Hamadi Jebali condamne le viol de Tunis


Baudouin Loos
il y a 48 minutes

Exclusif. Le Premier ministre tunisien annonce au « Soir » un tour de vis sécuritaire et condamne le viol d’une jeune femme par des policiers.

  • BELGA PHOTO ERIC LALMAND

En visite à Bruxelles, le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali (du parti islamiste Ennahda) s’est ouvert au Soir ce mardi. Pour la première fois, il condamne avec fermeté le viol par deux policiers d’une jeune femme à Tunis et annonce aussi un changement de politique qui consistera à agir dorénavant avec fermeté à l’égard des fauteurs de troubles. Entretien.

Depuis la semaine dernière, une affaire émeut l’opinion en Tunisie : une jeune femme surprise avec son compagnon dans une voiture par des policiers a été violée par deux d’entre eux. Les policiers ont été incarcérés mais la jeune femme se retrouve elle aussi sous le coup d’une enquête pour attentat à la pudeur. Votre gouvernement est critiqué pour sa discrétion sur ce sujet…

Non, nous ne sommes pas discrets. Je le dis avec force, ce geste des policiers est impardonnable, il n’y a aucune justification à cet acte barbare qui va à l’encontre de toutes nos valeurs morales. Il y a peut-être, selon l’autorité judiciaire, un cas d’attentat à la pudeur mais l’essentiel dans cette affaire est l’atteinte inacceptable à la dignité d’une femme. Comme chef du gouvernement, je condamne l’acte de ces policiers qui seront jugés sévèrement.

Des actes de violence ont lieu ici et là en Tunisie, des réunions politiques de l’opposition sont attaquées par des intrus armés de gourdins, etc. Le pic a été atteint le 14 septembre quand un millier d’individus, des salafistes et/ou des casseurs s’en est pris à l’ambassade américaine, saccageant l’école attenante, après l’affaire du film anti-Prophète, la police a été débordée et a tiré dans la foule. Ce qui a gravement affecté l’image de votre pays. Qu’en pensez-vous ?

Oui, c’est vrai, cette affaire a donné de la Tunisie une image déplorable. C’est un acte condamnable qui n’est pas du tout représentatif de notre mentalité. Ces scènes de pillage, cet incendie, n’honorent pas notre révolution, même s’il y avait un contexte tendu, lequel ne peut servir d’alibi. Nous avons révisé notre approche sécuritaire à propos de ces groupes d’extrémistes. Nous n’accepterons plus ce genre de manifestation, quand on profite de la nouvelle ère de liberté pour agir ainsi, nous prendrons des mesures strictes. Et nous protégerons aussi les bâtiments officiels ainsi que les représentations de nos hôtes étrangers. De même, pour les réunions politiques dans le pays qui ont été perturbées par des extrémistes, ce genre de débordement inacceptable doit être empêché. J’en appelle à nos citoyens pour qu’ils respectent les libertés individuelles, c’est l’ABC de la démocratie.

Ce 23 octobre, il y aura un an que les Tunisiens ont élu pour la première fois librement une assemblée constituante. Mais contrairement aux promesses, il n’y a toujours pas de constitution, pourquoi ?

C’est vrai que nous avions signé avec d’autres un communiqué avant ces élections pour promettre une constitution en un an puis nous avons pris du retard. Il faut savoir que l’Assemblée constituante n’a pas que cette tâche de rédaction de la constitution, elle doit aussi étudier et adopter de nombreuses lois, contrôler le gouvernement, discuter le budget, etc. En outre, il y a des divergences concernant certaines options de la future constitution, sur la nature politique du régime : parlementaire, présidentiel ou mixte. Nous espérons un consensus rapide car sinon la question sera tranchée par référendum. Mais ne dramatisons pas, d’autres pays ont mis deux ou trois ans pour rédiger leur constitution.

Pouvez-vous donner une date pour les prochaines élections ?

Avec le président de l’Assemblée M. Mustapha Ben Jaafar, nous avions mis le mois de mai 2013 comme but, mais rien n’est définitif. Cela dépend des travaux de l’Assemblée constitutive.

Votre gouvernement est aussi critiqué pour avoir procédé sans concertation à des nominations controversées dans le secteur des médias publics, des journalistes sont en grève de la faim…

Mais il est tout de même du ressort du gouvernement de désigner les PDG de ces entreprises publiques. En revanche, nous ne nous immisçons pas dans la nomination des rédacteurs en chef. Quant à la concertation, elle a été plus effective pour les nominations à la télévision que pour les journaux du groupe Essabah, c’est vrai.

Allez-vous procéder à un remaniement rapide de votre gouvernement comme la rumeur le colporte, et dans quel sens ?

Rapide, c’est difficile à dire. Mais un élargissement, une assise plus large, est possible, je le souhaite, si nous trouvons un programme consensuel avec les partis et personnalités indépendantes avec qui nous discutons.

De quel message êtes-vous porteur ici à Bruxelles ?

Avec la Belgique, un message d’amitié. Aux Européens, à qui je rends visite pour la seconde fois, nous avons plusieurs dossiers sur la table. La Tunisie veut montrer ses efforts vers l’instauration d’un Etat démocratique. Nous recevons un bon accueil politique. Nos préoccupations se situent dans le domaine socio-économique, où les attentes des Tunisiens sont importantes, et l’appui européen donc le bienvenu. Le message est que notre réussite politique dépend de notre réussite socio-économique…

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