Manif à Raqqa pour le père Paolo…


Syrie: manifestations anti-jihadistes réclamant la libération d’un père jésuite

BEYROUTH, 12 août 2013 (AFP)

Des manifestations contre les groupes jihadistes se déroulent au quotidien dans la ville de Raqa, dans le nord de la Syrie, pour réclamer la libération de « centaines » de militants et d’un père jésuite, rapporte une ONG.
Le père italien Paolo Dall’Oglio avait disparu fin juillet quand il s’est rendu à Raqa à la rencontre de responsables du groupe jihadiste l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) pour négocier la libération de militants enlevés par ces radicaux.
« Des manifestations sont organisées depuis deux semaines pour réclamer la libération de centaines de civils » enlevés par l’EIIL, dont père Dall’Oglio, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). « La Syrie est libre! L’Etat islamique (en Irak et au Levant) dehors! », selon les slogans des manifestants rapportés par l’ONG qui s’appuie sur un vaste réseau de militants et de médecins sur le terrain.
L’Observatoire a décrit père Dall’Oglio comme un « messager de la paix » et un « ami de l’opposition syrienne » luttant contre le régime de Bachar al-Assad. Connu pour son charisme et ses bonnes relations avec les militants pacifiques anti-régime, le père jésuite avait pris des positions très fermes contre la répression armée du régime de Bachar al-Assad, et avait été contraint par les autorités ecclésiales de son diocèse à partir, avant de revenir à une date indéterminée.
Il avait rencontré différents responsables arabes et occidentaux, pour faire prévaloir l’idée du soutien à l’opposition démocratique, seule manière selon lui d’éviter une dérive islamiste.
Raqa est la seule capitale provinciale tombée aux mains des rebelles depuis le début de la révolte lancée contre le régime en mars 2011 et qui s’est transformée par la suite en une guerre civile.

Qui part encore en reportage en Syrie ?


AFP PHOTO/HO/SANA Les reportages en Syrie rédigés par des journalistes étrangers se font rares. En cause, bien sûr, les mille et uns dangers que les reporters doivent affronter s’ils choisissent de se rendre dans ce pays. Du coup, les journalistes « freelance » (indépendants) deviennent majoritaires pour couvrir ce terrible conflit.

Dès les premiers mois de 2011, quand la contestation a commencé à prendre forme en Syrie, le régime a décidé de n’accorder de visas aux journalistes étrangers qu’au compte-gouttes. Les demandes émanant d’organes jugés défavorables étaient rarement honorées (comme celle du Soir en avril de cette année-là, qui ne reçut jamais de réponse de l’ambassade à Bruxelles). En revanche, des journalistes considérés comme « fiables » par le régime (des Russes, par exemple) n’éprouvaient pas ces difficultés.

Peu à peu, alors que la violence prenait le dessus, à partir de l’été 2011, des journalistes occidentaux ont pris le parti de passer en Syrie par des voies non officielles, par des chemins de contrebande à la frontière libanaise ou, plus souvent, turque. Pour se retrouver, donc, côté rebelles. De septembre à décembre, ils furent des dizaines sinon même bien plus à franchir ce pas. Cela a donné des reportages édifiants sur de nombreuses chaînes.

France 2 avait ainsi diffusé deux reportages saisissants à l’automne 2012. Est-ce pour punir la chaîne (et punir en même temps la France, « coupable » d’avoir pris parti pour les rebelles) qu’un guet-apens a été tendu par le régime le 11 janvier 2011 au reporter de France 2 Gilles Jacquier à Homs ? C’est en tout cas la thèse d’un livre convaincant (1) écrit par la compagne du journaliste, elle-même photographe, et deux journalistes suisses, qui accompagnaient tous trois notre confrère qui a perdu la vie ce jour-là.

En l’espèce, l’un des buts additionnels espérés aurait été de dissuader les reporters du monde entier de se rendre dans l’enfer syrien. Mais, si la Syrie est peu à peu désertée par les journalistes étrangers, c’est sans doute plus en raison des risques rencontrés en zones rebelles (compte tenu que l’entrée dans la Syrie sous contrôle du régime reste soumise à l’obtention de rarissimes visas).
Risques ? Celui de rencontrer la mort, bien sûr, ou de subir de graves blessures, comme notre consoeur française Edith Bouvier en mars 2012 à Homs encore (2). Mais le danger majeur, c’est aussi et surtout, désormais, la possibilité d’être victime d’un kidnapping. Si Reporters sans frontières répertorie 24 journalistes tués en Syrie depuis 2011, les chiffres sont volontairement moins précis pour les confrères retenus en otages par les diverses factions (ou, éventuellement, emprisonnés par le régime). Il y aurait une quinzaine de journalistes étrangers sans doute kidnappés.

Parmi les disparus, on citera en premier lieu le Belge Pierre Piccinin, qui n’est pas à proprement parler un journaliste mais qui s’était rendu pour la énième fois en Syrie au début du moi d’avril dernier afin de témoigner. Avec son ami Domenico Quirico, reporter de La Stampa, Pierre Piccinin aurait été enlevé par un groupe non identifié après avoir franchi la frontière libanaise. Les deux hommes ont réussi à donner un coup de téléphone à leur famille le 6 juin, mais depuis lors un inquiétant silence prévaut à nouveau.
De leur côté, les Français Didier François et Edouard Elias, envoyés par Europe1, ont disparu le 6 juin dernier alors qu’ils étaient en route pour Alep, dans le nord. Le plus inquiétant, dans la plupart des cas, c’est qu’on n’entend même pas parler de demandes de rançon ou d’échanges de prisonniers. Peut-être, parfois, des tractations se déroulent-elles entre ravisseurs et autorités nationales sans que la presse soit tenue au courant.

Compte tenu de ce sombre tableau bien à la mesure de la situation chaotique en Syrie, on ne s’étonnera guère de voir les rédactions hésiter à envoyer leurs journalistes dans ce chaudron. Résultat : à quelques exceptions près (3), ceux qui y vont encore sont des « freelance », des indépendants. Lesquels, pourtant, éprouvent les pires difficultés à vendre leurs papiers, car le conflit syrien s’est d’une part banalisé – les journaux ne rapportent même plus le nombre de victimes quotidiennes, qui se comptent pourtant en centaines… – mais, d’autre part et surtout, il s’est complexifié, il est devenu impropre aux analyses manichéennes, aux papiers faciles à vendre.

L’un de ces journalistes indépendants, l’Italienne Francesca Borri, a publié en juillet un article hallucinant sur le site Columbia Journalism Review (4) dans lequel elle décrit les conditions de son travail. Cet extrait servira d’éloquente conclusion : « Les journalistes freelance sont des journalistes de seconde zone – même s’il n’y a que des freelance ici, en Syrie, parce que c’est une guerre sale, une guerre du siècle dernier ; c’est une guerre de tranchée entre des rebelles et des loyalistes qui sont si proches qu’ils se hurlent dessus pendant qu’ils se mitraillent. Quand vous découvrez la ligne de front, vous n’en revenez pas, avec ces baïonnettes que vous n’avez jamais vues que dans les livres d’histoire. Les guerres modernes sont des guerres de drones, mais ici ils combattent mètre par mètre, rue par rue, et on en chie de peur ».

BAUDOUIN LOOS

(1) Attentat Express, par Caroline Poiron, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallelian (Seuil, 2013).
(2) Edith Bouvier a raconté son expérience dans un livre, Chambre avec vue sur guerre, chez Flammarion (2012).
(3) Parmi ces exceptions, le reportage retentissant réalisé par Jean-Philippe Remy et Laurent Van der Stockt, nos confrères du Monde en mars-avril et publié en mai, par lequel ils avaient réussi à valider la thèse que le régime recourt bien aux armes chimiques même si c’est de manière sporadique.
(4) Il a été traduit dans plusieurs langues. On le trouve notamment en français sur le site du Nouvel Observateur.

source

* L’affaire du pédophile gracié par le roi constitue-t-elle un tournant ?


Mohammed VI garde tout le pouvoir

* L’affaire du pédophile gracié par le roi constitue-t-elle un tournant ?

* Elle a mis en lumière le pouvoir absolu du roi… et de son cabinet.

Le « Daniel Gate », la grâce royale accordée à ce pédophile espagnol qui a suscité une extraordinaire indignation populaire au Maroc, forçant le roi à annuler sa décision, restera-t-il dans l’histoire comme un moment clé ? C’est sans doute le vœu d’une partie des citoyens las d’un pouvoir royal aux prérogatives qu’ils jugent exorbitantes.

« Il y aura bien un avant et un après ce 30 juillet 2013 au Maroc (date de la grâce, NDLR). Par une telle décision (aussi involontaire soit elle), le roi – père et protecteur de la nation selon la constitution et l’imaginaire collectif Marocain – vient de bafouer, d’outrer tous les Marocains, et par la même, ruiner 14 années de communication et marketing politique. (…) Quelque chose a changé, et pour toujours. Un rapport entre une grande partie du peuple et la monarchie a été rompu. » : ce constat a été fait le 4 août par l’intellectuel Youssef Oulhote et diffusé sur le site fr.lakome.com.

Comment en est-on arrivé là ?

Quand il prend le pouvoir le 30 juillet 1999 au décès de son père, le très craint Hassan II, Mohammed VI a alors 35 ans. Il jouit d’un préjugé favorable. Ses premières décisions confortent cette impression : il limoge Driss Basri, le ministre de l’Intérieur de son père dont il était l’exécuteur des basses œuvres, il fait revenir le vieil opposant d’extrême gauche banni Abraham Serfaty, il visite les provinces du nord que son père avait délaissées et il se façonne rapidement une image de « roi des pauvres » en affichant sa sollicitude pour les défavorisés.

La suite sera moins glorieuse même si « M6 », comme on le surnomme affectueusement, reste un souverain populaire. Le roi, dit-on, n’éprouve pas un penchant marqué pour la politique. Ses absences, ses vacances, se multiplient, elles sont longues. Ce printemps, ainsi, il partira deux mois en France sans mots dire, laissant la rumeur s’inquiéter pour sa santé.

L’affairisme prend le dessus au palais. Comme l’explique un livre édifiant (1), « la fortune personnelle du souverain a quintuplé depuis son accession au trône ». Aux commandes, on trouve le cabinet royal qui, selon des experts, gère en réalité le Maroc tout entier (y compris avec incompétence, comme l’affaire du pédophile l’a montré).

Cela c’était la version pessimiste. D’autres vantent en revanche un roi habile en économie et en politique. Ainsi, par exemple, quand un mouvement de revendication s’est développé au Maroc à l’éclosion des printemps arabes, au début de 2011, Mohammed VI a rapidement décidé de donner à ses sujets une nouvelle constitution, présentée comme plus démocratique que celle en vigueur. Le texte sera déjà adopté par référendum dès le 1er juillet de la même année !

Certains s’enthousiasment. Comme Baudouin Dupret et Jean-Noël Férié, directeurs de recherche au CNRS qui travaillent au Centre Jacques Berque à Rabat. « Le Maroc est le seul pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à avoir réussi à entamer des réformes suffisamment profondes pour qu’on ne puisse plus se résoudre – sauf de manière polémique – à le qualifier d’autoritaire », écrivent-ils dans la revue Moyen-Orient.

Vraiment ? Ces réformes ne convainquent pas tout le monde. Voici le constat formulé le 10 juillet par Souleiman Bencheikh, de l’hebdomadaire TelQuel : « C’est le roi en personne qui a pris la décision de réformer la Constitution, qui a nommé la commission chargée de la rédiger, qui l’a soumise à référendum, qui a nommé un nouveau chef de gouvernement et son équipe. Le pari implicite des démocrates marocains était que la nouvelle donne politique permettrait au chef de gouvernement de s’émanciper progressivement de la tutelle du chef de l’Etat et de profiter à plein des nouvelles prérogatives que lui octroie la Constitution : choix effectif des membres de son gouvernement (…), responsabilité devant le peuple et non plus devant le roi… Mais là encore, les démocrates sincères en ont été pour leurs frais : la pratique politique des deux dernières années et l’interprétation qui a été faite de la Constitution ont consacré un roi qui règne et gouverne. En d’autres termes, pour reprendre une métaphore sportive, Mohammed VI est à la fois arbitre et joueur. Alors forcément, à la fin, c’est lui qui gagne ! ».

Peu contestent ce constat, même le Premier ministre islamiste Abdelilah Benkirane dit que son parti, le PJD « ne fait que participer au gouvernement ; c’est le roi qui détient le pouvoir ». L’Association marocaine des droits de l’homme met, elle, les pieds dans le plat ce 23 juillet, constatant : « L’essence despotique de la nouvelle constitution est préservée et reste loin des composantes d’une constitution démocratique ».

BAUDOUIN LOOS

(1) Le Roi prédateur, par Catherine Graciet et Eric Laurent, au Seuil (2012)

LE SOIR DU MERCREDI 7 AOUT 2013

Le Belge Ali Aarrass en danger de mort dans sa prison marocaine


C’est l’histoire d’un homme qui va peut-être mourir en prison dans quelques jours. Un Belge en grève de la faim et de la soif dans une prison marocaine. Plus exactement, un Belgo-Marocain. A l’exception de ses proches, de ceux touchés par son sort, de quelques parlementaires et d’une agence de l’ONU, personne ne se préoccupe de son cas pathétique. A des degrés divers, trois Etats, le Maroc, l’Espagne et la Belgique, seront responsables s’il lui arrive malheur.
Il s’appelle Ali Aarrass. Il a 51 ans. En degré d’appel, le 2 octobre 2012, il a été condamné à douze ans de prison (après les quinze ans écopés en première instance, le 29 novembre 2011) pour « utilisation illégale d’armes » et « appartenance à un groupe ayant l’intention de commettre des actes terroristes ». Problème : Ali Aarrass a été torturé et ses « aveux » signés figurent sur un document rédigés en arabe, langue qu’il ne maîtrise pas. Personne n’a connaissance d’autres « preuves » contre lui.
Comment cette histoire à peine croyable s’est-elle développée ? Rétroactes.
Ali Aarrass est né le 4 mars 1962 à Melilla, l’enclave espagnole au nord du Maroc. Il arrive à 15 ans en Belgique muni d’un passeport marocain, mais il n’a jamais habité au Maroc où il n’a aucune attache. Le jeune Ali abandonne vite l’école, il veut travailler. Il travaille. Son dernier boulot en Belgique : libraire à Bruxelles. Il se marie en 1989, devient belge, fait son service militaire en Belgique (à l’Otan !) en 1993. En 2005, il retourne vivre à Melilla pour rejoindre son père.

Descente en enfer

Le cauchemar débute en 2006, par une première interpellation de la police espagnole qui le soupçonne de terrorisme. Il est relâché. Mais le 1er avril 2008, il est arrêté et emprisonné. Le célèbre juge Baltazar Garzon enquête pendant un an. Faute de preuves, il prononce un non-lieu le 16 mars 2009. Mais les autorités espagnoles ne le libèrent pas car le Maroc exige son extradition.
Le Haut-commissariat aux droit de l’homme de l’ONU examine son cas et demande le 26 novembre à Madrid de suspendre l’extradition en raison des risques de tortures encourus. Le gouvernement espagnol ignore l’avis et l’extrade le 14 décembre 2010.
L’ONU avait raison, le Maroc reste le Maroc. Pendant douze jours, Ali Aarrass va connaître les tristement célèbres chambres de torture de Temara, près de Rabat. Il connaît l’enfer. A bout de force, il finit par parapher des aveux rédigés dans un arabe classique qu’il ne connaît pas. S’ensuivent les condamnations mentionnées plus haut.
Al Aarrass s’empresse dès le 11 février 2011 de signaler au juge d’instruction marocain les faits de torture dont il a été l’objet. Ses avocats déposent des plaintes, mais la justice marocaine refuse d’ouvrir une enquête, se contentant d’un rapport médical du 8 décembre 2011 qui concluait qu’il ne portait aucune trace de torture. Amnesty International précise que « les experts indépendants commis par la défense d’Ali Aarrass ont jugé que le rapport d’examen était loin d’être conforme aux normes internationales en matière médico-légale qui sont inscrites dans le Protocole d’Istanbul ».
Le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’intéresse alors à nouveau à lui. Son rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumais ou dégradants fait un rapport daté du 14 décembre 2012. Juan E. Mendez y est cinglant. Il a pu voir l’accusé en prison le 20 septembre de la même année avec son propre médecin légiste. Les traces de tortures sont effectivement constatées (voir encadré). Les recommandations de ce rapport resteront lettre morte.
La famille et les amis d’Ali Aarrass se démènent depuis des années. Un site rend compte des éléments de l’affaire (freeali.eu). Mais son cas émeut peu, ou a du mal à se faire connaître. Seize parlementaires belges (1), dont une poignée d’origine marocaine, publient tout de même un appel le 16 février 2012 pour demander au ministre belge des Affaires étrangères de relayer aux autorités marocaines les inquiétudes sur la torture subie et l’iniquité des procès.

Grève de la faim

Le sort d’Ali Aarrass prend un caractère dramatique en ce mois de juillet. Voici ce qu’en dit Amnesty : « Ali Aarrass a entamé sa grève de la faim le 10 juillet car des employés de la prison étaient entrés dans sa cellule en son absence, avaient emmené sa correspondance personnelle, notamment des lettres de sa famille et des cartes postales de personnes lui apportant leur soutien, et avaient laissé les lieux en désordre. Il a ensuite été privé des droits élémentaires des prisonniers, y compris passer des appels téléphoniques, avoir accès à son courrier, se doucher et sortir dans la cour, ce qui s’apparente à des mauvais traitements. Il a durci sa grève de la faim le 25 juillet en refusant de boire. Depuis lors, il n’est pas autorisé à avoir des contacts avec sa famille ni ses avocats ».
Son état de santé serait devenu précaire. « Nous n’avons que des nouvelles indirectes, nous dit sa sœur Farida. Il est devenu très faible, nous sommes très inquiets. Au début de cette affaire, nous avions cru à une erreur car Ali n’est pas politisé. J’ai assisté aux procès, j’ai vu d’appel qui dormaient pendant l’audience ! Sauf que l’un d’eux a sommé Ali de se taire quand il évoquait la torture et lui a lâché qu’il avait de toute façon signé ses aveux. »
Les avocats d’Ali Aarrass ont porté la condamnation en appel devant la Cour de cassation, « sans beaucoup d’espoir », comme le dit Me Dounia Alamat. Avec Farida Aarrass, celle-ci a encore interpellé d’urgence le ministre belge des Affaires étrangères le le 26 juillet. Car la Belgique, parlons-en, n’a jamais levé le petit doigt pour le Belge Ali Aaarass.
Le porte-parole des Affaires étrangères a expliqué le 25 juillet que « le droit international stipule que lorsqu’un citoyen binational connaît un problème avec l’un de ses deux pays, l’autre s’abstient d’intervenir ». Un argument que Me Dounia Alamat balaie : « La Belgique invoque une convention de 1930 qui est désuète et que le Maroc n’a de toute façon même pas signée ! La jurisprudence internationale montre au contraire que les Etats protègent leurs ressortissants même en cas de double nationalité et puis la règle absolue en droit international c’est l’interdiction de la torture ».
Plusieurs citoyens belges d’origine marocaine ont lancé sur Facebook des appels au ministre Didier Reynders. Comme Radouane el-Baroudi, qui explique être né le 27 septembre 1979 à l’hôpital Edith Cavell, à Bruxelles : « Je sais comme vous que mon pays d’origine, le Maroc, est une dictature où l’on torture (…). Monsieur le Ministre, m’aideriez-vous s’il m’arrivait malheur au Maroc ? ».
BAUDOUIN LOOS

(1) Zoë Genot, membre du parlement fédéral, Ecolo; Eva Brems, membre du parlement fédéral, Groen; Fouad Ahidar, membre du parlement bruxellois, SP.a; Jan Rogiers, membre du parlement flamand, SP.a; Bert Anciaux, membre du Sénat, SP.a; Patrick Moriau, membre du parlement fédéral, PS; Jamal Ikazban, membre du parlement bruxellois, PS; Juliette Boulet, membre du parlement fédéral, ECOLO-Groen; Nadia El Yousfi, membre du parlement bruxellois, PS; Céline Delforge, membre du parlement bruxellois, Ecolo; Olivier Maingain, membre du parlement fédéral, FDF; Zakia Khattabi, membre du Sénat, Ecolo; Ahmed el-Khannouss, membre du parlement bruxellois, CDH; Dirk Peeters,  membre du parlement flamand, Groen; Meyrem Almaci, membre du parlement flamand, Groen; Mahinur Özdemir, membre du parlement bruxellois, CDH.

Une version plus courte de cet article est parue dans le journal “Le Soir” du jeudi 1er août 2013.

Avec les «printemps arabes», Al-Jazira a perdu sa crédibilité


Publié le 26 juillet 2013 par Baudouin Loos

Qu’est-il donc arrivé à Al-Jazira ? La grande chaîne arabe d’information en continu diffusée depuis Doha, au Qatar, qui s’était rendue célèbre en affichant depuis sa création en 1996 une revigorante liberté de ton n’est plus que l’ombre d’elle-même. Il est bien loin le temps où les Arabes se réjouissaient de voir et entendre des débats contradictoires impossibles sur leurs chaînes nationales. Pour d’innombrables téléspectateurs, la chaîne par satellite a perdu toute crédibilité et n’est plus qu’un organe de propagande au service de l’islamisme promu par le Qatar.

Les derniers événements en Egypte semblent avoir achevé de convaincre beaucoup de sceptiques. La couverture des manifestations monstres du 30 juin contre le président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, suivies par le populaire coup d’Etat du 3 juillet a en effet été tronquée, de l’avis même de plusieurs collaborateurs de la chaîne sur place.

« Il y a eu onze démissions au bureau du Caire en protestation contre la partialité de la chaîne, nous confirme de Doha un ancien de la télévision resté proche de ses confrères. Le plus haut gradé des démissionnaire est le producteur Ossama Radhi, un Egyptien, qui est considéré comme un pilier de la chaîne. L’atmosphère n’a jamais été aussi tendue. Les journalistes sont divises en deux clans qui se disputent sur Facebook (les pro et les anti-Frères musulmans), à tel point que le directeur général par intérim, l’Algérien Mustapha Soueg, a dû adresser une lettre interne afin de les exhorter à être sereins dans leurs polémiques sur ce qui se passe en Egypte. »

L’un des démissionnaires, Wasam Fadhel, a expliqué sa démission sur Facebook : « Al-Jazira ment ouvertement. Ils diffusent de vieux enregistrements de la place Tahrir vide, et disent que les images ont été tournées peu auparavant, et ils passent ces images pendant des heures. (…) Malheureusement, je travaillais dans un endroit que je pensais crédible, mais je comprends enfin que sa crédibilité était fondée sur une position politique détestable ».

Mais il y a bien eu évolution. Al-Jazira a changé. « La chaîne a perdu une partie de sa crédibilité avec le conflit en Libye, nous explique Akram Belkaïd, l’un des meilleurs journalistes et observateurs algériens, quand elle s’est résolument rangée aux côtés des rebelles. Beaucoup de ses spectateurs habituels au Maghreb n’ont pas admis ce parti-pris. Déjà, son silence à propos de la répression au Bahrein avait eu un impact négatif. Mais la chaîne bénéficiait de l’aura de ses couvertures des événements tunisiens et égyptiens. La couverture de la chute de Ben Ali et de Moubarak aura été ses derniers grands moments de journalisme “objectif”

Après la Libye, il y a eu le conflit syrien. C’est peu dire qu’Al-Jazira est aux côtés des insurgés alors que, dans le monde arabe, il existe un fort soutien à Assad (notamment au Maghreb). Là aussi, Al-Jazira apparaît partiale et non professionnelle Pour finir, elle a tenté jusqu’au bout de défendre Morsi, n’hésitant pas à donner des consignes en ce sens à ses reporters en Egypte. »

Mais pourquoi Al-Jazira a-t-elle donc viré sa cuti ? « Je défends la chaîne, très professionnelle, jusqu’en 2011, jusqu’à la fin de la révolution en Egypte, confie un ex-correspondant de la chaîne dans une grande capitale européenne. Après, il y a eu des directives d’en haut. Du palais. Il fallait privilégier l’islamisation de la société arabe. Les méthodes ont fondamentalement changé, on nous disait ce qu’il fallait dire, c’est devenu très difficile de travailler. Ils ont donc dû engager des jeunes, malléables, beaucoup d’anciens sont partis. »

Pour notre interlocuteur préférant l’anonymat, une réunion à Doha a été décisive. « Il y a d’abord eu la ‘démission’ du directeur Wadhah Khanfar, une forte personnalité palestinienne, en septembre 2011. En janvier 2012, ils ont réuni les chefs de bureau. Le nouveau directeur, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, de la famille de l’émir, leur a indiqué qu’ils mèneraient dorénavant la chaîne comme ils le voulaient, qu’elle était de toute façon devenue incontournable. »

Pour un résultat, donc, qui est dénoncé un peu partout. La chaîne, qui disait rassembler 50 millions de téléspectateurs tous les soirs, déçoit ses plus ardents défenseurs. Comme l’intellectuel tunisien Anouar Moalla, consultant dans la communication. « Je ne comprends plus cette chaîne, surtout depuis le départ de son directeur, Wadhah Khanfar. Certains pensent que c’est une dérive incontrôlée. D’autres y voient une évolution préméditée, planifiée de longue date. Porteuse, pendant des années, des espoirs des élites et des populations arabes, elle offre aujourd’hui le spectacle d’un lamentable échec. L’école de journalisme honnête et professionnel qu’elle était n’est plus aujourd’hui que l’outil performant d’une vaste conspiration, pour perpétuer la malédiction qui poursuit le monde arabe depuis des siècles. »

Il devient même malaisé de trouver des défenseurs de la chaîne qatarie. Salam Kawakibi, un politologue syrien exilé et proche des rebelles, tient néanmoins à apporter ses nuances. « La critique est nécessaire, nous écrit-il. Cependant, il semble qu’Al-Jazira devienne une cible facile pour certains dès qu’elle s’éloigne de leurs vues politiques. (…) Même si, dans le cas syrien, elle a mis l’accent sur les composantes islamistes de la contestation, il est très injuste de la condamner. C’est un organe médiatique professionnel avec des penchants politiques et sociétaux précis qui ne sont pas les miens. Et alors? Vous en connaissez des médias puissants et neutres? Il est d’ailleurs à observer que plusieurs de ses détracteurs actuels ne critiquaient pas quand la chaîne épousait leurs causes respectives. »

BAUDOUIN LOOS

Publié dans “Le Soir” du 25 juillet 2013.

Mort de Jacquier: le livre qui accuse le régime syrien


Le 11 janvier 2012 à Homs, l’un des épicentres de la révolte syrienne, le journaliste français Gilles Jacquier mourait criblé d’éclats de mortier ou de grenade. Un livre signé par sa compagne, elle-même photographe, qui l’accompagnait, et par deux journalistes suisses présents sur les lieux du drame vient de sortir au Seuil (1). A la fois témoignage poignant et enquête convaincante, l’ouvrage démonte un traquenard. Du régime.

Pour les auteurs, pas de doute, en effet : le régime de Bachar el-Assad a voulu tuer Gilles Jacquier. Pas seulement tuer un journaliste occidental, mais bien celui qui travaillait pour France 2. Car, au-delà de la valeur dissuasive universelle qu’incarnait le sort funeste d’un reporter sur le terrain syrien, le régime avait de solides raisons d’en vouloir à la France de Sarkozy pour son positionnement politique et aussi plus particulièrement à France 2, qui avait diffusé dans les semaines précédentes deux reportages, sans doute les premiers du genre en français, d’équipes envoyées clandestinement côté rebelles…

Encore faut-il le démontrer une telle thèse. Le livre y parvient, réussissant à présenter une telle accumulation d’éléments probants qu’il ne manque, à vrai dire, que les aveux du régime pour compléter le tableau…

Il y a d’abord les impressions au moment même du drame. Cette petite manifestation « spontanée » qui fait descendre le groupe de journalistes de leurs véhicules, la circulation dense qui se tarit soudain, cette interprète officielle qui dit à Caroline Poiron « Que Dieu te garde », les trois équipes de télévision syrienne sur place (elles seront six à l’hôpital deux heures plus tard), cette demi-douzaine d’inconnus qui poussent tout le monde dans un immeuble précis au bas duquel le journaliste français sera tué, les militaires accompagnant les journalistes qui disparaissent soudainement, etc.

Après, rentré en Europe, le trio, persuadé d’être tombé dans un piège, décide d’enquêter. Belgique, Maroc, Liban, Egypte : une « quête de vérité » décrite comme « difficile, pénible, usante et, avouons-le, déprimante ». Pour un résultat : « notre intime conviction que la mort de Gilles n’était pas une bavure de l’Armée syrienne libre (…). Nous avons recueilli et recoupé suffisamment témoignages pour nous laisser penser que la mort de Gilles a été orchestrée par le gouvernement syrien ».

Parmi les éléments de cette enquête qui éreinte au passage Georges Malbrunot, du Figaro, plusieurs vrais scoops attendent le lecteur, dont le témoignage inédit et inouï sur cette question, de l’ex-observateur de la Ligue arabe Anouar Malek, qui révèle aux auteurs que le gouverneur de Homs lui avait parlé de Gilles Jacquier le 7 janvier, lui annonçant sa prochaine visite dans la ville, alors que le reporter français, ce jour-là qui correspondait à son arrivée à Damas en provenance de Paris, n’était pas au courant qu’il irait à Homs puisqu’il souhaitait enquêter sur les coulisses du pouvoir syrien.

Qui, ensuite, poussa Gilles Jacquier et sa compagne à se rendre à Homs ? Un personnage central dans le livre, dont l’ombre semble planer sur le scénario mortifère du régime : mère Agnès-Mariam de la Croix. C’est par cette religieuse sulfureuse que le Français avait obtenu un sésame pour entrer en Syrie. Mais c’est aussi elle qui lui intima l’ordre d’aller à Homs le 11 janvier : c’est Homs ou le retour à Paris, avait-elle menacé…

Mère Agnès se voit même consacrer un chapitre entier du livre. Pour un portrait cinglant d’un intrigante qui ne cherche pas vraiment à démentir ses accointances avec les « services » syriens…. Sauf que les auteurs ne peuvent assurer avec certitude qu’elle a trempé dans le meurtre qu’ils dénoncent. Ils lui laissent la possibilité, faute de preuve formelle, d’avoir été manipulée.

Manipulation ? Parmi les techniques du régime, le livre révèle celle, étonnante, du chantage sexuel dont attestent certains des ex-observateurs de la Ligue arabe interrogés, qui ont fait l’objet de sollicitations gracieuses de la part de jeunes et jolies femmes qui ne pouvaient être que des prostituées envoyées par lesdits « services »…

Le livre est écrit à la première personne, comme si Caroline Poiron l’avait rédigé seule. En réalité, c’est bien l’œuvre commune des trois auteurs, avec donc Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian, y compris un premier chapitre haletant qui raconte, minute par minute, comment il leur a fallu protéger le corps de Gilles Jacquier alors que, devant une chambre de l’hôpital Al Nahda de Homs, une foule de vrais-faux médecins et journalistes à la solde du régime voulait instrumentaliser la dépouille à de sordides fins de propagande.

BAUDOUIN LOOS

(1) Attentat Express, qui a tué Gilles Jacquier, par Caroline Poiron, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian.

La vérité sur la mort des moines de Tibhirine ?


Publié le 24 mai 2013 par Baudouin Loos
Tibhirine

La vérité, enfin, sur la sordide affaire des moines de Tibhirine assassinés en Algérie en 1996 ? Voilà ce qu’un documentaire, Le martyre des sept moines de Tibhirine, diffusé ce 23 mai tard sur France 3 avait l’ambition d’offrir. Pourtant, cette prétention rencontre le scepticisme de certains spécialistes.

Petit rappel des seuls faits établis. En pleine « sale guerre » entre islamistes algériens et le régime militaire, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moins trappistes de l’abbaye de Tibhirine, non loin de Médéa, sont enlevés par un groupe armé. Le 26 avril, un texte signé par Djamel Zitouni (émir du GIA, Groupe islamique armé) revendique le rapt et exige la libération de prisonniers. Il faut attendre le 21 mai pour qu’un communiqué au nom du GIA revendique le meurtre des moines. Quelques jours plus tard, les têtes des suppliciés sont retrouvées sur une route près de Médéa.
Deux thèses s’affrontent depuis lors. Pour le régime algérien et le camp des «éradicateurs» (formule algérienne désignant ceux qui refusaient à l’époque toute idée de conciliation avec les islamistes), le GIA a enlevé et tué les moines. L’échec des tractations avec la France – un embrouillamini à la française dans lequel certains ministres et des «services» se sont concurrencés au lieu de collaborer – aurait décidé Zitouni d’en finir. Point final.
Pour nombre d’opposants au régime, en revanche, les motifs de doute sont tellement nombreux qu’il faut étudier sinon privilégier une thèse bien différente : les moines auraient été enlevés par un groupe islamiste manipulé par le DRS (Département du renseignement et de la sécurité, héritier de la célèbre et toute-puissante Sécurité militaire) et l’affaire aurait mal tourné, se clôturant par l’assassinat des moines qui n’était pas le but initial.

Sur le dénouement macabre, une des thèses soutient qu’un hélicoptère de l’armée aurait mitraillé par erreur le groupe de ravisseurs et d’otages, tuant tout le monde, ce qui expliquerait pourquoi les corps, pièces à conviction embarrassantes, auraient disparu. Un autre scénario évoqué renvoie plutôt à la panique des responsables du DRS quand les services français ont commencé à enquêter en Algérie, ce qui aurait précipité la décision d’en finir avec les moines.

Le documentaire diffusé ce 23 mai entend prouver la thèse officielle de manière décisive. Ou, en tout cas, aboutit à des conclusions qui correspondent à la thèse officielle. Il est l’œuvre de la chercheuse française Séverine Labat et du journaliste algérien Malik Aït-Aoudia. Qu’apportent-ils de nouveau ? Rien moins que des aveux ! Notamment ceux d’un certain Abou Imen, décrit comme le dernier geôlier des moines et qui, comme témoin de l’assassinat, déclare : «On n’a pas tiré une seule balle, de toute façon on manquait de balles, ils ont tous été égorgés au couteau. J’étais pétrifié.»
Autre témoin clé : Hassan Hattab, ex-responsable du GIA puis fondateur du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat, passé dans le giron d’Al-Qaïda bien plus tard) qui explique avoir quitté le GIA notamment en raison de l’assassinat des moines décidé par l’émir d’alors, Djamel Zitouni. Ce dernier, sur qui pèsent toutes les accusations, ne témoignera plus : il a été abattu en juillet de la même année 1996 par une brigade islamiste rivale commandée par Ali Benhadjar… qui témoigne lui aussi dans le documentaire.

Les arguments des sceptiques

Que disent les sceptiques ? Beaucoup de choses ! Ils observent pour commencer la très rare facilité de tournage (notamment à Tibhirine) dont ont bénéficié les auteurs du film. Ils relèvent aussi l’absence totale dans le film des acteurs, algériens ou autres, qui mettent en doute la thèse officielle. Ainsi, pour revenir sur «l’émir» Zitouni, il court sur ce personnage des accusations troublantes de collaboration avec le DRS. Des témoins algériens et français en attestent dans des témoignages que le documentaire ignore. Y compris un ancien colonel du DRS exilé, Mohammed Samraoui et un ex-agent de ce même département, Karim Moulaï…
Pourquoi le DRS aurait-il fait enlever les moines ? Selon certains, il s’agissait à la fois de déloger les moines de la région (où ils soignaient tout le monde, y compris les islamistes, et où aussi, comme témoins, ils gênaient l’armée dans son «nettoyage»), de discréditer les islamistes et d’achever de convaincre la France qu’elle avait choisi le «bon» camp.
Le Canadien Armand Veilleux, qui fut procureur général de l’ordre des cisterciens trappistes et enquêta à l’époque en Algérie, figure toujours parmi les sceptiques et ce documentaire ne peut le satisfaire. Il s’en prend notamment à Malik Aït-Aoudia, l’un des auteurs du documentaire: «C’est, écrit-il, un ancien chargé de communication du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), petit parti kabyle de Saïd Saadi, de tendance nettement «éradicatrice» et proche des généraux algériens, explique le père Veilleux. Depuis 2001 (…), il est devenu un grand supporteur de Bouteflika et un des principaux agents de liaison entre le service de presse du DRS (Sécurité militaire) et les équipes de télévisions étrangères, notamment françaises, dont France 2, France 3 et France 5. (…) Tous les documentaires de Malik Ait-Aoudia ont la même caractéristique. Il s’agit toujours d’une analyse ultra éradicatrice des événements. Avec l’aide de témoins nouveaux et inconnus jusqu’alors, dont l’identité et la véracité sont invérifiables, il présente la victoire de l’armée, toute pure, qui a sauvé l’Algérie des démons islamistes. » Il est vrai que Aït-Aoudia ne cache pas qu’il est un militant enthousiaste d’Abdelaziz Bouteflika, président désigné par l’armée depuis 1999.
Armand Veilleux, actuellement père abbé de la trappe de Scourmont (Chimay, Belgique) constate aussi qu’«il est facile de noter que chaque fois que des informations embarrassantes pour le régime des généraux sont données par d’anciens agents du DRS, celui-ci fait apparaître de nouveaux «témoins» du crime».
Or, si aucune enquête n’a, curieusement, jamais été menée par les autorités algériennes, la France, après avoir tergiversé pendant près de huit ans bien qu’il s’agissait tout de même du meurtre de sept nationaux, a lancé une telle enquête en février 2004 après le dépôt d’une plainte de la famille d’un des moines.
D’abord confiée sans grands résultats au célèbre juge antiterroriste Jean-Pierre Bruguière, elle fut reprise par son collègue Marc Trévidic en 2007 qui a auditionné un grand nombre de témoins. Il est même sur le point de pouvoir se rendre en Algérie pour entendre d’autres témoins, ce qui, suggèrent certains comme l’abbé Veilleux, aurait poussé le régime à favoriser la confection de ce documentaire qui renforce sa thèse.

«Un documentaire reposant sur une enquête implacable»

Ces derniers jours, la presse algérienne francophone, qui fut dans la «décennie noire» le porte-parole zélé des éradicateurs, fait l’apologie du documentaire d’Aït-Aoudia et Labat. Et leur donne la parole. Voici ce qu’ils répondent à la question d’El Watan qui leur demande s’ils ne craignent pas d’être accusés d’accréditer la position officielle: «Que faut-il faire lorsqu’un documentaire reposant sur une enquête implacable recoupe une version officielle ? Il faudrait jeter tout ce travail à la poubelle ? Cela signifierait que la souffrance des moines ne serait digne d’intérêt que s’ils ont été victimes de l’Etat algérien, qu’elle ne serait qu’un alibi pour des manœuvres politiques. Ce n’est pas notre façon de concevoir notre métier. Quand nous lisons ou regardons certaines «choses», nous ne sommes plus dans le journalisme ou le documentaire, mais dans la fiction. (…)». Cette dernière phrase vise des articles, des documentaires et des livres (1) qui ont l’ambition de contester la thèse officielle. On notera que les accusations les plus graves de meurtres à l’encontre de généraux algériens désignés nommément par notre confrère Jean-Baptiste Rivoire n’ont pas donné lieu à des poursuites en diffamation.
Puisque le juge français Marc Trévidic devrait bientôt débarquer en Algérie, on pourrait imaginer que les nouveaux témoins révélés par le documentaire diffusé par FR3 – comme certains ex-membres du GIA qui racontent en toute quiétude et impunité les détails de l’affaire, l’un au moins ayant même assisté à la fin atroce des moines – auront à cœur de lui montrer où ont été enterrés les corps des moines. Leur exhumation pourrait apporter des éléments concrets pour son enquête.
Car, à propos de ces corps aussi, des ambiguïtés subsistent: Armand Veilleux, envoyé à Alger par les cisterciens en mai 1996 pour enquêter sur la disparition des moines, clame depuis lors sans être contredit que les autorités algériennes et françaises s’étaient mises d’accord pour ne révéler à personne, même pas à lui, que les sept cercueils ne contenaient que les têtes. Qu’il avait dû menacer de les ouvrir lui-même avec un tournevis pour qu’on acceptât de les ouvrir devant lui. C’est dire si la découverte des corps pourrait être importante. Cette anecdote ne figure pas dans le documentaire.
Contactée par nos soins sur Facebook, Séverine Labat ne croit pas que les corps seront jamais retrouvés, malgré les informations que pourraient divulguer ses propres nouveaux témoins: «Impossible vu la géographie des lieux et le périmètre qu’il faudrait sonder. Cela fait dix-sept ans, même ces témoins ne sauraient retrouver l’endroit exact qui n’est nullement marqué ou signalé par quoi que ce soit».
Voilà qui est dommage. Une exhumation eût sans doute pu contribuer à apporter des réponses dans cette affaire des plus complexes que le documentaire diffusé par FR3, bien que réalisé avec maîtrise et émouvant par moments, ne paraît pas avoir éclaircie.
BAUDOUIN LOOS

(1) Une littérature abondante est disponible sur le sujet. On lira notamment deux ouvrages sortis en 2011 et charriant des thèses dissemblables : En quête de vérité, le martyre des moines de Tibhirine, de Réné Guitton, Calmann-Lévy, et Le crime de Tibhirine, révélations sur les responsables, de Jean-Baptiste Rivoire, Éditions La Découverte.

Le conflit syrien devient une confrontation sunnites-chiites


Baudouin Loos
Jeudi 16 Mai 2013, 9h22

En Syrie, la guerre s’est internationalisée. Bachar el-Assad avait choisi de confessionnaliser le conflit. Les enjeux le dépassent désormais et le schisme entre sunnites et chiites s’en mêle.

  • © AP

Le théâtre de guerre syrien est-il en train de devenir celui d’un affrontement régional entre sunnites et chiites ? Tout se passe en effet comme si l’âpre conflit avait depuis longtemps déjà dégénéré en sanglante confrontation entre ces deux communautés musulmanes qui se vouent une franche hostilité en Orient depuis la mort du prophète Mohamet au VIIe siècle.

Passons en revue une série non exhaustive d’éléments qui composent ce puzzle complexe bien à l’image de la région.

Les alaouites syriens ne sont pas chiites

Avant de parler d’« axe » chiite, comme le font maints observateurs en évoquant l’alliance entre chiites libanais, alaouites syriens, chiites irakiens et l’Iran, il convient de préciser que les alaouites, la minorité religieuse dont émane le régime de Bachar el-Assad, n’ont qu’un rapport très lointain avec le chiisme.

Apparue au XIe siècle, la doctrine alaouite se fonde notamment, comme le chiisme, sur la vénération d’Ali, cousin et gendre de Mohamet. Mais l’obédience alaouite cultive de nombreuses originalités qui lui ont valu d’être taxée de secte hérétique voire impie par les autres musulmans, sunnites comme chiites. Les alaouites croient en la réincarnation, par exemple, ils ne fréquentent pas les mosquées, ne voilent pas leurs femmes, ne refusent pas l’alcool, et leurs rites s’apprennent par une initiation secrète.

Pour faire accepter sa constitution par la population syrienne en 1973, Hafez el-Assad dut ainsi y faire mentionner que l’islam était la religion du président et il veilla en même temps à ce que le plus important imam chiite du Proche-Orient, le Libanais Moussa el-Sadr, promulguât une « fatwa » reconnaissant les alaouites parmi la communauté chiite.

Minoritaires en Syrie (environ 10 % de la population), les alaouites allaient bientôt connaître un sort nouveau dans un pays où ils avaient jusque-là et historiquement dû jouer un rôle peu enviable de laissés-pour-compte méprisés, pauvres et montagnards. L’ascension sociale passa par les emplois au sein de la bureaucratie, des services de police et, massivement, de l’armée, beaucoup moins par le commerce, qui resta aux mains des grandes familles sunnites.

Comme le précise le spécialiste français Fabrice Balanche, « le pouvoir n’appartient pas aux alaouites, mais à des alaouites. La nuance est de taille car elle implique qu’il ne suffit pas d’être alaouite pour être proche du pouvoir et bénéficier d’un traitement de faveur ». C’est dire aussi que beaucoup d’alaouites sont demeurés pauvres. Mais presque tous sont désormais sensibles aux harangues du régime qui les invite à faire bloc dans l’adversité (voir plus loin).

La Syrie des Assad a opté pour une alliance avec l’Iran

C’est Hafez el-Assad, père de Bachar, qui avait choisi de s’allier avec la république islamique d’Iran des ayatollahs qui s’installe à Téhéran en 1979. Rien de religieux à cela. A la tête d’un régime qui reposait officiellement sur le parti Baas à l’idéologie panarabiste et laïque, Hafez cherchait surtout à nuire à l’Irakien Saddam Hussein, baasiste lui aussi, qui lui contestait le leadership panarabe. Il n’hésita pas, ainsi, à pactiser avec l’Iran durant la sanglante guerre Iran-Irak (1980-88), alors que le reste du monde arabe appuyait, peu ou prou, l’Irak.

Cette alliance n’a jamais prix fin, elle existe toujours, et comment ! Elle s’articule autour d’une cause commune contre de mêmes ennemis, à savoir Israël, les Etats-Unis, l’Occident en général et les régimes arabes qui lui sont proches. Quand le Hezbollah est créé avec l’appui de Téhéran au Liban occupé par Israël en 1982, la Syrie trouve en ce mouvement radical un allié naturel.

Les alliances régionales s’alignent sur les communautés religieuses et nourrissent le conflit

Une gigantesque lutte d’influence se joue en Syrie depuis que la contestation y a pris un tour armé en raison de la féroce répression du régime. Malgré la quasi-absence de vrais chiites syriens, sunnites et chiites ont fait de la Syrie un champ de bataille à l’échelle régionale.

C’est que, à Riyad, les Saoudiens ont dès l’origine vu l’émergence de la très radicale république islamique d’Iran comme une menace existentielle pour leur prédominance sur le monde musulman qu’ils veulent exercer au nom de leur titre autoproclamé de « défenseurs des Lieux saints » (La Mecque et Médine).

Le régime de Bachar el-Assad s’affichant ostensiblement aux côtés des fers de lance du chiisme, l’Iran et le Hezbollah, pour briser la révolte syrienne interne principalement sunnite, les sunnites du golfe Arabo-persique et d’ailleurs se sentent tenus d’intervenir. D’autant que les horreurs se multiplient sur le terrain et que les civils, surtout, payent le prix exorbitant des méthodes révoltantes du régime qui n’hésite pas à bombarder des zones habitées, privilégiant même des cibles comme les hôpitaux ou les boulangeries.

Des capitaux saoudiens et qataris – privés ou non – financent des jihahistes, selon des informations difficiles à vérifier. Riyad et Doha, en tout cas, ne cachent pas leur implication dans le dossier syrien. Mais ces deux pétromonarchies, qui cultivent une sournoise rivalité, ne soutiendraient pas les mêmes groupes armés.

De leur côté, la Turquie et la Jordanie, à majorité sunnite écrasante, se sont rangées derrière la rébellion après avoir initialement conseillé au régime une approche qui privilégierait les réformes. Ces deux pays accueillent, avec le Liban, des centaines de milliers de réfugiés sunnites. Le Turc Erdogan, islamiste « soft », pousse loin son soutien puisque l’Armée syrienne libre et la Coalition de l’opposition reçoivent le gîte en Turquie. Son souci additionnel : les Kurdes syriens, proches du PKK turc séparatiste avec qui il a entamé un processus de paix.

Bachar a rapidement choisi de communautariser le conflit

De son côté, le « raïs » syrien a dès avril 2011, au début de la contestation de son régime, cherché à confessionnaliser celle-ci. Il a ainsi tenté de mobiliser les minorités chrétienne, druze et évidemment alaouite contre les « terroristes » qui menaçaient la stabilité de son joug dictatorial. Depuis 2012, les récits d’exactions cruelles dues aux « chabihas », des milices à prédominance alaouites, se multiplient en Syrie.

Des centaines de villageois ont été massacrés à travers le pays, singulièrement dans un axe qui semble s’articuler autour du « pays alaouite » (l’ouest montagneux et côtier), comme si la théorie du « plan B » restait une possibilité que le régime se réservait : en l’occurrence, il s’agirait, en cas de chute des grandes villes comme Damas et Alep, de se retrancher dans un territoire qui deviendrait une sorte d’« alaouistan ». Certains parlent d’ailleurs d’« épuration ethnique », comme en attestent les tragiques événements du côté de Banias, sur la côte, ces dernières semaines…

Des étrangers dans tous les camps…

Les jihadistes, on l’a dit, arrivent en Syrie. Ces sunnites radicaux n’ont aucune peine à combler le vide d’une assistance à peuple en danger dont personne d’autre ne veut entendre parler. Combien sont-ils ? Quelques milliers. Impossible d’être précis. Mus par la solidarité islamique, ils présentent des profils variés, certains groupes ayant même prêté allégeance à Al-Qaïda, au grand dam d’un Occident tétanisé.

En face, la « main-d’œuvre étrangère » ne manque pas non plus, que du contraire. Le Hezbollah libanais ne cache plus qu’il intervient activement sur le terrain, son chef Hassan Nasrallah l’a admis le 30 avril tout en menaçant d’en faire plus si le besoin s’en faisait sentir. Le chercheur libanais Joseph Bahout le dit ainsi sur le site Les clés du Moyen-Orient : le Hezbollah « entretient des relations organiques avec la République islamique. L’implication militaire du Hezbollah en Syrie ne suscite certes pas l’enthousiasme des cadres ou de la base du mouvement libanais, mais tous s’en acquittent sans sourciller car la lutte qu’ils mènent est perçue comme déterminante pour la survie même de la communauté ».

Le mentor iranien du Hezbollah, lui, sait également où ses intérêts le portent : des centaines, voire plus, de « conseillers » opèrent en Syrie ; l’opposition clame d’ailleurs depuis longtemps que des milliers de « pasdaran » (« gardiens de la révolution », paramilitaires iraniens) épauleraient déjà l’armée de Bachar.

Enfin, la géopolitique épousant parfois des trajectoires ironiques, les chiites irakiens, qui dominent à Bagdad depuis que les Américains ont débarrassé le pays de Saddam Hussein, ne peuvent avoir que la même solidarité que leurs coreligionnaires libanais et iraniens pour le régime syrien aux abois. Ainsi, même si le gouvernement irakien opte officiellement pour la neutralité, des milices « dormantes » ces dernières années ont retrouvé leur allant et envoient des activistes aux côtés de l’armée loyale à Bachar.

Face aux milliers de jihadistes accourus pour soutenir la rébellion, il y a donc fort à parier que les militants chiites iraniens, irakiens et libanais représentent une légion étrangère au total bien plus imposante.

L’Occident tétanisé, Israël concerné

Tétanisé par le catastrophique paradigme irakien et par la crainte de voir une aide en armes sophistiquées tomber dans des mains extrémistes telles que celles d’Al-Qaïda, l’Occident reste comme paralysé et ne cherche qu’à gagner du temps. Ce dont profitent les extrémistes qu’ils craignent !

Les Israéliens, eux, estiment ne pas disposer du luxe de pouvoir attendre. Mais ils font face à un dilemme façon « peste ou choléra ». Le régime de Bachar el-Assad, à l’instar de celui de son père, s’est toujours révélé un ennemi bien commode. Une rhétorique criarde et revancharde mais aucun acte. La frontière, sur le Golan syrien occupé par Israël depuis 1967, est toujours restée des plus calmes. En revanche, et c’est ce qui compte surtout pour Israël, l’alliance de Damas avec l’Iran et le Hezbollah est perçue comme porteuse d’une menace rien moins qu’existentielle.

L’ennui, dans ce calcul israélien, c’est que les forces les plus dynamiques et efficaces au sein du camp des rebelles syriens, les jihadistes, vouent une haine inextinguible à l’Etat hébreu, dont ils ont juré la perte. On pourrait même aller vers un « jihadistan » dans le nord de la Syrie. C’est dire si les raids israéliens sur des cibles syriennes risquent de se multiplier ces prochains mois. Et peut-être pas seulement contre le transfert allégué d’armes vers le Hezbollah. Mais contre tous les camps…

S’il y a un vainqueur, le pire est à craindre pour les vaincus

La minorité alaouite est désormais devant un dilemme impossible : assimilée tout entière à la barbarie du régime, elle n’a d’autre choix que d’épouser ce camp, car elle craint – sans doute à juste titre – que la vengeance des sunnites, s’ils devaient l’emporter, serait terrible. Par ses méthodes, le régime a donc réussi à la persuader que la cause est simplement existentielle. Des exécutions sommaires, des enlèvements et des tortures dont des factions rebelles se sont rendues coupables çà ou là depuis deux ans et quelques mois que dure le conflit achèvent de la convaincre en ce sens.

Inversement, si le meilleur armement grâce à l’allié russe et l’aide en combattants étrangers quantitativement plus importante côté régime devaient permettre à celui-ci de l’emporter, on peut également craindre que les sunnites et les autres Syriens qui ont choisi la rébellion ne fassent l’objet de représailles des plus sanguinaires.

Plus ce terrible conflit s’éternise, plus les raisons de haïr s’amoncellent. Quel que soit l’avenir de la Syrie, il sera rouge. Rouge de sang. A l’image d’un voisin irakien loin d’avoir vaincu ses démons confessionnels.

Scénario apocalyptique ?

En attendant un vainqueur, il est à craindre que la situation évolue de manière complexe. Joseph Bahout, cité plus haut, évoque un scénario qui donne froid dans le dos : « La dynamique d’enlisement interconfessionnel dans laquelle est pris le conflit syrien pourrait aboutir à très court terme à la formation d’un continuum conflictuel libano-syro-irakien où s’affronteront les forces favorables et hostiles à la Révolution syrienne. On voit déjà un axe se former entre Nouri al-Maliki, Premier ministre irakien et chiite, le Hezbollah irakien, le Hezbollah libanais et le régime syrien, tous jouissant du soutien de l’Iran. Ces acteurs fusionnent de plus en plus, non seulement sur le plan théorique mais également sur le plan militaire. (…) A cet axe s’opposerait en miroir une alliance entre les tribus sunnites de la province irakienne d’Al-Anbar, actuellement en lutte contre Maliki, l’Armée syrienne libre (…) bientôt rejointes par les salafistes libanais et placés globalement sous les parrainages des puissances du Golfe. (…) On verra la région s’enfoncer dans un chaos transfrontalier durable. Sur le temps long, ce genre de conflit ne peut être remporté que par ceux qui ont le temps de leur côté, disposant du souffle nécessaire et de la capacité de mener des conflits asymétriques. En l’occurrence, il s’agirait plutôt de l’Iran et de ses alliés. Les Saoudiens sont en effet tétanisés tandis que les Occidentaux, qui se situent par dérivation du côté sunnite, n’ont ni les ressources ni l’intention de s’impliquer davantage ».

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Syrie : SOS Qousseir


anniebannie : et c’est en incluant ce type-là que les Russes veulent engager des « négociations » ?
L’armée de Bachar progresse dans la région de Qousseir, un massacre est craint, ça rappelle quelque chose, non?

30.000 civils face à un « danger imminent » à Qousseir selon l’opposition

BEYROUTH, 14 mai 2013 (AFP)

Près de 30.000 habitants de Qousseir, fief rebelle dans le centre de la Syrie désormais pris en étau par l’armée, font face à un « danger imminent », a prévenu mardi l’opposition syrienne, mettant en garde contre de « nouveaux crimes » si
l’armée entrait dans la ville.
Le président syrien Bachar « al-Assad a mobilisé des troupes en direction de la ville de Qousseir, dans la province de Homs (…) plusieurs informations font état de plus de 30 chars et un grand nombre de soldats se rassemblant actuellement dans le village d’Aboudiyyé, à la périphérie de la ville », indique le communiqué de l’opposition.
« Il s’agit d’une situation extrêmement dangereuse. Nous mettons en garde que de nouveaux crimes pourraient être commis par Assad prochainement contre les résidents de Qousseir. Nous appelons des organisations des droits de l’Homme à se diriger immédiatement vers Qousseir pour aider à sauver 30.000 civils qui font face à un danger imminent », poursuit le texte.
Depuis plusieurs semaines, l’armée syrienne, appuyée par des combattants du puissant parti chiite libanais Hezbollah, progresse dans la région stratégique de Qousseir, qui relie Damas au littoral. Lundi, elle a pris trois nouveaux villages et coupé la route d’approvisionnement des insurgés retranchés dans la ville.
L’opposition a renouvelé son « appel à la communauté internationale pour agir rapidement à travers le Conseil de sécurité de l’ONU », qui doit « prendre une décision pour forcer le Liban à contrôler ses frontières et garantir ainsi le
retrait des membres du Hezbollah du territoire syrien ».
Le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, a également affirmé lundi à l’AFP craindre un « massacre » à Qousseir si les forces pro-gouvernementales prenaient d’assaut la ville.
La ville, un important fief rebelle qui résiste à l’armée depuis un an, est encerclée de trois côtés selon les militants.

Massacres à huis clos en Syrie


Baudouin Loos
Mis en ligne Mercredi 8 Mai 2013, 22h11

Alors que les accusations de massacres se multiplient dans la zone côtière de Banias, internet est fermé en Syrie depuis mardi soir.

  • Voici le genre de photos – dont il est impossible de vérifier l’authenticité – qui circulent sur les réseaux sociaux depuis jeudi dernier.

Des massacres de populations sunnites se multiplieraient en Syrie dans la région côtière de Banias, au cœur du pays alaouite (la confession dont provient l’essentiel du régime au pouvoir à Damas), ville dont la moitié de la population est sunnite et avait manifesté son hostilité au régime dès le début de la contestation en mars 2011. Des images atroces circulent sur internet depuis quelques jours, montrant des accumulations de corps suppliciés, souvent d’enfants.

Les chiffres qui circulent sont impossibles à vérifier. Le village sunnite d’Al -Bayda, près de Banias, aurait connu un véritable carnage perpétré par des milices pro-régimes le 2 mai. Des témoins citent les chiffres de 400 tués et 300 disparus. A Ras-Elnabe’, près de Banias toujours, il y aurait mille tués pour une personne interrogée par Al Arabiya. Ce témoignage évoque la présence d’Iraniens parmi les tueurs.

Dès jeudi dernier, l’Observatoire syrien des droits de l’homme parlait de 51 morts au moins. A Banias même, l’armée du régime a eu recours à des bombardements ciblés sur les quartiers sunnites.

Une vidéo circule sur les réseaux sociaux depuis trois jours, dans laquelle un personnage turc très remonté, Mirhaç Ural, qui s’exprime dans un arabe impeccable avec l’accent syrien, explique notamment qu’il faut «  nettoyer Banias des traîtres  ».

Internet coupé

Hasard ou pas, la Syrie se trouve depuis mardi 7 mai à 18h45 GMT coupée d’internet. Pour les spécialistes, ce fait ne peut être que le résultat d’une décision du régime. De là à imaginer que des offensives, ou « nettoyages », de l’armée fidèle à Bachar el-Assad ou de ses milices supplétives ont lieu ou vont avoir lieu et que les témoins ne sont pas les bienvenus, il n’y a qu’un pas à franchir. Le régime, lui, parle d’une simple panne. Et internet semblait revenir peu à peu en soirée ce mercredi.

D’aucuns craignent le début d’un vrai nettoyage ethnique pour faire fuir les sunnites des places-fortes alaouites de la montagne et de la côte dans l’Ouest syrien. Les alaouites représentent environ 10 % de la population syrienne.

Pour une consœur contactée par Facebook à Beyrouth, « lemassacre est un message aux alaouites de la région : on oublie que Qardaha, ville natale de Hafez el-Assad et véritable symbole du régime, a été bombardée la semaine dernière par l’Armée syrienne libre, qui avance ses pions dans la montagne surplombant la côte (dont des parties sont contrôlées par le régime et d’autres par l’ASL). Le régime est fragilisé dans son fief, il ne peut pas rester sans agir. Il doit montrer qu’il contrôle la situation, rassurer les alaouites de la région  ».

Dans ces circonstances toujours plus dramatiques, l’annonce ce mercredi que Russes et Américains proposent une « conférence internationale » pour réunir le régime et les rebelles à la même table semble surréaliste. Comme le dit le prêtre jésuite Paolo Dall’Oglio qui a passé 30 ans en Syrie avant de s’en faire expulser l’an passé, aurait-on été prêt à discuter avec Hitler en 1944

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