La Syrie est bel et bien notre guerre d’Espagne : relire Orwell


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Jean-Pierre Filiu

Universitaire
Publié le 01/09/2014 à 10h54

Les analyses sans concession que j’ai publiées au fil des mois sur la révolution syrienne m’ont amené des réactions contrastées en termes positifs ou négatifs. Mais aucun de ces textes n’a suscité autant d’hostilité que ma mise en perspective du conflit syrien à la lumière de la guerre d’Espagne.

En avril 2013, j’ai tenté, dans les colonnes du Monde, de dresser un parallèle entre, d’une part, l’Espagne de Franco soutenue par l’Allemagne d’Hitler et l’Italie de Mussolini et, d’autre part, la Syrie d’Assad appuyée par la Russie de Poutine et l’Iran de Khamenei. Quant je parle d’Espagne, d’Allemagne, d’Italie en 1936-39, de Syrie, de Russie et d’Iran en 2011-2014, je ne parle pas des peuples de ces extraordinaires pays, mais des régimes despotiques qui en ont accaparé le devenir et les ressources.

Deux triades des dictatures

Face à cette triade des dictatures, active alors comme aujourd’hui, je mettais et je mets en exergue la résistance, alors du peuple espagnol, aujourd’hui du peuple syrien, déterminé une fois pour toutes à reprendre son destin en mains. Mais je soulignais et je souligne que cette révolution avait et a pour ennemi mortel les visées totalitaires des forces arrivées soi-disant pour la secourir, les staliniens dans l’Espagne républicaine, les jihadistes dans la Syrie soulevée contre Assad.

Que n’ai-je pas entendu pour avoir osé associer une partie de la geste « progressiste » européenne à ceux que de distingués intellectuels considèrent toujours comme des Arabes englués dans leurs querelles d’Arabes ! J’avais en effet brisé un tabou, celui du caractère exemplaire, et par définition exclusif, de notre « progrès » lorsque est en jeu la libération de peuples qui ne sont pas censés partager nos « valeurs ». Bel aveu de refus d’universalité des dites « valeurs », mais passons…

Les liens intimes de ma famille avec l’Espagne et ma haine aussi profonde du fascisme que du stalinisme m’ont préservé de la vision « sulpicienne » de la guerre d’Espagne. Ce conflit fut un épouvantable carnage, mais c’est du côté de la République qu’il fallait se tenir, quelles que soient les horreurs, et elle furent nombreuses, perpétrées en son nom. Et les franquistes avaient une indéniable base sociale, même si c’est au nom du peuple, et du peuple seul, qu’ont combattu et qu’ont été vaincus les Républicains.

Si j’invoquais au printemps 2013 les références de la guerre d’Espagne, c’est parce que la non-intervention prônée par le Front populaire en 1936 n’avait sauvé ni la République en Espagne, ni la paix en Europe. Après trois années à prôner l’abandon du peuple syrien, de crainte que les djihadistes n’en tirent profit, nous avons aujourd’hui contribué à nourrir le monstre djihadiste à l’ombre du monstre de la dictature d’Assad. Et ce monstre ne va pas éternellement rester contenu au Moyen-Orient.

« Hommage à la Catalogne »

« Hommage à la Catalogne », édition de 1938

Plutôt que les fresques héroïsantes de Malraux et d’Hemingway, toutes deux grands succès de librairie à leur sortie (« L’Espoir » en 1937, « Pour qui sonne le glas » en 1940), je préfère me replonger dans la guerre d’Espagne en compagnie d’Orwell.

Son « Hommage à la Catalogne » ne fut édité qu’à titre confidentiel en 1938 (dix-sept ans plus tard pour la version française), mais il reste pourtant inégalé dans sa description de l’exaltation populaire, du désordre milicien et de la volonté farouche qui firent de Barcelone en 1936-37 le bastion de la résistance au fascisme et au stalinisme.

Orwell, se confiant à Koestler, méditait sur le tournant essentiel de la guerre d’Espagne :

« En Espagne pour la première fois, je vis des articles de journaux qui n’avaient absolument aucun rapport avec la réalité des faits, pas même ce type de relation que conserve encore un mensonge ordinaire. Et je vis des journaux de Londres colporter ces mensonges, et des intellectuels zélés édifier toute une superstructure d’émotions sur des événements qui ne s’étaient jamais produits. Je vis en fait l’Histoire qui s’écrivait non pas suivant ce qui s’était passé, mais suivant ce qui aurait dû se passer, selon les diverses lignes officielles ».

Depuis 2011, on ne compte plus les journalistes assassinés, enlevés et blessés en Syrie. Pourtant, combien d’articles n’ont-ils pas été écrits sur la base de contre-vérités manifestes, de négation des massacres perpétrés à l’encontre du peuple syrien, de divagations dérivées de tel ou tel service de « renseignement ». Quant aux « intellectuels zélés » qui ont glosé sur la base de ces infamies, je les laisse à leur enfer personnel.

« Socialisme signifie justice et liberté »

Ecoutons encore une fois Orwell à l’heure où le débat fait de nouveau rage pour savoir s’il est « bien » ou « mal » d’intervenir en Syrie :

« La plupart d’entre nous persistent à croire que tous les choix, et même les choix politiques, se font entre le bien et le mal et que, du moment qu’une chose est nécessaire, elle doit aussi être bonne. Il nous faudrait, je pense, dépouiller cette croyance qui relève du jardin d’enfants. La guerre, par exemple, est parfois nécessaire, mais elle ne saurait être ni bonne, ni sensée. »

Orwell était libre, passionnément libre, et son exigence de justice et de liberté s’appelait « socialisme ». En Syrie, la même exigence de justice et de liberté, envers et contre tout, peut se parer d’autres couleurs, elle n’en demeure pas moins éminemment digne de respect et de soutien. Que chacun agisse selon sa conscience, avec le dernier mot à Orwell l’indémodable.

« Socialisme signifie précisément justice et liberté, une fois qu’on l’a débarrassé de toutes les sottises qui l’encombrent. C’est sur ces valeurs essentielles et sur elles seules que nous devons fixer notre attention. Rejeter le socialisme simplement parce que tant de socialistes, individuellement, sont des gens lamentables, serait aussi absurde que de refuser de voyager en chemin de fer parce qu’on n’aime pas la figure du contrôleur. »

Tant pis pour la tronche du contrôleur, je persiste et signe : la Syrie est notre guerre d’Espagne.

ALLER PLUS LOIN

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LE RÉVEIL DES MESSEIGNEURS


Ronald Barakat

Il a fallu la persécution et l’exode des chrétiens d’Irak, et notamment de Mossoul, pour pousser les patriarches orientaux à se réunir en catastrophe et émettre un communiqué qui sonne l’hallali général, lequel condamne les conséquences désastreuses de la non-ingérence à population en danger, ici chrétienne, et appelle la communauté internationale à intervenir « par tous les moyens possibles» pour juguler l’avancée des hordes du Baghdadi.

Pendant tout le temps interminable de persécution des manifestants syriens pacifiques, non chrétiens pour la plupart, qui a conduit, faute de secours, à une militarisation puis une radicalisation du conflit syrien, les patriarches orientaux, catholiques et orthodoxes, n’ont pas pipé mot, par accommodement identitaire, faisant fi de la parabole du bon Samaritain qui les invite à se porter au secours de « l’autre », du non chrétien, et dédaignant l’attitude exemplaire des prophètes, des pères et docteurs de l’Eglise qui dénonçaient courageusement les injustices et semonçaient les tyrans, aux dépens de leur propre sécurité.

Mais maintenant que le danger est entré dans le cocon paroissial, les cris d’orfraie fusent de tous les clochers orientaux jusqu’à battre le rappel des troupes ( !) : invoquer (en termes à peine voilés) le recours à l’intervention militaire, donc à la violence, ce qui est surprenant de la part d’ecclésiastiques qui devraient condamner toute forme de violence, en conformité avec les enseignements évangéliques, brandir l’étendard de la bonne parole, de l’amour, de la fraternité, du pardon, de la miséricorde…et laisser au monde laïque le soin d’user de la violence légitime.

Et dire que ce sont les représentants premiers de la chrétienté orientale qui offrent l’exemple contraire et viennent nous rappeler le temps des croisades où la croix papale se mariait à la bannière monarchique.

 

Messeigneurs,

 

Il est bon que vous vous soyez enfin réveillés pour appeler le monde occidental à « votre » rescousse, ce qui viendra profiter à ceux qui ne sont pas de votre « race religieuse » ; il est bon aussi que vous appeliez les ulémas et dignitaires musulmans, sunnites et chiites, à promulguer des fatwas, des décrets religieux, condamnant la persécution de votre «genre», ce qui se répercutera aussi sur les autres communautés, après ce long silence suspect de votre part face aux massacres en série, à la décimation de localités syriennes entières, aux bombardements aveugles de secteurs résidentiels, d’hôpitaux et de boulangeries à coups de barils d’explosifs, au gazage d’enfants de la Ghouta, à la rafle de milliers d’innocents passés à la moulinette de la torture, aux atrocités inouïes commises à l’encontre d’êtres humains qui n’avaient pas la chance de compter parmi vos ouailles pour mériter votre attention ; il «serait » bon que vous en arriviez à insinuer un recours à la violence légitime, salutaire, à l’instar des laïques, mais faites aussi comme eux, ou mieux qu’eux, et portez-vous au secours des « autres », qui ne sont pas de votre « race », en bons ou même mauvais Samaritains !

 

R.B.

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La Syrie oubliée. Les disparitions forcées continuent à être monnaie courante tandis que l’ONU reste inactive


Communiqué de presse de Amnesty International

vendredi 29 août 2014, par Service Presse

Les disparitions forcées en Syrie se poursuivent, plus d’un an après que les Nations unies ont exigé que la Syrie mette fin à cette pratique odieuse, a déclaré Amnesty International à l’approche de la Journée internationale des victimes de disparition forcée, samedi 30 août.

« En Syrie, des personnes sont régulièrement jetées dans l’abîme de la détention secrète, ce qui prouve que les autorités recourent systématiquement aux disparitions forcées afin d’écraser l’opposition », a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Bien que le Conseil de sécurité des Nations unies ait adopté en février une résolution demandant la fin des disparitions forcées et des autres violations des droits humains, d’innombrables personnes perçues comme des opposants au gouvernement syrien – notamment des militants, des journalistes, des professionnels de la santé et des avocats – sont fréquemment enlevées dans la rue ou chez elles, avant d’être avalées par un véritable trou noir. »

Les disparus sont placés au secret dans des lieux de détention inconnus à travers la Syrie. Beaucoup sont incarcérés dans des conditions inhumaines et, ayant été soustraits à la protection du droit, sont soumis à la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements. Un nombre inconnu d’entre eux ont été tués alors qu’ils trouvaient en détention secrète.

En février, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies se sont engagés à « prendre des mesures supplémentaires » si la résolution n’était pas respectée. Pourtant, six mois plus tard, le gouvernement syrien continue à mener une implacable campagne d’intimidation à l’égard des dissidents.

« Les promesses selon lesquelles les membres du Conseil de sécurité des Nations unies prendraient des mesures contre ceux qui enfreignent de manière flagrante les termes de la résolution n’ont manifestement pas été tenues. Dans les faits, cela revient à donner au gouvernement syrien carte blanche pour poursuivre son impitoyable campagne de disparitions forcées en toute impunité », a déclaré Philip Luther.

La résolution demandait par ailleurs la levée des sièges et le libre passage de l’aide humanitaire, ainsi que la fin des détentions arbitraires et des actes de torture attribués aussi bien aux forces gouvernementales qu’aux groupes armés. Elle précise que toutes les personnes faisant l’objet d’une détention arbitraire, parmi lesquelles figurent de nombreux prisonniers d’opinion, doivent être immédiatement libérées.

Amnesty International redéploie son action afin qu’elle coïncide avec la Journée internationale des victimes de disparition forcée, de sorte à mettre en relief la difficile situation des Syriens dont on ignore le sort depuis qu’ils ont été enlevés par l’État.

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Aux patriarches orientaux


du Journal L’Orient le Jour, rubrique Nos Lecteurs ont la Parole
Vos Éminences,
Vos Seigneuries,
Vos Révérences,
Vos Excellences,

Pourquoi établir une hiérarchie de valeur entre une victime et une autre ? Pourquoi discriminer un assassin génocidaire d’un autre criminel tout aussi génocidaire ?

Voilà plus de trois ans que des centaines de milliers de civils innocents de Syrie et du Levant, dont femmes et enfants, sont jetés sur les routes de l’exil à cause des violences atroces que leur font subir un régime tyrannique et ses rivaux des réseaux nihilistes-jihadistes. Pourquoi n’avez-vous pas émis une simple parole de miséricorde chrétienne et de consolation charitable à leur égard ?

Des milliers d’enfants, aussi innocents que ceux de Bethléem massacrés par Hérode, ont été égorgés, asphyxiés au gaz, écartelés, décapités par une dictature barbare et ses émules mimétiques de la violence politique et religieuse. Qu’ont fait les Églises antiochiennes pour rendre justice aux victimes, à toutes les victimes ?

Éminences, Seigneuries et Révérences,

La tribune du discours chrétien en période de troubles, de guerres et de tribulations est toujours la croix de la victime innocente, de toute victime innocente. Il y a deux mille ans, Jésus de Nazareth n’a effectué aucune distinction entre lui-même et le bandit crucifié à ses côtés, et dont nous ignorons à quelle religion il appartenait. Toute cette humanité cruellement écrasée aujourd’hui sous nos yeux au Levant, toutes ces victimes de la violence sanguinaire ne valent-elles pas autant que le criminel du Golgotha à qui il fut dit : « Ce soir tu seras avec moi au paradis. »

Montez sur la croix de toute victime innocente et criez haut et fort à la face de l’univers que le christianisme refuse de discriminer les hommes persécutés, opprimés, victimes de la moindre injustice ou lésés dans leurs droits. Annoncez au monde qu’aux yeux du christianisme, toute victime au Levant et ailleurs s’appelle en vérité Jésus de Nazareth.

La présence chrétienne au sein d’un milieu qui ne l’est pas a pour finalité de faire en sorte que les autres reconnaissent et disent, en parlant des chrétiens : « Ceux-là sont véritablement les disciples de Jésus de Nazareth. » C’est ce témoignage et c’est cet « autre » qui sont, en principe, la préoccupation perpétuelle de ceux qui se disent chrétiens. La présence chrétienne en Orient n’a pas pour but la protection d’un groupe en danger au même titre que la survie de certaines espèces végétales ou animales devenues rares.

L’État islamique (Daech) a tué des chrétiens, des yazidis et des membres de groupes musulmans. Ce monstre hideux des temps modernes continue à tuer quotidiennement, par centaines, des musulmans pieux mais qui refusent de se soumettre à sa dictature des ténèbres.

Éminences, Seigneuries et Révérences,

Merci d’éviter de vous substituer à nous, laïcs, pour faire de la politique. Nous sommes assez grands pour savoir quels choix opérer en la matière. Merci de laisser à César ce qui lui appartient de plein droit.
L’heure est venue d’oublier les privilèges des millets de l’Empire ottoman où chaque chef religieux était considéré comme le chef de sa nation par le padichah osmanli. Le sultan n’est plus là. Il ne reviendra pas. Vous n’êtes plus des ethnarques mais vous demeurez des prélats de l’Église de Jésus-Christ, héritiers directs de la vénérable Église d’Antioche et gardiens de son témoignage. L’Église en Orient est le phare du Levant et non un enclos pour minorités apeurées. Tout le monde a peur, tout le monde panique au Levant, sans distinction de religion.

Dès lors, merci d’user de votre fonction pour demander à la terre entière de mettre fin à l’État islamique, ce n’est que justice. Que la terre entière se ligue contre l’État islamique et contre ses variantes séculières. Que toutes les nations démantèlent l’État islamique s’il le faut mais au nom de la dignité et des droits de tout homme, sans distinction, et non sous le seul prétexte d’assurer la survie de groupes minoritaires et les privilèges de leurs ethnarques.

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anniebannie leur demanderait aussi d’intervenir pour que la terre entière se ligue contre le pendant de l’EI, son rival, à savoir Bachar l’assassin de son peuple

 

 

Offres de service de Bachar Al Assad


Aïcha Arnaout a publié dans Les syriens en Europe réagissent sur la Syrie

Aïcha Arnaout 27 août 23:03

Communiqué du Collectif Urgence Solidarité Syrie
Mercredi 27 août 2014

Offres de service de Bachar Al Assad :
La ficelle est très grosse

Bachar Al Assad, prétendant se mettre à la disposition de toutes les nations pour combattre l’EI c’est surréaliste .

Depuis des années, ce dictateur instrumentalise les djihadistes contre l’armée syrienne libre et la population syrienne qu’il ne cesse de bombarder comme on l’a encore vu à Raqqa et à Alep, tout en épargnant constamment l’EI. Bachar Al Assad imagine aujourd’hui se donner par ses offres de service une nouvelle virginité et respectabilité !

Nous en appelons aux dirigeants des grandes puissances pour qu’ils envoient en retour à ce régime responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité un message clair de refus de son impunité, de rejet de tout oubli pour les crimes qu’il a commis et qu’il continue de commettre.

Un silence, une neutralité de leur part auraient de fait la signification d’une complaisance envers le cynisme du régime qui ne cherche qu’à se perpétuer. Un tel choix serait un grave mécompte pour le peuple syrien et constituerait par là même un déshonneur.

C’est un même combat contre l’EI et contre le régime de Bachar Al Assad qui doit être mené aujourd’hui.

La Paix et la Démocratie en Syrie passent par l’éradication de cet hydre à deux têtes mortifère pour le Proche et Moyen Orient et pour le Monde.

Contact presse : urgencesyrie@gmail.com

Interview de JP Filiu sur Mediapart


« Vous êtes en effet très alarmiste sur la dynamique djihadiste et le risque terroriste. Pourquoi ? »JP Filiu: « Je suis très inquiet car, depuis un quart de siècle que je travaille sur ce phénomène, je n’ai jamais vu cela. La densité de la mobilisation djihadiste, son inscription dans l’espace et dans la durée est sans précédent. Baghdadi, du fait de son trésor de guerre de plus d’un milliard de dollars, a de quoi perpétrer aujourd’hui l’équivalent de mille attentats du « 11 Septembre ». Les djihadistes sont capables, comme organisation totalitaire, d’affecter une partie de leurs ressources à un projet à long terme, et donc au recrutement, à la planification, voire à l’implantation de cellules dormantes.
Il y a bien sûr la propagande sur Internet qui est largement amplifiée par les médias occidentaux. À cet égard, le martyre de James Foley était absolument prévisible, il avait été précisément kidnappé pour être sacrifié dans des circonstances comme celles d’aujourd’hui, avec un impact médiatique aggravé par la barbarie de cet assassinat. Il faut aussi à cet égard rendre hommage aux autorités françaises qui ont œuvré inlassablement pour ne laisser aucun compatriote aux mains de l’État islamique.
La recrue étrangère chez Baghdadi doit, sous peine de sanctions, recruter elle-même trois ou cinq personnes. Donc cette personne envoie des messages sur les réseaux sociaux pour vanter son expérience et inviter à la rejoindre. C’est pourquoi la progression du recrutement djihadiste est exponentielle. On observe d’ailleurs maintenant une émigration familiale avec des femmes qui font des genres de « guide du routard », bourrés d’indications pratiques, pour familles djihadistes.
L’autre force de cette propagande, c’est son insistance sur la notion de butin, ghanima. C’est quelque chose qui parle beaucoup aux voyous ici et ailleurs. Si c’est pour le djihad tu peux braquer, tu peux faire une escroquerie à la carte de crédit, aux prêts à la consommation, etc. Sur place, on leur propose de se « payer sur la bête », par exemple lors des expulsions de chrétiens ou lors des liquidations « pour l’exemple ».
L’appât du butin est un puissant incitatif à l’embrigadement djihadiste. Ma pire crainte est que ces « volontaires » occidentaux, mal formés militairement, ne servent pas à grand-chose sur place aux commandos djihadistes. Ils vont donc en renvoyer un certain nombre en Europe pour perpétrer des actes terroristes, sur le modèle de Mehdi Nemmouche et de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Ils savent bien qu’en Europe le climat est dégradé et xénophobe, avec un risque réel d’escalade raciste en cas d’attentat communautaire. Le projet de Baghdadi est de prendre en otages les musulmans en Europe comme il l’a fait en Irak et en Syrie. »
Itw parue dans Mediapart

L’Etat islamique vu par Vice : commentaire d’un reportage inédit


Camille Polloni | Journaliste Rue89

Cet été, le site américain Vice a diffusé un reportage viral au cœur du groupe terroriste de l’Etat islamique en Syrie. Nous avons demandé à David Thomson, journaliste spécialiste des djihadistes, de l’analyser.

Le site américain Vice est connu pour ses vidéos-choc dans les endroits les plus dangereux du monde. Cet été, le site a diffusé un reportage découpé en cinq épisodes de dix minutes chacun, au cœur de l’Etat islamique en Syrie.

Le reporter de Vice, Medyan Dairieh (DR)

Réalisé par Medyan Dairieh, un journaliste palestinien habitué aux terrains difficiles, le film connaît une grande notoriété dans le monde entier. Le visionner met assez mal à l’aise.

D’un côté, il représente un véritable exploit, en filmant au plus près du groupe terroriste le plus terrifiant du moment – et qui vient de décapiter le journaliste américain James Foley. De l’autre, l’absence de distance entre l’auteur et son sujet fait débat. Il faut dire que pour pouvoir tourner à Racca, il a dû accepter d’être cornaqué en permanence par des combattants de l’Etat islamique, sans réelle liberté de mouvement.

Le journaliste David Thomson (DR)

Nous avons montré l’intégralité du reportage au journaliste David Thomson, à la fois pour recueillir ses impressions sur le discours véhiculé par Vice et ses réflexions sur la progression de l’Etat islamique en Syrie et en Irak.

Reporter à RFI, il a écrit un livre sur les djihadistes français qui partent en Syrie (« Les Français jihadistes », mars 2014, éd. Les Arènes). Quand il travaillait en Tunisie, entre 2011 et 2013, il a aussi réalisé un documentaire sur le groupe salafiste Ansar Al Charia.

Son parti-pris est assez proche de celui de Vice : lorsqu’il parle des djihadistes, il n’émet pas de jugement mais s’astreint à un traitement très factuel. Grâce à cette attitude, il a développé des relations privilégiées avec des combattants habituellement réticents à recevoir la presse. Comme pour d’autres sujets, la confiance joue à plein :

« Quand ils savent qu’il y aura un traitement objectif, qui ne colporte pas de rumeurs, qui tient compte des gens et de leurs codes, ils acceptent. Pour Ansar Al Charia, le pacte de départ était que je ne prenais contact qu’avec eux. Je n’ai pas de contact avec des sources policières ni judiciaires, je ne collabore pas avec les autorités. »

Chacun des cinq épisodes est disponible en intégralité ici.

Syrie-Irak: le retour des barbares


Baudouin Loos
Mis en ligne jeudi 21 août 2014, 7h21

Les images et informations sur les sanglantes exactions perpétrées par les séides du soi-disant « Etat islamique » en Syrie et en Irak se succèdent à bon rythme depuis des mois, plongeant la région – et le monde entier – dans l’effroi. Exécutions sommaires massives, décapitations, crucifixions dilatent l’écœurement de tout être humain normalement constitué.

Dernier épisode en date, ce mardi, ces djihadistes de l’enfer ont produit une vidéo montrant la décapitation du journaliste américain Jim Foley. Devant ces actes barbares, perplexité, colère et dégoût nous étreignent.

Ces « fous de Dieu » – de Dieu, vraiment ? – maîtrisent les techniques modernes de communication. Dans leur but de semer la terreur, ils recourent aux réseaux sociaux avec une habileté qu’on oserait qualifier de diabolique. Ils produisent ainsi l’effet souhaité – susciter l’effroi le plus absolu pour asseoir leurs conquêtes – mais ils s’ouvrent aussi à des réactions populaires de rejet qui pourraient leur coûter cher.

L’effet secondaire le plus affligeant, dans cette affaire, c’est que celui qui en tire un profit maximum s’appelle Bachar el-Assad. Or le dictateur syrien fait bien pire, en réalité, de son côté, depuis plus de trois ans de conflit interne. Celui qui bombarde sa propre population – visant sciemment les hôpitaux, les boulangeries, etc. – et on approche les 200.000 morts –, celui qui est responsable de l’exode de neuf millions de Syriens dont un tiers d’exilés, celui qui n’hésite pas à affamer des villes et quartiers encerclés, eh bien ! celui-là apparaît désormais comme un « moindre mal » aux yeux de certains, y compris au sein des classes dirigeantes de ce bas monde.

Faut-il évoquer aussi l’indignation des Syriens sous les bombes (ou traqués par « l’Etat islamique ») quand ils constatent que les Etats-Unis et les Européens ne se mobilisent, contre ces mêmes djihadistes, que quand ceux-ci s’en prennent dans l’Irak voisin à des minorités et aussi à leurs intérêts pécuniaires ?

Il n’est évidemment pas scandaleux de protéger les minorités. Ce qui l’est, c’est de ne pas protéger les majorités. Dans la région, du reste, les « deux poids deux mesures » fleurissent, il suffirait de demander aux Gazaouis ce qu’ils en pensent pour s’en convaincre.

Mais revenons en Syrie. Les méthodes abjectes du régime sectaire de Bachar el-Assad n’ont pas peu pesé dans la genèse de « l’Etat islamique ». L’Occident n’est pas exempt de reproches. A force de ne pas aider les rebelles « modérés », nous avons contribué à l’essor des plus fanatiques. Et, en Irak, le soutien aberrant des Américains à un Premier ministre comme Nouri al-Maliki, qui n’avait de cesse de marginaliser les sunnites, a propulsé aux yeux de ces derniers ces fanatiques au rang de seul recours… Un gâchis qui aura des suites, chez nous aussi sans doute

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Pourquoi tant de passion pour Gaza, si peu pour la Syrie ?


Arthur de Boutiny | Journaliste
Mathilde Goupil | Rue89
Camille Polloni | Journaliste Rue89

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N’oubliez pas Gaza en Syrie


Pendant que les sionistes bombardent Gaza en Palestine, n’oubliez pas les dizaines de Gaza en Syrie beaucoup moins médiatisés et qu’on passe sous silence.

Une petite illustration : regardez ce déluge de « feu d’artifice » filmé de loin à Nawa, une commune au sud-ouest de la Syrie à une dizaine de km du Golan occupé

https://www.facebook.com/photo.php?v=738843889491367&fref=nf

 

Attention ! S’insurger parce que des juifs sionistes massacrent des Arabes et des musulmans, sans qu’on soit en même temps autant révoltés par les massacres du régime sanguinaire en Syrie, car les tueurs sont des « nôtres », pourrait signifier que ce qui motive notre colère n’est pas vraiment le refus de l’oppression et de l’injustice, mais bien l’ethnie et la « religion » du tueur ! Ceci est très grave ; les tueurs font un bloc unis, ils ont la même « foi » quelle que soit leur « religion ».

 

C’est aussi ne pas comprendre que si les sionistes tuent impunément en Palestine, c’est parce que justement le régime syrien tue impunément les Syriens, parce que des « chefs  arabes » peuvent tuer impunément leurs citoyens, l’entité sioniste sachant bien qu’en face d’elle, notamment dans les pays limitrophes, il n’y a plus de peuples forts et fiers qui pèsent au niveau international, qui pourraient se mettre en marche pour intégrer les rangs de la Résistance de leurs frères en Palestine, mais des peuples arabes écrasés incapables de lever le doigt pour l’empêcher de tuer.

 

Ne tombez pas dans le piège, l’ennemi n’est pas que le tueur étranger sioniste, mais aussi voire davantage, le tueur interne qui parle notre langue et prétend suivre notre religion.

 

N’oubliez pas vos frères et sœurs en Syrie… Aussi en Egypte et en Irak…

source :  par mail

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