L’espoir quand même: un Syrien témoigne


Hazem Yabroudi est arrivé en Belgique en 2012, en provenance de Jobar, dans la banlieue de Damas. Il a maintenant terminé ses études à l’UCL. Le 8 mars dernier, il a présenté une conférence sur son pays avec d’autres invités, devant 400 personnes passionnées. Voici son témoignage, écrit de sa main.

Quelle responsabilité de parler ici en tant que Syrien, un Syrien accueilli dans le Plat Pays, après avoir vécu en Syrie-la-Belle puis en Syrie-la-cata.

«Nous sommes condamnés à l’espoir», déclare le dramaturge syrien Sadallah Wannous: Ainsi, je voudrais que nous partagions ensemble aujourd’hui l’espoir, qui pousse comme une plante sur la terre brûlée…

Il n’est pas bon être un jeune homme aujourd’hui en Syrie. Vivre, tout simplement, avoir des rêves n’est plus permis: service militaire, arrestations, tuer ou être tué. A travers ce chaos, les études ont été ma boussole. Avec toute ma persévérance, elles m’ont permis d’arriver en Belgique comme étudiant. Des citoyens belges m’ont ouvert les portes de leur maison, mais surtout, ils m’ont ouvert leur cœur.

Ici en tant que Syrien, je vis au quotidien des sentiments conflictuels. J’ai droit à la sécurité et à des droits similaires à ceux d’un citoyen belge… pendant que mes parents à Damas vivent encerclés par la guerre, hébergés par des proches après que notre maison eut été totalement ravagée sous les bombes. Mes frères sont partis, réfugiés dans différents pays… Certes, ce n’est pas du tout évident! Pourtant, cela reste «vivable» comparé à ce d’autres Syriens vivent au pays.

Je pense notamment à ceux qui vivent assiégés depuis 3 ans dans les faubourgs de Damas. Il y a quelque temps, quelqu’un vendait sa voiture pour des sacs de farine et du lait pour bébé. Je pense à tous ceux qui vivent sous une pluie de barils d’explosifs lancés aveuglément sur les civils.

Je pense aux habitants du camp de réfugiés palestiniens Al-Yarmouk, à Damas, où 200 personnes sont mortes de faim. Il vaut mieux mourir sous une bombe que de mourir de faim, nous explique-t-on.

Pourtant, aujourd’hui, je voudrais vous parler de l’espoir, de ma foi en cette société syrienne digne d’assumer un pays libre et démocratique.

En effet, depuis le début du soulèvement populaire, des citoyens syriens s’engagent, au péril de leur vie, pour protéger et reconstruire la société civile. A l’heure où je vous parle, ils se donnent pour soigner les blessés, nourrir les affamés, sauver des vies, rapporter la vérité, continuer malgré tout l’école, accueillir les déplacés et les réfugiés. J’avoue que je me sens très petit devant le courage de tant de Syriens engagés au pays.

J’aimerais évoquer ici mon amie Houda Khayti qui travaille à Douma avec d’autres amies syriennes dans une association féministe nommée “Education, it’s my right”, qui continue jour après jour à encadrer les enfants et leurs mamans et à assurer la distribution d’aide alimentaire vitale pour les personnes les plus vulnérables.

J’aimerais évoquer aussi une initiative qui s’appelle “La rue 15″, qui forme les habitants du quartier Al-Yarmouk à Damas pour qu’ils puissent cultiver des légumes et des plantes sur les toits des maisons et dans les miniparcs du quartier.

Enfin, dans le nord du pays, à Alep notamment, le très courageux travail des “casques blancs” qui consiste à sauver la vie des gens coincés sous les ruines des bombardements.

Oui, aujourd’hui, nous voulons partager l’espoir et les aspirations de toutes ces personnes de voir tous les Syriens retrouver paix, liberté et pleine dignité. Avec eux, nous voulons croire que cela est possible.

Beaucoup de citoyens Belges et Européens ont manifesté une touchante empathie envers les Syriens, traduite autant par l’aide humanitaire que par l’accueil et l’accompagnement concret des réfugiés. Ils nous permettent de retrouver le chemin de la vie. En revanche, à mon avis, aider les Syrien implique de croire à leur cause: leur droit de vivre dignement et de s’exprimer librement.

Sans conteste, ce ne sont pas les armes ni les avions militaires qui instaureront la paix en Syrie. Vivre en paix suppose d’abord d’établir un cadre qui permette une représentation politique équitable de toutes les idées, même opposées.

Avant d’écrire ces mots, j’ai demandé à des amis en Syrie de m’envoyer leurs messages pour vous. Voici les mots de mon ami Jaber:

Hazem, dis-leur que nous sommes un peuple qui aime tellement la vie,

Hazem, dis-leur qu’on n’aurait jamais cru possible que notre pays soit dévasté ainsi,

Hazem, dis-leur que ceux qui ont participé aux combats veulent retourner à leurs ateliers, leurs boulangers, leurs commerces. On ne veut pas la guerre.

Hazem, dis-leur qu’on est des travailleurs. Qu’on ne veut pas demander l’aumône, mais seulement la liberté.

Hazem, dis-leur qu’on est des gens comme eux,

Et qu’on a envie de retourner vite à la maison.

Jaber vient de tout quitter et fuir en Turquie où il s’engage auprès des Syriens réfugiés.

Ces mots de mon ami Jaber m’ont fait penser à ceux du grand poète Mahmoud Darwich dont les vers disent si bien ce que nous vivons. J’aimerais vous en lire en communion avec tous les Syriens, sans exception, car aujourd’hui, tous les Syriens, quelle que soit leur religion, et quelle que soit leur opinion, souffrent, assurément !

Je cite :

Et nous, nous aimons la vie autant que possible

Nous dansons entre deux martyrs.

source

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