« Le siège économique de Gaza doit cesser »


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Nicolas Verstappen (St.)
Jeudi 15 Novembre 2012, 11h5 | mise à jour il y a 42 minutes

 

A nouveau, c’est l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens. Pourquoi ? Baudouin Loos a répondu à vos questions.

« Le Hamas envoie des roquettes régulièrement. Imaginez que le pays voisin de la Belgique envoie des roquettes. Qu’attendrez vous de votre gouvernement ? Qu’il dise merci ? », lance un internaut !
C’est une vision très unilatérale des choses, débarrassée du contexte. Il faut analyser cet événement, et ça demande un peu de connaissance du terrain. Je ne pense pas que les Gazaouites soient des dingues qui prennent un malin plaisir à envoyer des bombes sur Israël juste par plaisir. Pour rappel, le territoire de Gaza a été évacué par les Israéliens depuis 2005 mais est depuis lors encerclé. Il est en état de siège, et rien ne sort ni ne rentre sans le bon vouloir d’Israël. Il n’y a qu’à regarder les derniers chiffres concernant Gaza : 34% de la population est au chômage, 80% dépend de l’aide alimentaire, 35% des terres cultivables et 85% des eaux sont inaccessibles pour les Gazaouites. Qu’on le veuille ou non, c’est une prison à ciel ouvert.

Peut-on voir un lien entre ce qui se passe à Gaza et la récente présidentielle américaine ?
Non, je ne vois aucun lien. Personnellement, je lierai ça plutôt à l’élection israélienne anticipée demandée par Netanyahu. Car il se fait que les sondages pour son parti, le Likoud, déclinaient légèrement. Donc, les partis travaillistes regagnaient du terrain mais eux n’en ont cure du processus de paix et se focalisent sur des problèmes sociaux. Ainsi, je pense que Netanyahu a voulu susciter cette crise pour unir les Israéliens derrière le gouvernement et faire oublier les problèmes sociaux. Comme un renforcement du peuple derrière un ennemi commun.

Y a-t-il une corrélation entre les frappes sur Gaza et la volonté d’Abbas de demander un rehaussement du statut de la Palestine à l’ONU ?
Je ne pense pas. Habas avait l’intention le 29 novembre de présenter l’Etat palestinien comme Etat non-membre à l’ONU. Mais cette affaire de Gaza le handicape sérieusement. Habas aurait voulu qu’on appuie la demande mais en vertu de cette flambée de violence mise sur le compte du Hamas, les Européens se diront que les Palestiniens ne sont pas mûrs pour une indépendance.

Israël n’était-elle pas victime des roquettes tirées depuis Gaza ? Et la « liquidation » du chef militaire du Hamas n’est-elle pas dès lors une conséquence directe ?
Non ! Encore une fois, le Hamas est au pouvoir à Gaza, mais il n’a pas commencé ! Le Hamas n’a, très souvent, recours à ce genre de méthode que pour se défendre, riposter ou pour assurer son contrôle sur la bande de Gaza. Mais il existe aussi une infinité de groupuscules plus radicaux que le Hamas à Gaza. Et ces gens-là n’ont pas le même agenda que le Hamas. Il font aussi leurs actions de leur coté. Quant à Ahmad Jaabari, c’est lui qui négociait avec Israël depuis 2005. Israël le connaissait bien. Donc en le tuant, c’est Israël qui met le feu au poudre volontairement à mon sens.

Quels sont les intérêts du Hamas à Gaza ?
Le Hamas aimerait assurer une gestion à Gaza, en faire une réussite. Mais ce n’est pas évident à gérer pour eux car, comme je l’ai dit, ils doivent composer, indirectement et involontairement, avec d’autres groupuscules qui n’ont pas les mêmes volontés et les mêmes visions.

Doit-on parler des Gazaouites en terme de résistants ou de terroristes ?
Pour le gouvernement israélien, toute personne qui résiste est un terroriste. Mais dois-je rappeler ce qu’il a fait à Gaza en 2008 avec l’opération Plomb durci ? Toujours un « deux poids deux mesures ».

L’opinion publique israélienne est massivement derrière son gouvernement. Comment peut-on l’expliquer ?
Parce que l’opinion est conditionnée par le discours de la classe politique qui est majoritairement de dire « Il n’y a pas de partenaire du côté palestinien ». Le Hamas n’est pas une entité monolithique depuis des années. On sait qu’une bonne partie de ces gens ont compris ce qu’il fallait : partager la terre. Ahmad Yassine parlait même de 30 ans de trêve. Mais le gouvernement israélien n’en veut pas. On peut le voir avec la colonisation dans les territoires cisjordaniens qui se poursuit encore à l’heure actuelle.

A nouveau, c’est l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens. Pourquoi ? Baudouin Loos a répondu à vos questions.

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Finalement, pourquoi cette recrudescence de violence maintenant ?
C’est un enchaînement comme il y en a eu depuis tant d’années, comme on n’en compte plus d’ailleurs. C’est un ensemble d’éléments qui forment un cocktail qui, un jour, s’avère explosif. Maintenant, avec ce nouvel événement, la question est de savoir jusqu’où ça ira. Quoi qu’il en soit, pour moi, il n’y a qu’une seule issue à ce marasme: que Gaza cesse d’être assiégée économiquement et surtout, que les pourparlers de paix, en vue de la constitution d’un Etat paletinien soient menés à bien au plus vite.

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Les nouveaux visages de l’opposition


LOOS,BAUDOUIN

Mardi 13 novembre 2012

SYRIE Les tractations ont pris trois mois, mais la coalition contre le régime est bel et bien née

Les nouveaux visages de l’oppositionSouhair al-Atassi, Ahmad Moaz Al-Khatib et Riad Seif : les trois nouveaux chefs de l’opposition syrienne exilés depuis peu. © KARIM JAAFAR/AFP.

ANALYSE

La naissance, dimanche à Doha, de « la coalition des forces révolutionnaires et de l’opposition syrienne » – on dira la coalition de l’opposition – bouleverse-t-elle la donne en Syrie ? Un ponte de l’analyse géopolitique arabe, Salman Shaikh, le directeur du Brooking Doha Center, résumait la pensée de beaucoup dimanche soir au Qatar : « L’unification de l’opposition est certainement un pas important ; si cette nouvelle coalition prouve sa crédibilité, cela va raccourcir les jours du régime ».

Les factions composites de l’opposition vivaient ces derniers mois sous l’intense pression de l’Occident et singulièrement des États-Unis pour mettre fin à leurs querelles et unir leurs forces. Mais la principale formation d’opposants, le Conseil national syrien (CNS), où les Frères musulmans occupent une place prépondérante, renâclait à s’élargir. « Au sein du CNS, il y avait deux camps, explique Bassma Kodmani, qui a quitté le conseil le 28 août car elle estimait qu’il avait perdu sa crédibilité, ceux qui souhaitaient l’intégration dans la nouvelle coalition l’ont emporté ; c’est une victoire pas tant pour les États-Unis que pour les Syriens eux-mêmes ».

Si la nouvelle structure de l’opposition réunit 63 membres de tous les bords, de toutes les religions et de toutes les régions de Syrie, trois figures, désignées respectivement chef et adjoints sortent des rangs : Moaz al-Khatib, ex-imam politiquement indépendant, chantre de la modération, dispose d’une assise populaire, alors que Riad Seif, homme d’affaires déchu, ex-député traîné par le régime en prison, et Souheir al-Atassi, cofondatrice d’un réseau d’alerte locale de militants, avaient été actifs dès le début des années 2000 dans l’épisode du « printemps de Damas », quand les Syriens croyaient encore que Bachar el-Assad, en succédant à son père, allait procéder à une réelle ouverture politique.

Tous trois damascènes et sunnites, Khatib, Seif et Atassi ont récemment quitté la Syrie, où leur vie était en danger. « C’est la direction la plus représentative de l’opposition syrienne, commente pour nous Caroline Donati, journaliste à Mediapart et auteur du livre L’Exception syrienne : les têtes sont tous des opposants de l’intérieur, qui ont une légitimité réelle en Syrie. Sa représentativité est indiscutable. Mais son avenir dépendra de la reconnaissance de la communauté internationale. Et des ressources financières qu’elle obtiendra. »

La nouvelle coalition de l’opposition a pour objectif officiel de renverser le régime et a promis de n’engager ni dialogue ni négociations avec le régime. Washington, Paris et Londres se sont rapidement félicités de cette naissance. La collaboration va-t-elle rapidement se créer ? « Les tractations pour la constitution de cette coalition auxquelles j’ai pris une part active ces trois derniers mois nous donnent enfin des raisons d’espérer, confie encore Bassma Kadmani. Il nous faut maintenant obtenir une reconnaissance internationale qui évince celle dont jouit encore le régime alors qu’il ne représente plus le peuple syrien. Nos consultations ont impliqué les groupes et comités locaux sur le terrain dans les quatorze gouvernorats (provinces), ainsi que l’Armée syrienne libre. Désormais, la première mesure va consister à créer un fonds national du peuple syrien afin de contribuer à l’aide humanitaire puis il faudra composer un conseil militaire qui aura pour mission d’unifier les sources de financement, un instrument pour l’unification des rangs et pour éviter le factionnalisme. »

Dans sa toute première déclaration, cheikh Khatib, le nouveau chef de l’opposition unifiée, a appelé la communauté internationale à « honorer ses engagements ». Le chrétien Georges Sabra, promu chef du CNS, complétait : « Nous n’avons pas seulement besoin d’argent, nous avons besoin d’armes pour nous défendre.

source : Le Soir

Les clés pour comprendre la nuit américaine


LeSoir

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Mardi 6 novembre 2012

Election serrée ? Sondages too close to call (trop serrés pour être tranchés), comme le disent les Américains ? La dernière moyenne des sondages nationaux, calculée par le site RealClearPolitics, donnait 48,5 % à Obama contre 48,1 à Romney. Par-dessus toutes les polémiques purement politiques qui ont émaillé jusqu’au bout la campagne, il y en a eu une dernière. Elle opposait les médias et leurs commentateurs, sur le fait de savoir si l’élection était vraiment serrée, comme beaucoup le titraient encore lundi matin. Ou si la réélection d’Obama était assurée, le suspense n’étant entretenu que par les partisans de Romney, ou par les médias souhaitant maximiser l’attention de leurs publics.

Quoi qu’il en soit, la soirée électorale (pour les Européens, il s’agira plutôt de la nuit) s’annonce palpitante. En voici un vade-mecum, reprenant les enjeux ou les lieux-clés qui détermineront l’issue de l’élection.

Un système électoral indirect

Un système électoral indirect

On l’a déjà beaucoup évoqué, pourtant ce fait est souvent oublié : l’élection du président américain se joue par un système indirect. L’élection consiste en fait à élire des collèges de grands électeurs, dont le nombre est fixé pour chaque Etat. En pratique : le candidat qui récolte la majorité absolue dans un Etat empoche la totalité des grands électeurs. (Exceptions : le Nebraska et le Maine, dont les grands électeurs sont attribués à la proportionnelle, avec une prime au gagnant.) Le collège national compte 538 grands électeurs : est donc élu président le candidat qui en remporte 270.

Sur les 50 Etats que comptent les Etats-Unis, une petite quarantaine votent historiquement toujours du même côté. Les Etats du Nord-Est et ceux de la côte Ouest, qui sont aussi les plus peuplés, penchent toujours du côté démocrate (dont la couleur est le bleu). L’Ouest et le Sud, conservateurs (principalement parce que ce sont des états ruraux), votent toujours républicain (couleur rouge). Sauf… les Etats indécis, appelés « swing states » (Etats bascules) : ils sont, selon les méthodes de calcul, une dizaine (en beige sur la carte ci-dessous). C’est dans ces Etats-là que les candidats ont concentré leurs activités de campagne, et ce sont donc ces mêmes Etats qui déterminent en définitive l’issue du scrutin.

La soirée électorale consistera donc surtout à observer vers qui basculeront, au fil des fuseaux horaires, ces Etats indécis.

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Un procès symbolique ce jeudi à Tunis


Baudouin LOOS

Une affaire emblématique. C’est comme cela que le ressentent maints Tunisiens au moment où, ce jeudi matin, un tribunal de Tunis doit examiner la plainte pour agression déposée par une jeune femme contre le doyen de la Faculté des arts, des lettres et des humanités de l’Université de La Manouba, Habib Kazdaghli. Emblématique car l’agresseur supposé est, selon ses dires, la victime dans cette affaire où les camps islamiste et laïque n’épargnent ni émotion ni mobilisation.

Depuis novembre 2011, Habib Kazdaghli est devenu à son corps défendant un acteur majeur des enjeux qui planent au-dessus de la Tunisie post-révolution. A cette époque en effet, des étudiants salafistes ont perturbé pendant de longues semaines la tenue des cours à La Manouba – qui ont dû être suspendus -, n’hésitant pas à recourir à la menace et à la violence pour tenter d’obtenir gain de cause sur leurs revendications : la possibilité pour les étudiantes d’assister aux cours en portant le niqab (voile intégral, couvrant même le visage), salles de prière, etc. Le bras de fer avait duré des mois et s’était soldé par la victoire des laïques, celle, d’abord, de Kazdaghli, donc.

C’est dans ce contexte que les faits allégués se seraient produits. « C’était le 6 mars dernier, nous raconte le doyen par téléphone. Deux filles en niqab s’étaient imposées dans mon bureau, m’insultant copieusement, l’une d’elles a même saccagé mon bureau. Je suis allé porter plainte à la police et à mon retour j’ai vu une ambulance près des lieux : l’une des filles a reçu un certificat attestant que sa joue droite portait des traces de gifle. Elle a porté plainte à son tour. C’est sa plainte qui est traité maintenant par le tribunal, qui a déjà consacré une séance en juillet à l’affaire, alors que ma plainte n’a pas encore reçu de suites judiciaires. »

L’émoi est grand au sein d’une bonne partie de la société civile tunisienne., qui a multiplié les pétitions, appels et manifestations ; ce jeudi matin, d’ailleurs, des universitaires, artistes, défenseurs des droits de l’homme se sont donné rendez-vous devant le tribunal à 9 heures pour assurer à Habib Kazdaghli leur totale solidarité.

« On veut se venger sur ma personne, insiste le doyen, car j’avais osé dire non contre l’introduction de la propagande religieuse à l’université. Mon action n’était pas dirigée contre l’islam que je respecte, bien sûr, mais il y a des règles de pédagogie – notamment celle qui dit que le professeur doit savoir à qui il enseigne, doit pouvoir avoir des rapports interactifs avec les étudiants. »

L’inquiétude de ceux qui défendent Habib Kazdaghli n’a pas cessé de croître ces derniers mois, à mesure que les incidents se multipliaient à travers la Tunisie, mettant en scène des islamistes radicaux volontiers violents. Cela alors que le gouvernement dominé par les islamistes d’Ennahda, qui se définit comme modéré, donne l’impression d’afficher une grande complaisance à l’égard de la mouvance salafiste.

C’était le cas jusqu’au débordement du 14 septembre, quand une foule d’excités s’en est prise à l’ambassade américaine au cœur de Tunis pour protester contre le film anti-islam L’innocence des musulmans tourné aux Etats-Unis. Débordée, la police avait tiré, tuant quatre manifestants, et l’école américaine avait été détruite par des enragés. Un électrochoc ? Le scepticisme continue à régner dans le camp laïque.

Lequel voit dans le procès fait à Habib Kazdaghli un moment important pour la Tunisie. « Le 5 juillet, ajoute l’intéressé, le parquet s’exprimant au tribunal durant la première comparution a requalifié la prévention contre moi : de « recours à la violence légère », c’est devenu « violence de fonctionnaire à l’encontre du public », ce qui peut aller jusqu’à cinq ans de prison ! Loin d’un fait divers, ceci a toutes les allures d’un procès politique, car « on » tente de mettre l’université au pas, voilà pourquoi tant de gens me disent de tenir bon, de résister. »

L’épisode se déroule dans une Tunisie qui a mal à sa révolution. La situation socio-économique des régions de l’intérieur reste catastrophique, le gouvernement n’a guère les moyens de répondre aux innombrables revendications, alors que la préparation d’une nouvelle constitution piétine. Des incidents violents ont récemment eu lieu, dont le décès par lynchage d’un militant de l’opposition à Tataouine il y a une semaine. Bref, la morosité règne. BAUDOUIN LOOS

LE SOIR – JEUDI 25 OCTOBRE 2012

Michel Khleifi sur liste noire ? rev.


Horaire Actor’s studio

Zindeeq
Mercredi 10/10 VO st Fr 19:00
Jeudi 11/10 VO st Fr 19:00
Vendredi 12/10 VO st Fr 19:00

Nicolas Crousse
Vendredi 5 Octobre 2012, 17h49 | mise à jour Vendredi 5 Octobre 2012, 23h5

Le réalisateur de Noce en Galilée se dit black-listé. L’étrange silence qui entoure la sortie de son dernier film, Zindeeq, en témoignerait-il ? Pour le Palestinien de Bruxelles, qui enseigne à l’INSAS, poser la question c’est y répondre.

  • ©AFP

Depuis mercredi, on peut découvrir le nouveau film de Michel Khleifi, Zindeeq. L’auteur palestinien de Noce en Galilée, jadis courtisé par Hollywood, signe un bien joli film, qui plante son décor dans sa ville natale de Nazareth. Le problème, c’est que pratiquement personne n’en parle. Que la vision de presse, organisée il est vrai sur le tard, n’a déplacé qu’une fort maigre poignée de journalistes. Qu’aucune interview ne fut demandée au cinéaste – à part Le Soir. Que le film, tourné en 2009 et présenté peu après aux Etats-Unis, a mis un temps fou à atterrir sur nos écrans. Qu’il n’est en vérité visible qu’au seul Actor’s studio, au centre de Bruxelles, à raison d’une seule séance par jour. Et qu’en somme, la sortie du film de ce cinéaste qui fait partie depuis longtemps du paysage cinématographique belge (il vit ici, et enseigne à l’INSAS) ressemble à une petite catastrophe.

Un incroyable gâchis… d’autant que le film de Khleifi, qui suit le retour à Nazareth d’un Dom Juan cherchant à comprendre les origines du conflit israélo-palestinin, est assez convaincant. Alors quoi ? Qu’est-ce qui coince ? Qu’est-ce qui explique ce ratage quasi complet ?

Nous passons près de deux heures avec Michel Khleifi, mardi passé, à deux pas de la rédaction. Son sentiment, face au silence radio qui entoure son film ? « J’ai dans le milieu la réputation d’être pro-palestinien. Et on me le fait chèrement payer, depuis le film que j’ai réalisé en 2003 avec un cinéaste israélien (Eyan Sivan). » Route 181, le nom du documentaire qui fait alors controverse, est en avril 2004 violemment attaqué par Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah, qui demande qu’il soit retiré de la programmation du festival parisien Cinéma du réel, à Beaubourg. D’autres artistes, tels que Sollers, BHL ou Arnaud Desplechin, se rangent derrière la colère de Lanzmann, à laquelle Jean-Luc Godard, Todorov, Maspero ou Banks réagissent tout aussi virulemment, en signant une contre-pétition.

L’objet de la controverse ? Le documentaire revenait sur le plan de partage de la Palestine, décidé en 1947 par la résolution 181 de l’ONU, en s’appuyant sur des témoignages d’Israéliens et de Palestiniens. Sujet inlassablement sensible. « On a accusé le film de jeter de l’huile sur le feu, explique Khleifi. Tout cela parce que nous revenions sur la carte de 1947. Cela a laissé un très grand traumatisme dans la société palestinienne. Avec une question demeurée irrésolue : que faire avec cette mémoire en forme de blessure ? »

La controverse de 2004 aurait-elle laissé des traces ? Khleifi en est convaincu. « C’est bien simple : depuis, je suis sur liste noire. Les portes se sont fermées. Je ne trouve plus d’argent… même à Arte. Et même les distributeurs qui hier encore étaient amis me tournent le dos. » Reste la CNC, petit distributeur indépendant installé à Schaerbeek, qui a eu le courage mais surtout l’intelligence de sortir Zindeeq : un film paradoxalement moins politique qu’existentiel, qui s’inscrit dans la tradition des films d’errance d’Antonioni, le maître du cinéma italien.

Dans Zindeeq, Khleifi aborde une nouvelle fois la question des origines. Et revient sur l’héritage de 1948, au regard de la transformation de la société palestinienne d’aujourd’hui. « Ce que je regrette, dit-il en guise de conclusion, c’est que mon film, réalisé en 2009, a annoncé d’une certaine façon beaucoup d’événements d’aujourd’hui, tels que la dislocation de la société arabe, le poids du passé, la difficulté de se réinventer… et qu’on en n’aura finalement pas parlé. » Un sacré gâchis, décidément.

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Hamadi Jebali condamne le viol de Tunis


Baudouin Loos
il y a 48 minutes

Exclusif. Le Premier ministre tunisien annonce au « Soir » un tour de vis sécuritaire et condamne le viol d’une jeune femme par des policiers.

  • BELGA PHOTO ERIC LALMAND

En visite à Bruxelles, le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali (du parti islamiste Ennahda) s’est ouvert au Soir ce mardi. Pour la première fois, il condamne avec fermeté le viol par deux policiers d’une jeune femme à Tunis et annonce aussi un changement de politique qui consistera à agir dorénavant avec fermeté à l’égard des fauteurs de troubles. Entretien.

Depuis la semaine dernière, une affaire émeut l’opinion en Tunisie : une jeune femme surprise avec son compagnon dans une voiture par des policiers a été violée par deux d’entre eux. Les policiers ont été incarcérés mais la jeune femme se retrouve elle aussi sous le coup d’une enquête pour attentat à la pudeur. Votre gouvernement est critiqué pour sa discrétion sur ce sujet…

Non, nous ne sommes pas discrets. Je le dis avec force, ce geste des policiers est impardonnable, il n’y a aucune justification à cet acte barbare qui va à l’encontre de toutes nos valeurs morales. Il y a peut-être, selon l’autorité judiciaire, un cas d’attentat à la pudeur mais l’essentiel dans cette affaire est l’atteinte inacceptable à la dignité d’une femme. Comme chef du gouvernement, je condamne l’acte de ces policiers qui seront jugés sévèrement.

Des actes de violence ont lieu ici et là en Tunisie, des réunions politiques de l’opposition sont attaquées par des intrus armés de gourdins, etc. Le pic a été atteint le 14 septembre quand un millier d’individus, des salafistes et/ou des casseurs s’en est pris à l’ambassade américaine, saccageant l’école attenante, après l’affaire du film anti-Prophète, la police a été débordée et a tiré dans la foule. Ce qui a gravement affecté l’image de votre pays. Qu’en pensez-vous ?

Oui, c’est vrai, cette affaire a donné de la Tunisie une image déplorable. C’est un acte condamnable qui n’est pas du tout représentatif de notre mentalité. Ces scènes de pillage, cet incendie, n’honorent pas notre révolution, même s’il y avait un contexte tendu, lequel ne peut servir d’alibi. Nous avons révisé notre approche sécuritaire à propos de ces groupes d’extrémistes. Nous n’accepterons plus ce genre de manifestation, quand on profite de la nouvelle ère de liberté pour agir ainsi, nous prendrons des mesures strictes. Et nous protégerons aussi les bâtiments officiels ainsi que les représentations de nos hôtes étrangers. De même, pour les réunions politiques dans le pays qui ont été perturbées par des extrémistes, ce genre de débordement inacceptable doit être empêché. J’en appelle à nos citoyens pour qu’ils respectent les libertés individuelles, c’est l’ABC de la démocratie.

Ce 23 octobre, il y aura un an que les Tunisiens ont élu pour la première fois librement une assemblée constituante. Mais contrairement aux promesses, il n’y a toujours pas de constitution, pourquoi ?

C’est vrai que nous avions signé avec d’autres un communiqué avant ces élections pour promettre une constitution en un an puis nous avons pris du retard. Il faut savoir que l’Assemblée constituante n’a pas que cette tâche de rédaction de la constitution, elle doit aussi étudier et adopter de nombreuses lois, contrôler le gouvernement, discuter le budget, etc. En outre, il y a des divergences concernant certaines options de la future constitution, sur la nature politique du régime : parlementaire, présidentiel ou mixte. Nous espérons un consensus rapide car sinon la question sera tranchée par référendum. Mais ne dramatisons pas, d’autres pays ont mis deux ou trois ans pour rédiger leur constitution.

Pouvez-vous donner une date pour les prochaines élections ?

Avec le président de l’Assemblée M. Mustapha Ben Jaafar, nous avions mis le mois de mai 2013 comme but, mais rien n’est définitif. Cela dépend des travaux de l’Assemblée constitutive.

Votre gouvernement est aussi critiqué pour avoir procédé sans concertation à des nominations controversées dans le secteur des médias publics, des journalistes sont en grève de la faim…

Mais il est tout de même du ressort du gouvernement de désigner les PDG de ces entreprises publiques. En revanche, nous ne nous immisçons pas dans la nomination des rédacteurs en chef. Quant à la concertation, elle a été plus effective pour les nominations à la télévision que pour les journaux du groupe Essabah, c’est vrai.

Allez-vous procéder à un remaniement rapide de votre gouvernement comme la rumeur le colporte, et dans quel sens ?

Rapide, c’est difficile à dire. Mais un élargissement, une assise plus large, est possible, je le souhaite, si nous trouvons un programme consensuel avec les partis et personnalités indépendantes avec qui nous discutons.

De quel message êtes-vous porteur ici à Bruxelles ?

Avec la Belgique, un message d’amitié. Aux Européens, à qui je rends visite pour la seconde fois, nous avons plusieurs dossiers sur la table. La Tunisie veut montrer ses efforts vers l’instauration d’un Etat démocratique. Nous recevons un bon accueil politique. Nos préoccupations se situent dans le domaine socio-économique, où les attentes des Tunisiens sont importantes, et l’appui européen donc le bienvenu. Le message est que notre réussite politique dépend de notre réussite socio-économique…

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Al-Jazira, trop critique face au régime Assad ?


ANALYSE

BAUDOUIN LOOS

Al-Jazira a-t-elle perdu sa crédibilité en raison de sa couverture des événements en Syrie ? C’est la thèse d’un influent commentateur des Emirats arabes unis, Sultan al-Qassemi, qu’il a étayée dans un article écrit pour Foreignpolicy.com et traduit par le site Slate.fr.

Al-Qassemi s’en prend aussi à la télévision saoudienne Al-Arabiya, mais ses flèches les plus acérées sont tirées vers la plus importante chaîne arabe d’information continue, la Qatarie Al-Jazira. Laquelle, on le sait, s’est octroyé depuis sa création en 1996 la place de leader sur le marché arabe, revendiquant quelque 50 millions de téléspectateurs quotidiens.

Sa thèse ? Ces chaînes, pour contrer la propagande du régime de Damas « ont abaissé leurs niveaux journalistiques au risque, comme leur adversaire, de travestir la vérité ». L’auteur reproche à ces télévisions de recourir de manière intensive aux témoignages et vidéos anonymes, de minimiser les défauts des rebelles (voire d’occulter la présence de vrais groupes terroristes), de favoriser les analyses favorables aux Frères musulmans et enfin de n’être en fait que le reflet des positions politiques de leurs bailleurs de fonds qatari et saoudien.

Al-Jazira, en conclut l’observateur, « a le plus perdu dans cette histoire : cette chaîne qui avait été suivie par des dizaines de millions de téléspectateurs arabes l’an dernier, en plein apogée du printemps arabe, n’est plus désormais que l’ombre d’elle-même ».

Pourquoi nier l’évidence ? Une guerre médiatique se déroule à côté des violences féroces sur le terrain. La neutralité – guère aisée – n’est d’ailleurs pas revendiquée par ces chaînes. Ainsi, pour le chercheur belge de l’Université d’Edimbourg Thomas Pierret, « il n’est pas interdit de critiquer Al-Jazira mais il est malhonnête d’affirmer que c’est sur la Syrie qu’elle a opéré un tournant propagandiste ; la chaîne n’a jamais été un modèle d’objectivité, il se fait simplement que sa ligne éditoriale “anti-impérialiste” était agréable à une certaine gauche » jusqu’aux révoltes arabes.

La journaliste française Claire-Gabrielle Talon, qui a écrit un livre sur la chaîne qatarie aux PUF en 2011, confirme : « La couverture d’Al-Jazira est engagée en faveur des rebelles syriens, comme elle l’a été pour les révolutionnaires tunisiens, égyptiens et libyens. Rien de nouveau donc, si ce n’est que la Syrie est un ancien allié du Qatar. C’est le retournement des alliances du Qatar qui pose question, plus que la couverture d’Al-Jazira ».

Cet engagement en faveur des révolutions est souvent salué. « Savoir pour qui roule Al-Jazira est le dernier de mes soucis, confie par exemple Mohamed Bouriga, un Tunisien trentenaire originaire de Sousse, à mon avis cette chaîne fait un travail remarquable, et sans ce travail les peuple tunisien, libyen, égyptien, yéménite et syrien auraient été exterminés à huis clos par des dictateurs sans foi ni loi. »

Sa compatriote Hamida Beji, « amie » de Liège sur Facebook, fait en revanche partie de ceux qui retiennent surtout le tropisme islamiste allégué de la chaîne qatarie. Elle approuve Al-Qassemi : « En Tunisie, les journalistes d’Al-Jazira ont été malmenés. Le peuple déteste le Qatar et l’Arabie Saoudite… Donc ces chaînes-là, on ne les regarde plus ».

Ridha Mohamed Khaled, intellectuel tunisien de Belgique va dans le même sens. « Al-Jazira a perdu de son aura du fait de son alignement sur la politique de l’émirat et des intérêts de la confrérie des Frères musulmans… Sa couverture des événements est partiale et peu professionnelle – toujours les mêmes canaux : témoin oculaire (par téléphone), séquences tirées d’internet, statistiques fournies par le seul Observatoire syrien des droits de l’homme, invités idéologiquement marqués, islamistes en général »…

Un journaliste de la chaîne qatari affecté en Afrique confirme de manière anonyme certains soupçons : « Ce qui est certain, c’est la volonté de quelques monarchies du Golfe à aider les islamistes à prendre le pouvoir coûte que coûte dans les pays arabes. Les supports médiatiques ne sont que l’artillerie lourde permettant d’atteindre ce but stratégique ».

Difficile de conclure, donc. Sauf à reprendre la réaction d’une Syrienne de Belgique, Fawzia Harakat, pour qui l’article de Sultan al-Qassemi est largement à côté de la cible. Notamment parce que « les révoltes arabes ont changé le journalisme. Entre autres, parce que les médias sociaux jouent un rôle sans précédent dans la désobéissance civile et dans l’information au point que cela secoue profondément la communication moderne… même si le public doit rester vigilant à propos des informations venues du “web” comme des médias lourds internationaux ».

On laissera le dernier mot à un Damascène contacté par mail, et qui ne s’embarrasse pas de considérations savantes. « Les chaînes visées par Al-Qassemi, je les regarde tous les jours. Elles montrent une partie de ce qui se passe sur le terrain. Elles ne sont pas sectaires ni porte-parole des Frères musulmans. On en a marre de ce genre d’article qui permet de maintenir la vérité dans les ténèbres. Nous avons une cause à défendre plutôt que de parler de ces absurdités. » Un avis pas neutre, en effet, écho exaspéré d’un conflit amer.

source LeSoir

Quand haine et bêtise s’enchaînent


LOOS,BAUDOUIN; BUSSARD,STEPHANE

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Jeudi 13 septembre 2012

USA L’ambassadeur américain en Libye est mort asphyxié

new york

de notre envoyé permanent

Le choc des images et du calendrier. Alors que les proches des victimes des attentats du 11 Septembre 2001 commémoraient la tragédie qui frappa l’Amérique voici onze ans, des islamistes radicaux prenaient d’assaut, mardi soir, le consulat américain de Benghazi en Libye ainsi que l’ambassade des Etats-Unis au Caire. Dans cette irruption de violence apparemment liée à la diffusion d’un extrait de film réalisé par un Israélo-Américain dépeignant Mahomet comme un grand séducteur, un homosexuel et un pédophile, l’ambassadeur américain en Libye Christopher Stevens a été tué ainsi que trois autres collaborateurs. Il est mort d’une asphyxie due à l’inhalation de fumées malgré les efforts fournis pendant 90 minutes par un médecin pour le ranimer.

Mercredi matin, dans la Roseraie de la Maison-Blanche, aux côtés de Hillary Clinton, le président Barack Obama a été ferme pour dénoncer le raid de Benghazi : « Les Etats-Unis condamnent dans les termes les plus forts cette attaque scandaleuse et choquante. » Il a aussi mis en garde : « Justice sera faite. » Les capitales occidentales, Londres et Paris en particulier, ainsi que l’ONU et l’Otan ont vivement condamné l’attaque perpétrée par des islamistes radicaux au moyen de lance-grenades. La secrétaire d’Etat américaine a attribué la tragédie à un « petit groupe de sauvages » et assuré Tripoli que l’amitié des Etats-Unis serait préservée. Washington a renforcé la sécurité de ses ambassades et envoyé des marines en Libye.

De leur côté, les autorités libyennes ont pointé du doigt les fidèles de l’ancien régime de Kadhafi et le réseau Al-Qaïda. Le président du Congrès libyen, Mohammed Magarief, a présenté ses excuses au peuple américain.

Le décès du diplomate américain arabophone et francophone de 52 ans, qui avait déjà travaillé pour le Département d’Etat à Jérusalem, Damas, au Caire et à Riyad, a suscité une vive émotion aux Etats-Unis. Jusqu’à dimanche, les drapeaux américains sont en berne sur les édifices publics.

Jusqu’ici, seuls cinq ambassadeurs des Etats-Unis ont été tués lors d’attentats terroristes, dont le dernier en date, Adolph Dubs, en 1979 en Afghanistan. Christopher Stevens, qui avait déjà officié en qualité d’ambassadeur auprès des rebelles libyens au début du Printemps arabe, venait d’être nommé envoyé spécial en Libye en mai dernier. Basé à Tripoli, il se rendait à Benghazi pour ouvrir un centre culturel.

Rompant avec une tradition d’unité du pays après une telle tragédie et se distinguant des républicains du Congrès, le candidat à la présidence des Etats-Unis Mitt Romney a mis fin sans tarder à la trêve électorale décrétée tacitement pour l’anniversaire des attentats du 11 Septembre. Il a fustigé mardi soir déjà la réaction de la Maison-Blanche alors qu’il n’était pas au courant de la mort de l’ambassadeur Stevens : « Il est scandaleux que la première réaction de l’administration Obama ne consistait pas à condamner les attaques contre nos missions diplomatiques, mais de sympathiser avec ceux qui ont fomenté ces mêmes attaques. » Mercredi, il n’en démordait pas, évoquant le message envoyé sur Twitter par l’ambassade américaine du Caire qui condamnait implicitement le film et « les efforts continus d’individus mal avisés pour heurter les sentiments religieux de musulmans (…) et les tentatives d’offenser les croyants de toutes religions ».

Si l’Amérique s’est beaucoup penchée sur la dérive islamiste de mardi soir, elle a beaucoup moins parlé de ce qui était à l’origine des violences : un film, très médiocre, L’innocence des musulmans, réalisé par un Israélo-Américain de 52 ans, Sam Bacile, dans lequel ce dernier décrit le prophète Mahomet comme un coureur de jupons, un homosexuel, pédophile et un voyou sanguinaire. Le film, « qui est politique et non religieux » selon son auteur, et qui souligne que « l’islam est un cancer », a été financé à hauteur de 5 millions de dollars par une centaine de donateurs juifs anonymes.

Même si pour l’heure, les extraits du film n’ont pas provoqué une vague d’indignation semblable à celle causée par la publication des caricatures de Mahomet en 2005 au Danemark, les protestations se sont multipliées mercredi en Tunisie, Egypte et Maroc.

Le film a un promoteur de renom : Terry Jones, le pasteur chrétien intégriste qui avait déjà provoqué des dizaines de morts en Afghanistan en 2010 et 2011 après avoir menacé de brûler, puis avoir effectivement bouté le feu à un Coran.

anniebannie: pas un mot sur les morts libyennes. Intéressant article de Max Blumenthal sur l’auteur du film.

Syrie : continuer l’« irresponsabilité exemplaire » ? BAUDOUIN LOOS



lundi 30 juillet 2012, 07:41

Jamais le différentiel de traitement entre la Libye et la Syrie n’a sauté aux yeux comme ces derniers jours. Une partie de la communauté internationale, dont l’Europe et les Etats-Unis, s’était portée au secours de Benghazi en mars 2011, alors que la ville entrée en rébellion armée se voyait menacer de massacre par la soldatesque loyale à Mouammar Kadhafi. Le massacre avait été empêché par l’intervention énergique décisive des aviations alliées. En Syrie, Damas puis Alep se sont insurgées contre l’oppression d’un régime sans scrupules. L’armée de ce régime a contre-attaqué. Elle a vaincu, pour le moment, dans la capitale. Et Alep, sous les bombes et les mitraillages, risque le pire.

Les alliés en question, embarrassés, multiplient les condamnations… rhétoriques. Même les armes légères n’arrivent qu’au compte-gouttes, quand elles arrivent, jusqu’aux rebelles. Les témoignages abondent en ce sens.

Les insurgés ont pour eux une foi inébranlable en la justesse de leur cause et en face on peut parier que d’aucuns renâclent à tirer sur le peuple dont ils sont issus. Mais le combat reste très inégal : les unités d’élite loyales disposent de chars d’assaut, d’hélicoptères de combat et n’ont sans doute pas encore utilisé toute la puissance de feu de leur artillerie et de leur aviation (pour ne pas évoquer les armes chimiques).

L’ampleur de la répression, les bombardements, les tueries, ne trompent pas. Comme le dit le Belge Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie, « le régime a été forcé de tomber le masque et de révéler sa vraie nature : il n’est ni un Etat ni un gouvernement mais une force d’occupation militaire dont la survie repose sur la seule force brute ».

Alors, que faire ? La communauté internationale va-t-elle continuer à faire preuve, comme le note avec rancœur le père Paolo, ce jésuite expulsé de Syrie il y a deux mois, d’« une irresponsabilité exemplaire dans cette guerre entre le régime et son peuple » ?

L’Occident, dont Israël, craint que les « djihadistes », certes présents en Syrie mais très minoritaires, ne tirent les marrons du feu et ne s’emparent d’armes qu’ils retourneraient ensuite contre lui. Sans doute. Mais laisser le peuple mourir sous les bombes et les balles ne constitue pas la meilleure réponse à ce danger.

Les perspectives d’« après-Assad » demeurent floues et inquiétantes, mais le devoir des démocraties, si elles chérissent encore des valeurs morales, est d’aider une population agressée par un régime sans foi ni loi
Source

« Il faut aider le peuple syrien contre ce régime qui le massacre ! »


BAUDOUIN LOOS

dimanche 27 mai 2012, 20:45

Après le massacre de Houla, vendredi, les réactions internationales outrées se sont multipliées. La centaine de tués, dont une trentaine d’enfants, confirmée par la mission onusienne d’observation, a choqué le monde entier.

« Il faut aider le peuple syrien contre ce régime qui le massacre ! »©AFP

Le Soir a interrogé Iyas Maleh, qui vit en exil et dirige la Fondation Haitham Maleh, du nom de son père, un célèbre avocat syrien qui a passé de longues années en prison sous Hafez el-Assad et aussi sous Bachar el-Assad. La fondation défend les défenseurs syriens des droits de l’homme.

Pensez-vous que, par son ampleur, le massacre de Houla, vendredi, est un tournant dans l’histoire de la Syrie moderne ?

Le massacre de Houla n’est pas le premier du genre commis par le régime contre le peuple syrien, la seule différence avec les autres c’est la présence des observateurs internationaux. Désormais, la communauté internationale est devenue le témoin d’un massacre et ne peut plus détourner le regard comme elle le fait depuis trente ans. Donc, oui, en ce sens, je vois ce massacre comme un tournant dans l’histoire du monde, pas seulement de la Syrie. Si cette communauté internationale ne montre pas aux Syriens qu’elle va prendre ses responsabilités pour protéger des civils innocents contre la brutalité du régime alors le concept même des droits de l’homme perdra sa signification aux yeux des Syriens.

Que peut, que doit faire la communauté internationale, selon vous, intervenir militairement et venir à bout de ce régime ?

Elle doit en tout cas faire plus. Si elle ne veut agir directement, au moins qu’elle permette au peuple syrien de prendre son destin entre ses mains. Mais il n’est pas possible de rester les bras croisés quand on voit le peuple se faire tuer. L’Armée syrienne libre (ASL) est capable de protéger les Syriens si on lui prodigue les outils nécessaires. Jusqu’à présent, elle n’a même pas de système de communication pour s’organiser elle-même. Plusieurs pays se sont déclarés prêts à donner des moyens non létaux à l’ASL mais elle n’a encore rien vu arriver. L’ASL a aussi besoin de munitions. Les Syriens réclament une zone d’interdiction aérienne depuis longtemps, ce qui est une manière de les aider, mais personne ne les écoute. On n’a pas besoin que des soldats étrangers viennent mourir pour la cause syrienne.

L’opposition syrienne semble demeurer terriblement divisée, comment l’unifier ?

C’est une excuse de la communauté internationale pour ne pas aider le peuple syrien. Cette communauté internationale n’est-elle pas elle-même divisée quant à savoir comment aider le peuple syrien ? Y a-t-il un pays au monde où l’opposition est unie sur les méthodes ? On peut unir l’opposition sur ce qu’elle veut, pas sur les manières d’y arriver. La principale raison des divergences provient du manque d’expérience parmi l’opposition syrienne sur la façon de travailler ensemble. Depuis 50 ans, les Syriens n’ont pas été autorisés à participer au moindre projet politique, la société civile a été démantelée par le régime des Assad dès les années 70 et 80 quand les syndicats professionnels ont été dissous et que des professeurs, juges, ingénieurs, etc. ont été limogés. Les figures de l’opposition qui vivent toujours en Syrie ne peuvent s’exprimer librement, donc comment les unir avec ceux qui vivent en exil ? Ce qui se passe en Syrie est très difficile à comprendre pour un Occidental. C’est pire que ce que les Serbes ont fait au Kosovo. Et pourtant, la communauté internationale se contente de regarder. Les Russes envoient des armes au régime alors que personne ne donne d’armes au peuple syrien pour se défendre.

Pensez-vous que des plans de paix comme celui de Kofi Annan ont encore de la pertinence sans menace de recours à la force ?

Comment peut-on parler de plan de paix entre un régime criminel qui veut diriger un pays par la force et son peuple ? Tout le concept est erroné ! Ce régime n’avancera pas et le peuple syrien n’en veut plus. Donc il doit être extirpé comme on extirpe un cancer d’un corps. Le concept de cessez-le-feu est d’habitude utilisé entre les armées de deux pays qui se combattent, pas entre un régime qui tue ses citoyens et ces derniers qui essaient de se défendre. Tant que les dirigeants de l’Otan continueront à conforter le régime en disant qu’il n’existe aucun plan d’intervention militaire, les massacres continueront dans le but de soumettre le peuple. Tout plan fait pour satisfaire les Russes plutôt que le peuple syrien échouera. Des pressions militaires sont très nécessaires pour que le régime comprenne que la communauté internationale est sérieuse et ne va plus se contenter de regarder de loin le peuple syrien se faire massacrer.

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