«Le régime profite des atrocités de Daesh»


Il vient de Raqqa, le quartier général de l’Etat islamique, dans l’est syrien. Il gère avec quelques amis un réseau d’information sur sa ville. Rencontre avec un rebelle dont l’arme est la plume. 

Abdalaziz Alhamza a 24 ans, mais un passé déjà chargé. Il est originaire de Raqqa, le chef-lieu de la province syrienne la plus orientale, devenu célèbre depuis que l’Etat islamique (ou Daesh) en a fait sa capitale de facto. Le jeune homme a dû fuir la ville en 2014. De Turquie, il a créé avec quelques amis exilés un réseau, « Raqqa is being slaughtered silentely » (Raqqa est massacrée en silence), qui donne des nouvelles fraîches de la ville grâce à un réseau d’informateurs sur place. Désormais en Allemagne, nous l’avons rencontré lors de son passage à Bruxelles à l’occasion de la sortie d’un livre (1).

En 2011, Raqqa fut parmi les premières villes à lancer la contestation.

Oui, à l’époque, il n’existait aucune liberté de parole, la moindre parole déplacée pouvait mener en prison. Et les murs avaient des oreilles ! Le gouvernement contrôlait tout et tout le monde. Le mouvement est parti d’une ville du Sud, Deraa, où ils ont torturé des enfants qui avaient écrit des slogans sur des murs. Les manifestations ont fait boule de neige. On réclamait juste un peu de liberté. Je fus arrêté en mars pendant 40 jours et torturé. A la fin je leur aurais avoué n’importe quoi, c’est ce qui est arrivé à un ami qui a même confessé avoir tué Ben Laden pour arrêter la torture!

Il y a eu une amnistie qui a aussi bénéficié aux djihadistes que le régime détenait…

Ceux-là étaient dans des prisons spéciales ; ils ont été libérés dans le but évident de participer à la radicalisation de la contestation qui devenait une révolution. Des centaines, peut-être plus, d’extrémistes ont été remis en liberté : il fallait que le régime montre qu’il combattait des « terroristes ».

Mais Raqqa s’est d’abord libérée seule…

En mars 2013, des forces proches de l’Armée syrienne libre (ASL) ont réussi à chasser les forces du régime. Moi je n’ai pas voulu porter les armes, je suis devenu un «media activist», je filmais les combats. Ce fut une belle époque. Puis les djihadistes de Daesh ont commencé à arriver, pas nombreux d’abord, puis de plus en plus et les clashes ont débuté entre eux et nous. En janvier 2014, ils ont pris le dessus. Ils ont perquisitionné chez mes parents, à ma recherche. J’ai alors pris la décision de fuir en Turquie. Comme, avec quatre amis, nous continuions à prendre par internet des nouvelles quotidiennes de nos proches à Raqqa, nous avons décidé de fonder notre réseau, pour témoigner. Ainsi, nous avons documenté le « règne » de l’Etat islamique : les arrestations, les exécutions, l’interdiction du tabac et de l’alcool, l’obligation des prières quotidiennes et fermeture des commerces pendant celles-ci, l’obligation faite aux femmes de se couvrir le corps intégralement, l’imposition d’un système d’éducation qui lave le cerveau des enfants, etc.

Comment Daesh a-t-il réagi à votre campagne sur facebook, twitter et bientôt votre site web?

On a commencé en avril 2014. Deux ou trois semaines plus tard, un de leurs imams importants a expliqué un vendredi lors d’un prêche dans la plus grande mosquée que ceux qui collaboreraient avec nous seraient exécutés. En mai, un de nos amis, Ibrahim, s’est fait arrêter alors qu’il tentait de quitter la ville. Le contenu de son ordinateur et de son smartphone l’a trahi. Il avait 21 ans. Ils l’ont exécuté en place publique. Ils ont aussi assassiné le père d’un autre activiste. Mais, après nous être posé la question, nous avons continué. Nous avons réussi des « coups ». Nous avons révélé en septembre 2014 l’échec d’une opération américaine pour libérer un otage près de Raqqa. Nous avons donné les premiers la nouvelle de l’assassinat par le feu du pilote militaire jordanien en janvier dernier.

Avez-vous des nouvelles du père Paolo, ce jésuite devenu plus syrien qu’italien, qui a disparu en juillet 2013 alors qu’il était allé au QG de Daesh à Raqqa pour faire libérer des otages?

Oui. Je le connais, je suis d’ailleurs le dernier à l’avoir interviewé avant sa disparition. Une personnalité remarquable! Il s’était rendu deux fois au QG de Daesh, il voulait rencontrer Abou Baqr Al-Baghdadi, leur chef. La troisième fois, ils ne l’ont plus laissé partir. Nous savons qu’il est vivant, et qu’il n’a pas été torturé. Il est détenu quelque part dans la campagne près d’Alep. Je tiens ces informations d’un combattant de l’Etat islamique. J’ignore cependant ce qu’ils entendent faire de lui.

Le régime et ses alliés, comme la Russie, aiment présenter le conflit de manière binaire, il y a eux et les terroristes, cela vous fait quoi?

Je veux dire quelque chose d’important : si l’Etat islamique a pu s’installer en Syrie c’est parce que la communauté internationale s’est contentée de promesses envers la rébellion. Que le régime n’affronte que des djihadistes – ou des « terroristes » – n’est pas une vérité, c’est juste de la propagande, je passe mon temps à devoir expliquer cela. Mais les rebelles, l’ASL et autres, doivent se battre sur de multiples fronts, contre le régime, contre Daesh, contre Nosra (Al-Qaïda), et cela avec des moyens très faibles. La propagande du régime tire un parti énorme des images de massacres, de décapitations, envoyées par Daesh sur les réseaux sociaux. En outre, il est très significatif que le régime n’a jamais bombardé les centres de direction de Daesh, pourtant faciles à identifier à Raqqa, il se contente de bombarder de temps à autre la population et de faire des centaines de morts.

Et les Russes, qui s’y mettent aussi…

Les Russes, visiblement, se sont donné pour mission de détruire la rébellion (non djihadiste) puisqu’ils ne s’en prennent pas aux terroristes, nous le savons grâce à nos contacts sur place. Mais, en revanche, l’implication russe, qui ne leur fera pas gagner cette guerre, va galvaniser les djihadistes, et surtout leur composante tchétchène et caucasienne.

Vous comprenez l’exil des réfugiés?

Vous savez, ils croyaient que quelques mois plus tard, ils pourraient réintégrer leurs foyers. Ils ne pensaient qu’à cela. Puis, peu à peu, tout le monde a dû intégrer le fait que cela prenait du temps, que le combat serait long et incertain, que les conditions de vie dans les camps étaient précaires, que l’argent se faisait rare, que l’avenir des enfants devenait noir. L’obsession devenait la survie : avoir de quoi se nourrir, s’abriter, se chauffer en hiver, au jour le jour. Voilà pourquoi ils partent.

Vous gardez espoir?

Oui, mais nous avons besoin d’aide. Pas des camps d’entraînement comme les Américains s’échinent en vain à faire, non : de bonnes armes efficaces, des médicaments, de l’argent et une couverture aérienne sous la forme d’une zone d’interdiction aérienne. Malgré quoi, il faudrait encore plusieurs années pour arriver à vaincre le régime et Daesh.

Propos recueillis par Baudouin Loos

(1) Abdalaziz Elhamza fait partie des 14 écrivains réunis dans un livre publié par les éditions Ker, Le Peuple des lumières. Son témoignage est factuel, alors que les autres auteurs, belge, français, algérien, tunisien, marocain, iranien, ont produit des textes de fiction. Un outil de réflexion dont l’idée a germé dans l’esprit de l’éditeur après le drame de Charlie-Hebdo en janvier dernier.

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Succès de foule pour la marche en soutien aux réfugiés ce dimanche: plus de 15 000 manifestants


Les citoyens se mobilisent ce dimanche à Bruxelles lors d’une marche de soutien aux réfugiés. Cette manifestation, lancée par la plateforme citoyenne qui s’occupe notamment de l’accueil en face de l’Office des étrangers, a démarré non loin de là, à quelques centaines de mètres du Parc Maximilien.

Quelque 15 000 personnes participent selon la police bruxelloise à la marche de solidarité avec les réfugiés dans la capitale. Les organisateurs en comptabilisent quant à eux environ 23 000. C’est en tout cas plus que les 10 000 participants que les organisateurs espéraient.

Le rendez-vous était fixé devant la gare du nord début d’après-midi avec un seul mot d’ordre: « refugees welcome ». La marche est assortie d’une pétition, présente également sur le web. Jusqu’à présent, elle a recueilli un peu moins de 10 000 signatures en faveur d’un accueil digne des réfugiés tout au long de leur procédure. Différentes associations se sont jointes à l’appel, Amnesty international, le CNCD 11 11 11, entre autres. Les manifestants réclament aussi des mesures contre les réactions racistes et xénophobes.

« Des citoyens européens se sont retroussé les manches »

« Ce sont 23.000 ‘oui’ à la solidarité, à la dignité et à l’hospitalité et autant de ‘non’ à la peur, au racisme et à la haine« , explique Elodie Franquart, de la ‘Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés de Bruxelles’, une des organisatrices de la marche. « Derrière nous se tiennent tous les citoyens européens qui se mobilisent pour aider les réfugiés. »

« Tout l’été déjà, des milliers de réfugiés ont pris le chemin de l’Europe« , poursuit Elodie Franquart. « Leur chemin a été long, dangereux et coûteux car il n’y a plus de possibilités légales pour venir ici. Tout l’été, ce sont des citoyens européens qui se sont retroussé les manches pour accueillir et aider ces gens, car les hommes politiques restaient en retrait. En Belgique, le manque de structures a eu pour conséquence qu’un campement a vu le jour au Parc Maximilien qui ne tourne que grâce à des bénévoles. Depuis un mois, des centaines de personnes dorment dans la rue car le gouvernement refuse de prévoir un accueil adéquat. »

« Il faut mettre fin à la Forteresse Europe« , poursuit-elle encore. « L’Europe est responsable de chaque réfugié mort en mer Méditerranée. Ce n’est pas l’Europe telle qu’elle a été imaginée, il est temps d’élaborer une politique migratoire humaine. Que ceci soit un signal à nos politiques. On ne parle pas ici de récupération politique, uniquement de gens qui ont fui des conflits. »

« Nous voulons travailler »

« Nous sommes sans domicile fixe car nous avons fui notre foyer« , a expliqué un réfugié irakien. « Nous sommes également seuls, car nous avons laissé nos familles derrière nous. Nous n’avons plus que de l’espoir, ne nous le retirez pas. La seule chose que nous demandons, c’est de vivre comme des humains, en paix. Nous pouvons et nous voulons travailler, créer et aimer, comme tout le monde. »

Une porte-parole du Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) a mis en garde: « on voit déjà qu’une distinction est faite entre les ‘bons’ réfugiés politiques et les ‘mauvais’ réfugiés économiques. Il est grand temps que nous nous révoltions contre ce discours. La situation actuelle est la conséquence des choix politiques faits ces 15 dernières années, où les intérêts économiques sont toujours passés avant les autres, humanitaires, notamment. »

Les organisateurs ont demandé aux associations ou partis politiques qui se joignent au mouvement de ne pas afficher de drapeaux pour ne pas en faire une marche partisane. Les organisateurs ont également invité de délégations étrangères à manifester à leurs côtés pour insister sur le contexte européen de la crise de l’accueil.

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Camp de Röszke 09092015


[youtube https://youtu.be/bRbmFYYbcyw?]

Une vidéo filmée clandestinement à l’intérieur du plus grand camp de migrants en Hongrie, à la frontière de la Serbie, montre les conditions « inhumaines » dans lesquelles la nourriture est distribuée.

Cette vidéo, filmée en secret par une bénévole australienne qui s’est rendue mercredi au camp de Roszke, montre quelque 150 migrants rassemblés dans un enclos à l’intérieur d’une grande salle et se bousculant pour tenter d’attraper des sacs de sandwiches que leurs lancent des policiers hongrois portant des casques et des masques hygiéniques.

Des femmes et des enfants sont dans cette foule mouvante et chaotique, tentant d’attraper le pain volant dans les airs, tandis que ceux qui sont au fond escaladent la barrière de l’enclos pour tenter d’attirer l’attention de ceux qui distribuent la nourriture.

« C’était comme de nourrir des animaux enfermés dans un enclos, comme un Guantanamo en Europe« , a déclaré Alexander Spritzendorfer, dont la femme Michaela a filmé la séquence, diffusée sur YouTube jeudi soir.

Le couple, avec d’autres bénévoles, était venu apporter de la nourriture, des vêtements et des médicaments.

Mardi, l’agence de l’ONU pour les réfugiés avait critiqué les conditions très dures au camp de Roszke, alors que la Hongrie se débat pour tenter de faire face à l’afflux record de migrants qui traversent ses frontières pour tenter d’atteindre l’Europe occidentale.

Le gouvernement de droite avait fini fin août de construire une barrière de barbelés le long de sa frontière de 175 km avec la Serbie, mais celle-ci ne semble pas être un obstacle à l’arrivée des migrants.

Une nouvelle barrière, de quatre mètres de haut, est en construction et devrait être achevée fin octobre ou début novembre.

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L’Autriche partagée entre repli et solidarité envers les migrants


 

Blaise Gauquelin Vienne

La société autrichienne est bouleversée. Des fleurs et des bougies sont déposées sur le lieu du drame, alors que les initiatives personnelles d’aide aux migrants se multiplient. (Reuters)

La société autrichienne est bouleversée. Des fleurs et des bougies sont déposées sur le lieu du drame, alors que les initiatives personnelles d’aide aux migrants se multiplient. (Reuters)

71 cadavres ont finalement été découverts dans le «camion de la honte». L’enquête se dirige vers un réseau de trafiquants établi entre la Hongrie et la Bulgarie

71 morts, dont 59 hommes, 8 femmes et 4 enfants: le bilan définitif annoncé vendredi par les autorités autrichiennes est terrible. Des trafiquants d’êtres humains, originaires des pays de l’Est, auront donc osé entasser 71 migrants désespérés dans ce camion réfrigéré retrouvé jeudi en fin de matinée sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute autrichienne venant de la frontière hongroise.

Un document syrien, retrouvé au milieu des cadavres en décomposition, permet de penser que nombre des victimes étaient originaires de ce pays. Ces migrants sont morts dans des conditions atroces, probablement asphyxiés lentement, alors que leurs passeurs les abandonnaient à leur destin tragique, une fois le véhicule tombé en panne.

Les experts des équipes médico-légales ont travaillé toute la nuit pour les extraire du camion. Les corps vont maintenant être autopsiés, à Vienne, afin de déterminer la cause et la date des décès. Le bilan est bien supérieur aux premières estimations qui faisaient état jeudi de 20 à 50 victimes. C’est que l’état de décomposition des corps a rendu le comptage difficile.

Mais l’annonce de cette surenchère dans l’horreur, aggravée par le fait que, jeudi également, au moins 76 migrants partis de Libye ont péri noyés en Méditerranée (lire ci-contre), n’a pas provoqué le sursaut espéré par les ONG chez les dirigeants concernés. Au contraire, les autorités hongroises et autrichiennes ont tenté, toute la journée de vendredi, de masquer l’absence de concertation concernant cette crise majeure des migrants, en communiquant sur des avancées dans l’enquête et en annonçant un renforcement des mesures à l’encontre du trafic des êtres humains.

On ne parle plus désormais d’un conducteur roumain, mais on évoque plutôt un réseau établi entre la Bulgarie et la Hongrie. Deux citoyens bulgares, dont un ayant des origines libanaises, ainsi qu’un Afghan porteur d’une carte d’identité hongroise, ont ainsi été interpellés en Hongrie. Ces personnes sont soupçonnées d’être fortement impliquées dans la mort des migrants. La justice hongroise dispose de trois jours pour décider de leur mise en examen.

Alors que la chancelière allemande en appelle une nouvelle fois à l’Europe, l’Autriche parle dans son coin de renforcer les contrôles inopinés à sa frontière, la Hongrie de faire passer des nouvelles lois qui autoriseraient l’armée à épauler la police aux frontières de Schengen. De plus en plus critiquée pour sa gestion, la ministre autrichienne de l’Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, démocrate-chrétienne, a de nouveau exclu de démissionner, comme le réclamait «Asyl im Not», une association d’aide aux réfugiés, ainsi que la majorité sociale-démocrate de la ville de Vienne.

La société autrichienne est bouleversée. On ne compte plus les initiatives personnelles d’aide aux migrants, les gens s’organisant désormais eux-mêmes, pour porter secours aux démunis qui commencent à affluer, notamment, autour de la gare centrale de Vienne.

Une plaque va être apposée sur un château médiéval de la région du Burgenland, où les corps ont été retrouvés. A la mémoire des victimes et à celle des milliers de personnes fauchées dans leur fuite vers une «vie meilleure».

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Chère Syrie … D’un réfugié à un autre


Ramzy Baroud


Chaque fois que le mot « réfugié » est prononcé, je pense à ma mère. Quand les milices sionistes commencèrent leur offensive et leur « nettoyage » systématiques de la population arabe palestinienne de la Palestine historique en 1948, celle-ci, accompagnée de sa famille, s’enfuit du village jusqu’alors paisible de Beit Daras.

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Ne vous agenouillez jamais. N’embrassez jamais une main. Ne donnez à personne la satisfaction d’exploiter votre peine – Photo : MEE

A cette époque, Zarefah avait six ans. Son père mourut dans un camp de réfugiés sous une tente fournie par les Quakers juste après avoir quitté sa terre. Jeune fille, elle rassemblait les vieux métaux pour aider sa famille.

Ma grand-mère, Mariam, s’aventurait dans la « zone de la mort » coincée entre l’état d’Israël nouvellement constitué, qu’elle jouxtait, et les camps de réfugiés de Gaza, pour cueillir des figues et des oranges. Chaque jour, elle risquait sa vie. Ses enfants étaient tous des réfugiés, qui vivaient en shatat – Diaspora.

Ma mère vécu jusqu’à 42 ans. Sa vie fut extrêmement difficile. Elle épousa un réfugié, mon père, et ensemble ils ajoutèrent sept réfugiés à ce monde – mes frères, ma sœur et moi. L’un d’entre nous mourut en bas âge d’une maladie infantile que l’on savait tout à fait soigner, mais la clinique du camp de réfugiés ne possédait pas de médicaments.

Qu’importe le moment et le lieu où nous sommes, nous portons nos cartes de réfugiés, nos nationalités indéfinissables, notre précarité, la charge de nos parents et la douleur de nos ancêtres.

Il s’avère que nous avons trouvé un nom à cela. Cela s’appelle waja – Douleur – une caractéristique qui définit et unit des millions de réfugiés palestiniens par-delà le monde. Avec notre population de réfugiés actuellement dominée par des réfugiés de deuxième, troisième et même de quatrième génération, il semble que notre waja est ce que nous avons le plus en commun.

Nos géographies peuvent varier, nos langues, nos appartenances politiques, nos cultures, mais au final, nous nous retrouvons autour des douloureuses expériences que nous avons faites nôtres au travers des générations.

Ma mère avait pour habitude de dire : Ihna yalfalastinieen damitna qaribeh – « Les larmes, pour nous, Palestiniens, ne sont jamais très loin. » Mais notre rapidité à verser des larmes n’est pas un signe de faiblesse, loin de là. C’est parce qu’au travers des années, nous avons réussi à mêler notre propre exil et ses nombreuses ramifications, aux exils de chacun. La charge émotionnelle est immense.

D’une certaine manière, nous masquons notre insupportable souffrance, mais elle est toujours à l’état latent. Lorsque nous entendons une seule mélodie de Marcel Khalifeh ou de Sheikh Imam, ou bien quelques vers de Mahmoud Darwish, la douleur de la blessure a une intensité sans pareille, plus forte que jamais.

La plupart d’entre nous ne vit plus sous des tentes, mais notre statut de réfugié se rappelle à nous chaque jour, par l’occupation israélienne, par le siège de Gaza et par les déplacements forcés de réfugiés palestiniens au sein-même d’Israël, par la guerre en Irak et le déplacement forcé des réfugiés palestiniens déjà déportés là-bas, par les conditions de vie ignobles des réfugiés palestiniens au Liban et à travers tout le Moyen-Orient.

Mais pour nous, la Syrie a été notre plus grande waja depuis des années. Mis à part le fait que la plupart du demi-million de réfugiés palestiniens de la Syrie est déplacée et subit des pertes pour la deuxième, troisième, ou même quatrième fois, neuf millions de réfugiés syriens sont actuellement en train de revivre la tragédie palestinienne, retraçant la première étape de la Nakba palestinienne, la catastrophe de 1948.

Voir la destitution des réfugiés syriens est comme revivre le passé, dans tous ses horribles détails. Voir les états arabes vociférer pour aider les réfugiés avec de grands mots et de petits actes, est comme si nous revivions la trahison arabe dans sa totalité.

J’ai vu mes grands-parents mourir, puis mes parents et nombre de mes proches. Tous sont morts réfugiés, supportant la même condition et le même espoir perdu du retour. Le maximum qu’ils aient jamais reçu de la « communauté internationale » a été quelques sacs de riz et de l’huile bon marché. Et, bien sûr, de nombreuses tentes.

Avec le temps, notre statut de réfugié s’est transformé ; au départ un « problème », il fait désormais partie intégrale de nos identités. Être « réfugié » à cette étape signifie se focaliser sur le Droit au retour des réfugiés palestiniens, comme cela est écrit dans le droit international. Ce statut ne fait plus seulement référence au déplacement physique mais également à l’identité politique, voire nationale.

Le clivage politique peut parfois dominer la société palestinienne, mais nous serons toujours unis, liés par le fait que nous sommes des réfugiés ayant une cause commune : rentrer chez nous. Alors que, pour les Palestiniens de Yarmouk près de Damas, être réfugié est une question de vie ou de mort – souvent due à la famine – pour la grande majorité des Palestiniens, la signification du mot est devenue plus intimement liée, elle est gravée dans nos peaux à jamais.

Mais que peut-on conseiller aux relativement nouveaux réfugiés de Syrie, considérant le fait que nous avons nous-mêmes à nous affranchir d’un statut que nous n’avons jamais voulu ?

Tout se résume à ces quelques rappels et mises en garde :

Premièrement, que votre déplacement s’achève bientôt. Puissiez-vous ne jamais vivre la waja du déplacement dans une mesure telle que vous l’adoptiez, l’épousiez comme faisant partie de votre identité, et la transmettiez de générations en générations. Puisse-t-elle être une sorte de douleur fugace ou un cauchemar passager, mais jamais une réalité quotidienne, omniprésente.

Deuxièmement, préparez-vous au pire. Mes grands-parents ont laissé leurs couvertures neuves dans leur village avant de fuir dans les camps de réfugiés parce qu’ils craignaient qu’elles puissent être détériorées dans la poussière du voyage. Hélas, les campements devinrent leur maison, et les couvertures furent confisquées comme le reste de la Palestine l’a été. S’il vous plait, gardez espoir, mais soyez réalistes.

Troisièmement, ne croyez pas aux promesses de la « communauté internationale » . Ils ne tiennent jamais parole, et quand ils le font, cela est toujours pour des motifs cachés qui pourraient vous faire plus de tort que de bien. En réalité, le terme lui-même est illusoire, la plupart du temps utilisé en référence aux pays de l’Occident qui vous ont abusé, comme ils l’ont fait avec nous.

Quatrièmement, ne faites pas confiance aux régimes arabes. Ils mentent. Ils ne conçoivent pas votre douleur. Ils n’entendent pas vos appels, cela ne les intéresse même pas. Ils ont tellement investi dans la destruction de vos contrées, et si peu dans la rédemption de leurs péchés ! Ils parlent d’une assistance qui n’arrive que rarement, et d’initiatives politiques qui se cantonnent pour l’essentiel à des communiqués de presse. Mais ils saisiront chaque opportunité pour vous rappeler combien ils sont vertueux. En fait, votre statut de victime devient un tremplin pour leur grandeur. Ils prospèrent à vos dépends, et par conséquent ils feront de leur mieux pour pousser encore plus loin votre misère.

Cinquièmement, préservez votre dignité. Je sais, ce n’est jamais facile de rester fier quand vous dormez dans une rue inhospitalière recouvert de cartons d’emballage. Une mère ferait tout ce qui est en son pouvoir pour aider ses enfants à rester en sécurité. Peu importe, vous ne devez jamais permettre aux loups qui vous attendent à chaque frontière d’exploiter votre désespoir. Vous ne devez jamais permettre à l’émir, ni à ses enfants, ni à un quelconque riche homme d’affaire, ni à une sympathique célébrité, de se servir de vous pour une séance photo. Ne vous agenouillez jamais. N’embrassez jamais une main. Ne donnez à personne la satisfaction d’exploiter votre peine.

Sixièmement, restez unis. Lorsque l’on est réfugié, il y a une force dans l’unité. Ne permettez pas aux querelles politiques de détourner votre attention du plus grand combat qui est entre vos mains : survivre jusqu’au jour où vous retournerez chez vous, et vous y retournerez.

Septièmement, aimez la Syrie. Votre civilisation n’est pas une chose de second plan. Votre histoire est remplie de triomphes qui ont été, en définitive, votre œuvre. Même si vous devez partir pour des terres lointaines, gardez la Syrie dans vos cœurs. Et cela aussi passera, et la Syrie regagnera sa gloire, une fois que les brutes seront vaincues. Seul l’esprit du peuple devra survivre. Ce n’est pas un simple rêve ni une douce illusion. C’est l’histoire.

Chers réfugiés syriens, cela fait 66 ans maintenant que la dépossession de mon peuple a eu lieu. Nous devons encore rentrer chez nous, mais c’est un combat que mes enfants et leurs enfants devront mener. J’espère que le vôtre s’achèvera bientôt. D’ici là, s’il vous plait souvenez-vous qu’une tente n’est qu’une tente, et que les rafales de vent froid proviennent d’une tempête qui n’est que passagère.

Et en attendant que vous rentriez chez vous en Syrie, ne laissez pas le réfugié prendre possession de vous, car vous êtes bien plus que cela.

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* Ramzy Baroud est doctorant à l’université d’Exeter, journaliste international directeur du sitePalestineChronicle.com et responsable du site d’informations Middle East Eye. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible surScribest.fr. Son site personnel : http://www.ramzybaroud.net

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Qu’est-ce que la Palestine?


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Publié le par Baudouin Loos

 

Evoquer la Palestine en maximum 2.000 signes, pas évident… Voici l’essai, publié dans ”Le Soir” du 4 décembre 2014.

De quoi la Palestine est-elle le nom? De la dépossession, d’abord. Entre les deux guerres mondiales, on a «vendu» aux Juifs de la diaspora en proie à l’antisémitisme et en quête d’un Etat «une terre sans peuple pour un peuple sans terre». Sauf qu’il y avait un peuple, les Palestiniens. Dont l’identité nationale n’était certes pas affirmée à 100%. Le mandat britannique (1920-1948) et l’immigration juive vont ancrer, galvaniser cette identité, que seuls quelques extrémistes osent encore nier.

D’exil forcé en défaites militaires arabes, les Palestiniens sous l’égide de l’Organisation de libération de la Palestine ont finalement accepté en 1988 de ne réclamer pour bâtir leur Etat que 22% de la Palestine historique, à savoir les territoires conquis par Israël en 1967 (Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza).

Mais face à la toute-puissance militaire et économique d’Israël, Etat conforté par l’aide des Etats-Unis et la bienveillance de l’Europe, les Palestiniens en sont réduits, depuis 1991, à négocier ce qu’ils pourraient sauver de ces 22%. Car Israël, pour des raisons dites de sécurité mais souvent aussi religieuses, n’entend céder que le minimum dans tous les dossiers comme le retour des réfugiés (c’est un «niet» israélien total, mais le droit international dit autre chose), le partage de Jérusalem (idem) ou les colonies (illégales, elles grignotent et rongent les territoires occupés, rendant l’émergence d’un Etat palestinien quasiment impossible).

Malgré la radicalisation d’une partie non négligeable du public palestinien frustré qui entend les sirènes islamistes parfois extrémistes, l’ensemble de la planète Terre s’est résolu au XXIe siècle à soutenir la création d’un Etat palestinien. Avec l’injustice fondamentale du sort des Palestiniens de plus en plus difficile à cacher, les excès israéliens sont largement responsables de cette prise de conscience: des interventions armées aux moyens disproportionnés ont choqué le monde au Liban (1982), face aux intifadas (révoltes) des populations occupées (celle de 1987 et celle de 2000), à Gaza en 2008 et 2014.

En l’absence de pressions dignes de ce nom sur l’occupant israélien, la question palestinienne continuera longtemps encore à hanter les esprits.

BAUDOUIN LOOS

 

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Au Liban, les réfugiés syriens s’enfoncent dans la pauvreté


Si vous pouvez aider, rendez-vous sur la page facebook https://www.facebook.com/SB.overseas.charity?fref=ts  Lama prépare un camion de fournitures et de vêtements à destination des réfugiés. Elle recherche des fauteuils roulants pour les nombreux handicapés

jeudi 21 novembre 2013, par La Rédaction

Des familles syriennes réfugiées au Liban s’enfoncent dans l’endettement et dans la pauvreté, ce qui affecte l’éducation de leurs enfants et leur dignité, prévient jeudi l’agence internationale d’aide Oxfam.
« Les réfugiés syriens sont confrontés à une lutte quotidienne pour survivre dans un pays où les emplois et les logements abordables sont rares. La quête perpétuelle d’un travail anéantit leurs espoirs », a déclaré Nigel Timmins, qui dirige depuis Beyrouth l’action d’Oxfam en Syrie.
L’agence s’appuie sur les résultats d’une étude qu’elle a commandée à un institut de recherche libanais sur 1.500 familles réfugiées au Liban.
Cette étude « montre que les gens dépensent plus de deux fois plus qu’ils ne gagnent : les revenus mensuels des familles réfugiés sont d’environ 250 dollars mais les dépenses moyennes sont d’environ 520 dollars », quasiment uniquement pour la nourriture (225 dollars) et le logement (275 dollars), relève Oxfam.
En moyenne, les familles arrivent avec 370 dollars d’économies, qui fondent vite au Liban, où le coût de la vie est plus élevé qu’en Syrie.
Surtout, « l’étude montre que seulement 25% des enfants sont scolarisés, ce qui laisse entrevoir une génération d’enfants syriens privés d’une éducation nécessaire », s’inquiète l’ONG.
Les écoles publiques sont gratuites au Liban, mais de nombreux parents ne peuvent payer les frais annexes comme le transport.
Oxfam cite l’exemple de Hadir Jasem, 21 ans, arrivée avec sa famille il y a deux ans : elle « brûle de rentrer chez elle en Syrie et de commencer l’université », mais son emploi d’aide-enseignante à 200 dollars par mois représente le seul revenu des 13 membres de sa famille.
Plus de 2 millions de Syriens ont fui les violences dans les pays limitrophes, dont 800.000 au Liban.
Selon Oxfam, les opérations humanitaires pour faire face à cet afflux massif ne sont financés qu’à 61%, et « une injection massive de fonds » est nécessaire pour éviter qu’une génération de réfugiés syriens ne se voie condamnée à « une vie de misère noire ».

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HISTOIRE DE LA REVOLUTION SYRIENNE


Par Bernard le vendredi, septembre 28 2012, 21:15

 

http://www.alencontre.org/laune/syrie-une-revolution-populaire.html

Une révolution populaire

Jeudi 27 Septembre 2012

Par le Mouvement Pour le Socialisme de Suisse

La révolte populaire contre le pouvoir dictatorial du clan Assad en Syrie s’inscrit dans la foulée des soulèvements populaires contre les autocrates Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte. Une date et un fait le rappellent. Ils sont oubliés. Le 31 janvier 2011, six jeunes femmes et hommes ont appelé, sur Facebook, à un rassemblement à Damas de solidarité avec le peuple égyptien. Leurs banderoles demandaient que l’armée ne tire pas sur les manifestants de la place Tahrir. Elles lançaient aussi un cri: «Oui à la liberté!» Quelque cent personnes se réunirent devant l’ambassade d’Egypte à Damas. Une équipe de TV russe a filmé cette manifestation. Quelle a été la réaction du pouvoir de Bachar el-Assad ? Arrêter, maltraiter, torturer les organisateurs et le maximum de manifestants!

La dictature syrienne avait parfaitement compris que la contestation du pouvoir de Moubarak pouvait susciter le même élan en Syrie. Un des organisateurs de cette manifestation, après son arrestation, a pu entrer dans la clandestinité et sortir du pays. Dans un entretien avec Sue Lloyd Roberts de la BBC (17 août 2012), il déclare: «Les Tunisiens s’étaient déjà libérés. Les Egyptiens étaient sur la voie de se libérer. Nous pensions que c’était aussi notre tour d’être libres.» Il rappelle que ses amis étaient sunnites, chrétiens et Kurdes ainsi que Druzes. Il ajoute que le régime a toujours stimulé les conflits interconfessionnels ou ethniques pour mieux assurer son pouvoir, pour coopter une base et distiller des divisions. Ce à quoi le type de guerre menée par le pouvoir peut, partiellement, aboutir.

En février 2011, trois manifestations pacifiques eurent lieu à Damas. Un jeune blogueur est condamné à cinq ans de prison au nom de «liens avec la CIA»! Or, le 6 février 2011, encore, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan saluait les excellentes relations économiques et la collaboration entre les deux régimes ; ce qu’avaient fait les gouvernements français ou anglais. Bachar al Assad ne dérangeait pas, au contraire, les puissances impérialistes et Israël.

Le clan Assad ne s’était-il pas engagé, dès 1991, dans la coalition américano-saoudienne pour mener leur guerre du pétrole en Irak contre la dictature de Saddam Hussein ? Le 26 mars 2011, le secrétaire de l’ONU, Ban Ki-moon, demandait à Assad plus de «retenue» dans le «maintien de l’ordre». L’hypocrisie institutionnelle des «délégations d’observateurs» de la Ligue arabe, puis de l’ONU, traduit la volonté des puissances dominantes de trouver une solution de changement dans la continuité. Comme a tenté de le faire, le 22 septembre 2012, la réunion à Damas (autorisée par le gouvernement!) d’une opposition voulant négocier le départ d’Assad combiné avec le maintien de l’essentiel des structures du régime, comme au Yémen. De quoi cultiver les illusions et laisser faire Assad.

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