Gidéon Levy: Pour les péchés de l’occupation, les boycotts sont une punition légère


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Orange ou SodaStream, boycott universitaire ou artistique, les pénalités s’aggraveront tant qu’Israël persistera dans la colonisation, l’exploitation et le vol de la terre palestinienne

Que défendez-vous ? Pour quoi vous battez-vous ? Sur quoi les Israéliens se retranchent-ils maintenant, avec les agressions des politiciens nationalistes et les médias populistes qui fulminent contre le monde. Pourquoi, de façon patriotique, recouvrent-ils les drapeaux orange d’Orange par le drapeau national bleu et blanc ? Quelqu’un a-t-il demandé pourquoi ? Pourquoi le boycott commence-t-il à ronger Israël aujourd’hui, tout cela en vaut-il la peine ?

Comme d’habitude, il y a des questions que ne sont même pas posées. L’introspection, après tout, est un signe manifeste de faiblesse. Et ainsi, on invente une explication qui nous absout de toute responsabilité : le boycott est tombé du ciel, une force majeure incontournable haineuse d’Israël, et la seule façon de la combattre est de contre-attaquer. Israël détient toujours une profusion de réponses sionistes appropriées (et parfois violentes), mais toujours concernant le résultat, jamais les motifs. C’est comme avec le terrorisme, comme avec la position du monde que le député Isaac Herzog, président de l’Union sioniste, de tous les ultranationalistes israéliens, s’est précipité d’étiqueter du nom ridicule de « terrorisme d’un nouveau genre » (se référant aux déclarations de Stephane Richard, le PDG d’Orange). Ne jamais céder. C’est très bien, mais pourquoi ? Nous combattons le boycott, mais pourquoi a-t-il surgi ?

Aujourd’hui, Israël défend la préservation du statu quo. Il se bat contre le monde entier pour préserver son école très évoluée de brutalité et de cruauté, dans laquelle il instruit des générations de jeunes gens pour qu’ils agissent de façon bestiale envers des êtres humains, des personnes âgées et des enfants, pour qu’ils les tyrannisent, aboient après eux, les écrasent et les humilient, simplement parce que ce sont des Palestiniens.

Israël défend la perpétuation de l’apartheid dans les territoires occupés, dans lesquels vivent deux peuples, dont l’un sans aucun droit. Il défend tout son système de justifications pour cela – une combinaison de récits bibliques, de messianisme et de victimisation, assortie de mensonges. Il défend la « Jérusalem unifiée », qui n’est rien d’autre qu’un monstre territorial, où la séparation existe, là aussi. Il se bat pour le droit de détruire la bande de Gaza aussi longtemps qu’il lui plaira de le faire, pour la maintenir comme un ghetto et rester le gardien de la plus grande prison du monde.

Les Israéliens se battent pour leur droit à persister dans la colonisation de peuplement, l’exploitation et le vol de la terre ; pour continuer d’enfreindre le droit international qui interdit la colonisation de peuplement, pour continuer leur pied de nez au monde entier, lequel ne reconnaît pas les colonies. Ils sont aujourd’hui en train de défendre leur droit à tirer sur les enfants qui lancent des pierres et sur les pêcheurs sans défense qui cherchent en mer des bribes de moyens de subsistance au large de la côte de Gaza, leur droit de continuer à arracher les gens de leurs lits au milieu de la nuit en Cisjordanie ; ils se battent pour le droit de placer en détention des centaines de personnes, sans jugement, de détenir des prisonniers politiques, pour les maltraiter.

Voilà ce qu’ils sont en train de protéger, pour quoi ils se battent – pour une région où la plupart d’entre eux ne sont pas allés depuis des années, et sans se soucier de ce qu’il s’y passe, pour une conduite qui est honteuse, même pour certains d’entre eux. Ce sont les péchés et c’est la punition. Croit-on qu’Israël peut continuer sans être sanctionné ? Sans être mis au ban de la société ? Et pour dire la vérité, Israël ne mérite-t-il pas d’être puni ? Le monde ne s’est-il pas montré incroyablement tolérant jusqu’ici ?

Orange ou SodaStream, boycott universitaire ou artistique, ce sont là des punitions légères. Les pénalités s’aggraveront tant qu’Israël ne voudra pas tirer les conclusions qui s’imposent. Par opposition aux tentatives d’Israël et de l’establishment juif visant à détourner le débat, au cœur du boycott, ce n’est pas l’antisémitisme. Au coeur, c’est l’occupation. C’est cela la source de la délégitimation.

La nation peut lutter contre la position du monde entier. Elle peut se lever pour ses droits (qui ne sont pas ses droits) et penser qu’elle se bat pour sa survie. Mais les Israéliens savent-ils ce qu’ils sont en train de défendre aujourd’hui ? Ce qu’ils ne sont pas disposés à céder ? Tout cela vaut-il le coup pour eux ? Ce débat n’a même pas encore été soulevé ici.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

source

Guerre sans merci – Gidéon Lévy


Israël se dirige vers la prochaine éruption de violence avec les Palestiniens comme s’il s’agissait d’une sorte de catastrophe naturelle qui ne peut pas être évitée.

Gaza

Scènes de l’été 2015 ? Une frappe israélienne à Gaza, juillet 2014

La prochaine guerre éclatera cet été. Israël lui donnera un autre nom puéril et elle aura lieu à Gaza. Il y a déjà un plan pour évacuer les communautés israéliennes le long de la frontière de la bande de Gaza.

Israël sait que cette guerre va éclater, et Israël sait aussi pourquoi – et il s’y précipite au grand galop les yeux bandés, comme si c’était un rituel cyclique, une cérémonie périodique ou une catastrophe naturelle qui ne peut être évitée. Ici et là, on perçoit même de l’enthousiasme.

Peu importe l’identité du Premier ministre et du ministre de la Défense – il n’y a aucune différence entre les candidats en ce qui concerne Gaza. Isaac Herzog et Amos Yadlin ne disent bien évidemment rien, et Tzipi Livni se vante du fait que grâce à elle, aucun port n’a été ouvert à Gaza. Le reste des Israéliens ne sont pas non plus intéressés par le sort de Gaza et bientôt, Gaza sera obligée de leur rappeler à nouveau sa situation tragique de la seule manière qui lui est laissée, les roquettes.

La situation de Gaza est désastreuse, épouvantable. Aucune mention n’en est faite dans le discours israélien, et certainement pas dans la campagne électorale la plus minable, la plus creuse qui se soit jamais tenue ici. Il est difficile de le croire, mais les Israéliens ont inventé une réalité parallèle, coupée du monde réel, une réalité cynique, insensible, enfouie dans le déni, alors que tous ces malheurs, la plus grande partie étant de leur propre fait, se déroulent à une courte distance de leurs maisons. Les nourrissons gèlent à mort sous les décombres de leurs maisons, les jeunes risquent leur vie et franchissent la clôture frontalière juste pour obtenir une portion de nourriture dans une cellule israélienne. Quelqu’un a-t-il entendu parler de cela ? Est-ce que quiconque s’en préoccupe ? Quelqu’un comprend-il que cela conduit à la prochaine guerre ?

Salma n’a vécu que 40 jours, comme l’éternité d’un papillon. C’était un bébé de Beit Hanoun, au nord-est de la bande de Gaza, qui est décédé le mois dernier d’hypothermie, après que son corps frêle ait gelé sous le vent et la pluie qui ont pénétré dans la hutte de contreplaqué et de plastique où elle vivait avec sa famille, depuis que leur maison a été bombardée.

« Elle a été gelée comme de la crème glacée », a déclaré sa mère au sujet de la dernière nuit de la vie de son nourrisson. Le porte-parole de l’UNRWA, Chris Gunness, a raconté l’histoire de Salma la semaine dernière dans le journal britannique The Guardian. Mirwat, sa mère, lui a dit que quand elle est née, elle pesait 3,1 kg. Sa sœur Ma’ez, âgée de trois ans, est hospitalisée pour des gelures.

Ibrahim Awarda, 15 ans, qui a perdu son père dans un bombardement israélien en 2002, fut plus chanceux. Il a décidé de traverser la barrière entre Gaza et Israël. « Je savais que je serais arrêté », a-t-il déclaré au journaliste du New York Times à Gaza la semaine dernière. « Je savais que je serais arrêté », a-t-il déclaré au journaliste du New York Times à Gaza la semaine dernière. « Je me suis dit, peut-être que je vais trouver une vie meilleure. Ils m’ont donné de la nourriture décente et m’ont renvoyé à Gaza. »

Ibrahim a été détenu pendant environ un mois dans deux prisons en Israël avant d’être rejeté vers la destruction, la misère, la faim et la mort. Trois cents habitants de Gaza se sont noyés dans la mer en Septembre dernier, dans une tentative désespérée de quitter la prison de Gaza. Quatre-vingt-quatre habitants de Gaza ont été arrêtés par les Forces de défense israéliennes dans les six derniers mois après avoir tenté d’entrer en Israël, la plupart d’entre eux seulement pour fuir l’enfer dans lequel ils vivaient. Neuf autres ont été arrêtés ce mois-ci.

Atiya al-Navhin, 15 ans, a également tenté d’entrer en Israël en Novembre, juste pour échapper à son sort. Des soldats de Tsahal ont ouvert le feu sur lui, il a été traité dans deux hôpitaux israéliens et est retourné à Gaza en Janvier. Maintenant, il est couché dans son domicile, paralysé et incapable de parler.

Quelques 150 000 personnes sans-abris vivent dans la bande de Gaza et environ 10 000 réfugiés sont dans les abris de l’UNRWA. Le budget de l’organisation a été dépensé après que le monde ait totalement ignoré son engagement à contribuer à hauteur de 5,4 milliards de dollars à la reconstruction de Gaza. L’engagement à négocier la levée du blocus sur Gaza – la seule façon d’éviter la prochaine guerre et celle d’après – a également été rompu. Personne n’en parle. Ce n’est pas intéressant. Il y a eu une guerre, des Israéliens et des Palestiniens y ont été tués pour rien, passons donc à la prochaine guerre.

Israël fera de nouveau semblant d’être surpris et offensé – les cruels Arabes l’attaquent à nouveau avec des roquettes, sans raison.

Par Gidéon Lévy – 26 février 2015

Article orginal: http://normanfinkelstein.com/2015/02/26/war-without-mercy/(http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.644219)
Traduction : http://www.sayed7asan.blogspot.fr

Voir également :

Norman Finkelstein sur Gaza, Israël, les Juifs et l’antisémitisme (VOSTFR)

Norman Finkelstein sur Gaza : Israël veut annihiler « l’offensive de paix » palestinienne

Hugo Chavez : « Maudit sois-tu, Etat d’Israël » 

Sayed Hassan Nasrallah : « Qu’est-ce qu’Israël ? Où est l’honneur des Arabes ? »

La complainte de l’enfant Palestinien : « ô monde, j’ai le droit de faire entendre ma voix »

Source: http://sayed7asan.blogspot.ch/2015/02/guerre-sans-merci-israel-se-precipite.html

“HA’ARETZ” FACE À LA COLÈRE DE SES LECTEURS


Confronté à une vague de désabonnements à cause d’articles jugés trop favorables aux Palestiniens, le journal israélien tente désespérément de justifier sa ligne éditoriale. Avec, en ligne de mire, les éditoriaux de Gideon Levy.

HA’AYIN HA SHVI’IT – http://www.the7eye.org.il/125933

COURRIER INTERNATIONAL (EXTRAITS) –http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/23/ha-aretz-face-a-la-colere-de-ses-lecteurs

Dessin de Vlahovic, Serbie.Dessin de Vlahovic, Serbie.

Dans une nouvelle aile du musée d’Art et d’Histoire de Tel-Aviv, une rencontre a été spécialement organisée [le 14 septembre] par Ha’Aretz pour tenter de récupérer quelques milliers d’anciens abonnés. Avant l’ouverture des débats, le ton est donné dans les couloirs par un certain Matti David, qui brandit des tracts en criant : “Voici pourquoi j’ai résilié mon abonnement après trente-quatre ans de fidélité !”

Pourquoi ? Parce que le quotidien de gauche participe au “djihad anti-israélien”. Eitan Carmi, un Galiléen vétéran de l’armée de l’air, a décidé de résilier son abonnement après avoir lu l’article du célèbre journaliste Gideon Levy intitulé “Mauvais pour l’aviation”, dénonçant la participation sans état d’âme de jeunes pilotes au volet aérien de l’opération Barrière protectrice [juillet-août 2014]. Carmi affiche quarante ans d’abonnement au compteur. Comme lui, les participants sont dans leur majorité des hommes de plus de 50 ans. Davantage que le journal lui-même, c’est la ligne politique prêtée à des journalistes comme Gideon Levy, Uri Misgav ou Roger Alpher, pour ne citer qu’eux, qui est clouée au pilori.“Nous sommes un journal doté d’une mission d’information, mais également une entreprise, leur répond Amos Schocken, directeur de Ha’Aretz. D’un côté, nous avons une fonction sociale qui ne doit pas nous faire craindre de subir des attaques.

“D’un autre côté, nous devons engranger des bénéfices pour survivre. Ces deux dimensions entrent souvent en conflit. Mais nous avons toujours tenu à être en pointe dans les campagnes contre certains monopoles publics, pour la modernisation du système judiciaire et contre la corruption de l’administration, y compris celle de la police. Concernant les Palestiniens, notre attitude se veut à la fois israélienne et professionnelle. Elle s’inscrit dans nos combats pour le maintien du caractère [juif] de l’Etat et la défense d’une société plus juste et plus éclairée. S’abonner à Ha’Aretz, c’est souscrire à une police d’assurance quant au chemin pris par Israël. Ha’Aretz s’est toujours défini comme un journal sioniste.

“Cela signifie qu’il soutient l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique et estime avoir un rôle de premier plan dans la défense et la promotion d’une société avancée dans les domaines de la culture, de l’éducation, des droits civiques et individuels, de l’économie de marché, de la recherche de la paix avec nos voisins arabes et de la reconnaissance de l’autodétermination des Palestiniens.” Le rédacteur en chef, Alouf Benn, attaque de front le sujet qui est à l’origine de la vague récente et massive de désabonnements : l’opération Barrière protectrice. “Cela fait trois ans que j’occupe cette fonction et jamais je n’avais dû faire face à une telle crise, admet-il. Ha’Aretz est typiquement israélien et, comme tous les Israéliens, nous avons subi de plein fouet l’impact de cette guerre.

“Plusieurs journalistes ont été rappelés sous les drapeaux et beaucoup d’entre nous ont dû effectuer leurs deux mois de réserve. Le travail journalistique de Ha’Aretz est nécessairement empreint d’un regard israélien, d’un point de vue israélien. Quand le Hamas tire des roquettes sur Tel-Aviv, ça nous est à tous insupportable. Et nous avons tous des collègues ou des proches qui, dans l’armée d’active ou dans celle de réserve, sont entrés dans la bande de Gaza. Mais nous avons aussi le devoir d’informer et l’obligation de définir une ligne éditoriale. C’est pour cela que, pour donner un exemple, la ligne que nous avons adoptée pour Barrière protectrice a été d’établir une chronologie exhaustive et mise à jour de façon permanente.

“Nous avons été confrontés à la censure militaire, qui nous a interdit de révéler l’information selon laquelle les trois adolescents juifs enlevés en mai dernier en Cisjordanie avaient été presque immédiatement assassinés, contrairement au discours officiel. Nous avons malgré tout essayé de faire passer cette info sans violer ouvertement l’interdiction. Parce que cette information était essentielle : par son contenu proprement dit, mais aussi par sa non-diffusion, laquelle a créé un climat tel dans l’opinion publique qu’une guerre à Gaza devenait inévitable. Avec le recul, je puis affirmer que l’opinion a été sciemment trompée.

“Ce sont les mêmes préoccupations qui ont guidé notre couverture de la campagne militaire contre la bande de Gaza. Nous avons voulu rendre compte, de la façon la plus fiable possible, de ce qui se passait de notre côté comme du côté palestinien. Concernant notre couverture ‘israélienne’, je ne crois pas qu’elle ait été radicalement différente des autres quotidiens. Nous ne sommes pas des fonctionnaires ou des diplomates de l’ONU, nous sommes des Israéliens, nous vivons en Israël, nous sommes curieux d’Israël, mais nous sommes également curieux de ce qui se passe de l’autre côté [palestinien].

“On nous a reproché de rappeler et de souligner le nombre de victimes palestiniennes. Pour prendre une comparaison sans doute osée, ne pas le faire, c’eût été comme rendre compte d’un match de football en ne publiant que le score d’une seule équipe. Cela relève d’une responsabilité professionnelle mais aussi morale. De même, au plus fort des tirs de roquettes [palestiniennes], nous avons soutenu le Premier ministre dans son choix de lancer une opération militaire, mais nous l’avons mis en garde contre le risque d’escalade ainsi que la mort d’innocents. Enfin, en dépit de notre sacro-sainte politique de liberté d’opinion, nous avons tout de même refusé la publication d’une tribune, laquelle assimilait les miliciens du Hamas aux combattants du ghetto de Varsovie.

En revanche, concernant l’éditorial controversé de Gideon Levy daté du 14 juillet, qui condamnait les pilotes israéliens et les appelait à désobéir aux ordres, j’estime que nous avons bien fait de le publier en temps de guerre, même si ce n’était agréable à lire ni pour nous ni pour une majorité de nos lecteurs. Aurions-nous dû attendre que le conflit soit derrière nous ? Et faire ce que nous faisons souvent en Israël : applaudir nos chefs et ensuite les accabler de critiques ? Tirer et puis pleurer ?”

À la simple évocation de Gideon Levy, toute l’assistance s’est réveillée comme un seul homme.

“Votre combat pour l’éducation à la démocratie vous honore. Qu’attendez-vous pour publier un entretien avec Ismaïl Haniyeh [responsable du Hamas], dans lequel il nous expliquera que son objectif est de détruire Israël ? Des gens comme Gideon Levy heurtent davantage l’opinion israélienne qu’ils ne l’informent. Pourquoi s’en prendre à ces pilotes de 22 ans, ces bons petits gars, et pas aux dirigeants ?” demande l’un des lecteurs. Un autre participant s’empare du micro d’Amos Schocken. Matti David, celui qui distribuait des tracts incendiaires dans les couloirs, explose : “En vous arrogeant le droit de savoir mieux que quiconque en Israël ce qui est bon pour la sécurité, la démocratie et le caractère juif d’Israël, c’est-à-dire en vous plaçant au-dessus du pouvoir législatif et judiciaire, vous faites preuve d’une arrogance insupportable. Cette conférence est la preuve que vous avez un problème et que cela ne va pas s’arranger si vous ne changez pas de politique éditoriale et si vous continuez à vous placer en dehors du consensus national.”

Un véritable chœur d’attaques venant de la salle se déchaîne contre Gideon Levy. Des dizaines de personnes hurlent, accusant Ha’Aretz de participer à une “campagne de nazification” d’Israël. Gideon Levy est comparé à “Lord Haw-Haw”, surnom donné jadis à William Joyce, un homme politique américain qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, animait une radio britannique de propagande nazie et qui fut pendu pour haute trahison en 1946.

“Gideon Levy n’a rien fait d’autre lorsque, sur les ondes de la BBC, il a soutenu les appels au boycott d’Israël. Alors nous tous, boycottons Ha’Aretz !” lance-t-il sous les ovations de la salle. Blême, Levy serre les dents et encaisse en silence. De nouveau, Schocken croit pouvoir raisonner la salle en expliquant qu’un autre éditorial controversé de Gideon Levy, publié à la fin de l’opération Plomb durci [janvier 2009], accusant déjà l’aviation d’avoir délibérément visé des civils, s’est finalement révélé pertinent après que, sous couvert d’anonymat, un chef d’escadrille se fut confié au quotidien concurrent Yediot Aharonot. En vain.

Des personnes non inscrites commencent à envahir la salle. Schocken craque : “Si vous ne voulez même pas écouter nos réponses à vos accusations, alors vous n’avez qu’à sortir !”s’écrie-t-il. Ce à quoi une bonne partie de la salle, comme il fallait s’y attendre, répond aux cris de “Sortons !”.

Itamar Baz

Publié le 15 septembre 2014 dans Ha’Ayin Ha’Shvi’it (extraits) Jérusalem

http://www.the7eye.org.il/125933

Gideon Levy : la barbarie d’Israël à Gaza


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Dans le journal israélien Ha’aretz :
Barbarie à Gaza

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La barbarie d’Israël à Gaza

Samedi matin, le Ministre Palestinien de la Santé a appelé A. de Rafah et lui a demandé de libérer sa chambre froide où il stocke les légumes. L’idée était de faire de la place pour des dizaines de corps empilés dans le petit hôpital local. La chambre froide de A. a été rapidement remplie de corps dont ceux de plusieurs enfants.

A Rafah samedi on a compté 120 morts et près de 500 blessés en une nuit lors des opérations israéliens de recherche du sous-lieutenant Hadar Goldin. A minuit, dans la nuit du vendredi au samedi j’ai reçu un appel de Y., le frère de A., qui m’a dit, en excellent hébreu, la voix étranglée puis en pleurs  » ce qui s’est passé à Rafah aujourd’hui est un massacre à tous les sens du terme ».

Y. et sa famille sont partis à pied de chez eux vers la mer sous les bombardements.  » Tous les F-16 et les avions sans pilotes que possède Israël sont maintenant dans le ciel de Rafah  » m’a dit cet homme qui a travaillé 33 ans en Israël.

« Nous avons passé Rafah, comme tu le voulais Tal », chantait Arik Lavie dans une chanson vantarde d’une autre guerre. Lavie parlait du Major Général Israël Tal qui commandait la division qui a pris Gaza en 1967. Mais cette fois, effroyablement, nous n’avons pas encore passé Rafah, la ville la plus dévastée de la Bande, où les corps de samedi s’empilent.

Alors qu’Y. pleurait le massacre de Rafah, un commentaire du porte-parole de la Maison Blanche traitait le capture d »un officier israélien et la mort de deux de ses camarades de « violation barbare » de l’accord de cessez-le-feu. D’habitude réservé, le porte-parole employait le mot « barbare » pour la première fois durant cette guerre.

Rien d’autre n’est donc barbare. Ni le bombardement israélien deux jours auparavant du marché très achalandé de Shujayeh qui fit 17 morts et 150 blessés en plein cessez-le-feu, ni le bombardement qui frappa une école de l’UNRWA où 3000 personnes avaient trouvé refuge, ni le bombardement de la centrale électrique de Gaza, ni le bombardement de l’Université, ni la bombe lancée par les excellents pilotes de l’Armée de l’air israélienne sur un immeuble de quatre étages à Khan Yunis, sans sommation, tuant 35 personnes, dont 18 enfants et 8 femmes, sans doute le bombardement le plus meurtrier jamais lancé sur Gaza.

Seuls l’enlèvement et la mort de deux soldats. Voici un porte-parole américain qui souffre aussi de racisme : la « barbarie » pour lui est l’apanage d’un seul camp. Oui, le Hamas est connu pour sa « barbarie » , comme tous les palestiniens, et l’emploi du mot barbarie fait de Washington un nouveau trophée des relations publiques israéliennes.

Mais la vérité est que cette guerre est barbare depuis le début. Le nombre de morts dépasse d’ores et déjà celui de l’attaque barbare précédente, l’opération Plomb durci, avec un nombre atterrant de civils tués.

En proportion de la taille de la population de Gaza, le nombre de victimes est de l’ordre de celui de la guerre de Syrie. celui qu’Israël brandit pour prouver la nature animale des arabes. La semaine dernière, on a battu en Syrie le record de 1700 morts. A Gaza, dont la population est d’un dixième de celle de la Syrie, on est arrivé à sensiblement le même nombre de morts en trois semaines et demi d’intoxication des sens par Israël – pas une énorme différence.

Ce qui a débuté avec l’opération Plomb durci et continué avec l’opération Pilier de la défense, peut tourner à l’opération Paix en Galilée. On parle de rester un an à Gaza. Plus de 60 soldats et officiers ont été tués, ainsi que que plus de 1500 palestiniens dans une guerre qui n’arrive à rien sinon un bain de sang.

Le monde ne peut concevoir à quel point Israël est insensible, Y de Rafah ne le peut pas non plus. La nuit de vendredi, il me disait au téléphone,  » je suis honteux pour ma culture israélienne. J’ai grandi avec vous jusqu’à 16 ans, et cela me fait mal quand j’entends une sirène à Ashkelon, la ville où j’ai travaillé pendant des années, et vous ne vous préoccupez pas de nous, pas du tout ». Il a encore pleuré, et j’ai gardé le silence.

source page fb de Marianne Blum

Gideon Levy, un sioniste détesté en Israël


Publié le  par Baudouin Loos

Contre la vague nationaliste imposante qui soutient avec ferveur l’attaque de l’armée israélienne contre Gaza, les voix israéliennes juives qui réussissent à se faire entendre ne sont pas légion. L’une d’elles bénéficie d’un support médiatique de choix, le très minoritaire mais estimé quotidien de gauche Haaretz. Au sein de sa rédaction, en effet, un homme symbolise «l’autre Israël», celui qui refuse la logique de guerre, et qui dénonce d’ailleurs depuis des décennies l’occupation. Cet homme s’appelle Gideon Levy et les menaces contre lui s’accumulent ces derniers jours.

Le journaliste a tenté la semaine dernière de se rendre dans les villes israéliennes proches de Gaza – l’entrée dans la bande maudite étant interdite aux Israéliens par Israël. Mais son reportage a tourné court devant la tension que sa présence suscitait quand il arrivait quelque part. Il estime même avoir échappé à un lynchage grâce à la présence d’une équipe de la télévision de la seconde chaîne nationale qui devait l’interviewer dans un «mall» d’Ashkelon (l’interview n’a d’ailleurs pas pu avoir lieu en raison de l’hostilité du public présent). Il a raconté cet épisode dans un article publié le 19 juillet.
Que dit donc Gideon Levy pour provoquer une telle ire contre lui?
Dans la rubrique «Opinions», il a par exemple signé le 17 juillet un papier intitulé «Voudriez-vous vivre dans le nouvel Israël qui vous tend la main?».

L’Israël qui se dessine, explique-t-il, sera celui «qui ne tolérera aucune opinion différente, aucune idée alternative. (…) Le peuple parlera à l’unisson, comme un chorus, aussi uniforme qu’un choeur de l’Armée rouge. Les médias aussi parleront d’une seule voix, déclamant les communiqués dictés par le gouvernement et l’armée».

Plus fort encore, car évoquant le climat de ces derniers jours: «En temps de guerre, la situation est différente, bien sûr. (…) On peut critiquer l’armée et la Défense mais dans une seule direction: ”Pourquoi ne laisse-t-on pas l’armée gagner? Laissons-la faire son travail, les battre tous, les bombarder, les écraser plus encore, conquérir plus encore, couper l’électricité, resserrer le siège, accroître autant que possible les tueries, la souffrance et les dévastations (…). Ramener les Arabes à l’âge de la pierre et Gaza au Moyen Age”. C’est autorisé.»

Dans un article plus analytique publié dans la même rubrique ce dimanche 20 juillet, Levy examine les dix conditions posées par le Hamas et le Djihad islamique pour cesser le feu. Et d’estimer qu’il n’y en pas une seule d’infondée parmi elles! Comme la fin du siège imposé à Gaza (que le droit international et la communauté internationale condamnent, d’ailleurs, n’écrit-il pas), la réouverture de l’aéroport de Gaza, celle du passage vers l’Egypte sous supervision internationale, l’ouverture d’un port, etc.) «Ces conditions sont d’ordre civil; les moyens utilisés pour y arriver sont militaires, violents et criminels. Mais l’amère vérité est que quand Gaza ne tire pas de roquettes sur Israël personne ne s’en préoccupe.»

L’animosité rencontrée par Gideon Levy en Israël ne date pas d’hier. Ce journaliste s’est spécialisé dans les affaires palestiniennes durant les années 1980. Ses fréquents reportages très crûs dans les territoires occupés, bien avant qu’il ne commençât à également remplir les colonnes des pages «Opinions», lui ont valu une solide réputation: celle d’un «prophète» pour les uns, comme l’intellectuel juif américain Noam Chomsky, ou celle d’un «traître» pour nombre d’Israéliens.

Nous l’avions rencontré à Bruxelles en 2010. Il assumait son impopularité chez lui en Israël. «Il y a de plus en plus d’Israéliens qui sont furieux contre moi. Eh bien! quelque part, ça me rend fier de moi. Car je lutte contre l’indifférence. Si je les fâche, c’est au moins que je les réveille, je touche leurs nerfs sensibles. Cela dit, la société israélienne devient de plus en plus intolérante. Beaucoup d’Israéliens trouvent que Barack Obama flirte avec l’antisémitisme, les associations qui défendent les droits de l’homme sont traitées de nazies, il y a de moins en moins de contre-pouvoirs, la société civile est dans le coma…»

Depuis lors, le journaliste a aggravé son cas, si l’on ose dire: depuis l’année dernière, lui le sioniste convaincu qui dit se battre «pour un Israël dont je pourrais être fier», s’est résolu à appeler au boycott de son pays«Le changement ne viendra pas de chez nous. C’est clair depuis longtemps. Aussi longtemps que les Israéliens ne paient pas le prix pour l’occupation, ou au moins ne font pas la connexion entre cause et effet, ils n’auront aucune raison d’y mettre fin. Et pourquoi un résident lambda de Tel-Aviv serait-il dérangé par ce qui se passe dans une ville de Cisjordanie comme Jénine ou de la bande de Gaza comme Rafah ? Ces endroits sont loin et pas particulièrement intéressants.»

Avec l’escalade actuelle à Gaza, comme il l’écrivait le 19 juillet, voici pour lui «le temps des menaces, de la haine, des intimidations (mais aussi les encouragements, le réconfort et la solidarité) dans la rue, par courriels, par téléphone, sur Twitter et Facebook. Les ténèbres sont tombés sur nous.»

Et de conclure de manière sombre: «Toutes les semences des incitations à la haine, toutes les lois nationalistes, racistes et la propagande incendiaire, les campagnes de peur et la subversion de la démocratie par le camp de la droite, tout cela a porté ses fruits, et ces fruits sont répugnants et pourris».

BAUDOUIN LOOS

Cette entrée a été publié sur le blog de Baudouin Loos  sur  ce permalien.

Les Israéliens peuvent essayer, mais ils ne peuvent ignorer l’occupation


La seule voie encore ouverte aux Palestiniens pour rappeler leur existence et leur situation déplorable aux Israéliens est la voie de la lutte par la violence.


Arrestation d’un Palestinien à Hébron. (Photo : AP)

L’enlèvement de trois étudiants en judaïsme en Cisjordanie jeudi dernier a été commandité à l’avance – par Israël. Au moment où j’écris ces lignes – samedi – leur sort était inconnu et l’inquiétude à propos de leur état évinçait toutes les autres questions concernant leur disparition. Mais qu’importe ce qu’il adviendra pour finir, qu’ils retournent chez eux sains et sauf ou pas, que Dieu les garde, où qu’il s’avère que le parti responsable est celui du djihad mondial ou un parti du genre local, le contexte de l’action, lui, ne peut être ignoré.

Il est possible que l’opération ait pris par surprise les services si sophistiqués de l’espionnage israéliens, mais la chose ne pouvait être une surprise pour personne, en fait.

Les gens qui refusent opiniâtrement de relâcher des prisonniers palestiniens, dont certains sont emprisonnés depuis des décennies – même avant la signature des accords d’Oslo en 1993 – et d’autres attendent toujours qu‘Israël respecte sa promesse de la relâcher ; les gens qui gardent en prison des détenus sans jugement des années durant ; les gens qui ignorent la grève de la faim de 125 détenus « administratifs », dont certains sont en train de mourir dans des hôpitaux ; les gens qui ont l’intention de les nourrir de force et les gens qui ont prévu de faire passer des lois radicales interdisant leur libération – tous ces gens ne peuvent prétendre avoir été surpris ou choqués par les enlèvements. Ce sont eux qui les ont préparés à l’avance.

Depuis des années, Israël, qui se dit tellement soucieux du bien-être de chacun de ses citoyens, ignore avec arrogance l’inquiétude des Palestiniens à propos du bien-être de leurs prisonniers.

Israël détient le copyright du souci de son peuple, et il l’a aussi pour le culte des héros de sa lutte nationale. Meir Har-Zion [l’un des membres fondateurs deUnit 101 qui, en 1953, avait mené un raid de représailles contre une tribu bédouine après que sa sœur et d’autres avaient été tués alors qu’ils étaient en route illégalement pour Petra] fut un héros national ; Ahmad Sa’adat [le secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine] est lui un tueur au sens le plus commun.

Gilad Shalit nous appartenait à tous, mais le sort de Walid Daka, qui est emprisonné en Israël depuis plus de 30 ans, pour avoir fait partie d’une cellule de militants qui avait tué un soldat israélien – sans le moindre congé ni visite conjugale – ne suscite aucun intérêt chez qui que ce soit ici.

Personne ici ne se soucie des milliers de prisonniers palestiniens. La semaine dernière, les Israéliens étaient bien plus intéressés par la femme de charge deMeir Sheetrit que par les 125 grévistes de la faim qui sont en train de mourir lentement depuis 53 jours.

Parmi les milliers de prisonniers palestiniens, certains sont des criminels de droits commun, mais nombreux aussi sont des prisonniers politiques – et tous sont considérés comme des héros de la lutte nationale palestinienne. C’est la même chose dans toute lutte nationale. Derrière eux se trouve toute une société qui n’est pas moins inquiète de leur sort que les Israéliens ne le sont de leurs êtres chers.

En tuant le processus de paix, Israël ferme les portes de ses prisons et le message israélien aux Palestiniens était tranchant comme un raison : La seule façon de libérer vos fils passera par une opération violente. Jeudi soir, les conclusions étaient tirées. Mais le contexte des enlèvements va bien au-delà des libérations de prisonniers.

Le rideau est tombé sur le processus de paix, aussi stérile que ce processus soit resté et, avec lui, le dernier espoir palestinien d’une libération nationale via des négociations. La vie en Israël et dans les colonies de Cisjordanie a repris son cours , c’est une vie de liberté et d’accomplissement, une vie de reality show et de cirque que l’occupation ne touche absolument pas.

On ne peut dire la même chose des Palestiniens : Ils n’ont rien de tout cela et, pour eux, tout retard dans une solution au conflit accroît leurs souffrances, leurs humiliations et leurs tribulations.

Tous ceux qui croyaient que les Palestiniens allaient s’asseoir tranquillement en attendant qu’Israël daigne changer de ton ou de gouvernement se faisaient des illusions. Tous ceux qui croyaient que les colons allaient continuer à vivre en sécurité dans les territoires ont subi une lourde déception : Les enlèvements de jeudi étaient tout simplement un appel au réveil, un avant-goût de ce qui pourrait suivre.

La seule voie qui s’ouvre encore aux Palestiniens pour rappeler leur existence et leur situation critique aux Israéliens est la voie de la lutte par la violence. Toutes les autres voies ont été bloquées. Si la bande de Gaza ne lance pas des roquettes Qassam sur Israël, la bande de Gaza n’existe pas. Et si, enCisjordanie, on n’enlève pas des étudiants de yeshiva, la Cisjordanie disparaît de la conscience d‘Israël.

Enlèvements ou meurtres visent à entamer l’intolérable complaisance d’Israël, et, en tant que tels, ils ne devraient surprendre personne. Ces quelques derniers mois, cette complaisance a atteint de nouvelles hauteurs inconcevables.

Considérez simplement l’absurdité qui a attiré l’attention d‘Israël. Le rappel terrifiant qui est tombé sur nos têtes n’est que la bande annonce de ce à quoi nous pourrions nous attendre si nous continuons à vivre entre le coffre-fort de Benjamin Ben-Eliezer et le baiser d’Ahi et Anna dans la version israélienne de « Big Brother ».

Telle est la nature embarrassante de l’occupation. Elle nous poursuivra, même si nous enfonçons nos têtes encore plus profondément

Publié sur Haaretz le 15 juin 2014. Traduction : JM Flémal.

source

Gideon Levy est journaliste au quoitidien israélien Haaretz.

Il a publié : Gaza, articles pour Haaretz, 2006-2009La Fabrique, 2009

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Saddam Hussein a déjà été exécuté, de même qu’Oussama ben Laden. Mais tout n’est pas perdu pour l’Occident éclairé. On a un nouveau diable. Il s’appelle Vladimir Poutine. Il déteste les homosexuels, alors les hauts responsables éclairés ne sont pas allés à Sotchi. Le voilà qui occupe une terre, alors on va lui imposer des sanctions. L’Occident crie partout comme un putois : Comment ose-t-il annexer le territoire de la Crimée ?

Les États-Unis est la superpuissance responsable du pire carnage commis depuis la Seconde Guerre mondiale. Les victimes ensanglantées nous implorent, enfouies sous la terre de Corée, du Vietnam, du Cambodge et du Laos, de l’Iraq, du Pakistan et de l’Afghanistan. Pendant des années, Washington s’est ingéré dans les affaires internes de l’Amérique Latine, comme si c’étaient les siennes, installant et renversant les régimes, bon gré mal gré.

Qui plus est, le nombre de détenus dans les prisons américaines et leur proportion par rapport à la population, est la plus élevée du monde, y compris la Chine et la Russie. Depuis 1977, 1.246 personnes, dont certaines étaient innocentes des accusations portées contre elles, ont été exécutées aux États-Unis. Huit états des USA restreignent la liberté d’expression contre l’homosexualité par des moyens qui ressemblent beaucoup à la loi anti-gay promulguée par Poutine. C’est cette superpuissance qui, avec ses alliés et ses états vassaux, crie haro sur le nouveau diable.

Ils protestent contre l’occupation de la péninsule de Crimée, comme si c’était l’occupation la plus épouvantable du monde. Pour ça, ils vont punir la Russie. Peut-être qu’ils vont même s’engager dans une guerre mondiale pour libérer Sébastopol. L’Amérique peut occuper l’Irak – la guerre contre la terreur, et les armes de destruction massive justifient cette action, comme tout le monde sait – mais la Russie n’a pas le droit d’envahir la Crimée. C’est une violation de la loi internationale. Même un référendum est une violation de la loi – que l’Occident observe si scrupuleusement, comme tout le monde sait.

Mais évidemment, la vérité est loin du monde de cette partialité moralisatrice, comme l’orient l’est de l’occident. L’annexion de la Crimée peut poser problème, mais moins que l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Elle est plus démocratique que le projet d’échange de territoires proposé par Avigdor Lieberman. Au moins, la Russie a demandé aux habitants sous quelle puissance souveraine ils voulaient vivre, ce à quoi Lieberman n’a jamais pensé.

Les raisons pour lesquelles la Russie a annexé la Crimée sont plus convaincantes que l’annexion de facto des territoires occupés par Israël. Les Russes et les Israéliens emploient la même terminologie : droits ancestraux et liens historiques. Les Israéliens ajoutent des raisons tirées de la Bible, et y ont incorporé les notions de caractère sacré et de croyance messianique. « La Crimée et Sébastopol retournent vers … leurs propres rivages, leur port d’attache, la Russie » selon Poutine. En Israël, le premier ministre Benjamin Netanyahou parle du « rocher de notre existence ».

Mais, alors que la plupart des habitants de Crimée sont russes, la plupart des habitants des territoires sont palestiniens – la différence est minime, voire insignifiante…

La Russie est aussi plus honnête qu’Israël : Elle déclare son intention d’annexer le territoire. Israël, qui, à toutes fins utiles, a annexé ses territoires il y a longtemps, n’a jamais osé l’admettre.

L’occupation israélienne ne résonne pas dans le monde – pas de sanctions et sûrement pas de menaces de guerre – comme le fait l’occupation de la Crimée. Netanyahou n’est pas le diable, ni aux yeux des Américains, ni à ceux des Européens, et on ne parle jamais des violations de la loi internationale par Israël. L’occupation israélienne, qui est plus cruelle que celle de la Crimée, n’est pas reconnue comme telle, et l’Occident ne fait rien du tout pour y mettre définitivement fin. Les États-Unis et l’Europe lui fournissent même des fonds et des armes.

Cela ne veut pas dire que la Russie ne mérite pas d’être critiquée. L’héritage de l’Union Soviétique est horrible, et la démocratie en Russie est loin du réel, que ce soit la déclaration de guerre de Poutine contre les médias et la liberté d’expression, ou la honteuse affaire « Pussy Riot ». Il y a une montée de la corruption et, avec elle, le règne des oligarques. Poutine ne parle pas aussi noblement que le président des USA, Barack Obama, mais c’est l’Amérique et non la Russie, qui administre Guantanamo.

Malgré les pontifiants discours occidentaux sur la justice et le droit international, c’est en réalité le diable occidental qui s’habille en Prada, tandis qu’il en fait bien plus que la Russie pour saper ces valeurs dont il fait l’éloge. »

Gidéon Levy

Connaître les Israéliens


Gideon Levy

 


Un tiers des Israéliens veulent que les citoyens arabes soient interdits de droit de vote ; environ la moitié des Israéliens sont en faveur d’une politique de « transfert » des Arabes hors du pays ; et une majorité affirme qu’il existe ici un apartheid. Finalement, il nous faut renoncer à tout espoir de voir les choses s’améliorer.

Contents de faire votre connaissance, nous sommes racistes et pro-apartheid. Le sondage dont les résultats ont été publiés dans Ha’aretz ce mardi, réalisé par Dialog pour la Yisraela Goldblum Fund, prouve ce que nous savons depuis toujours, sans savoir que c’était aussi net. Il est important de reconnaître la vérité qui nous est lancée en pleine face, et à celle du monde (où l’enquête est en train de faire des vagues). Mais il est plus important encore d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Étant donné l’actuelle réalité, faire la paix serait un acte presque antidémocratique : la plupart des Israéliens n’en veulent pas. Une société juste, égalitaire violerait aussi les désirs de la plus grande partie des Israéliens : de cela aussi ils ne veulent pas. Ils se satisfont avec le racisme, ils sont à l’aise avec l’occupation, ils sont contents avec l’apartheid ; les choses vont très bien pour eux dans ce pays. C’est ce qu’ils ont dit aux sondeurs.

Jusqu’à ce qu’une direction courageuse survienne ici, de celle qui n’apparaît que rarement dans l’histoire, et qu’elle tente de changer cet état d’esprit nationaliste, raciste, il n’y a indéniablement aucun espoir de changement à attendre de tout cela. Il n’en viendra pas ; et en effet cela ne se peut car il est contraire aux souhaits de la plupart des Israéliens. Cette réalité doit être admise.

Le monde doit aussi en tenir compte. Ceux qui, impatients d’arriver à un accord, élaborent périodiquement des plans de paix doivent finalement bien comprendre ce que les Israéliens leur ont clairement dit : « Non merci, nous ne sommes pas intéressés ». Le monde arabe doit de la même manière comprendre que ce sondage (et d’autres comme lui) est le véritable discours Bar-Ilan d’Israël (discours de Netanyahu à l’université de Bar-Ilan, le 14 juin 2009).

Il est difficile de blâmer les Israéliens. Des années de lavages de cerveau, la diabolisation et la déshumanisation des Arabes en général et des Palestiniens en particulier, associés à des années de terrorisme brutal, ont laissé des traces. Qu’attendez-vous, pour l’amour du ciel, des Israéliens qui sont exposés tous les jours à des médias qui leur affirment, par exemple, que la récente visite à Gaza de l’Émir du Qatar, Sheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani, venu donner des centaines de millions de dollars pour construire des routes, c’est « le Qatar pour le terrorisme » (comme l’a publié le gros titre d’hier de l’édition en hébreu de Israel Hayom) ? Pourquoi voudraient-ils faire la paix avec ceux qui, depuis des décennies, ont été méthodiquement dépeints comme cherchant uniquement à les anéantir ?

Pourquoi l’Israélien moyen serait-il d’accord pour qu’il y ait un étudiant arabe dans la classe de son enfant ou une famille arabe dans son immeuble s’il n’a jamais rencontré d’Arabes et s’il les connaît uniquement que comme des terroristes, des criminels ou un peuple primitif – les seules images des Arabes qui sont diffusées ? Pourquoi penserait-il que la discrimination contre les Arabes par les ministères du gouvernement serait une mauvaise chose si la seule réalité qu’il connaît est que les Arabes sont des égoutiers ou des balayeurs de rues, et s’il ne sait pas que les Arabes sont capables de bien mieux que cela ?

Après tout, même les Israéliens laïcs qui ont exprimé les opinions les plus tolérantes dans ce sondage ne savent pas en réalité de quoi ils parlent. Quand ont-ils même rencontré un Arabe ? Quand leurs enfants en ont-ils rencontré un ? Et s’ils en ont vu, quel genre d’Arabe ont-ils rencontré sinon que le garçon livreur de l’épicerie, le propriétaire de l’épicerie du quartier, le laveur de voiture, Ahmed le plâtrier ou le monteur d’échafaudages ? Et cela sans même parler des Palestiniens : la dernière fois (et aussi la première) qu’ils ont rencontré un Palestinien, si tel est le cas, ce fut durant leur service militaire, à travers la lunette de leur fusil, comme un objet suspect et dangereux.

Néanmoins, ce lavage de cerveau n’absout pas les Israéliens de leur responsabilité. Il est vrai que le système éducatif, et plus encore les médias, incitent et échauffent, sèment la terreur et la haine. Mais ils le font pour se conformer aux goûts de leur auditoire. C’est un cercle vicieux déprimant, dans lequel on ne sait qui a commencé.

Après tout, si les médias israéliens pensaient que leur lavage de cerveau était répulsif pour leurs lecteurs, ils y auraient renoncé depuis longtemps. Mais ils connaissent le cœur de leurs clients. L’establishment politique, lui aussi, comprend la nature des choses. C’est pourquoi nous sommes pris dans une course effrénée vertigineuse vers la droite : Yair Lapid, le président de Yesh Atid, rivalise avec Shelly Yacimovich, dirigeant du Parti travailliste, pour savoir lequel est le plus à droite.

Ainsi, on ne peut excuser la situation par l’incitation : les Israéliens sont toujours heureux de se faire inciter contre l’Arabe de Baka (quartier de Jérusalem), ou le Palestinien de la casbah. Les médias soucieux de leur audimat et les politiciens face à la bataille des primaires cherchent seulement à se nourrir sur leur dos.

Un tiers des Israéliens veulent que les citoyens arabes soient interdits de droit de vote ; environ la moitié des Israéliens sont en faveur d’une politique de « transfert » des Arabes hors du pays ; et une majorité affirme qu’il existe ici un apartheid. Finalement, il nous faut renoncer à tout espoir de voir les choses s’améliorer.

Voir :

-  Un sondage révèle que la plupart des Juifs israéliens soutiennent le régime d’apartheid en Israël de Gideon Levy – Ha’aretz

et

-  Omar Barghouti : A propos du soutien des juifs israéliens au régime d’apartheid en Israël

et aussi :

-  Les Palestiniens aux prises avec un apartheid de fait, selon les Israéliens – Globalnet

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Gideon Levy : Né en 1955, à Tel-Aviv, journaliste israélien et membre de la direction du quotidien Ha’aretz, Gideon Levy dénonce inlassablement les violations commises contre
les Palestiniens 
et le recours systématique 
à une violence 
qui déshumanise 
les peuples dressés l’un contre l’autre.

Du même auteur :

-  Les colons en passe de réussir une prise de contrôle hostile d’Israël
-  Pourquoi les Égyptiens nous haïssent
-  Obama a rejoint le Likud
-  Les masses égyptiennes ne joueront pas l’alliance avec Israël
-  La presse israélienne cache la vérité
-  Israël soulagé de ne pas être le seul criminel de guerre
-  La république juive d’Israël
-  Netanyahu a raison : le monde entier est contre Israël
-  Opération mini Plomb Durci

25 octobre 2012 – Ha’aretztraduction : Info-Palestine/JPP

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