Démenti: la brigade Al-Farouk n’a pas kidnappé Pierre Piccinin et le journaliste Domenico Quirico


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2013/09/21

AlFaroukPiccininQuirico

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,
Communiqué de presse donnant des éclaircissements sur la question de l’enlèvement des journalistes dans la ville de Homs, Brigades al-Farouq.

Al- Farouq dénonce et condamne l’action inhumaine que représente l’enlèvement des journalistes italien (Domenico Quirico ) et belge (Pierre Piccinin da Prata), qui nuit à la Syrie et porte atteinte au code éthique de notre révolution noble et bénie. Nous nous félicitons du retour des journalistes en toute sécurité auprès de leurs proches, et nous voulons inviter à la prudence dans les déclarations publiques.

Nous leur recommandons de vérifier toute information avant de la diffuser dans les médias, en conformité avec leur noble mission qui est de révéler la vérité, et ce au nom même de leur professionnalisme, de leurs sacrifices et des risques qu’ils ont pris pour montrer au monde les crimes indicibles contre l’humanité commis dans notre pays blessé, la Syrie.

Afin de démontrer la vérité au monde entier et à ceux qui aiment les Brigades al-Farouq, connues pour leur fidélité et leurs exploits et le fait qu’elles aient été les premières à faire face à la tyrannie du régime en Syrie, et de rectifier les informations erronées que l’ex-otage belge Pierre Piccinin da Prata a lancées dans un communiqué de presse a propos de l’enlèvement des journalistes en question, selon lesquelles l’enlèvement aurait été commis par l’une des Brigades al-Farouq dans la région de Qousseir il y a un bon moment.

Nous déclarons formellement que nous n’avions pas eu connaissance de cet enlèvement et que nous n’y avons nullement contribué, ce genre de pratiques étant incompatible avec les enseignements de l’Islam et ses principes éthiques. Nos relations passées avec les journalistes témoignent comment nous les avons aidés en facilitant leur entrée sur le territoire syrien, en les accompagnant depuis le début de la révolution jusqu’à ce jour, dans la région de Homs en général et le quartier de Baba Amr en particulier.

Ce serait pour nous le comble de l’illogisme d’enlever ceux qui nous aident à montrer à l’ensemble du monde libre ce qui se passe dans notre pays … Au contraire, pour des raisons purement humanitaires et à la demande des représentants diplomatiques des pays des journalistes enlevés, et sous la supervision directe de l’état-major de l’armée libre de la Révolution syrienne, nous avons joué le rôle de médiateurs, prenant contact avec le groupe responsable de l’enlèvement et contribuant efficacement et directement à la réussite du processus de négociation qui a permis de libérer les otages et de les amener dans un premier temps vers une destination sûre avant qu’ils ne retournent dans leur pays d’origine en toute sécurité.

Nous précisions que la confusion vient du fait que le groupe qui les a enlevés porte le nom d’« al-Farouq al-Moustaqilla fi madinat al-Qousseir» (« al-Farouq indépendante dans la ville de Qousseir»), similaire à une partie du nom de nos Brigades. Comme l’indique le nom al-Moustaqilla qui signifie « indépendante », ce groupe est indépendant de nos brigades et n’a aucune relation avec notre direction centrale. De plus, la personne citée dans un communiqué de presse par le journaliste belge Pierre Piccinin, Abou Omar, nous est inconnue ; nous n’avons ni brigade ni chef qui porteraient ce nom.

Enfin, nous espérons que les diplomates des deux pays des ex-otages fassent la vérité en clarifiant notre position dans un communiqué de presse.

Nous remercions tous les journalistes lucides qui n’ont pas hésité à défendre nos positions et qui contribueront à faire la vérité en publiant notre déclaration.

Vive la Syrie libre !

L’Office exécutif des Brigades al-Farouq en Syrie.

Le communiqué d’Al-Farouk en français, est sur Facebook [01].

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Le 9 septembre, l’enseignant Belge Pierre Piccinin et le journaliste italien Domenico Quirico ont été libérés après cinq mois de disparition en Syrie. Ils étaient otages d’une brigade sadique qu’ils nomment Al-Farouk. Le premier affirme à sa libération que « ce n’est pas le gouvernement Al-Assad qui a utilisé le gaz » sarin contre la population de Ghouta le matin du 21 août 2013.

La dernière histoire belge de Pierre Piccinin au secours d’Assad le chimique, un « témoignage » au service médiatique d’Assad, diffusé à la presse quelques heures avant le vote du congrès américain.

Le 19 septembre, Pierre Piccinin publiait sur Facebook une « Mise au point«  [02] pour contrer le démenti de la brigade Al-Farouq publié ce même jour:

[…] Il me semble de plus que, suite à cette action criminelle, les Brigades al-Farouk doivent désormais être inscrites sur la liste des organisations terroristes

Quant à la conversation [sur Skype] qu’une indiscrétion nous a permis de surprendre, elle n’est nullement le fait d’infiltrés du régime qui auraient mis cela en scène […]

Et les rebelles eux-mêmes n’avaient bien évidemment aucun intérêt à nous faire croire qu’ils étaient responsables du massacre d’al-Guhta.

Quant à l’usage de l’anglais, je crois pouvoir en conclure que le troisième intervenant dans cette conversation n’était pas arabe et ne parlait pas arabe. A chacun, à partir de cet élément, de conjecturer sur son identité et son rôle ; quant à moi, je m’en garderai bien, pour l’instant en tout cas.

Piccinin accuse la brigade de mentir, et termine par des « arguments » conspirationnistes censés faire échos à la propagande de l’axe Assad: à savoir que le terrorisme international serait une créature des USA et de l’occident depuis 20 ans. Pour ceux qui veulent bien se laisser séduire par la propagande de guerre pro-Assad: la trentaine d’attaques chimiques d’Assad recensées depuis décembre 2012, devraient s’interpréter selon ce mythe.

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sources

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Ziad Hilal, père jésuite vivant en Syrie: «al-Nosra ne fait pas de distinction entre chrétiens et musulmans»


Ziad Hilal, père jésuite vivant en Syrie: «al-Nosra ne fait pas de distinction entre chrétiens et musulmans» Une église de la ville de Homs ravagée par les combats. Stringer/Reuters Par RFI L’Eglise fait entendre sa voix sur le conflit syrien.

Mercredi 18 septembre à Genève, plusieurs chefs d’Eglises du monde se sont réunis autour de la crise syrienne. Les dignitaires religieux de plusieurs pays se sont accordés sur une solution politique, avec pour objectif une deuxième conférence de paix à Genève. Le père jésuite Ziad Hilal qui dirige un centre social en en Syrie, faisait partie des religieux participant à cette rencontre inter-Eglises.

      Ziad Hilal, Père jésuite :

Nous n’avons pas de tensions, parce que le conflit, ce n’est pas entre les communautés chrétienne et musulmane. Il y a de bonnes relations. On peut sentir cela par rapport à l’aide humanitaire dans presque toutes les organisations.

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Il faut sauver les chrétiens de Syrie, mais de quoi ?


Le Monde.fr | 17.09.2013 à 16h48• Mis à jour le17.09.2013 à 16h48|Par Najib George Awad (professeur associé de théologie chrétienne, Hartford Seminary, Connecticut, Etats-Unis

En Syrie, la minorité chrétienne, qui voit le pays déchiré par une guerre civile sanglante depuis plus de 21 mois, a fêté Noël dans l'angoisse du chaos et de la montée des islamistes. Dans une église bondée du centre de Damas, les chrétiens ont prié pour que "la paix s'installe dans le coeur de tous les Syriens".
En Syrie, la minorité chrétienne, qui voit le pays déchiré par une guerre civile sanglante depuis plus de 21 mois, a fêté Noël dans l’angoisse du chaos et de la montée des islamistes. Dans une église bondée du centre de Damas, les chrétiens ont prié pour que « la paix s’installe dans le coeur de tous les Syriens ». | AFP/-
Dès le début de la révolution syrienne en mars 2011, en Orient comme en Occident, des voix se sont élevées appelant à sauver les chrétiens de l’enfer de la guerre et à les protéger contre le nettoyage ethnique et religieux, qui adviendrait inéluctablement en cas de chute du régime, et donc d’arrivée au pouvoir – évidente – des islamistes. Dans les faits, les chrétiens se sont retrouvés dans une révolte populaire que le régime et les rebelles extrémistes ont transformée en guerre ouverte d’une violence inouïe.

Dès lors, la Syrie est devenue le terrain de règlements de comptes historiques, stratégiques et politiques pour tous les acteurs de la région, et les chrétiens se sont trouvés prisonniers des choix de leurs différents prélats, et soumis à la remarquable efficacité, de la part des médias de Bachar Al-Assad, d’une manipulation faite pour terroriser.

UN SYSTÈME CLIENTÉLISTE ET AUTORITAIRE

La plupart des dignitaires religieux en Syrie, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, ont été étroitement assujettis au pouvoir grâce un système clientéliste et autoritaire très performant – mis au point sous Hafez Al-Assad – et dont la poursuite par son fils a été fidèlement assurée.

Ainsi, depuis le déclenchement de la révolution, ces prêtres ont toutes les facilités possibles pour se répandre sur les médias en assurant que la liquidation physique de tout chrétien interviendrait inéluctablement aussitôt Bachar éliminé. A les entendre, Bachar serait le Messie de leur Eglise, et sa famille l’unique garante du salut de la chrétienté orientale.

Sur la terre syrienne, depuis mille quatre cents ans, musulmans et chrétiens vivent, côte à côte, dans la meilleure intelligence. Pourquoi donc ce qui fut avant ne se prolongerait-il pas après cette funèbre dictature ? Et pourquoi donc les chrétiens de Syrie n’auraient d’autre destin que celui des chrétiens d’Irak ? Dès le premier jour de la révolution, le régime a mis en branle sa puissante machine de propagande destinée à terroriser les minorités et à les persuader que, si elle réussissait, le désastre serait total. Le monde était prié de se pénétrer de cette vérité.

C’est alors que les frontières furent ouvertes pour laisser affluer les terroristes, les djihadistes et les fanatiques de tout poil, afin d’accroitre l’intolérance et l’influence du plus sauvage des extrémismes religieux. Les chrétiens en Syrie ont dû faire face à la répression, à la terreur et aux menaces du régime qui les mettait en garde contre toute approche des légitimes revendications de la révolution.

Bachar a récemment accéléré les cadences d’interviews par les médias étrangers des dignitaires chrétiens à sa botte. Leur mission est simple : il leur est demandé d’imposer, avec toute la crédibilité indispensable, l’image d’un Islam égorgeur d’enfants chrétiens. Et cela au mépris de toute réalité historique, culturelle, et sociale. Pour faire bonne mesure, on y ajoutera les non-chrétiens, aussi acharnés dans la sauvagerie.

SOUMISSION À UN POUVOIR CRIMINEL

Pour ce régime hégémonique, les chrétiens ne sont qu’une carte habilement utilisée dans le jeu de sa survie. Il ne protège en rien les minorités mais les utilise pour se protéger. Il faut sauver les chrétiens syriens du choix désastreux de leur hiérarchie religieuse, qui a choisi la plus lamentable soumission à un pouvoir criminel, plutôt que d’embrasser la société syrienne dans son ensemble, et se trouver aux côtés des opprimés. Souvenons-nous que les régimes et leurs dirigeants sont mortels, mais que la coexistence de nos peuples est immuable.

A nos amis occidentaux, chrétiens ou non-chrétiens, je veux dire ceci : Lorsque vous entendez parler de la Syrie, assurez-vous que vous entendez parler de la vraie Syrie et ne vous arrêtez pas à ce que vous souhaitez entendre, consciemment ou non. Si vous voulez vraiment sauver la chrétienté syrienne, je vous en prie, ne l’assimilez pas aux mensonges ni aux alliances de ses dirigeants religieux avec le pouvoir. Sachez que leur soumission à Bachar, leur sinistre Messie, est absolue. Les chrétiens syriens ne pourront jamais croire à l’inepte propagande qui vante la protection des minorités, et la crainte de représailles les condamne au silence.

Lorsque vous pensez à eux, évitez toute projection de vos problèmes avec l’Islam. Ils soutiennent, comme leurs frères et sœurs d’Egypte, les revendications du peuple et rêvent, avec les musulmans et les laïcs, d’une Syrie débarrassée du terrorisme, de la tyrannie, du djihadisme, sans fanatisme, sans blasphème, et d’où la corruption aura été extirpée. Sauvez-les, ces chrétiens syriens, avant tout, de la terreur et de l’intimidation avec lesquels cette famille les étrangle.

Najib George Awad (professeur associé de théologie chrétienne, Hartford Seminary, Connecticut, Etats-Unis)

LA “CONFÉRENCE DE PAIX“ OCCULTE LA DESTRUCTION DE LA PALESTINE par Jacques Bude


“Mettre fin aux spéculations sur les mirages de la fin de l’occupation et les chimères quant à la création d’un État palestinien au moyen des négociations, alors que ces tentatives ont échoué de manière cinglante. … L’expérience de vingt années de négociations avec l’entité sioniste prouve que celle-ci, par sa composition, sa nature, son comportement raciste de colonisation et de haine et sa politique ne montre aucune disposition pour une paix véritable qui garantisse au minimum les droits nationaux de notre peuple. … La colonisation s’est poursuivie pendant ces vingt ans de négociations et vu sa proportion se multiplier par trois, voire par quatre. Tandis que la judaïsation de Jérusalem se propage inexorablement.“

Marwan Barghouti, mars 2012

À de rares exceptions près, les initiatives internationales visant à mettre fin au conflit entre Israéliens et Palestiniens considèrent que le dialogue de paix – négociations sans intervention extérieure – est le seul moyen d’atteindre cet objectif. Cette vision des choses est également largement répandue au niveau du sens commun.

Pourtant les « conférences de paix » entre Israéliens et Palestiniens – Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’ont ni réalisé ni même contribué à la paix. Ces « dialogues de paix » n’ont ni interrompu, ni même ralenti la colonisation de peuplement et la confiscation des terres dans les territoires occupés en 1967. Ils n’ont pas empêché l’État d’Israël de poursuivre, voire d’accélérer l’installation d’Israéliens juifs dans les territoires occupés – aujourd’hui plus de 500000, soit un Israélien juif sur 10 -, l’implantation de colonies fortifiées, la confiscation et le nettoyage ethnique de terres palestiniennes.

Longtemps les appels à la négociation – au “dialogue de paix“ – entre Israéliens et Palestiniens se sont inscrits dans une rhétorique d’évacuation des territoires occupés en 1967 en échange de la paix. Dans le sillage des Accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne s’est totalement engagée dans cette perspective. Il n’en a manifestement pas été de même pour les autorités israéliennes. Avant et après Oslo, tous les gouvernements israéliens ont inscrits leur politique – à l’instar de la politique officiellement prônée par Yitzhak Shamir en 1991[1] – dans la perspective de la paix en échange de la paix, c’est-à-dire, de la fin des agressions israéliennes en échange de la fin de la résistance à l’occupation et à la colonisation.[2] Ce qui d’ailleurs est conforme à l’essence même de l’État d’Israël.

Intentionnellement ou non, toutes les « conférences de paix » ont été des promesses creuses qui ont entravé les Palestiniens, et un moyen d’amener les Israéliens et la communauté internationale à soutenir ou du moins à accepter la colonisation – confiscation des terres et nettoyage ethnique – des territoires occupés en 1967. Par exemple, “l’offre généreuse“ mise au point et utilisée de main de maître par E. Barak à la Conférence de Camp David (2000), a consisté à prétendre qu’afin d’arriver à un accord de paix, les autorités israéliennes avaient fait des offres extrêmement généreuses qui avaient été systématiquement rejetées par les Palestiniens.[3] Ce qui est censé prouver que les Palestiniens ne veulent pas la paix mais la destruction d’Israël et par conséquent que, confronté à l’absence d’un partenaire de paix, l’État d’Israël est obligé d’assurer sa sécurité, notamment par la construction d’un “Mur de sécurité“ et par l’implantation de colonies.[4]

L’effet sur l’opinion israélienne et internationale de ces prétendues “offres généreuses“ israéliennes, qui en fait n’ont jamais existé et qui auraient été confrontées à un rejet systématique de la part des Palestiniens, a été stupéfiant.[5] Pourtant les nombreuses et très graves infractions israéliennes aux Droits humains des Palestiniens – crimes de guerre et crimes contre l’humanité – ont été abondamment documentées par des organisations au-dessus de tout soupçon. Force est de constater que la crédulité devient incommensurable dès que l’on invoque de prétendues menaces à la sécurité d’Israël, pourtant de très loin la puissance militaire dominante de la région.

Depuis quelques années et de plus en plus souvent, les masques tombent du côté israélien. Des hautes autorités israéliennes ne font plus allusion à l’évacuation des territoires occupés, au démantèlement des colonies, ni même à la fin de la colonisation en échange de la paix. Par exemple, en réaction à l’attribution du statut d’État observateur à la Palestine par l’ONU le 29 novembre 2012, le Gouvernement israélien a publié le 2 décembre 2012 un communiqué officiel du Premier Ministre Benjamin Netanyahu où on peut lire: “Aujourd’hui nous construisons et nous continuerons à construire à Jérusalem et dans toutes les zones qui se trouvent sur la carte des intérêts stratégiques de l’État d’Israël“ “Il n’y aura pas d’État palestinien sans un dispositif qui garantisse la sécurité des citoyens israéliens. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que l’État d’Israël ne sera pas reconnu comme l’État du Peuple juif. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que les Palestiniens n’auront pas proclamé la fin du conflit“.[6] Donc le Gouvernement israélien proclame officiellement que les Palestiniens n’auront la paix qu’à condition de laisser les Israéliens coloniser en toute sécurité.

Bien qu’elle continue à évoquer l’échange de la paix contre l’évacuation des Territoires, il y a longtemps que l’Autorité palestinienne a été amenée à souscrire à la perspective de « la paix en échange la paix ».[7] Du fait de sa totale dépendance à l’égard des États-Unis, de l’Union européenne et de la bonne volonté douanière d’Israël et sans doute surtout afin de préserver les privilèges liés à la gestion de l’occupation, l’Autorité palestinienne réprime ou du moins endigue fermement toute opposition militante à l’occupation, en échange du pouvoir d’administrer sous stricte tutelle israélienne la mosaïque de “réserves“ telle qu’elle existe aujourd’hui. Toutefois, bien que l’État d’Israël – Territoires occupés inclus – soit déjà, à l’image des États-Unis, un État moderne avec ses réserves d’indigènes, les autorités israéliennes ne sont pas encore rassasiées. Il reste des terres à confisquer et à “nettoyer“.

Le fait que l’Autorité palestinienne ne porte pas les graves violations du droit international et humanitaire commises par les autorités israéliennes devant la Cour internationale de Justice de La Haye est à mon sens une manifestation probante de l’acceptation de “la paix en échange de la paix“ par l’Autorités palestinienne.

Au moment de la création de l’État d’Israël, la quasi totalité des Palestiniens vivaient en Palestine mandataire. Ils y étaient propriétaires de 93% du territoire. Aujourd’hui près des 2/3 des Palestiniens vivent à l’extérieur de leur pays d’origine.[8] Ceux qui y vivent – en Israël proprement dit et dans les territoires occupés en juin 1967 – constituent quelque 50% de la population[9], mais ne sont propriétaires que d’environ 11% du sol[10] et d’un pourcentage bien inférieur encore – moins de 5% – des terres cultivables. En Israël proprement dit, la grande majorité des Palestiniens – bien que de nationalité israélienne – vivent dans des lieux restreints, étroitement surveillés et très défavorisés par rapport à ceux où vivent les Israéliens juifs. Dans les Territoires occupés, la situation est bien plus sévère encore. Les Palestiniens y sont progressivement amenés à se cantonner dans des enclaves largement dépouillées de ressources, si ce n’est la charité internationale. Tant en Israël proprement dit que dans les territoires occupés, leurs droits humains sont bafoués, leurs institutions sont soumises à une tutelle draconienne, le harcèlement est omniprésent et la confiscation des terres – notamment dans le Néguev – s’intensifie.

Bref, nous assistons depuis plus de 65 ans à la destruction officielle et délibérée de la société palestinienne par les autorités de l’État d’Israël: colonisation de peuplement, contrôle total des institutions, confiscation des terres et nettoyage ethnique des zones confisquées.

Cette destruction – aujourd’hui largement réalisée – se poursuit et s’accélère derrière l’écran de l’actuelle Conférence de paix entre des autorités israéliennes bénéficiant d’une totale impunité et une Autorité palestinienne sous tutelle.

Hors l’application du droit international, s’en remettre à une négociation de paix entre une puissance militaire occupante et la communauté désarticulée qui est à sa merci, c’est s’en remettre à la raison du plus fort, celle de la puissance occupante; c’est entériner l’occupation, les déplacements de population, les spoliations de terres et de maisons, les punitions collectives, les violences de l’armée, des polices et des milices des colonies, la destruction des infrastructures éducatives, économiques, sanitaires, …; c’est être complice de la pacification de la communauté opprimée et de sa désarticulation; c’est avaliser les violations du droit international et des droits humains des Palestiniens: droits à se défendre, à résister à l’occupation, à la sécurité alimentaire, à l’assistance sanitaire, à l’éducation, à la propriété, à la libre circulation, …; c’est contribuer à assurer l’impunité aux autorités politiques et militaires de l’État d’Israël pour leur politique délibérée de destruction de la société palestinienne; c’est, en quelque sorte par défaut, être complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre en question l’existence de l’État d’Israël, d’ailleurs reconnu dans ses frontières de 1949 par la Communauté internationale, l’OLP[11] et, implicitement, le Hamas[12]. Cela s’apparenterait à une incitation au crime contre l’humanité. Il s’agit d’appeler la Communauté internationale: à contraindre un État et ses autorités à respecter le droit international[13]; à se préoccuper non plus de la pacification d’une zone d’occupation militaire mais du respect des droits humains des victimes d’une occupation illégale et meurtrière, ce qui implique la fin de l’occupation.

Tant que l’État d’Israël ne respecte pas les droits humains des Palestiniens, y compris ceux de nationalité israélienne; tant que cet État et ses autorités violent gravement le droit international et humanitaire, toute personne – particulièrement tout responsable politique – doit appeler les instances politiques et judiciaires nationales et internationales à remplir leurs obligations de respecter et de faire respecter le droit. Ces instances doivent signifier aux autorités politiques et militaires israéliennes qu’enfreindre au Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un crime contre l’humanité et que ceux qui en sont responsables seront inculpés. Ces instances doivent exiger, sous peine de sanctions et d’inculpations: la fin de l’occupation, du nettoyage ethnique et des confiscations – notamment des terres et de l’eau – et le dédommagement des Palestiniens, notamment en vertu de leur “droit au retour“, entériné par l’ONU, y compris par l’État d’Israël.[14]

Ce n’est que dans le respect du droit international et humanitaire que le rétablissement d’une société palestinienne autonome et viable sera possible et que les soi-disant “dialogues de paix“ entre Israéliens et Palestiniens ne serviront plus uniquement à occulter la destruction de la société palestinienne et à assurer l’impunité de ceux qui en sont responsables.


[1] Devenu Premier Ministre, Yitzhak Shamir – ancien chef du Lehi, groupe terroriste, responsable de massacres, entre autres Deir Yassine en avril 1948, perpétrés pour faire fuir les Palestiniens – déclare dans son discours d’ouverture de la Conférence de Paix de Madrid (1991): « La nature du conflit n’est pas territoriale. … Nous prions pour que cette rencontre marque la fin de l’hostilité, de la violence, de la terreur et de la guerre; qu’elle apporte le dialogue, la réconciliation, la coexistence et – par-dessus tout – la paix. ». Voir Le Monde diplomatique, Cahier spécial sur le Proche-Orient, janvier 2006.

[2] On accorde souvent le bénéfice du doute au gouvernement dont I. Rabin était Premier Ministre et Ministre de la Défense. Or, “Quelques mois après la signature de l’Accord d’Oslo, Rabin déclarait «Il n’y a pas de dates sacrées», autrement dit qu’il ne se sentait pas obligé de respecter le calendrier qu’il avait lui-même signé.“ A. Kapeliouk, Le gouvernement israélien prisonnier de ses contradictions, Le Monde Diplomatique, juin 1995. En fait, entre la signature des Accords d’Oslo en Septembre 1993 et l’assassinat de Rabin en février 1995, le nombre de colons a fortement augmenté et les infrastructures de l’occupation se sont considérablement développées. “En 1993, on comptait environ 120000 colons en Cisjordanie; leur nombre augmente de 40000 sous les gouvernements travaillistes (celui de Rabin, puis celui de Pérès, juin 1993-mai 1996); de 30000 sous le gouvernement de droite de Benyamin Netanyahou (mai 1996-mai 1999).“ Alain Gresh, Pourquoi les accords d’Oslo ont-ils échoué? Blogs du Monde Diplomatique, 22 octobre 2007. Après le massacre de 29 Palestiniens en prière dans une mosquée de Hébron en février 1994, I. Rabin a refusé, contre l’avis de ses ministres, de s’en prendre aux colons. Voir Dominique Vidal, I. Rabin. « Faucon », puis « colombe », Manières … , p.50.

[3] Pour une analyse de la mise au point, de l’utilisation et des effets de cette technique de légitimation de la politique israélienne, voir Tanya Reinhart, Détruire … p. 59-64.

[4] Cette technique d’occultation de la destruction de la société palestinienne, a été systématiquement utilisée depuis lors. Ainsi en janvier 2009, B. H. Lévy affirme tenir de la bouche même du Premier Ministre de l’époque Ehoud Olmert, la teneur d’une proposition que celui-ci venait de faire à Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne. “Je lui ai fait une offre. 94,5% de la Cisjordanie. Plus 4,5% sous forme d’échange de territoires. Plus un tunnel, sous son contrôle, reliant la Cisjordanie à Gaza et équivalant au 1% manquant. Et, quant à Jérusalem, une solution logique et simple: les quartiers arabes pour lui; les quartiers juifs pour nous; et les Lieux Saints sous administration conjointe saoudienne, jordanienne, israélienne, palestinienne, américaine. … L’offre est là. J’attends.“, Extrait de « Carnets de guerre », Le Journal du Dimanche du 18 janvier 2009. On notera que cette offre est censée avoir été formulée alors que la dévastation Plomb durci – quelque 1400 tués, 5000 blessés, 10.000 logements détruits ou sévèrement endommagés – était en cours et que la marionnette médiatique de propagande israélienne B. H. Lévy parcourait Gaza à l’intérieur d’un blindé des forces d’invasion israéliennes. Quand on parle d’occultation par l’appel au dialogue de paix … .

[5] En Israël, « Depuis 1993, les sondages avaient constamment montré une majorité autour de 60% en faveur de ‘la terre pour la paix’. Après Camp David et les ‘négociations’ qui ont suivi, le soutien aux concessions pour la paix est tombé dans les sondages à 30%. » Tanya Reinhart, Détruire … p. 63-64.

[6] “Today we are building and we will continue to build in Jerusalem and in all areas that are on the map of the strategic interests of the State of Israel.“ “There will be no Palestinian state without an arrangement in which the security of Israeli citizens will be ensured. There will be no Palestinian state until the State of Israel is recognized as the state of the Jewish people. There will be no Palestinian state until the Palestinians declare an end to the conflict.“    http://www.mfa.gov.il/MFA/Government/Communiques/2012/Cabinet-communique-2-December+2012.htm

[7] Le principe des Accords d’Oslo qui instaurent l’Autorité palestinienne, était l’évacuation des territoires occupés en juin 1967 en échange de la sécurité de l’État d’Israël. L’Autorité palestinienne s’est résolument engagée dans cette perspective en réprimant toute opposition militante à l’occupation – à l’époque, la première Intifada – afin d’assurer l’évacuation des territoires. Étant donné que les autorités israéliennes n’ont pas respecté leurs engagements, l’Autorité palestinienne s’est trouvée piégée. Paralysée par le mirage des “négociations de paix“, elle a été rapidement réduite à s’en tenir à gérer l’occupation.

[8] Fin 2008 – et la situation s’est encore considérablement dégradée depuis lors – on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, p.56.

[9] Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y avait en 2011 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance d’environ 3% par an de la population palestinienne des territoires occupés au cours des 5 dernières années, n’est pas prise en compte.

[10] En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

[11] Implicitement en 1988, lorsque le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions de l’ONU et explicitement, en 1996, lorsqu’il élimine de sa Charte tous les articles contestant le droit à l’existence de l’État d’Israël.

[12] En 2006, le Hamas signe le document d' »Entente nationale » qui reconnaît implicitement Israël dans ses frontières de 1967.

[13] Pour une revue rigoureuse des violations du droit international commises par l’État d’Israël et les autorités israéliennes, ainsi que des manquements de l’Union Européenne et de ses États membres à leur obligation de réagir à ces violations, voir Conclusions de la première session internationale du Tribunal Russel sur la Palestine, Barcelone, 1-3 mars 2010. http://www.russelltribunalonpalestine.com

[14] La résolution 194, adoptée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies, “Décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables“. Cette résolution a été votée par la délégation israélienne.

Jacques Bude

Exil cherche parrains


CENTRE MEDICO-PSYCHOSOCIAL POUR VICTIMES DE VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME, DE LA TORTURE ET POUR PERSONNES EXILEES

PRESENTATION DE L’ASBL

eyeFondé depuis 30 ans, le centre EXIL est la prolongation du COLAT (collectif latino-américain de travail psychosocial) crée par des réfugiés d’Amérique Latine victimes de la violence organisée dans leur pays d’origine.

Centre médico-psychosocial pour victimes de violations des Droits de l’Homme, de la torture et pour personnes exilées

L’équipe du centre EXIL, multidisciplinaire et multiculturelle offre un soutien médico-psycho-social à toutes personnes victimes de violence organisée, aux exilés ainsi qu’à leur famille.

Afin de faire face à cette double souffrance, dûe d’une part à la violence vécue dans le pays d’origine et d’autre part à la rupture de repères dans le pays d’accueil, nous avons développé un programme de santé visant à soutenir les victimes de violences organisées.

« Nous tentons d’offrir  une expérience réparatrice aux victimes de la violence organisée à travers un processus d’accompagnement médico-psychosocial  réalisé dans un cadre  communautaire. Il s’agit de mettre les personnes en contact avec d’autres survivants et des  personnes solidaires, pour les soutenir dans la récupération de la confiance dans l’humanité. » Jorge Barudy Fondateur et Directeur  du Centre Exil.

Différents Programmes d’accompagnement ont été mis en place, dans un souci de prévention, pour proposer aux personnes réfugiées un accompagnement intégral, par une approche individuelle et de groupe.

Le centre Exil est agréé comme Centre de Santé Mentale par la Commission Communautaire Commune de Bruxelles-Capitale.

EXIL est soutenu par:
– La Commission Communautaire Commune de Bruxelles-Capitale.
– Le Fonds Maribel Social des Etablissements et les Services de Santé,
– Le Fonds Volontaire des Nations Unies pour les Victimes de Tortures.

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Exil asbl
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Tel: +32 2 534 53 30
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Exécution des prisonniers : une pratique sioniste ancrée depuis 1948


jeudi 19 septembre 2013, par Fadwa Nassar

L’éxécution du prisonnier Islam Toubassi, jeune Palestinien de 22 ans, arrêté par les forces de l’occupation, soulève à nouveau la pratique courante de l’occupation, depuis 1948, envers les prisonniers palestiniens et arabes. Islam Toubassi a été arrêté à l’aube du mardi 18 septembre, dans le camp de Jénine, lors d’un nouveau raid mené contre le camp de Jénine, par plus de 100 soldats de l’occupation. Islam Toubassi fut réveillé par les soldats, selon le témoignage de son frère Ibrahim, qui ont tiré sur lui, le blessant à la jambe. Il est arrêté et emmené par les soldats de l’occupation. Quelques heures plus tard, son corps est livré à la famille. Il a été froidement exécuté par l’occupant, la blessure à la jambe n’ayant pu certainement pas entraîner la mort.

Des dizaines de prisonniers ont été, depuis l’Intifada al-Aqsa, exécutés par l’occupant sioniste, de cette manière, c’est-à-dire après leur arrestation, au cours de leur transport dans les blindés de l’armée d’occupation, ou dans les postes d’arrestation. En tout cas, avant leur transfert en prison et avant leur « jugement ». Souvent blessés, ils sont tout simplement achevés. L’occupant ne s’encombre pas des Palestiniens : il les exécute. C’est la pratique des « droits de l’homme » du colonisateur raciste, que le monde « libre » occidental continue à soutenir, en refusant de le dénoncer, en poursuivant ses alliances militaires, économiques et culturelles avec lui, et en lui assurant une couverture politique et diplomatique. La communauté internationale, ONU et pays impérialistes, CICR et associations des droits de l’homme, sont aussi responsables que les criminels qui ont achevé le martyr Islam Toubassi. Nous n’avons aucune illusion là-dessus, même si un responsable de l’Autorité Palestinienne a appelé à porter cette affaire devant les tribunaux internationaux, pour juger le nouveau crime perpétré par l’Etat sioniste. Un simple appel pour se dédouaner, pour empêcher la révolte.

Appeler à traduire l’Etat colonial en justice, pour ce nouveau crime, relève du ridicule, quand on sait que l’exécution des prisonniers a toujours été une pratique de cet Etat, depuis 1948. C’est ce que vient de dévoiler, noir sur blanc, un nouveau livre paru sur les prisonniers palestiniens, entre 1948 et 1953, à partir de témoignages de ces Palestiniens encore vivants, qui vivent aujourd’hui dans les territoires occupés en 1948, sur lesquels fut installée la colonie israélienne. La lecture des témoignages qui se recoupent souvent, ne laisse aucun doute, puisque la plupart des faits racontés sont corroborés par les archives de l’Etat colonial, d’une part, et celles du CICR, de l’autre.

Des camps de concentration
Le livre publié récemment par l’Institut des Etudes Palestiniennes, écrit par l’historien Mustafa Qubbaha et le journaliste écrivain Wadi’ Awawdeh, comble une étape importante de l’histoire des prisonniers palestiniens et des prisons et camps de concentration sionistes, dans la Palestine occupée, qu’ils viennent tout juste de proclamer « Etat d’Israël ». Sitôt l’Etat proclamé, les rafles commencent, partout et sans motifs. La plupart des hommes considérés comme pouvant porter des armes furent emmenés, de force ou par la ruse, et incarcérés. De 1948 à 1953, entre 8000 et 120000 détenus palestiniens furent placés dans des camps, quelques-uns provisoires, d’autres permanents, comme le camp d’Ijlil, le plus vaste, où ont été détenus près de 4000 Palestiniens, en majorité des civils. Dans ce camp situé au nord de Yafa, fut froidement exécuté Salim Yafaoui, membre du comité national ayant organisé la défense de la ville de Yafa, en 1948. Le résistant fut exécuté par un gardien du camp, par une balle tirée dans le dos. Son corps fut exposé pendant plusieurs jours, « pour servir de leçon », avant d’être remis au CICR. Le second camp fut celui de Atlit, installé en juillet 1948. Plusieurs détenus palestiniens furent exécutés, sans la moindre justification, dont Hassan, du village de Zarkouna, dans la région de Yafa. Il s’était proposé pour aller cueillir des fruits que les gardiens souhaitaient avoir. A peine s’est-il déplacé qu’il fut froidement assassiné, dans le dos, encore une fois.

Dans trois autres camps de concentration, les prisonniers étaient forcés de travailler. C’était le cas pour les camps de Sarafand (camp militaire britannique transformé en prison), camp Tel Levinsky et le camp d’Um Khaled.

La forteresse historique de Akka fut transformée en prison par les Britanniques, qui y exécutèrent les premiers prisonniers martyrs, Fouad Hijazi, Ata Zeer et Mohammad Jamjoum, le 17 juin 1930, suite à la première révolte d’al-Bouraq, contre la présence sioniste aux environs de la mosquée al-Aqsa. Lorsque les sionistes s’emparent du pays, ils maintiennent la prison dans la forteresse et exécutent 19 prisonniers, au moins, selon leurs compagnons, après avoir été sommairement jugés par un tribunal militaire.

Le témoignage de Jumaa Ghanem de Tiret al-Karmel, qui fut détenu dans la prison de Akka, est sans équivoque : « Un tribunal d’exception fut installé, dans le poste de police. Ils nous prenaient un à un, nous entendions un peu plus tard trois coups de feu, nous ne savions pas ce qui se passait. Mais cependant, personne ne revenait. Nous avions pensé qu’ils voulaient juste nous terroriser. Mon tour est arrivé. Deux soldats m’emmènent vers la place de la prison. J’y retrouvais tous ceux qui ont été emmenés avant moi. Leurs corps inanimés étaient plongés dans le sang. Je me suis retrouvé devant le juge, entouré de trois officiers et de deux traducteurs… »

La barbarie de l’occupant sioniste ne date pas d’ajourd’hui, comme peuvent le prouver tous les massacres commis entre 1947 et 1948, pour semer la terreur et obliger les survivants à quitter leur pays. Mais ceux qui sont restés, eux, ont dû subir l’humiliation et la terreur quotidienne, ils ont dû assister à la destruction brutale de leur pays, de leurs villes et de leurs villages. Ils furent pourchassés, emprisonnés, encerclés, puis soumis à un régime militaire. Et c’est aussi dans ces camps de concentration que l’occupant a installés, qu’ils ont réalisé la véritable nature de ces envahisseurs venus d’ailleurs.

Fadwa Nassar
18 septembre 2013

source

Pressions sur l’OMS : (Uranium appauvri et cancers en Irak)*



 

 

(Uranium appauvri et cancers en Irak)*

 

Par Denis Halliday

 

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) refuse catégoriquement de publier le rapport sur l’utilisation par l’armée US de l’uranium appauvri et autres armes de même type qui ont tué de nombreux Irakiens et dont les conséquences sont la naissance d’enfants malformés. C’est en violation de son mandat de porter les preuves de cette utilisation à la connaissance de tous.


Cette  question a été abordée en 2004 dans un rapport d’un expert de l’OMS sur «  la santé à long terme de la population irakienne résultant des armes à l’uranium appauvri (UA) ».  Ce premier rapport avait été considéré « comme secret » et comme tel enterré par l’OMS.

 

L’étude conduite par trois scientifiques de la radiation lançait un avertissement aux enfants et adultes qui pouvaient être atteints de cancer après avoir inhalé des poussières d’UA, toxique et radioactif. Mais l’Organisation a bloqué sa publication selon son principal auteur, le Dr. Keith Baverstock, conseiller principal en radiation de l’OMS ce que dément cette organisation.  (The Sunday Herald, 24 février 2004, Sir Rob Edwards).

 

Quelque neuf ans plus tard, un rapport conjoint de l’OMS et du  Ministère de la Santé irakien sur les cancers et les malformations  infantiles en Irak devait voir le jour en novembre 2012 mais « a été retardé à plusieurs reprises et maintenant n’a aucune date de publication ». Car jusqu’à ce jour, il reste un document «  classé ».

 

Selon Hans von Sponeck, ancien secrétaire-général adjoint des Nations unies : « le gouvernement américain cherche à empêcher les Nations unies d’inspecter les régions du sud de l’Irak  où l’uranium appauvri a été utilisé  et a causé de graves problèmes de santé et pour l’environnement ». (cité dans Mozhgan Savabiesfahani ‘Rise of Cancers and Birth Defects in Iraq : WHO refuses to releases Data, Global Research, july 31, 2013).

 

Cette tragédie rappelle celle de l’utilisation au Vietnam d’armes chimiques américaines pour laquelle les Etats-Unis n’ont pas voulu reconnaitre leur utilisation, ni n’ont payé de compensation ou fourni une assistance médicale à des milliers d’enfants nés, jusqu’à présent avec des déformations, en raison de la dispersion de l’agent Orange à travers le pays. Des millions de litres de ce produit chimique ont été vendus au Pentagone par les Monsantos, Dupont et autres sociétés pour des profits faramineux.

 

Etant donné la faculté des Etats-Unis à refouler les atrocités dont ils sont les auteurs en temps de guerre, je crains que les mères de Najaf et autres villes irakiennes ne reçoivent , en cas de naissance, aucune aide ou confort des coupables

.

Ce qu’il nous faut, ce sont des Nations unies qui ne seraient plus corrompues par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

 

Denis Hallyday, ancien Secrétaire général adjoint a été le Coordinateur Humanitaire des Nations Unies en Irak du 1er septembre 1997 jusqu’en 1998. Il est Irlandais, titulaire d’un Master en Economie, Géographie et Administration Publique de Trinity College à Dublin.

Source: Information Clearing House (13/9/13)

Titre de la version originale: WHO Refuses to Publish Report on Cancers and Birth Defects in Iraq Caused by Depleted Uranium Ammunition

http://www.informationclearinghouse.info/article36220.htm

 

Oslo : la grande mascarade


Quelques articles et documents sur la Palestine —quand même— à l’occasion des 20 ans qui viennent de s’écouler depuis le début d’un « processus de paix » dont on a dit à juste titre que « tout était dans le processus et rien dans la paix ». Parmi ces documents, « Espoirs brisés, l’héritage d’Oslo », ou « Territoire Palestinien occupé, 20 ans après les accords d’Oslo », un petit film de 20 minutes proposé par Agence VU, Action contre la faim et Darjeeling*, ainsi qu’un article d’Idith Zertal, dans le magazine La Vie.

FILM :

http://broken-hopes.fr/?utm_source=…

  • avec le concours de Mediapart, les Inrookuptibles, DS de Standard et El Mondà. 20 minutes

Et aussi à l’occasion de ces 20 ans de mascarade après Oslo, l’article de l’israélienne Idith Zertal, publié par La Vie :

« Israël a peur de la paix »

propos recueillis par Anne Guion

Le 13 septembre 1993, Bill Clinton, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sur le perron de la Maison Blanche

Vous souvenez-vous de votre réaction lorsque les accords d’Oslo ont été signés il y a 20 ans ?

On était fous de joie. Nous étions heureux comme des Rois en France, comme on dit. Tout en sachant que les accords n’étaient pas parfaits, c’était quand même un grand bonheur, de l’espoir dans un lieu qui est marqué par l’absence d’espoir, comme si une nouvelle ère allait s’ouvrir. Mais l’espoir ne joue jamais un grand rôle dans la politique au Moyen-Orient. Et il a, malheureusement, été de courte durée.

Les accords d’Oslo en eux-mêmes ont été dessinés depuis le début par des personnes qui n’étaient pas des politiciens mais des historiens, des intellectuels, des idéalistes qui connaissaient très bien les Palestiniens et qui croyaient en leurs droits, à une solution de paix et de justice. Les deux premiers architectes des accords, Yair Hirschfeld et Ron Pundak, travaillaient avec Yossi Beilin, un homme politique pas comme les autres. Tous trois entretenaient des liens très serrés avec l’élite palestinienne des territoires occupés. Les accords en eux-mêmes étaient un compromis, c’est sûr, à la mesure du possible, mais leur grand problème était de n’avoir pas traité des questions fondamentales : Jérusalem, les colonies, les réfugiés palestiniens et la question des frontières. D’après les négociateurs, il n’était pas possible de s’accorder sur ces questions à ce moment-là. Mais ceux-ci ont réussi quand même, pour la première fois, à créer un cadre de confiance et un mouvement commun vers une solution.

Le grand échec des accords d’Oslo réside dans leur mise en application, dans la peur et la mauvaise foi qui les ont accueillis, des deux côtés, mais surtout du côté israélien. Des forces énormes qui s’élevaient contre ces accords, à l’intérieur d’Israël. Et comme toujours, la politique et les politiciens se sont avérés impuissants, sans courage ni vision véritable et réalisable.

Peut-on dire que les colons sont les principaux responsables de l’échec d’Oslo ?

Ceux-ci ont, bien sûr, leur part de responsabilité, qui est grande. Mais cela serait trop facile d’en rejeter toute la faute sur les colons, comme les Israéliens ont tendance à le faire. Comme si ceux-ci habitaient sur une autre planète, comme s’ils ne faisaient pas partie de la société israélienne ! Or, ils font partie intégrante de ce que Israël est devenu. Ils expriment quelque chose de très profond dans la psyché israélienne, dans ce qui constitue l’identité israélienne : un pessimisme profond avec un optimisme hors de ce monde, messianique ; un mélange de violence et de peur existentielle.

Les colons ont déclaré, en effet, une guerre totale contre les accords d’Oslo, avant même qu’ils soient signés, et ont brouillé toutes les règles du jeu politique. C’était une guerre où tout a été permis, même l’assassinat d’un Premier Ministre, ou, la tuerie, en février 1994, de 29 fidèles musulmans pendant leur prière au tombeau des Patriarches à Hébron, par un colon, un médecin juif israélien de la colonie de Kyriat Arba. Abattu par les survivants de son crime, celui-ci est devenu tout de suite un saint parmi les colons. C’est d’ailleurs à ses funérailles que l’assassin d’Yitzhak Rabin s’est donné la mission sainte « d’empêcher » à tout prix le Premier Ministre de poursuivre le processus d’Oslo.

Mais il faut être juste et dire qu’il y avait aussi d’autres forces au sein d’Israël qui agissaient contre les accords pour ne leur donner aucune chance. Je parle surtout des partis politiques de la droite soutenant les colonies, ainsi que de l’armée, du système sécuritaire. Tout cet ensemble influent et imposant joue un rôle écrasant dans la politique d’Israël. Vous savez, on dit qu’en Israël il n’y aura jamais de putsch militaire. Pas besoin. Ce sont les militaires ou les ex-généraux qui nous gouvernent. Parmi eux, il faut mentionner notamment Ehoud Barak, un homme d’un hubris exceptionnel, « qui flirte avec l’impossible » comme a dit de lui l’ancien secrétaire du gouvernement. Ehoud Barak n’a pas cru aux accords d’Oslo dès le début. Il a tout fait pour garantir leur échec. Tout en étant travailliste, il s’est d’ailleurs toujours vanté que lorsqu’il était Premier Ministre, les colonies se sont élargies et ont prospéré comme jamais auparavant.

Vous voyez, le tableau est très complexe, avec des nuances qui ne sont pas immédiatement visibles au spectateur ordinaire. C’est justement cette complexité et cette ambiguïté que le livre* essaye de faire passer.

Les colonies occupent une place énorme dans la politique israélienne. On pourrait même dire qu’elles mènent la politique du pays, et pourtant, les Israéliens qui habitent à l’intérieur de la Ligne verte ne parlent presque jamais des colonies…

C’est un paradoxe intéressant. Nous sommes occupés par l’occupation. Nous sommes gouvernés par un gouvernement coloniste, pour ne pas dire colonialiste. Les colons occupent des postes-clés dans les institutions, la Knesset, l’armée, le système judiciaire, même les universités. Ceux-ci ont une place de plus en plus dominante dans notre vie. Mais en tant que phénomène politique, ils se sont comme évaporés de la place publique. Ils sont les grands absents/présents si l’on peut dire. Car même leur « absence » est très criante. Est-ce un déni, un refoulement, une impuissance face à cet énorme Golem incontrôlable que nous avons créé de nos propres mains ? Apparemment tout cela à la fois.

A vrai dire, la majorité des Israéliens n’en a rien à faire. Ils ne vont pas dans les colonies. Pour eux, c’est comme s’il s’agissait de l’autre côté de la lune. Lors des manifestations massives et très populaires de l’été 2011, qui ont réuni des centaines de milliers de manifestants contre le gouvernement et la situation économique et financière, le thème de l’occupation et des colonies a été tu. Par tactique d’abord pour ne pas créer de différends entre les mouvements participants. Mais aussi peut-être par indifférence.

Cela est vrai aussi à l’égard des dernières élections générales de janvier 2013. C’est un autre paradoxe : les Israéliens sont soi-disant très politiques, ils sont drogués à l’actualité, mais, en même temps, ne croient pas en la politique, ou à des solutions politiques. Pour des raisons historiques, il n’y a pas une vraie tradition de la politique. Il faut dire que la sphère politique israélienne est complètement figée et corrompue. Au sens propre, et figuré : les hommes politiques israéliens n’ont, en aucune façon, le sens des responsabilités. Ce sont ou des arrivistes, qui profitent des avantages de leur situation et qui ne pensent qu’a leur ré-élection, ou des messianiques. Ils se sentent tous responsables du futur lointain en parlant au nom d’un passé lointain, mythologique. Mais rarement du présent, l’espace temporel des humains.

Et en même temps, la politique de colonisation surdétermine la politique d’Israël. Celle-ci non seulement met en danger le futur du pays, mais elle prend aussi en otages les Juifs qui vivent hors d’Israël en les exposant à de la haine, et parfois même à des attaques violentes. Et ce n’est pas nécessairement de l’antisémitisme comme on voudrait le croire. Dans la plupart des cas, il s’agit de l’expression de l’indignation et de la haine face à cette occupation militaire cruelle, injuste, inacceptable, qui n’en finit pas, la plus longue de l’histoire contemporaine avec celle des Chinois au Tibet. C’est notre occupation des Palestiniens qui fait des ravages des deux côtés, et met en péril la place d’Israël parmi les Nations ainsi que sa légitimité.

Que pensez-vous de la récente relance des négociations ?

C’est encore une fois un acte sans conséquence. Comme une voiture au point mort. Cela ne conduira nulle part, malheureusement. Et tout le monde le sait. Tout le monde connaît les termes d’un vrai accord mais Israël n’est pas prêt à en payer le prix. Cet accord est simple : deux Etats de part et d’autre de la ligne verte de 1967 avec des échanges de territoires. Cela veut dire que les Palestiniens n’auraient que 22 % du territoire qu’ils considèrent comme le leur. Pourtant, ils ont déjà dit, en 1988, qu’ils étaient d’accord.

Les Palestiniens ont déjà fait le pas historique vers une solution de paix. Ils ont renoncé à une part importante de la terre qu’ils pourraient revendiquer. Les Israéliens, quant à eux, garderaient les 78 % du territoire qu’ils ont déjà obtenu grâce à la guerre de 1948 et aux accords de 1949 qui s’en suivirent, jusqu’à juin 1967. Soit beaucoup plus que tout ce qui avait été donné à l’Etat juif dans tous les différents Plans de partage avant la guerre de 1948. Et ce n’est pas tout : en 2002, la Ligue arabe a proposé à Israël une paix entière, intégrale de tous les pays arabes, si Israël revenait aux frontières de juin 1967. Or Israël n’a jamais réagi, a ignoré cette offre… tout en affirmant toujours sa détermination à obtenir la paix. Il faut dire cette vérité une fois pour toutes. Et il faut que ce soit justement des Israéliens qui le disent !

Pourquoi Israël ne veut pas de la paix, selon vous ?

Israël veut la paix, mais une paix abstraite, théorique, dans le meilleur des mondes. En réalité, nous avons peur de la paix, nous craignons cette transformation totale, ce saut dans l’inconnu. Israël s’est créé en guerre, s’identifie en tant que victime, qu’entité solitaire et isolée, encerclée par la haine et les ennemis. Il y a des choses très profondes dans la mentalité israélienne qui vont dans ce sens. Le peuple d’Israël se pense comme fondamentalement seul, toujours menacé. C’est Abraham, le père de la Nation, qui se trouve d’un côté de la rivière et le reste du monde de l’autre. Il est vrai que l’histoire du peuple juif est faite de tragédies et d’exterminations.

Mais cette histoire est aussi orchestrée à l’infini dans les écoles, à l’armée où les jeunes Israéliens sont endoctrinés. En 2008, l’armée de l’air a déployé un vol d’avions bombardiers au-dessus d’Auschwitz. Une action symbolique dont l’objectif était de faire comme si Israël avait vaincu Auschwitz a posteriori. C’était un geste vain, qui touche à la mégalomanie. Comme si on pouvait démanteler le passé, le changer par des actes symboliques, effacer Auschwitz. Au lieu de le garder en mémoire, d’essayer de comprendre ce qui a amené à Auschwitz, on le « bombarde » symboliquement soixante ans plus tard. Une photo de cet événement est accrochée aujourd’hui dans tous les bureaux de l’armée israélienne avec cette inscription : « ne faire confiance qu’à soi-même ». Or c’est un mensonge grotesque car les avions qui volaient au-dessus d’Auschwitz étaient, évidemment, fabriqués aux Etats-Unis ! Sans l’énorme aide financière et militaire des Américains, depuis la création de l’Etat, le pays ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui, et cela sans parler de toutes les autres aides dont Israël bénéficie depuis toujours.

Surtout, quel message terrible : le sionisme a voulu remettre les juifs dans l’histoire, dans le monde, et nous voilà, encore une fois, seuls dans ce monde ou hors de ce monde, encerclés par la haine, par des intentions d’extermination, ne pouvant compter que sur nous-mêmes ? Cette mentalité va paradoxalement avec un hédonisme puissant, qu’incarne la ville de Tel Aviv, une cité merveilleuse, culturelle, joyeuse, tolérante, sexy… Et qui se trouve à une heure trente de voiture de la Bande de Gaza où nous avons laissé une désolation totale, où nous nous rendons de temps en temps mener des campagnes de punition, y commettre des atrocités incroyables. Comment peut-on être la source de tant de mal, justement après Auschwitz ?…

On parle de plus en plus de la nouvelle génération de colons, les « jeunes des collines »…

Il s’agit de la génération de colons qui est née dans les colonies. Cela recouvre deux phénomènes : d’abord les jeunes colons qui se sont embourgeoisés. Ils ont fait de hautes études et se retrouvent désormais dans les différentes institutions et au sein de l’establishment civil d’Israël, ou dans l’armée. Aujourd’hui, plus de la moitié des soldats de l’échelon intermédiaire et des officiers est issue des colonies. Ils ont remplacé les fils des kibboutz et les jeunes venant des élites urbaines. Cela veut dire que si jamais un gouvernement israélien avait comme projet de démanteler les colonies – ce qui est difficile a imaginer – il n’ en aurait pas les moyens puisque l’armée est « envahie » par les officiers colons.

On peut dire que la deuxième génération de colons devient une nouvelle élite en Israël. J’ai eu des étudiants venus des colonies quand j’ai enseigné à l’Université Hébraïque : ils étaient les plus brillants et les plus assidus. Les colons sont aussi très présents dans le domaine politique. Le président de la Knesset, l’ancien ministre des affaires étrangères, et tant d’autres viennent des colonies.

Et puis, il y a ces jeunes qui font de la politique hors de la politique. Ce sont eux, les plus extrémistes, qu’on nomme les « jeunes des collines ». Ils habitent les « avant postes », ces colonies dites « illégales »- un terme insidieux qui induit que les autres colonies sont légales, alors qu’elle sont toutes illégales au regard du droit international. Ces gens là, des ultra-religieux, n’ont pas de Dieu, aucune éthique, ni morale. A part celle-ci : « Ce qui est bon pour nous est bon. Ce qui est juste pour nous est juste ». Pour eux, il n’y a pas d’autrui. Les Palestiniens n’existent pas, ils sont transparents, invisibles. Ces gens-là sont l’emblème du mal des colonies et de la colonisation israéliennes.

Quelles perspectives voyez-vous ?

Lors des manifestations de 2011, il y a eu un moment d’espoir. J’ai cru un moment que les Israéliens étaient prêts à sortir de leurs préoccupations quotidiennes pour changer le cours de notre histoire, pour faire de la vraie politique, pour redéfinir Israël et son futur. Mais il n’en a rien été. L’élan a été écrasé facilement. Ce sont toujours des phénomènes de courte durée. Parce qu’il y a très peu d’Israéliens qui réfléchissent à la politique et qui ont une vision réaliste de l’avenir. Il n’y a pas de vraie tradition du politique comme il n’y a pas non plus de tradition de la laïcité. Israël n’est pas un pays laïc, comme il n’a jamais été vraiment socialiste comme l’a montré l’historien israélien Zeev Sternhell. Ainsi, les Israéliens parlent d’un Etat juif démocratique sans comprendre que l’un exclut l’autre. Tout cela ne donne pas beaucoup d’optimisme, n’est-ce pas ?

Nous parlons quelques heures avant le Jour de Kippour, le quarantième depuis la guerre atroce de 1973, qui porte son nom. Ce n’est qu’après cette guerre, qui a coûté la vie a plus de 3 000 jeunes Israéliens, produits de l’hubris israélien post-1967 et de l’obtusité de ses leaders politiques, qu’Israël a rendu le Sinai aux Egyptiens, jusqu’au dernier centimètre. Faut-il une nouvelle catastrophe de ce genre pour que nous revenions à la raison à l’egard des Palestiniens ?

Pensez-vous qu’un boycott culturel d’Israël soit utile ?

Je ne sais pas. C’est une question difficile. Car la production culturelle d’Israël vient plutôt du camp de ceux qui critiquent la politique israélienne, qui cherchent à changer les choses. Si, par exemple, la France boycottait Israël, mon livre n’aurait pas vu le jour en français. Le documentaire de Dror Moreh, The Gatekeepers, qui fait parler six anciens chefs du Shabac (les Services de sécurité israéliens) n’aurait pas été projeté à la télévision française.

Mais comme Israël a perdu la raison et se dirige vers le gouffre, comme il est en train de devenir un Etat d’Apartheid, je me dis aussi que, peut-être, un boycott pourrait être la seule solution pour rendre la raison à ce pays. Peut-être que si les Etats-Unis arrêtaient de vendre des armes à Israël, ce qui paraît utopique – nous produisons d’ailleurs aujourd’hui une grande partie de nos « besoins » militaires et en exportons – peut-être qu’alors nous nous mettrions enfin à chercher des solutions politiques à nos problèmes, nous arrêterions de flirter avec l’abîme, avec l’impossible. L’Europe doit aussi prendre ses responsabilités. Elle ne les prend pas parce qu’elle a peur d’être accusée d’antisémitisme. Et parce qu’il y a ce sentiment de culpabilité collective.

Alors oui, il y a une part de moi qui voudrait qu’on nous boycotte. Ce livre, c’est ailleurs un peu un appel au secours, ainsi qu’un avertissement. Si les Israéliens sont certains qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, il est justement grand temps que le monde nous aide à nous sauver de nous-mêmes.

  • Les Seigneurs de la Terre, histoire de la colonisation israélienne des territoires occupés, par Idith Zertal et Akiva Eldar.

http://www.lavie.fr/actualite/monde…

A lire et faire lire sur ce sujet des « accords d’Oslo » l’excellent livre de Tanya Reinhart : « Détruire la Palestine » (en vente à la librairie Résistances : http://www.librairie-resistances.com)

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