Contrecoups imprévus de la guerre livrée aux Palestiniens David et Goliath ou le mythe historique inversé


mardi 12 juin 2012, par Shlomo Sand

Depuis l’origine de son entreprise de colonisation, il y a à peu près un siècle, le mouvement sioniste, et l’Etat d’Israël par la suite, s’est vu comme une minorité persécutée et faible, aspirant à se faire une place au soleil. Brandissant la Bible comme droit de propriété et portant en bandoulière le terrible capital de souffrance des pogroms et des massacres nazis, le projet sioniste a réussi au-delà de tout pronostic : il a fondé un « petit Etat juif » au cœur et aux dépens d’une population arabe infiniment supérieure en nombre.

De nos jours, les historiens savent que, dès la guerre de 1948, le rapport des forces militaires penchait déjà en faveur du jeune Etat, bien au-delà de la représentation que s’en firent les premiers Israéliens. Lors des trois guerres suivantes : 1956, 1967 et 1973, la puissance des forces armées israéliennes s’était encore notablement accrue et, à l’aide d’armements fournis par la France puis par les Etats-Unis, elle s’imposa face aux forces arabes qui lui étaient opposées.

Toutefois, depuis la guerre de Kippour, en 1973, l’armée israélienne n’est manifestement plus confrontée à une menace militaire sérieuse ; et de même, depuis lors, l’existence d’Israël ne s’est plus trouvée en danger. Les pilotes de l’armée israélienne ont cessé, depuis longtemps, d’accomplir des missions de combat ; à l’instar de la majorité des soldats, ils effectuent essentiellement des tâches de police. Force est de reconnaître que les principales missions dévolues à l’armée d’Israël, dotée des armes américaines les plus sophistiquées (chasseurs-bombardiers, drones, fusées guidées, tanks, gilets pare balles…) consistent à réprimer la population des territoires occupés qui de temps à autre tente, de façon désespérée et violente, de se révolter contre son triste sort.

« Tout Etat normal a le droit de défendre ses frontières et de répliquer lorsqu’il subit des bombardements de roquettes », affirment les porte-parole d’Israël dans leurs vibrantes justifications de l’agression brutale contre Gaza. « Certes », pourrait répondre le premier contradicteur venu, « mais tout Etat normal sait aussi où sont ses frontières ! ». Or, Israël ne satisfait pas à ce critère de logique politique de base. Depuis 1967, il n’a pas cessé d’implanter des colonies dans des territoires qui ne sont pas reconnus comme lui appartenant, tout en se gardant, par ailleurs, de les annexer juridiquement afin de ne pas devoir accorder l’égalité civique à leurs habitants.

Si, jusqu’en 2002, Israël a pu justifier l’occupation de ces territoires au motif que le monde arabe n’est pas disposé à reconnaître son existence, cette ligne de défense rhétorique est tombée lorsque la Ligue arabe, incluant l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), a déclaré reconnaître Israël dans les frontières de 1967. L’Etat d’Israël n’a aucunement relevé ce défi diplomatique que tous ses dirigeants ont superbement ignoré. Il s’est retranché derrière une haute muraille de béton, tout en continuant de mordre dans les terres palestiniennes, d’élargir ses colonies et de maintenir son contrôle et sa présence militaires sur toute la Cisjordanie

« Nous sommes sortis de Gaza », affirme Israël. « Alors, pourquoi les Palestiniens continuent-ils de nous attaquer à partir de là ? ». En fait, le retrait israélien de Gaza n’a constitué ni un geste envers les Palestiniens ni un premier pas vers la paix. Bien au contraire ! Tout comme M. Ehoud Barak a effectué le retrait du Liban sans accord afin de se soustraire à toute discussion sur l’évacuation du plateau du Golan, M. Ariel Sharon est sorti de la bande de Gaza pour ne pas avoir à conclure avec les Palestiniens un accord de paix qui aurait également comporté l’évacuation complète de la Cisjordanie et la renonciation à la partie arabe de Jérusalem. En fin de compte, les habitants du sud d’Israël qui subissent les bombardements de roquettes paient le prix fort pour préserver l’intégralité et la tranquillité des colonies.

En vérité, Israël n’a jamais réellement quitté Gaza et n’a jamais accordé aux Palestiniens qui y résident ne serait-ce qu’un semblant de souveraineté. Dès l’origine, l’intention était de créer une vaste « réserve indienne » enclose, préfigurant l’instauration d’autres « réserves » similaires en Cisjordanie ; au cœur d’Eretz Israël. Si les Palestiniens disposaient au moins d’une authentique poignée de souveraineté sur une parcelle de territoire, ils ne se verraient pas accusés d’introduire en contrebande des armes dans une zone relevant officiellement de leur autorité ; ils le feraient en pleine légalité et Israël serait obligé de reconnaître la légitimité de leur Etat. En fait, Israël récuse toute notion d’égalité, même fictive, entre elle-même et les Palestiniens : elle leur dénie tout droit de se défendre. Le droit de se défendre doit demeurer un privilège israélien exclusif. C’est ainsi qu’Israël a catégoriquement rejeté la proposition faite par le Hamas d’une accalmie générale, incluant la Cisjordanie, où l’Etat hébreu continuait de pratiquer sans retenue les « assassinats ciblés » de Palestiniens armés. Il est donc reconnu et admis que le droit d’Israël « de se défendre » implique la neutralisation totale de toute force de résistance palestinienne.

Ce fut pour Israël une véritable aubaine de voir le Hamas remporter à Gaza les élections dont le caractère légal et régulier a été reconnu. Le refus de l’OLP d’accepter le verdict des urnes entraîna la scission du camp national palestinien et la création de deux zones d’influences distinctes. Gaza s’en trouva plus isolée, plus étranglée, plus violente et, surtout, plus ostracisée aux yeux du monde occidental. En Cisjordanie, où l’on souriait encore à Israël, des pourparlers de paix s’ouvrirent avec les Palestiniens « modérés ». L’humiliation et l’absence de contenu effectif des interminables discussions avec l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ne suscitèrent pas la moindre tendance au compromis et eurent pour seul effet de conforter le Hamas intransigeant. Tout Palestinien raisonnable est à nouveau porté à se dire qu’Israël n’a cessé de duper l’Autorité palestinienne, administrant la preuve que le seul langage qu’il entende est bien celui de la force.

« Le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument », a déclaré, en son temps, Lord Acton. Israël dispose d’un pouvoir absolu comme vient de l’illustrer sa récente agression contre Gaza. Israël a également montré que, pour économiser la vie des « soldats juifs », elle est prête à sacrifier plusieurs centaines de civils « non juifs ». La majorité des victimes à Gaza ont été des femmes, des enfants, des vieillards. La plupart des combattants Palestiniens ont été tués dans les bombardements aériens, par des tirs d’hélicoptères ou d’artillerie effectués depuis les tanks ou les navires de guerre, bien avant l’entrée en lice des forces d’infanterie terrestres. Ce type d’affrontement n’a pas empêché les communicants israéliens de magnifier avec fierté la « victoire sans précédent ! ».

Non loin des lieux mêmes où la mythologie biblique en avait fait le récit, le géant Goliath est revenu, équipé, cette fois-ci, d’une énorme panoplie militaire. Mais les rôles sont désormais inversés : Goliath est devenu « juif » et il est le « vainqueur ». Le petit David est maintenant un « musulman », réprouvé et piétiné lors d’affrontements interminables. Il faut bien, hélas, le reconnaître : c’est précisément cet énorme déséquilibre des forces entre Israël et les Palestiniens qui perpétue l’occupation de la Cisjordanie et rend la paix impossible.

Le dernier massacre à Gaza, qui répondait, entre autres, à des objectifs électoraux, n’aura aucunement fait évoluer la situation dans le bon sens et, a fortiori, n’aura pas conforté le droit d’existence d’Israël au Moyen-Orient. Tant que les Israéliens ne voudront pas se souvenir que les tireurs de roquettes artisanales sur la ville d’Ashkélon sont aussi les fils et les petits-fils de ceux qui en furent expulsés vers Gaza en 1950, il n’y aura pas d’avancée dans la solution du conflit. Celle-ci implique, en effet, de mieux comprendre la profonde colère de ceux qui subissent l’occupation, depuis au moins quarante et un ans !

Peut-on au moins espérer que ce massacre obligera enfin les Etats-Unis et l’Europe à se départir de leur indifférence afin d’obliger les réfractaires à la paix, héritiers des victimes juives d’hier, à un compromis plus équitable avec les victimes de la tragédie palestinienne qui dure encore aujourd’hui ?

Shlomo Sand
Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv, auteur de Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, Paris, 2008.
(Le Monde diplomatique – Février 2009)

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.

source

Vingt points sur Palestine/Israël


Dr Qumsiyeh

Popular Resistance
14 janvier 2012

Vingt points dans le discours du Dr Qumsiyeh (La Palestine et Israël en bref)

Nous, Palestiniens, demandons et luttons pour notre droit au retour et l’autodétermination.
Nous appelons à un État démocratique pluraliste, pour les populations de toute religion, dans notre patrie historique de Palestine.
Nous appelons à l’égalité et à la justice.

1 – La Palestine est la partie occidentale du Croissant fertile : une région qui comprend la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie et l’Iraq. Dans ce Croissant fertile s’est développée la première agriculture par l’homme. Ici sont nées les premières domestications d’animaux (par exemple, des chèvres, ânes, chameaux) et cultures de plantes (blé, orge, pois chiches, lentilles, olives…).

2 – C’est ici aussi que la civilisation a commencé avec l’élaboration du premier alphabet (par les Cananéens phéniciens) et des premières lois. C’est ici que pour la première fois se sont développées des sciences comme l’astronomie, l’ingénierie, et les mathématiques.

3 – Les premiers habitants de cette partie occidentale du Croissant fertile s’appelaient les Cananéens, et la langue d’origine était l’araméen, que Jésus a parlé (Il est né dans le pays qu’on appelait alors la Palestine, de sorte qu’il était palestinien).

4 – La langue araméenne antique a donné naissance à des langues dérivées notamment le syriaque, l’arabe et l’hébreu, et ce groupe de langues est appelé les langues sémitiques.

5 – L’alphabet arabe a évolué dans le Sud Canaan (la Jordanie et la Palestine d’aujourd’hui) alors que l’alphabet latin évoluait dans le Nord Canaan (la Phénicie, le Liban d’aujourd’hui et la Syrie). L’alphabet dont on se sert aujourd’hui en Europe est né dans notre partie du monde.

6 – La population du Sud Canaan, dont la Palestine, a subi de nombreuses invasions militaires et, à près de quinze reprises, a été gouvernée par des rois ou des empereurs (perses, romains, omeyyades, abbassides, israélites, etc.).

7 – Les croyances religieuses locales ont évolué au cours des âges depuis les idées païennes de Canaan jusqu’aux idées monothéistes, Christianisme (Siècle premier), Judaïsme rabbinique (IIIe siècle) et Islam (VIIe siècle).

8 – De tout temps, la Palestine a été une société multiculturelle, multireligieuse, en dépit des tentatives pour l’homogénéiser à certaines périodes (notamment avec les Croisés qui tuèrent et exilèrent les juifs, les musulmans et les chrétiens des autres sectes).

9 – Les juifs d’aujourd’hui, comme les chrétiens et les musulmans d’aujourd’hui, viennent de contextes ethniques et culturels divers. Ils sont donc génétiquement (biologiquement) hétérogènes.

10 – Avant la vague d’immigration d’Européens juifs, les Palestiniens étaient de religions diverses : 85 % d’entre eux environ étaient musulmans, 10 % chrétiens, 5 % juifs et divers. Pendant des centaines d’années, les Palestiniens de différentes religions ont vécu en relative harmonie. (voir notamment « Qui sont les Palestiniens ? » de Hasan Afif El-Hasan – ndt)

11 – Le sionisme est une idée politique qui s’est propagée parmi une minorité d’Européens juifs, lesquels ont adopté les notions européennes de nationalisme ethnocentrique et prétendu ainsi que les juifs d’aujourd’hui devaient se regrouper en Palestine, et ils créèrent un État juif sur le motif des discriminations en Europe. Des juifs socialistes, avec d’autres juifs, ont cru se battre pour l’égalité des droits. Les sionistes ont pensé que les sentiments anti-juifs en Europe servaient leurs intérêts et ils sont allés jusqu’à collaborer avec les racistes. Il y a eu cet accord de transfert entre le Troisième Reich et le mouvement sioniste (accord Haavara, « Le Transfert », du 25 août 1933 – voir notamment « Les Arabes et la Shoah » de Gilbert Achcar – ndt). Les sionistes ont aussi fait pression sur les gouvernements occidentaux pour que ceux-ci n’acceptent pas de réfugiés européens juifs, de façon à ce qu’ils soient tous dirigés sur la Palestine.

12 – Le sionisme a commencé au milieu du XIXe siècle, avec la création de l’ « Association de la colonisation juive » et est devenu un mouvement international en 1897 au premier Congrès sioniste mondial. Pour atteindre ses objectifs, ses dirigeants recommandèrent de transférer les Palestiniens indigènes non juifs.

13 – Les États-Unis et d’autres pays européens sous l’influence du lobby sioniste ont poussé à la création d’un « État juif » d’Israël en Palestine, en dépit du souhait contraire de la population originaire.

14 – Entre 1947 et 1949, 530 villes et villages palestiniens ont été complètement détruits et leurs habitants sont devenus des réfugiés. Ce processus qui force les Palestiniens à quitter leurs terres s’est poursuivi sous d’autres formes depuis la fondation d’Israël en mai 1948 (voir notamment « Le nettoyage ethnique de la Palestine« , d’Ilan Pappe – ndt). Aujourd’hui, 70 % des onze millions de Palestiniens dans le monde sont des réfugiés ou des populations déplacées.

15 – L’Israël d’aujourd’hui s’est donné un ensemble de lois discriminatoires qui répondent à la description qu’en donne la Convention sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid. Chaque mois, la Knesset israélienne vote de nouvelles lois racistes.

16 – En 1967, Israël a occupé la Cisjordanie (y compris la vieille ville de Jérusalem) et la bande de Gaza. A elles deux, ces régions représentent 22 % de la Palestine historique. Israël a commencé aussitôt à construire des colonies de peuplements juives sur ces territoires palestiniens. En violation du droit international, il y a maintenant 200 colonies sur nos terres, où vivent plus d’un demi-million de colons juifs.

17 – Israël a construit des murs autour des enclaves qui restent aux Palestiniens (des ghettos, des entrepôts habités, des cantons, des réserves), enclaves isolées les unes des autres et du reste de la Palestine. Ces murs isolent les Palestiniens de leurs terres, des autres Palestiniens, des écoles, des hôpitaux… Par exemple, le district de Bethléhem comprend 180 000 natifs de Palestine, dont environ 50 000 sont des réfugiés de 1948. Chacun de nous ici est limité aujourd’hui, pour vivre et se développer, à seulement 13 % de la surface originelle du district de Bethléhem. 87 % de ce district se trouvent maintenant sous contrôle israélien : colonies, bases militaires, zones militaires fermées, etc. La population de Bethléhem est isolée derrière un mur, et même Jérusalem (qui n’est qu’à 6 km d’ici) est hors de portée pour nous.

18 – Le colonialisme implique la violence. Plus de 80 massacres ont été perpétrés contre les Palestiniens autochtones. Plus de 60 000 civils palestiniens ont été tués par les forces et les colons israéliens. C’est dix fois plus que le nombre de civils israéliens (pour la plupart des colons) tués par les Palestiniens. Les Palestiniens résistent au colonialisme depuis 130 années, la plupart du temps par la résistance non violente, une chose dont il n’est guère question dans les pays occidentaux par volonté de diffamer les victimes.

19 – Les Palestiniens, et les autres pays arabes en conflit avec le sionisme, ont été « déraisonnablement raisonnables », comme l’a décrit un diplomate. Nous avons accepté toutes les dispositions du droit international et des résolutions des Nations-Unies sur la question. Par contre, Israël a violé, et viole encore, plus de 60 résolutions du Conseil de Sécurité et plus de 200 résolutions de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Sans les États-Unis qui utilisent leur droit de veto pour protéger Israël du droit international au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, leur nombre serait doublé.

20 – Nous, Palestiniens, demandons et luttons pour notre droit au retour et l’autodétermination. Nous appelons à un État démocratique pluraliste, pour les populations de toute religion, dans notre patrie historique de Palestine. Nous appelons à l’égalité et à la justice. Les peuples en Europe et dans le monde entier peuvent nous soutenir par l’enseignement, par leurs visites ici, et par les boycotts, désinvestissements et sanctions (BDS). Ceci est un combat collectif, humain, le même que celui qui s’est opposé à l’apartheid en Afrique du Sud.

Beaucoup de livres et de références sont disponibles pour développer chacun des points ci-dessus.

Entre autres :

-  Qui sont les Palestiniens ? – Hasan Afif El-Hasan – PC
-  Le nettoyage ethnique de la Palestine – Ilan Pappe – Fayard
-  Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé – Michel Staszewski
-  Comment fut inventé le peuple juif – Shlomo Sand – Le Monde diplomatique
-  Gilbert Achcar : les Arabes et la Shoah – Actes Sud

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Mazin Qumsiyeh est coordinateur du Réseau international pour la justice en Palestine. Il est professeur à l’Université de Bethléem et l’auteur de Popular Resistance in Palestine

14 janvier 2012 – Popular Resistance – traduction : JPP

http://popular-resistance.blogspot.com/2012/01/20-puntipoints.html

Coquelicots pour la complainte de Bethléem


J’avais posté ce poème il y a  3 ans

Tahar BEKRI, poète tunisien a écrit “

“Si ton char tue ma prière

Si le canon est ton frère

Si tes bottes rasent mes coquelicots

Comment peux-tu effacer ton ombre

Parmi les pierres ?

Si mon église est ton abattoir

Si tes balles assiègent ma croix

Si mon calvaire est ton bougeoir

Si les barbelés sont tes frontières

Comment peux-tu aimer la lumière ?

Si ta haine par-dessus le toit de ma maison

Confond minaret et mirador

Si ta fumée sature mon horizon

Si tes haut-parleurs assourdissent mes cloches

Comment peux-tu honorer le levant ?

Si tes griffes mordent mon sanctuaire

Si tes casques sont tes oeillières

Si tu arraches mon olivier

Ses rameaux pour ton fumier

Comment peux-tu retenir la puanteur des cendres ?

Si Jenine en arabe est foetus et embryon

Que tu enterres vivant oublieux de l’Histoire

Si la poudre est ton encensoir

Si tes fusées blessent ma nuit sombre

Tes dalles se consolent-elles d’être mes décombres ?

Si le mensonge est ton épine dorsale

Si tu nourris tes racines de mon sang

Si tu caches mon cadavre

Pour étrangler le cri de la terre

Comment peux-tu prétendre qu’elle est ta terre ?”

Ce beau poème a le mérite insigne de coller hélas à l’actualité palestinienne.

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« Bandes à Gaza » : que savent les étudiants du conflit israélo-palestinien ?


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lundi 7 novembre 2011, par Chloé Yvroux

Que savons-nous du monde et de ses conflits, vraiment ? Rien… Ou si peu. Nous recevons des médias d’énormes masses d’informations qui nous arrivent plus ou moins filtrées, et ces informations, ces images, notre cerveau les filtre à nouveau. C’est dire la distance qui, bien souvent, nous sépare de la réalité. Notre perception du monde est dès lors largement pervertie.

Chloé Yvroux s’est livrée à une expérience – riche d’enseignements – auprès d’un groupe d’étudiants en deuxième année d’histoire-géographie à l’université de Montpellier, en leur demandant leur vision du conflit israélo-palestinien à travers une série de questions simples. Pour un groupe a priori mieux informé que la moyenne de la population, les résultats sont tout simplement ahurissants.

« Gaza, la Cisjordanie, pour les gens c’est très clair », observe Frédéric Barreyre, correspondant de Radio France au Proche-Orient [1]. Que connaissent les auditeurs du conflit israélo-palestinien ? « Ils connaissent les noms d’Arafat et de Peres, mais ne comprendront peut-être plus si je parle d’Abou Mazen, le nom de guerre de Mahmoud Abbas. »

En dehors des éléments fournis par les sondages d’opinion, bien souvent limités à des questions de sympathie et de responsabilité [2], il s’agit de questionner les représentations du conflit par la population en France. Une enquête a été réalisée auprès d’étudiants en histoire-géographie au cours des mois d’avril et mai 2009 [3].

Au-delà du simple constat d’un manque général de connaissances, l’analyse des représentations révèle des perceptions bien partagées, apparemment dues à des déformations collectives. De la situation au Proche-Orient, la plupart des Français ne reçoivent des informations qu’au travers des conversations, de la littérature et des médias. Autant de filtres et d’intermédiaires à l’origine du processus de fabrication des représentations qui permettent de créer un cadre de médiation avec le « réel ». Considérées ici dans leur dimension spatiale en tant que « créations sociales ou individuelles de schémas pertinents du réel » [4], dans le cadre d’espaces qui ne sont pas familiers, les représentations sont le plus souvent réduites à des stéréotypes. Afin de mettre à jour ces représentations partagées sur le conflit israélo-palestinien, l’enquête s’appuie à la fois sur une série de questions ouvertes (portant sur la localisation du conflit, les colonies, les réfugiés, Jérusalem…) et sur la réalisation de cartes. Les fonds de carte sont proposés aux étudiants avec la consigne suivante : « Voici le territoire du conflit. Complétez cette carte avec tous les éléments que vous connaissez. »

Bien qu’il s’inscrive dans un contexte plus large, le conflit israélo-palestinien est surtout territorial. « Une terre pour deux peuples », voilà les termes du problème à résoudre et qui est à l’origine d’une imbrication de territorialités réelles ou projetées. De même, les principaux éléments de revendication et de contestation – qu’il s’agisse de la création de l’Etat palestinien, de l’occupation, de la colonisation, de Jérusalem ou du Mur de séparation – renvoient également à des aspects territoriaux.

Pour ceux qui ne sont pas familiers de ce conflit, cette apparente complexité est une source de confusion, et c’est également le cas pour les étudiants interrogés, alors même qu’ils sont supposés connaître cette question mieux que la moyenne de la population française.

La bande de Gaza devient, pour près d’un tiers des étudiants, l’enjeu principal du conflit israélo-palestinien.

« Une bande de terre revendiquée par les deux pays en conflit », un « lopin de terre sujet du conflit israélo-palestinien », une « zone de combat entre les deux pays » ou encore un « territoire, ou parcelle, en plein milieu du conflit israélo-palestinien ». Les cartes produites illustrent cette vision partagée : Gaza apparaît parfois littéralement comme une « bande » traversant le territoire de part en part, séparant Israël de la Palestine.

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Exemples de représentations de la bande de Gaza, zone « frontière » entre Israël et la Palestine
Esquisses produites par les étudiants au cours de l’enquête menée par Chloé Yvroux en 2009.

Pour nombre d’étudiants, la bande de Gaza constitue le seul territoire des Palestiniens. Une idée par ailleurs nuancée, soit en termes de contrôle : « dernière bande de terre encore sous un petit contrôle palestinien », « seul territoire encore sous contrôle palestinien », ou de présence : « territoire des Palestiniens, le seul qu’il leur reste, envié par les Israéliens », « bande de terre où sont réfugiés l’ensemble des Palestiniens ». Si 20 % des étudiants décrivent explicitement la bande de Gaza comme un territoire palestinien, le reste hésite et n’exprime clairement ni l’identité de la population qui y réside, ni les enjeux. Finalement, sur les cartes, pour la moitié d’entre eux, le territoire du conflit se limite à deux entités : la bande de Gaza et Israël.

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Exemples de représentations de la bande de Gaza

Enfin, il n’est pas possible de faire abstraction des quelques cas de personnification de la bande de Gaza, qui devient « la bande à Gaza » : « Un groupe organisé, armé », « Des extrémistes palestiniens à l’origine de plusieurs attentats ».

Les résultats de l’enquête traduisent le contexte particulier dans lequel elle s’est déroulée, quelques mois seulement après les attaques israéliennes sur Gaza. Ces dernières restent très présentes dans l’esprit des étudiants, puisque 60 % d’entre eux se réfèrent à des thèmes tels que « conflits, violences, attaques et destructions » quand ils évoquent la bande de Gaza [5]. Les explications données au sujet de l’opération « Plomb durci » restent confuses : « Un territoire qui n’était pas dans le mandat israélien avec l’Angleterre, mais laissé aux Palestiniens, que les Israéliens voulaient, donc ils l’ont attaqué en début d’année. »

La Palestine et son allié cisjordanien…

L’enquête permet aussi de soulever l’un des points essentiels de la fausse perception du conflit ; il s’agit de la dissociation entre la Palestine, la bande de Gaza et la Cisjordanie. La plupart vont donc au plus simple ; le conflit israélo-palestinien, un conflit entre deux territoires, Israël et la Palestine. Peu d’entre eux se sont essayés à cartographier cette vision. Ils sont un quart à citer uniquement ces deux territoires lors d’une question sur la localisation du conflit.

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Exemples de représentations du conflit
entre Israël et la Palestine

Si l’utilisation du mot « Palestine » semble spontanée, bien que la définition d’une entité territoriale palestinienne reste confuse, la Cisjordanie reste l’élément le plus insaisissable pour la très grande majorité des étudiants interrogés. Il y a d’une part une confusion sur la nature de l’entité territoriale palestinienne, et, d’autre part, une dissociation entre la Cisjordanie et le conflit israélo-palestinien.

Moins de 10 % des étudiants mentionnent la Cisjordanie dans la question relative à la localisation du conflit. Elle est absente de près de 80 % des cartes réalisées, et quand elle apparaît, dans la moitié des cas, elle est signifiée comme un Etat voisin, souvent en lieu et place de la Jordanie. Les explications données par les étudiants sur l’entité « Cisjordanie » confirment la méconnaissance qui transparaît dans les cartes. Plus de la moitié d’entre eux ne se sont pas exprimés sur ce point. Beaucoup présentent la Cisjordanie comme un pays voisin accueillant des réfugiés palestiniens. La relation entre ce territoire et le conflit se trouve souvent limitée à cet aspect. Au mieux, la Cisjordanie devient un pays adhérant à la cause palestinienne : « Pays d’accueil des Palestiniens réfugiés qui s’allie aux Palestiniens pour la défense de leur territoire », « Allié du Hamas », « Aide non officiellement la Palestine. Ouvertement anti-israélien ». La formulation de l’un d’entre eux résume la vision de l’ensemble des étudiants : « Pays voisin accueillant des réfugiés et se mettant en conflit avec l’Etat d’Israël – même si je ne sais pas très bien son rôle –, ce pays revient souvent dans le conflit israélo-palestinien. »

Sur les colonies, les réfugiés et Jérusalem

Les cartes produites par les étudiants restent rudimentaires, relativement peu élaborées (les éléments les plus représentés sont respectivement les territoires voisins, la bande de Gaza, Jérusalem, Israël et la Palestine). Les manifestations concrètes d’un différend territorial, ou du moins d’un phénomène singulier, qu’il s’agisse des colonies, du Mur, etc. ont une fréquence d’apparition qui rend leur présence insignifiante. Ainsi, les deux cartes ci-dessous sont les exemples les plus renseignés. Si une partie de ces représentations offrent une vision relativement « conforme » du territoire du conflit, d’autres proposent des représentations plus fantaisistes ; toutes doivent être analysées en termes de pertinence.

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Représenter Israël et la Palestine occupée…

Même les notions les plus basiques, telles que celles de « colonies » ou « colonisation », donnent lieu à des confusions. Les propositions sont multiples. L’utilisation du registre historique pour définir les colonies revient dans près de 6 % des réponses : « Israël, ancienne colonie britannique », « implantation initiale des colons après la seconde guerre mondiale », et certains n’y voient aucune résonance contemporaine : « Elles n’existent plus. » Par ailleurs, 5 % des étudiants affirment que la bande de Gaza est une colonie : « La Bande de Gaza abrite une importante colonie palestinienne, tout comme la Cisjordanie » et la même proportion présente les camps de réfugiés palestiniens comme des colonies : « Les réfugiés palestiniens se regroupent en colonies. » Malgré tout, 20 % présentent les colonies comme « israéliennes/juives » situées « sur le territoire palestinien », mais les informations données sont souvent succinctes : « colonies israéliennes sur le territoire palestinien protégées par l’armée », « occupation illégale de certains Israéliens sur des territoires que l’ONU considère comme palestiniens ».

Quant aux réfugiés, si les étudiants se réfèrent à près de 40 % aux Palestiniens, ils se rapportent dans leur grande majorité à ceux qui ont dû fuir leur territoire suite aux bombardements récents : « Palestiniens vers l’Egypte, la seule sortie », « Beaucoup de personnes (plutôt palestiniennes) ont dû se réfugier dans les pays voisins, comme des réfugiés, à cause du conflit dans la Bande de Gaza ». Ainsi seuls 15 % des étudiants replacent la notion de réfugié dans le contexte historique, mais dans ce cadre, les Israéliens sont évoqués dans 10 % des cas : « Israël est une terre de réfugiés. »

La confusion entre les éléments du passé et la situation contemporaine revient de façon récurrente dans les réponses : certains présentent Jérusalem comme une zone internationale ou neutre, se référant au statut de la ville préconisé par le plan de partage de l’ONU en 1947.

La connaissance géographique du conflit chez des étudiants en histoire-géographie est fragmentée, déformée et incomplète. L’intérêt n’est alors pas seulement l’évaluation des connaissances – ce que les individus savent ou ne savent pas –, mais la mise en valeur des perceptions partagées – ce que les individus croient savoir. Les résultats de l’enquête attestent un manque de connaissances, mais ils ne sont en rien surprenants dans ce type de questionnement, et ils peuvent être envisagés comme un indicateur des représentations détenues par l’ensemble de la population en France. Ils soulignent le décalage entre une information de plus en plus présente, accessible, actualisée presque en direct, et ce qu’en retiennent les « usagers de l’information ». Et on se demande quel est le processus qui produit ces représentations collectives « déformées » sur un sujet aussi prégnant dans l’actualité. Ces résultats constituent également un révélateur et offrent un bon support aux journalistes qui pourront, le cas échéant, penser la manière dont leurs lecteurs ou auditeurs reçoivent et absorbent les informations…

Chloé Yvroux est doctorante à l’université de Montpellier.

Notes

[1] Entretien réalisé le 12 janvier 2010 à Jérusalem.

[2] En mars 2010, un sondage réalisé par l’IFOP pour l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) demande notamment : « Qui porte la plus grande responsabilité dans la non-résolution du conflit israélo-palestinien ? » Autre sondage effectué en 2000-2001 : « Avez-vous davantage de sympathie pour les positions des Israéliens ou pour celles des Palestiniens ? » (sondage BVA).

[3] Cette enquête s’est déroulée sur l’ensemble des étudiants inscrits en licence d’histoire-géographie de l’université Paul-Valéry de Montpellier. 221 questionnaires ont été récoltés.

[4] « Géographie et représentations », in Yves André, Antoine Bailly, Robert Ferras, Jean-Paul Guérin, Hervé Gumuchian, Représenter l’espace. L’imaginaire spatial à l’école, Ed. Anthropos, 1989.

[5] Il faut tout de même relativiser l’impact de l’actualité sur les réponses, car en dehors des éléments se référant à la violence, lors de tests préliminaires organisés en avril 2008, les tendances étaient les mêmes.

http://blog.mondediplo.net/2011-11-07-Bandes-a-Gaza-que-savent-les-etudiants-du-conflit#nh5

LES USA ET ISRAËL SANS EXPLICATIONS COHÉRENTES


Baudouin Loos

Commentaire

Quelle mouche a donc piqué l’administration américaine ?

Elle vient de décider de geler la participation des Etats-Unis au budget de l’Unesco, ce qui correspond à une amputation de 22 % pour cet organisme des Nations unies spécialisé dans l’éducation, la science et la culture.

Pour quel motif ?

Parce qu’une majorité de ses membres a admis la Palestine, le lundi 31 octobre, comme membre à part entière.

La logique qui soutient cette démarche est difficile à saisir.

Pourquoi l’entrée de la Palestine au sein de cet organisme, même controversée, devrait-elle être payée par la suppression, faute de financements, de programmes d’éducation dans le tiers-monde (des programmes par exemple adressés aux filles) ou de sauvegarde du patrimoine mondial ?

Il n’y a pas de bonne réponse à cette question de bon sens.

L’administration américaine explique ne faire qu’appliquer une loi adoptée naguère par le Congrès, qui proscrit tout financement des agences internationales qui reconnaîtraient la Palestine.

Pour ajouter un argument politique concret, Washington avance que cette admission de la Palestine à l’Unesco est regrettable, prématurée et mine le but partagé : une paix complète, juste et durable au Proche-Orient.

Là encore, hélas ! on reste privé d’explications logiques : en quoi la paix recherchée souffrirait-elle de cette admission ?

Eh bien ! parce qu’Israël y est opposé, tout simplement.

Pourquoi ?

Le gouvernement israélien parle de démarche de confrontation, ce qui n’apparaît en réalité pas du tout clairement. Il évoque une fois encore une manœuvre unilatérale palestinienne qui repousse la possibilité d’un accord de paix.

Il faut parfois répéter des évidences. Les marteler.

En matière de manœuvres unilatérales, les gouvernements israéliens successifs, depuis vingt ans de négociations, n’ont jamais pu trouver leurs maîtres.

La colonisation juive des territoires palestiniens occupés n’a jamais vraiment cessé. Elle a vu le nombre de colons juifs plus que doubler depuis qu’on parle de paix !

Elle consiste aussi à judaïser Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville, qui sera pourtant la capitale de la Palestine. Ou alors la paix ne sera jamais signée.

Le gain, surtout symbolique, que les Palestiniens ont engrangé lundi à l’Unesco ne torpille même pas le processus de paix, puisque celui-ci se trouve depuis longtemps dans le formol.

LA DESTRUCTION OFFICIELLE DES COMMUNAUTÉS PALESTINIENNES EN ISRAËL-PALESTINE.


Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Mahmoud Darwich, Discours de l’homme rouge.

Depuis la rédaction de ce texte en janvier 2011 les conditions de vie des Palestiniens se sont encore considérablement détériorées.

Dans le cadre de sa création en 1948, l’État d’Israël s’est emparé de 78% de la Palestine mandataire. Quelque 530 villages, de nombreux quartiers urbains et des villes, ont été détruits ou vidés, totalement ou en majeure partie, de leurs habitants palestiniens. (1) Par le recours à la violence, les plus hautes autorités de la communauté juive de Palestine – d’abord de l’Agence juive et ensuite de l’État d’Israël – ont délibérément expulsé du territoire conquis 800.000 hommes, femmes et enfants sur les 950.000 Palestiniens qui y vivaient.(2)

En outre, environ 40.000 de ceux qui n’ont pas été expulsés, ont été chassés de leur maison, village ou ville pour être regroupés dans des zones restreintes. Ces « déplacés de l’intérieur » ont été empêchés de rentrer chez eux, bien qu’ils soient devenus citoyens israéliens. » (3) Les 2/3 des maisons confisquées ont été détruites. Le reste a été attribué à des immigrants juifs.(4)

À l’intérieur des frontières du nouvel État, la propriété de la communauté juive est passée d’environ 11% en 1947 à plus de 92% en 1949.(5) La politique du nouvel État d’Israël était de s’approprier, afin de l’attribuer à des Juifs, la plus grande partie possible du territoire – particulièrement les terres cultivables et les ports – en y laissant le moins possible de Palestiniens.

Depuis lors, seuls des Juifs – d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent – peuvent acquérir les biens confisqués lors de la création de l’État d’Israël, alors que les Palestiniens – où qu’ils soient nés et où qu’ils vivent – ne le peuvent pas.

Même les Palestiniens de nationalité israélienne ne peuvent acheter ces biens alors que n’importe quel Juif du monde le peut.(6) A l’intérieur des frontières reconnues de l’État d’Israël, il est interdit aux Arabes israéliens de vivre sur les quelque 94% du pays réservés aux Juifs.(7) Le système politique israélien légalise, sur base communautaire, des dénis de justice tels que chasser des Arabes de chez eux afin d’y installer des Juifs.(8)

Les Arabes d’Israël sont des citoyens de seconde zone. Ils subissent de très graves discriminations, notamment mais pas uniquement en ce qui concerne les droits de propriété.

Ils vivent dans des lieux où les infrastructures administratives et sociales sont sévèrement sous financées. Ils jouissent néanmoins de la liberté de déplacement et d’importants droits civils et politiques.

En 1967, l’armée israélienne occupe les 22% restant de la Palestine mandataire. En 2009, suite à plus de 40 ans de « faits accomplis » illégaux au regard du droit international, les Israéliens avaient confisqué à leur usage exclusif 70% de la Cisjordanie (9) dont une grande partie des terres cultivables : colonies entourées de terres agricoles et d’une zone de sécurité ; réseaux de routes et de distribution d’électricité et d’eau réservés aux Israéliens ; centaines de kilomètres de larges structures de confinement – notamment le Mur – ; zones militaires ; parcs industriels ; …. Et cette colonisation se poursuit, voire s’accélère.

Tout cela s’inscrit dans le projet de morceler le territoire en une douzaine de réserves non contiguës et, à l’extérieur de ces réserves, de confiner la population dans de petites enclaves, isolées les unes des autres par un maillage très dense de routes interdites aux Palestiniens et par plus de 700 obstacles à leurs déplacements : check-points, barrières et barrages permanents, grilles surveillées, tranchées, murs et monticules de terre, …(10)

Les réserves et les petites enclaves sont systématiquement dépouillées de leurs moyens d’existence notamment de leurs terres. À cela s’ajoute et s’accélère une colonisation à l’intérieur des réserves et des enclaves, comme à Jérusalem-Est et à Hébron.

Depuis 1967, tout est systématiquement mis en œuvre pour rendre la vie des Palestiniens de moins en moins supportable : entraves à la circulation des personnes et des biens ; infrastructures plus que négligées ; économie asphyxiée (11) ; vie communautaire paralysée – plus de 24.500 maisons (sa maison, c’est infiniment plus que des murs et un toit) démolies. (12)

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Entre la fin septembre 2000 (début de la deuxième Intifada) et la fin juillet 2010, 6.565 Palestiniens dont 1274 enfants, 369 femmes 32 membres du corps médical et 11 journalistes, ont été tués (1.482 d’entre eux ont été tués au cours d’affrontements armés avec les forces d’occupation, les autres 5.083 étaient des civils). Durant la même période, 30.628 Palestiniens ont été blessés (17.078 dans la Bande de Gaza et 13.550 en Cisjordanie).(13) Beaucoup d’entre eux ont été délibérément estropiés par des tireurs d’élite.(14)

La spoliation de terres, l’asphyxie de l’économie et la paralysie de la société, ininterrompues depuis 1967, ont porté leurs fruits.

500.000 Israéliens juifs se sont illégalement installés dans les territoires occupés.(15) 130.000 d’entre eux se répartissent dans 121 colonies et une centaine avant-postes qui se réservent 42% de la Cisjordanie. (16) Ces implantations fortifiées, systématiquement situées au sommet et à flanc des collines, sont des pièces maîtresses du dispositif de confinement de la population palestinienne dans des enclaves strictement contrôlées.

Par ailleurs en 1967, au cours de la Guerre des 6 jours, entre 400.000 et 450.000 Palestiniens, soit 1/3 des habitants de Cisjordanie et de Gaza, ont été expulsés, en quasi totalité vers la Jordanie.(17)

Depuis lors, quelque 130.000 Palestiniens ont été déplacés à l’intérieur des territoires occupés (18) et des centaines de milliers d’autres ont été amenés à s’exiler.(19) En 2009, du fait du Mur qui se contorsionne au gré de la confiscation d’un maximum de terres et d’eau, 498.000 Palestiniens vivaient dans des zones coupées du reste de la Cisjordanie (20) et 263.200 d’entre eux, dans des zones – dites « coutures » et déclarées zones militaires fermées – enclavées entre le Mur et Israël. Tous risquent le déplacement forcé.(21)

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Les terres et ressources en eau du village de Jayyous séparées par le Mur. © OCHA

« Ils vont être coupés de leurs moyens d’existence et emprisonnés dans des enclaves isolées. N’ayant plus de quoi vivre, ils seront forcés de quitter ces enclaves et de chercher du travail dans les faubourgs des villes de Cisjordanie.

Ainsi, les zones limitrophes d’Israël se trouveront-elles ’nettoyées’ de leurs Palestiniens. »(22) Cette politique de destruction de la société palestinienne et de confinement de la population dans des enclaves coupées de leurs moyens d’existence, atteint son paroxysme dans la minuscule bande de Gaza où sont enfermés 1.500.000 « terroristes » hommes, femmes et enfants.(23)

Ce territoire est hermétiquement ceinturé, du côté mer, par la marine de guerre israélienne et, du côté terre, par une clôture infranchissable hérissée de lames de rasoir et longée, sur les terres palestiniennes, par une bande d’une largueur de 500 mètres à 2km qui comprend et rend inaccessibles 29% des terres cultivables (24) et où toute végétation et tout édifice sont rasés afin d’offrir une vue dégagée aux tireurs israéliens.

Cette population, soumise depuis des années à un blocus draconien, a récemment subi, après en avoir subi bien d’autres, une agression militaire d’une brutalité exceptionnelle. Les infrastructures publiques ont été particulièrement visées : immeubles administratifs, hôpitaux, écoles, routes, réserves alimentaires et même les casernes de pompiers.

Plus de 10.000 logements ont été complètement détruits ou lourdement endommagés.(25) Selon un rapport du Comité International de la Croix-Rouge, 1380 Palestiniens ont été tués et 5380, blessés. (26) Selon le droit international, ce blocus et cette agression militaire constituent des crimes contre l’humanité.(27)

Jeff Halper montre comment l’occupation désintègre la communauté palestinienne des territoires occupés et tend à la réduire à l’impuissance. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, « rien n’empêche Israël de terroriser la population palestinienne.

Que ce soit par sa propre armée ou par la milice auxiliaire, financée par les États-Unis et opérée par l’Autorité palestinienne afin de pacifier sa propre population.

Que ce soit par les colons qui tirent sur les Palestiniens, les brutalisent et brûlent leurs récoltes sans crainte d’être poursuivis ou par des agents secrets, aidés par des milliers de Palestiniens forcés à devenir des collaborateurs souvent pour que leurs enfants puissent avoir accès à des soins médicaux ou avoir un toit sur leur tête.

Que ce soit par des expulsions ou par la myriade de contraintes administratives d’un système, invisible mais kafkaïen, de contrôle total et d’intimidation. » (28) A Gaza, depuis le redéploiement en 2005 de l’infrastructure et des forces d’occupation en périphérie, le contrôle et l’intimidation s’exercent de l’extérieur par un blocus impitoyable et un harcèlement militaire avant, pendant et après l’opération Plomb durci.(29)

Amira Hass caractérise on ne peut mieux à quoi la Communauté palestinienne des territoires occupés est désormais réduite : « Si les indigènes le désirent, ils peuvent continuer à vivre dans les réserves ; s’ils ne le veulent pas, qu’ils s’en aillent ».(30)

La terre sans les Palestiniens

Le nombre, l’expansion, la structure et les lieux d’implantation des colonies – notamment autour de Jérusalem-est et de Bethléem – ainsi que l’importance et la nature des infrastructures réservées aux colons et aux forces d’occupation, montrent à l’évidence que l’intention des autorités israéliennes n’est pas d’évacuer les territoires occupés en violation au droit international mais, tout comme lors de la création de l’État d’Israël, d’en accaparer la plus grande partie possible.

Les autorités israéliennes cherchent manifestement à déstructurer la communauté palestinienne au point qu’un État palestinien indépendant soit impossible. Témoins, entre autres : la destruction des infrastructures nécessaires à un État, la déportation ,(31) l’emprisonnement et l’assassinat de personnalités dirigeantes ; les milliers de prisonniers ; (32)les entraves à l’accès à l’enseignement supérieur sur place et à l’étranger ; la répression des étudiants ; … .

Par un de ses aspects essentiels – accaparer le maximum de terres en y laissant le moins de Palestiniens possible -, la politique israélienne n’a pas changé depuis 1948. Elle s’est simplement adaptée : « Dans une région suivie avec autant d’attention qu’Israël-Palestine, écrit Tanya Reinhart, le nettoyage ethnique ne peut pas prendre la forme de massacres de masse ni de grands transferts de population.

C’est un processus lent, quotidien, qui vise à briser la société et à conduire le plus de gens possible à disparaître ou à s’enfuir. »(33) D’autres composantes de cette politique, telles l’enfermement des Palestiniens dans des enclaves délibérément paupérisées et la désarticulation de leur communauté, sont beaucoup plus sévères dans les territoires occupés qu’en Israël.

Au début de la guerre de 1948, les Palestiniens étaient propriétaires d’environ 93% du territoire de la Palestine mandataire. Aujourd’hui, alors qu’ils constituent au moins 48% de la population qui vit sur ce territoire ,(34) ils ne sont propriétaires que d’environ 11% (35) et d’un pourcentage bien inférieur encore – sans doute moins de 5% – des terres cultivables.

Au début de la guerre de 1948, la quasi totalité des Palestiniens vivaient sur le territoire de la Palestine mandataire. Fin 2008, on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. (36)

Aujourd’hui, dans leur propre pays, une grande majorité des Palestiniens vivent dans des enclaves surpeuplées, strictement contrôlées et largement dépouillées de leurs ressources. Il n’est donc nullement exagéré de parler d’une désintégration probablement irréversible des communautés palestiniennes en Israël-Palestine et cela d’autant moins que les confiscations et le harcèlement « légaux » sont toujours en cours.

Notes

1) Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, P.11. Le cas de Lydda (aujourd’hui, Lod où se trouve l’Aéroport international Ben Gourion), à l’époque ville de quelque 20.000 habitants située à l’intérieur de l’État attribué aux Arabes par l’ONU en 1947, est exemplaire à plus d’un titre. La ville qui ne disposait que de quelques vieux fusils, était pratiquement sans défense. Après avoir subi un bombardement, elle est attaquée, le 13 juillet 1948, par des forces de l’armée régulière commandées par le Colonel Yitzhak Rabin, futur Général, Chef d’état-major, Ministre de la Défense, Premier Ministre et Prix Nobel de la Paix. La résistance ne dure que quelques heures. Le jour même, 456 personnes – hommes, femmes et enfants – sont massacrées dont 176 à l’intérieur d’une mosquée. Le lendemain, quelque 50.000 Palestiniens terrorisés dont plus de la moitié étaient des réfugiés qui avaient fui les villages environnants, sont expulsés sur ordre direct de Ben Gourion. Seules quelques centaines de personnes ont été autorisées à rester. Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008, p.218-222.

2) Badil, Survey …, p.10.

3) Palestine Monitor 2009 Factbook, p.23.

4) Badil, Survey …, p.11.

5) Badil, Survey …, p.3.

6) « La Loi sur les Biens des Absents (également connue comme la Loi sur les Propriétés abandonnées) a été promulguée en 1950. …. La Loi stipule que les biens d’un Absent seront transférés sous la juridiction de l’Administrateur des Biens des Absents, sans possibilité de faire appel ou de compensation. » Meron Rappaport, « Les maîtres de la terre », Haaretz Magazine, 20 janvier 2005. Cette loi s’applique également aux « déplacés de l’intérieur » qui ont été dépouillés de leurs biens. Ce sont les fameux citoyens arabes israéliens « absents présents ». Par la Loi fondamentale 1960 : Terres d’Israël (1960 Basic Law : Israel Lands ), toutes ces terres deviennent propriété inaliénable du Peuple juif et ne peuvent être vendues qu’à des Juifs et donc pas aux Palestiniens. Badil, Survey … p.15.

7) Voir Jeff Halper, « Ramadan kareem from the Netanyahu and Obama administrations« , 17 août 2010 (www.icahduk.org).

8)Un exemple récent parmi beaucoup d’autres : « Le soir du 29 juillet 2010, à leur retour d’une cérémonie de mariage, neuf familles, habitant le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, se sont retrouvées expulsées de leurs maison s par des colons et empêchées d’y rentrer par la police. Les Palestiniens n’ont évidemment aucun recours légal contre la confiscation, en 1948 et après, de leurs propriétés, villages entiers, villes et quartiers urbains, fermes, usines ou immeubles commerciaux ». Jeff Halper, « Ramadan … .

9) Badil, Survey …, p.27.

10) Palestine Monitor factsheet, Checkpoints. (www.palestinemonitor.org)

11) Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 55 : « …, la Puissance occupante a le devoir d’assurer l’approvisionnement de la population en vivres et en produits médicaux. »

12) Selon les estimations de l’ICAHD (Israeli Commitee Against House Demolitions) – mise à jour du 28 juillet 2010 -, au moins 24.813 maisons ont été détruites depuis 1967 en Cisjordanie, à Jérusalem Est et à Gaza. « Statistiques des Démolitions de Maisons (1967-2010) ». (www.icahd.org). Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 53 : « Il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou immobiliers, appartenant individuellement ou collectivement à des personnes privées, à l’État ou à des collectivités publiques, à des organisations sociales ou coopératives, sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires. »

13) Selon les statistiques (octobre 2010) du PCHR (Palestinan Center for Human Rights) (www.pchrgaza.org)

14) Environ 1 an avant le déclenchement de la 2ème Intifada à la fin septembre 2000, à l’initiative et sous le contrôle direct du Premier Ministre et Ministre de la Défense de l’époque E. Barak, « l’armée a formé 4 bataillons spécialement destinés à faire face à l’agitation en Cisjordanie. … . Dans ces unités spéciales, on apprend à viser et à tirer de façon calculée : mutiler, mais sans trop augmenter le chiffre des morts (dont, d’après l’armée, les Palestiniens ont besoin pour gagner l’appui international). (De là,) les balles qui frappent si souvent et de façon si précise aux yeux, à la tête ou aux genoux ». Tanya Reinhart, Détruire la Palestine ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002, p.85-88.

15) Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 49.6 : « La Puissance occupante ne pourra procéder … au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle. »

16) By Hook and by Crook : Israel’s Settlement Policy in the West Bank, Rapport B’tselem (The Israeli Information Center for Human Rihgts in the Occupied Territories), Juillet 2010. www.btselem.org

17) Badil, Survey …, p.17. 4ème Conv. Art. 49.1 : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire … de tout autre État, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif. »

18)Badil, Survey …, p.57.

19) Le taux annuel d’émigration atteint les 2%. Badil, Survey …, p.39.

20) Il s’agit des habitants de localités enclavées dans des zones confisquées, notamment dans la Vallée du Jourdain.

21) Badil, Survey …, p.24.

22) Tanya Reinhart, L’héritage de Sharon, La Fabrique, 2006, P.190.

23) A l’instar de tant d’autres puissances occupantes, l’État d’Israël déshumanise ceux qu’il opprime en les qualifiant de « terroristes ».

24) Farming without Land, Fishing without Water : Gaza agriculture struggle for survival, Rapport de l’ONU (OCHAopt), Mai 2010 (www.ochaopt.org)

25) ICAHD, « Statistiques des démolitions de maisons à Gaza pendant l’opération Cast Lead« , (www.icahd.org).

26) Voir Gaza Strip, Initial health needs assessment. Rapport de l’ONU (OCHAopt) du 16 février 2009. L’évaluation de Badil, plus récente, fait état de 1.414 morts dont 313 enfants et 116 femmes. Badil, Survey …, p.19. Du côté Israéliens, 3 civils et 10 militaires dont 4 par « feu ami », ont été tués. (www.btselem.org/english/gaza_strip)

27)Richard Falk, Professeur émérite de droit international à l’Université de Princeton et Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, considère que l’attaque militaire « non défensive » de décembre 2008 visant à « punir » Gaza ainsi que le blocus imposé à ce territoire, constituent des crimes contre l’humanité. Richard Falk, « Nécessaire inculpation des responsables de l’agression contre Gaza », Le Monde diplomatique, mars 2009.

28) Jeff Halper, « Ramadan … .

29) Entre le 20 janvier 2009 (fin de Plomb durci) et le 30 septembre 2010, soit quelque 600 jours, il y a eu 420 attaques israéliennes dans la zone tampon qui encercle la Bande de Gaza. Outre les destructions du peu qui reste à détruire, ces attaques ont fait 84 morts et 183 blessés. Voir PCHR Fact Sheet (buffer zone) de décembre 2009 et d’octobre 2010. (www.pchrgaza.org). Et les attaques israéliennes ne se limitent pas à la zone tampon.

30) Amira Hass, « Like a plane without a pilot« , Haaretz du 04.05.2010.

31) Depuis 1968, quelque 2000 Palestiniens ont été déportés parmi lesquels des résistants, des activistes politiques, des directeurs d’école et des inspecteurs de l’enseignement qui protestaient contre la censure des manuels scolaires, des enseignants et des étudiants qui avaient organisé un boycott, des avocats qui avaient organisé une grève. Badil, Survey …, p.20

32) Fin juillet 2009, il y avait 743O détenus palestiniens – y compris 333 mineurs – dans les prisons israéliennes. On comptait, en outre, 387 détentions administratives sans jugement. On estime qu’au moins 40% des hommes sont passés par les prisons israéliennes. Badil, Survey …, p.20. C’est dire que très peu de familles palestiniennes n’ont pas été touchées par l’arrestation d’un de leurs membres.

33) Tanya Reinhart, Détruire … , p.88.

34) Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y a aujourd’hui 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance des 3 dernières années – environ 3% par an – de la population palestinienne des territoires occupés, n’est pas prise en compte.

35) En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

36) Badil, Survey …, p.56.

P.S Ce texte est – à quelques modifications mineures près – la première partie d’un article paru dans le numéro de mars 2011 de La Revue nouvelle de Bruxelles sous le titre « L’appel au dialogue de paix occulte la Destruction de la communauté palestinienne ».

Jacques Bude est Professeur émérite de psychologie sociale de l’Université libre de Bruxelles. Mère et père morts en déportation. « Enfant caché » sauvé par des gens merveilleux du pays de Liège.

Discours d’Obama aux Nations Unies ? Pathétique…


vendredi 23 septembre 2011 – 17h:17

Robert Fisk – The Independent

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Obama s’obstine à traiter les Israéliens et Palestiniens comme parties égales dans le conflit.
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Affront supplémentaire pour Obama, Netanyahu n’avait même pas jugé utile, ou au minimum poli, d’assister au discours lamentable de son obligé … Photo : AFP

Aujourd’hui devrait être le moment le plus plaisant pour Mahmoud Abbas. Même le New York Times a découvert que « un homme gris portant des costumes gris et des chaussures soignées, peut lentement sortir de l’ombre ».

Mais c’est une absurdité. L’insipide chef de l’Autorité Palestinienne, qui a écrit un livre de 600 pages sur le conflit entre son peuple et Israël sans même mentionner une seule fois le mot « occupation », ne devrait avoir aucun mal ce soir à surpasser le discours pathétique et humiliant délivré par Barack Hussein Obama devant l’assemblée générale des Nations Unies ce mercredi, lorsqu’il a mis par-dessus bord la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient pour s’aligner sur celle d’Israël.

Pour un président Américain qui avait réclamé une fin à l’occupation israélienne de terres arabes, une fin au vol de la terre arabe en Cisjordanie – les « colonies » israéliennes comme il avait coutume de les appeler – et un Etat Palestinien d’ici 2011, la prestation d’Obama était pathétique.

Comme d’habitude, Hanan Ashrawi, la seule voix palestinienne éloquente à New York cette semaine, a trouvé le bon mot. « Je ne pouvais en croire mes oreilles » a-t-elle dit à Haaretz, le plus fin des journaux israéliens. « Cela sonnait comme si les Palestiniens étaient ceux qui occupaient Israël. Il n’a pas eu un mot de sympathie pour les Palestiniens. Il n’a fait que parler des problèmes des Israéliens… » C’est trop exact. Et comme d’habitude, les journalistes israéliens les plus raisonnables, dans leur franche condamnation d’Obama, ont montré que les princes parmi les journalistes américains n’étaient que des lâches. « Le discours mou et dénué d’imagination que le président Barack Obama a livré aux Nations Unies… reflète à quel point le président américain est désarmé face aux réalités du Moyen-Orient, » a écrit Yael Sternhell.

Et alors que les jours s’écouleront, nous verrons si les Palestiniens répondront à la lamentable prestation d’Obama avec un troisième Intifada ou par un haussement d’épaules de lassitude en voyant que les choses ne changent pas, que les faits continueront de prouver que le gouvernement des États-Unis demeure une marionnette aux mains d’Israël quand il est question du refus que les Palestiniens aient un état.

Demandons-nous comment est-il possible que l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Dan Shapiro, ait voyagé de Tel Aviv à New York pour le débat sur l’Etat palestinien, dans le propre avion de Netanyahu, le premier ministre israélien ? Comment se fait-il que Netanyahu était trop occupé à tailler une bavette avec le président colombien pour aller écouter Obama ? Il a juste jeté un coup d’oeil sur le document palestinien au moment il était en face à face avec le président Américain. Ce n’était pas du « culot » [chuzpah]. C’était une insulte, pure et simple.

Et Obama l’a bien mérité. Après l’éloge du printemps/été/automne arabe, comme il voudra le nommer – courant encore une fois après tous ces actes individuels de courage des Tunisiens et des Egyptiens comme si il avait avait été tout ce temps à leurs côtés, le bonhomme n’a trouvé que 10 minutes sur son heure à accorder aux Palestiniens, les giflant au visage pour oser demander un statut de membre des Nations Unies. Et Obama – et ceci était la partie la plus drôle de son absurde discours devant les Nations-Unis – a même oser suggérer que les Palestiniens et les Israéliens étaient deux parties « égales » dans le conflit.

Un martien qui écouterait ce discours penserait, comme Mme Ashrawi l’a suggéré, que les Palestiniens occupent Israël plutôt que le contraire. Aucune mention de l’occupation israélienne, aucune mention des réfugiés ou du droit au retour ou du vol de la terre palestinienne et arabe par le gouvernement israélien en opposition complète avec le droit international… Mais que de lamentations sur le peuple assiégé d’’Israël, sur les tirs de fusées sur leurs maisons, sur les attentats-suicide – les péchés des Palestiniens, naturellement, mais sans aucune référence au carnage dans Gaza ni aà l’énorme nombre de morts palestiniens – et même sur les persécutions historiques à l’encontre des communautés juives et sur l’Holocauste.

Ces persécution sont un fait de l’histoire. Ainsi que l’Holocauste. Mais les PALESTINIENS N’ONT PAS COMMIS CES ACTES. Ce sont les Européens – dont Obama sollicite maintenant l’aide pour refuser un Etat aux Palestiniens – qui ont commis ce crime des crimes. Puis nous étions à nouveau dans les considérations sur« les parties égales », comme si les occupants israéliens et les Palestiniens sous occupation étaient sur une aire de jeu. Madeleine Albright avait l’habitude d’user de ce mensonge terrible. « Cela revient aux parties elles-mêmes, » disait-elle, se lavant les mains comme un Ponce Pilate de toute cette affaire, dès u’Israël menaçait d’avoir recours à son lobby au Etats-Unis. Le ciel sait si Mahmoud Abbas peut produire un discours historique à l’ONU aujourd’hui. Mais au moins nous savons tous qui est le conciliateur.

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Du même auteur :

-  Depuis 10 ans, nous nous mentons à nous-mêmes pour ne pas poser la seule et vraie question – 8 septembre 2011
-  L’histoire se répète, avec les mêmes erreurs que celles commises en Irak – 25 août 2011
-  Mahallah : la ville et ses travailleurs qui les premiers se sont affrontés à Moubarak – 12 août 2011
-  Egypte : l’ancien despote et ses fils face à la colère de la nation qu’ils ont terrorisée – 5 août 2011
-  Les dictateurs du monde arabe s’accrochent, mais pour combien de temps ? – 3 août 2011
-  Place Tahrir, la colère monte à nouveau : où est passée la révolution pour laquelle la foule s’est battue ? – 22 juillet 2011
-  Hama 1982 – 8 juillet 2011
-  Le dépotoir à despotes fait bon accueil au suivant sur la liste – 18 juin 2011
-  « J’ai vu ces courageux médecins tenter de sauver des vies » – 14 juin 2011
-  Le peuple contre le président – 9 juin 2011
-  L’avenir de la révolution se jouera-t-il au royaume du pétrole ? – 1° mars 2011
-  Egypte : 50 000 enfants des rues maltraités par le régime de Moubarak – 17 février 2011

23 septembre 2011 – The Independent – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.independent.co.uk/opinio…
Traduction : Info-Palestine.net

Après le discours « officiel », le témoignage de Michel Besson…


 

samedi 10 septembre 2011
http://www.andines.com/article.php3?id_article=1627
Dès mon arrestation à l’aéroport de Tel Aviv le 5 Septembre 2011
une énorme solidarité s’est déclenchée et j’en remercie vivement tous les amis palestiniens, français, et même d’autres pays, qui sont intervenus d’une manière ou d’une autre.râce à cette mobilisation j’ai pu sortir du Centre de rétention le 8 au matin et conduit … dans le mauvais sens, c’est-à-dire manu militari à l’avion.Le risque d’une telle situation est d’en faire une « histoire » de personne alors que l’important est le contexte. Et je ne tiens pas du tout à jouer au héros. Si je vais raconter ici brièvement ce qui s’est passé, ce que j’ai vécu, c’est pour tirer quelques leçons, et surtout comprendre un peu mieux, à travers cette histoire (qui peut paraître banale), comment fonctionne la société d’aujourd’hui, et ainsi pouvoir agir, collectivement, de manière plus efficace pour changer cette société, de plus en plus injuste et prédatrice.

La première constatation, c’est le fonctionnement de l’information publique : Le lendemain de mon arrestation, l’Ambassade de France à Tel Aviv a publié un communiqué qui ne tenait compte que de la version de la police israélienne… Je n’ai pas été consulté pour exprimer ma version des faits. Comme par hasard c’est Le Figaro qui en France a relayé cette information, toujours sans consulter le premier intéressé ou ses proches (la gérante d’Andines et des amis ont pu me joindre par téléphone)…

« Au cours de ses interrogatoires, il n’a cessé de changer de version sur les raisons qui l’amenaient en Israël, si bien qu’il a été décidé de l’expulser jeudi« , a affirmé la porte-parole Sabine Hadad » (Le Figaro, papier et internet). « La France est intervenue activement pour lui permettre d’entrer en Israël. Toutefois, malgré les demandes répétées de notre représentation, le service de l’immigration israélien a constamment, au vu de ses fausses déclarations alléguées (les services de l’immigration estiment que notre compatriote aurait tenu des propos contradictoires et inexacts à trois officiers différents), refusé l’entrée du territoire à M. Besson » (message de l’ambassade de France à Tel Aviv).

C’est précisément le contraire de la vérité.

Cela en dit long sur « l’objectivité » de ce type d’information officielle, et d’une certaine presse, qui n’entend qu’un son de cloche, celui qui les arrange politiquement, qui méprise les gens directement concernés sans même les interroger ! Cela me paraît très grave et malheureusement de plus en plus courant (à mon retour, je me suis aperçu que la parole des « officiels » avait même déstabilisé des proches d’Andines !).

Voilà tout simplement ce qui s’est passé :

Je vais chaque année en Palestine pour rencontrer les agriculteurs et artisans avec lesquels la coopérative française Andines, où je travaille, coopère depuis plusieurs années. Andines importe différents produits de Palestine mais surtout l’huile d’olive. Cette huile de terroir est spécifique et particulièrement appréciée. Mais surtout, c’est en solidarité avec les travailleurs palestiniens que Andines l’importe, puisque sa production est la principale activité économique de Cisjordanie. Cette activité, soutenue par des milliers de personnes, dont des oléiculteurs français, tous les groupes de l’Association France Palestine Solidarité et des collectivités territoriales, n’est pas en contradiction avec notre démarche d’équité (et de souveraineté alimentaire des peuples) puisqu’elle vise à desserrer l’étouffement de l’économie palestinienne. Cette asphyxie économique est l’un des axes de la stratégie israélienne pour la destruction du peuple palestinien depuis le début de la guerre, car il s’agit bien d’un contexte de guerre, d’occupation militaire et d’apartheid. Créer une activité économique en Palestine est de plus en plus difficile. De plus en plus d’ateliers et d’entreprises ferment et disparaissent. Je précise aussi que cette démarche d’équité, partagée par Minga et de très nombreuses organisations dans le monde, n’a pas grand chose à voir avec le dit « commerce équitable », enfermé dans une relation commerciale de type paternaliste et néo-libéral exclusivement « nord sud ».

Tout voyage en Palestine passe obligatoirement par l’État d’Israël puisque cet État occupe tout le territoire militairement et économiquement et a construit un mur de béton armé et de fils barbelés bourrés d’électronique pour enfermer le peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza. Un peuple dont la grande majorité ne veut que la paix et la liberté de vivre, de s’auto-organiser. Pour l’instant ce sont des territoires occupés par l’armée omniprésente et des centaines de milliers de colons israéliens. C’est véritable prison à ciel ouvert pour les palestiniens.

Vu ce contexte politico-militaire, tout militant qui se rend en Palestine se prépare à répondre aux questions posées systématiquement par la police israélienne : « Que venez-vous faire en Israël ? Y avez-vous des amis ? ». Pour ma part je décide de répondre, comme d’habitude : « visite personnelle à Jérusalem, Bethléem et Hébron, et sans amis en Israël », puisque malheureusement c’est la vérité (ils sont nombreux dans la région, mais en Palestine). Contrairement aux allégations officielles, on ne m’a posé aucune question sur les “territoires occupés » ou sur la Cisjordanie, qui d’ailleurs pour moi sont La Palestine. J’avais donc décidé, comme la majorité des militants qui viennent ici, de ne pas parler de mon travail en Cisjordanie. Il faut se souvenir que des centaines d’expulsions ont eu lieu ces derniers mois, visant les gens qui affirmaient clairement à l’aéroport vouloir se rendre en Cisjordanie. Plusieurs centaines de personnes en juillet 2011 ont même été bloqués avant de prendre l’avion dans leur propre pays…

Il faut déjà savoir que, contrairement au droit international, tout interrogatoire est ici mené en hébreux ou au mieux en anglais … sans interprète.

La première policière qui m’interrogeait cette fois-ci, en consultant son ordinateur, ne m’a pas cru. J’ai donc été interrogé pendant 4 heures par d’autres policiers auxquels j’ai toujours répondu la même chose (contrairement à ce qu’affirment les communiqués de la police israélienne repris par le consulat et l’ambassade de France).

Ni mon carnet d’adresse ni mon ordinateur n’ont été consultés, mais c’est par le biais de ma boite émail (adresse indiquée sur mon billet d’avion) que les policiers ont compris que j’allais très probablement en Cisjordanie. Avis aux voyageurs… J’ai aussi constaté qu’existait une fiche, écrite en hébreux, à mon nom (« Besson Michael »), concernant sans aucun doute mes derniers voyages et écrits (http://www.andines.com/article.php3 ?id_article=746). Lorsque je me suis aperçu de cette situation j’ai dit au dernier policier qui m’interrogeait que j’allais effectivement à Ramallah pour rencontrer des partenaires et lui ai montré les documents d’Andines. « It’s too late, m’a-t-il répondu, go home » (c’est trop tard, vous repartez chez vous !). Je pense que la décision de refoulement a effectivement été prise bien avant…

Puis c’est la fouille au corps, le mépris, le silence total sur l’avenir, l’intimidation en menaçant de vous mettre sur le dos d’autres inculpations, et enfin le fourgon et la cellule du « centre de rétention » (lieu d’expulsion sans aucun jugement), comme il en existe partout dans le monde, en particulier en France. Toutes vos affaires personnelles sont momentanément confisquées, y compris les stylos… Mes compagnons de cellule étaient en majorité des étrangers venus chercher du travail… l’un d’eux m’a dit « je n’arrive pas à comprendre qu’un peuple qui a été opprimé puisse ainsi en opprimer d’autres ! ». Il y a bien des réponses, et tous les israéliens ne sont pas sionistes, mais nous en parlerons une autre fois.

Au cours de ma détention, je pensais que le Consulat français arriverait à organiser une réunion entre la police israélienne, le consulat et moi-même pour que nous puissions nous expliquer et régler le problème positivement. Mais rien ! J’apprends que les amis palestiniens qui m’attendent reçoivent la nouvelle de mon arrestation avec tristesse et révolte, et que la presse arabe s’est emparée de mon cas et crie au déni de justice à mon égard et à une volonté délibérée d’Israël d’empêcher les différentes coopérations économiques que nous avons mises en place avec toutes les difficultés que vous savez (y compris entre des villes palestiniennes et françaises). Au mépris bien entendu des lois et des différents accords internationaux.

J’apprends aussi qu’en France s’organise toute une solidarité… Un peu sonné par la situation, le moral remonte vite ! L’essentiel reste et restera de continuer à nous battre tous ensemble pour développer notre coopération économique et pour changer cette société si violente et si injuste. Pas le moindre doute là-dessus.

J’ai eu la visite de Mr Guérin, délégué par le consulat de France à Tel Aviv : “Nous ne pouvons rien faire”. Il m’a tout de même téléphoné le 7 au soir pour m’informer que je serais mis dans un avion le lendemain à 8 heures ( puisque le billet acheté par Andines était un aller retour, il n’y a eu aucun frais public dans l’histoire, précisons-le). Un avocat est également venu me voir. Il est toujours important, face à l’arbitraire des Pouvoirs, qu’un témoin indépendant des gouvernements puisse rapidement rencontrer les prisonniers. Nous aurions pu demander un jugement, mais cela pouvait durer plusieurs semaines… J’ai apprécié sa visite.

Le 8 Septembre au matin, je suis amené directement dans un avion… pour Paris. Dans l’avion, l’un des passagers s’approche et me dit « j’ai appris ce qui vous est arrivé. Voici mon adresse. Vous pouvez compter sur moi ».

Et merci au comité d’accueil à Roissy.

Un grand merci à mes collègues, à ma famille, à Guy et à toutes celles et tous ceux, trés nombreux, qui ont réagi ! Vous trouverez sur le site www.andines.com les actions que nous pensons entreprendre prochainement avec nos partenaires.

C’est ensemble que nous allons continuer ce que nous avons commencé. En lien avec toutes les luttes et les alternatives que développent de plus en plus de citoyen(ne)s partout dans le monde. Personne ne pourra nous en empêcher.

Et bien entendu je retournerai en Palestine !

A très bientôt !

Michel Besson, le 9 Septembre 2011

Pour garder mémoire 4/5


jeudi 18 août 2011 – 07h:20

Rudi Barnet

Personne n’a le droit de juger le peuple juif ou l’Etat d’Israël

De « Plomb Durci » aux collabos, en passant par BDS

Première partie cliquez ici
Deuxième partie cliquez ici
Troisième partie cliquez ici

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mai 2010 – la marine de guerre israélienne pirate le Mavi Marmara dans les eaux internationales et assassine neuf militants de la solidarité turque avec la Palestine – Photo : AFP

La hasbara, notre machine de propagande balayera tout ça !

Immédiatement, la campagne de désinformation a été lancée : “ Ce ne sont pas des pacifistes, mais des terroristes contre lesquels nous nous sommes seulement défendus… Et avec une grande modération !  » (Netanyahu à la TV israélienne).

Ailleurs aussi, c’était éloquent : «  C’était une embuscade organisée ! Nos braves soldats sont tombés dans un piège ! C’est des mercenaires qui étaient à bord ! Il y avait plein d’armes dans ces bateaux de “pseudo pacifistes !  » (Tamar Samash, ambassadrice d’Israël en Belgique) “ Ceux qui sont contre Israël sont des animaux, des chiens enragés, des hyènes !  » (Rubinfeld, président du CCOJB sur Radio Judaica). “ C’est un groupe lié à Al-Quaida qui dirigeait l’opération !  » (l’ambassadeur d’Israël au Danemark).

Cette campagne n’a été qu’en s’amplifiant. Les divers organismes de service (Jewish Internet Defense Force, Internet Haganah, Palestinian Media Watch, Aschkel…) n’ont cessé, malgré la présence à bord de gens comme Mairead Maguire, Prix Nobel de la Paix 1976 ou le grand écrivain suédois Henning Mankell, de calomnier et de « fabriquer des preuves“ pour diaboliser les participants de cette flottille On les transformera en terroristes assoiffés de sang qui ont attaqué une armée pacifique.

Parallèlement, Israël rappellera aussi ses obligations sionistes à Goldstone pour qu’il se démarque du rapport qui porte son nom et déjuge les autres membres de cette commission d’experts désignés par l’ONU… Il y a réussi, en partie. La technique est récurrente !

Cette ignominie aura au moins eu pour conséquence de mieux informer sur les réalités des pratiques israéliennes et d’obliger cet Etat, sous la pression internationale, à alléger le blocus sur Gaza.

Tout pour redorer l’image…

Depuis « Plomb durci », tout ce qui peut être médiatisé, surtout émotionnellement, est mobilisé dans une vaste campagne orchestrée et largement financée par le gouvernement pour tenter de rétablir une image positive d’Israël dans le monde. Que penser, en effet, de l’envoi massif d’aide et de sauveteurs (respect pour eux !) aux malheureux Haïtiens ? …Pendant ce temps, Israël refusait l’entrée à Gaza des biens de première nécessité et des médicaments, causant ainsi la mort de plusieurs centaines de Palestiniens !

L’objectif du gouvernement ? Comme le titrait le journal “Maariv“ : “ Pénible vérité : la catastrophe d’Haïti c’est bon pour les Juifs“…“chaque désastre a besoin d’un héros et les héros d’Haïti sont les Israéliens « … «  Nous n’aidons pas seulement les Haïtiens dans leur tragédie, mais nous contribuons à unir le monde juif et démontrer les valeurs juives de l’Etat d’Israël “.

Ce discours proprement scandaleux instrumentalise ouvertement le malheur des Haïtiens pour encenser l’État d’Israël et tenter de redresser son image.

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Auschwitz

Que penser aussi de l’exploitation mercantile (un million de $ de bénéfice annuel pour Israël) du sinistre camp d’Auschwitz, (1) devenu une attraction touristique morbide pour des colonies de jeunes israéliens… Négligeant le fait que cette horreur concerne essentiellement les européens, toutes opinions, croyances et ethnies confondues.

… sans oublier le conditionnement de l’opinion publique

Comme le proclamait Ariel Sharon : «  Israël peut avoir le droit de juger les autres, mais certainement personne n’a le droit de juger le peuple juif ou l’État d’Israël « .

Protestations et démentis ne suffisant pas à redorer l’image perdue, il n’a pas fallu longtemps pour mobiliser les supporters du régime à travers le monde, pour vilipender, diaboliser, harceler ou menacer de mort les opposants ou contradicteurs.

Un bel exemple de propagande, parmi une multitude de films financés par le Ministère des Affaires Etrangères, est cette vidéo « The Truth about the West Bank« , éditée en six langues, expliquant doctement que la Cisjordanie n’est pas un territoire « occupé » mais « disputé »… entre Israël et la Jordanie !

Il découle de cette rhétorique délirante que les « implantations » sont légales et que les Palestiniens n’ont aucun droit sur cette région… puisqu’ils n’ont pas d’État, ce ne sont que des Jordaniens qui se sont implantés dans un territoire qui revient à Israël !(2)

… Et quand la propagande ne suffit pas, on peut même passer à l’acte en agressant les associations de défense des droits humains, comme à Paris en septembre 2010 (cambriolage et tentative d’incendie criminel de plusieurs ONG pro-palestiniennes) ou comme l’agression au couteau contre un chercheur de l’ULB. (3)

… et à sa culpabilisation par les medias amis

Pas un jour sans que l’un ou l’autre media ne nous présente un sujet qui vise à sensibiliser le public occidental sur la « Shoah »… Oubliant les autres victimes de la « Solution Finale » !

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Dans le ghetto de Varsovie

Que cela n’ait rien à voir dans le drame palestinien, qu’il n’y ait aucun lien factuel entre cette monstruosité et ce qui se passe au Moyen-Orient, est sans importance.

La confusion entre le judaïsme et l’État d’Israël est, depuis toujours, soigneusement entretenue par les dirigeants sionistes et l’utilisation de l’émotionnel une pratique récurrente pour la manipulation de l’opinion publique.

Cette campagne de sensibilisation sur le drame des juifs européens victimes du nazisme – la programmation de Arte sur ce thème est exemplative – a un seul objectif : créer une empathie avec l’État d’Israël !

Une sorte de politique du ricochet, quoi !

Ah ! La naïveté ou l’absence d’esprit critique d’une partie de la communauté juive et de tant de citoyens non-juifs… Et ça marche depuis plus de soixante ans !

On développe également une campagne en direction des juifs d’Occident, présentés comme une communauté martyre, victime permanente de la violence des autres communautés… Et invités à émigrer pour sauver leur vie !

Que la réalité – les communautés d’autres religions sont aussi victimes de l’intolérance – contredise ces discours générant la peur, voire la panique, n’a aucune importance. Ce qui l’est c’est, encore une fois, instiller l’amalgame “juifs/shoah/Israël“ !

… et certains organismes humanitaires

Il est affligeant de voir l’attitude de “cul-bénit“ de certains organismes qui prétendent défendre les droits humains en adoptant ce fallacieux argumentaire de “deux peuples convoitant la même terre“.

Ainsi, certains ont une lecture bien particulière du rapport de la “Commission Goldstone“ !

Alors que ce rapport cible très nettement la responsabilité écrasante d’Israël dans le drame de Gaza, Amnesty-Belgique (“Conflit de Gaza, la justice maintenant“ )(4) renvoie dos à dos oppresseurs et opprimés en déplorant de même manière les morts israéliens (13… dont 10 militaires !) et palestiniens (1400 civils !).

Il est triste de constater que cette organisation de défense des prisonniers d’opinion, ne parle que très rarement des milliers de civils (non-combattants !), dont plusieurs centaines d’enfants, enfermés et torturés dans les geôles israéliennes… Ce qui en fait la plus grande prison du monde des « prisonniers d’opinion » !

Cette attitude “jésuitique“ est bien éloignée de la mission originelle.

Vous avez dit blocus ? Où voyez-vous un blocus ?

25 avril 2008 - Rafah, frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza - Des palestiniens scandent des slogans lors d’une manifestation devant la clôture de fer séparant l’Egypte de la bande de Gaza pour réclamer à Israël la levée du blocus de Gaza. - 76.9 ko

25 avril 2008 – Rafah, frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza – Des palestiniens scandent des slogans lors d’une manifestation devant la clôture de fer séparant l’Egypte de la bande de Gaza pour réclamer à Israël la levée du blocus de Gaza.

Israël a indéniablement allégé son blocus, mais refuse de communiquer la liste des produits qu’il entend interdire. Avant le blocus, la liste des produits autorisés était de 4.000… de 80 à fin 2010 !

L’allègement est pour le moins… léger. Parmi les produits interdits (à juin 2011), il y a le chocolat, les instruments de musique, les blocs-notes, le ciment, le sel, la majorité des médicaments et du matériel médical… Tous “produits militaires“ bien entendu, comme ces sept appareils respiratoires offerts par la Norvège aux hôpitaux, confisqués par l’armée.

Grâce au « Printemps égyptien », l’allègement du blocus s’est incontestablement amélioré (5)

… Et le fameux mur d’acier de Moubarak – décision d’édification prise en coordination avec Israël et les Etats-Unis – ne sera pas achevé.

N’en reste pas moins que Rafah est la seule voie d’accès plus ou moins ouverte pour les habitants de Gaza (L’Égypte laisse passer 3 à 400 personnes par jour). Côté mer et côté Israël, rien n’a changé.

Pour ce qui est de la Cisjordanie, le blocus est plus subtil. Outre que la quasi totalité des habitants ne peuvent librement quitter le territoire pour se rendre à Jérusalem – rares sont les Palestiniens de Bethléem qui ont visité Jérusalem… distant de 8 km – les étrangers débarquant à Tel-Aviv sont avertis qu’ils risquent une peine de prison de deux ans s’ils se rendent dans la partie palestinienne.

Les pacifistes de la « Flytille » l’ont appris à leurs dépens… Et ont ainsi démontré que le blocus est général !

Génocide ?

Les spécialistes se disputent quant à l’appellation qui convient pour définir les actes israéliens et si on peut, oui ou non, parler de génocide.

On ne peut cependant s’empêcher de penser qu’il y a des ressemblances troublantes avec les événements qui se sont, par exemple, déroulés au Rwanda ou en Ex-Yougoslavie… Tel le massacre de Srebrenica, en juillet 1995, qui, hormis le nombre de morts, a plus que des similitudes avec celui perpétré à Al-Tantura, en mai 1948.

Pourquoi génocide à Srebrenica, mais seulement incident regrettable en Palestine ?

Si ce n’est pas un génocide, la litanie des massacres depuis les années trente à ce jour sonne pour le moins comme un prélude.

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler la définition juridique du crime de génocide qu’on peut trouver dans la « Convention pour la prévention et la répression ».

Les génocides sont des actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

-   meurtres de membres du groupe

-   atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe

-   soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle.

Chacun jugera en conscience.

… En tout cas Sociocide !

Comment, en effet, qualifier autrement la sinistre « Opération Rempart » (6) de 2002 que tant « Human Rights Watch » et « Amnesty International » ont défini comme crime de guerre ?

Quel autre but que détruire la société palestinienne elle-même pouvaient avoir les massacres – même Shimon Pérès a utilisé ce terme de « sociocide » à ce propos – de Jenine et Naplouse ?

Quelle autre finalité pouvait avoir la destruction généralisée des maisons, le saccage de tout ce qui était utile à la vie économique (hôtels, aéroport, sites historiques, bureaux de poste… jusqu’aux feux de signalisation) ?

Comme d’habitude, Israël a fait obstacle à la venue de la Commission d’enquête mise sur pied par l’ONU… Et, comme d’habitude, a invoqué la « nécessité de représailles » pour répondre à des attaques.

Ah ! Cette fameuse “charte“ du Hamas !

Petit “scoop“ qui serait comique s’il n’était effrayant : l’auteur du slogan, tant brandi comme le “crédo“ des Palestiniens, “ Poussez tous les juifs dans la mer “, est en réalité de… Ben Gourion lui-même !

C’est à la Knesset en octobre 1961 que, selon un universitaire étatsunien, il « inaugura » ce slogan pour mieux stigmatiser le danger palestinien : “ Leur objectif est clair : pousser les juifs dans la mer, morts ou vifs ! « . (7)

Dans sa diabolisation des “extrémistes islamiques“ l’État d’Israël se réfère toujours à l’ancienne “Charte du Hamas“… Mais passe sous silence le “Document d’Entente Nationale“ de 2006 (signé par le Hamas !) qui accepte l’État israélien à côté d’un État palestinien dans le respect de la résolution 242 de l’ONU de 1967 fixant les frontières entre ces deux États.

Pourquoi Israël s’oppose-t-il à cet engagement qui équivaut, pour les Palestiniens, à renoncer à 78% du territoire originel et entérine ainsi la conquête juive ?

… Et pourquoi ne parle-t-on jamais du refus à l’existence d’un État palestinien contenue dans la charte du Likoud : le gouvernement israélien rejette catégoriquement la création d’un État arabo-palestinien à l’ouest de Jourdain !

Cette obstruction au droit international depuis plus de 60 ans et cette volonté de rejeter toute offre de délimitation des territoires est, pour le moins, un étrange témoignage de volonté de paix, non ?

Les Palestiniens doivent partir ou se soumettre !

Que le gouvernement israélien le veuille ou non, la Cisjordanie et Gaza sont des territoires « occupés »… ce qui implique le respect des lois de la guerre par le Pouvoir occupant.

Eric David, spécialiste du Droit international et Professeur émérite de l’Université de Bruxelles, estime que «  L’implantation et le maintien de colonies de peuplement dans les territoires palestiniens occupés sont des crimes de guerre « . (8)

Cette violation du Droit n’a pas connu de répit depuis 1967 et la répression raciste est permanente.

A titre d’exemple : le raid de nuit des colons de Kyriat Arba (près d’Hébron) qui, sous la conduite du rabbin Levinger, ont, sous la protection de l’armée, détruit tout ce qu’ils pouvaient dans le camp de réfugiés de Deheishe en 1987

Ils s’en sont ensuite vantés dans la presse : « Notre action n’était pas assez forte. Il aurait fallu écraser le visage d’un enfant de 8 ans et casser les dents d’une femme enceinte. C’est seulement de cette façon qu’ils comprennent ! ». (9)

Que penser aussi des exhortations de Pinhas Wallerstein, patron de “Yesha“, le Conseil des Colons, considéré comme un “faiseur de gouvernements israéliens“, proclamant que “ les colons ne partiront jamais de Judée-Samarie “ et “ Cette présence juive, partout, est nécessaire pour empêcher un Etat palestinien “ ?

Il n’y a guère d’illusions à se faire sur les discours israéliens proclamant la volonté d’arrêter la conquête… David Ben Gourion n’affirmait-il pas déjà en 1948 : «  Nous devons tout faire pour nous assurer que les Palestiniens ne reviendront jamais, les vieux mourront et les jeunes oublieront “.

Il n’y a de paix que la paix des morts, quoi !

La colonisation sauvage est permanente et s’est même amplifiée après l’attaque de la “Flottille de la Liberté“ : arrachages des oliviers, destruction des puits d’eau…

Fin juin 2010, encore une fois, au mépris des engagements pris et des lois internationales, le comité central du Likoud a approuvé à l’unanimité la “ poursuite du développement des colonies en Cisjordanie et partout en Eretz Israël, notamment dans le Néguev et en Galilée et dans le Grand Jérusalem “.

Les fanatiques sionistes religieux, ne cessent de brûler champs, écoles (celle de Naplouse en octobre 2010), mosquées (celles de Lubbati Charqiya en mai 2010 et de Beit Fajjar en octobre 2010) ou maisons (à Hiraoua et Bourine, début mars 2011).

Les colons d’Ytzhar (une des 121 colonies illégales de Cisjordanie) justifient tout cela au nom d’une “ mission confiée par Dieu “ et ceux qui occupent Hébron (700 Israéliens au milieu de 170.000 Palestiniens) écrivent «  Pas d’arabes ni de rats  » sur les murs. (10)

Hébron, ville coupée en deux pour y rendre la vie impossible aux Palestiniens en interdisant leurs commerces dans les principales artères, Hébron devenue ville fantôme pour la « sécurité » de quelques fanatiques religieux.

Qui sont les barbares ?

Le Boycott est une action légitime ?… et légale ?

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La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) a été demandée en 2005 par 172 organisations palestiniennes représentatives (religieux, laïcs, syndicats…) et a essentiellement pour but de faire cesser l’impunité d’Israël en le forçant à respecter les règles internationales.

Concernant les produits importés en Europe, l’appellation “Made in Israël“ est frauduleuse pour des produits fabriqués par des entreprises implantées dans les colonies de Cisjordanie.

En effet, “l’Accord d’Association UE-Israël“ (en vigueur depuis 2000 et ratifiée par tous les pays de l’Union) et diverses autres directives en interdit l’entrée dans l’Union européenne (Voir à ce sujet l’arrêt “Brita“ de la Cour de Justice Européenne du 25/2/2010).

De plus, la Convention de Genève de 1949 spécifie clairement le statut de territoire “occupé“ de la Palestine et s’oppose à toute collaboration avec le gouvernement israélien dans ses projets de colonisation.

Il en découle qu’il est donc illégal pour une entreprise ou un investisseur occidental de collaborer, même indirectement, à des projets israéliens en Cisjordanie et frauduleux d’étiqueter “made in Israël“ des produits issus des colonies.

L’action tentant de faire appliquer le Droit est donc parfaitement justifiée.

Ce n’est pas, comme la propagande sioniste essaie de le faire accroire, une campagne illégale ! Il est d’ailleurs scandaleux que des gouvernements, tel celui de la France, essayent, au mépris des lois de l’Union européenne, de criminaliser les militants de ce boycott.

Concernant le boycott universitaire, on ne peut ignorer qu’en Israël même, aucune université n’existe pour les “Palestino/Israéliens“ et qu’aucun cours en arabe n’est dispensé dans les sept “officielles“.

Ainsi, 20% de la population, d’un pays qui se prétend démocratique, est discriminée !

Mais Ehud Barak, Ministre de la Défense, a approuvé l’accès au statut d’université d’un collège situé dans la colonie d’Ariel en Cisjordanie occupée… Université qui n’est accessible qu’aux seuls colons, évidemment !

Au moins par le silence, mais souvent de manière active en se mettant au service des officines gouvernementales (à l’instar de l’université Ben Gourion qui entretient des liens étroits avec le complexe militaro-industriel israélien), ces universités israéliennes contribuent à maintenir l’oppression.

A quand une action de ces universitaires pour s’y opposer et rejoindre leurs confrères qui manifestent leur désaccord ?

Il en va de même concernant la culture.

Il ne s’agit en aucune manière de boycotter des individus – de nombreux artistes israéliens sont accueillis dans des manifestations en Europe – mais de s’opposer aux opérations de propagande et à ceux qui soutiennent, objectivement, cette politique.

Un bel exemple de cette véritable “machine de guerre » est le célèbre film “Valse avec Bachir“, bourré de contrevérités historiques – bombardements intenses de l’aviation libanaise… qui n’a quasiment pas d’avions/ père du héros, à la fois soldat russe et déporté d’Auschwitz/ massacres de Sabra et Chatila attribués à des phalangistes “chrétiens“ fous… passant sous silence que l’opération avait été planifiée, organisée et appuyée par l’armée israélienne (11) / Etc… Etc… – qui vise, avec une grande habileté, à donner une image positive de l’armée et à créer une empathie du spectateur avec les traumatismes psychologiques du pauvre tankiste.

Subtil et pervers !

N’oublions pas nos collabos !

La machine est puissante et ne manque pas de moyens financiers : promotion d’artistes dans les manifestations européennes, opérations de séduction vers les secteurs économiques, multiplication d’émissions TV favorables au régime, mise en valeur de “vedettes“ européennes – dont, entre autres, l’ineffable BHL – affichant ouvertement leur idées pro-sionistes.

Certains responsables politiques européens se prétendant “socialistes“, n’hésitent pas à apporter leur contribution à cette propagande, tels Strauss-Kahn qui affirme : “ Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israël “ (Europe1) ou Martine Aubry, invitée d’une organisation sioniste, déclarant : “ Je pense que ceux qui prônent le boycott d’Israël se trompent de combat. Au lieu de porter la paix, ils portent l’intolérance, ils portent la haine !  » (Discours au CRIF, novembre 2010) … Jaurès, réveille-toi !

Dans le domaine médiatique, on assiste à un véritable matraquage par « Arte » de films sur le thème de la Shoah ou de productions israéliennes. Rien d’étonnant à cela quand on connaît les sympathies politiques de Jérôme Clément, son Directeur jusque fin 2010.

Durant plusieurs années, la moitié du budget que cette chaîne publique était censée consacrer aux productions étrangères, principalement européennes… était investie dans des films israéliens.

Il en a été remercié par les autorités israéliennes : “ La chaîne Arte, justement, contribue grandement au financement des créateurs israéliens avec près de
19 films au compteur. Grâce à elle notamment, le cinéma israélien bénéficie de cette reconnaissance et de cette bienveillance si particulière en dehors de ses frontières (12)

Pas la moindre protestation, à ma connaissance, contre ce détournement “soft“ de l’argent public.

Rien d’étonnant, non plus, dans cette attitude de Arte quand on sait que c’est Bernard-Henri Lévy qui préside son “conseil de surveillance“.

… Mais Arte ne fait pas de politique n’est-ce pas ? (13)

Les artistes et les intellectuels qui mettent leur travail et leur renommée au service de cette propagande portent un nom de sinistre mémoire : “collabos“ !

Quelques belles “consciences“ culturelles ont heureusement dénoncé cette utilisation de la culture comme marketing politique et ont pu faire échouer certaines opérations.

A suivre…

Notes

1) « L’Industrie de l’Holocauste » de Norman Finkelstein (La Fabrique editions)

2) http://mondoweiss.net/2011/07/annex-hasbara-on-steroids.html

3)) Voir “http://pierre.piccinin-publications.over-blog.com“

4) “Le Fil d’Amnesty“ N°6 (Décembre 2010)

5) « Le Monde » du 22/7/2011

6) Lire à ce propos  » Israël 60 ans de mystification… » édité par « Capjo-EuroPalestine (www.europalestine.com)

7) “The Palestine Chronicle“ William James Martin (University of Florida)

8) Colloque du 8/4/2011 à l’ULB par le Centre de Droit International

9) Haaretz du 7/6/1987

10) Lire « Apartheid à Hébron » de Letty Pogrebin dans la revue « Regards » du CCLJ (Centre Communautaire Laïc Juif)

11) Lire “Sabra et Shatila, retour sur un massacre“ de Pierre Péan, Monde Diplomatique (septembre 2002)

12) “Jerusalem Post“ du 31/12/2010

13) Fin 2010, la chaine a annoncé (9/11/2010) qu’elle suspendait pendant deux ans son soutien à la production israélienne

Communiqué par l’auteur via courriel

source


Pour garder mémoire! 1-5


(anniebannie : les notes en bas de page doivent être atteintes manuellement)

Rudi Barnet : Ce qui suit n’est pas le texte d’un spécialiste du Proche-Orient, seulement le résultat des recherches d’un citoyen lambda qui, suite à la tuerie de Gaza de 2008/2009, a voulu « comprendre ».

Complété au fur et à mesures des informations provenant de diverses sources, ce dossier comporte sans nul doute des lacunes et des erreurs… Mais aucun des détracteurs sionistes contactés n’a pu, ou voulu, apporter de contradiction ou correction substantielle.

L’essentiel de l’objectif de ma démarche originelle étant atteint, j’ai décidé de clôturer cette enquête.

J’espère que texte pourra servir d’aide-mémoire à celles et ceux qui, comme moi, veulent vivre en citoyens conscients.

 

1

Le génocide nazi n’est pas mon affaire!

De la découverte du problème au sens des mots

 

Qui parle à qui?

 

Enfant, les témoignages et les images sur la “solution finale“ m’épouvantaient.

Cette horreur, erronément connue sous le terme hébreu de « Shoah » – ce terme ne concerne que le génocide de la communauté juive, excluant celui des Roms, homosexuels ou résistants – cette volonté d’exterminer ceux qui sont différents, ont une autre religion ou une autre culture, m’a marqué pour la vie. Les images de « Nuit et Brouillard » de Resnais et le visage d’Irena Sendlerowa, la résistante polonaise qui sauva plus de 2500 enfants du ghetto de Varsovie, restent gravés en moi.

Il n’y aura jamais assez de publications, de films ou manifestations pour dénoncer et informer sur ces déshonneurs de l’humanité.

Ma révolte contre l’injustice ne date donc pas d’hier et n’a jamais tenu compte des ethnies, races, croyances ou cultures. Je n’ai simplement jamais accepté d’être du côté des oppresseurs ou des bourreaux, quels qu’ils soient.

Belge ou Israélien?

La relation “militante“ de certains concitoyens, qu’ils soient de culture juive ou pas, à l’Etat d’Israël et leur solidarité apparemment indéfectible avec ce régime – Nous et notre pays Israël, sommes attaqués par le monde entier… Notre ambassadrice… Notre hymne national “Hativah“! … comme on peut l’entendre sur “Radio Judaica“ – m’a toujours intrigué.

J’ai cherché à comprendre cette attitude qui me paraît tenir de l’autisme, n’être possible qu’en occultant l’Histoire, en niant les faits et en méprisant “l’autre“.

Cet appui aveugle à l’Etat d’Israël ne peut que conduire à la confusion entre judaïsme et politique israélienne.

 

Un conte pour enfants

A l’école de mon village, notre instituteur nous vantait les mérites de “ces courageux colons qui allaient faire fleurir un désert“ et parlait avec enthousiasme de l’implantation d’un “peuple sans terre dans une terre sans peuple“.

Le monde sortait alors d’une guerre terrible, la communauté juive avait connu une tragédie effrayante et le petit écolier que j’étais se réjouissait de cet exode vers un avenir prometteur.

Longtemps, j’ai cru à cette fable, tout comme sans doute les jeunes Juifs socialistes, idéalistes qui, de bonne foi, sont venus d’Europe pour créer les premiers kibboutzim.

On sait maintenant que c’était un mensonge éhonté propagé par l’appareil sioniste et que la création d’Israël a été une entreprise colonialiste… Et l’est toujours.

Loin d’être un désert, il y avait là-bas des centaines de villes et villages, des cultures prospères, des jardins, des êtres humains de religions diverses… Un peuple vivait sur cette terre!

Nous ignorions alors cette imposture et ne savions pas, non plus, que cette colonisation violente avait débuté bien avant la guerre de 1940/45… Bien avant la sinistre « solution finale ».

Nous ne savions pas que « la conscience de l’holocauste était en réalité un instrument d’endoctrinement de la propagande officielle, un ramassis de slogans, une vision du monde faussée dont le vrai but n’était nullement la compréhension du passé, mais bien la manipulation du présent« [1]

 

Le génocide nazi n’est pas mon affaire!

 

Les premiers colons sionistes des années 30, qualifiés de terroristes par l’occupant anglais, ne se préoccupaient guère de ce qui se passait en Europe!

En décembre 1942, David Ben Gourion – futur fondateur de l’Etat d’Israël qui vivait alors depuis près de 40 ans en Palestine – ayant été informé de la mise en œuvre de la “solution finale“, affirmait que le désastre qu’affronte le Judaïsme européen n’est pas mon affaire.

Ce mépris pour les martyrs de l’Holocauste a d’ailleurs été violemment stigmatisé par Simon Wiesenthal, le célèbre chasseur de criminels nazis, au Congrès sioniste de 1946 : Cela ne nous aurait pas fait de mal d’organiser notre propre procès de Nuremberg contre tous ceux (les dirigeants sionistes) qui n’avaient pas accompli leur devoir envers nous, nos familles et le peuple juif.[2]

Ce procès aurait notamment permis de mettre en évidence une face occultée du mouvement sioniste… La collaboration avec le régime hitlérien.

Elle débuta dès l’avènement du “führer“ avec le “Haavara Agreement“ pour l’exportation de capitaux, de produits manufacturés – cela permettait à l’Allemagne de contourner l’embargo britannique – et le transfert d’émigrants.

Cet accord perdura jusqu’en 1942! [3]

Ce procès aurait aussi permis d’en apprendre plus sur la proposition d’alliance militaire du « Groupe Stern » d’Itzak Shamir (futur premier ministre) avec le régime nazi.

Cette proposition de 1941 (Pour mémoire : Dachau, le premier camp de concentration était ouvert depuis huit ans!) valu notamment à Shamir d’être arrêté par les anglais pour « terrorisme et collaboration avec l’ennemi nazi ». [4]

Ce que me racontait mon instituteur était donc “bidon“ et cette instrumentalisation des monstruosités nazies est d’autant plus ignoble que ce n’est pas au peuple qui vit en Palestine à payer le prix des crimes de l’Allemagne… ni les nôtres!

Il est d’ailleurs assez paradoxal, choquant même, de voir que des rescapés de l’horreur nazie ou leurs descendants, ne soutiennent pas aujourd’hui des êtres humains qui, à leur tour, subissent l’oppression.

Par quelle aberration en arrivent-ils à cet aveuglement, à cette indifférence au malheur d’innocents?

 

Un mufti bien utile

A l’école du village, on nous racontait aussi que « les quelques Arabes qui vivent en Israël s’étaient alliés aux nazis et qu’il fallait les écraser ». Que Al-Husseini, leur mufti (mollah) de Jérusalem, avait collaboré avec Hitler et appelé les Palestiniens à se joindre aux forces de l’Axe.

Nous ignorions alors – certains l’ignorent d’ailleurs toujours… ou feignent de l’ignorer – que cet Amin Al-Husseini vivait à l’étranger depuis 1937 (Liban, Irak… et Allemagne depuis 1941), qu’il était largement discrédité dans le monde arabe et que son influence sur la population de son pays était plus que limitée.

Preuve en est le très maigre résultat de ses exhortations auprès de ses compatriotes.[5]

Que cet Al-Husseini ait été un personnage exécrable est incontestable – ce n’était pourtant visiblement pas l’avis du gouvernement français qui l’hébergea et le protégea en 1945 – mais de là à en faire le “chef“ des Palestiniens…

… Et lui consacrer plus de place au mémorial de Yad Vashem qu’à des Himmler ou Goebbels – dans “Encyclopedia of the Holocaust“, l’espace qui lui est consacré est seulement dépassé par celui concernant Hitler lui-même – serait risible si ce n’était clairement une manipulation tendant à présenter les Palestiniens comme coresponsables du génocide hitlérien.[6]

L’ironie morbide de l’Histoire veut que ce mémorial Yad Vashem ait été construit sur les terres et les ruines des villages de Ein Kerem et, surtout, de Deir Yassin,

Deir Yassin, sorte d’Oradour palestinien, qui vit un des pires massacres de civils perpétrés en 1948 par les milices sionistes (plus de 200 paysans assassinés)… Mais il est assez probable que les guides du mémorial font silence sur cette information.[7]

Des nazis bien tranquilles

 

Il est troublant de constater qu’aucun “Tribunal de Nuremberg ou de La Haye“ n’a jugé certains complices objectifs de l’Holocauste… notamment les gouvernements anglais, étatsunien et canadien qui “savaient“ dès 1942, qui connaissaient la mise en œuvre de la “solution finale“ et qui ont cyniquement laissé faire.

Après 1945, ces “Alliés“ ont aussi été plus que laxistes avec les criminels de guerre, notamment les USA – mais la politique de l’URSS était similaire – qui ont accueilli et protégé nombre de nazis, dont  quatre à cinq mille membres du réseau du général hitlérien Reinhard Gehlen… Devenus de bons citoyens américains et “recyclés“ dans la CIA! [8]

Au même moment les USA fermaient leur frontière aux juifs qui fuyaient l’horreur!

Pourquoi ces crimes et complicités n’ont-ils toujours pas été dénoncés et jugés?

 

… et témoignage personnel

 

C’est avec stupeur et colère que j’ai appris de la bouche même d’un ex beau-frère qu’il coulait des jours tranquilles à Tel-Aviv (il y est mort depuis) avec sa fille et ses petits-enfants.

Cet homme était un SS belge de la “Légion Wallonie“.

Il avait combattu sur le front de l’Est et se vantait d’avoir participé à la bataille de Stalingrad. [9]

Après la guerre, il avait été emprisonné et déchu de ses droits civils.

La dernière fois que je l’ai rencontré, j’ai pu vérifier que son idéologie n’avait pas changé, son antisémitisme s’était simplement mué en haine des « arabes ».

Cette révélation (preuves à disposition), est pour le moins inquiétante, non?

Que peut répondre cet Etat au fait d’avoir accueilli cet homme – et si j’en crois ses dires, d’autres de ses “camarades“ – comme citoyen israélien?

Comment peut-il justifier cela?

 

Bref état des lieux

Avec la myriade de villages militairement isolés les uns des autres, la Cisjordanie, où vit la majorité du peuple palestinien, ressemble indéniablement aux “réserves indiennes“ des Etats-Unis et Gaza est devenu le “plus grand camp de concentration à ciel ouvert du monde“ (1,5 million de personnes enfermées dans un espace de 360 km2… 7 fois moins que le Luxembourg!)

Chaque jour, Israël continue le vol des terres et les destructions de maisons pour  l’installation de colonies – annexant ainsi « de facto » plus de 54% du territoire cisjordanien – et développe la judaïsation de Jérusalem sous l’œil complice des Etats-Unis et de l’Union européenne.

Il faut y ajouter ce honteux mur (près de 700 km) qui empiète sur les terres palestiniennes et prive les habitants de leurs récoltes, d’accès à leurs puits, à leur famille.

Ce mur fut condamné en 2004 par la Cour de Justice Internationale qui a exigé sa destruction ainsi que le démantèlement des colonies installées au delà de la Ligne Verte de 1967… Sans résultat.

Qui peut d’ailleurs encore croire que ce mur a comme objectif d’empêcher l’intrusion de terroristes quand on sait que, chaque jour, plusieurs milliers d’ouvriers palestiniens le franchissent clandestinement pour se faire exploiter comme travailleurs « illégaux“… et sous-payés, évidemment.

Premières questions

Quand l’armée d’Israël a fait pleuvoir la mort sur Gaza, faisant 1400 victimes dont près de 400 enfants, les discussions n’ont pas manqué avec des amis qui qualifiaient d’autodéfense ce qui m’apparaissait comme un crime.

Les interrogations étaient multiples.

Comment la population israélienne est-elle devenue, objectivement, la complice d’un régime qui traite le peuple palestinien comme de nouveaux “unter-menschen“?

Pourquoi, par quel mécanisme mental une grande partie des juifs peuvent-ils s’identifier à cet Etat?

Comment en était-on arrivé à un tel égarement des valeurs humaines ?

Quelle logique aberrante amène des conquérants brutaux à se prétendre les défenseurs de la démocratie?

… Et comment font certains de mes compatriotes pour se calfeutrer dans l’indifférence devant les actes d’un régime qui a toutes les caractéristiques d’un Etat voyou?

Car c’est bien à une sinistre besogne que nous assistons depuis près de quatre-vingt ans, à des agissement qui sont universellement qualifiés de crimes contre l’humanité… Sauf là-bas.

Comme l’écrit la philosophe Aline de Diéguez : L’installation des colons originaires d’Europe et notamment d’Angleterre sur les terres du Nouveau Monde et celle des colons juifs en Palestine présentent donc un parallélisme saisissant. Elle explique l’alliance psychologique étroite et profonde entre une Amérique baignant dans une religiosité vétéro-testamentaire – qu’elle soit dirigée par un Clinton, un Bush ou un Obama – et l’Etat sioniste actuel. Elle ne peut donc se réduire à la seule influence, certes très importante, des généreuses contributions financières destinées à influencer ou à corrompre les décideurs politiques ou économiques et offertes par les groupes de pression de l’AIPAC ou de la loge maçonnique B’nai Brith réservée aux membres qui peuvent attester de leur appartenance au judaïsme.«  [10]

Gloire à Ben Gourion!

L’affirmation cette situation de guerre est le résultat des perpétuelles attaques palestiniennes contre un peuple pacifique et son obstination à refuser le partage décidé par l’ONU en 1947 continue à être propagée et admise par de nombreux concitoyens.

C’est pourtant un mensonge éhonté.

En effet, dès 1942, le programme dit “de Biltmore“, adopté par la direction sioniste sous l’égide de Ben Gourion, envisageait un État essentiellement juif sur l’ensemble de la terre palestinienne.

Ce même Ben Gourion projetait aussi l’expulsion des “indigènes“, comme en témoigne l’accord qu’il avait conclu avec le roi Abdallah de Jordanie qui prévoyait, dès la création de l’Etat d’Israël, l’annexion par ce pays d’une partie des territoires concédés par l’ONU à l’État arabe de Palestine… La plus grande partie (55%) étant attribuée au régime sioniste.

Il faut donc bien constater que si, officiellement, Ben Gourion acceptait le plan de partage de l’ONU, il était en réalité bien déterminé, comme il le déclarait « en privé », à étendre à tout prix l’État attribué aux Juifs et, pour ce faire, à porter la guerre à l’intérieur des territoires attribués par l’ONU aux Arabes(…)“Après la formation d’une grande armée à la suite de la création de l’Etat, nous abolirons la partition et nous nous étendrons sur l’ensemble de la Palestine! » [11]

Autre déclaration édifiante de ce même Ben Gourion à qui le maire actuel de Paris (Pierre Delanoë, un Pierre Laval d’aujourd’hui?) à dédié une esplanade sur les quais de la Seine : « Ne nous cachons pas la vérité…. Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays ».[12]

C’est Golda Meir, Premier Ministre israélien, qui a sans doute le plus clairement exprimé (15 juin 1969) le déni d’existence du peuple palestinien : « Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre puisque les Palestiniens n’ont jamais existé« .

En outre, un rapport du ministère des Affaires étrangères israélien prédisait, en 1949 : La sélection naturelle fera le tri entre les réfugiés les plus adaptables et les plus combatifs et les autres, qui dépériront. Certains mourront, mais la plupart, changés en épaves et en parias, iront grossir les classes défavorisées dans les pays arabes .

Les objectifs impérialistes étaient clairs dès l’origine, non?

Les successeurs maintiendront le cap!

 

C’est la terre de nos ancêtres!

… Ou comment imposer une Histoire inventée

 

Pour justifier la solidarité entre les juifs de mon pays et ceux d’Israël, certains évoquent une origine historique commune : Nous juifs sommes originaires d’une même contrée. La diaspora nous a dispersés et nous retournons au pays après 2.000 ans d’exil.

Ce dogme, on le sait aujourd’hui, est contredit par l’Histoire… et par conséquent, la revendication territoriale qui en découle est une aberration.

En effet, les dernières recherches sur les origines juives, notamment celles de Shlomo Sand, professeur à l’université de Tel-Aviv, ont révélé que cette “reconquête“ est fondée sur une Histoire totalement inventée et que les juifs contemporains sont presqu’exclusivement les descendants des divers peuples convertis à la religion hébraïque.[13]

De doctes intellectuels sionistes connaissaient d’ailleurs ces faits depuis longtemps, tel, Israël Bartal (Doyen de la Faculté de Lettres de l’Université Hébraïque de Jérusalem) qui affirme aujourd’hui que ce qu’a révélé Shlomo Sand était déjà bien connu des historiens spécialisés en histoire juive.

Il indique que aucun historien du mouvement national juif n’a jamais réellement cru que les origines des Juifs étaient ethniquement et biologiquement “pures“. [14]

C’est essentiellement le prosélytisme des missionnaires, extrêmement important dans tous les pays du pourtour méditerranéen jusqu’aux premiers siècles de l’ère chrétienne – de la Turquie à l’Espagne, en passant par les Balkans et Rome, et dans plusieurs pays africains (jusqu’en Ethiopie) – qui est la cause essentielle de l’expansion de cette religion.

Au quatrième siècle, avec la prise de pouvoir du christianisme dans l’Empire Romain et la répression qui s’en suivit, cette expansion cessa.

C’est d’ailleurs en grande partie cette répression par les chrétiens qui a causé le “repli sur soi“ de la religion juive.

Les “nouveaux historiens » israéliens ont mis en évidence que la “diaspora“ est une légende chrétienne du 13ème siècle et démontré qu’il n’y a pas le moindre lien d’hérédité entre les habitants qui vivaient sur cette terre il y a deux mille ans et la quasi totalité de ceux qui y ont débarqué sous l’impulsion du mouvement sioniste.

… Les premiers arrivants sionistes du début du 20ème siècle ont d’ailleurs été bien mal “acceptés“ par les quelques milliers d’habitants de religion hébraïque qui vivaient là depuis les temps ancestraux.

N’est-il pas aberrant que tant de juifs proclament leur appartenance à un « peuple élu retournant dans la terre de ses ancêtres », alors qu’ils n’ont pas la moindre origine ethnique commune, aucun lien, autre que religieux et culturel?

Cette absence de filiation disqualifie donc à jamais cet argument mensonger… Et amène à ce constat paradoxal que les seuls humains de la région qui peuvent véritablement se proclamer « indigènes », sont les juifs dont les ancêtres y résidaient… Et les Palestiniens, convertis à la religion musulmane, chrétienne, ou laïcs.

Pour toute réponse à ces révélations sur l’origine du « peuple juif », leurs auteurs n’ont recueilli que des attaques personnelles, injures (traître à son pays, négationniste, juif ayant la haine de soi… et j’en passe), jusqu’à des menaces de mort de la part de ceux que leurs découvertes gênaient.

Mahmoud Abbas, non plus, ne semble pas au courant de sa propre Histoire!

 

Seules la nullité politique et la pauvreté culturelle de l’indéboulonnable homme à la petite moustache grise qui “préside“ aux destinées de la Cisjordanie, son ignorance de l’Histoire des peuples, des religions et des mentalités théologiques, ainsi que sa reptation obséquieuse devant Israël, les USA et les Européens qui le maintiennent au pouvoir à bout de bras et à coup de millions de dollars, bien que son mandat soit expiré depuis longtemps, lui ont fait reconnaître humblement “le droit du peuple juif sur la terre d’Israël » (Discours à l’AIPAC le 10/6/2010). [15]

Une diaspora mythique… d’un peuple imaginaire

S’il n’existe pas de “race juive” au sens ethnique, l’existence d’une communauté juive – “peuple juif“ me semble inadéquat : pas plus de “peuple juif“ que de “peuple chrétien“ ou “peuple bouddhiste“ –  liée par une religion et un patrimoine culturel communs est indéniable.

Mais proclamer Nous étions là il y a 3.000 ans! » comme le fait Netanyahu, n’est qu’une stupidité d’intégriste fanatique.[16]

Il est grand temps d’informer sur d’autres mythes révélés par les historiens contemporains, tels :

–       Il n’y a jamais eu de « Sortie d’Egypte » vers Canaan comme le raconte la Bible… cette région faisant partie du royaume des Pharaons.

–       Les Romains n’ont jamais chassé les juifs de Palestine et la fameuse « diaspora » du 1er siècle est une faribole.

… Etc

On pourrait en profiter pour tordre le cou à bien d’autres légendes bibliques inculquées comme “vérités“ aux enfants, comme celle de Massada qui, plutôt qu’un fief de résistants, était celui d’une secte de fanatiques et d’assassins. [17]

Ironie de l’Histoire, le commando israélien qui perpétra les exactions dans la prison de Ketziot en octobre 2007 portait le nom de ces tueurs… Et s’est montré dignes d’eux.

Le silence sur ces découvertes et la propagation de cette Histoire inventée ne sont-ils pas une insulte à l’intelligence des citoyens, Juifs ou non?

La prétention territoriale qui découle de ce mythe est d’autant plus absurde qu’elle impliquerait – la justice étant égale pour tous les peuples – la restitution de  l’Oklahoma au peuple Séminole, chassé de son territoire il y a seulement 200 ans, du Québec aux Iroquois, du Pérou aux descendants des Incas, de leurs terres à la nation Mapuche, de l’Australie aux Aborigènes… etc.

Une religion bien utile… pour des athées

Certains affirment que cette solidarité des citoyens juifs repose sur une culture et une religion communes.

Pour ce qui est de la culture, on admettra sans peine qu’il y a plus que de légères différences entre celle des séfarades et celle des ashkénazes… ou des falashas.

Quant à la religion, cet argument laisse pantois!

Imagine-t-on que les catholiques européens se soient mobilisés pour défendre Franco sous prétexte qu’il brandissait le catholicisme comme fondement de sa dictature? Imagine-t-on les musulmans se dresser pour soutenir Kadhafi, sous prétexte qu’il respecte le Coran?

Les plus hautes autorités religieuses juives se sont d’ailleurs élevées, dès les années 20, contre cette manipulation de la religion par les leaders sionistes (qui étaient athées!), pour justifier la colonisation et la création d’un Etat.

De leur côté des figures comme Albert Einstein, Hanna Arendt et bien d’autres intellectuels et artistes juifs ont qualifié le sionisme de mouvement fasciste. [18]

Aujourd’hui encore, comme on pourra le lire plus loin, les juifs ultra-orthodoxes (près d’un million d’adeptes en Israël!) rejettent  l’Etat sioniste.

 

Des ambiguïtés bien utiles… ou le sens des mots

Israélien, Hébreu, Juif, Israélite, Sioniste, Sémite… nombreux sont les termes utilisés pour glorifier ou stigmatiser les promoteurs ou opposants à ce régime ou à cette religion.

Les significations du mot “peuple“ sont également multiples, vagues ou divergentes : habitants d’un pays ou d’une ville, peuplade, communauté sociale ou culturelle… etc.

Il n’en reste pas moins que, malgré le fait qu’au sens racial ou ethnique il n’y ait pas de “peuple Juif“, tout Ukrainien, Italien, Belge ou Ethiopien, habitant Israël (adepte du judaïsme ou non) peut revendiquer son appartenance au peuple Juif… dans le sens d’une communauté sociale et culturelle.

Parallèlement, les citoyens de religion ou de culture judaïque d’autres pays peuvent aussi se déterminer comme “peuple Juif“, également en tant que communauté culturelle et/ou religieuse.

Vaste melting pot!

Mais foin du sens des mots!

La dialectique sioniste est à géométrie variable : le même mot peut être glorification ou anathème suivant le locuteur.

Ainsi le mot “lobby“ a un sens positif quand il est utilisé pour glorifier les groupes juifs de nationalité étatsunienne, tel l’AIPAC (“heureusement que le lobby de la communauté juive américaine est là pour nous protéger! » (Radio Judaica) mais ce mot se mue en anathème dès que quiconque l’utilise pour dénoncer les manœuvres de ces mêmes groupes de pression.

Etrange sémantique!

Autre étrangeté : le sens du mot “Sémite“.

Il désigne, en résumé, une personne originaire d’Asie occidentale et qui parle une langue apparentée… telle l’arabe, l’araméen ou l’hébreu.

Concernant la Palestine, est donc Sémite celui ou celle qui est originaire de cette région et parle une langue sémitique.

Il en découle que, mis à part une infime minorité d’Israéliens, seuls les Palestiniens ont ces particularités.

Traiter d’antisémites les défenseurs des Palestiniens est donc incohérent et absurde!

On peut d’ailleurs se demander comment, depuis l’aube du 20ème siècle – « antisémite » est un mot créé en 1879 par un journaliste allemand – ce dévoiement de sens du terme “Sémite“ s’est développé pour désigner une communauté humaine qui est étrangère à cette caractéristique?

Et puis, jamais personne n’a pris sa religion pour une nationalité, non?

En résumé, il n’y a ni race juive, ni pays juif… seulement des personnes de confession et de culture juives dont certaines arborent cette appartenance comme identité nationale!

… A Suivre


[1] « Holocaust : The uses of Disaster » de Boas Evron (Radical América 1983)

[2] “Simon Wiesenthal, l’homme qui refusait d’oublier“ de Tom Segev (Liana Levi)

[3] Encyclopeadia Judaica 2008

[4] Nathan Yalin Mor, “Histoire du Groupe Stern“ et Charles Enderlin, “Shamir“

[5] “Les Arabes et la Shoah“ de Gilbert Achcar, professeur à l’Université de Londres

[6]  Le grand Mufti, les Palestiniens et les nazis (Dominique Vidal, Monde Diplomatique de Décembre 2009)

[7] Ziyad Clot “Il n’y aura pas d’Etat palestinien“ (Max Milo Editions)

[8] Frank Garbely et Jean-Michel Meurice « Le système Octogon »

[9] J’ai appris depuis que cette « Légion Wallonie » n’a jamais été à Stalingrad

[10] “Aux Sources du Chaos Mondial“ (http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr)

[11] « La Naissance d’Israel “, Simha Flapan.

[12] Discours de 1938

[13] “Comment fut inventé le peuple juif“ de Shlomo Sand, Fayard Poche

[14] “Haaretz“ du 6/7/2008

[15] Aline de Dieguez “Aux Sources du Chaos Mondial“

[16] Lire « La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l’archéologie » des archéologues Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Editions Gallimard (Folio Histoire)

[17] “La Guerre des Juifs“ (Flavius Josèphe, historien romain di 1er siècle)

[18] “New York Times“ du 2/12/1948

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