Journée Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) à Bruxelles
[youtube http://youtu.be/ggcxFNIWBA0?]
Si vous connaissez l'anglais, il y a aussi mon site parallèle, mais non identique http://bandannie.wordpress.com
Pour maintenir notre pression en faveur de Gaza
Pour exiger la fin de l’agression militaire israélienne
Pour l’arrête immédiat du Blocus
Pour finir avec l’occupation de PALESTINE
L’Union Générale des Communautés Palestiniennes en Europe
vous invitons à un rassemblement devant le Parlement européen
Le Samedi 09/08/2014
De 14H à 16H
Place de Luxembourg
Bruxelles
Soyons nombreux
Venez avec vos drapeaux palestiniens
Merci de participer et de diffuser cet appel
La Communauté Palestinienne en Belgique et au Luxembourg
Hamdan AL Damiri ( Coordinateur )
Nous avons interrogé le chercheur et politologue français François Burgat à propos du différentiel d’indignation exprimée s’agissant d’une part des intenses bombardements israéliens sur la bande de Gaza pendant quatre semaines et, de l’autre, des tueries quotidiennes en Syrie depuis trois ans.
On a rarement vu de telles mobilisations dans le monde en faveur des Gazaouis sous les bombes. Pourtant les révoltés syriens ont été victimes de massacres pires encore de la part du régime sans qu’on voie des foules indignées envahir les rues en Occident, pourquoi, à votre avis?
La dénonciation de la politique américano-israélienne unit. La lecture de la crise syrienne divise. L’affrontement israélo-arabe mobilise depuis toujours deux camps clairement identifiés, dont les acteurs et les argumentaires n’ont pas sensiblement évolué. Le camp dit «propalestinien» se superpose presque parfaitement à la vaste mouvance «anti-impérialiste», héritière d’une longue tradition d’opposition à la politique étrangère des États-Unis. La dénonciation de la politique israélienne est d’autant plus naturelle qu’elle a le plus souvent valeur de critique d’une classe politique qui, à droite comme à gauche, penche le plus souvent du côté israélien. Uni dans sa condamnation d’Israël et de ses alliés, ce camp «anti-impérialiste» est en revanche divisé moins sur la légitimité de l’opposition syrienne que sur la cohorte hétéroclite de ses alliés, arabes aussi bien qu’occidentaux. La révolte syrienne est en effet intervenue au lendemain d’un profond bouleversement de l’échiquier international. Celui qui a vu les diplomaties occidentales abandonner leur soutien inébranlable aux régimes autoritaires (en Tunisie et en Égypte notamment) pour mettre, assez cyniquement, leurs ambitions dans le panier du soutien aux révolutionnaires arabes. Le trouble généré par ce revirement a été accru par le fait que les Occidentaux, qui avaient boudé jusqu’à la dernière minute les protestations des Tunisiens et des Égyptiens, s’en sont pris pour inaugurer leur nouvelle politique à deux régimes (libyen et syrien) qui leur étaient tous deux traditionnellement hostiles, tout particulièrement sur la question palestinienne. Considérant qu’il a été en fait plus verbal qu’effectif (à la différence de celui de la Russie ou de l’Iran au régime), le soutien occidental s’est ainsi avéré plus préjudiciable qu’autre chose à l’opposition syrienne. On serait même tenté de dire qu’il a constitué à certains égards, pour l’opposition syrienne, un véritable «baiser de la mort». Nombreux sont les militants «anti-impérialistes» – tout particulièrement s’ils sont coupés du terrain syrien – qui hésitent en effet à joindre dans la lutte contre Bachar leurs efforts à ceux (Obama, Cameron, Hollande) qu’ils combattent depuis toujours. Comment aider des révolutionnaires si cela implique de se trouver dans le camp de Bernard Henri Lévy, pour ne rien dire de l’émir du Qatar ou du roi d’Arabie?
Il y a eu depuis trois ans beaucoup de condamnations verbales des horreurs en Syrie de la part des dirigeants de la «communauté internationale» et finalement assez peu à Gaza. La critique d’Israël reste contrainte?
C’est bien le problème. Nombre de militants hésitent à descendre dans la rue pour défendre l’opposition syrienne car ils ont le sentiment que cela revient à soutenir la politique de Hollande! Ils considèrent en quelque sorte qu’une mobilisation populaire aussi légitime que peut l’être la révolte syrienne est devenue infréquentable par le seul fait que des forces politiques illégitimes ont décidé d’essayer d’en tirer profit. Funeste est leur erreur d’analyse bien sûr, est-il besoin de le redire?
La critique d’Israël serait-elle contrainte…? Bien sûr et c’est peu dire! Journalistes, chercheurs, hommes politiques… La liste est longue de tous ceux qui pourraient témoigner des rigueurs multiformes de cette «contrainte»…
Les opinions publiques ne sont-elles pas troublées par l’apparition et par les succès des djihadistes en Syrie (et Irak), qui donnent de la révolte syrienne une image atroce (exécutions, crucifixions, etc.)?
Bien sûr! C’est en fait la question de l’islam politique tout entière qui est au cœur de la suspicion montante des Occidentaux à l’égard des printemps arabes. Sur le registre du «on vous l’avait bien dit», la très réelle et très inquiétante montée en puissance des djihadistes est seulement venue amplifier la réticence d’une écrasante majorité des opinions européennes à l’égard des élus des urnes des printemps arabes et partant, pour certains, à l’égard des printemps dans leur principe même. Nous n’avons sans doute pas assez pris conscience que le quasi-unanimisme européen (si tardif qu’il fût) devant le printemps tunisien était moins fondé sur la chute de Ben Ali que – supposément bien sûr, car l’erreur était de taille – sur la croyance que les islamistes, réputés absents des rangs des révolutionnaires, venaient de sortir de l’histoire.
Le paradoxe de la radicalisation djihadiste est qu’elle est en grande partie le résultat de nos atermoiements devant l’opposition modérée (et néanmoins islamiste car ces deux mots peuvent réellement aller de pair, il faut le redire sans se lasser) que nous avons refusé de soutenir efficacement. Notre réticence spontanée et viscérale vis-à-vis du Hamas ou la facilité avec laquelle nous avons accepté la déposition du président égyptien Mohammed Morsi en 2013 vont de pair avec notre suspicion précoce à l’égard du Conseil national syrien (opposition en exil), immédiatement jugé «trop proche des Frères musulmans». Les djihadistes, cela se fabrique. Le paradoxe de notre attitude vis-à-vis des islamistes est que notre rejet des plus modérés participe activement à la fabrication de leurs successeurs beaucoup plus radicaux.
Une partie des partisans de la cause palestinienne refuse de critiquer le régime syrien, qui prétend depuis toujours la défendre, que leur répondez-vous?
Je leur souhaite seulement d’aller exprimer leur point de vue dans les rues du camp palestinien de Yarmouk, à Damas, ou dans n’importe laquelle des villes que le régime syrien martyrise depuis trois ans sous les bombes et les obus. Ils prendraient alors la mesure de leur terrifiante erreur.
Propos recueillis par BAUDOUIN LOOS
Article paru dans Le Soir du 7 août 2014
Voici l’article du Docteur Oberlin Aujourd’hui est un jour de deuil supplémentaire pour les Palestiniens. Hier 5 août 2014 Mr Riad Al MALIKI, ministre des Affaires Etrangères de Palestine, a obtenu de Mme Fatou BENSOUDA, procureure de la Cour Pénale Internationale, l’annulation de la plainte déposée le 25 juillet 2014 par Mr Saleem Al SAQQA, ministre palestinien de la Justice, et Mr Ismaeel JABER, procureur général de Gaza, pour les crimes de guerre commis à Gaza par l’armée israélienne. Cette plainte, élaborée par les meilleurs spécialistes du Droit International, avait reçu l’appui de 130 professeurs de Droit de par le monde qui avaient affirmé sa complète recevabilité au regard des statuts de la Cour Pénale Internationale. Dès la publication de la plainte, le président palestinien Mahmoud ABBAS, le représentant de la Palestine à l’ONU, et Mme Leila CHAHID, ambassadrice de Palestine auprès de l’Union Européenne, ont développé une stratégie en vue de l’annulation de la plainte. Le représentant à l’ONU a prétendu, à l’unisson avec la partie israélienne, que le dépôt de plainte risquait de se retourner contre la résistance palestinienne, ce qui est juridiquement faux (article 31D du statut de la Cour Pénale internationale). Mme Leila CHAHID est allée dans le même sens, provoquant le 4 aout une réaction officielle du Hamas par l’intermédiaire de son porte-Parole Sami Abu ZOUHRI : « N’écoutez aucune voix qui suggérerait que nous serions opposés à une action auprès de la Cour Pénale Internationale. Certaines personnes disent que le Hamas ou d’autres personnes résistantes pourraient être victimes d’une telle démarche, mais ce n’est pas vrai. Ce n’est que de la propagande. Rien de ce que nous faisons ne nous fait peur. Nous sommes sous occupation et c’est notre droit, selon la loi, de résister. Et c’est aussi le droit de notre population d’être défendue. » Ces pressions sur la Cour Pénale Internationale aboutissant à l’annulation de la plainte étaient malheureusement prévisibles. Déjà à la suite de guerre de l’hiver 2008-2009, Mr ABBAS avait dépêché Mr Al MALIKI auprès du procureur de la Cour, aboutissant à l’annulation de la procédure de plainte en cours. Ce sont les mêmes acteurs aujourd’hui qui sont à la manœuvre. Il faut dire que la plainte déposée le 25 juillet 2014, outre les crimes de guerre, mentionnait le crime de colonialisme, faisant ainsi peser une lourde menace sur Israël : dès la plainte transmise à la chambre intermédiaire, les entreprises étrangères travaillant dans les territoires occupés devenaient susceptibles de poursuites pour complicité. Les conséquences économiques pour Israël auraient pu être rapides, bien avant que n’advienne le jugement des commanditaires des crimes de guerre. Avant même que la bataille des armes ne soit terminée, Mr NETANYAHU a remporté grâce à Mr ABBAS et Mme CHAHID une victoire politique déterminante : la menace économique est éloignée. Comme toujours en pareil circonstances, la communication palestinienne et en particulier Mme CHAHID, prétend avoir une autre stratégie : celle d’adhésion à la Cour Pénale Internationale. Pourquoi ne l’avoir pas fait plus tôt ? La supposée nécessité de reconnaissance préalable de l’Etat palestinien à l’ONU est un mensonge juridique. Mr ABBAS et Mme CHAHID auraient pu saisir la Cour depuis près de dix ans. Trois massacres à Gaza auraient peut-être pu être évités. La décision de faire taire le Droit met à nouveau en lumière le jeu meurtrier et la nature réelle de l’Autorité Palestinienne. Sert-elle les Palestiniens en 2006 lorsqu’après avoir perdu les élections elle tente de reprendre le pouvoir par les armes ? Sert-elle les Palestiniens en 2006 lorsqu’elle condamne la capture d’un soldat israélien au poste de combat ? Sert-elle les Palestiniens en 2009 quand elle contribue à enterrer le rapport GOLDSTONE sur les crimes commis à Gaza ? Sert-elle les Palestiniens quand elle soutient officiellement le nouveau dictateur égyptien qui est à l’origine de la fermeture du seul point de passage de GAZA avec le Monde ? Sert-elle les Palestiniens lorsque son président déclare quelques jours avant l’attaque israélienne : « Les tunnels entre Gaza et l‘Egypte sont illégaux. Nous (sic) avons essayé de les détruire, nous (sic) avons construit un mur d’acier souterrain, « nous (sic) avons essayé de les noyer ». Toutes ces attaques ont notamment pour but de détruire un parti politique à référence culturelle musulmane, le HAMAS, et quel qu’en soit le prix pour la population palestinienne. Le droit international étant bafoué, force est d’observer à nouveau le droit national palestinien, bafoué lui aussi. Le président ABBAS, selon des lois fondamentales palestiniennes, a terminé son mandat en janvier 2009. Des élections ne pouvant avoir lieu, c’est le président du parlement Aziz DUWAIK qui aurait dû le remplacer. Mr DUWAIK est en prison. Alors que le parlement aurait dû légalement voir son mandat prolongé, nombre de parlementaires ont été emprisonnés, parfois avec l’appui de la police palestinienne, et le parlement est empêché de fonctionner. Ainsi, on se bouscule aujourd’hui, parmi les dictatures arabes, pour être « le meilleur ennemi d’Israël ». Le président actuel est donc illégal autant qu’illégitime. Mr ABBAS et Mme CHAHID règnent sur un champ de ruines physique, politique et moral. Ils servent l’intérêt de l’ennemi. La Palestine a son gouvernement de VICHY qui ne représente pas les Palestiniens, pas plus que VICHY ne représentait la France. Que ceux qui le contestent osent organiser des élections libres et non faussées à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.« Christophe OBERLIN 6 août 2014 PS : L’équipe juridique qui travaille sur le sujet appelle à une pression populaire internationale pour maintenir cette plainte. Merci de signer et diffuser le plus possible la pétition qui soutient cette plainte : http://icc4israel.wesign.it/fr
Traduit par Alexandre Lassalle
31.07.2014 – 7 h 18mis à jour le 31.07.2014 à 7 h 18

Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Moshe Ya’alon attendent de prendre la parole en conférence de presse, le 28 juillet 2014 à Tel Aviv. REUTERS/Nir Elias
Les médias n’arrivent à couvrir pleinement le conflit, et le pays souffre d’une sorte de blackout médiatique.
En 2008, Israël lance l’opération Plomb Durci pour mettre un terme aux tirs de roquettes du Hamas depuis Gaza: les journalistes sont alors friands de détails au sujet de l’opération militaire. Ils veulent savoir combien de militants du Hamas ont été tués, combien ont été capturés, quelles infrastructures ont été touchées, quels objectifs sont encore à atteindre, et bien d’autres choses encore. En revanche, les conséquences de cette opération pour l’autre camp, par exemple combien de civils palestiniens ont trouvé la mort, ne les intéressent pas. La seule question qui se pose à ce moment-là n’est pas «pour quelle raison autant de Palestiniens sont tués?», mais «pourquoi l’opération n’a pas commencé plus tôt?»
En 2012, après le déclenchement de l’offensive Pilier de défense, Keshev, un groupe israélien de surveillance des médias, dénonce le fait que cette guerre a «plus que jamais rendu flou la différence entre les porte-parole officiels de l’armée et les médias israéliens». Cette affirmation est encore vraie aujourd’hui.
J’ai connu et admiré de nombreux journalistes israéliens au cours des deux décennies pendant lesquelles j’ai couvert ce conflit: leur professionnalisme n’est plus à démontrer. Ils savent être des interviewers tenaces et des analystes implacables, sans pour autant se couper des personnalités de premier plan. Donnez-leur un bon vieux scandale financier ou sexuel, et ils feront regretter à n’importe quel politicien de s’être un jour porté candidat à une élection. Demandez par exemple à l’ancien Premier ministre Ehud Olmert ou à l’ancien président Moshe Katsav de quelle façon les médias ont couvert leurs procès.
Mais avec la guerre, de nombreux journalistes israéliens, peut-être même leur majorité –à quelques remarquables exceptions près–, préfèrent faire profil bas, tout comme le reste de la population.
Surtout dans les premiers jours d’une opération militaire, ils ont peur de poser les questions qui fâchent: ils choisissent donc de répéter comme des perroquets les discours des leaders politiques et militaires du pays (en hébreu, on utilise le mot meguyasim,«appelé» ou «recrue», pour critiquer les journalistes en temps de guerre). D’ailleurs, parce qu’il est interdit aux Israéliens d’entrer dans la bande de Gaza et que l’opinion publique montre étonnamment peu d’intérêt pour les questions palestiniennes, seuls de très rares journalistes israéliens ont développé un réseau de sources sur le terrain.
Seuls de très rares journalistes israéliens ont développé un réseau de sources palestiniennes sur le terrain
Cela permet de comprendre pourquoi Israël voit la guerre à Gaza de façon si différente du reste du monde. Avec leur pays sous le feu des roquettes et leurs soldats se faisant tuer au combat, les journalistes israéliens cessent d’être des enquêteurs obstinés pour se transformer en fournisseurs d’informations prémâchées transmises par l’armée. Le patriotisme prévaut soudainement sur le devoir d’offrir une information impartiale.
Ce qui laisse aux Israéliens –encore nombreux à préférer les médias en hébreu à la presse internationale, pourtant de nos jours facile d’accès– une vision incomplète et faussée des évènements. Le soutien populaire à la guerre est ainsi total. Et la vision du Premier ministre Benjamin Netanyahou à propos de Gaza et du Hamas fait aujourd’hui consensus.
Les médias américains, pourraient dire certains, ont agi de la même façon avant la guerre en Irak, quand ils ont échoué à mettre en doute les renseignements sur les présumées armes de destruction massive de Saddam Hussein.
Mais les deux situations sont complètement différentes. Aux Etats-Unis, on ne retrouve pas cette intimité entre presse et forces militaires qui existe en Israël, où tout le monde fait son service militaire et où l’armée reste l’institution la plus prestigieuse. En 2003, il y avait d’ailleurs de nombreuses voix dans les médias américains pour dénoncer la guerre. Mais aujourd’hui en Israël, ils ne sont qu’une poignée à s’élever contre cette opération, aussi inconsidérée soit-elle aux yeux du reste du monde.
Les rares qui s’y emploient sont critiqués avec véhémence. «Vous êtes un traître!», a-t-on hurlé à Gideon Levy, un éditorialiste du Haaretz, alors qu’il était interviewé dans la rue au sujet d’une tribune où il mettait en cause les pilotes israéliens bombardant Gaza.
«Vous n’avez pas honte? C’est vous qui devriez vivre avec le Hamas. Nous avons les pilotes de chasse les plus responsables au monde. Vous pensez qu’il est normal que des enfants passent leurs vacances d’été dans un abri? Quelle honte!»
Un journal a d’ailleurs révélé que les lignes téléphonique de Channel 2 ont été saturées par le flot d’appels protestant contre le passage du journaliste à l’antenne. De la même façon, l’Israël Broadcasting Authority a interdit une émission de radio produite par une organisation de défense des droits humains parce qu’on y entendait les noms d’enfants palestiniens tués par des tirs d’obus israéliens. Pour cet organisme de régulation, ces informations étaient bien trop «polémiques».
Dans un climat où toute tentative de contestation est perçue comme une trahison, les médias israéliens choisissent le plus souvent de ne couvrir que partiellement ce qui se passe à Gaza. Ils évitent ainsi d’être accusés de prendre partie pour l’ennemi ou d’affaiblir l’Etat en guerre.
Avant cette calamiteuse guerre, une forme de lassitude vis-à-vis de la question palestinienne associée à une chute spectaculaire du nombre d’attaques contre Israël avait conduit le pays à se replier sur lui-même et à croire que le conflit avait disparu. L’opinion voulait désormais des articles sur les succès d’Israël dans le domaine des technologies de pointe, et pas sur l’occupation militaire.
La plupart des Israéliens sont devenus «post-palestiniens» et les médias ont suivi le mouvement. Ils sont ainsi nombreux à avoir été surpris par cette guerre qui semble surgie de nulle part. Elle était pourtant parfaitement prévisible.
Ce manque d’intérêt ne se reflète pas du côté palestinien. «Vous arrivez à croire ce qui s’est passé, vous?», me demandait une palestinienne lors qu’un reportage à Gaza pour le Washington Post. Je n’avais aucune idée de ce dont elle parlait. Elle évoquait en fait une affaire particulièrement choquante de violences domestiques dans laquelle un Israélien avait assassiné sa femme. Elle en avait entendu parler à la radio.
Les Israéliens sont devenus «post-palestiniens» et les médias ont suivi le mouvement
Pour s’informer, les Israéliens ont recours aux mivzak, des bulletins diffusés toutes les heures à la radio, aux journaux télévisés du soir de Channel 1, 2 ou 10, et aux analyses des deux quotidiens les plus largement distribués, le Yedioth Ahronoth et le Maariv. Ces tabloïds en couleur mélangent informations, analyses sérieuses et photos de femmes en bikini sur la plage. Quant au Haaretz –le média qui va le plus loin dans sa critique de l’opération militaire– il a beau être le quotidien israélien le plus lu à l’étranger (dans sa traduction anglaise), c’est celui qui, parmi les journaux d’importance du pays, est le moins consulté en Israël. Car les Israéliens sont extrêmement friands d’informations… quand elles parlent d’eux-mêmes.
Mabat, le magazine d’information diffusé en prime time sur Channel 1, est caractéristique de la façon de couvrir le conflit. Son édition du dimanche 20 juillet a ainsi été entièrement consacrée à la mort de 13 soldats israéliens. C’est compréhensible: presque chaque Israélien connaît quelqu’un qui a été appelé à combattre à Gaza et un tel bilan pour une seule journée est le plus grave des huit dernières années. C’est ce dont les spectateurs voulaient entendre parler.
Des reporters avaient été envoyés près de la frontière avec Gaza, dans les hôpitaux, aux funérailles… partout, sauf à Gaza. Et, bien que le gouvernement interdise aux Israéliens d’entrer dans la bande de Gaza, l’émission aurait pu donner la parole à des journalistes américains, européens ou palestiniens pour raconter ce qui s’y passait.
Au moment même où Mabat était diffusé, la dépêche informant du nombre de civils palestiniens tués par les forces israéliennes dans le quartier de Shejaia, à l’est de Gaza –le jour le plus meurtrier de l’opération à ce moment-là– était déjà vieille de plusieurs heures et l’information faisait la une des médias internationaux.
Les images d’une atroce violence d’enfants morts étaient partout. Benyamin Netanyahou les décrira plus tard comme «des morts palestiniens extrêmement télégéniques». Plus tôt dans l’émission, un reporter israélien avait fait une brève référence aux civils tués en disant que le Hamas utilisait les images de Shejaia pour ternir le visage d’Israël dans le monde, reprenant ainsi le discours du gouvernement.
Vers la fin de l’émission, qui dure plus d’une heure, un reportage de trois minutes sur Shejaia, utilisant des images d’une chaîne arabe, est finalement diffusé. Le journaliste israélien présente la séquence en disant que selon certaines allégations plus de 60 Palestiniens, principalement des femmes et des enfants, ont été tués et que l’armée israélienne aurait ordonné une évacuation quelques jours auparavant. Même si les téléspectateurs peuvent se faire une idée des dommages, le reporter ajoute qu’il préfère épargner aux Israéliens les images les plus choquantes, celles que l’on pouvait pourtant voir partout ailleurs dans le monde.
Au beau milieu de l’émission, les présentateurs doivent laisser l’antenne à Benyamin Netanyahou et au ministre de la Défense, Moshe Ya’alon, s’adressant au pays. «Nous devons rester unis et forts dans ces jours difficiles», déclare Netanyahou. «Nous nous battons pour notre pays», ajoute-t-il faisant de cette bataille une question de survie.
Reconnaître que l’opération terrestre aurait pu être évitée est un aveu stupéfiant. Pourtant, aucun journaliste ne renchérit
Tout ce que Netanyahou dit a pour objectif de faire de cette guerre une absolue nécessité.«Nous n’avons pas choisi cette situation», explique-t-il. Il parle de l’importance de détruire les tunnels du Hamas –la raison mise avant pour une invasion terrestre– pour qu’ils ne puissent pas être utilisés en vue de prochaines attaques.
La première question d’un journaliste israélien tape dans le mille: il demande pourquoi le gouvernement a accepté, cinq jours plus tôt, un cessez-le-feu qui aurait évité l’actuelle offensive, si les tunnels sont bel et bien une menace pour la survie d’Israël? Netanyahou répond que la question des tunnels aurait pu être réglée par la voie diplomatique si le Hamas avait accepté le cessez-le-feu.
Or, reconnaître que l’opération terrestre aurait pu être évitée, qu’il y avait peut-être une façon pacifique de résoudre le problème, est un aveu stupéfiant. Pourtant, aucun journaliste ne renchérit. Ils laissent Netanyahou et Ya’alon se vanter de la réussite de l’opération à ce jour.
Voici quelques questions qui auraient pu être posées:
• Est-ce pour cet objectif limité –détruire certains tunnels– que l’armée israélienne tue autant d’enfants palestiniens et que tant de jeunes soldats israéliens sont en train de mourir?
• Nous savons que le Hamas a rejeté le premier cessez-le-feu. Mais si vous reconnaissez que cette affaire aurait pu être réglée diplomatiquement, pourquoi Israël n’a pas continué pas à en négocier les termes pour éviter l’escalade?
• Les Israéliens ne risquent-il pas de regretter d’avoir trop affaibli le Hamas quand des groupes de type al-Qaida commenceront à s’implanter à Gaza?
• En combien de temps le Hamas pourra-t-il construire de nouveaux tunnels?
Dans les faits, compte tenu de la lamentable inertie de journalistes habituellement plus agressifs, Netanyahou a pu faire taire toute remise en question de sa stratégie. Et cela fonctionne parfaitement: un sondage, effectué durant la semaine du 20 juillet, a montré que 80% de la population israélienne soutient l’opération et que 94% des Israéliens s’estiment satisfaits de l’action militaire.
Si la guerre s’étend en longueur et que le nombre de victimes israéliennes augmente sans aucune fin de conflit en vue, d’autres journalistes deviendront sûrement plus critiques. Mais pour le moment, il y a bien peu de contestation. Car, plus qu’autre chose, les journalistes jouent aujourd’hui le rôle de cheerlearders. Ben Caspit, l’un des analystes les plus influents d’Israël, a ainsi écrit le lundi 21 juillet dans le quotidien Maariv:
«Nous devons continuer à serrer les dents, à détourner les yeux et à faire notre job.»
Il y a eu beaucoup de discussions sur la façon dont les réseaux sociaux influencent la perception de cette guerre à l’étranger. Mais Facebook et Twitter ne sont que des moyens pour les militants pro-israéliens et pro-palestiniens de s’écharper virtuellement.
En fait, la façon dont Netanyahou a réussi à garantir un soutien populaire à cette offensive a plus à voir avec le fait que les éditorialistes israéliens et les principaux médias le laisse imposer sa propre vision. Et la diplomatie n’arrivera jamais à conduire Israël à explorer des alternatives à l’option militaire tant que la presse israélienne ne créera pas les conditions d’un débat national aussi honnête et approfondi que le mérite sa démocratie.
Dans le journal israélien Ha’aretz :
Barbarie à Gaza
Gideon Levy Haaretz 3 8 2014
La barbarie d’Israël à Gaza
Samedi matin, le Ministre Palestinien de la Santé a appelé A. de Rafah et lui a demandé de libérer sa chambre froide où il stocke les légumes. L’idée était de faire de la place pour des dizaines de corps empilés dans le petit hôpital local. La chambre froide de A. a été rapidement remplie de corps dont ceux de plusieurs enfants.
A Rafah samedi on a compté 120 morts et près de 500 blessés en une nuit lors des opérations israéliens de recherche du sous-lieutenant Hadar Goldin. A minuit, dans la nuit du vendredi au samedi j’ai reçu un appel de Y., le frère de A., qui m’a dit, en excellent hébreu, la voix étranglée puis en pleurs » ce qui s’est passé à Rafah aujourd’hui est un massacre à tous les sens du terme ».
Y. et sa famille sont partis à pied de chez eux vers la mer sous les bombardements. » Tous les F-16 et les avions sans pilotes que possède Israël sont maintenant dans le ciel de Rafah » m’a dit cet homme qui a travaillé 33 ans en Israël.
« Nous avons passé Rafah, comme tu le voulais Tal », chantait Arik Lavie dans une chanson vantarde d’une autre guerre. Lavie parlait du Major Général Israël Tal qui commandait la division qui a pris Gaza en 1967. Mais cette fois, effroyablement, nous n’avons pas encore passé Rafah, la ville la plus dévastée de la Bande, où les corps de samedi s’empilent.
Alors qu’Y. pleurait le massacre de Rafah, un commentaire du porte-parole de la Maison Blanche traitait le capture d »un officier israélien et la mort de deux de ses camarades de « violation barbare » de l’accord de cessez-le-feu. D’habitude réservé, le porte-parole employait le mot « barbare » pour la première fois durant cette guerre.
Rien d’autre n’est donc barbare. Ni le bombardement israélien deux jours auparavant du marché très achalandé de Shujayeh qui fit 17 morts et 150 blessés en plein cessez-le-feu, ni le bombardement qui frappa une école de l’UNRWA où 3000 personnes avaient trouvé refuge, ni le bombardement de la centrale électrique de Gaza, ni le bombardement de l’Université, ni la bombe lancée par les excellents pilotes de l’Armée de l’air israélienne sur un immeuble de quatre étages à Khan Yunis, sans sommation, tuant 35 personnes, dont 18 enfants et 8 femmes, sans doute le bombardement le plus meurtrier jamais lancé sur Gaza.
Seuls l’enlèvement et la mort de deux soldats. Voici un porte-parole américain qui souffre aussi de racisme : la « barbarie » pour lui est l’apanage d’un seul camp. Oui, le Hamas est connu pour sa « barbarie » , comme tous les palestiniens, et l’emploi du mot barbarie fait de Washington un nouveau trophée des relations publiques israéliennes.
Mais la vérité est que cette guerre est barbare depuis le début. Le nombre de morts dépasse d’ores et déjà celui de l’attaque barbare précédente, l’opération Plomb durci, avec un nombre atterrant de civils tués.
En proportion de la taille de la population de Gaza, le nombre de victimes est de l’ordre de celui de la guerre de Syrie. celui qu’Israël brandit pour prouver la nature animale des arabes. La semaine dernière, on a battu en Syrie le record de 1700 morts. A Gaza, dont la population est d’un dixième de celle de la Syrie, on est arrivé à sensiblement le même nombre de morts en trois semaines et demi d’intoxication des sens par Israël – pas une énorme différence.
Ce qui a débuté avec l’opération Plomb durci et continué avec l’opération Pilier de la défense, peut tourner à l’opération Paix en Galilée. On parle de rester un an à Gaza. Plus de 60 soldats et officiers ont été tués, ainsi que que plus de 1500 palestiniens dans une guerre qui n’arrive à rien sinon un bain de sang.
Le monde ne peut concevoir à quel point Israël est insensible, Y de Rafah ne le peut pas non plus. La nuit de vendredi, il me disait au téléphone, » je suis honteux pour ma culture israélienne. J’ai grandi avec vous jusqu’à 16 ans, et cela me fait mal quand j’entends une sirène à Ashkelon, la ville où j’ai travaillé pendant des années, et vous ne vous préoccupez pas de nous, pas du tout ». Il a encore pleuré, et j’ai gardé le silence.
source page fb de Marianne Blum
Merci de votre présence en nombre dimanche 27 juillet pour la grande manifestation nationale de solidarité avec le peuple palestinien, et en particulier avec la population de Gaza.
Malheureusement, malgré cette belle mobilisation, Israël poursuit inlassablement les bombardements sur la bande de Gaza. Les victimes sont de plus en plus nombreuses et la situation humanitaire est catastrophique depuis le bombardement de la seule centrale électrique de Gaza, privant ses habitants en électricité et en eau.
C’est pourquoi nous devons continuer à nous mobiliser!
Voici donc les prochaines dates de mobilisation à bloquer dans vos agendas :
– Mercredi 6/8 de 17h30 à 19h : Manifestation devant le SPF Affaires étrangères (15 rue des Petits Carmes, 1000 Bruxelles) – Venez habillés en blanc!
– Vendredi 8/8 – Jour de Colère – de 12h30 à 13h30 : Manifestation devant l’ambassade d’Israël (40 avenue de l’Observatoire, 1180 Bruxelles)
– Dimanche 17/8 à 14h : Grande manifestation nationale (objectif 20.000 personnes) – Détails à suivre.
En régions :
– à Liège Vendredi 8/8 – Jour de Colère – de 17h à 18h30 : rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien – Place du Marché, devant le Perron, symbole des Libertés liégeoises.
– à Charleroi – tous les vendredis à 18h – Jour de Colère : rassemblement devant l’Hotel de Ville, place Charles II.
On espère vous voir nombreux à ces occasions!
L’équipe de l’ABP
Il pleut des bombes sur Gaza. Les gouvernements européens sont très forts pour déplorer les morts civils et ensuite étaler leur impuissance. Mais le siège israélien de la bande de Gaza n’est possible que parce que la communauté internationale le permet. Pour faire tourner la machine de guerre, quasiment chaque pays doit, après quelques jours, faire appel aux moyens logistiques venant de l’étranger. Cela s’applique aussi à Israël. Nous pouvons en faire le constat concernant le siège en cours dans la bande de Gaza. Il n’y a pas d’appui logistique au Hamas dont la capacité militaire est relativement insignifiante par rapport à celle de l’armée israélienne. Israël par contre peut compter sur un approvisionnement continu de munitions et de carburant et dispose donc d’une force militaire à laquelle les factions armées palestiniennes ne peuvent se mesurer.
Sans approvisionnements de l’étranger, les avions de combat seraient restés au sol depuis longtemps sur les bases militaires israéliennes.
La Belgique joue aussi un rôle dans cette logistique vitale pour la machine de guerre israélienne. L’approvisionnement en munitions pour l’armée israélienne se fait en grande partie via les avions de sociétés aériennes israéliennes. Cet approvisionnement vient des Etats-Unis mais les avions atterrissent souvent à l’aéroport liégeois de Bierset pour se ravitailler en carburant. El Al, la société aérienne israélienne y tient le rôle principal mais il est probable que CAL Cargo Airlines, qui emploie l’aéroport liégeois comme nœud aérien international, y contribue. Il n’y a aucune transparence concernant les marchandises qui passent par Bierset mais nous pouvons supposer avec raison que ce trafic peut être considérable. Autrefois, avant de déménager vers Bierset, El Al faisait escale à l’aéroport néerlandais de Schiphol. En 2005 et 2006, plus de 160 millions d’amorces explosives, 17 millions de pièces d’armement et plus d’un million de cartouches, de grenades fumigènes et de détonateurs ont été délivrés par les Etats-Unis à l’armée israélienne en passant par Schiphol. Ce matériel militaire a été utilisé par Israël au Liban, tuant plus d’un millier de personnes. La société aérienne israélienne El Al n’a pas apprécié la transparence du gouvernement néerlandais concernant la nature des transports. C’est pour cette raison qu’elle a déménagé vers Bierset. On n’a pas de données claires concernant le passage de matériel militaire, mais on peut présumer qu’une partie passe par l’aéroport liégeois. Contrairement à la réglementation néerlandaise concernant le trafic d’armes, la Belgique ferme les yeux sur le transport de matériel militaire si ce matériel ne subit pas un transbordement vers un autre moyen de transport.
La Belgique choisit l’impuissance en prétendant qu’elle ne sait rien. Pourtant le gouvernement régional wallon est compétent et peut agir pour interdire le transport. L’information nécessaire est disponible auprès de l’administration aérienne qui reçoit une liste des chargements pour chaque vol transportant de l’armement, comme l’exigent les régulations concernant le transport de marchandises dangereuses.
Avec un peu de volonté politique, l’UE, et donc aussi la Belgique, peuvent jouer un rôle déterminant dans le siège israélien de la bande de Gaza, ce qui pourrait éviter des victimes civiles. Cela peut se faire en mettant fin le plus possible à l’approvisionnement en matériel militaire et en tout autre matériel pour faire la guerre aux parties combattantes ou au moins en mettant des entraves à ces transports. Pour le Hamas l’embargo existe déjà depuis longtemps. Vu le grand nombre de victimes civiles suite aux bombardements par Israël, il serait logique de soumettre aussi Israël à un embargo sur les armes d’autant plus que la colonisation israélienne du territoire palestinien est à la base du conflit.
En 2009, durant un autre siège israélien de la bande de Gaza, la Belgique a déjà fait un pas important par sa décision de “ne pas donner des licences d’armes qui pourraient renforcer la capacité militaire des parties combattantes”. La Belgique peut plaider au sein de l’UE pour en faire une politique européenne, par une application stricte des critères pour le transport d’armes comme inclus dans la position commune européenne 2008/944. Cette position commune prévoit entre autres que les licences d’exportations doivent être refusées “s’il existe un risque manifeste que le destinataire envisage d’utiliser la technologie ou les équipements militaires dont l’exportation est envisagée de manière agressive contre un autre pays ou pour faire valoir par la force une revendication territoriale” ou quand le droit humanitaire international est violé.
C’est pourquoi nous demandons que le nouveau gouvernement confirme cette décision de 2009 en ce qui concerne Israël et inscrive également un renforcement de la législation concernant l’exportation d’armes comme priorité de la politique européenne. De plus, nous demandons aux différents gouvernements régionaux, et spécifiquement au gouvernement wallon en ce qui concerne Bierset, d’être transparent en ce qui concerne tout transit de matériel militaire et de mettre fin à tout transport de matériel militaire vers Israël.
Mesdames et Messieurs les responsables politiques, engagez-vous pour mettre fin à la coopération logistique avec des pays en guerre. Les civils palestiniens n’ont rien à tirer de déclarations larmoyantes, ce dont ils ont besoin c’est de changements structurels. En mettant fin à la livraison d’armes, nous pouvons apporter une contribution significative.
Associations signataires :
11.11.11
Agir pour la Paix
Artistes contre le Mur asbl
Association Belgo-Palestinienne WB
Broederlijk Delen
CNCD-11.11.11
Comité BDS – ULB
Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie
Comité Verviers Palestine
Ecolo
GAPP
Geneeskunde voor de Derde Wereld (G3W) – Médecine pour le Tiers Monde (M3M)
Fédération Euro-Tunisienne pour une Citoyenneté Active (FETCA)
FOS
Intal
Leuvens Actieplatform Palestina
Links Ecologisch Forum » – « Forum Gauche Ecologie »
Palestina Solidariteit
Pax Christi Vlaanderen
Solidarité Socialiste
UPJB
Via Velo Palestina – PJPO – Ittre
ViaVelo Palestina – Solidarity with Bedouins
Vredesactie
Vrouwen in het Zwart Leuven
Vrede
source: courriel
Pour évoquer les aspects juridiques du conflit actuel à Gaza, nous avons joint François Dubuisson, expert en droit international (ULB).
Le 25 juillet, le ministre palestinien de la Justice et le procureur général de Gaza ont mandaté un cabinet d’avocats français pour déposer une plainte contre Israël pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Pensez-vous que la cour devrait se déclarer compétente?
A priori oui, il y a des bases assez solides. Les Palestiniens se basent sur leur déclaration auprès de cette cour qui date de 2009, après l’opération militaire israélienne à Gaza appelée Plomb durci. Bien que non-adhérents au traité qui fonde la CPI, les Palestiniens, par cette déclaration, rendaient la cour compétente. Mais le statut de la Palestine était alors encore incertain. Etait-ce un Etat? Le procureur de l’époque avait joué la montre puis avait renvoyé la balle à l’Assemblée générale de l’ONU et à l’Assemblée des Etats parties à la CPI. Toutefois, entre-temps, non seulement la Palestine a-t-elle été acceptée au sein de l’Unesco mais aussi, en 2012, comme Etat non-membre de l’ONU. Il n’y a donc aucun doute que la Palestine a la capacité d’agir devant la CPI. Celle-ci est donc potentiellement compétente dans le cas de crimes de guerre allégués comme les attaques contre les civils. La cour peut d’ailleurs très bien élargir d’éventuelles poursuites au Hamas, par exemple pour des tirs de roquettes indiscriminés contre Israël.
La CPI peut poursuivre des États comme des organisations?
Ni l’un ni l’autre. Elle ne peut poursuivre que des individus. Il avait été envisagé, lors de l’élaboration des statuts de la CPI, de lui donner compétence à poursuivre des personnes morales (des organisations, ou même des Etats), mais cela n’a pas été retenu en fin de compte. Autrement dit, la CPI chercherait à établir qui s’est rendu coupable de crimes de guerre ou contre l’humanité: celui qui a concrètement «poussé sur le bouton» d’une action illicite mais elle peut aussi remonter la chaîne de commandement jusqu’au sommet.
Les crimes commis pendant l’offensive Plomb durci en 2008-2009 paraissent largement semblables à ce qui se passe en ce mois de juillet…
Le parallèle avec Plomb durci semble pertinent. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU avait, comme cette fois-ci, commandité un rapport – le fameux rapport Goldstone – qui avait incriminé Israël pour la disproportion totale entre l’avantage militaire recherché par une série d’actions militaires et les dommages collatéraux. Quand on voit ce qui s’est passé ces derniers jours dans certains quartiers de Gaza complètement rasés, la disproportion, notion juridique importante, est clairement en cause. Goldstone n’ignorait pas non plus les tirs indiscriminés du Hamas. Ce rapport n’est pas prescrit, le procureur pourrait relancer le dossier.
Israël se retranche derrière le fait que l’armée prévient les populations par tracts, SMS, coups de téléphone, pour qu’elles évacuent les zones qu’elle s’apprête à bombarder…
Le rapport Goldstone évoquait ces avertissements, estimant qu’ils pouvaient constituer un élément de précaution à retenir mais notait que, si les civils ne s’en allaient pas, ces avertissements ne constituaient pas un élément qui ôtait la responsabilité pénale à celui qui bombarde. De même, pour la question des «boucliers humains», déjà invoquée par Israël en 2008-2009: ce phénomène n’avait pas été démontré et, de toute façon, il n’aurait pas justifié un feu vert pour tuer des civils quand bien même le Hamas aurait lui-même commis une violation du droit humanitaire en se servant de boucliers humains. Le principe de la disproportion pourrait être ici aussi plaidé.
Par BAUDOUIN LOOS, in Le Soir, Bruxelles, mardi 29 juillet 2014
C’est une journaliste et écrivaine néerlandophone qui publie quotidiennement dans le Morgen une rubrique sur le festival Theater aan zee 2014 appelé TAZ. Je consacre une page à ses articles et je vous recommande spécialement celui d’aujourd’hui sur Gaza qu’elle nous a lu ce matin lors de la matinée littéraire consacrée à Saskia De Coster
La page des rubriques de Ann est ici