Lettre ouverte au monde musulman


Lundi 13 Octobre 2014 à 05:00 | Lu 87519 fois I 74 commentaire(s)

 

ABDENNOUR BIDAR*

Pour le philosophe Abdennour Bidar, les croyants ne peuvent pas se contenter de dénoncer la barbarie terroriste pour éluder l’origine des dérives djihadistes. Face aux dogmes et à l’instrumentalisation politique dont ils sont l’objet, le monde musulman doit faire son autocritique et œuvrer à sa propre réforme.


Le sommet d'une mosquée à Islamabad au Pakistan - Anjum Naveed/AP/SIPA

Le sommet d’une mosquée à Islamabad au Pakistan – Anjum Naveed/AP/SIPA

 

>>> Tribune parue dans Marianne daté du 3 octobreCher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident !

Et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois mieux que d’autres, sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois, toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : Daesh. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries : « Ce n’est pas moi ! »« Ce n’est pas l’islam ! » Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (#NotInMyName). Tu t’insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question ! Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous, les Occidentaux, et vous, tous les ennemis de l’islam, de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n’est pas l’islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! »

J’entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui, tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde, l’islam a créé tout au long de son histoire de la beauté, de la justice, du sens, du bien, et il a puissamment éclairé l’être humain sur le chemin du mystère de l’existence… Je me bats ici, en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l’islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir… Et cela m’inspire une question – « la » grande question : pourquoi ce monstre t’a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? C’est qu’en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage.

Ce problème est celui des racines du mal. D’où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre – et il en surgira autant d’autres monstres pires encore que celui-ci que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !

Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu’ils me disent : « Non, le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. » Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur de réacteur d’une civilisation humaine ! Et que l’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l’échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l’homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent – et qui comme l’islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C’est à tous ceux-là, musulmans et non-musulmans, qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu’entrevoit leur espérance !

Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l’avenir ne sont pas encore assez nombreux, ni leur parole, assez puissante. Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c’est l’état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d’Al-Qaïda, Jabhat Al-Nosra, Aqmi ou « Etat islamique ». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté ; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion ; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.

Tout cela serait-il donc la faute de l’Occident ? Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ?

Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l’avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l’Occident. Soit tu t’es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l’intérieur de tes frontières – un wahhabisme que tu répands à partir de tes Lieux saints de l’Arabie saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité – je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu’est le culte du dieu Argent.

Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ? Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l’Inde à l’Espagne ? En réalité, tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même… Tu ne sais plus du tout qui tu es, ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu’agressif… Tu t’obstines à ne pas écouter ceux qui t’appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie tout entière.

Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l’islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l’Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu’à l’intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d’imposer que l’islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu’« il n’y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son appel à la liberté l’empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? Je dis qu’il est l’heure, dans la civilisation de l’islam, d’instituer cette liberté spirituelle – la plus sublime et difficile de toutes – à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens !

De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s’élèvent aujourd’hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d’une religion autoritaire et indiscutable… Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, chouyoukhs, etc.) qu’ils ne comprennent même pas qu’on leur parle de liberté spirituelle, ni qu’on leur parle de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l’islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu’ils n’osent pas donner à leur propre conscience le droit de la remettre en question ! Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge et où l’éducation spirituelle est d’une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas !

Or, cela, de toute évidence, n’est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l’« Etat islamique ». Non, ce problème-là est infiniment plus profond ! Mais qui veut l’entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n’écoute plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t’illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que, quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste, l’islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d’évoquer – une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent l’islam ordinaire, l’islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l’islam du passé dépassé, l’islam déformé par tous ceux qui l’instrumentalisent politiquement, l’islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ?

Bien sûr, dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d’approfondissement spirituel ; des lieux où l’islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l’honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l’être humain et la réalité ultime qu’on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en terre d’Islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres. Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d’un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l’instant le droit de dire « Je choisis mon islam »« J’ai mon propre rapport à l’islam » n’a été reconnu par l’« islam officiel » des dignitaires. Ceux-là, au contraire, s’acharnent à imposer que « la doctrine de l’islam est unique » et que « l’obéissance aux piliers de l’islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).

Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l’un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d’un bien et d’un mal, d’un licite (halâl) et d’un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées, tu associes encore la religion et la violence – contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles – de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du djihad !

Alors ne fais plus semblant de t’étonner, je t’en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat islamique t’aient pris ton visage ! Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C’est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l’éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n’es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! C’est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas, tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction.

Cher monde musulman… Je ne suis qu’un philosophe, et comme d’habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu’à faire resplendir à nouveau la lumière – c’est le nom que tu m’as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ». Je n’aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français, « qui aime bien châtie bien ». Et, au contraire, tous ceux qui aujourd’hui ne sont pas assez sévères avec toi – qui veulent faire de toi une victime -, tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.

Abdennour Bidar est philosophe, auteur de Self islam, histoire d’un islam personnel (Seuil, 2006), L’Islam sans soumission : pour un existentialisme musulman (Albin Michel, 2008), et d’ Histoire de l’humanisme en Occident (Armand Colin, 2014).

 

 

“HA’ARETZ” FACE À LA COLÈRE DE SES LECTEURS


Confronté à une vague de désabonnements à cause d’articles jugés trop favorables aux Palestiniens, le journal israélien tente désespérément de justifier sa ligne éditoriale. Avec, en ligne de mire, les éditoriaux de Gideon Levy.

HA’AYIN HA SHVI’IT – http://www.the7eye.org.il/125933

COURRIER INTERNATIONAL (EXTRAITS) –http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/23/ha-aretz-face-a-la-colere-de-ses-lecteurs

Dessin de Vlahovic, Serbie.Dessin de Vlahovic, Serbie.

Dans une nouvelle aile du musée d’Art et d’Histoire de Tel-Aviv, une rencontre a été spécialement organisée [le 14 septembre] par Ha’Aretz pour tenter de récupérer quelques milliers d’anciens abonnés. Avant l’ouverture des débats, le ton est donné dans les couloirs par un certain Matti David, qui brandit des tracts en criant : “Voici pourquoi j’ai résilié mon abonnement après trente-quatre ans de fidélité !”

Pourquoi ? Parce que le quotidien de gauche participe au “djihad anti-israélien”. Eitan Carmi, un Galiléen vétéran de l’armée de l’air, a décidé de résilier son abonnement après avoir lu l’article du célèbre journaliste Gideon Levy intitulé “Mauvais pour l’aviation”, dénonçant la participation sans état d’âme de jeunes pilotes au volet aérien de l’opération Barrière protectrice [juillet-août 2014]. Carmi affiche quarante ans d’abonnement au compteur. Comme lui, les participants sont dans leur majorité des hommes de plus de 50 ans. Davantage que le journal lui-même, c’est la ligne politique prêtée à des journalistes comme Gideon Levy, Uri Misgav ou Roger Alpher, pour ne citer qu’eux, qui est clouée au pilori.“Nous sommes un journal doté d’une mission d’information, mais également une entreprise, leur répond Amos Schocken, directeur de Ha’Aretz. D’un côté, nous avons une fonction sociale qui ne doit pas nous faire craindre de subir des attaques.

“D’un autre côté, nous devons engranger des bénéfices pour survivre. Ces deux dimensions entrent souvent en conflit. Mais nous avons toujours tenu à être en pointe dans les campagnes contre certains monopoles publics, pour la modernisation du système judiciaire et contre la corruption de l’administration, y compris celle de la police. Concernant les Palestiniens, notre attitude se veut à la fois israélienne et professionnelle. Elle s’inscrit dans nos combats pour le maintien du caractère [juif] de l’Etat et la défense d’une société plus juste et plus éclairée. S’abonner à Ha’Aretz, c’est souscrire à une police d’assurance quant au chemin pris par Israël. Ha’Aretz s’est toujours défini comme un journal sioniste.

“Cela signifie qu’il soutient l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique et estime avoir un rôle de premier plan dans la défense et la promotion d’une société avancée dans les domaines de la culture, de l’éducation, des droits civiques et individuels, de l’économie de marché, de la recherche de la paix avec nos voisins arabes et de la reconnaissance de l’autodétermination des Palestiniens.” Le rédacteur en chef, Alouf Benn, attaque de front le sujet qui est à l’origine de la vague récente et massive de désabonnements : l’opération Barrière protectrice. “Cela fait trois ans que j’occupe cette fonction et jamais je n’avais dû faire face à une telle crise, admet-il. Ha’Aretz est typiquement israélien et, comme tous les Israéliens, nous avons subi de plein fouet l’impact de cette guerre.

“Plusieurs journalistes ont été rappelés sous les drapeaux et beaucoup d’entre nous ont dû effectuer leurs deux mois de réserve. Le travail journalistique de Ha’Aretz est nécessairement empreint d’un regard israélien, d’un point de vue israélien. Quand le Hamas tire des roquettes sur Tel-Aviv, ça nous est à tous insupportable. Et nous avons tous des collègues ou des proches qui, dans l’armée d’active ou dans celle de réserve, sont entrés dans la bande de Gaza. Mais nous avons aussi le devoir d’informer et l’obligation de définir une ligne éditoriale. C’est pour cela que, pour donner un exemple, la ligne que nous avons adoptée pour Barrière protectrice a été d’établir une chronologie exhaustive et mise à jour de façon permanente.

“Nous avons été confrontés à la censure militaire, qui nous a interdit de révéler l’information selon laquelle les trois adolescents juifs enlevés en mai dernier en Cisjordanie avaient été presque immédiatement assassinés, contrairement au discours officiel. Nous avons malgré tout essayé de faire passer cette info sans violer ouvertement l’interdiction. Parce que cette information était essentielle : par son contenu proprement dit, mais aussi par sa non-diffusion, laquelle a créé un climat tel dans l’opinion publique qu’une guerre à Gaza devenait inévitable. Avec le recul, je puis affirmer que l’opinion a été sciemment trompée.

“Ce sont les mêmes préoccupations qui ont guidé notre couverture de la campagne militaire contre la bande de Gaza. Nous avons voulu rendre compte, de la façon la plus fiable possible, de ce qui se passait de notre côté comme du côté palestinien. Concernant notre couverture ‘israélienne’, je ne crois pas qu’elle ait été radicalement différente des autres quotidiens. Nous ne sommes pas des fonctionnaires ou des diplomates de l’ONU, nous sommes des Israéliens, nous vivons en Israël, nous sommes curieux d’Israël, mais nous sommes également curieux de ce qui se passe de l’autre côté [palestinien].

“On nous a reproché de rappeler et de souligner le nombre de victimes palestiniennes. Pour prendre une comparaison sans doute osée, ne pas le faire, c’eût été comme rendre compte d’un match de football en ne publiant que le score d’une seule équipe. Cela relève d’une responsabilité professionnelle mais aussi morale. De même, au plus fort des tirs de roquettes [palestiniennes], nous avons soutenu le Premier ministre dans son choix de lancer une opération militaire, mais nous l’avons mis en garde contre le risque d’escalade ainsi que la mort d’innocents. Enfin, en dépit de notre sacro-sainte politique de liberté d’opinion, nous avons tout de même refusé la publication d’une tribune, laquelle assimilait les miliciens du Hamas aux combattants du ghetto de Varsovie.

En revanche, concernant l’éditorial controversé de Gideon Levy daté du 14 juillet, qui condamnait les pilotes israéliens et les appelait à désobéir aux ordres, j’estime que nous avons bien fait de le publier en temps de guerre, même si ce n’était agréable à lire ni pour nous ni pour une majorité de nos lecteurs. Aurions-nous dû attendre que le conflit soit derrière nous ? Et faire ce que nous faisons souvent en Israël : applaudir nos chefs et ensuite les accabler de critiques ? Tirer et puis pleurer ?”

À la simple évocation de Gideon Levy, toute l’assistance s’est réveillée comme un seul homme.

“Votre combat pour l’éducation à la démocratie vous honore. Qu’attendez-vous pour publier un entretien avec Ismaïl Haniyeh [responsable du Hamas], dans lequel il nous expliquera que son objectif est de détruire Israël ? Des gens comme Gideon Levy heurtent davantage l’opinion israélienne qu’ils ne l’informent. Pourquoi s’en prendre à ces pilotes de 22 ans, ces bons petits gars, et pas aux dirigeants ?” demande l’un des lecteurs. Un autre participant s’empare du micro d’Amos Schocken. Matti David, celui qui distribuait des tracts incendiaires dans les couloirs, explose : “En vous arrogeant le droit de savoir mieux que quiconque en Israël ce qui est bon pour la sécurité, la démocratie et le caractère juif d’Israël, c’est-à-dire en vous plaçant au-dessus du pouvoir législatif et judiciaire, vous faites preuve d’une arrogance insupportable. Cette conférence est la preuve que vous avez un problème et que cela ne va pas s’arranger si vous ne changez pas de politique éditoriale et si vous continuez à vous placer en dehors du consensus national.”

Un véritable chœur d’attaques venant de la salle se déchaîne contre Gideon Levy. Des dizaines de personnes hurlent, accusant Ha’Aretz de participer à une “campagne de nazification” d’Israël. Gideon Levy est comparé à “Lord Haw-Haw”, surnom donné jadis à William Joyce, un homme politique américain qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, animait une radio britannique de propagande nazie et qui fut pendu pour haute trahison en 1946.

“Gideon Levy n’a rien fait d’autre lorsque, sur les ondes de la BBC, il a soutenu les appels au boycott d’Israël. Alors nous tous, boycottons Ha’Aretz !” lance-t-il sous les ovations de la salle. Blême, Levy serre les dents et encaisse en silence. De nouveau, Schocken croit pouvoir raisonner la salle en expliquant qu’un autre éditorial controversé de Gideon Levy, publié à la fin de l’opération Plomb durci [janvier 2009], accusant déjà l’aviation d’avoir délibérément visé des civils, s’est finalement révélé pertinent après que, sous couvert d’anonymat, un chef d’escadrille se fut confié au quotidien concurrent Yediot Aharonot. En vain.

Des personnes non inscrites commencent à envahir la salle. Schocken craque : “Si vous ne voulez même pas écouter nos réponses à vos accusations, alors vous n’avez qu’à sortir !”s’écrie-t-il. Ce à quoi une bonne partie de la salle, comme il fallait s’y attendre, répond aux cris de “Sortons !”.

Itamar Baz

Publié le 15 septembre 2014 dans Ha’Ayin Ha’Shvi’it (extraits) Jérusalem

http://www.the7eye.org.il/125933

Syrie : Bachar el-Assad, libre d’achever la rébellion


Le Point – Publié le 27/10/2014 à 14:59 – Modifié le 27/10/2014 à 19:37

Le président syrien profite des frappes américaines anti-djihadistes pour bombarder les dernières poches de résistance des rebelles, sans épargner les civils.

Un combattant rebelle marche seul dans une rue d'Alep dévastée, le 25 octobre 2014 (photo d'illustration).
Un combattant rebelle marche seul dans une rue d’Alep dévastée, le 25 octobre 2014 (photo d’illustration). © Karam Almasri / NurPhoto
Par

À la une du Point.fr

De prime abord, le reportage de France 2 à Alep diffusé dimanche soir a comme un air de déjà-vu. Carcasses d’immeubles éventrés, slalom de combattants entre les décombres pour échapper aux rafales d’armes automatiques, ou encore fente creusée dans un mur pour mieux viser, puis abattre ses adversaires, le document intitulé « Au coeur de la bataille d’Alep » ne semble guère différer de toutes ces plongées au sein de la rébellion syrienne proposées depuis maintenant deux ans à la télévision. Jusqu’à ce que l’un des soldats annonce à la caméra : « Entre nous et les rebelles, ici, il n’y a même pas dix mètres de distance. »

Vous l’aurez compris, les combattants qui accueillent l’équipe deFrance 2 ne sont pas des opposants syriens, mais des membres de l’armée de Bachar el-Assad témoignant de leur reconquête de la seconde ville de Syrie. Une première en France, dans cette cité ravagée par deux ans de combats sanglants entre régime et opposition, et le dernier signe que le vent a tourné sur la révolution syrienne. En effet, en dépit de leurs dénégations répétées, les États-Unis, en s’engageant dans une guerre contre l’organisation État islamique (EI), ont bel et bien renforcé le président syrien. Et tué ses opposants.

Punition collective

Comme un symbole, pendant que l’aviation américaine multiplie les frappes contre les positions djihadistes à Kobané, son homologue syrienne a tout loisir de pilonner massivement les derniers territoires tenus par la rébellion. Alep, Idleb, Hama, Quneïtra, Damas ou encore Deraa, aucune province rebelle n’échappe aux bombardements de l’armée, d’une ampleur inégalée depuis la semaine dernière. Missiles air-sol lancés depuis des avions de chasse ou barils de TNT projetés par des hélicoptères, les frappes n’épargnent pas les populations civiles. Une punition collective qui a encore fait au moins 43 morts civils dimanche, dont 13 enfants, dans les provinces de Homs et de Deraa.

Pendant que l’attention de la communauté internationale reste focalisée sur le martyre de Kobané, le rouleau compresseur du régime fond en toute impunité sur les dernières poches de résistance. Après avoir réussi au printemps dernier à reconquérir l’ouest du pays, coupant la rébellion du Liban où elle s’approvisionnait, Bachar el-Assad est sur le point de reproduire le même coup de force à Alep (Nord-Ouest). En effet, si le régime syrien parvenait à encercler l’ex-poumon économique du pays, il priverait la rébellion dans la région de ses ravitaillements depuis la Turquie. Et lui infligerait par là même un coup dont elle ne se relèverait pas.

L’aide des États-Unis

Les États-Unis ont beau rappeler que le départ de Bachar el-Assad est inéluctable, et entraîner pour se faire des opposants « modérés » en Jordanie, ils restent totalement sourds à l’appel des rebelles réclamant à la coalition de bombarder de toute urgence les positions du régime. Au contraire, Washington ne fait qu’affaiblir l’opposition syrienne en frappant les djihadistes du Front Al-Nosra (al-Qaida en Syrie), la branche la plus radicale mais aussi la mieux armée de la rébellion, dans cette même région d’Alep.

Entièrement livrés à leur sort, les rebelles demeurent aujourd’hui pris en étau entre deux forces autrement plus armées qu’eux : les soldats de Bachar el-Assad et les djihadistes de l’État islamique. Vous comprendrez aisément pourquoi le président syrien ne pipe mot face aux bombardements américains menés depuis un mois sur son propre territoire, en dépit de l’illégalité totale d’une telle opération.ce

source

Toi l’étranger (bis*)


octobre 14, 2014
Un centre fermé, c’est une prison. Une prison pleine de gens déchirés, qui ont tout quitté pour une très bonne raison: ils n’ont qu’une vie.

Imaginez que vous quittez tout, avec pour seule ressource votre courage. Que vous partez vers l’inconnu la trouille au bide, laissant derrière vous votre famille (si elle n’a pas été décimée par la guerre), vos amis, votre maison (si vous en aviez une). Qui fait ça par plaisir?

Et donc vous partez vers un pays inconnu, un pays des droits de l’Homme, qui fait la guerre chez vous, qui a condamné le vôtre pour le traitement qu’il vous réservait, qui a des ressources dont vous n’avez jamais pu bénéficier, que sais-je.

Et là, tout à coup, c’est vous les criminels. On vous enferme derrière des grilles, avec vos enfants si vous en avez. Vous avez droit au parloir de telle à telle heure. Vous y rencontrez des citoyens qui ne peuvent rien pour vous, si ce n’est vous le dire, des avocats débordés si vous avez de la chance. Vous êtes enfermé la nuit dans des dortoirs de désespérés. Vous mangez mal. Vous y restez un temps indéterminé, parfois des mois. Parfois, on vous change de centre.

Et un jour, vous ne savez pas quand, on vient vous chercher pour vous escorter au pays en vous traitant comme le criminel que vous êtes. Pas un pays que vous avez quitté pour réaliser un projet de vie. Un pays que vous avez quitté pour avoir une vie. Voilà votre crime. Une vie, ça se mérite. Vous n’êtes pas né au bon endroit, c’est votre faute.

Il se peut cependant qu’on vous libère un jour, parce qu’un avocat a réussi à vous sortir de là. Mais n’espérez pas un mot d’excuse. De toute façon, vous l’apprendrez vite, quand on n’est pas né au bon endroit, on est criminel à vie. C’est dans les gènes, vous êtes toute la misère du monde.

*Toi l’étranger

source

bis parce que cet article fait suite à celui de 2012

Toi l’étranger…

juin 5, 2012

Cher ami étranger (oui, oui, tu es mon ami, parce que tu ne m’as rien fait), tu le sais peut-être, mais en arrivant en Belgique, tu entres dans un pays qui a toujours eu un peu de mal à assumer ses incuries et qui aime bien s’imaginer qu’il répare les choses en faisant des trucs pas très utiles, mais bien visibles.

Parmi ces trucs, il y a une idée qui circule beaucoup en ce moment (d’ailleurs, beaucoup d’idées circulent en Belgique, parce qu’en Belgique, on vote tout le temps, ce qui fait qu’on fait tout le temps beaucoup de bruit avec des choses creuses, qui résonnent d’autant plus fort qu’elle raisonnent peu, ce qui est assez logique, quand on y pense): le parcours d’intégration.

Bon, bien sûr, tout ça n’est pas encore très clair (un peu comme ta peau). Mais en substance, on voudrait vérifier:

– que tu apprends bien notre langue. Oui, parce que nous, on est un pays qui en a 3 et est majoritairement infichu d’en parler plus d’une et très majoritairement infichu d’en écrire une seule correctement;

– que tu intègres bien nos us et coutumes. Oui, parce que nous, on vit tous pareil, on mange tous pareil et on fait tous le même boulot, sauf ceux qui vivent un peu comme ils l’entendent en veillant juste à ne pas trop emmerder le monde – la majorité, en somme -;

– que tu respectes la femme. Oui, parce que chez nous, on respecte la femme. Sauf dans les salaires, le temps de travail domestique, la publicité, les gardes d’enfants et ce genre de choses. La majorité des choses, en fait;

– que tu respectes la loi et les Droits de l’Homme. Ce qu’on fait presque tous, sauf dans certaines choses comme les centres fermés ou la toute grande majorité des prisons, ce que tu apprendras très vite si tu ne respectes pas ce qui précède.

Je n’en sais pas plus pour le moment, mais je ne manquerai pas de te tenir informé si ça arrive (ce dont je doute, parce que ce sont bientôt les vacances et puis les élections).

En gros, tu sais, nous, on est majoritairement comme toi. Assez intelligents pour voyager, pour nous adapter dans la mesure où on nous laisse nous adapter, pour vivre nos trucs privés en privé, tout ça. Il paraît même qu’on est super gentils et accueillants et je crois bien que c’est vrai. Mais toi qui sais ce qu’est la galère mais n’as sans doute pas la chance d’avoir eu des étrangers à vilipender dans ton pays, tu comprends sûrement que quand tu débarques chez nous, ben tu nous fais un peu peur, parce que c’est plus facile d’avoir peur de toi que de ce qui est en train de nous tomber sur la gueule.

En gros, cher ami venu d’ailleurs, tu es un peu notre salut. C’est grâce à toi qu’on se sent intégrés, c’est grâce à toi qu’on ne doit pas nous parler d’autres choses bien plus compliquées et, d’après ce qu’on nous dit partout depuis quelques jours, c’est grâce à toi que tout va aller mieux pour ceux qui t’ont précédé il y a des décennies et pour leurs enfants.

Alors je voulais te dire merci. Merci d’être toi. Tu es un peu comme notre famille royale ou notre équipe de foot quand elle a les moyens de se payer de bons joueurs qui ont bien intégré les règles: un ciment. Qui nous unit tous autour d’une belle et grande cause: ta différence. Majoritairement rien, en somme.

Ne réduisons pas les Syriens aux images diffusées par la télé


LE MONDE | 21.10.2014 à 14h29 • Mis à jour le 21.10.2014 à 14h40 |Par Abounaddara, collectif de cinéastes syriens

Dans une rue de Damas, en septembre 2014.

Nous, cinéastes syriens, avons bien des reproches à faire aux chaînes de télévision européennes. Car la représentation qu’elles donnent de notre société en proie à la barbarie nous paraît injuste et indigne. Elle se confond avec le récit de ceux qui veulent maintenir les Syriens sous tutelle, à commencer par Bachar Al-Assad et les djihadistes. Elle viole aussi le droit des Syriens à leur image. Bref, nous leur reprochons de manquer à leur devoir d’informer avec équité et dignité.

Mais l’heure n’est plus aux reproches. Car la guerre en Syrie dérive droit vers vossociétés, où elle a déjà percuté les populations les plus marginalisées. Des images qui circulent sur les médias sociaux nourrissent l’incompréhension ou la haine et menacent votre devenir autant que le nôtre.

Or si l’on en est arrivé là, c’est parce que ces chaînes ont failli à la mission de médiation, de décryptage ou de contrôle. Tout n’était certes pas parfait, et il manquait pas mal d’images à la représentation de notre société. Il nous semblait cependant que nos « images manquantes » pourraient trouver leur place à l’antenne le jour où l’actualité vous en donnerait l’occasion, contrairement à la télévision syrienne, où une telle chose n’est possible qu’au prix d’une révolution.

Modèle démocratique universel

La télévision européenne n’a pas su regarder la société syrienne qui s’est révélée lors de l’insurrection de 2011. Il était pourtant aisé de voir que celle-ci aspirait àrejoindre le modèle démocratique universel, d’autant que son aspiration était corroborée par des données démographiques, économiques et sociales qui présageaient d’un rapprochement plutôt qu’un clash entre les civilisations.

Mais au lieu de cela, on a cédé aux images d’Epinal du révolutionnaire cheveux aux vents et téléphone portable à la main. Et lorsque ces images se sont révélées moins crédibles qu’en Tunisie ou en Egypte, on a renoué avec la bonne vieille représentation, celle de l’« Orient compliqué » où il n’y aurait que de lagéopolitique, des religions et des barbares. Autrement dit, on a préféré les certitudes du passé à l’épreuve de la réalité, les cases de la télé à la dynamique de la société.

Il était sans doute difficile d’accéder à la société syrienne. Mais n’a-t-on pas réussi à passer outre le siège de Sarajevo en coproduisant une chronique quotidienne de la vie des habitants dans la ville assiégée, Une minute pour Sarajevo, qui constitue une référence en matière d’information en temps de guerre ?

IMAGES INVÉRIFIABLES OU INSOUTENABLES

La place aux images réalisées par les citoyens-journalistes syriens viendraitcompenser ce manque. Mais ces images arrachées au chaos ne pouvaient avoirun sens qu’à la faveur d’un travail éditorial strict. Or on a eu tendance à lesdiffuser pour aguicher les téléspectateurs ou les apitoyer. Le voyeurisme a parfois été poussé jusqu’à diffuser des images montrant des Syriens torturés ou violés alors même que YouTube les avait retirées de sa plate-forme en raison de leur atteinte à la dignité humaine.

En somme, c’est l’incapacité à regarder notre société telle qu’elle était qui a fait la fortune des images invérifiables ou insoutenables déversées sur les médias sociaux par les protagonistes de la guerre et autres sergents-recruteurs de la barbarie. C’est parce qu’on a enfermé le Syrien dans le rôle de musulman criantAllah Akbar à tout bout de champ que la proclamation d’un califat par des illuminés paraît aujourd’hui crédible aux yeux des téléspectateurs. C’est parce qu’on l’a privé de sa dignité à l’écran que des humiliés de France et du Royaume-Unis’identifient à lui et prétendent le défendre par le crime.

Nous conjurons donc les chaînes de télévision européennes de définir d’urgence une politique de l’image qui se donne les moyens d’informer autrement tout en respectant le droit des peuples à une représentation digne. Il faudrait pour celadésenclaver la Syrie et la désensationnaliser en la sortant un peu des cases géopolitiques. Il faudrait aussi montrer davantage les Syriens faisant autre chose que se lamenter ou s’entre-tuer. Car les djihadistes qui affluent de partout ne nous voient même pas, nous autres gens ordinaires. Il est vrai que nous ne ressemblons pas aux Syriens qu’on voit à la télé ou sur YouTube, sauf lorsque ces mêmes djihadistes nous coupent la tête en s’en prenant à Bachar Al-Assad qui poursuit ses massacres hors champ.

source

Fouad Laroui reçoit le Prix Jean Giono pour son dernier livre


 Fouad Laroui a recu, le 16 octobre, le prix Jean Giono pour son roman Les tribulations du dernier Sijilmassi.

DRFouad Laroui reçoit le Prix Jean Giono

Une nouvelle récompense littéraire pour Fouad Laroui. L’auteur a reçu le 16 octobre le prix Jean Giono pour son roman Les tribulations du dernier Sijilmassi. Le Prix du jury distingue chaque année un ouvrage de langue française (roman, récit ou recueil de nouvelles) faisant une large place à l’imagination. Les tribulations du dernier Sijilmassi raconte l’histoire (inspirée d’éléments autobiographiques) d’un commercial qui décide de changer radicalement de mode de vie en revenant dans son pays d’origine, le Maroc.

Des auteurs très prestigieux ont déjà reçu ce prix, Jean d’Ormesson ou Le Clézio par exemple. Le jury est présidé par Pierre Bergé et composé, entre autres, d’Erik Orsenna ou Yves Simon. Tahar Ben Jelloun devrait d’ailleurs les rejoindre.

Le lauréat l’emporte face à huit auteurs français. Il avait déjà décroché le Goncourt de la nouvelle en 2012 avec L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine. Le mois dernier, cette même œuvre a aussi été sélectionnée parmi les lauréats potentiels du Prix Goncourt et du Goncourt des lycéens. Fouad Laroui vit à Amsterdam, où il enseigne la littérature. Né en 1958 à Oujda, il est diplômé de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées (France), et a enseigné l’économétrie et les sciences de l’environnement aux Pays-Bas.

Lire aussi : Anecdotes et autres histoires insolites de Fouad Laroui

Les tribulations du dernier des Sijilmassi de Fouad Laroui, Robert Laffont, 2014

Adam Sijilmassi revenait d’Asie où il avait négocié brillamment la vente de produits chimiques marocains. Alors qu’il survolait la mer d’Andaman, il se posa soudain une question dérangeante : « Que fais-je ici ? ». Pourquoi était-il transporté dans les airs, à des vitesses hallucinantes, alors que son père et son grand-père, qui avaient passé leur vie dans les plaines des Doukkala, n’avaient jamais dépassé la vitesse d’un cheval au galop ? Ce fut une illumination.

Il décida de renoncer à cette vie qui ne lui ressemblait pas, se résolut à ne plus jamais mettre les pieds dans un avion et à changer totalement de mode de vie. Funeste décision ! Arrivé à l’aéroport de Casablanca, il entreprit de rejoindre la ville à pied, ce qui lui valut de rentrer chez lui encadré par deux gendarmes. Dès que sa femme comprit ce qu’il voulait faire, elle retourna vivre chez sa mère, en emportant le chat. A peine avait-il donné sa démission que son employeur le mettait à la porte de son appartement de fonction. Qu’importe, il ne céderait pas. Il se débarrasserait de cette défroque d’ingénieur, nourri au lait du lycée français de Casablanca. Il viderait sa tête de tout ce fatras de fragments de littérature française qui lui compliquait la vie. Il redeviendrait le Marocain authentique qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Il partit (à pied…) vers son village natal. Fatale décision ! Certes, il redécouvrit la bibliothèque de son grand-père et dévora la littérature et la philosophie qu’avaient produites quelques génies au temps béni de l’Andalousie arabe. Mais, dans son village, personne ne comprenait pourquoi un ingénieur de Casablanca venait s’enfermer dans la maison délabrée de sa famille. Etait-il un fou ? Ou un perturbateur ? Un prophète ? Fallait-il l’abattre ou le vénérer ? Dans son style inimitable, Fouad Laroui nous entraîne à la suite de son héros dans une aventure échevelée et picaresque où se dessine en arrière-plan une des grandes interrogations de notre temps : qui saura détruire le mur que des forces obscures sont en train d’ériger entre l’Orient et l’Occident ?

Arab Women’s Solidarity Association – Belgium ASBL
www.awsa.be

0881.718.815
363-0002517-35

Bureau : Local B 204 – Amazone asbl, 10 rue du Méridien, 1210 Bruxelles

Tél : +32 (0) 2/ 229 38 63 (64)

Siège social : avenue de l’Eternité, 6, 1070, Bruxelles.

europalestine attaqué


Le site europalestine.com a été attaqué depuis samedi par des cybercriminels  travaillant pour le gouvernement israélien. L’hébergeur du site europalestine nous a dit qu’il s’agissait d’une attaque « très massive, de type militaire », mettant en jeu des moyens informatiques très importants.
Il en faudra plus pour nous intimider. Pour suivre notre actualité, en tout cas provisoirement, vous serez désormais connecté à l’adresse capjpo-europalestine.com

Notre page Facebook https://www.facebook.com/Europalestine?fref=ts 
reste pour sa part inchangée.

Le site www.europalestine.com a été attaqué par ceux qui voudraient faire capoter le grand événement international « Free Palestine » qui les fait rager. La meilleure riposte est d’acheter et faire acheter massivement les billets pour ce festival de midi à minuit aux Docks de Paris, le 1er novembre sur :

https://www.weezevent.com/free-palestine-evenement-concert

Nous montrerons ainsi que leur attaque fait augmenter les ventes pour FREE PALESTINE et pas le contraire !

CAPJPO-EuroPalestine

*Nous sommes pour l’instant uniquement disponibles sur Facebook:

https://www.facebook.com/Europalestine

FreePalestineParis1erNovembre

Seront présents, sur scène :

Mohammed Assaf (« Arab Idol »)
La Compagnie Jolie Môme
Phil Mansour (le troubadour australien de la Palestine)
La troupe de Dabké « Palestine »
HK et les Saltimbanks – MAP
Gnawa Diffusion – Amazigh Kateb
Rim el Banna
Jony McLoad
L’orchestre « al Quds »
La Jonction
Abdel et « La chorale BDS »

Parmi les intervenants : Hana Salah (Palestine), Ronnie Kasrils (Afrique du Sud), Jean Ziegler (Suisse), Mahmoud Sarsak (Palestine), IYAD Burnat (Palestine), Sahar Francis (Palestine), Jacques Gaillot (France), Carlos Latuff (Brésil), Maurice Rasjfus, Nabil Abou Shammala (Palestine), Annette Groth (députée au Parlement allemand, Die Linke …

Situation dramatique pour les sans abri à Gaza


« Abu Jamil Street » est un voyage dans la vie quotidienne clandestine des tunnels de Rafah.
À Rafah, à la frontière sud de la bande de Gaza, la rue Abu Jamil est la dernière route avant la frontière égyptienne.
La rue est le point de départ des tunnels clandestins.
Les destinées de 4 personnes (Abu Sleeman, propriétaire d’un tunnel bombardé en janvier 2009, Mouneeer et Sameer, ses salariés, et Hiyad Keshta, leur voisin) se rencontrent et s’entrecroisent sous forte tension.
Le documentaire « Abu Jamil Street » est un voyage, un voyage à l’intérieur de la vie quotidienne clandestine des tunnels de Rafah
A voir ici

Ziad Medoukh

Lundi 20 octobre 2014

Avec la pluie et le froid à Gaza,  commence une nouvelle souffrance pour plus de 10.000 palestiniens de Gaza qui sont toujours
soit sous les toits de leurs maisons détruites lors de la dernière offensive israélienne en été dernier,
soit qui sont dans les tentes à côté de leurs maisons et immeubles en ruines.

Deux mois après l’arrêt de cette nouvelle agression israélienne contre la population civile dans la bande de Gaza, rien n’a changé,
le blocus israélien est toujours là et aucun matériel de construction n’est entré à Gaza, et que les projets de reconstruction n’ont pas encore commencés.

Plus de 120.000 personnes dans la bande de Gaza, ont perdu leurs maisons bombardées et détruites totalement ou partialement par les forces de l’occupation israélienne.

Malgré cette situation dramatique, les Palestiniens de Gaza ont décidé de rester attachés à leur terre, et rester même au milieu des ruines.

Gaza résiste, existe et persiste !

Je vous laisse avec ces photos

Amitiés de Gaza la souffrance, mais Gaza la vie, Gaza la dignité et Gaza l’espoir

Ziad

 

 

Noir sur blanc


[youtube http://youtu.be/vJpMBoAyB2c?]

anniebannie : il n’est pas le premier à avoir fait cela . Black like me fut écrit par John Howard Griffin en 1961 

sur youtube aussi Dans la Peau d’un Noir

:

Le journaliste allemand Günter Wallraff se glisse un an durant dans la peau d’un Somalien émigré en Allemagne, afin de se faire une idée de l’accueil fait aux minorités de couleur dans son propre pays.
Sous le nom de Kwami Ogonno, Somalien émigré ayant appris l’Allemand à l’Institut Goethe de Dar Es Salaam en Tanzanie, Günter Wallraff va tenter -sous couvert de caméra cachée- de s’intégrer et de mener une vie normale dans son pays « d’accueil ». Or, louer un appartement, chercher du travail, prendre les transports en commun, voire inviter une femme à danser… vont se révéler une épreuve de force pour le blanc-nouveau-noir-né.
Victime de toutes les formes de discrimination, de l’insulte aux menaces physiques, Kawami Ogonno va découvrir que le racisme reste enraciné auube  sein d’une société qui se dit multiculturelle. Même si quelques heureuses surprises d’humour et d’humanité viennent le colorer, le tableau de l’Allemagne, et plus généralement de l’Europe, du XXIème siècle est bien noir -ou bien blanc.
Sorti en 2009 outre-Rhin, Noir sur blanc a créé la polémique et divisé les esprits. L’auteur Noah Sow a déclaré que qu’en tant que noir peint, Günter Wallraff n’a pas pu reproduire l’expérience réelle des minorités de couleur dans leur pays d’accueil. Le journal Süddeutsche Zeitung a surenchéri en qualifiant de racistes les méthodes elles-mêmes du journaliste;

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