Syrie: Amnesty dénonce un sinistre marché noir autour des disparus


mediaFamilles en deuil qui pleurent, scènes de la vie quotidienne en Syrie. Ici à Damas, le 30 octobre, après la chute d’un missile sur une place de marché près du Parlement.

REUTERS/Bassam Khabieh

C’est un rapport accablant pour le régime de Bachar al-Assad qui a été rendu public ce jeudi par l’ONG Amnesty International. Selon ce rapport, au moins 65 000 disparitions ont été documentées depuis 2011 – des disparitions, d’opposants, de journalistes, d’avocats, ou tout simplement de personnes ayant manifesté contre le régime. L’ONG pointe du doigt un aspect particulièrement sordide de cette politique répressive : les familles dépensent des fortunes auprès d’intermédiaires peu scrupuleux pour avoir des nouvelles de leurs proches.

Intitulé Between prison and the grave: Enforced disappearances in Syria, le rapport montre que l’État tire profit des disparitions forcées nombreuses et systématiques qui constituent des crimes contre l’humanité, par le biais d’un marché noir insidieux : les familles qui cherchent désespérément à savoir ce qu’il est advenu d’un proche disparu sont impitoyablement exploitées par des individus qui leur soutirent de l’argent.

« Leurs familles n’ont plus aucune nouvelle. Elles ne savent même pas s’ils sont morts, s’ils sont vivants, où ils sont. Et donc elles font tout pour les retrouver et vont jusqu’à s’endetter parfois pour des dizaines des centaines de milliers de dollars, explique à RFI Geneviève Garrigos, la présidente d’Amnesty International France. De fait, il n’y a aucune garantie de résultat et par la suite il y a même des familles qui ont appris que leurs disparus étaient décédés  ».

Ces intermédiaires douteux jouent sur l’angoisse des familles pour leur soutirer de l’argent. « Certaines familles en sont réduites à vendre leur maison, à se retrouver à la rue, tellement elles sont désespérées. Parce qu’au-delà de la question financière, il y a vraiment toute la question de l’angoisse, ajoute Geneviève Garrigos. Et d’ailleurs, ce que racontent les témoins que nous avons rencontrés, c’est qu’à la limite quand on sait que les personnes sont en détention, y compris quand on sait qu’elles sont mortes, on peut faire son deuil. Là, ils ne savent pas, ils sont dans une angoisse totale. Et pour eux, ils seraient prêts à tout donner pour savoir où sont leurs disparus ».

La communauté internationale doit se mobiliser

Pour Amnesty International, il faut que la communauté internationale se mobilise et fasse pression sur le régime syrien, pour qu’il soit mis fin à ces pratiques. « En février 2014 le Conseil de sécurité a adopté la résolution 21-39, par laquelle il exigeait du régime syrien, déjà de dire aux familles où ces personnes sont en détention, mais aussi de les libérer. Depuis… rien ne s’est passé », précise Geneviève Garrigos.

Amnesty international demande à la Russie et à l’Iran, alliés de la Syrie de faire pression et au Conseil de sécurité de « prendre ses responsabilités et de saisir la Cour pénale internationale. Parce que, on connait déjà les nombreux crimes qui sont commis par le régime syrien – que ce soient les crimes de guerre, comme les bombardements des zones civiles, des hôpitaux, des écoles – ici on est en présence d’un crime contre l’humanité et il est grand temps que justement, il y ait une saisie et qu’il y ait des enquêteurs qui se chargent de ce dossier pour poursuivre les personnes responsables ».

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