* L’affaire du pédophile gracié par le roi constitue-t-elle un tournant ?


Mohammed VI garde tout le pouvoir

* L’affaire du pédophile gracié par le roi constitue-t-elle un tournant ?

* Elle a mis en lumière le pouvoir absolu du roi… et de son cabinet.

Le « Daniel Gate », la grâce royale accordée à ce pédophile espagnol qui a suscité une extraordinaire indignation populaire au Maroc, forçant le roi à annuler sa décision, restera-t-il dans l’histoire comme un moment clé ? C’est sans doute le vœu d’une partie des citoyens las d’un pouvoir royal aux prérogatives qu’ils jugent exorbitantes.

« Il y aura bien un avant et un après ce 30 juillet 2013 au Maroc (date de la grâce, NDLR). Par une telle décision (aussi involontaire soit elle), le roi – père et protecteur de la nation selon la constitution et l’imaginaire collectif Marocain – vient de bafouer, d’outrer tous les Marocains, et par la même, ruiner 14 années de communication et marketing politique. (…) Quelque chose a changé, et pour toujours. Un rapport entre une grande partie du peuple et la monarchie a été rompu. » : ce constat a été fait le 4 août par l’intellectuel Youssef Oulhote et diffusé sur le site fr.lakome.com.

Comment en est-on arrivé là ?

Quand il prend le pouvoir le 30 juillet 1999 au décès de son père, le très craint Hassan II, Mohammed VI a alors 35 ans. Il jouit d’un préjugé favorable. Ses premières décisions confortent cette impression : il limoge Driss Basri, le ministre de l’Intérieur de son père dont il était l’exécuteur des basses œuvres, il fait revenir le vieil opposant d’extrême gauche banni Abraham Serfaty, il visite les provinces du nord que son père avait délaissées et il se façonne rapidement une image de « roi des pauvres » en affichant sa sollicitude pour les défavorisés.

La suite sera moins glorieuse même si « M6 », comme on le surnomme affectueusement, reste un souverain populaire. Le roi, dit-on, n’éprouve pas un penchant marqué pour la politique. Ses absences, ses vacances, se multiplient, elles sont longues. Ce printemps, ainsi, il partira deux mois en France sans mots dire, laissant la rumeur s’inquiéter pour sa santé.

L’affairisme prend le dessus au palais. Comme l’explique un livre édifiant (1), « la fortune personnelle du souverain a quintuplé depuis son accession au trône ». Aux commandes, on trouve le cabinet royal qui, selon des experts, gère en réalité le Maroc tout entier (y compris avec incompétence, comme l’affaire du pédophile l’a montré).

Cela c’était la version pessimiste. D’autres vantent en revanche un roi habile en économie et en politique. Ainsi, par exemple, quand un mouvement de revendication s’est développé au Maroc à l’éclosion des printemps arabes, au début de 2011, Mohammed VI a rapidement décidé de donner à ses sujets une nouvelle constitution, présentée comme plus démocratique que celle en vigueur. Le texte sera déjà adopté par référendum dès le 1er juillet de la même année !

Certains s’enthousiasment. Comme Baudouin Dupret et Jean-Noël Férié, directeurs de recherche au CNRS qui travaillent au Centre Jacques Berque à Rabat. « Le Maroc est le seul pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à avoir réussi à entamer des réformes suffisamment profondes pour qu’on ne puisse plus se résoudre – sauf de manière polémique – à le qualifier d’autoritaire », écrivent-ils dans la revue Moyen-Orient.

Vraiment ? Ces réformes ne convainquent pas tout le monde. Voici le constat formulé le 10 juillet par Souleiman Bencheikh, de l’hebdomadaire TelQuel : « C’est le roi en personne qui a pris la décision de réformer la Constitution, qui a nommé la commission chargée de la rédiger, qui l’a soumise à référendum, qui a nommé un nouveau chef de gouvernement et son équipe. Le pari implicite des démocrates marocains était que la nouvelle donne politique permettrait au chef de gouvernement de s’émanciper progressivement de la tutelle du chef de l’Etat et de profiter à plein des nouvelles prérogatives que lui octroie la Constitution : choix effectif des membres de son gouvernement (…), responsabilité devant le peuple et non plus devant le roi… Mais là encore, les démocrates sincères en ont été pour leurs frais : la pratique politique des deux dernières années et l’interprétation qui a été faite de la Constitution ont consacré un roi qui règne et gouverne. En d’autres termes, pour reprendre une métaphore sportive, Mohammed VI est à la fois arbitre et joueur. Alors forcément, à la fin, c’est lui qui gagne ! ».

Peu contestent ce constat, même le Premier ministre islamiste Abdelilah Benkirane dit que son parti, le PJD « ne fait que participer au gouvernement ; c’est le roi qui détient le pouvoir ». L’Association marocaine des droits de l’homme met, elle, les pieds dans le plat ce 23 juillet, constatant : « L’essence despotique de la nouvelle constitution est préservée et reste loin des composantes d’une constitution démocratique ».

BAUDOUIN LOOS

(1) Le Roi prédateur, par Catherine Graciet et Eric Laurent, au Seuil (2012)

LE SOIR DU MERCREDI 7 AOUT 2013

Soigner en Syrie: un acte héroïque


05 août 2013 |  Par FocusOnSyria

Je m’appelle Ghassan, j’ai trente cinq ans, et je suis kinésithérapeute. Quand j’ai commencé mes études, il y a 16 ans, je croyais apprendre un métier intéressant, utile aux autres… et tranquille. Pendant des années, j’ai massé des personnes âgées, j’ai fait faire des exercices à des enfants handicapés de naissance, j’ai posé quelques plâtres et rééduqué des entorses.

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Blessé syrien en convalescence dans un hôpital en Jordanie

Et puis la guerre a commencé. Amenant son lot de blessés, hommes, femmes et enfants qui arrivaient jusqu’à moi en morceaux, en loques, et qu’il s’agissait de remettre debout, de faire tenir droit. Je suis un professionnel, mais je n’avais jamais vu ça. Du côté de la technique, petit à petit, les souvenirs de mes cours à l’université sont revenus, mes gestes sont devenus plus précis, j’ai perfectionné mes automatismes en matière de soin des blessés graves, des amputés.

Mais du côté humain, non, décidément, je n’avais jamais vu ça. Je n’étais pas prêt à faire face à ça. D’abord parce leur nombre est immense, et que nous, les soignants, sommes si peu nombreux. Comment choisir vers qui reporter son attention quand quinze blessés arrivent en même temps ? Comment dire non à cette mère en larmes qui vous supplie de vous occuper de son enfant lorsque vous estimez que son cas est moins urgent que celui de ce jeune homme qui, stoïquement, vous laisse relever un pan de sa chemise sur d’épouvantables escarres ? Comment expliquer à cette personne âgée que non, je n’ai aucun fauteuil roulant à lui donner. Nous étions submergés, mais petit à petit, nous nous sommes organisés.

Alors désormais, oui, je suis professionnel, et organisé… mais toujours sur le qui-vive. Qui eut crû que mon métier si tranquille cristalliserait un jour la haine de tant d’ennemis ? Les médecins sont les plus ciblés, mais de manière générale, tout le personnel soignant est visé. Aujourd’hui, dans mon pays, prendre soin d’un blessé sans s’enquérir de son appartenance politique, religieuse ou ethnique est un crime. Aujourd’hui, parce que je continue à soigner mes compatriotes, j’ai des ennemis. Et s’ils me trouvent… je n’ose même pas y penser.

Alors je continue, petit à petit, ces hommes, ces femmes, ces enfants, à les remettre debout, à les faire tenir droit. Du moins physiquement. Mais psychologiquement, qui nous remettra debout ? Je veux vous dire l’histoire de cet enfant de dix ans, Moustafa. Sa famille est pauvre. Il était en 3ème année à l’école primaire, l’équivalent de votre CM1. Un jour, alors qu’il rentrait de l’école, le quartier a été bombardé et Moustafa a été blessé. Les médecins ont dû l’amputer de la jambe gauche. Des fragments avaient atteints son dos et son abdomen et il est paralysé. La dernière fois que je lui ai rendu visite, il m’a demandé, plein d’espoir : « est ce que je pourrai rejouer au football ? » Son père avait les larmes aux yeux, et pour être honnête, moi aussi. J’ai répondu à Moustafa qu’il fallait surtout ne jamais perdre jamais confiance en la vie. Ai-je dit la vérité à cet enfant ?

* Cette histoire est écrite à partir du témoignage de plusieurs kinésithérapeutes syriens, en hommage à tout le personnel soignant et à tous les héros ordinaires de Syrie.

source

D’autres histoires sur la crise syrienne sont à découvrir sur le site www.focusonsyria.org/fr

Liberté d’expression bafouée en Belgique aussi


A Monsieur Charles Picqué

Bourgmestre

Commune de St Gilles

Bruxelles, le 25 juillet 2013

Monsieur le Bourgmestre,

Cher Charles,

Je viens de recevoir copie d’un courrier émanant de vos services (M.Lemaine, réf 15539, copie jointe) adressé à « Bruxelles Action Palestine », lui refusant l’autorisation de distribuer des tracts au marché de la gare du Midi.

Permettez-moi de vous dire mon inquiétude devant ce refus.

Tout d’abord, le motif invoqué : « la forte affluence que connaît ce marché implique que toutes les conditions nécessaire au maintien de l’ordre public soient requises » me paraît consternant.

En effet, ce n’est pas la première fois que « Bruxelles Action Palestine » distribue des tracts sur ce marché et, à ma connaissance, il n’y a jamais eu un quelconque incident. De plus, suivant mes informations, un avis favorable avait été donné par les services de police.

La motivation de ce refus me paraît donc sans fondement et clairement tenir du prétexte.

D’autre part, cette interdiction est inquiétante du point de vue de la déontologie politique.

En effet, les actions de cette association visent à sensibiliser la population belge au drame que vit le peuple palestinien, opprimé depuis des dizaines d’années par un régime colonialiste qui a détruit plusieurs centaines de villages, qui chaque jour vole les maisons, l’eau et les terres, impose des lois d’apartheid, applique le nettoyage ethnique, utilise systématiquement la torture, même sur des gosses de 12 ans (Rapport de l’ONU du 20/6/2013)… tout en se prétendant démocratique.

Comme disait Desmond Tutu : « On est obligé de réagir devant ce drame. Celui qui se veut, ou se prétend neutre a, en réalité, choisi son camp ».

Monsieur le Bourgmestre,

Cher Charles,

Je ne peux croire que le progressiste que j’ai connu naguère entrave la liberté d’expression de ces citoyens belges qui militent pacifiquement pour les Droits de l’Homme.

En espérant sincèrement que cet incident est à mettre au compte d’une erreur administrative et que, dans le futur, cette association recevra un accueil positif à ses légitimes demandes.

Bien cordialement

Rudi

Syrie : Al-Assad promet de réprimer la rébellion «d’une main de fer»


Monde

5 août 2013 à 08:21
Photo fournie par l'agence Sana montrant le président syrien Bachar al-Assad, lors d'un discours à Damas le 4 août 2013.

Photo fournie par l’agence Sana montrant le président syrien Bachar al-Assad, lors d’un discours à Damas le 4 août 2013. (Photo AFP)

Dans un discours télévisé diffusé dimanche, le président syrien a de nouveau fait part de sa détermination à écraser l’insurrection, .

Par AFP

Le président syrien Bachar al-Assad a exprimé dimanche soir sa détermination à écraser d’une «main de fer» la rébellion qui depuis plus de deux ans tente de le renverser, quelques jours après avoir affiché l’image d’un régime sûr de la victoire. «Aucune solution ne peut être trouvée avec le terrorisme, excepté en le réprimant avec une main de fer», a déclaré le président Assad au cours d’une rare allocution retransmise à la télévision publique.

Dans ce discours d’une durée de 45 minutes, le président a encouragé les forces armées à continuer à combattre les rebelles, qualifiés de terroristes par le régime. «La crise ne sera résolue que sur les champs de bataille», a-t-il lancé.

Fort de deux importants succès militaires, Bachar al-Assad avait déjà adressé jeudi un message aux militaires à l’occasion de la fête de l’armée. «Si en Syrie nous n’étions pas sûrs de la victoire, nous n’aurions pas eu la capacité de résister et nous n’aurions pas pu poursuivre (la bataille)» après plus de deux ans de guerre, avait-il souligné. Il avait aussi effectué un rare déplacement hors de Damas dans un ex-bastion rebelle et les autorités avaient diffusé des images de lui saluant des soldats.

Au cours de son discours prononcé dimanche lors d’un iftar-repas de rupture du jeûne, au coucher de soleil, pendant le mois de ramadan-, Al-Assad a par ailleurs estimé que la Coalition nationale syrienne (opposition) a échoué et qu’elle n’a aucun rôle à jouer dans la recherche d’une solution pour mettre fin au conflit qui ensanglante le pays depuis 28 mois. Selon lui, elle «n’est pas fiable» et est «à la solde de plus d’un pays du Golfe».

En présence de personnalités politiques et religieuses, et de membres de la société civile, ll a aussi souligné les «réalisations héroïques de l’armée syrienne dans la défense du pays» et a salué le peuple syrien «pour s’être rangé du côté des forces armées, afin de défendre la Syrie et ses ressources».

Toujours plus de morts sur le terrain

En mars 2011, la Syrie avait connu un mouvement de protestation pour exiger sans succès des réformes démocratiques. Le régime avait déclenché une brutale répression contre l’opposition, qualifiant systématiquement les opposants et les rebelles de «terroristes» et refusant d’admettre l’existence d’une révolte populaire.

La contestation populaire s’est ensuite transformée en insurrection armée qui a fait plus de 100 000 morts selon l’ONU. L’opposition syrienne a affirmé dimanche qu’elle était prête à coopérer à «une enquête impartiale» sur les crimes de guerre commis dans le conflit syrien, répondant ainsi à un appel de Navi Pillay, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme.

Cinq membres d’une famille favorable au régime ont par ailleurs été assassinés dimanche par des hommes armés dans le nord de Damas, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dans l’ouest du pays, une bataille entre rebelles et forces du régime a causé la mort d’au moins 30 personnes des deux camps dimanche, a également annoncé l’OSDH, et une voiture piégée a explosé à un poste de contrôle de l’armée dans le quartier de Boustane al-Dour, au sud de Damas.

Les forces du régime ont continué leur bombardement de Barzé (nord) et Jobar (est), a précisé l’OSDH qui a fait également état de combats dans le Jabal al-Akrad, dans la province de Lattaquié, au cours desquels 12 rebelles et 19 soldats et supplétifs ont trouvé la mort. Et à Ariha, dans la province d’Idleb (nord-ouest), quatre personnes, dont un enfant, ont été tués dans un bombardement, toujours selon la même source.

Tandis que le conflit a forcé des millions de personnes à fuir leurs foyers, le pays a plongé dans une crise économique sans précédent. L’économie syrienne a ainsi connu une dollarisation croissante en raison de la chute de la monnaie nationale -la livre syrienne (SYP)- qui a perdu les trois-quarts de sa valeur par rapport au dollar, amenant le président Assad a promulgué dimanche un décret interdisant toute transaction commerciale en devises étrangères.

Sur le plan diplomatique, le nouveau président iranien Hassan Rohani a affirmé dimanche que rien ne pouvait affecter les relations de l’Iran avec la Syrie, en recevant à Téhéran le Premier ministre syrien Waël al-Halaqi, selon l’agence officielle Sana.

source

EDITO CHRONIQUE – LA REVOLUTION SYRIENNE EST TERMINEE, LA GUERRE POUR LA SYRIE A COMMENCE


il y a 5 heures ·- La Révolution syrienne telle que nommée ainsi ne se terminera pas à la fin de cette guerre. Elle a pris fin ces dernières semaines. Oh, cela ne veut pas dire que le clan Assad a gagné, loin de là d’ailleurs. Mais tout simplement, qu’il n’y a plus rien dans les évènements actuels qui symbolise les demandes originelles et même les premiers combats. Ce 4 aout, au moment où j’avais déjà débuté cet édito, j’ai appris que des contacts combattants au sein d’une petite katiba familiale avait déposé les armes et ne participeraient pas aux batailles à venir dans la région de Jisr al-Shughur. Énième nouvelle de ce type. La raison ? Désormais toujours la même : « Nous ne combattons pas Assad pour ce qui arrive derrière… ».

Quand on a travaillé et suivi pendant plus de deux ans sur ce moment formidable de l’histoire du monde arabo-islamique, il y a forcément un profond sentiment de respect envers ces syriens et syriennes qui se sont levés, se lèvent et pour beaucoup tenteront encore de se lever. Je parlais clairement de révolte syrienne et de révolution syrienne. Car le plus solide régime de ce monde arabo-islamique, celui du clan Assad en Syrie (avec ceux des généraux égyptiens et des généraux algériens), était contesté, malgré la peur. Je ne suis pas un de ces bobos français qui s’émerveillent de voir la laïcité un jour dans le monde arabe. Je m’en moque comme de ma première chemise. Politiciens laïc ou partisan de l’Islam politique, un politicien restera toujours un politicien à mes yeux ! Mais il y avait dans cette révolte des choses plus fortes : le droit à l’expression la plus claire, l’organisation de comités locaux, des journaux qui se passaient sous le manteau, des banderoles qui défiaient les balles en disant simplement « nous ne reculerons plus », l’idée d’une égalité certaine, et surtout, une volonté de gueuler contre ce monde où les grandes puissances n’avaient que très peu de différences entre elles lorsqu’il s’agissait de tels évènements…

Désormais les militants révolutionnaires se font arrêter et emprisonner par centaines. Un jeune garçon qui dit un mot mal interprété, exécuté. Les journaux révolutionnaires, interdits de presse et de distribution. Non pas dans les zones loyalistes, non ! Mais dans les zones normalement rebelles ! Il y a bien des comités civils qui tentent de tenir l’originelle révolution avec ses slogans. A Alep, certains croient encore en un espoir devenu mirage. Mais tout a bien changé. Des hommes venus des quatre coins du monde, en aucun cas pour les demandes de syriens révoltés, imposent une terreur que même Celui dont il se revendique n’aurait jamais osé tolérer sur sa propre Oumma… Certains combattent encore clairement pour la rébellion, et j’en connais, mais ils sont devenus une minorité que ces étrangers qui décidaient de mourir non pour leurs idées à eux, mais pour les syriens et les idées des syriens…

Dans le même temps, la rébellion, qui devait progresser vers l’unité, a glissé vers les querelles pitoyables de personnes, de groupes politiques et de forces aux desseins non assumés. De grands chefs rebelles ont été tués et d’autres écartés… Abu Furat, Ryad al-Asaad, AbdelRazzaq Tlass, Qassim Saaedine, Hussein Harmoush, etc… et la liste est longue. Tous des déserteurs, tous des hommes de convictions, avec leurs défauts et mauvais actes pour certains, mais tous engagés avec une certaine idée de la révolte. Tous désormais réduits au silence ou à de simples interventions qui n’ont plus de poids… quand ils ne sont pas tout simplement morts.

Les ingérences internationales n’ont favorisé que ces actes de sabotages. Ceux là même dans les grandes capitales qui se plaignent que le clan Assad tienne bon, ont laissé passer des milliers de combattants radicaux confessionnels chiites. Là où d’ailleurs même le camp des pro-Assad était « sérieux » dans le sens qu’il était attaché à son chef avec une certaine rhétorique biaisée sur les minorités avec l’argument grotesque que le régime était laïc, ceux là même se sont noyés dans les confessionnalisme par un lien de plus en plus clair entre chiisme et alaouites. Les milices irakiennes chiites se sont ainsi récemment retrouvées attaquées à Damas par des citoyens alaouites pro-régime exaspérés des actes de ces hommes.

La révolution syrienne est terminée. La Chronique continuera de suivre ce qu’elle appelle désormais la « Guerre pour la Syrie » où désormais des forces s’affrontent pour une ville, un gouvernorat, ce pays, et, à plus grande échelle, à un morceau du monde. Triste fin pour un moment si incroyable de notre Histoire. Et comment finir sur cette symbolique ? Essayer de trouver de manière régulière le mot « Révolution » dans les déclarations de plus en plus de groupes radicaux qui s’incruste dans la révolte menée par la rébellion. Vous pouvez éplucher des milliers de documents, il ne reviendra que rarement et jamais pour s’y rattacher à leurs actes… La révolution syrienne s’est terminée en juillet 2013. Certains persisteront à faire vivre cet idéal. Mais une grande partie de cet idéal est parti avec la fumée des bombes loyalistes et dans les noirs desseins d’hommes sortis de l’ombre et qui ne songent qu’à amener cette ombre avec eux… Le reste ne tient plus qu’à un fil. Désormais, l’avenir appartient non aux syriens, déjà qu’il leur a très peu appartenu, mais à d’autres : des politiciens d’opposition ambitieux, un clan Assad coupé des réalités d’un pays divisé en deux, de puissances étrangères qui veulent se partager le gâteau, de groupes venus de pays voisins décidés à s’imposer dans le sang et la terreur.

LABROUSSE Cédric
4 aout 2013

Lettre d’une pigiste perdue dans l’enfer syrien


Créé le 31-07-2013 à 18h17 – Mis à jour le 04-08-2013 à 18h28

A Alep, en avril 2013 (Sipa)

A Alep, en avril 2013 (Sipa)

Ce texte sur son expérience syrienne a été publié le 1er juillet 2013, sur le site de la ‘Columbia Journalism Review’, par Francesca Borri, journaliste indépendante italienne, par ailleurs auteur d’un livre sur le Kosovo et d’un autre sur les rapports entre Israéliens et Palestiniens intitulé ‘Quelqu’un avec qui parler’ (Manifestolibri, 2010).

Il a suscité de très nombreuses réactions, auxquelles Francesca Borri a elle-même répondu sur le site du ‘Guardian’. Il nous a semblé qu’il méritait d’être traduit en français. 

Il m’a finalement écrit. Voilà plus d’un an que je lui envoie des articles à la pige. Pour lui, j’ai attrapé la typhoïde et reçu une balle dans le genou. Aujourd’hui, mon rédacteur en chef a regardé les infos et a pensé que je faisais partie des journalistes italiens qui ont été kidnappés. Il m’a envoyé un e-mail: «Si tu trouvais une connexion, pourrais-tu tweeter ta captivité ?»

Le même jour, dans la soirée, j’ai retrouvé le camp rebelle où je vivais, au beau milieu de cet enfer qui s’appelle Alep, et dans la poussière et la faim et la peur, j’ai espéré trouver un ami, un mot compatissant, un geste tendre. Au lieu de ça, je n’ai trouvé qu’un autre e-mail de Clara, qui passe ses vacances chez moi en Italie. Elle m’a déjà envoyé huit messages «Urgents !». Aujourd’hui elle cherche ma carte de spa, pour se faire masser gratuitement. Les autres messages dans ma boîte de réception ressemblaient à ça: «Excellent, ton article aujourd’hui ; aussi excellent que ton livre sur l’Irak.» Malheureusement, mon livre ne parlait pas de l’Irak, mais du Kosovo.

Du reporter freelance, les gens gardent l’image romantique d’un journaliste qui a préféré la liberté de traiter les sujets qui lui plaisent à la certitude d’un salaire régulier. Mais nous ne sommes pas libres, bien au contraire. Rester en Syrie, là où personne ne veut rester, est ma seule chance d’avoir du boulot. Je ne parle pas même d’Alep, pour être précise. Je parle de la ligne de front. Parce que les rédacteurs en chef, en Italie, ne veulent que le sang et les «bang bang» des fusils d’assaut. J’écris à propos des groupes islamistes et des services sociaux qu’ils mettent à la disposition des populations, les racines de leur pouvoir – une enquête beaucoup plus complexe à mener que le traditionnel article en direct du front. Je fais tout mon possible pour expliquer, et pas seulement pour émouvoir, et je me vois répondre: «Qu’est-ce que c’est que ça ? Six mille mots et personne ne meurt ?»

A vrai dire, j’aurais dû comprendre ça la fois où mon rédacteur en chef m’a demandé un article sur Gaza, parce que Gaza, comme d’habitude, était bombardé. J’ai reçu cet e-mail: «Tu connais Gaza par cœur», écrivait-il. «Quelle importance, que tu sois à Alep ?» Exactement. La vérité est que j’ai fini en Syrie parce que j’avais vu dans «Time» les photos d’Alessio Romenzi, qui est entré dans Homs par les égouts quand personne ne savait ce qu’était Homs. J’ai regardé ses clichés en écoutant Radiohead – ces yeux, qui me fixaient ; les yeux de ces gens en train de se faire massacrer par l’armée d’Assad, un par un, et personne n’avait même entendu parler d’un endroit nommé Homs. La conscience broyée comme par un étau, je n’ai pas eu d’autre choix que de partir en Syrie.

Mais que vous écriviez d’Alep ou de Gaza ou de Rome, les rédacteurs en chef ne voient pas la différence. Vous êtes payé pareil: 70$ par article. Même dans des endroits comme la Syrie, où la spéculation délirante fait tripler les prix. Donc, par exemple, dormir dans une base rebelle, sous les obus de mortier, sur un matelas posé à même le sol, avec cette eau jaune qui m’a donné la typhoïde, coûte 50$ par nuit ; une voiture coûte 250$ par jour.

Donc, plutôt que de minimiser les risques, vous finissez par les maximiser. Non seulement vous ne pouvez pas vous payer une assurance – presque 1000$ par mois – mais vous ne pouvez pas non plus payer un fixeur ou un traducteur. Vous vous retrouvez seul en terre inconnue. Les rédacteurs en chef sont bien conscients que rémunérer un article 70$ vous pousse à économiser sur tout. Ils savent aussi que si vous êtes sérieusement blessé, une partie de vous espère ne pas survivre, parce que vos finances ne vous permettent pas d’être blessé. Mais ils achètent l’article, même quand ils refuseraient d’acheter un ballon de foot Nike fabriqué par des enfants pakistanais.

Les nouvelles technologies nous amènent à penser que la vitesse est un élément de l’information. Mais ce raisonnement repose sur une logique autodestructrice: le contenu, désormais, est standardisé, et votre journal, votre magazine, n’a plus aucune singularité, et il n’y a donc plus aucune raison de payer un reporter. Pour les nouvelles, j’ai Internet – gratuitement. La crise que les médias traversent est une crise du média lui-même, pas du lectorat. Les lecteurs sont toujours là, et contrairement à ce que croient beaucoup de rédacteurs en chef, ce sont des gens intelligents qui demandent de la simplicité sans simplification. Ils veulent comprendre, pas uniquement savoir.

Chaque fois que je publie un témoignage de guerre, je reçois une douzaine d’e-mails de personnes qui me disent : «Ok, bel article, tableau saisissant, mais je voudrais comprendre ce qu’il se passe en Syrie.» Et j’aimerais tellement répondre que je ne peux pas proposer d’articles d’analyse, parce que les rédactions vont simplement le survoler et me dire: «Tu te prends pour qui, gamine ?» – malgré mes trois diplômes, mes deux livres et mes dix années passées à couvrir des guerres, d’abord comme enquêtrice humanitaire puis comme journaliste. Ma jeunesse, au passage, s’est volatilisée quand des morceaux de cervelle m’ont éclaboussée. C’était en Bosnie. J’avais 23 ans.

Les journalistes freelance sont des journalistes de seconde zone – même s’il n’y a que des freelance ici, en Syrie, parce que c’est une guerre sale, une guerre du siècle dernier ; c’est une guerre de tranchée entre des rebelles et des loyalistes qui sont si proches qu’ils se hurlent dessus pendant qu’ils se mitraillent. Quand vous découvrez la ligne de front, vous n’en revenez pas, avec ces baïonnettes que vous n’avez jamais vues que dans les livres d’histoire. Les guerres modernes sont des guerres de drones, mais ici ils combattent mètre par mètre, rue par rue, et on en chie de peur.

Et pourtant les rédacteurs en chef, en Italie, vous traitent comme un enfant ; vous prenez une photo hallucinante, et ils vous disent que vous avez été chanceux, au bon moment au bon endroit. Vous décrochez une exclusivité, comme l’article que j’ai écrit un septembre dernier sur la vieille ville d’Alep, classée au patrimoine de l’UNESCO, réduite en cendres tandis que les rebelles et l’armée syrienne se disputaient son contrôle. J’ai été la première reporter étrangère à y pénétrer, et les rédacteurs en chef vous lancent: «Comment pourrai-je justifier que mon journaliste n’ait pas pu entrer et que vous y êtes parvenue ?» J’ai reçu un e-mail d’un chef de service à propos de cet article: «Je le prends, mais je le publierai sous le nom de mon journaliste.»

Et puis, bien sûr, je suis une femme. Un soir, récemment, il y avait des tirs de mortier partout et j’étais assise dans un coin, avec la seule expression qu’on peut avoir sur le visage quand la mort risque de frapper d’une seconde à l’autre, et un autre reporter arrive, me regarde de la tête aux pieds, et me dit: «Ce n’est pas un endroit pour une femme.» Que pouvez-vous répondre à un type comme ça ? Crétin, ce n’est un endroit pour personne.

Si je suis effrayée, c’est parce que je suis lucide. Parce qu’Alep n’est que poudre à canon et testostérone et que tout le monde est traumatisé: Henri, qui ne parle que de guerre ; Ryan, bourré d’amphétamines. Et pourtant, à chaque fois que nous voyons un enfant taillé en pièces, c’est d’abord vers moi, la femme «fragile», qu’ils se tournent, pour savoir comment je me sens. Et je suis tentée de leur répondre : je me sens comme vous. Et les soirs où j’ai l’air blessée, ce sont les soirs où je me protège, où j’évacue toute émotion et tout sentiment ; ce sont les soirs où je m’épargne.

Parce que la Syrie n’est plus la Syrie. C’est un asile de fous. Il y a cet Italien qui était au chômage et qui a rejoint al-Qaeda, dont la mère sillonne Alep pour le retrouver et lui mettre une bonne raclée ; il y a le touriste japonais qui arpente les lignes de front parce qu’il dit avoir besoin de deux semaines de «sensations fortes» ; le Suédois diplômé d’une école de droit qui est venu pour rassembler des preuves de crimes de guerre ; les musiciens américains qui portent la barbe à la Ben Laden, prétendant que ça les aide à se fondre dans le décor alors qu’ils sont blonds et qu’ils mesurent plus d’un mètre quatre-vingt-dix. (Ils ont apporté des médicaments contre la malaria, même s’il n’y a pas de cas de malaria ici, et veulent les distribuer en jouant du violon). Il y a les membres de diverses agences des Nations-Unies qui, lorsque vous leur dites que vous connaissez un enfant souffrant de leishmaniose (une maladie transmise par piqûre d’insecte) et que vous leur demandez s’ils pourraient aider les parents à le faire soigner en Turquie, vous répondent qu’ils ne le peuvent pas parce que c’est un cas particulier et qu’ils ne s’occupent que de «l’enfance» en général.

Mais nous sommes des reporters de guerre après tout, n’est-ce pas ? Une bande de frères (et de sœurs). Nous risquons nos vies pour donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Nous avons vu des choses que la plupart des gens ne verront jamais. Nous sommes parfaits pour animer les dîners en ville. Les bons clients que tout le monde veut inviter.

Mais le secret sordide, c’est qu’au lieu d’être unis, nous sommes nos propres pires ennemis ; et la raison du papier payé 70$, ce n’est pas le manque d’argent, parce qu’il y a toujours de l’argent pour un papier sur les petites amies de Berlusconi. La vraie raison, c’est que quand vous demandez 100$, quelqu’un d’autre est prêt à le faire pour 70. C’est une compétition féroce. Comme Beatriz, qui aujourd’hui m’a indiqué une direction erronée pour pouvoir être la seule à couvrir une manifestation, tromperie qui m’a menée au milieu des snipers. Juste pour couvrir une manifestation, semblable à des centaines d’autres.

Pourtant nous prétendons être ici afin que personne ne puisse dire : «Mais nous ne savions pas ce qui se passait en Syrie.» Alors que nous ne sommes ici que pour emporter un prix, pour gagner en visibilité. Nous sommes ici à nous mettre des bâtons dans les roues comme si un prix Pulitzer était à notre portée alors qu’il n’existe absolument rien de ce genre. Nous sommes coincés entre un gouvernement qui ne vous accorde un visa que si vous êtes contre les rebelles et les rebelles qui, si vous êtes avec eux, ne vous autorise à voir que ce qu’ils veulent bien vous montrer.

La vérité, c’est que nous sommes des ratés. Deux ans que ça dure et nos lecteurs se rappellent à peine où se situe Damas, le monde entier qualifie ce qui se passe en Syrie de «pagaille» parce que personne ne comprend rien à la Syrie – hormis le sang, encore le sang, toujours le sang. Et c’est pour cette raison que les Syriens ne nous supportent plus maintenant. Parce que nous montrons au monde entier des photos comme celle de cet enfant de sept ans avec une cigarette et une kalachnikov. Il est clair que cette photo est une mise en scène mais elle a été publiée dans les journaux et sur les sites web du monde entier en mars et tout le monde criait: «Ces Syriens, ces Arabes, quels barbares !»

Lorsque je suis arrivée ici la première fois, les Syriens venaient vers moi et me disaient: «Merci de montrer au monde les crimes du gouvernement.» Aujourd’hui, un homme est venu vers moi ; il m’a dit: «Honte à vous.»

Si j’avais réellement compris quelque chose à la guerre, je n’aurais pas essayé d’écrire sur les rebelles et les loyalistes, les sunnites et les chiites. Parce que la seule histoire qui vaille d’être racontée en temps de guerre, c’est comment vivre sans peur. Tout peut basculer en une fraction de seconde. Si j’avais su cela, alors je n’aurais pas eu si peur d’aimer, d’oser, dans ma vie ; au lieu d’être ici, maintenant, recroquevillée dans l’obscurité et la puanteur, en regrettant désespérément tout ce que je n’ai pas fait, tout ce que je n’ai pas dit. Vous qui demain serez encore en vie, qu’attendez-vous ? Pourquoi hésitez-vous à aimer ? Vous qui avez tout, pourquoi avez-vous si peur ?

Francesca Borri

Traduit de l’anglais par Véronique Cassarin-Grand et David Caviglioli

Avec l’autorisation de la ‘Columbia Journalism Review’

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5 jeunes Palestiniens risquent la prison à vie pour de supposés jets de pierre


samedi 3 août 2013 – 06h:00

Tadas Blinda


Cinq garçons palestiniens, âgés de 16-17, risquent la prison à perpétuité pour de prétendus jets de pierres.

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Une Palestinienne hurle tandis que la police israélienne kidnappe son garçon lors d’affrontements entre lanceurs de pierres et la police israélienne d’occupation – Photo : Reuters

Les garçons ont été chargés chacun de 25 chefs d’accusation de tentative d’assassinat après avoir été accusés d’avoir causé un accident dans lequel une voiture remplie de colons s’est écrasée contre un camion garé près de Salfit, en Cisjordanie occupée.

Le jeudi soir 14 mars une voiture conduite par Adva Biton, habitant la colonie illégale de Yakir, a percuté l’arrière d’un camion stationné sur la route n° 5 dans le gouvernorat de Salfit, dans les territoires palestiniens occupés. Le conducteur et ses 3 filles ont été blessées dans l’accident, l’un des enfants sérieusement. Adva Biton a affirmé que l’accident a été causé par des enfants palestiniens jetant des pierres sur sa voiture. Le chauffeur de camion a d’abord témoigné qu’il s’était arrêté en raison d’une crevaison, mais plus tard, il a changé son témoignage indiquant que il aurait vu des pierres posées par la route. Il n’y avait pas d’autres témoins de l’accident ce jour-là.

Dix-neuf mineurs des villages de Hares et Kifl Hares ont été arrêtés à la suite de l’accident de voiture. Aucun des enfants n’avait de condamnations antérieures ni d’accusations de lancers de pierres. Certains de ces enfants ont été maintenus en isolement pendant deux semaines et ils ont subi violences et mauvais traitements pendant leur détention.

La plupart des garçons ont été libérés après des premiers interrogatoires. Ali Shamlawi, Mohammed Kleib, Mohammed Suleiman, Ammar Souf et Souf Tamer, tous âgés de 16 ou 17 ans, sont toujours détenus et emprisonnés dans une prison israélienne pour adultes. Ce sont « les garçons d’Hares ».

Les garçons d’Hares sont chacun chargés de 25 chefs d’accusation de tentative d’assassinat et ils font face à 25 années d’emprisonnement ou à la prison à vie. Chaque chef d’accusation de tentative d’assassinat provient de chaque pierre qui aurait été lancé sur des voitures le long de la route n° 5. Toute l’affaire repose sur les aveux d’un garçon, extirpé lors d’un interrogatoire discutable lorsque ni l’avocat des garçons ni ses parents n’ont été autorisés à être présents. Initialement, il n’y avait pas de témoins présents sur les lieux de l’accident. Cependant 61 témoins des colonies juives environnants se sont ensuite présentés, après que l’affaire ait retenu l’attention des médias, certains d’entre eux affirmant avoir vu des enfants jeter des pierres et d’endommager certaines de leurs voitures.

La mère d’Ali appelle à l’attention internationale

La mère d’Ali Shamlawi a de terribles souvenirs de la nuit dernière, la dernière fois qu’elle a vu son fils. 15 à 20 soldats ont fait irruption dans la maison à environ 3h du matin, leurs visages dissimulés par une cagoule noire. Aucun d’eux n’a donné de raison de l’incursion dans la nuit. Pour la famille Shamlawi, ce qui s’était passé trois jours avant était juste un accident de voiture, et ils ne pouvaient pas imaginer que l’événement avait été présenté par les médias israéliens comme une « attaque terroriste », et que leur fils de 16 ans allait être accusé d’être l’un des « terroristes » qui en seraient responsables. La mère d’Ali insiste que son enfant est innocent : « Quand la voiture a percuté le camion, les garçons étaient déjà dans le village. Ils rentraient de leur ballade en montagne, où ils sont allés manger des amandes vertes. Quand ils ont entendu le crash, ils étaient en face de l’école, de sorte qu’ils ne pouvaient pas avoir jeté des pierres. »

Le souvenir le plus pénible est la phrase prononcée par un soldat avant qu’Ali ne soit menotté et amené vers une destination inconnue : « Dis adieu à ta mère, car tu peux ne jamais la revoir ». La mère d’Ali sanglote, comme elle répète ces mots, puis elle ajoute : « Au début, je pensais qu’il avait dit cela juste pour nous faire peur, mais maintenant je vois qu’il en était vraiment persuadé. » Si l’accusation se conclut pour les garçons par 25 années de prison, Ali ne pourrait plus revoir sa famille jusqu’à ce qu’il ait 41 ans.

Tandis que le garçon était poussé hors de la maison, le père d’Ali s’est approché d’un agent de renseignement : « je lui ai demandé de dire aux soldats de ne pas frapper mon fils sur l’épaule. Il a juste eu une opération et ça lui fait très mal. Quand nous avons réussi à rendre visite à Ali en prison, après deux mois de détention, il nous a dit qu’ils l’ont toujours frappé là, à dessein ».

En prison, Ali a été sauvagement battu quasiment chaque jour et il a été menacé, s’il n’avouait pas être coupable, que sa mère et sa sœur soient emmenées en prison et humiliées par la fouille de leurs vêtements. Les 16 premiers jours de détention, Ali a été placé dans une cellule en isolement, sans nourriture, ni eau ni l’accès aux toilettes pendant des périodes de 14 heures.

La mère d’Ali dénonce un système qui oblige les enfants à signer une déclaration de culpabilité : « Il s’agit d’un enfant de 16 ans, combien de temps pensez-vous qu’il puisse résister à cette pression avant d’avouer ? » Comme elle n’est pas en mesure de ramener son fils à la maison , sa principale préoccupation est que son histoire ne reste pas sans écho, mais contribue à mieux faire comprendre la souffrance des Palestiniens : « je veux que tout le monde vienne au procès et voient ce qu’est la réalité de la prétendue démocratie en Israël ».

Les conséquences de l’affaire des garçons d’Hares

Avigdor Lieberman, le dirigeant du parti fasciste Yisrael Beitenou a exprimé son espoir que les lanceurs de pierres seraient traités comme des personnes tirant à balles réelles et que les « règles d’engagement militaires » seraient mis à jour en conséquence.

Cette affaire pourrait créer un précédent dangereux si les cinq garçons palestiniens sont condamnés malgré l’absence de preuves pour soutenir les accusations. Cette jurisprudence permettrait aux tribunaux militaires israéliens, devant lesquels les Palestiniens sont jugés, de condamner les enfants palestiniens, dès l’âge de 12 ans, pour tentative de meurtre en cas de jets de pierres.

Pour en savoir davantage sur la détention des Palestiniens consultez l’article précédent sur ​​le Palestine Monitor.

Pour des informations détaillées sur l’affaire et savoir comment vous pouvez manifester votre soutien, consultez le site dédié aux garçons d’Hares.

23 juillet 2013 – Palestine Monitor – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.palestinemonitor.org/det…
Traduction : Info-Palestine.eu

Le Belge Ali Aarrass en danger de mort dans sa prison marocaine


C’est l’histoire d’un homme qui va peut-être mourir en prison dans quelques jours. Un Belge en grève de la faim et de la soif dans une prison marocaine. Plus exactement, un Belgo-Marocain. A l’exception de ses proches, de ceux touchés par son sort, de quelques parlementaires et d’une agence de l’ONU, personne ne se préoccupe de son cas pathétique. A des degrés divers, trois Etats, le Maroc, l’Espagne et la Belgique, seront responsables s’il lui arrive malheur.
Il s’appelle Ali Aarrass. Il a 51 ans. En degré d’appel, le 2 octobre 2012, il a été condamné à douze ans de prison (après les quinze ans écopés en première instance, le 29 novembre 2011) pour « utilisation illégale d’armes » et « appartenance à un groupe ayant l’intention de commettre des actes terroristes ». Problème : Ali Aarrass a été torturé et ses « aveux » signés figurent sur un document rédigés en arabe, langue qu’il ne maîtrise pas. Personne n’a connaissance d’autres « preuves » contre lui.
Comment cette histoire à peine croyable s’est-elle développée ? Rétroactes.
Ali Aarrass est né le 4 mars 1962 à Melilla, l’enclave espagnole au nord du Maroc. Il arrive à 15 ans en Belgique muni d’un passeport marocain, mais il n’a jamais habité au Maroc où il n’a aucune attache. Le jeune Ali abandonne vite l’école, il veut travailler. Il travaille. Son dernier boulot en Belgique : libraire à Bruxelles. Il se marie en 1989, devient belge, fait son service militaire en Belgique (à l’Otan !) en 1993. En 2005, il retourne vivre à Melilla pour rejoindre son père.

Descente en enfer

Le cauchemar débute en 2006, par une première interpellation de la police espagnole qui le soupçonne de terrorisme. Il est relâché. Mais le 1er avril 2008, il est arrêté et emprisonné. Le célèbre juge Baltazar Garzon enquête pendant un an. Faute de preuves, il prononce un non-lieu le 16 mars 2009. Mais les autorités espagnoles ne le libèrent pas car le Maroc exige son extradition.
Le Haut-commissariat aux droit de l’homme de l’ONU examine son cas et demande le 26 novembre à Madrid de suspendre l’extradition en raison des risques de tortures encourus. Le gouvernement espagnol ignore l’avis et l’extrade le 14 décembre 2010.
L’ONU avait raison, le Maroc reste le Maroc. Pendant douze jours, Ali Aarrass va connaître les tristement célèbres chambres de torture de Temara, près de Rabat. Il connaît l’enfer. A bout de force, il finit par parapher des aveux rédigés dans un arabe classique qu’il ne connaît pas. S’ensuivent les condamnations mentionnées plus haut.
Al Aarrass s’empresse dès le 11 février 2011 de signaler au juge d’instruction marocain les faits de torture dont il a été l’objet. Ses avocats déposent des plaintes, mais la justice marocaine refuse d’ouvrir une enquête, se contentant d’un rapport médical du 8 décembre 2011 qui concluait qu’il ne portait aucune trace de torture. Amnesty International précise que « les experts indépendants commis par la défense d’Ali Aarrass ont jugé que le rapport d’examen était loin d’être conforme aux normes internationales en matière médico-légale qui sont inscrites dans le Protocole d’Istanbul ».
Le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’intéresse alors à nouveau à lui. Son rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumais ou dégradants fait un rapport daté du 14 décembre 2012. Juan E. Mendez y est cinglant. Il a pu voir l’accusé en prison le 20 septembre de la même année avec son propre médecin légiste. Les traces de tortures sont effectivement constatées (voir encadré). Les recommandations de ce rapport resteront lettre morte.
La famille et les amis d’Ali Aarrass se démènent depuis des années. Un site rend compte des éléments de l’affaire (freeali.eu). Mais son cas émeut peu, ou a du mal à se faire connaître. Seize parlementaires belges (1), dont une poignée d’origine marocaine, publient tout de même un appel le 16 février 2012 pour demander au ministre belge des Affaires étrangères de relayer aux autorités marocaines les inquiétudes sur la torture subie et l’iniquité des procès.

Grève de la faim

Le sort d’Ali Aarrass prend un caractère dramatique en ce mois de juillet. Voici ce qu’en dit Amnesty : « Ali Aarrass a entamé sa grève de la faim le 10 juillet car des employés de la prison étaient entrés dans sa cellule en son absence, avaient emmené sa correspondance personnelle, notamment des lettres de sa famille et des cartes postales de personnes lui apportant leur soutien, et avaient laissé les lieux en désordre. Il a ensuite été privé des droits élémentaires des prisonniers, y compris passer des appels téléphoniques, avoir accès à son courrier, se doucher et sortir dans la cour, ce qui s’apparente à des mauvais traitements. Il a durci sa grève de la faim le 25 juillet en refusant de boire. Depuis lors, il n’est pas autorisé à avoir des contacts avec sa famille ni ses avocats ».
Son état de santé serait devenu précaire. « Nous n’avons que des nouvelles indirectes, nous dit sa sœur Farida. Il est devenu très faible, nous sommes très inquiets. Au début de cette affaire, nous avions cru à une erreur car Ali n’est pas politisé. J’ai assisté aux procès, j’ai vu d’appel qui dormaient pendant l’audience ! Sauf que l’un d’eux a sommé Ali de se taire quand il évoquait la torture et lui a lâché qu’il avait de toute façon signé ses aveux. »
Les avocats d’Ali Aarrass ont porté la condamnation en appel devant la Cour de cassation, « sans beaucoup d’espoir », comme le dit Me Dounia Alamat. Avec Farida Aarrass, celle-ci a encore interpellé d’urgence le ministre belge des Affaires étrangères le le 26 juillet. Car la Belgique, parlons-en, n’a jamais levé le petit doigt pour le Belge Ali Aaarass.
Le porte-parole des Affaires étrangères a expliqué le 25 juillet que « le droit international stipule que lorsqu’un citoyen binational connaît un problème avec l’un de ses deux pays, l’autre s’abstient d’intervenir ». Un argument que Me Dounia Alamat balaie : « La Belgique invoque une convention de 1930 qui est désuète et que le Maroc n’a de toute façon même pas signée ! La jurisprudence internationale montre au contraire que les Etats protègent leurs ressortissants même en cas de double nationalité et puis la règle absolue en droit international c’est l’interdiction de la torture ».
Plusieurs citoyens belges d’origine marocaine ont lancé sur Facebook des appels au ministre Didier Reynders. Comme Radouane el-Baroudi, qui explique être né le 27 septembre 1979 à l’hôpital Edith Cavell, à Bruxelles : « Je sais comme vous que mon pays d’origine, le Maroc, est une dictature où l’on torture (…). Monsieur le Ministre, m’aideriez-vous s’il m’arrivait malheur au Maroc ? ».
BAUDOUIN LOOS

(1) Zoë Genot, membre du parlement fédéral, Ecolo; Eva Brems, membre du parlement fédéral, Groen; Fouad Ahidar, membre du parlement bruxellois, SP.a; Jan Rogiers, membre du parlement flamand, SP.a; Bert Anciaux, membre du Sénat, SP.a; Patrick Moriau, membre du parlement fédéral, PS; Jamal Ikazban, membre du parlement bruxellois, PS; Juliette Boulet, membre du parlement fédéral, ECOLO-Groen; Nadia El Yousfi, membre du parlement bruxellois, PS; Céline Delforge, membre du parlement bruxellois, Ecolo; Olivier Maingain, membre du parlement fédéral, FDF; Zakia Khattabi, membre du Sénat, Ecolo; Ahmed el-Khannouss, membre du parlement bruxellois, CDH; Dirk Peeters,  membre du parlement flamand, Groen; Meyrem Almaci, membre du parlement flamand, Groen; Mahinur Özdemir, membre du parlement bruxellois, CDH.

Une version plus courte de cet article est parue dans le journal “Le Soir” du jeudi 1er août 2013.

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