Soyons-y nombreux pour dénoncer l’agression israélienne contre Gaza !
Suite à l’intensification des bombardements et à l’offensive terrestre en cours, la plateforme Urgence Gaza appelle à une manifestation nationale dimanche 27 juillet à Bruxelles. Les organisations signataires réclament avec vigueur au gouvernement belge et à l’Union européenne d’agir immédiatement afin de :
– dénoncer et condamner avec fermeté les violations du droit international commises depuis le début de l’offensive ;
– exiger un cessez-le-feu et imposer un embargo sur les armes ;
– exiger d’Israël la levée du blocus illégal de la bande de Gaza ;
– suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël tant que ce dernier ne respectera par le droit international systématiquement violé par l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens ;
– soutenir le gouvernement palestinien d’entente nationale.
(Affiche de l’événement vous sera envoyée en cours de journée)
Signataires de la Plateforme Urgence-Gaza :
Association belgo-palestinienne WB ; CNCD 11.11.11, 11.11.11 ; Agir pour la Paix, ; Artistes contre le Mur ; CADTM Belgique ; Centrale Générale-FGTB ; CNAPD ; Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie ;Comité Verviers Palestine, ; Comité PJPO de Braine l’Alleud, Comité PJPO de d’Ittre & Comité PJPO de Mazerine ; Comité surveillance Otan (CSO) ; Communauté Palestinienne en Belgique et au Luxembourg, ; Coordination namuroise belgo-palestinienne ; Conseil de la Jeunesse ; CSC-ACV Bruxelles Halle Vilvorde ; Ecolo J ; Esperanza Palestina Namur ; FGTB-ABVV ; FOS-socialistische solidariteit vzw ; Groupe Proche-Orient santé ; Hope-Espoir- Hoop asbl ; Intal ; Jeunes Anticapitalistes ; Jeunes socialistes ; Jeunesse et Culture – Réseau solidaris ; LCR-SAP ; Médecine pour le Tiers Monde (M3M) / Geneeskunde voor de Derde Wereld (G3W); Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP) ; Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) ; Palestina Solidariteit ; Plate-forme Charleroi-Palestine ; Présence et Action culturelle (PAC) ; PTB-PVDA ; SCI ; Solidarité socialiste ; Solidarity with Bedouins ; Théâtre du Public ; ULDP ; Union des Musulmans de Namur ; Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) ; VEGA ; ViaVelo Palestina ; Vie féminine ; Vrede vzw ;…
Appel pour un rassemblement de protestation devant le ministère des Affaires étrangèresMercredi 16 juillet de 16h30 à 18h30
Rue des Petits carmes à 1000 Bruxelles
Stop aux bombardements de Gaza !
Soyons-y nombreux pour dénoncer l’agression israélienne contre Gaza et interpeller le ministre Didier Reynders !
Les organisations signataires réclament avec vigueur au gouvernement belge et à l’Union européenne d’agir immédiatement afin de :
– dénoncer et condamner avec fermeté les violations du droit international commises depuis le début de l’offensive ;
– exiger un cessez-le-feu et imposer un embargo sur les armes ;
– exiger d’Israël la levée du blocus illégal de la bande de Gaza ;
– suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël tant que ce dernier ne respectera par le droit international systématiquement violé par l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens ;
– soutenir le gouvernement palestinien d’entente nationale.
Premiers signataires : Association belgo-palestinienne WB, CNCD 11.11.11, Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC), Présence et Action culturelle (PAC), Communauté Palestinienne en Belgique et au Luxembourg, Agir pour la Paix, Coordination namuroise belgo-palestinienne, Coordination PJPO du Brabant Wallon, Intal, Artistes contre le Mur, Comité Verviers Palestine, Palestina Solidariteit, Plate-forme Charleroi-Palestine, Médecine pour le Tiers Monde (M3M) / Geneeskunde voor de Derde Wereld (G3W), Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), …
Ce même collectif organisera une grande manifestation nationale le dimanche 27 juillet à Bruxelles
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En outre :
Vendredi 18 juillet de 17h à 19h
A liège, Place du Marché au Perron
WE ARE WITH YOU PALESTINE
SOLIDARITY PROTEST FOR PALESTINE
Le Hamas a-t-il voulu cette escalade? Ce n’est pas mon avis.
Papier dans Le Soir du jour:ANALYSE
Une crise de plus. Une confrontation à Gaza, avec cet air de déjà-vu : le Proche-Orient réécrit le même scénario en lettres de sang, avec les civils comme figurants et martyrs. Dans cette histoire maintes fois répétée, le Hamas occupe un rôle de choix. Celui du « méchant », du va-t-en-guerre…
Cette organisation islamiste considérée comme « terroriste » par l’Union européenne et par les Etats-Unis, qui contrôle une bande de Gaza sous blocus depuis 2007, se flatte de sa réputation radicale. Pas question pour elle d’effacer les articles de sa charte qui nient à Israël le droit à exister.
Pour les autorités israéliennes, tout est clair, comme le signale un communiqué des Affaires étrangères : « Depuis l’opération Pilier de défense en Novembre 2012, le Hamas a continué à s’armer de vastes quantités d’armes et est actuellement en possession de 10.000 roquettes, dont des Fajer 3 et Fajer 5, missiles produits dans les usines d’armes iraniennes. Le Hamas exploite délibérément et systématiquement la population civile palestinienne et l’utilise comme bouclier humain lors du lancement des roquettes vers Israël. ».
Même du côté palestinien, on trouve des voix pour mettre la responsabilité des derniers événements sur le Hamas. Ainsi en est-il du politologue Mahdi Abdoul Hadi, qui répondait ce 10 juillet à Libération : « La réconciliation avec le Fatah est finie et il a perdu le soutien de l’Egypte. La seule façon, pour le Hamas, de sortir de cette impasse, c’est la confrontation avec Israël afin de pousser la communauté internationale à s’engager, quitte à en payer un prix très lourd. D’où les roquettes qui provoquent les Israéliens et les poussent à riposter, seul moyen de réveiller la communauté internationale et d’obtenir que les Egyptiens se ressaisissent du dossier israélo-palestinien. C’est peut-être une politique suicidaire, une fuite en avant mais, pour le Hamas, il n’y a pas d’autre option ».
Les choses, pourtant, se révèlent plus complexes. Le dernier enchaînement de violences a débuté avec l’enlèvement (et l’exécution quasi immédiate) de trois adolescents israéliens capturés par des activistes en Cisjordanie occupée le 12 juin. Le gouvernement israélien a vite accusé le Hamas de ce triple meurtre et déclenché une vaste opération à travers les territoires occupés, arrêtant des centaines de personnes, dont beaucoup de cadres du Hamas. Or la responsabilité des dirigeants du mouvement reste très hypothétique. Ils n’ont certes pas condamné les assassinats, au contraire, mais ils ont admis ne pas savoir de quoi il retournait.
Mais, alors que, à Gaza, des organisations palestiniennes rivales du Hamas répondaient par des tirs de roquettes au « nettoyage » israélien en Cisjordanie et au meurtre d’un jeune Palestinien de Jérusalem brûlé vif par des extrémistes juifs en « représailles » au triple assassinat, des bombardements de l’armée de l’air israélienne tuaient dimanche dernier sept activistes du Hamas, poussant ce dernier à entamer l’escalade avec Israël en déployant ses roquettes de plus en plus puissantes. Depuis mardi et l’opération militaire israélienne, la spirale paraît sans fin, chaque camp répondant aux derniers tirs de l’autre.
L’un des meilleurs spécialistes du Hamas, le chercheur Jean-François Legrain, voit bien les choses ainsi dans une interview au Monde : « L’élimination de sept combattants du mouvement dans une attaque de drone israélien sur la bande de Gaza, le 7 juillet, a ainsi été considéré comme un acte d’agression rompant le cessez-le-feu avec Israël négocié avec le partenaire égyptien en novembre 2012. L’engagement avait été pris qu’aucune partie ne mènerait une opération militaire contre l’autre. Le Hamas et son aile militaire, les brigades Ezzedine Al-Qassam, ont alors considéré qu’ils devaient répondre ».
De là à dire que le Premier ministre israélien Binyamin Netanyhaou a cherché à provoquer le Hamas, il n’y a qu’un pas que des experts franchissent en observant qu’il n’a qu’une obsession : faire voler en éclats le gouvernement palestinien d’unité nationale, Hamas compris, mis en place quelques semaines plus tôt et accepté pour son plus grand courroux par l’Union européenne et même par les Américains.
Pour sortir de cette spirale infernale, il n’y a pour le moment aucun médiateur qui s’impose : seule l’Egypte se prêtait régulièrement à ce rôle, et avec talent. C’était du temps de Moubarak ou de l’islamiste Morsi, déposé en 2013. Le régime du maréchal Sissi, qui qualifie tous les Frères musulmans de terroristes, ceux d’Egypte comme également le Hamas, semble se plaire à voir ce dernier en difficulté. Et tant pis pour les civils.
Je vais vous raconter quelque chose de plus dur que de mourir à Gaza par un missile de luxe. Le plus difficile est qu’on te demande, par un coup de fil de l’ennemi israélien, d’évacuer ta maison qui sera bombardée dix minutes plus tard.
Imagine un peu. En dix minutes, ta petite histoire sur la terre sera effacée. Tes cadeaux,les photos de tes frères et de tes enfants, qu’ils soient martyrs ou bien vivants. Les petites choses que tu aimes. Ta chaise, tes livres, le dernier recueil de poésie que tu as lu, la lettre de ta sœur qui vit à l’étranger, tes souvenirs avec les gens que tu aimes, l’odeur du lit, ta petite habitude de caresser les fleurs de jasmin qui arrivent jusqu’à ta fenêtre, la barrette de ta petite fille, la chaleur de ta chaise, tes vieux vêtements, le tapis de prière, les bijoux de ta femme, tes économies.
Imagine juste que tout ceci déroule devant tes yeux en dix minutes. Toute cette douleur te pénètre, alors que tu es encore en état de choc.
Tu décides enfin de prendre les papiers d’identité qui sont dans la petite boîte métallique. Tu sors pour mourir mille fois ou bien tu refuses de quitter pour mourir à une seule reprise.
L’opposant Michel Kilo, chef de file des libéraux au sein de la Coalition nationale syrienne (CNS), livre son analyse de la situation dans son pays. Où l’affaiblissement de l’Armée syrienne libre (ASL) constitue, selon le fondateur de l’Union des démocrates syriens (UDS), « un vrai péril pour l’opposition ». Interview.
Mis à jour à 17h42.
Engagement, clandestinité, prison, activisme, exil et enfin révolution : le destin de Michel Kilo, 73 ans, communiste, chrétien syriaque mais avant tout démocrate, se confond avec celui de l’opposition syrienne sous les Assad, constamment pourchassée mais impossible à museler. Militant dès les années 1970, ce journaliste de formation a eu un rôle crucial dans la Déclaration des 99 de 2000, aussi appelée Déclaration Damas-Damas, réclamant la libération des espaces politiques et publics au jeune Bachar el-Assad qui venait de succéder à son père Hafez.
Ce manifeste d’intellectuels sonnera le début d’un éphémère Printemps de Damas avant que le régime ne renoue avec ses habitudes répressives. Mais Kilo ne baisse pas les armes et son activisme lui vaut d’être emprisonné une nouvelle fois en 2007. Lorsqu’éclate la révolution de 2011, l’opposant historique, libéré depuis peu, ne tarde pas à quitter la Syrie pour poursuivre son combat depuis Paris, prenant la tête du courant libéral au sein de la plateforme d’opposition de la Coalition nationale syrienne (CNS).
Laïque, il a récemment fondé l’Union des démocrates syriens (UDS) et multiplie les déplacements dans les capitales occidentales pour les convaincre d’apporter le soutien décisif que l’opposition réclame depuis 3 ans face à Assad. Il confie à Jeune Afrique son analyse de la situation.
Quelle est la situation de la révolution sur le terrain ?
Les éléments démocrates et modérés sont dans une situation très grave, pris entre les succès militaires du régime et le développement des organisations intégristes de l’autre côté, type État islamique (EI) ou Jabhat al-Nosra (JAN). Après avoir limité leurs agressions aux régions nord, les intégristes attaquent maintenant l’Armée syrienne libre (ASL) partout, jusqu’à Deraa et le Hauran dans le sud où ils enlèvent des officiers. La CNS est également la proie d’une crise politique interne entre les différents courants liés à l’Arabie saoudite ou à son rival qatari, affaiblis par les jeux cachés des dirigeants et les démocrates ont toutes les difficultés pour développer une ligne politique de convergence. Un tel chaos politique combiné à l’affaiblissement de l’ASL constitue un vrai péril pour l’opposition.
Quelle est la responsabilité du président de la CNS Ahmad Jarba dans tout cela ?
Alors que se profile l’élection d’un nouveau président pour la CNS [qui a eu lieu après cette interview, le 9 juillet : Hadi al-Bahra, soutenu par son prédécesseur Ahmad Jarba et par l’Arabie saoudite, où il réside, a été élu avec 62 voix contre 41 pour Mouwafaq Nayrabiyeh, NDLR]. Jarba tient à conserver son influence en jouant sous la table, ce qui empoisonne l’atmosphère. Jarba n’a travaillé que pour lui-même sans chercher l’alliance des forces de l’opposition, la coalition de l’opposition se retrouvant ainsi dirigée par un président non démocrate…
Les États-Unis de leur côté se contentent d’administrer la crise quand le rival russe se bat concrètement sur le terrain aux côtés d’Assad.
Comment une telle situation pourrait s’améliorer ?
J’ai parlé avec les Saoudiens et je leur ai dit que s’ils acceptaient la mise en place d’un pouvoir indépendant et d’un régime démocratique en Syrie, les batailles entre unionistes arabes et non unionistes, entre progressistes et conservateurs allaient enfin cesser. Mais que s’ils voulaient l’entraver, nous resterions isolés dans le monde arabe et les jouets du Qatar. Les États-Unis de leur côté se contentent d’administrer la crise quand le rival russe se bat concrètement sur le terrain aux côtés d’Assad.
L’Occident parle souvent des « modérés » de l’opposition, qu’est-ce qu’un modéré ?
Qu’est-ce qu’un modéré ? Les États-Unis avancent des notions mal définies parce qu’ils n’ont pas de politique claire sur la Syrie. Qu’est-ce qu’un modéré ? Quelqu’un qui porte des armes peut-il être qualifié de modéré ? Serait-ce quelqu’un qui n’a pas d’engagement politique ? Sont-ils ceux qui ne font partie ni de l’EI ni du régime ? En réalité, les « modérés » des Américains sont ceux qui ont été choisis, entraînés et partiellement armés par les États-Unis et qui sont restés en contact avec eux. On peut estimer à 7 – 8 000 le nombre d’hommes formés dans ces camps. Est-ce que ces 500 millions de dollars de soutien dont a parlé Obama vont aller à ces gens-là ? Et le Congrès américain va-t-il autoriser ce geste ? Allez savoir.
Les États-Unis ont en effet demandé à Jarba où se trouvent certains éléments qu’ils ont entraînés et qui ont disparu. Sont-ils passés à la Jabhat al-Nosra ? À l’État islamique ? Les États-Unis estiment pour leur part qu’ils sont sans doute passés à l’EI, leur pire ennemi jihadiste.
Et la Jabhat al-Nosra, labellisée Al Qaida, se bat contre le régime et contre l’EI mais est tout autant extrémiste que ces derniers…
Il est clair que la JAN est lié à Al Qaïda, ce qui n’est pas le cas de l’EI dont le « calife » Al-Baghdadi a demandé à Zawahiri de se soumettre à son autorité. La JAN a condamné l’extrémisme religieux de l’EI, l’a combattu comme elle a combattu le régime et n’a pas combattu l’ASL, du moins jusqu’à ces derniers jours où ils se sont mis à kidnapper des officiers de l’ASL dans le Hauran. Certains de l’ASL disent qu’il faut maintenant prendre des mesures contre la JAN ; en tout cas il faut surveiller attentivement quelle sera son évolution. Car si l’EI représente un danger immédiat, la JAN représente une grande menace pour plus tard et pour une future transition démocratique. Ils sont maintenant plus forts que l’EI sur le terrain syrien.
L’EI est-il vraiment l’allié sournois du régime syrien ?
L’EI a protégé la 17e division du régime à Raqqa, a livré des militants démocrates au régime. Il y a des officiers des services spéciaux de Damas dans leurs rangs, qui ne sont pas là pour infiltrer mais bien pour coopérer. Ils reçoivent de l’Iran des aides en argent, en munition, en logistique et en armes. Certains de leurs bataillons dorment même dans des casernes sous contrôle de l’armée…
J’ai dit aux Américains : dans quelques temps, nous ne pourrons plus combattre les extrémistes. Alors, soit vous devrez venir les combattre vous-mêmes, soit ils viendront chez vous pour vous combattre. Armer l’ASL est le seul moyen d’éviter ces deux issues.
Mais Damas a pourtant bombardé l’EI en Irak ?
Assad veut faire ainsi croire à l’Occident qu’il est celui qui peut lutter le plus efficacement contre l’intégrisme, mais les cibles étaient inexistantes, ils ont tapé dans le vide, à des dizaines de mètres des colonnes de jihadistes !
Mais Maliki, menacé par l’EI, est l’allié d’Assad…
En Syrie, l’EI a lutté avec le régime mais il combat Maliki en Irak, certes. Ce faisant, l’EI joue la carte d’une révolte populaire sunnite qui compte comme principales forces les tribus, les baathistes, des déserteurs et des ex miliciens des Sahwa (milices anti-Al-Qaïda levées par les États-Unis). À Mossoul, sur les 12 000 attaquants, seuls 500 faisaient partie de l’EI. Et les principaux cheikhs de la région ont fait des déclarations disant qu’ils étaient contre l’EI et l’élimineraient s’ils obtenaient un gouvernement d’union nationale. Las, confronté comme Assad à un soulèvement populaire, Maliki a décidé comme lui de confessionnaliser la crise et de décréter sa « guerre contre le terrorisme ».
Et le terrorisme est apparu…
J’ai dit au Département d’État américain « dans quelques temps, nous ne pourrons plus combattre les extrémistes. Alors, soit vous devrez venir les combattre vous-mêmes, soit ils viendront chez vous pour vous combattre. Armer l’ASL est le seul moyen d’éviter ces deux issues ». L’ASL est aujourd’hui constituée de 85 000 combattants, effectif qui pourrait en quelques semaines atteindre les 200 000 s’il l’on y mettait les moyens financiers et matériels nécessaires.
Les démocrates de la première heure de la révolution existent-ils encore ?
Il reste des milliers d’organisations, de jeunes, de femmes, de combattants qui font vivre les idéaux de la révolution. Notre Union démocratique recense 700 adhérents pour la seule localité de Madaniye et le chef du conseil de la commune lui-même en est membre. La révolution n’est pas morte mais le champ politique est occulté par ce qu’il se passe sur le terrain de la guerre. C’est à nous de donner aux militants de la liberté une expression démocratique unie sur la scène nationale et internationale. Tel est le but de l’UDS que nous avons récemment fondée.
Une solution politique existe-t-elle encore ?
À l’heure qu’il est, il n’y a pas de solution politique. On a bien vu à la conférence de Genève 2 que la Russie et l’Iran voient dans l’action militaire la seule solution possible. Une solution politique doit être basée sur des politiques internationales qui obligent Russes et Iraniens à quitter la voie militaire pour enfin se diriger vers un règlement politique. Mais Washington se contente de gérer la crise au jour le jour, et j’ai dit à Kerry à ce propos : « les États-Unis devraient arrêter cette politique des petits pas qui suit les évènements pour une politique des petits pas qui les anticipent. »
Ça fait quelques jours que j’essaie de vous écrire. Mais à chaque fois, je me trouve comme un handicapé qui n’arrive même pas à prendre son stylo pour commencer son texte.
Cette fois, je ne vais plus parler des dégâts, je ne vais plus donner des chiffres. Je trouve que c’est de l’inhumanité de donner le nombre des morts ou des blessés : un être humain et un humain, ce n’est pas un chiffre. Désormais, je ne vais plus jamais comparer entre nos dégâts et les leurs. Je ne vais pas dire que les Israéliens ont tué des femmes et des enfants sans parler des hommes perdus, comme si c’est légal de tuer les hommes : la Palestine a besoin de ses hommes , de ses femmes, de ses enfants et de ses arbres.
Je ne vais pas répéter les histoires des salaires, de manque d’électricité et de carburant ou de tout ce qu’il faut pour une vie honorable, parce que nous avons besoin de vivre en dignité et ça fait des années et des années qu’on vit avec toutes ces difficultés.
Je vais peut-être vous surprendre cette fois si je vous dis que je me sens INDIFFERENTE : je n’ai plus la peur dans le cœur, ni les larmes dans les yeux, ni la haine, vraiment, je ne hais personne.
Aujourd’hui, je ne vais plus parler de la paix, je vais parler du droit d’existence et celui de résistance. Lors de la première Intifada (1987-1993), la pierre était l’arme utilisée contre les crimes de l’armée israélienne, d’où vient le nom « guerre des pierres».
Alors l’équation : la pierre aux mains des Palestiniens face aux armes militaires des Israéliens et toujours le même résultat : « TERRORISTES PALESTINIENS ou ARABES.»
Depuis des années, les armes israéliennes se développent mais ce n’était pas le cas des armes de la résistance palestinienne. En 2006, tout le monde a décidé de punir ces Palestiniens qui ont voté pour ces « terroristes ». Israël a cru que c’était le temps d’extermination du Hamas, mais d’après tout ce qu’on a vu durant les offensives israéliennes, je crois que c’est le contraire qui est arrivé.
Le Hamas a construit les tunnels pour fournir tout ce qu’il manque au peuple de Gaza, c’est normal parce que la nécessité est la mère de l’invention. Ici, l’histoire commence : une pierre ne peut pas faire reculer une roquette ou un missile. Ces deux dernières doivent être affrontées par des roquettes. On ne peut pas rester les mains serrées et attendre que les Israéliens nous disent, « on vous redonne vos territoires parce que vous êtes pacifistes. » !!
Dans mon témoignage, j’ai décidé de vous parler de mon cousin, tué par les roquettes israéliennes. Cette fois, je vous parle de quelqu’un que je connais bien. Mon cousin est résistant, je n’ai pas peur de le dire, au contraire, j’en suis fière. Lui, il a choisi son chemin de résistance, il s’est rendu compte qu’il fallait sacrifier son cœur, sa vie, son sang pour que la Palestine soit libre. L’année dernière, le premier jour de la fête d’aïd Aladha, il m’a rendu visite avec son papa, il a beaucoup rigolé, a joué avec mes enfants et m’a promis de revenir cette année pour manger de bons gâteaux. La fête est dans 3 semaines à peu près et mon cousin ne va plus me rendre visite. Le mois dernier, il a ajouté une photo de lui sur Facebook : il était avec ses amis dans un restaurant, les assiettes vides et lui en train de penser. Des commentaires montrent que ces gens veulent rire, rigoler, vivre et vivre en paix. Il y en a un qui disait, « Je sais bien à quoi tu penses : qui a mangé ces sandwichs ? », l’autre qui lui disait , « euh l’ami, tu veux un autre sandwich, non ? » et lui avec son sens de l’humour leur répondait, « Mais les potes, vous me comprenez pas, je pense à ma future fiancée, je rêve qu’elle soit avec moi dans ce restaurant, les sandwichs auront un goût plus délicieux et l’endroit sera plus beau. »
Le jour précédant son assassinat, il jouait au foot avec ses copains et ses voisins et disait, « la coupe de monde, c’est ici à Gaza. »
Je vous raconte ces histoires pour vous dire que ces jeunes aiment vivre à en mourir.
On en a marre de tous ces actes. Nous, nous aimons la vie, on n’est jamais né avec la haine ou l’agressivité dans le cœur.
Je n’ai plus peur pour mes enfants, rien n’est cher à la Palestine. L’amour de la Palestine nous fait aimer la mort pour elle.
Mon petit de deux ans pensait, à chaque fois qu’on avait bombardé, qu’on frappait à la porte de la maison et il nous demandait de l’ouvrir. Ce matin, il me semblait qu’il ne croyait plus à ce qu’il pensait !!!! Il a raison, le pauvre, personne ne frappe à la porte de cette manière agressive.
Nous lançons un appel à manifester contre cette nouvelle vague de crimes de guerre d’Israël
contre le peuple palestinien.
Avec autorisation :
Rassemblement samedi 19 juillet à 14h00 devant le Porte-voix de l’Avenue de Stalingrad à Bruxelles ( gare du midi ).
Vous entendez les appels au secours de nos amis Palestiniens pourchassés, blessés, tués, suppliciés par Israël, son armée et ses colons.
C’est la terreur israélienne qui se poursuit et s’amplifie. Des bombardements sur la bande de Gaza font de nombreuses victimes.
Israël annonce une offensive « Protective Edge » sur Gaza, et on sait ce que recouvrent ces soi-disant actions de « protection » .
C’est l’été, les vacances, le Ramadan. Mais rien de tout cela n’empêche, bien au contraire, Israël de lancer ses attaques meurtrières contre la population palestinienne. Et cela ne doit pas nous empêcher de répondre aux appels au secours.
Dans toutes les capitales s’organisent des rassemblements de protestation.
Nous vous appelons à venir manifester TRÈS NOMBREUX
* Arrêt immédiat des crimes de guerre israéliens !
* Pas de soutien du gouvernement belge aux criminels de guerre israéliens !
* Boycottez le régime d’apartheid d’Israël !
* Liberté immédiate pour tous les prisonniers politiques !
Le gouvernement Netanyahu savait que les adolescents étaient morts, alors qu’il poussait au délire raciste
Max Blumenthal – The Electronic Intifada – 8 juillet 2014
Lors d’une manifestation de la droite à Jérusalem, une pancarte proclame « Que Dieu venge leur sang » et un jeune porte un autocollant déclarant « Kahane avait raison », en référence au dirigeant du mouvement violent des colons, originaire de Brooklyn. 1er juillet 2014. (Tali Mayer/ActiveStills)
« Maudit soit celui qui dira, « Venger ça » »
Chaim Bialik, « Sur le massacre »
Dès l’instant où les trois adolescents israéliens ont été portés disparus le mois dernier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’appareil de l’armée et des renseignements du pays ont bloqué toute circulation de l’information vers le grand public. Par un mélange toxique de propagande, de subterfuge et d’incitation, ils ont enflammé une situation précaire, manipulant les Israéliens pour tenir leur agenda, jusqu’à ce qu’ils rendent un cauchemar tout à fait évitable, inévitable.
Les chefs de la police et des renseignements et Netanyahu savaient dans les heures qui suivirent l’enlèvement et le meurtre des trois jeunes qu’ils avaient été tués. Et ils savaient qui étaient les principaux suspects moins d’un jour après que l’enlèvement a été signalé.
Plutôt que de révéler ces précisions au public, l’agence des renseignements d’Israël, le Shin Bet, a donné l’ordre du silence aux médias nationaux, interdisant aux agences d’information de dire que les adolescents avaient été presque certainement tués, et de révéler également l’identité des meurtriers présumés. Le Shin Bet a même menti aux parents des adolescents enlevés, leur faisant croire que leurs fils étaient en vie.
Au lieu de monter une action limitée pour arrêter les auteurs présumés et récupérer les corps des adolescents, Netanyahu a organisé toute une campagne agressive de relations publiques, de niveau international, exigeant la compassion et l’indignation des dirigeants dans le monde, lesquels avaient, eux aussi, le sentiment que les jeunes disparus étaient toujours vivants.
En attendant, les forces armées d’Israël saccageaient toute la Cisjordanie occupée et bombardaient la bande de Gaza dans une campagne de punition collective vendue mensongèrement aux Israéliens et au monde comme une mission de sauvetage.
Des détails essentiels qui étaient connus depuis le début par l’appareil armée-renseignements et Netanyahu n’ont été relayés vers l’opinion israélienne qu’après l’enlèvement de plus de 560 Palestiniens, dont au moins 200 sont toujours détenus sans inculpation ; après des raids sur les universités palestiniennes et des mises à sac d’innombrables maisons ; après que six civils palestiniens eurent été tués par les forces israéliennes ; après que la police de l’Autorité palestinienne entraînée par les Américains eut aidé les soldats israéliens dans des attaques contre des jeunes Palestiniens dans le centre de Ramallah ; après que furent allégués des vols qu’auraient commis les troupes israéliennes pour 3 millions de dollars US ; et après que la grand-messe de relations publiques internationales d’Israël fut arrivée à son terme.
L’assaut contre la Cisjordanie a suivi de près l’effondrement des négociations sous l’égide des USA, que les USA ont reproché à Netanyahu, et est venu immédiatement après la ratification par le Hamas d’un accord d’union avec l’Autorité palestinienne contrôlée par le Fatah. Netanyahu était toujours sous le coup de la reconnaissance américaine du gouvernement d’union quand la nouvelle de l’enlèvement lui est parvenue. Ne ratant jamais une occasion d’affaiblir les Palestiniens, lui et son entourage immédiat se sont résolus à tirer de l’enlèvement une propagande du meilleur niveau possible.
Des semaines après les faits, il est maintenant clair que le gouvernement israélien, ses services de renseignements et l’armée se sont engagés dans une opération de camouflage pour assurer l’espace politique dont ils avaient besoin pour une campagne militaire qui avait très peu à voir avec le sauvetage des adolescents enlevés.
La campagne de désinformation qu’ils ont menée a conduit une population endoctrinée, entièrement militarisée, à un délire tribaliste, provoquant une vague d’incitation à un haut degré, au meurtre vengeur consternant d’un adolescent palestinien innocent et à des émeutes à travers Jérusalem-Est.
Quand le chaos finira, et jusqu’où il se propagera, nul ne le sait. Mais son origine est de plus en plus claire.
Bâillonement des médias, mensonge aux parents des adolescents
Le 12 juin, trois jeunes Israéliens juifs, Naftali Frenkel, Gilad Shaar et Eyal Yifrach, disparaissent alors qu’ils font de l’autostop en partant de Kfar Etzion, une colonie illégale en Cisjordanie occupée. A 22 h 25, Shaar lance un appel paniqué à la police israélienne.
Durant cet appel étrange qui dure deux minutes et neuf secondes, on entend les présumés ravisseurs ordonner aux jeunes de garder la tête baissée. On entend aussi Radio Israël en bruit de fond, alors que Shaar appelle à l’aide à plusieurs reprises. Puis, ce sont plusieurs coups de feu, suivis de chants de fête, alors les ravisseurs remarquent, « Nous en avons eu trois ». Les trois ont été tués.
Il faut attendre jusqu’au lendemain matin pour que la police fasse le lien entre l’appel et la plainte pour personnes disparues déposée par les parents des jeunes. Lors d’une réunion avec des responsables du Shin Bet ce jour-là, les parents des adolescents écoutent un enregistrement de l’appel téléphonique.
Bat Galim Shaar, la mère de Gilad Shaar, demande aux enquêteurs de lui expliquer les coups de feu entendus en bruit de fond, et si cela veut dire que son fils est mort.
Selon Bat Galim Shaar, la police va déclarer que les balles étaient « des balles à blanc ». Quand la voiture utilisée par les présumés ravisseurs a été découverte carbonisée sur le bord d’une route, le Shin Bet lui dit qu’aucun ADN n’avait été trouvé. En réalité, il y a des balles et du sang partout à l’intérieur de la voiture. Le Shin Bet ment aux parents des jeunes disparus afin d’entretenir le faux espoir que leurs fils sont en vie.
Des soldats israéliens sécurisent la zone autour d’une voiture carbonisée près d’Hébron, en Cisjordanie, le 13 juin, après que trois adolescents israéliens furent portés disparus la veille. (Mamoun Wazwaz/APA Images)
« Quand (le Shin Bet) me dit finalement à 6 h du matin, vendredi, que l’armée est au travail, je me sens mieux – comme si nous étions entre de bonnes mains, » a dit Bat Galim Shaar sur Channel 10 d’Israël. « J’ai été naïve, j’ai dit à tout le monde que Gilad serait à la maison avant le Shabbat. »
Après avoir trompé les parents des victimes, l’appareil armée-renseignements d’Israël a été amené à dissimuler la vérité au grand public, donnant un ordre de silence qui interdisait aux médias du pays de faire des révélations sur les coups de feu entendus dans l’appel enregistré à la police.
Selon le texte de l’ordre de silence, qui a d’abord été publié en anglais sur Mondoweiss, l’armée interdit aux journalistes israéliens de rendre publics « tous les détails de l’enquête » et « tout détail qui pourrait identifier le suspect ».
Non seulement tous ceux qui participaient à l’enquête – Netanyahu, le Shin Bet, l’armée – ont su tout de suite que les trois adolescents disparus étaient presque certainement morts, mais ils avaient aussi identifié les deux hommes qu’ils pensaient être les responsables un peu plus d’un jour après le crime.
Pour légitimer les objectifs plus vastes de l’armée, ils n’ont pas divulgué cette information.
Cacher les suspects
Le 17 juin, le site d’information de langue arabe, Rai Al Youm, rapporte que la police israélienne et les agents du Shin Bet ont investi les maisons de Marwan Qawasmeh et d’Amer Abu Eishe, les principaux suspects, près d’Hébron en Cisjordanie du sud. En tant qu’organe d’informations palestinien basé à Londres, Rai Al Youm n’était pas soumis à l’ordre de silence de l’armée israélienne et était, par conséquent, libre de publier les noms des deux personnes accusées d’être les ravisseurs.
Citant un article du site d’informations israélien Walla !, article retiré en raison de l’ordre de silence ou rendu autrement inaccessible, Rai Al Youm résume le récit du père d’Abu Eishe comme suit : « Samedi, à l’aube (deux jours après que l’enlèvement présumé eut été diffusé), les forces spéciales de l’armée israélienne ont investi la maison et interrogé les fils de la famille, tentant de trouver une information qui pourrait les guider là où il se trouvait, mais ils ont échoué ».
Le père d’Abu Eishé ajoute que le Shin Bet a aussi arrêté l’épouse de son fils pour l’interroger sur l’endroit où il pourrait se trouver. Un oncle de Qawasmeh remarque que quatre des frères de son neveu et son épouse ont été arrêtés le lendemain du présumé enlèvement, et interrogés.
Rai Al Youm ajoute : « Plusieurs des correspondants militaires des médias hébreux ont publié vendredi dernier une déclaration attribuée à un dirigeant de la sécurité palestinienne où il dit que l’AP (Autorité palestinienne) a pisté deux membres du Hamas qui avaient disparu jeudi dernier (le jour de l’enlèvement) et que les forces de sécurité de l’AP ont donné l’information qu’elles détenaient à Israël. Et maintenant, il est clair que ce récit est véridique, et qu’Israël les recherche et les accuse d’être derrière l’enlèvement. »
Allison Deger, correspondante Mondoweiss, s’est rendue à la maison de Qawasmeh et confirme que l’armée et le Shin Bet ont emmené plusieurs hommes de la famille pour interrogatoire le 14 juin.
La maison familiale endommagée d’Amer Abu Eishe, l’un des deux Palestiniens identifiés par Israël comme suspects dans le meurtre des trois adolescents israéliens, une fois démolie par l’armée israélienne, à Hébron, Cisjordanie, le 1er juillet. (Oren Ziv/ActiveStills)
Dans une enquête criminelle normale d’envergure, les noms des suspects en fuite sont largement diffusés. Les enquêteurs affichent, bien en évidence, les photos des criminels recherchés dans des espaces publics pendant que les responsables de la police organisent des conférences de presse pour faire appel à l’aide du public. Dans ce cas-ci, toutefois, les services de renseignements d’Israël ont fait le choix de garder les identités de leurs suspects jalousement secrètes pendant deux semaines.
Alors que Netanyahu et ses principaux adjoints accusaient l’ensemble des membres du Hamas de l’enlèvement, le Shin Bet donnait l’ordre de taire toute information liée à l’identité des suspects jusqu’au 26 juin. Aussi loin que l’opinion publique israélienne était informée, les ravisseurs auraient pu être n’importe où en Cisjordanie, dans une école ou un café, ou un poulailler, là où quiconque affilié au Hamas peut se rassembler.
Ayant manipulé une population exceptionnellement influençable grâce à une gestion méticuleuse de l’information, l’armée a obtenu toute la latitude politique dont elle avait besoin pour se déchaîner dans les villes éloignées de la scène du crime.
Durant un raid sur l’université de Birzeit, près de Ramallah, les troupes israéliennes se sont emparées de centaines de drapeaux Hamas, les emmenant par camions comme si elles avaient récupéré là une preuve d’importance. Quand l’armée a bombardé la bande de Gaza, la seule justification dont elle a eu besoin était que le territoire côtier assiégé était gouverné par le Hamas.
Un sondage publié le 2 juillet révèle que 76 % des Israéliens juifs approuvent les actions de l’armée et expriment un soutien massif à Shin Bet.
À court terme, l’ordre de silence avait produit le résultat recherché.
Un élément isolé
Bien que Qawasmeh et Abu Eishe soient largement identifiés comme d’anciens membres de la branche militaire du Hamas, ils constituent un élément isolé susceptible d’avoir agi à l’insu et contre le volonté de la direction du Hamas.
Selon le journaliste israélien Shlomi Eldar, les membres du clan Qawasmeh d’Hébron ont la réputation d’attaquer des cibles civiles israéliennes pendant les cessez-le-feu entre Hamas et Israël.
Si une grande famille de plus de 10 000 membres ne peut guère être blâmée pour les actions de quelques-uns de ses membres, il est notoire que les attaques effectuées par des combattants de la famille ont été critiquées en privé par les hauts dirigeants du Hamas, comme l’explique Eldar. La direction du Hamas considérait ces opérations comme des actes anarchiques autodestructeurs et qu’il fallait les payer souvent sous forme d’assassinats par Israël. Dans chaque cas, la violence a brisé les cessez-le-feu et inspiré de nouvelles périodes d’effusion de sang.
« Il en va de même aujourd’hui, » écrit Eldar. « Marwan Qawasmeh et Amer Abu Eishe ont placé le Hamas là où sa direction n’avait pas l’intention d’aller ».
La direction du Hamas n’a pas encore assumé la responsabilité de l’enlèvement et n’avait probablement aucune connaissance du projet. Comme le correspondant militaire de Ha’aretz, Amos Harel, le note, « Jusqu’à présent, il n’existe aucune preuve que la direction du Hamas, à Gaza ou à l’étranger, ne soit impliquée dans l’enlèvement. » Harel ajoute que les retombées de l’enlèvement « figent efficacement la réconciliation Fatah-Hamas ».
Pourquoi la direction du Hamas aurait-elle autorisé une opération qui menaçait si clairement de remettre en cause les succès politiques du mouvement, réduisant à néant l’accord d’union tant vanté et laissant Abbas sans rival en Cisjordanie ?
L’attaque-éclair de la propagande du gouvernement israélien a couvert les questions qui donnent à réfléchir comme celles-ci. Quant à l’ordre de silence, il a obstrué la circulation de l’information qui aurait compliqué la propagande.
Déterminé à recadrer le récit de la presse internationale autour de la position difficile d’Israël aux mains du terrorisme palestinien, Netanyahu est passé à l’offensive.
#BringBackOurBoys
Le 17 juin, le même jour où l’armée israélienne confisquait de force les caméras de vidéosurveillance à Beitunia, qui avaient enregistré l’assassinat par ses soldats de deux garçons palestiniens désarmés lors d’une manifestation pour la Journée de la Nakba, l’ambassadeur israélien aux Nations-Unies, Ron Prosor, se montrait derrière un pupitre à la Mission des Nations-Unies à New York.
« Cela fait cinq jours que nos garçons ont disparu, » a tonné Prosor, « et j’interroge la communauté internationale, où êtes-vous ? Où êtes-vous ?! »
Se référant au gouvernement d’union Fatah-Hamas, Prosor d’ajouter : « Tous ceux dans la communauté internationale qui se sont précipités pour bénir ce mariage devraient regarder dans les yeux les parents qui ont le cœur brisé, et avoir le courage de prendre leur responsabilité en condamnant l’enlèvement. La communauté internationale a adhéré à un mauvais accord, et Israël paie pour cela. »
À côté de Prosor, il y avait un grand panneau sur lequel étaient représentés les visages souriants des trois adolescents disparus, sous un hastag marquant #BringBackOurBoys. L’attaque-éclair propagandiste d’Israël approchait de son apogée.
Pendant des jours, les dirigeants des brigades israéliennes entraînées à la propagande en ligne – qui vont de l’unité du porte-parole de l’armée israélienne à l’Agence juive et au bureau du Premier ministre – ces dirigeants ont inondé les médias sociaux avec le hashtag #BringBackOurBoys. Copiant Michelle Obama dans sa promotion du hashtag #BringBackOurGirls qui visait à sensibiliser l’opinion sur l’enlèvement des écolières nigériennes par des militants islamiques, l’épouse renfrognée du Premier ministre israélien, Sara, a posté un portrait d’elle-même sur Facebook, tenant une carte où est écrit#BringBackOurBoys
Des manifestants de droite crient des slogans anti-palestiniens lors d’un rassemblement devant la résidence du Premier ministre israélien à Jérusalem, le 5 juillet. Les manifestants lèvent des affiches montrant les trois adolescents assassinés avec le texte, « Unis pour les ramener chez eux ». (Faiz Abu Rmeleh/ActiveStills)
La campagne de médias sociaux a résonné à travers les communautés juives aux USA, où les synagogues du pays ont exposé des rubans jaunes dans une démonstration de solidarité soigneusement coordonnée avec les adolescents disparus. À New York, les politiciens de la ville se sont montrés aux rassemblements pro-Israël, pendant que des diplomates américains, de l’ambassadrice US aux Nations-Unies, Samantha Power, à l’ambassadrice Susan Rice, rivalisaient tour à tour pour rendre l’hommage le plus émouvant aux adolescents enlevés.
Rachel Frenkel, la mère de Naftali Frenkel, enlevé, a été déléguée par le gouvernement israélien auprès du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies à Genève, en Suisse, pour implorer une aide internationale afin de secourir son fils.
Toute la campagne de propagande est passée à la vitesse supérieure malgré Netanyahu et son entourage immédiat qui savaient que les adolescents étaient déjà certainement morts. Et elle a été possible grâce à l’ordre de silence du Shin Bet, que même des correspondants étrangers comme la chef du bureau du The New York Times à Jérusalem, Jodi Rudoren, a honoré. Le gouvernement israélien n’a pas voulu permettre aux faits d’interférer avec ce qui semblait être une opportunité politique.
Derrière l’image de pitié qu’elle affectait devant le monde, la société israélienne rageait de sa soif de sang. Une page Facebook créée spontanément, demandant qu’un prisonnier palestinien soit exécuté chaque jour que les adolescents resteront disparus, a recueilli plus de 35 000 « J’aime », la plupart venant de jeunes Israéliens, cela en quelques jours seulement. La page était appelée, « Le peuple d’Israël réclame vengeance ».
Manipulée par une campagne de haut niveau de tromperie et de désinformation, faisant croire que « leurs garçons » étaient toujours vivants, l’opinion israélienne n’allait pas tarder à recevoir des informations choquantes.
Sous une mince couche de terre
À 6 h du matin, le 30 juin, les corps de Frenkel, Shaar et Yifrach étaient trouvés à Halhoul, à l’entrée nord d’Hébron, en Cisjordanie occupée. Ils étaient allongés dans un trou peu profond sur un terrain appartenant à Marwan Qawasmeh, l’un des deux hommes suspectés de leur enlèvement et meurtre.
Les corps ont été découverts non pas par le Shin Bet, mais par une équipe de bénévoles de l’école agricole de Kfar Etzion qui a conduit les soldats sur place. Pour sa part, l’armée avait été trop occupée par l’invasion des maisons palestiniennes dans des régions aussi éloignées que Naplouse, pour passer efficacement au peigne fin la propriété d’un suspect à moins de 10 km du lieu de l’enlèvement.
Des heures après la découverte, les forces israéliennes ont placé des charges explosives dans les maisons familiales de Qawasmeh et Abu Eishe et les ont fait sauter. La destruction faisait suite à l’annonce que l’armée reprenait sa politique de démolitions punitives des maisons contre les familles de Palestiniens accusés de terrorisme.
Cet après-midi, Netanyahu a donné le ton pour une réponse nationale, publiant des commentaires sur son compte Twitter personnel qu’il venait juste de tenir à sa réunion de cabinet :
Le Premier ministre à la réunion de cabinet, 23 h 40, le 30 juin 2014 :
« C’est avec une grande peine que nous avons trouvé trois corps. Tout indique que ce sont les corps de nos jeunes enlevés, Eyal, Gilad et Naftali.
« Ils ont été enlevés et assassinés de sang-froid par des animaux humains. Au nom du peuple juif tout entier, je veux dire à leurs chères familles…
« Aux mères, pères, grands-mères et grands-pères, frères et sœurs – nous sommes profondément attristés, la nation tout entière pleure avec vous.
« Vengeance pour le sang d’un petit enfant, que Satan n’a pas encore créé. Aucun n’a une vengeance pour le sang pour trois jeunes purs qui étaient sur le…
« …chemin de la maison de leurs parents qui ne les reverront plus. Le Hamas est responsable et le Hamas paiera. Que les mémoires des trois garçons soient bénies. »
Les propos de Netanyahu ont laissé perplexes les gens de l’extérieur, mais chez ceux qui sont ancrés dans les limites étroites de la vie israélienne juive, ils ont eu eu une résonance familière.
De Kishinev à Jérusalem
La déclaration de Netanyahu fait allusion à la dernière strophe d’un poème de l’auteur hébreu Chaim Bialik, « Sur le massacre » :
Maudit soit celui qui dira : « Venger ça ! »
« Une telle vengeance, vengeance pour le sang d’un petit garçon,
« Que Satan lui-même n’a pas conçu
« Que ce sang transperce l’abîme !
« Que ce sang transperce les profondeurs des ténèbres,
« Laissez-le ronger les ténèbres et puis saper
« Toutes les fondations pourries de la terre ».
Dans sa poésie, une complainte brûlante ancrée dans le langage biblique, le poète Bialik adapte un pogrom de 1903 incité par le tsar russe et où un grand nombre de juifs sont morts, à Kishinev.
Bialik va donner une suite à son premier récit sur Kishinev avec « La ville du massacre », une œuvre incendiaire admonestant les victimes du pogrom pour leur passivité supposée face aux maraudeurs armés. (Les articles sur la résistance féroce des habitants ont été commodément ignorés.) Le poème a aidé à radicaliser des milliers de jeunes juifs à travers l’Europe de l’Est, inspirant la formation de comités d’autodéfense et gagnant des milliers de fidèles à la philosophie militante du sionisme. Parmi les plus influencés par Bialik, il y avait Vladimir Jabotinsky, l’activiste sioniste de droite qui deviendra plus tard un bienfaiteur politique pour le père de Netanyahu, Benzion.
Dans sa grossière appropriation de la poésie de Bialik, Benjamin Netanyahu reprend l’auteur du pogrom russe pour en faire un militant palestinien, traçant une ligne continue entre le cauchemar des juifs dans l’Europe de l’avant-guerre et le vécu israélien de nos jours. Dans l’opinion de Netanayhu, les « animaux humains » de Palestine ont hérité de l’esprit génocidaire des foules du tsar et ils répètent leurs crimes, sauf que les juifs sont prêts à se battre.
Naturellement, les juifs israéliens sont l’exact opposé des habitants des quartiers juifs (Shtetl) du début du siècle, se préparant contre les pogroms et nettoyages ethniques. Contrairement aux exclus persécutés de l’Europe de l’Est, les juifs israéliens comprennent une armée puissante, nucléarisée, qui regarde de haut une population palestinienne exclue, largement sans moyens de défense, et ce, avec le total soutien de la seule superpuissance du monde.
Pour ce qui le concerne, Netanyahu a plus en commun avec le tsar russe qui incitait contre les minorités religieuses pour détourner l’attention de ses problèmes politiques, qu’avec Bialik, le scribe itinérant qui canalisait la douleur des membres les plus faibles de sa société.
L’exploitation de la persécution historique des juifs a été une caractéristique constante de la rhétorique de Netanyahu, avec un étalage sans vergogne lors d’une allocation télévisée nationalement en octobre dernier, où il accuse le mouvement national palestinien d’avoir eu un rôle important dans l’Holocauste.
Cette fois, dans une atmosphère dangereusement tendue, sa démagogie a contribué à mettre en mouvement une vague de violences justicières qui a menacé d’engloutir l’ensemble de la société israélienne. Puis il s’est reculé de la scène publique, gardant un silence ostensible pendant plusieurs jours tandis que les éléments extrémistes qu’il avait enhardis prenaient le contrôle des rues.
Alors que des foules de jeunes juifs sillonnaient le centre de Jérusalem, scandant « Mort aux Arabes ! » et cherchaient des Palestiniens pour les agresser, des soldats israéliens en service actif allaient sur Facebook pour réclamer vengeance, postaient des photos d’eux-mêmes avec les armes qu’ils brûlaient d’utiliser.
Avec un sondage de l’opinion publique israélienne réalisé après les funérailles des adolescents israéliens, montrant le parti d’extrême-droite « Foyer juif » gagnant du terrain sur le parti Likoud de droite, les parvenus politicards israéliens se sont précipités pour publier des appels à la vengeance du sang et à l’ « anéantissement » du Hamas. Ayelet Shaked, star montante du Foyer juif, a publié un appel au génocide des Palestiniens sur Facebook qui a obtenu des milliers de « j’aime » de la part des Israéliens.
Le rabbin Noam Perel, secrétaire général de Bnei Akiva, le plus important mouvement de la jeunesse sioniste religieuse, a placé la barre du fanatisme encore plus haut en appelant à transformer l’armée israélienne en une armée de vengeurs « qui ne s’arrêteront pas à 300 prépuces philistins. » L’appel d’Akiva se rapporte au premier livre de Samuel, dans lequel le personnage biblique de David tue deux cents Philistins et rapporte leurs prépuces comme preuve de ce qu’il a fait.
Sur fond d’incitation de fièvre aiguë, une petite voiture entre dans le quartier retiré de Shuafat, un quartier palestinien de Jérusalem-Est, le 2 juillet. Derrière ses vitres teintées, des jeunes hommes en colère cherchent des garçons arabes.
Après un enlèvement bâclé la veille d’un jeune de 10 ans dans ce même quartier, les hommes empoignent un jeune de 16 ans, dénommé Muhammad Abu Khudair, le jettent dans la voiture et partent à toute vitesse. Abu Khudair est retrouvé mort le lendemain matin, dans les bois de Givat Shaul, à l’ouest et tout près de Jérusalem, avec des brûlures sur 90 % du corps.
Des manifestants dans la ville palestinienne d’Arara dans le nord de ce qui est actuellement Israël lancent des pierres sur la police israélienne lors d’une manifestation après l’assassinat de Muhammad Abu Khudair, le 5 juillet. (Yotam Ronen/ActiveStills).
Comme il l’avait fait après l’enlèvement des trois adolescents israéliens, le Shin Bet impose le silence sur l’enquête, apparemment dans l’espoir de retarder la publication de l’information qu’Abu khudair a été la victime de l’extrémisme juif. Et comme précédemment, la police va inonder les médias israéliens avec la désinformation, cette fois en insinuant que le jeune assassiné a été tué par des membres de sa propre famille parce qu’il était homosexuel.
The Electronic Intifada a obtenu l’enregistrement de la vidéosurveillance montrant les visages des présumés tueurs d’Abu Khudair, alors qu’ils l’enlèvent. La vidéo a été cachée pendant plusieurs jours au public israélien dans le cadre d’un nouvel ordre de silence du Shin Bet. Quand la police a finalement arrêté les assassins présumés d’Abu Khudair, elle a, curieusement, organisé une conférence de presse commune avec le meurtre d’une jeune femme juive, suggérant sans aucune preuve claire, qu’elle avait été la victime d’un terroriste palestinien.
Le 4 juillet, l’autopsie révèle que les assassins d’Abu Khudair l’ont brûlé vif. Des manifestations et des émeutes se propagent depuis Shuafat à travers Jérusalem-Est et dans les régions du nord d’Israël. Pendant ce temps, les nationalistes juifs s’en vont sur Facebook organiser de nouveaux lynchages.
Netanyahu a fait surface brièvement la veille de la cérémonie du Jour de l’Indépendance au consulat US de Jérusalem. Avec l’ambassadeur US en Israël, Dan Shapiro, assis à ses côtés, le Premier ministre s’est trouvé malgré lui confronté à la frénésie de racisme qu’il avait contribué à inspirer.
S’exprimant en anglais pour être compris de ses hôtes américains, Netanyahu a déclaré, « Assassinats, émeutes, incitations, autodéfense, n’ont aucune place dans notre démocratie. Et ce sont ces valeurs démocratiques qui nous différencient de nos voisins et nous unissent avec les États-Unis. »
À l’extérieur, le chaos ne montrait aucun signe d’apaisement.
Max Blumenthal est journaliste primé et auteur à succès. Son dernier livre : « Goliath : vie et répugnance dans le Grand Israël » (2013, Nation Books).