Syrie : Petit guide pour suivre la révolte contre Bachar el-Assad


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En français

Le site Souria Houria, comme son nom l’indique, revendique la liberté pour la Syrie. C’est à la base une association loi 1901, le Groupe de soutien à la révolution syrienne. C’est un bon carrefour d’information en Français, plutôt proche du Conseil national syrien. >ici

Le blog Un oeil sur la Syrie est rédigé par un ancien diplomate qui connaît très bien ce pays, Ignace Leverrier, et hébergé sur la plateforme du journal Le Monde. >ici

Le site Infosyrie prétend faire de la « ré-information » sur la situation en Syrie, autrement dit contrer les autres médias qui feraient de la désinformation. Adepte de la théorie du complot, il défend, sous couvert d’une prétendue neutralité, la dictature de Damas et sert de relais à la propagande du régime. >ici

Sur carte

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Cette carte dresse un bilan de neuf mois de soulèvement en Syrie; à la date du dimanche 11 décembre,
avec le nombre de victimes par gouvernorat, par catégorie et par mois.
Cliquer la carte pour la télécharger (pdf) sur le site de l’Unitar.

En anglais

Le Damascusbureau inspiré du TehranBureau (hébergé par la chaîne publique américaine PBS) publie des articles de fond, avec un regard  distancié. Ce groupe de journalistes indépendants publie, entre autre, des textes de l’avocate et défenseuse des droits de l’homme Razan Zeitouneh.  >ici

Le site Now Lebanon est plutôt proche de l’opposition libérale et pro-occidentale libanaise. Cela n’empêche pas un grand professionnalisme. Sa rédaction alimente chaque jour un live blog intitulé Now Syria. >Ici

Le Syrian Revolution Digest moissonne maximum d’informations -et de liens vers des vidéos en provenance de Syrie – dans un compte-rendu quotidien très fourni. Il est réalisé par Ammar Abdulhamid, un exilé syrien proche de l’opposition libérale, installé à Silver Spring dans le Maryland aux Etats-Unis. >ici

Le site Lccsyria.org est le site officiel des Comités de coordinations locaux, autrement dit l’opposition syrienne de l’intérieur. >Ici

En images

La chaîne UgaritNews sur YouTube est l’un des plus gros diffuseurs sur Internet des vidéos tournées par les manifestants hostiles au régime. >ici

Même chose pour le site OnSyria.org > ici

Photo: Manifestants syriens en exil devant le consulat de Syrie à Istanbul (Murat Sezer/Reuters)

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Syrie: inquiétudes de l’Occident pour Homs, la répression sanglante sans répit


anniebannie : comme en Palestine, le régime dira qu’il ne tue que des terroristes

le 10.12.11 | 13h11

Les pays occidentaux ont mis en garde contre une nouvelle opération d'envergure contre la ville assiégée de Homs, un haut lieu de la contestation en Syrie où la répression sanglante menée par les forces du régime ne connaît aucun répit avec la mort de 14 civils.

Les pays occidentaux ont mis en garde contre une nouvelle opération d’envergure contre la ville assiégée de Homs, un haut lieu de la contestation en Syrie où la répression sanglante menée par les forces du régime ne connaît aucun répit avec la mort de 14 civils.
Ces nouvelles violences interviennent alors que le monde marque la journée internationale des droits de l’Homme et à la veille d’une grève générale à laquelle ont appelé les militants pro-démocratie au début d’une campagne de désobéissance civile à travers le pays.
Sur le plan diplomatique, la Ligue arabe, qui a imposé des sanctions économiques à la Syrie, a prévu en fin de semaine prochaine deux réunions au Caire, l’une du Comité ministériel en charge du dossier suivie d’une autre extraordinaire de l’ensemble des chefs de la diplomatie, selon un responsable.
Elles visent à discuter des conditions posées par le régime de Bachar al-Assad qui a exigé une levée des sanctions en échange de sa signature du protocole sur l’envoi d’observateurs arabes chargés de rendre compte des violences et de tenter de mettre fin à la répression.
Selon un bilan de l’ONU fourni le 1er décembre, plus de 4.000 personnes ont été tuées par les forces de sécurité depuis le début le 15 mars de la révolte populaire contre le régime mais le pouvoir semble toujours décidé à étouffer la contestation.
Ses soldats appuyés par des chars et ses forces de sécurité ont ainsi été envoyés dans plusieurs villes pour des opérations de ratissage, des perquisitions et des intimidations, selon les militants pro-démocratie, l’une des rares sources à l’intérieur du pays où les médias étrangers ne peuvent circuler librement.
C’est surtout la province de Homs (centre), l’un des plus importants foyers de contestation, qui est la cible d’une répression violente depuis des semaines avec la mort de dizaines de civils, dont des femmes et des enfants.
« Toutes les informations, les vidéos, ainsi que les militants sur le terrain affirment que le régime se prépare à commettre un massacre collectif pour faire taire la révolution à Homs, et en faire un exemple pour les autres régions », a affirmé le Conseil national syrien, qui regroupe la majorité des courants de l’opposition, dans un communiqué vendredi.
« La France est profondément inquiète des informations faisant état d’une opération militaire d’envergure que les forces de sécurité syriennes seraient en train de préparer contre Homs », a déclaré le ministère des Affaires étrangères, en appelant « l’ensemble de la communauté internationale (à) se mobiliser pour sauver le peuple syrien ».
Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fait aussi part de leurs préoccupations, Washington se disant « profondément inquiet quant à la tournure des événements à Homs » et Londres appelant Damas à en « retirer immédiatement ses forces ».
Samedi encore, trois civils y ont été abattus par les forces de l’ordre, alors que deux ont péri à Deraa (sud), quatre lors de funérailles à Idleb (nord-ouest), et trois dans des tirs de mitrailleuses lourdes à Hama (centre), a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Selon l’OSDH et une source médicale libanaise, une Syrienne de 23 ans, blessée au ventre par balles dans la ville frontalière syrienne de Tall Kalakh, a succombé dans un hôpital au Liban. Et à la frontière turco-syrienne, un médecin syrien a été tué par les forces de sécurité.
De plus, trois hommes arrêtés par les forces du régime il y a trois semaines à Harasta, près de Damas, ont péri « sous la torture », a ajouté l’OSDH.
Entre-temps, les militants ont appelé employés, ouvriers et étudiants à « une grève générale dimanche« , suivie dans la semaine de la fermeture de routes importantes et d’autoroutes, de sit-in, de grèves dans les universités, dans les transports et la fonction publique ou encore de coupures volontaires des communications sur téléphones portables.
« Nous poursuivons notre Révolution pacifique et notre lutte civile jusqu’à la victoire. La grève de la dignité est un pas vers la désobéissance civile (…) pour couper les moyens financiers du régime avec lesquels il tue nos enfants », ont-ils écrit sur internet.

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RIP Khaled Al-Hakim


Le docteur Ibrahim Nahel Othman (alias Khaled Al-Hakim, membre du comité de coordination des médecins de Damas) a été tué par les forces de sécurité de Bachar Al-Assad sur les frontières turques pour avoir aidé à soigner les blessés de la révolution.

Syrie: la répression fait 24 nouvelles victimes, dont 4 enfants


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le 09.12.11 | 15h05

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants vendredi en Syrie, faisant 24 nouvelles victimes civiles, dont quatre enfants, en particulier à Homs où l'oposition accuse le régime de Bachar al-Assad de préparer "un massacre", suscitant l'inquiétude de Washington.

Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants vendredi en Syrie, faisant 24 nouvelles victimes civiles, dont quatre enfants, en particulier à Homs où l’oposition accuse le régime de Bachar al-Assad de préparer « un massacre », suscitant l’inquiétude de Washington.
Malgré le déploiement massif des forces de l’ordre, de nombreuses manifestations ont eu lieu à travers le pays sous le slogan « la grève de la dignité », en prévision d’une grève générale dimanche, selon des militants et l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Dix civils ont été tués à Homs (centre), dont deux enfants de 10 et 12 ans, et un autre, un adolescent de 14 ans, près de cette ville, cinq près de Damas, quatre à Hama (centre), deux dans la province d’Idleb (nord-ouest) et deux, dont une fillette, à Deraa (sud), où la contestation est née il y a près de neuf mois, a précisé l’OSDH.
Cette association basée au Royaume-Uni a également fait état de nouveaux « violents affrontements » entre déserteurs et forces gouvernementales, à Douma et à Saqba, à 10 km de la capitale.
Le Conseil national syrien (CNS), qui réunit la majorité des courants de l’opposition, a dit craindre un « massacre » à Homs, cible d’une répression violente depuis des semaines.
« Toutes les informations, les vidéos, ainsi que les militants sur le terrain affirment que le régime se prépare à commettre un massacre collectif pour faire taire la révolution à Homs, et en faire un exemple pour les autres régions », a affirmé le CNS dans un communiqué.
« Le régime prétexte des incidents confessionnels pour justifier » ses actes, a ajouté le CNS, affirmant qu’à Homs, les forces de l’ordre incendiaient des mosquées, torturaient et tuaient des jeunes, enlevait des femmes et des enfants, et que des milliers de soldats encerclaient la ville.
Les Etats-Unis ont fait part de leur « profonde inquiétude » quant à ces informations. La porte-parole du département d’Etat, Victoria Nuland, a souligné que M. Assad serait tenu responsable de tout décès provoqué par les forces gouvernementales et Londres a demandé à Damas de « retirer immédiatement » ses forces de Homs.
A Damas, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jihad Makdessi, a lancé un « appel au monde extérieur et à nos frères du monde arabe pour aider la Syrie (à faire cesser) l’acheminement d’armes » dans le pays », afin d’aider à « trouver une sortie honorable à la crise ».
« Nous voulons que les autres, tous les autres, soutiennent l’évolution de la Syrie, pas la confrontation armée en Syrie », a-t-il insisté, affirmant que M. Assad était « horrifié » et « attristé » par les violences meurtrières qui secouent le pays depuis près de neuf mois.
Il a précisé que Damas étudiait une réponse de la Ligue arabe à sa demande de levée des sanctions de l’organisation avant la venue d’observateurs arabes.
A Bagdad, le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a affirmé que son pays allait développer ses relations avec l’opposition syrienne, à l’exception de l’opposition armée. « La situation nous oblige à jouer les bons offices », a-t-il expliqué.
La Turquie a en revanche annoncé qu’elle allait suspendre un accord de libre échange avec la Syrie, déjà suspendu par Damas, et prendre des dispositions pour éviter la Syrie dans ses relations commerciales avec le Proche-Orient.
La Russie a confirmé que la responsable des droits de l’Homme de l’ONU, Navi Pillay, serait entendue par le Conseil au sujet de la Syrie, une demande formulée par Paris, Londres et Berlin. Cette audition est prévue lundi à 19H00 GMT.
Les Européens, France en tête, plaident depuis des mois – mais en vain – pour que le Conseil de sécurité condamne la répression en Syrie. Lors d’une conférence de presse, Mme Pillay a estimé que des vies auraient pu être sauvées si une action avait pu être entreprise plus tôt au Conseil de sécurité.
La répression a fait selon les Nations unies, au moins 4.000 morts, dont plus de 300 enfants, un bilan crédible, ont affirmé vendredi le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et Navi Pillay.
Dans un entretien mercredi à la chaîne américaine ABC News, M. Assad a dit n’accorder aucun crédit au bilan avancé par l’ONU, estimant que l’organisation n’était pas crédible.
« Il s’agit de dépositions de première main auprès de témoins, beaucoup de ces informations provenant de l’intérieur du pays par Skype », a insisté Mme Pillay, rappelant que plus de 220 témoins avaient été interrogés.
« Le président syrien ne peut pas balayer tout cela d’une affirmation sans fondement », a-t-elle ajouté, tout en exhortant le président syrien à laisser une commission d’enquête entrer dans le pays. « Il est très important que nous allions là-bas et vérifions sa version », a-t-elle dit.
Elle a encore souligné que les défections de plus en plus nombreuses dans les rangs des forces armées faisaient planer la menace « d’une véritable guerre civile », rappelant que « près de 1.000 » membres des forces de l’ordre syriennes avaient été tués dans les violences depuis la mi-mars.

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L’opposition syrienne veut refonder l’unité nationale


par Zénobie, jeudi 8 décembre 2011

Dans la Syrie de demain, « la Constitution protégera les minorités et leurs droits », déclarait M. Burhan Ghalioun, le président du Comité national syrien — qui rassemble les forces d’opposition au régime — dans un message vidéo adressé au peuple syrien, le 5 novembre 2011, à l’occasion de la fête musulmane de l’Aid Al-Kabir (1). Alors que les observateurs se focalisent sur la guerre civile, ce discours du principal opposant au régime de M. Bachar Al-Assad témoigne d’un autre processus en cours : ce qui se joue en Syrie n’est pas seulement un changement de régime, mais aussi et surtout une véritable refondation de l’unité nationale. C’est pourquoi le régime crie au risque de guerre civile, et provoque en sous-main des tensions confessionnelles. En effet, la redéfinition de l’unité nationale sur la base de l’égale intégration de toutes les composantes de la nation démasquera l’imposture d’un pouvoir qui se prétend nationaliste arabe, séculier, et garant de l’unité nationale — c’est-à-dire de la protection des minorités contre le « danger islamiste ».

Pour comprendre les enjeux de cette refondation, il faut remonter dans le temps. Dans les années 1930, le nationalisme arabe en Syrie, qui s’est d’abord construit comme un outil politique de combat contre la présence coloniale française, a pensé l’unité nationale en des termes négateurs de la réalité sociale et anthropologique : tout ce qui était perçu comme facteur de division (la communauté ethnique, confessionnelle, la tribu, les solidarités régionales, sur lesquelles avait abondamment joué la tutelle française) a été ramené à de l’obscurantisme, au profit d’une unité arabe syrienne — l’apposition des deux adjectifs étant en soi très ambiguë.

Les liens anthropologiques premiers, ainsi sommés de disparaître, s’adaptèrent alors en se dissimulant derrière le discours nationaliste, en se repliant dans les coulisses de la scène politique. Mais ils restèrent bien vivaces. Et, lorsque le parti Baas, formation nationaliste arabe par excellence, accéda au pouvoir en 1963, et surtout en 1966 et en 1970 (avec le coup d’Etat de Hafez Al-Assad), c’est une minorité qui accédait de fait au sommet de l’Etat. C’est évidemment au nom du nationalisme arabe que cette minorité alaouite instaura son contrôle communautaire sur l’Etat et la société, et que le clan Assad dénia (et dénie toujours) à quiconque le droit de réclamer une part dans le pouvoir. Ainsi, la mention même des communautés, devenue crime contre l’Etat, interdit de dénoncer la mainmise alaouite ; de dénoncer les faveurs accordées par le pouvoir alaouite à certaines communautés minoritaires aux dépens de la majorité sunnite de la population. Toute contestation politique porterait ainsi, selon le régime, la marque de la sédition confessionnelle orchestrée de l’étranger.

Aux antipodes de la pensée nationaliste arabe et séculière par lui instrumentalisée et dévoyée, le régime des Assad a réussi au cours des décennies à renforcer la conscience minoritaire dans le pays en faisant croire aux communautés alaouite, chrétienne et druze, notamment, qu’il était le seul garant de leur sécurité. Et lorsque éclata l’intifada syrienne, en mars 2011, il lui a suffi de crier au danger islamiste pour que les vieux réflexes de peur remontent à la surface des consciences minoritaires. C’est ainsi que les manifestants pacifiques, impitoyablement abattus dans la rue, ont été diabolisés parce qu’ils sortaient des mosquées — l’espace public par excellence des villes orientales et musulmanes, le seul que le régime ne peut se permettre de fermer et d’où musulmans et chrétiens, laïcs et pratiquants lancent des mouvements de contestation. Quel que soit le contenu politique de leur révolte, les villes et villages mobilisés sont essentialisés comme musulmans et renvoyés à l’identité sunnite de la majorité de leur population (2).

On se souvient que, dans l’entre-deux-guerres, lorsque les nationalistes arabes manifestaient pour demander l’indépendance et l’unité (d’une Syrie alors divisée par les Français sur des bases communautaires et régionales), les Français et ceux des minoritaires qui leur étaient alliés, renvoyaient déjà ces manifestations anticoloniales à l’identité musulmane de la majorité des manifestants.

Aujourd’hui encore, des chrétiens, des Druzes et des Alaouites éclairés, dont le niveau d’éducation est pourtant élevé, se trouvent soudainement incapables d’analyser un événement politique, une réalité sociologique en pleine mutation. Ils se réfugient devant la télévision Al-Dounia, porte-parole du régime et propriété de M. Maher al-Assad. Du jour au lendemain, les grandes chaînes arabes (Al-Jazira, Al-Arabiya), qui ont renouvelé l’information sur la scène arabe, sont devenues des télévisions honnies. La conscience minoritaire est bien l’une des clés du soutien intérieur (et régional) au régime des Assad. C’est pourquoi la guerre confessionnelle incarne à ses yeux le salut politique.

Rupture générationnelle

Ce qui se passe en Syrie, sous l’action des manifestants, constitue une véritable rupture générationnelle, intellectuelle, politique et idéologique ; une rupture dont l’importance est similaire à celle qu’a connue la société entre 1918 et 1928, entre la fin de l’Empire ottoman et la mise en place de l’Etat moderne. Comme tous les observateurs l’ont constaté, l’opposition a témoigné depuis neuf mois de son extraordinaire lucidité politique dans des circonstances à tout le moins défavorables. Au fil des mois de résistance, les manifestants ont construit une conscience politique, élaboré une organisation clandestine (avec les comités de coordination) et mobilisé leur énergie pour maintenir la voie pacifique choisie depuis le début (en dépit de provocations, de dérapages et d’incidents).

La refondation de l’unité nationale se trouve donc facilitée par le fait que les révolutions arabes dans leur ensemble ont signé la fin des idéologies du XXe siècle, nationalisme arabe comme islamisme, tous deux construits sur le schéma commun de l’oumma (arabe ou islamique), utopique projection d’une nation transfrontalière. Tous les courants politiques, islamistes inclus, savent désormais qu’ils se meuvent dans des frontières et que certaines valeurs comme la liberté, la dignité et la démocratie sont devenues incontournables pour leurs opinions publiques. Les projets de société qui remporteront demain les élections en Syrie porteront la marque identitaire de la société syrienne, confessionnellement diverse, arabe et musulmane dans une culture sociale qui englobe aussi toutes les communautés minoritaires.

Comme beaucoup de pays de la région, la Syrie n’a pas su se construire une unité nationale, qui donnerait aux minorités le sentiment de participer à l’Etat au-delà de leurs frontières communautaires. L’esprit et une solidarité de corps (la asabiyya) hérités des Empires musulmans s’opposaient au modèle d’un Etat-nation bâti sur une société de citoyens. La révolte syrienne a compris que, sur ce point, une rupture idéologique était indispensable.

Cette rupture porte aussi une inversion du rapport au temps historique dans la mesure où les deux anciennes utopies dominantes (oumma islamiyya, oumma arabiyya) supposaient, dans une vision circulaire, que l’avenir résidait dans des formes de retour à une unité mythique des origines. De même que la oumma islamiyya, en reprenant les termes d’une nation musulmane originelle (et toujours mythique), devait apporter le bonheur sur cette terre, il suffisait au nationalisme arabe d’arriver au pouvoir pour que le progrès s’épanouisse par lui-même. L’impensé social et économique qui a plombé les régimes nationalistes arabes réside en partie dans cette vision de l’histoire. Aujourd’hui, l’opposition syrienne autant que la nouvelle génération ont compris qu’il faut prendre le risque de construire le destin national en affrontant la réalité sociale et en regardant l’avenir ; en sachant que la révolution dans les mentalités est toujours plus longue à construire que la révolution politique…

L’opposition syrienne cherche son salut en évitant deux pièges : le piège confessionnel et le piège de la lutte armée. Elle a retenu les leçons de la guerre civile du Liban (1975-1990) et des violences confessionnelles en Irak à partir de 2003. Elle redoute d’autant plus le piège confessionnel dans lequel le pouvoir cherche à la faire tomber que la terreur et la barbarie du régime, ouvertement orchestrées par des acteurs alaouites, provoquent des réactions de rejet communautaire chez nombre de civils.

D’autre part, l’opposition syrienne a aussi tiré les leçons de la révolution libyenne, tant pour ce qui est de la lutte armée que pour ce qui est du soutien de l’étranger. Un certain nombre de voix, notamment, mais pas uniquement, chez les manifestants venus des secteurs traditionnels et des tribus, en appellent aux armes, à la fois pour venger les morts et pour mettre fin au bain de sang qui dure depuis neuf mois. Sans parler des milliers de militaires patriotes et déserteurs qui se sont donné pour mission de défendre le peuple contre l’armée du régime, et qui accomplissent cette mission avec les seuls moyens qu’ils maîtrisent : la force armée. C’est pourquoi le Conseil national syrien a conclu le 1er décembre un accord avec l’Armée syrienne libre, encadrant les interventions des militaires. Il a également rejeté toute intervention étrangère, et se limite à demander un espace d’exclusion aérienne afin de protéger les civils.

Le double piège, celui de la lutte armée et de la guerre confessionnelle, n’est donc pas seulement un effet de la propagande du régime : c’est un effet des évolutions du terrain, d’une barbarie chaque jour renouvelée et de l’absence de soutien effectif à la révolution en cours.

Le véritable défi pour la révolution syrienne réside dans sa capacité à déjouer ce double piège, qui accréditera sa capacité à refonder l’unité nationale. Avec la patience de celui qui a tout l’avenir devant lui.

(2) La Syrie compte quelque 70 % à 80 % d’habitants sunnites.

source

Bernard Henri Levy – Après la pantalonnade libyenne, un auto- entartrage syrien ?


L’étiquette de sioniste colle à la peau  de Bernard Henry Levy comme celle de nazi colle à la peau d’Hitler. Il s’enorgueillit et va jusqu’à déclarer que c’est en tant que juif qu’il s’est engagé en Lybie.  Comme par hasard, son parcours de soldat de l’humanitaire le mène souvent dans les contrées musulmanes. Après la Bosnie, la Tchétchénie, l’Afghanistan, le Soudan et la Libye, le voilà qui repart à l’assaut de la Syrie. Pour le spectateur qui l’observe se démener comme un diable depuis des années, le nouveau round va sûrement être le plus intéressant à suivre. C’est que, autant que pour  BHL sinon plus, pour le peuple syrien, la notion d’identité dépasse souvent tout autre intérêt.

Le sionisme de Bernard Henry Levy

Pour ceux qui refusent de le reconnaître, Bernard Henri Levy est un sioniste pur et dur, donc par extension un raciste, si l’on s’en tient à la résolution 3379 des Nations Unies qui en 1975 a jeté l’opprobre sur le sionisme le décrétant « une forme de racisme et de discrimination raciale ». Partant de ce constat, on ne peut que demeurer sceptique quant à ses engagements pour les causes humanitaires dans le monde et particulièrement dans le monde arabo-musulman.  La seule cause pour laquelle se bat BHL est celle d’Israël et du sionisme. Le Grand prêtre du Ramsès  français s’est  jeté corps et âme dans l’aventure libyenne, pour la seule raison d’être juif,  entraînant l’Elysée dans sa folie meurtrière. « J’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom et ma fidélité au sionisme et à Israël » a-t-il déclaré lors de la première Convention nationale organisée par le Conseil de  représentation des organisations juives de France (Crif).

Le soutien aveugle de BHL à Israël  a toujours constitué un obstacle à l’adhésion des masses arabes à son « souci continu de  démocratie et de paix » auquel ils opposent toujours ses déclarations sur les massacres des enfants de Gaza en 2009  qu’ils s’accordent tous à juger ignobles.

Là où certains voient en BHL un défenseur de la justice, de la paix et de la démocratie, nombreux sont les Arabes qui continuent à l’accuser de jouer un rôle suspicieux dans la manipulation des masses. Ils demeurent convaincus que là où BHL est passé, la situation sécuritaire des pays s’est encore plus détériorée avec l’intensification des massacres commis dans le cadre de conflits confessionnels et sectaires. Même le CNT libyen n’a pas hésité à rappeler à BHL qu’il n’était nullement dans les projets de la Libye Post Kadhafi de reconnaître Israël. Le journaliste Slimane Dogha va jusqu’à déclarer à Al Jazeerah que « l’allégeance de BHL à Israël représente un réel danger dont le CNT doit tenir compte. Le « conseiller » de Sarkozy n’est plus le bienvenu en Libye et sa présence porte préjudice à la révolution libyenne ».

Mais le succès grise son auteur et, tournant le dos à la nouvelle position des Libyens à son encontre, le Lawrence d’Arabie des temps modernes, en quête d’une nouvelle victoire,  a déjà jeté son dévolu sur la Syrie.

Le réalisme des Syriens

Aucune personne sensée ne peut s’opposer aux désirs de liberté et d’égalité des peuples et il ne saurait y  avoir d’exception pour le peuple syrien.

Mais quand Bernard-Henri Lévy décide de voler aux secours de la révolution syrienne, même les opposants les plus farouches au régime de Bachar El Assad tirent la sonnette d’alarme.

En Syrie, à part quelques exceptions aujourd’hui pointées du doigt, tous les opposants sont d’accord pour émettre de sérieuses réserves quant à  cet « « ennemi du peuple palestinien » en raison de ses liens étroits avec Israël.

Si à Benghazi, son allégeance  sans nuance à Israël ne l’a pas empêché  de faire tomber la dictature de Kadhafi, il en va tout autrement du régime de Bachar El Assad.

Les opposants syriens ne s’y sont pas trompés quand ils ont décidé de boycotter la soirée organisée par le philosophe, baptisée « SOS Syrie ».  Venir s’exprimer ainsi que BHL les y avait conviés devant un parterre  on ne peut plus acquis à Israël,   dont notamment  Fabius, Kouchner, Delanoë, Glucksmann, Fadela Amara ou encore…Jane Brikin, c’était sans aucun doute se discréditer et donner du grain à moudre au régime syrien qui se serait empressé de les accuser de trahison.

C’était également sans compter que pour les Syriens se battre pour la liberté c’est également se battre pour son indépendance et  celle de tous les autres peuples.  Comme l’a déclaré Suhair Atassi, figure emblématique de l’opposition syrienne, « celui qui se fait l’ennemi des droits d’un peuple ne peut prétendre soutenir une révolution fondée sur les mêmes droits » avant de rappeler que « BHL a considéré les enfants tués à Gaza comme des dommages inévitables de la guerre contre le terrorisme. Celui qui parlait de guerre propre au Liban en 2009 alors qu’en 33 jours, les bombardements israéliens avaient fait 1300 morts civils dont un tiers de moins de 12 ans,  avait poussé l’ignominie lors du massacre de Jénine en 2002, à entrer dans le camp de réfugiés à bord d’un char israélien en déclarant haut et fort que « L’armée israélienne est l’armée la plus humaine de l’histoire moderne ».

Après la pantalonnade du CNT libyen dans lequel il avait placé ses espoirs pour la signature d’un traité de paix avec Israël, avec le dossier syrien cette fois Bernard Henri Levy qui selon Desproges détient le record incontestable et incontesté du nombre d’entartages, semble parti pour s’auto-entartrer.

Fatma BENMOSBAH – Taamul.net

source

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