EDITO CHRONIQUE – LA REVOLUTION SYRIENNE EST TERMINEE, LA GUERRE POUR LA SYRIE A COMMENCE


il y a 5 heures ·- La Révolution syrienne telle que nommée ainsi ne se terminera pas à la fin de cette guerre. Elle a pris fin ces dernières semaines. Oh, cela ne veut pas dire que le clan Assad a gagné, loin de là d’ailleurs. Mais tout simplement, qu’il n’y a plus rien dans les évènements actuels qui symbolise les demandes originelles et même les premiers combats. Ce 4 aout, au moment où j’avais déjà débuté cet édito, j’ai appris que des contacts combattants au sein d’une petite katiba familiale avait déposé les armes et ne participeraient pas aux batailles à venir dans la région de Jisr al-Shughur. Énième nouvelle de ce type. La raison ? Désormais toujours la même : « Nous ne combattons pas Assad pour ce qui arrive derrière… ».

Quand on a travaillé et suivi pendant plus de deux ans sur ce moment formidable de l’histoire du monde arabo-islamique, il y a forcément un profond sentiment de respect envers ces syriens et syriennes qui se sont levés, se lèvent et pour beaucoup tenteront encore de se lever. Je parlais clairement de révolte syrienne et de révolution syrienne. Car le plus solide régime de ce monde arabo-islamique, celui du clan Assad en Syrie (avec ceux des généraux égyptiens et des généraux algériens), était contesté, malgré la peur. Je ne suis pas un de ces bobos français qui s’émerveillent de voir la laïcité un jour dans le monde arabe. Je m’en moque comme de ma première chemise. Politiciens laïc ou partisan de l’Islam politique, un politicien restera toujours un politicien à mes yeux ! Mais il y avait dans cette révolte des choses plus fortes : le droit à l’expression la plus claire, l’organisation de comités locaux, des journaux qui se passaient sous le manteau, des banderoles qui défiaient les balles en disant simplement « nous ne reculerons plus », l’idée d’une égalité certaine, et surtout, une volonté de gueuler contre ce monde où les grandes puissances n’avaient que très peu de différences entre elles lorsqu’il s’agissait de tels évènements…

Désormais les militants révolutionnaires se font arrêter et emprisonner par centaines. Un jeune garçon qui dit un mot mal interprété, exécuté. Les journaux révolutionnaires, interdits de presse et de distribution. Non pas dans les zones loyalistes, non ! Mais dans les zones normalement rebelles ! Il y a bien des comités civils qui tentent de tenir l’originelle révolution avec ses slogans. A Alep, certains croient encore en un espoir devenu mirage. Mais tout a bien changé. Des hommes venus des quatre coins du monde, en aucun cas pour les demandes de syriens révoltés, imposent une terreur que même Celui dont il se revendique n’aurait jamais osé tolérer sur sa propre Oumma… Certains combattent encore clairement pour la rébellion, et j’en connais, mais ils sont devenus une minorité que ces étrangers qui décidaient de mourir non pour leurs idées à eux, mais pour les syriens et les idées des syriens…

Dans le même temps, la rébellion, qui devait progresser vers l’unité, a glissé vers les querelles pitoyables de personnes, de groupes politiques et de forces aux desseins non assumés. De grands chefs rebelles ont été tués et d’autres écartés… Abu Furat, Ryad al-Asaad, AbdelRazzaq Tlass, Qassim Saaedine, Hussein Harmoush, etc… et la liste est longue. Tous des déserteurs, tous des hommes de convictions, avec leurs défauts et mauvais actes pour certains, mais tous engagés avec une certaine idée de la révolte. Tous désormais réduits au silence ou à de simples interventions qui n’ont plus de poids… quand ils ne sont pas tout simplement morts.

Les ingérences internationales n’ont favorisé que ces actes de sabotages. Ceux là même dans les grandes capitales qui se plaignent que le clan Assad tienne bon, ont laissé passer des milliers de combattants radicaux confessionnels chiites. Là où d’ailleurs même le camp des pro-Assad était « sérieux » dans le sens qu’il était attaché à son chef avec une certaine rhétorique biaisée sur les minorités avec l’argument grotesque que le régime était laïc, ceux là même se sont noyés dans les confessionnalisme par un lien de plus en plus clair entre chiisme et alaouites. Les milices irakiennes chiites se sont ainsi récemment retrouvées attaquées à Damas par des citoyens alaouites pro-régime exaspérés des actes de ces hommes.

La révolution syrienne est terminée. La Chronique continuera de suivre ce qu’elle appelle désormais la « Guerre pour la Syrie » où désormais des forces s’affrontent pour une ville, un gouvernorat, ce pays, et, à plus grande échelle, à un morceau du monde. Triste fin pour un moment si incroyable de notre Histoire. Et comment finir sur cette symbolique ? Essayer de trouver de manière régulière le mot « Révolution » dans les déclarations de plus en plus de groupes radicaux qui s’incruste dans la révolte menée par la rébellion. Vous pouvez éplucher des milliers de documents, il ne reviendra que rarement et jamais pour s’y rattacher à leurs actes… La révolution syrienne s’est terminée en juillet 2013. Certains persisteront à faire vivre cet idéal. Mais une grande partie de cet idéal est parti avec la fumée des bombes loyalistes et dans les noirs desseins d’hommes sortis de l’ombre et qui ne songent qu’à amener cette ombre avec eux… Le reste ne tient plus qu’à un fil. Désormais, l’avenir appartient non aux syriens, déjà qu’il leur a très peu appartenu, mais à d’autres : des politiciens d’opposition ambitieux, un clan Assad coupé des réalités d’un pays divisé en deux, de puissances étrangères qui veulent se partager le gâteau, de groupes venus de pays voisins décidés à s’imposer dans le sang et la terreur.

LABROUSSE Cédric
4 aout 2013

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