime syrien, de vouloir mener des dizaines d’attentats terroristes et d’assassinats politiques au Liban, à caractère confessionnel (comme les innombrables actes terroristes survenus lors des 29 ans d’occupation syrienne du Liban par la tyrannie des Assad, père et fils, et qui ont couté la vie, entre autres, à deux présidents de la République chrétiens, Bachir Gemayel et René Mouawad, et à deux Premiers ministres sunnites, Rachid Karamé et Rafic Hariri), dont un devait être réalisé lors du passage du patriarche chrétien maronite dans une région musulmane sunnite, et tout cela à la demande du régime syrien de Bachar el-Assad svp, afin de plonger le Liban dans une guerre confessionnelle islamo-chrétienne. Ah oui, je vous l’accorde, on est en Orient et c’est trop compliqué, mieux vaut se contenter des clichés.

A ce propos, sur la route de Damas, dans le bus qui vous emmenait pour aller serrer la main du tyran des lieux, une simple connexion internet vous aurait permis de passer le temps de la traversée des magnifiques paysages du Mont-Liban, de la Bekaa et de l’Anti-Liban, à découvrir le terrible album de César. Vous pouvez toujours le faire et constatez vous-mêmes à quel point votre visite est déplacée, vos tweets sont grotesques et votre message de réhabilitation d’Assad fait honte. L’album de César compte 55 000 photos de 11 000 Syriens, hommes, femmes et enfants, affamés, torturés, mutilés et tués dans les conditions les plus abominables par le régime tyrannique de Damas, dont certaines ont été exposées au siège même de l’ONU à New York. Alors dites-nous, ces victimes, ne méritent-elles pas elles aussi votre compassion soi-disant chrétienne ? Si oui, comment pouvez-vous voir dans ce grand criminel, un homme « incontournable », protecteur de qui que ce soit ? Si non, vous êtes de faux-chrétiens, comme dirait le pape François. Ce seul « crime contre l’humanité » fait tomber à l’eau toutes les vaines tentatives dont la vôtre, pour redorer le blason de ce régime fasciste qui a institutionnalisé la torture et qui n’a rien à apprendre à Daech en matière de barbarie.

Et puisque vous êtes connectés à internet, vous pourrez plonger également dans les rapports de la Commission d’enquête internationale indépendante (sur la République arabe syrienne), celle qui a été créée par le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies. Dans celui du 5 février 2015 par exemple, vous apprendrez que « le recours à la torture était généralisé et systématique dans les locaux de plusieurs institutions (du régime)… Les informations recueillies (par la Commission d’enquête de l’ONU) dénotent l’existence d’une politique d’État mise en œuvre dans les différents gouvernorats ». Comme le prouve l’album de César justement ! Alors, Thierry Mariani, « Bachar el-Assad attend le retour de la France » pour quoi faire au juste ? L’aider dans la gestion de la torture ? Sinon, prenez le dernier rapport, celui du 11 février 2016, vous apprendrez que « Des crimes contre l’humanité continuent d’être commis par les forces gouvernementales et par l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL). Les crimes de guerre commis par les belligérants (en Syrie) sont monnaie courante ». Alors, dites-nous braves gens, c’est avec le chef de ce régime que vous souhaitez s’allier contre le terrorisme ? Mais, il est LE terroriste des terroristes ! Dans ce rapport, vous apprendrez aussi que « Les sunnites, qui constituent la communauté religieuse la plus importante de Syrie, comptent le plus de victimes et de prisonniers civils. Par ses attaques illégales et ses actes constitutifs de disparition forcée, le Gouvernement a visé les communautés dont il estimait qu’elles appuyaient des groupes armés ou dont l’allégeance lui semblait douteuse. Cette stratégie a touché de manière disproportionnée la majorité sunnite, en particulier dans les zones insurgées. » Voilà, Thierry Mariani, Valérie Boyer, et les autres, comment le régime de Bachar el-Assad combat et combattra Daech ! Je vous laisse maintenant imaginer les conséquences de cette stratégie criminelle et stupide, en Syrie comme en Europe.

Dans une interview accordée à BFM, Thierry Mariani, vous le respectable député des Français de l’étranger, vous dites clairement « Je souhaite la victoire de l’armée syrienne ». De votre côté Valérie Boyer, députée de Marseille, vous nous rassurez dans le quotidien La Provence que « Bachar est serein… il va gagner la guerre ». J’ai envie de vous dire, tout ça pour ça ! Enfin, vous êtes entièrement libres de soutenir une tyrannie. Faites-le pour toutes les raisons possibles et imaginables, mais dorénavant évitez le mélange des genres, Bachar el-Assad et chrétiens d’Orient, ces derniers se passeraient bien de l’expression fâcheuse de votre naïveté politique. Pour votre gouverne, tout ce qui renforce le régime alaouite de Bachar el-Assad, qui est issu d’une communauté minoritaire qui ne représente que 10% de la population syrienne, renforcera les islamistes de Daech & Co, qui sont issus d’une communauté majoritaire sunnite qui représente 70 % de la population syrienne et de dizaines de milliers de combattants étrangers sunnites sensibles à l’agonie du peuple syrien et réceptifs à la propagande djihadiste. Je vais vous simplifier davantage la formule : Assad va de pair avec Daech. En soutenant Bachar el-Assad, vous renforcez son pouvoir tyranniquenuisible pour les peuples syrien et libanais en général, et pour les communautéssunnite et chrétiene en particulier. Par votre démarche de réhabilitation de ce régime criminel, vous renforcez naturellement ses alliés, les extrémistes chiites pro-Bachar, comme le Hezbollah et la République islamique d’Iran, dont l’objectif reste l’établissement d’une République islamique chiite au Liban, comme l’a rappelé le numéro deux du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, en début d’année. Pire encore, en soutenant Assad, vous poussez une frange de personnes anti-Bachar de confession sunnite, de Syrie comme de France et d’ailleurs, à se radicaliser pour venir grossir les rangs de ces organisations terroristes. Ainsi, par votre soutien irresponsable, vous menacez l’ensemble des populations syrienne et libanaise, les chrétiens et les musulmans en Orient, vous prolongez le conflit syrien et vous jetezdavantage de migrants sur les routes de l’Europe. Assad et Daech sont deux formes différentes de fascisme, d’une barbarie comparable. Que ça vous plaise ou non, les deux sont condamnés à disparaitre. En attendant, vous êtes du mauvais côté de l’histoire.

Post-scriptum
Avant que je n’oublie, pitié, enlevez ce « ن », la lettre noun de l’alphabet arabe (qui a été apposée sur les murs des résidences des Irakiens de confession chrétienne expulsés de Mossoul par Daech, à l’été 2014), qui accompagne le nom de certains d’entre vous, Thierry Mariani et Valérie Boyer, sur les réseaux sociaux.Votre soutien à un tyran de la trempe de Bachar el-Assad, est totalement incompatible avec les enseignements de Jésus de Nazareth, le premier desnasara, les Nazaréens, ces fameux chrétiens d’Orient.

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« Demain » : un doc écolo, engagé, optimiste (et même pas cucul)


"Demain" : un doc écolo, engagé, optimiste (et même pas cucul)

Le spectateur, même le mieux disposé à l’égard des idées écologistes, sait bien qu’un spectre redoutable hante souvent les films, livres et discours écolos : le boy-scoutisme. Que les disciples de Baden-Powell ne prennent pas ombrage : cet état d’esprit positif et plein d’appels à « se relever les manches » est sans doute très formateur pour les jeunes gens, mais il jette sur les propos écolos une ombre terrible, celui de la bonne volonté.

Vous savez, cette croyance selon laquelle si tous les hommes consentaient une minute, une seule minute, à cesser d’être belliqueux et cupides, le climat et la biodiversité en seraient sauvés.

C’est sans doute vrai, mais l’on ne sache pas que depuis qu’il existe, le genre humain a jamais renoncé à être ce qu’il est : une créature compliquée, parfois altruiste, parfois poétique, mais le plus souvent prédatrice. Une « B.A. » pour dix saloperies. Et il y a fort à supposer qu’une seule chose est en train de permettre à cette créature de ne pas s’autodétruire après avoir tout ravagé, et cette chose s’appelle la politique : lutter pour que, dans les décisions publiques, certaines idées s’imposent au détriment d’autres, sans compter (ou alors à la marge) sur les bonnes volontés individuelles.

Beaux parleurs

Tout cela pour dire que « Demain » le documentaire réalisé par la comédienne Mélanie Laurent  et son compagnon, le journaliste Cyril Dion, qui sort sur les écrans ce mercredi 2 décembre, aurait pu être un truc de boy-scouts. Mais il ne l’est pas. « Demain », c’est de la politique. Rappelons son propos. Partant d’une étude alarmante parue dans la revue scientifique « Nature » disant que notre planète (et donc, une partie de l’humanité) risque d’être épuisée d’ici à 2100, Dion et Laurent décident de réaliser un tour du monde pour rencontrer ceux qui « proposent des solutions ».

Mais attention, ce ne sont pas des beaux parleurs nous enjoignant à changer nos modes d’être : ce sont des citoyens nous montrant comment, eux, ils ont fait. Par exemple, les habitants de Copenhague s’apprêtent, grâce à un mode de vie repensé, à se passer complètement des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) pour les renouvelables (solaire, éolien, géothermique) d’ici  à dix ans. Ce ne sont pas que des mots. Concrètement, ces 570.000 humains au mode de vie on-ne-peut plus occidental ne contribueront plus au réchauffement climatique en 2025. L’Islande est déjà dans ce cas, et l’île de la Réunion paraître suivre ce chemin.

Tombereaux d’emplois

De même, les heureux habitants de San Francisco (plus de 800.0000 habitants) sont en passe de recycler 100% de leurs déchets – ce qui permet un compost de qualité pour les cultures alentour, des tombereaux d’emplois locaux et un abandon des incinérateurs, catastrophiques pour le climat. Citons encore le couple Hervé-Gruyer qui, sur les terres normandes expérimentent la permaculture, une  agriculture 100% bio et pourtant ultra-productive en terme de rendements, tout à fait capable de nourrir l’humanité entière sans détruire les sols.

Citons toujours l’exemple de Bâle qui avec sa monnaie locale, le WIR, réservé uniquement aux entreprises, permet de maintenir une activité économique locale. Ou le cas deTodmorden, ville britannique déshéritée, qui utilise les espaces verts municipaux pour planter des fruits et légumes, denrées de qualité, locales et consommables gratuitement…

Tout cela ressemble à un catalogue de bonnes idées juxtaposées ? Et pourtant, la grande pertinence de « Demain », c’est de démontrer que toutes ces initiatives ont un point commun : privilégier le petit, le local et l’investissement des citoyens plutôt que leur assentiment passif. C’est très certainement l’économie du XXIe siècle qui nous apparaît là et qui signera le retour de l’ingéniosité, du frugal et du sur-mesure quand la société de consommation occidentale ne nous a tirés que vers le pré-mâché polluant et standardisé.

Archaïsme

De fait, pas de hasard si « Demain » se conclut sur un plaidoyer (convaincant, parce que soutenu par des exemples concrets) sur la nécessité de développer une démocratie locale participative. Et surtout sur la revendication claire à transformer une institution plus encore que les autres frappée d’archaïsme : l’école. Seules des écoles « différentes », capables de responsabiliser, valoriser et développer la créativité des enfants, seront capables d’accoucher de citoyens dignes de notre siècle en rémission. Quand on vous dit que c’est de la politique !

Des « banlieues » violentes ou des banlieues violentées?


Politiste, spécialiste des courants islamistes au CNRS

Publication: 23/03/2016 09h29 CET Mis à jour: 23/03/2016 09h36 CET

À Bruxelles cette fois, après Paris, Londres, Madrid et tant d’autres capitales, pas seulement européennes, de nouvelles victimes nous interpellent : « Qu’avez-vous fait pour nous protéger ? » Leurs appels légitimes me ramènent vingt et un ans en arrière, au lendemain des attentats parisiens du métro Saint-Michel, le 25 juillet 1995. Sous le titre « La recette du poseur de bombes », j’avais alors écrit dans les colonnes deLibération :

« Il faut traquer impitoyablement les poseurs de bombes. Police et justice l’ont fait avec détermination, et on a pu penser un temps, mais à tort, que le réseau responsable de ces crimes avait été démantelé. Pour éviter que l’apparition d’autres réseaux ne rende sans cesse caducs les succès de nos policiers, il est devenu urgent de nous atteler maintenant au démantèlement d’une autre filière, plus redoutable encore: non pas celle qui fabrique les bombes mais celle qui fabrique les poseurs de ces horribles engins de mort. »

Et je concluais sur une phrase dont l’actualité me semble s’être aujourd’hui renforcée : « À Paris ou à Alger [et aujourd’hui à Bruxelles ou ailleurs] cette enquête-là ne conduit pas que dans les banlieues ».

La meilleure et la plus urgente façon d’exprimer notre compassion pour les victimes reste aujourd’hui la même. Il s’agit d’arrêter et de sanctionner les poseurs de bombes. Ceux qui vont mener à bien une fois de plus cette mission méritent à cet égard notre respect et nos encouragements les plus vifs. Mais l’importance et la centralité de leur tâche ne doit pas nous faire ignorer la seconde urgence, plus pressante encore. Or, malgré les années, celle-ci, dans l’agenda de nos décideurs, tarde à se hisser au rang de priorité. Si nous ne voulons pas que les efforts de ceux qui entendent nous protéger restent vains, il nous faut arrêter la puissante « machine à fabriquer les poseurs de bombes ». Priver les criminels de leur nationalité ? Et pourquoi pas leur infliger une peine bien plus lourde encore en les privant de toute descendance ! Mais comment faire ?

Réformer l’autre ou nous réformer?

Trop de discours, depuis trop longtemps, nous égarent. Chez une écrasante majorité de nos conseilleurs, un prisme unique s’impose : de Sciences-Po à l’Académie française, du Parlement jusqu’à Matignon, conseils et consignes font un usage exclusif des marqueurs (jihad, imam, salafiste, charia, etc) de la seule culture et de la seule religion… de l’Autre ! Lorsque dans une conjoncture où nos tripes ont une dangereuse propension à prendre le contrôle de nos cerveaux, le ministère français de la Recherche a l’heureuse idée de mobiliser ses fonctionnaires, il ne crée lui même de postes de chercheurs que dans la seule discipline de l’islamologie ! Et son erreur, aussi flagrante que partagée, passe complètement inaperçue. Considérer que la connaissance de l’Islam est la clef qui peut nous permettre d’appréhender, pour le surmonter, le dysfonctionnement du monde procède pourtant d’un biais exceptionnellement pervers : celui qui nous interdit de penser, et de regarder en face, la part de responsabilité du plus grand nombre d’entre nous, c’est à dire des non-musulmans.

Dans le tissu politique de chacune de nos nations européennes, comme dans celles du Proche-Orient, les non-musulmans évoluent pourtant à ce jour très largement du bon côté du rapport de domination. Le jour où nous nous déciderons à accepter de considérer les explosions d’hostilité qui nous frappent pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire le révélateur de notre incapacité à établir une relation mutuellement satisfaisante avec le monde (musulman) de l’Autre, il nous faudra donc accepter l’idée que ― par la force des choses ― dans ce profond dysfonctionnement, nous sommes profondément impliqués ! Et il faudra alors aller jusqu’au bout de notre raisonnement et nous convaincre que, si les victimes de Bruxelles exigent que nous réformions le monde qui les a laissés mourir, c’est en partie au moins nous mêmes qu’il faut accepter de réformer.

D’une barbarie l’autre

Pour arrêter la « machine à fabriquer les poseurs de bombes » il faut accepter de voir que c’est ailleurs qu’à Molenbeck ou à Rakka, à Mossoul ou à Saint Denis que ses rouages tournent à plein régime. Et que plutôt que leurs fabriques, nos banlieues, proches et lointaines, sont plus surement les réceptacles de nos « bombes » en tous genres. Les « fabriques de poseurs de bombes » ne se trouvent pas dans les banlieues. Elles sont tout d’abord dans ces sphères gouvernementales qui prennent des décisions plus souvent électoralistes que raisonnables, tant intérieures qu’étrangères. Elles sont chez chacun d’entre nous quand nous laissons s’agrandir les accrocs du vivre ensemble. Elles sont partout aussi où, lachées par nos Rafale et autres Mirage, nos propres bombes ont fait plus d’un million de morts en moins de deux décennies.

Ce n’est pas en laissant nos tripes surenchérir dans la dénonciation de la barbarie de l’autre, mais bien en exigeant de nos cerveaux qu’ils nous laissent entrevoir un peu de la nôtre que nous sortirons de l’impasse mortifère où nous sommes aujourd’hui enfermés.

source

“Sécurité” : le 2e poème de Laurence Vielle  


En Belgique, le budget alloué à la sécurité sociale diminue, tandis que celui dédié à la sûreté de l’état « pour la sécurité des citoyens » explose. Ces deux mouvements inverses pour un même mot, fragilisent nos besoins essentiels (cfr. l’article de Pascale Vielle, chercheuse en droit social). En ce 21 mars, Journée mondiale de la Poésie et au lendemain de celle dédiée au Bonheur, notre Poétesse nationale Laurence Vielle souhaite faire résonner le mot « sécurité » avec ce nouveau poème :

 

 

sécurité
tranquillité
d’esprit
donnez-moi un peu de
tranquillité d’esprit
messieurs dames sans état d’âme
moi j’ai besoin
d’un toit
de quoi manger pour mes enfants
des soins et peut-être un
jardin à cultiver
nommez dans mon pays
un ministre au bonheur
pour ma sécu/sérénité
et coeur ouvert à l’autre
et voyager aussi
guetter biches et nuages
des chemins pour marcher
relier sans boucan
des bancs jolis pour se parler
des arbres à nos côtés
pour nous pousser à demeurer
apprenez-moi musique
apprenez-moi poèmes
avivez nos désirs
de beauté
vous dites chaque jour
« il faut oser encore
faire des économies
le coût de la sécu
il ne fait que grimper
arrêtons cette hausse »
et la sociale sécurité
qui partage bien-être
pour tous, forts et fragiles
qui porte paix à l’âme
s’étrique encore un peu
tandis que meurt de froid
un homme dans ma cité
l’autre sécurité
vous nous la brandissez
tanks tanks sur nos pavés
« citoyennes citoyens
pour votre bien nous débloquons
millions millions d’euros
sécu sécucu sécurrr
sécuritétététététété tétététététététété
c’est pour votre sécucurrritétététététététété »
père mère toute la famille
devant télé a peur
reste chez soi
à cette sécurité-là
messieurs dames qui pour nous gouvernez
je n’y crois pas

Farouk, un assiégé comme moi (2016) –


Hier a eu lieu la projection du Film « Un assiégé comme moi » de Hala Alabdalla qui inscrit -si je puis dire- la petite histoire de Farouk Mardam Bey dans la grande histoire du peuple syrien.
Comme toi Hala, je ne cache pas mon désarroi lorsque la première question dans la salle après la projection d’un film d’une telle richesse, concerne les « islamistes ». Comme toi je ne peux désormais entendre un public de gauche engagé dans la cause palestinienne émettre des doutes sur la légitimité d’un soulèvement populaire contre un despote. Pour moi l’éthique politique ne peut pas être à géométrie variable. Un peuple oppressé que ce soit du fait d’un occupant ou d’un despote sanguinaire mérite notre solidarité.
Elias Sanbar, Ambassadeur de Palestine aurpès de l’UNESCO et amis intime de Farouk Mardam Bey a tenu les propos suivants durant le débat:
« Ce que les syriens ont vécu en 5 années dépasse en horreur ce que les palestiniens ont vécu en un siècle.
Nous les palestiniens n’avons pas été à la hauteur. Vous syriens étiez là pour nous, et nous n’étions pas au rendez-vous ».

Pour ma part, pour avoir connu ce peuple syrien merveilleux, éblouissant de dignité et de courage, un peuple qui s’est soulevé contre la tyrannie et qui force l’admiration, je soutiendrai toujours la révolution syrienne.
Pour avoir cotoyé des êtres de chair, de sang, de culture et d’émotions, je soutiendrai la révolution pour que le despotisme qui les broie tombe.
Pour avoir connu les syriens avant la Syrie, je soutiendrai leur révolution afin que Samir Kassir repose en paix et que Farouk Mardam Bey puisse déambuler librement dans sa ville bien aimée: Damas.

L’espoir quand même: un Syrien témoigne


Hazem Yabroudi est arrivé en Belgique en 2012, en provenance de Jobar, dans la banlieue de Damas. Il a maintenant terminé ses études à l’UCL. Le 8 mars dernier, il a présenté une conférence sur son pays avec d’autres invités, devant 400 personnes passionnées. Voici son témoignage, écrit de sa main.

Quelle responsabilité de parler ici en tant que Syrien, un Syrien accueilli dans le Plat Pays, après avoir vécu en Syrie-la-Belle puis en Syrie-la-cata.

«Nous sommes condamnés à l’espoir», déclare le dramaturge syrien Sadallah Wannous: Ainsi, je voudrais que nous partagions ensemble aujourd’hui l’espoir, qui pousse comme une plante sur la terre brûlée…

Il n’est pas bon être un jeune homme aujourd’hui en Syrie. Vivre, tout simplement, avoir des rêves n’est plus permis: service militaire, arrestations, tuer ou être tué. A travers ce chaos, les études ont été ma boussole. Avec toute ma persévérance, elles m’ont permis d’arriver en Belgique comme étudiant. Des citoyens belges m’ont ouvert les portes de leur maison, mais surtout, ils m’ont ouvert leur cœur.

Ici en tant que Syrien, je vis au quotidien des sentiments conflictuels. J’ai droit à la sécurité et à des droits similaires à ceux d’un citoyen belge… pendant que mes parents à Damas vivent encerclés par la guerre, hébergés par des proches après que notre maison eut été totalement ravagée sous les bombes. Mes frères sont partis, réfugiés dans différents pays… Certes, ce n’est pas du tout évident! Pourtant, cela reste «vivable» comparé à ce d’autres Syriens vivent au pays.

Je pense notamment à ceux qui vivent assiégés depuis 3 ans dans les faubourgs de Damas. Il y a quelque temps, quelqu’un vendait sa voiture pour des sacs de farine et du lait pour bébé. Je pense à tous ceux qui vivent sous une pluie de barils d’explosifs lancés aveuglément sur les civils.

Je pense aux habitants du camp de réfugiés palestiniens Al-Yarmouk, à Damas, où 200 personnes sont mortes de faim. Il vaut mieux mourir sous une bombe que de mourir de faim, nous explique-t-on.

Pourtant, aujourd’hui, je voudrais vous parler de l’espoir, de ma foi en cette société syrienne digne d’assumer un pays libre et démocratique.

En effet, depuis le début du soulèvement populaire, des citoyens syriens s’engagent, au péril de leur vie, pour protéger et reconstruire la société civile. A l’heure où je vous parle, ils se donnent pour soigner les blessés, nourrir les affamés, sauver des vies, rapporter la vérité, continuer malgré tout l’école, accueillir les déplacés et les réfugiés. J’avoue que je me sens très petit devant le courage de tant de Syriens engagés au pays.

J’aimerais évoquer ici mon amie Houda Khayti qui travaille à Douma avec d’autres amies syriennes dans une association féministe nommée “Education, it’s my right”, qui continue jour après jour à encadrer les enfants et leurs mamans et à assurer la distribution d’aide alimentaire vitale pour les personnes les plus vulnérables.

J’aimerais évoquer aussi une initiative qui s’appelle “La rue 15″, qui forme les habitants du quartier Al-Yarmouk à Damas pour qu’ils puissent cultiver des légumes et des plantes sur les toits des maisons et dans les miniparcs du quartier.

Enfin, dans le nord du pays, à Alep notamment, le très courageux travail des “casques blancs” qui consiste à sauver la vie des gens coincés sous les ruines des bombardements.

Oui, aujourd’hui, nous voulons partager l’espoir et les aspirations de toutes ces personnes de voir tous les Syriens retrouver paix, liberté et pleine dignité. Avec eux, nous voulons croire que cela est possible.

Beaucoup de citoyens Belges et Européens ont manifesté une touchante empathie envers les Syriens, traduite autant par l’aide humanitaire que par l’accueil et l’accompagnement concret des réfugiés. Ils nous permettent de retrouver le chemin de la vie. En revanche, à mon avis, aider les Syrien implique de croire à leur cause: leur droit de vivre dignement et de s’exprimer librement.

Sans conteste, ce ne sont pas les armes ni les avions militaires qui instaureront la paix en Syrie. Vivre en paix suppose d’abord d’établir un cadre qui permette une représentation politique équitable de toutes les idées, même opposées.

Avant d’écrire ces mots, j’ai demandé à des amis en Syrie de m’envoyer leurs messages pour vous. Voici les mots de mon ami Jaber:

Hazem, dis-leur que nous sommes un peuple qui aime tellement la vie,

Hazem, dis-leur qu’on n’aurait jamais cru possible que notre pays soit dévasté ainsi,

Hazem, dis-leur que ceux qui ont participé aux combats veulent retourner à leurs ateliers, leurs boulangers, leurs commerces. On ne veut pas la guerre.

Hazem, dis-leur qu’on est des travailleurs. Qu’on ne veut pas demander l’aumône, mais seulement la liberté.

Hazem, dis-leur qu’on est des gens comme eux,

Et qu’on a envie de retourner vite à la maison.

Jaber vient de tout quitter et fuir en Turquie où il s’engage auprès des Syriens réfugiés.

Ces mots de mon ami Jaber m’ont fait penser à ceux du grand poète Mahmoud Darwich dont les vers disent si bien ce que nous vivons. J’aimerais vous en lire en communion avec tous les Syriens, sans exception, car aujourd’hui, tous les Syriens, quelle que soit leur religion, et quelle que soit leur opinion, souffrent, assurément !

Je cite :

Et nous, nous aimons la vie autant que possible

Nous dansons entre deux martyrs.

source

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