Syrie : le récit « déchirant » du porte-parole du CICR dans Madaya assiégée


Le Monde.fr | 13.01.2016 à 16h15 • Mis à jour le 13.01.2016 à 19h26 | Propos recueillis par Laure Stephan (Beyrouth, correspondance)

L’aide humanitaire est finalement entrée, lundi 11 janvier, à Madaya, petite ville assiégée depuis l’été 2015 par l’armée syrienne et le Hezbollah libanais.

L’aide humanitaire est finalement entrée, lundi 11 janvier, à Madaya, petite ville assiégée depuis l’été 2015 par l’armée syrienne et le Hezbollah libanais. Elle a été distribuée par les Nations unies (ONU), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Croissant-Rouge syrien. Il s’agissait du premier convoi depuis octobre dans cette bourgade située entre le Liban et Damas. Selon Sajjad Malik, le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en Syrie, « des rapports crédibles disent que des personnes sont mortes de faim » à Madaya.
Les besoins sont tels que les agences de l’ONU ont demandé un nouvel accès, qui pourrait avoir lieu jeudi. L’évacuation des personnes les plus vulnérables est aussi l’objet de négociations. Porte-parole du CICR en Syrie, Pawel Krzysiek a rencontré à Madaya des habitants épuisés. Dans un entretien au Monde, il détaille ce qu’il a vu.

Qu’est-ce qui vous a frappé à Madaya ?

Lorsque nous sommes arrivés, beaucoup de personnes nous attendaient près du dernier checkpoint, la limite qu’ils peuvent atteindre. Les habitants manifestaient de l’espoir et de la joie. Mais il y avait beaucoup de fatigue sur les visages. Quand les quatre premiers camions du convoi sont entrés, beaucoup nous ont dit : « C’est tout, c’est seulement ça que vous apportez ? Nous avons faim. »

Quand on entend ça, on comprend combien l’aide est nécessaire, et combien les gens ont vécu dans l’attente depuis des semaines. Presque tous ceux qui venaient me voir me demandaient : « Peux-tu me donner un petit bout de pain, un biscuit ? J’ai faim. » C’est déchirant. Dans la culturesyrienne, c’est très difficile que quelqu’un expose ainsi ses souffrances.

Lire aussi : Madaya livrée à la faim et aux marchandages politiques

Comment se passe la distribution de l’aide ?

Presque quatre cinquièmes de l’aide avait été distribuée mercredi en fin de matinée. Une phrase résume l’ambiance générale : on nous dit que les habitants ont recommencé à sourire. L’aide est distribuée à travers des comités civils locaux de Madaya. Il en existe dans toutes les zones assiégées en Syrie : les communautés ont dû s’organiser pour gérer les besoins quotidiens. En tant que CICR, nous avons livré des médicaments, de l’aide chirurgicale, des kits d’hygiène et des couvertures.

Quels sont les besoins médicaux ?

J’ai vu beaucoup de personnes malades, et beaucoup de personnes amputées [les alentours de Madaya ont été minés par les forces prorégime, et selon les témoignages de militants, des habitants sont morts ou ont été blessés par ces mines ou par des tirs]. La situation sanitaire est si préoccupante qu’on ne peut pas se limiter à parler de malnutrition : une femme qui est enceinte et ne mange pas à sa faim se retrouve avec des problèmes qui dépassent la malnutrition.

L’équipe médicale du CICR et du Croissant-Rouge syrien a identifié, lors de l’entrée à Madaya, les personnes qui ont besoin d’un traitement urgent et spécialisé [des négociations sont en cours pour l’évacuation des cas les plus graves].

Avant l’entrée du convoi, les stocks de médicaments étaient quasi épuisés…

Nous avons distribué des médicaments pour les personnes qui souffrent de maladies chroniques ou aiguës, et pour les enfants. Cela devrait permettre de couvrir les besoins pour trois mois.

À Madaya, j’ai rencontré un médecin et une infirmière, ils font un travail extraordinaire. Ils nous ont dit que chaque jour, ils font face à de nouveaux cas : des malades, des gens faibles. Le personnel médical est réduit à Madaya, et il n’a pas l’équipement pour traiter ces patients. C’est très difficile.

Y a-t-il eu des difficultés pour acheminer de l’aide ?

Non, pas vraiment. C’est compliqué logistiquement, parce que l’on parle d’un très grand convoi de quarante-quatre camions d’aide humanitaire pour 40 000 personnes, et que l’opération a été simultanée, synchronisée avec celle qui a eu lieu à Foua et Kefraya [deux villages du nord-ouest de la Syrie où les habitants sont assiégés par la coalition islamiste de l’Armée de la conquête depuis l’été 2015, et où un convoi de l’ONU, du CICR et du Croissant-Rouge syrien est aussi entré lundi]. Là-bas, les gens sont sans eau potable, sans électricité et sans nourriture.

Il faut comprendre que l’acheminement de l’aide est lié à un accord politique qui ne dépend pas des humanitaires, mais qui a été scellé entre parties belligérantes [cet accord inclut, entre autres, l’Iran, parrain du Hezbollah et soutien de Damas, et l’Armée de la conquête, qui contrôle la province d’Idleb]. Cela dicte des conditions sur comment, combien et quand l’aide humanitaire peut être acheminée.

Un nouveau convoi devrait gagner Madaya dans les prochains jours, peut-être jeudi

Oui, l’aide est urgente. Mais il n’y a pas qu’à Madaya que les besoins sont énormes. On entend les mêmes récits de souffrance dans les autres régions qui vivent sous un siège : à Foua et Kefraya, à Deir ez-Zor [sous l’étau de l’Etat islamique, dans l’est de la Syrie], à Yarmouk ou Douma[faubourg et banlieue de Damas assiégés par le régime].

Partout dans ces zones, la vie n’est pas normale. Un cercle vicieux s’installe : le manque de nourriture affaiblit les gens, ils sont du coup plus exposés au froid et n’ont rien pour se chauffer, deviennent malades, ne peuvent pas se soigner faute de médicaments… Chaque jour la situation se détériore. Nous demandons un accès régulier à ces zones.

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Syrie : “Nous sommes les concierges de la lâcheté. Nous n’accueillons personne.”


Par Mathias Enard, prix Goncourt 2015.

A Alep, en Syrie, en avril 2014, après un bombardement du régime. La photo, diffusée par les activistes anti-gouvernementaux de l'AMC (Aleppo Media Center) a été authentifiée. (©Uncredited/AP/SIPA)A Alep, en Syrie, en avril 2014, après un bombardement du régime. La photo, diffusée par les activistes anti-gouvernementaux de l’AMC (Aleppo Media Center) a été authentifiée. (©Uncredited/AP/SIPA)

Nous savions tous que le régime du Baas syrien était un régime toxique, d’assassins et de tortionnaires : nous l’avons toléré.

Nous avons fait plus encore : nous l’avons renforcé. Bachar al-Assad était invité à la tribune présidentielle du défilé du 14 Juillet, à Paris, à quelques mètres de Nicolas Sarkozy, qui lui a chaleureusement serré la main, deux ans avant le début des manifestations à Deraa.

Nous savions tous que le régime Assad était prêt à massacrer sans hésitation sa population civile et celle de ses voisins : les événements connus sous le nom de «massacres de Hama», en 1982 (mais qui, en fait, s’étendirent aussi à de nombreuses villes syriennes), ou les exactions syriennes au Liban l’ont suffisamment montré. Nous l’avons toléré.

Nous savions que l’armée syrienne et ses nervis, qui ont organisé la répression pendant des décennies, n’hésiteraient pas une seconde à tirer sur la foule, à torturer des opposants, à bombarder villes et villages: nous les avons laissés faire.

Nous savions que le régime syrien était passé maître dans l’art de la manipulation diplomatique régionale, sachant renforcer temporairement ses ennemis, les infiltrer, jouant un terrifiant double jeu mortel: l’histoire des relations de la Syrie avec les différents groupes palestiniens, par exemple, l’a montré. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Nous les avons tous oubliés, ces exemples, ou avons fait semblant de les oublier.

Nous savions tous que le personnel politique syrien n’est qu’une clientèle de nantis qui ne survit que grâce au fonctionnement clanique, aux largesses de la caste Assad. Nous avons pourtant espéré le changement. Nous avons tous appris que lors du si bref Printemps de Damas, en 2000, les clubs de la démocratie avaient été réprimés, que de nombreux leaders s’étaient soudainement retrouvés en prison ou avaient été contraints à quitter le pays. Nous nous sommes résignés.

Nous avons imaginé que l’ouverture économique déboucherait sur une ouverture démocratique. Nous avons clairement vu comment cette ouverture ne servait qu’à distribuer de nouvelles prébendes pour intéresser de nouveaux clients et renforcer le clan au pouvoir. Nous avons vendu des voitures, de la technologie et des usines clés en main sans nous en émouvoir.

Nous connaissions tous les lignes de faille qui traversent le territoire syrien; nous n’ignorions pas que le régime Assad s’appuie essentiellement sur la minorité alaouite, surtout pour son appareil militaire et répressif; nous avions connaissance de son alliance stratégique avec l’Iran, qui remonte à la guerre Iran-Irak et à la guerre du Liban, dans les années 1980; nous étions témoins de la puissance militaire et politique du Hezbollah libanais; nous avons assisté à l’instrumentalisation des Kurdes dans les relations entre la Syrie et la Turquie au cours des trente dernières années; nous savions tout du ressentiment des sunnites syriens pauvres, exclus du clientélisme et méprisés par leurs propres élites; nous avions bien conscience du poids de l’Arabie saoudite et du Qatar dans l’économie européenne et de la «guerre froide» que ces deux puissances livrent depuis des années à l’Iran.

Nous nous souvenons (ou devrions nous souvenir) que la carte du Moyen-Orient au XXe siècle est issue des accords secrets signés entre Mark Sykes et François Georges-Picot en 1916, ou plutôt des conséquences de ces accords et de leur mise en place entre 1918 et 1925. Le Liban, la Syrie, l’Irak, la (Trans)Jordanie et la Palestine sont issus de ces frontières, il y a presque cent ans, et celles-ci n’ont été remises en question qu’une fois directement, lorsque Daech a rassemblé l’été dernier les provinces de l’ouest de l’Irak et celles du nord et de l’est de la Syrie, faisant trembler d’un coup toutes les autres frontières, notamment celles de la Jordanie et de l’Arabie saoudite.

Nous savions que le Liban était un pays fragile, dont certaines composantes souhaitaient la redéfinition (ou l’implosion) géographique, la transformation du territoire en une confédération, pour «protéger les minorités». Les Balkans nous ont appris que personne ne souhaite être une minorité sur le territoire de l’autre quand l’empire s’effondre. Nous savons par ailleurs que l’invasion – la destruction totale – de l’État irakien a débouché sur l’injustice, la corruption, l’insécurité, la famine et la faillite des services publics.

De tout cela, nous n’avons tiré aucune conclusion.

Quand les manifestations se sont transformées en révolte, quand la révolte est devenue révolution, quand les premiers obus sont tombés sur des civils, quand la révolution s’est transformée en Armée libre, nous n’avons rien fait.

Nous savions pertinemment que la solution au «problème syrien», la réponse à la «question syrienne» passait par Moscou et Téhéran, et nous n’avons pas souhaité aller à Moscou et à Téhéran.

Nous avons assuré soutenir les démocrates.
Nous avons menti.
Nous avons laissé mourir l’Armée libre et toutes les forces de la liberté.
Nous avons débattu du nombre de morts.
Nous avons débattu de lignes rouges, que nous avons placées, puis déplacées car nous n’étions pas sûrs qu’elles aient été réellement franchies.
Nous avons débattu de la couleur de la bave dans la bouche des cadavres.
Nous avons assuré soutenir les forces démocratiques.
Nous avons menti.
Nous avons convoqué des conférences dans des palais européens.
Où nous avons vu les cartes dans la main de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie.
Nous avons continué à mentir.
Chaque jour nous débattions du nombre de morts.
Nous avons regardé les tentes fleurir en Turquie, en Jordanie, au Liban.
Chaque jour nous comptions les tentes.
Lassés de compter les corps mutilés nous nous sommes félicités de l’amélioration des conditions de vie des réfugiés.
Nous avons vu des hommes égorgés dans le désert sur lesquels nous n’avions pas compté.
Nous nous sommes indignés et notre indignation s’est transformée en bombes et en attaques aériennes.
Chaque jour nous débattons de l’efficacité de nos bombes.
Nous comptons les morts et les tentes.
Nous vendons des avions.
Nous apprenons des noms de villes, nous apprenons des noms de villes détruites aussitôt que nous les avons appris.
Nous mentons.
Nous sommes les géographes de la mort.
Les explorateurs de la destruction.
Nous sommes des concierges.
Des concierges à la porte de la tristesse.
Chaque jour on frappe à nos portes.
Nous comptons les coups contre nos portes.
L’un dit «cent mille personnes frappent à nos portes».
L’autre dit «ils sont des millions, ils poussent».
Ils poussent pour chier devant nos portes closes.
Nous sommes les concierges de la lâcheté.
Nous n’accueillons personne.
Nous ne plions devant personne.
Nous sommes fiers de n’être personne.

Mathias Enard
©Points Seuil

Ce texte est extrait de «Bienvenue !», projet de 34 auteurs et illustrateurs sur le sujet de l’exil et des réfugiés, qui rassemble des textes d’Olivier Adam, Sorj Chalandon, Marie Darrieussecq, Régis Jauffret, Alain Mabanckou, Isabelle Monnin ou encore Lydie Salvayre. Les bénéfices sont reversés au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

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« Faire la fête avec les réfugiés syriens, un bras d’honneur à Daesh »


OPINIONS  Une chronique de Schams El-Ghoneimi, Parisien bruxellois adopté et conseiller Moyen-Orient au Parlement européen.

En ces temps difficiles, quoi de plus important que cette petite histoire que je souhaite vous raconter, une histoire de réfugiés syriens nouvellement arrivés : nous les avons conviés à notre fête cette semaine à Bruxelles. Malgré le niveau 4 d’alerte terroriste, nous étions trente-cinq amis.

Basil, qui avait une petite grippe attrapée au camp de réfugiés de Lanaken où il vit actuellement, a chanté toute la nuit avec sa guitare. En dépit du fait qu’il soit distinguable par les qualificatifs de réfugié, de syrien et de musulman – cela en fait beaucoup pour certains -, j’ai découvert que je ne saurai jamais jouer ou chanter Charles Aznavour ou Jacques Brel aussi bien qu’il nous les interpréta. Il y a deux mois, il est arrivé en Europe après avoir quitté la Syrie, la Turquie, la Grèce puis, inarrêtable avec sa guitare qui l’a fait passer pour un touriste aux yeux des autorités, il a parcouru la Macédoine, la Serbie… Pour arriver ici. Professeur de flamenco pendant vingt-deux ans au centre culturel russe de Damas, Basil n’est malheureusement que bilingue arabo-russe : il prend des cours de néerlandais et souhaite apprendre le français, une langue qu’il trouve « belle et profonde » – oui, il nous a chanté « J’ai quitté mon pays » d’Enrico Macias mais il n’a jamais appris le français.

Mais la soirée n’aurait pas été assez folle sans d’autres dangereux réfugiés syriens, musulmans sunnites, alaouites et druzes, je le répète pour ceux qui en auraient peur. La voix d’Angela nous a impressionnés, nos compliments l’ont embarrassée. Journaliste de 27 ans, elle a pris un rafiot avec 150 personnes pendant dix jours l’année dernière, partant des côtes égyptiennes, pour tenter l’Europe au péril de sa vie – faute de visa. Perdus en mer dans des conditions extrêmes, c’est un tanker qui, croisant leur chemin, les a sauvés et amené en Italie. Elle et Najib se sont mariés à Damas en 2011 quand la révolution commença en Syrie, il y tournait des documentaires tandis qu’elle y couvrait la vie culturelle. Mais ils ont tous deux refusé de relayer la propagande du régime. Entre risquer leur vie ou fuir, ils ont préféré vivre.

Pas si facile, la vie de réfugiés. Il y a deux semaines ils m’avaient invité à déjeuner chez eux, à Asse où ils sont logés : excellent gratin de pâtes à la béchamel d’Angela – elle me précisa que d’habitude c’est son mari qui cuisine. Mais pas d’amis, pas d’argent pour sortir, débutants en néerlandais avec des cours chaque matin, Angela et Najib espèrent trouver un travail sur Bruxelles, comme journalistes… Ou autre. La plus grande différence entre eux et leurs voisins dans le village n’est pas la langue mais le fait qu’ils n’aient pas de travail, m’ont-ils dit.

Saddam, 34 ans, est le quatrième réfugié de notre « World Peace House Party » – oui, c’est le titre choisi – timide, il a passé toute la soirée assis sur un canapé à parler avec une charmante amie française, jonglant entre l’anglais et le français. Ingénieur électricien, il prend des cours intenses de français et de néerlandais à Bruxelles depuis qu’il est arrivé en Europe – sur le même rafiot qu’Angela. « Jeune cadre » dans le Golfe au début de la révolution syrienne, il fut expulsé de Dubaï après avoir manifesté contre les massacres d’Assad contre sa population. Pour lui, le plus dur était de se rendre compte en arrivant en Europe qu’il était devenu « un réfugié ». Un immense sentiment de tristesse, d’impuissance le traverse depuis, m’a-t-il confié. Déjà pourvu d’un bon anglais, Saddam sait qu’apprendre les langues du pays l’aidera à trouver un travail. Il est contre la violence, d’où qu’elle vienne, et rêve d’apporter sa pierre à la société qui l’a accepté, en Belgique.

Voilà ce que sont les réfugiés syriens dans leur immense majorité, et voilà la manière la plus appropriée de réagir aux attaques abominables de Paris, ma ville natale : continuons à faire la fête, même avec des réfugiés, surtout avec des réfugiés.

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Syrie: Amnesty dénonce un sinistre marché noir autour des disparus


mediaFamilles en deuil qui pleurent, scènes de la vie quotidienne en Syrie. Ici à Damas, le 30 octobre, après la chute d’un missile sur une place de marché près du Parlement.

REUTERS/Bassam Khabieh

C’est un rapport accablant pour le régime de Bachar al-Assad qui a été rendu public ce jeudi par l’ONG Amnesty International. Selon ce rapport, au moins 65 000 disparitions ont été documentées depuis 2011 – des disparitions, d’opposants, de journalistes, d’avocats, ou tout simplement de personnes ayant manifesté contre le régime. L’ONG pointe du doigt un aspect particulièrement sordide de cette politique répressive : les familles dépensent des fortunes auprès d’intermédiaires peu scrupuleux pour avoir des nouvelles de leurs proches.

Intitulé Between prison and the grave: Enforced disappearances in Syria, le rapport montre que l’État tire profit des disparitions forcées nombreuses et systématiques qui constituent des crimes contre l’humanité, par le biais d’un marché noir insidieux : les familles qui cherchent désespérément à savoir ce qu’il est advenu d’un proche disparu sont impitoyablement exploitées par des individus qui leur soutirent de l’argent.

« Leurs familles n’ont plus aucune nouvelle. Elles ne savent même pas s’ils sont morts, s’ils sont vivants, où ils sont. Et donc elles font tout pour les retrouver et vont jusqu’à s’endetter parfois pour des dizaines des centaines de milliers de dollars, explique à RFI Geneviève Garrigos, la présidente d’Amnesty International France. De fait, il n’y a aucune garantie de résultat et par la suite il y a même des familles qui ont appris que leurs disparus étaient décédés  ».

Ces intermédiaires douteux jouent sur l’angoisse des familles pour leur soutirer de l’argent. « Certaines familles en sont réduites à vendre leur maison, à se retrouver à la rue, tellement elles sont désespérées. Parce qu’au-delà de la question financière, il y a vraiment toute la question de l’angoisse, ajoute Geneviève Garrigos. Et d’ailleurs, ce que racontent les témoins que nous avons rencontrés, c’est qu’à la limite quand on sait que les personnes sont en détention, y compris quand on sait qu’elles sont mortes, on peut faire son deuil. Là, ils ne savent pas, ils sont dans une angoisse totale. Et pour eux, ils seraient prêts à tout donner pour savoir où sont leurs disparus ».

La communauté internationale doit se mobiliser

Pour Amnesty International, il faut que la communauté internationale se mobilise et fasse pression sur le régime syrien, pour qu’il soit mis fin à ces pratiques. « En février 2014 le Conseil de sécurité a adopté la résolution 21-39, par laquelle il exigeait du régime syrien, déjà de dire aux familles où ces personnes sont en détention, mais aussi de les libérer. Depuis… rien ne s’est passé », précise Geneviève Garrigos.

Amnesty international demande à la Russie et à l’Iran, alliés de la Syrie de faire pression et au Conseil de sécurité de « prendre ses responsabilités et de saisir la Cour pénale internationale. Parce que, on connait déjà les nombreux crimes qui sont commis par le régime syrien – que ce soient les crimes de guerre, comme les bombardements des zones civiles, des hôpitaux, des écoles – ici on est en présence d’un crime contre l’humanité et il est grand temps que justement, il y ait une saisie et qu’il y ait des enquêteurs qui se chargent de ce dossier pour poursuivre les personnes responsables ».

Disparus : la guerre invisible de Syrie


Une enquête inédite et glaçante sur l’arme invisible du régime de Bachar al-Assad montre comment des dizaines de milliers de Syriens sont enlevés, torturés puis tués en Syrie. Adolescents raflés dans leurs écoles, manifestants envoyés dans des camions aux destinations inconnues, passants arrêtés arbitrairement : ces innombrables disparitions révèlent l’implacable machine de mort secrètement mise en place par Damas.

– Video à voir : http://info.arte.tv/fr/disparus-la-guerre-invisible-de-syrie#sthash.NEtUsxDp.dpuf

 

La méthode des disparitions forcées
La Syrie n’est pas le seul Etat à avoir recours aux disparitions forcées pour contenir les opposants au sein de la population. L’ONU a déjà rédigé une convention qui condamne ces pratiques. Le texte définit notamment la « disparition forcée » par « l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l’État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi ».
Retrouvez un rapport complet de l’ONU, qui dresse un état des lieux sur le phénomène à travers le monde, ainsi qu’une fiche d’analyse de cette méthode de répression, et enfin un article d’Amnesty International sur l’engagement et la mobilisation des familles de disparus.

Chaîne humaine de solidarité avec la Palestine ce dimanche


A L’APPEL DE L’ASSOCIATION BELGO-PALESTINIENNE ET DE NOMBREUSES ASSOCIATIONS DONT L’UPJB

CE dimanche, réunissons-nous dans le centre ville de Bruxelles pour manifester notre opposition à la répression israélienne.

Depuis la fin du mois de septembre, l’armée d’occupation israélienne a lancé une vague de répression sans précédent contre les Palestiniens de Gaza et Cisjordanie. On déplore plusieurs morts et des dizaines de blessés.
Nous invitons tous les citoyens à se réunir en face de la Bourse de Bruxelles pour former une chaîne humaine symbolisant la chaîne de solidarité permanente et incassable que nos voulons maintenir !
Les autorités belges doivent sans plus attendre couper toute collaboration avec l’Etat israélien dirigé par un gouvernement d’extrême droite, un gouvernement qui accélère la colonisation de la Palestine et réprime sa population.
Rendez-vous ce dimanche 18 octobre a 15h00 face a la Bourse de Bruxelles

dim

Opération César, lire un must


Garance Le Caisne
Garance Le Caisne

 

 

alireAujourd’hui sur nos épaules, leur souffrance

« Quand je regardais les photos, elles me parlaient. Beaucoup de victimes sur les photos savaient qu’elles allaient mourir. Elle avaient le doigt levé comme lorsque on va mourir et qu’on dit la shahada. Elles avaient la bouche ouverte de douleur et on sentait l’humiliation qu’elles avaient subie.

Chaque fois que je regardais ces visages je ne pouvais les enlever de ma mémoire.Elles ont crié leur douleur pour qu’on les sauve mais personne ne les a sauvés, personne ne les a écoutés. Elles demandaient des choses mais personne ne les a entendus.Tous les jours, j’entendais la voix des victimes qui criaient leur grande douleur, pour dire ce qui se passe dans les prisons et les centres de détention. Personne n’était là pour témoigner, personne ne répondait.

Ces victimes ont mis sur mes épaules la responsabilité de témoigner des tortures qu’on leur a infligées, auprès de leurs familles, de l’humanité et du monde libre.Je suis sorti de Syrie avec des intentions pures, sincères. Il y a plusieurs dossiers sur les crimes du régime : le chimique, les meurtres de masse, les détenus. Tous ces dossiers vont s’ouvrir et apporter des preuves contre Bachar el-Assad. Quand et comment ? Je ne sais pas.La vérité amènera la victoire.

Un proverbe dit : « un droit ne se perd pas tant qu’une personne est derrière pour le demander. » César, photographe au sein de la police militaire du régime syrien de Bachar el-Assad » Avril 2015. Extrait de « L’opération César. Au cœur de la machine de mort syrienne ». Garance Le Caisne Stock Octobre 2015

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