Solidarité avec Molenbeek


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Nous sommes dimanche 15 novembre, je dois rentrer mon article pour Points critiques, le mensuel de l’UPJB,. Mais comment écrire sur quelque sujet que ce soit aujourd’hui sans être hanté par les victimes (129 morts et plus de 300 blessés dont certains pourraient ne pas survivre) de l’atroce massacre perpétré à Paris deux jours plutôt par des fous d’on ne sait quel Dieu ? Hanté et aussi effrayé par les conséquences que ce massacre pourrait avoir sur nos sociétés.

Première conséquence : la découverte sur les lieux d’un passeport syrien enregistré en Grèce au nom d’un candidat à l’asile. Voilà qui va apporter de l’eau au moulin de l’extrême droite qui avait «prédit» l’arrivée de «dizaines de milliers» de djihadistes» sur le territoire français, une extrême droite qui sera suivie par tous ceux qui sont opposés à l’accueil des demandeurs d’asile. Dorénavant, tout candidat à l’asile sera soupçonné d’être un terroriste en puissance. En France, mais aussi chez nous et dans toute l’Europe. Voilà qui va sensiblement compliquer la tâche des mouvements de solidarité.

Seconde conséquence : Molenbeek à nouveau dans l’œil du cyclone. On y a en effet procédé à l’interpellation de plusieurs personnes qui pourraient être liées au massacre de Paris. Et, pas rassurant pour un sou, notre ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, s’est empressé de déclarer qu’il allait s’«occuper personnellement de Molenbeek» ! Généralement, lorsque quelqu’un dit qu’il va s’occuper personnellement de telle ou telle question, ça annonce la castagne. Désormais, tout Molenbeekois un tant soit peu basané sera considéré comme étant susceptible de fomenter un attentat. Pas de quoi favoriser le vivre ensemble. Comme le disait une femme interviewée par la RTBF, «nous sommes les victimes collatérales» des événements de Paris.

Et de fait, Le samedi 14, nous étions en compagnie d’Éléonore et d’Eitan Bronstein, deux militants invités par l’UPJB qui venaient faire entendre une autre voix israélienne au Centre culturel maritime de Molenbeek. Il devait y avoir du monde, mais il n’y en avait que fort peu parce que la radio annonçait déjà des interpellations et des perquisitions dans la commune et il y avait très peu de monde aussi dans les rues pour un samedi. Après un moment d’accalmie, les Molenbeekois ont à nouveau peur.

Toutes nos condoléances aux familles des victimes de Paris et toute notre solidarité avec la population d’origine immigrée de Molenbeek.

Dominique de Villepin: « Se dire en guerre, c’est faire le jeu de l’ennemi »


RÉDACTION EN LIGNE Publié le dimanche 15 novembre 2015 à 20h20 – Mis à jour le dimanche 15 novembre 2015 à 20h28

INTERNATIONALC’est une archive de septembre 2014 qui resurgit dans une actualité brûlante: en septembre dernier, l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin était l’invité de « Ce soir ou jamais » sur France 2. L’occasion pour celui qui était Ministre des Affaires étrangères à l’époque de la guerre en Irak de livrer un autre regard sur la guerre contre le terrorisme.

Cette intervention de M. de Villepin, qualifiée de « 6 minutes d’intelligence et de lucidité » par la personne qui a posté l’extrait sur le site DailyMotion, est largement partagée sur les réseaux sociaux ce dimanche soir (voir la vidéo ci-dessous).

« La guerre contre le terrorisme ne peut pas être gagnée », affirmait-il à l’époque face à Frédéric Taddeï. « L’échec est annoncé. Le terrorisme est une main invisible, mutante, opportuniste. On ne se bat pas contre une main invisible avec les armes de la guerre. Il faut être capable d’employer la force de l’esprit, la ruse, les moyens de la paix pour désolidariser des forces qui s’agglutinent autour de ces forces terroristes. »

Des paroles qui s’opposent à la rhétorique guerrière employée par François Hollande au lendemain des attentats du 13 novembre. « C’est un acte de guerre qui a été commis par une armée terroriste », disait alors le président de la République française.

En 2014, Domique de Villepin ajoutait: « Il faut une stratégie et une vision politique, une capacité à penser l’action très au-delà des bombes Tout ce que nous savons de ce type de guerre depuis l’Afghanistan a conduit à l’échec. »

« Une guerre ce sont deux Etats et deux armées qui se confrontent »

Ce 15 novembre, l’ancien ministre a confirmé ses propos dans Le Grand Jury RTL LCI Le Figaro. « Se dire en guerre, c’est faire le jeu de l’ennemi », estime-t-il. « Une guerre ce sont deux Etats et deux armées qui se confrontent. Ici nous avons des groupes fanatiques, une mafia […] Ils veulent nous diviser. ils veulent pousser notre pays à une sorte de guerre civile en engageant des représailles contre des membres de la communauté musulmane. »

Lettre ouverte à François Hollande : « Vous êtes tombé dans le piège, Monsieur le Président »


Belga
dim. 15/11/2015 – 12:47 David Van Reybrouck (traduction Eric Steffens)L’historien et écrivain flamand David Van Reybrouck publie ce dimanche sur le site de la VRT (deredactie.be) une lettre ouverte adressée au Président français François Hollande. Il estime que la terminologie « d’acte de guerre » utilisée par le président de la République dans son discours de samedi est particulièrement imprudente.

« Ce qui s’est produit hier à Paris et à Saint-Denis près du Stade de France est un acte de guerre et face à la guerre, le pays doit prendre les décisions appropriées. C’est un acte de guerre qui a été commis par une armée terroriste, Daech, une armée djihadiste, contre la France, contre les valeurs que nous défendons partout dans le monde, contre ce que nous sommes : un pays libre qui parle à l’ensemble de la planète. Un acte de guerre préparé, planifié, depuis l’extérieur avec des complicités intérieures. Un acte de barbarie absolue » a déclaré le Président Hollande.

Dans sa lettre ouverte, David Van Reybrouck écrit partager entièrement la dernière phrase du président mais que le reste de son discours est la répétition presque mot pour mot de ce que le président américain G.W. Bush déclarait peu après les attentats du 11 septembre devant le Congrès : « Le 11 septembre, les ennemis de la liberté ont commis un acte de guerre contre notre pays ».

Les conséquences de ces paroles sont connues. Celui qui en tant que chef d’Etat qualifie un événement d’acte de guerre doit avoir une réaction en conséquence. Cela a conduit à l’invasion de l’Afghanistan, ce qui peut encore être justifié puisque ce régime avait donné asile au mouvement Al Qaïda et que l’ONU avait donné son accord. Mais ensuite ce fut l’invasion complètement folle de l’Irak, sans mandat de l’ONU, simplement parce que les Etats-Unis soupçonnaient ce pays de posséder des armes de destruction massive. Mais il n’y en avait pas, et cette invasion a conduit à une totale déstabilisation de la région, aujourd’hui encore. Après le départ des troupes américaines en 2011, il y eut un vide de pouvoir.

Et lorsqu’éclata quelque temps après une guerre civile dans la Syrie voisine, dans le sillage du Printemps arabe, on s’est rendu compte à quel point l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis avait été néfaste. Au Nord-Ouest de l’Irak et à l’Est de la Syrie, il y avait à présent assez d’espace pour la création d’un troisième acteur sur le terrain, l’Etat Islamique, l’IS.

« En résumé, sans la stupide invasion de l’Irak par Georges Bush, il n’y aurait jamais eu d’Etat islamique. Nous étions des millions dans le monde à manifester contre cette invasion, j’y étais aussi », écrit David Van Reybrouck, et nous avions tout simplement raison. Non pas que nous pouvions lire l’avenir. Mais à présent c’est clair : ce qui s’est passé vendredi soir à Paris est une conséquence indirecte de la rhétorique guerrière de votre collègue Georges Bush en septembre 2001.

Et que faites-vous de votre côté ? Comment réagissez-vous moins de 24 heures après les attentats de Paris ? En utilisant exactement la même terminologie que votre homologue américain de l’époque.

Vous êtes tombé dans le piège, les yeux grands ouverts, Monsieur le Président, parce que des élections se profilent, en France, et que vous sentez dans votre cou le souffle de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen. (…)

Votre analyse d’une armée terroriste n’est pas correcte. Le terme que vous utilisez d’acte de guerre est particulièrement tendancieux, même si cette rhétorique guerrière est reprise de manière éhontée par Mark Rutte aux Pays-Bas, et par Jan Jambon en Belgique.

Dans votre tentative d’apaiser la nation, vous rendez le monde moins sûr. Dans votre tentative d’utiliser un langage belliqueux, vous avez montré votre faiblesse. Il y a d’autres formes de fermeté que le langage guerrier. Après les attentats en Norvège, le Premier ministre Stoltenberg avait appelé à plus de démocratie, à une plus grande ouverture et plus de participation. Dans votre discours vous avez cité la liberté. Vous auriez dû aussi faire référence aux deux autres valeurs défendues par la République : l’égalité et la fraternité. Deux valeurs dont nous avons plus besoin en ce moment que de votre inquiétante rhétorique guerrière ».

David Van Reybrouck est l’auteur de « Congo, une histoire » chez Actes Sud, pour lequel il a obtenu le Prix Médicis Essai 2012.

Retrouvez ici l’intégralité de la lettre ouverte de David Van Reybrouck (en néerlandais)

Terrorisme : Quand une banque fait le travail de la police en Belgique


En achetant un billet dans le Thalys pour se rendre à un gala de charité pour la Syrie, la chercheuse Marie Peltier ne se doutait pas que cette réservation allait enclencher le blocage d’une transaction bancaire. Jusqu’à ce qu’elle reçoive un appel de sa banque qui la somme d’expliquer les motifs de sa réservation. Récit et détails.

Réserver un billet sur Internet pour voyager en Thalys peut être la cause de bien de démêlés avec votre banque en Belgique. La chercheuse et militante pour les droits des citoyens syriens, Marie Peltier en a fait les frais.

Alors qu’elle est invitée à intervenir au gala caritatif de l’ONG Syria Charity au profit du peuple syrien organisé le 17 octobre dernier à Villejuif, la chercheuse réserve ses billets de trains en Thalys. A son retour du gala, l’ONG syrienne décide de lui rembourser ses frais de déplacements et de logement. Seulement la BNP Paribas a bloqué la transaction de 130 euros effectuée par virement bancaire. Il s’en suit une conversation ahurissante entre la chercheuse et la banque comme le relate l’intéressée sur son compte Facebook.

« Bonjour Madame, BNP Paribas au téléphone. Le service de sécurité s’interroge sur l’une de vos transactions. Pourriez-vous passer au plus vite à notre agence ? », ainsi commence la conversation. Etonnée, la jeune femme demande depuis quand la banque sert des demandes d’explications sur les transactions de ses clients. « Il semble que vous ayez réservé des billets Thalys il y a 15 jours. Nous voudrions savoir la raison de votre déplacement », lui dit l’agent au bout du fil. « Cela relève de ma vie privée, je n’ai pas à vous justifier mes déplacements ! », répond Marie Peltier, ahurie. L’agent bancaire insiste : « Ce sont les nouvelles règles de sécurité: pourquoi êtes-vous allée à Paris? ». Devant le refus de la jeune chercheuse l’agent se plie finalement. « Ok je vais essayer de leur dire [au service de sécurité] que vous avez simplement réservé des billets parce que vous deviez aller à Paris » répond l’agent. « Quel scoop ! » ironise la chercheuse.

Le lendemain, Marie Peltier se rend à sa banque pour demander des explications. On lui explique que c’est le « Service compliance » qui a envoyé un mail à son agence lui demandant de poser toutes ces questions à la chercheuse. Le même service explique que la transaction est venue d’un « organisme non reconnu », « lié à la Syrie » que « BNP Paribas ne voudrait pas être lié à des activités illégales ».

Un échange révélateur du problème des ONG de solidarité avec la Syrie avec les banques belges

Mais au-delà de cet échange problématique, il ya d’autres motifs selon la chercheuse. Depuis 4 ans, les transactions liées de près ou de loin avec la Syrie peuvent être considérées comme suspectes et donc bloquées, explique t-elle. C’est ainsi que les dons destinés aux organismes de solidarité avec la Syrie se retrouvent bloqués dans les banques au prétexte de lutte « anti-terroriste » et de la « légalité ». Selon Marie Peltier ces prétextes cachent un double abus de pouvoir de la part des banques. D’un côté, les banques bloquent des sommes importantes destinées au peuple syrien et d’autre part elles s’immiscent dans la vie privée des personnes alors qu’elles sont garantes de la confidentialité des transactions.

Une autre explication est à considérer pour la chercheuse. Le conflit syrien est la source d’amalgames et suscite la peur dans la société belge. « Le conflit syrien suscite une parano généralisée, qui se nourrit de beaucoup d’irrationnel, de beaucoup de culturalisme et de beaucoup de réflexes complotistes. Derrière cela, une réalité : le Syrien en tant que personne humaine digne, plus encore le Syrien en tant que sujet politique, aux yeux de beaucoup, n’existe pas. En d’autres mots, la figure du « Syrien » a été vidée de sa substance humaine, réduite à l’état d’objet » conclut-elle.

Contactée par Yabiladi, Marie Peltier nous explique que l’agent qu’elle a rencontré lui a assuré que le déblocage devrait intervenir dans les 48 heures. Dans le cas contraire, elle contacterait ses avocats pour étudier la suite à donner à cette affaire rocambolesque.

…Suite : http://www.yabiladi.com/articles/details/39919/terrorisme-quand-banque-fait-travail.html

Islamophobie


Déferlante raciste et islamophobe dans toute la France (mise à jour 14 janvier, 14h)

Publié le 14 janvier 2015 | Maj le 15 janvier
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Dernière mise à jour mercredi 14 janvier, 14h (voir en fin d’article). On en profite aussi pour rappeler le rassemblement contre l’islamophobie, dimanche 14h devant la Fontaine des Innocents, à Châtelet, Paris Ier.

À l’heure où l’union nationale fait le plein chez les politicards, du Front de Gauche au Front National et où l’on peut sentir que le « cordon sanitaire républicain » se dissout bien dans la guerre aux musulmanEs (pardon, au terrorisme), il y en a bien quelques-uns qui ont compris que c’était le bon moment pour eux…

Ce bilan évolutif n’est malheureusement probablement pas exhaustif. Il est fort probable en effet que des actes soient tus, en particulier dans les cas d’agressions verbales et physiques contre des individus.
Faut-il le rappeler, ces agressions ne sont pas une réaction aux actes de terreur commis par des fascistes religieux ces derniers jours (assassinats politiques et meurtres collatéraux à Charlie Hebdo, meurtre d’une flic à Montrouge, séquestration de fait à Dammartin et prise d’otages meurtrière et antisémite à Vincennes), ils sont la multiplication de faits de violence multiples menés de concert par des individus et groupes fascistes ainsi que l’État français et ses sbires. Sans être nécessairement coordonnés de bout en bout, ils participent tous d’un même mouvement d’oppression tourné contre les musulmanEs et les personnes identifiées comme telles. (suite)

il y a aussi, mais anniebannie craint que ces témoignages soient bien moins nombreux :

VIDEO. La mosquée de Brest recouverte de coeurs en signe de fraternité

R.T | 13 Janv. 2015, 17h00 | MAJ : 13 Janv. 2015, 17h31

cliquez sur image
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Un Patriot Act ? Excellente idée, Mme Pécresse. Les Romains appelaient ça la dictature


Antonin Benoit
Doctorant en Histoire
Publié le 14/01/2015 à 11h11

Le bal des propositions sécuritaires a commencé chez les politiques, avec son lot d’idées idiotes, moyennes ou passables ; mais la plus stimulante revient sans doute à l’ancienne muse des universités, Valérie Pécresse, qui a déclaré sans fard au micro d’Europe 1 :

« Il faudra bien entendu un Patriot Act à la française. »

Pourquoi stimulante ? Parce que Valérie Pécresse commence là à dresser un parallèle historique avec la réponse judiciaire américaine aux attentats du 11 septembre (qui, en très bref, permet une suspension des conditions normales d’enquête et de détention en cas de soupçon de terrorisme).

Autrement dit : elle suggère qu’une réponse appropriée au terrorisme est de créer une sphère d’exception dans la loi, qui suspend le processus démocratique et judiciaire normal pour lutter contre le danger en question.

Valérie Pécresse ne remonte qu’au Patriot Act (qui est relativement récent), mais on pourrait lui suggérer une série d’autres parallèles à placer, qui seraient autrement plus chic, mais pourraient aussi donner à réfléchir sur la pratique de l’état d’exception.

1

Les références classiques : Athènes et Rome

Du côté de la démocratie athénienne, on peut réussir à trouver quelques épisodes d’apparition d’« hommes forts », à qui de grands pouvoirs sont confiés par le peuple en cas de danger de la cité ;

  • notamment Solon, à qui les Athéniens laissent totalement carte blanche pour éviter la guerre civile en 594-593 avant notre ère (et qui, ironiquement, livre un code de loi qui organise le bon fonctionnement de la démocratie),
  • ou Alcibiade qui est élu « stratège autocrator » avec les pleins pouvoirs en -407 (au moment où Athènes est en train de perdre la guerre du Péloponnèse) – ce qui ne dure pas très longtemps, puisqu’il est destitué dès -406.

Mais comme on le voit, globalement la référence classique pour penser la démocratie moderne ne permet pas vraiment les parallèles en termes de suspension de la vie publique face au danger (c’est d’ailleurs peut-être pour ça que c’est la référence classique).

C’est en revanche nettement différent dans la Rome antique, qui a une institution totalement consacrée à ça : la dictature.

Celle-ci est créée au moment de la chute de la monarchie et de la création de la république romaine (début du VIe siècle avant notre ère), et donne les pleins pouvoirs (l’imperium, ce qui suspend toutes les autres magistratures et permet de condamner à mort sans procès) à un citoyen.

Elle s’applique dans les situations d’urgence militaire (la dictature apparaît en -501, devant la menace des Sabins) ou même civile, lorsqu’il faut absolument procéder à une élection ou à un rite religieux, par exemple le temps de planter un clou en -361 :

« […] comme les antiques traditions des annales rapportaient qu’autrefois, lors des sécessions de la plèbe, le dictateur avait planté un clou, et que cette solennité expiatoire avait ramené à la raison les esprits des hommes aliénés par la discorde, on s’empressa de créer un dictateur pour planter le clou. On créa Cn. Quinctilius, qui nomma L. Valerius maître de la cavalerie. Le clou planté, ils abdiquèrent leurs fonctions. »

— Tite-Live, Histoire romaine, VIII, 18

Statue de Jules César par Ambrogio Parisi, jardin des Tuileries à Paris (Nan Palmero/Wikimedia Commons/CC)

Car la beauté de la fonction est qu’elle est limitée dans ses pouvoirs (le dictateur doit se trouver un adjoint, le maître de cavalerie, pour ne jamais être le seul magistrat), et dans le temps : six mois au maximum… sauf lorsque cela dérape, par exemple en -46, lorsque César, seul maître à Rome, se fait attribuer la dictature pour un an, puis dix, puis à vie.

Ce qui se termine assez mal pour lui comme pour la république romaine, preuve que le danger dans les mesures d’exception arrive assez vite lorsqu’elles se prolongent dans le temps.

2

La référence légitime : la Révolution française

C’est la référence majuscule, l’élément fondateur de notre démocratie moderne, qui peut être mobilisée, car si même les révolutionnaires l’ont fait… sauf que la suspension des pouvoirs parlementaires est plutôt associée aux éléments moins bien perçus de la période, à savoir la Terreur et le coup d’Etat de Bonaparte.

Ainsi, le grand épisode du genre arrive en 1793, dans un contexte de grand danger intérieur comme extérieur pour l’Etat révolutionnaire (énormes insurrections face à la levée de troupes, crise du ravitaillement des armées, formation d’une coalition européenne contre la France, etc…), avec la création le 1er janvier du Comité de défense générale, qui allait rapidement devenir le fameux Comité de salut public dominé d’abord par Danton, puis par Robespierre.

On connaît particulièrement ce comité pour avoir suspendu la Constitution de l’an I en octobre 1793 et dirigé le gouvernement révolutionnaire, mais aussi et surtout pour avoir été à la baguette de la Grande Terreur (de juin 1794 jusqu’à la chute de Robespierre en juillet) autour de la loi antiterroriste (tiens donc) du 22 prairial, qui se justifiait par des attentats manqués contre Collot d’Herbois et Robespierre.

On lui doit notamment sur le plan judiciaire la suspension de l’interrogatoire, de la défense et des témoins, et celle-ci déboucha donc en bonne logique sur environ 1 300 condamnations à mort en un mois et demi à Paris (une trentaine par jour).

Le procédé ainsi entré dans la modernité était d’ailleurs appelé à se reproduire, comme le souligne Giorgio Agamben, en commençant par le coup d’Etat de Bonaparte le 18 brumaire puis tout au long du XIXe siècle (et Napoléon III notamment proclama à plusieurs reprises l’état de siège pour pouvoir manœuvrer sans encombre), puis du XXe, notamment au moment des deux guerres mondiales (par exemple avec le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940, ce qui lui permit de mettre en place le régime de Vichy).

Mais il vaut peut-être mieux éviter ces exemples-là.

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Le cousin un peu trop voyant : le régime nazi

Il serait mieux d’éviter de recourir à celui-ci aussi, mais le problème est qu’il est quand même assez incontournable quand on parle de régime d’exception justifié par un danger terroriste (il est récent, et quand même assez exemplaire).

En effet, Hitler à la conquête du pouvoir n’avait pas particulièrement l’intention de s’encombrer des accessoires naturels d’une démocratie (des élections, un parlement, la séparation des pouvoirs, etc.), et l’un de ses objectifs essentiels dès son arrivée au pouvoir (en janvier 1933) fut donc de réussir à se faire attribuer les pleins pouvoirs.

Heureusement pour lui, la Constitution de la République de Weimar lui laissait une belle marge de manœuvre de ce point de vue-là, et notamment l’article 48 qui permettait simplement au président de la République de « suspendre tout ou partie des droits fondamentaux » en cas de « perturbation de la sécurité et de l’ordre public ». Il avait été assez largement utilisé par les premiers gouvernements conservateurs de Weimar (ce qui fut très pratique dans le milieu des années 1920 pour emprisonner des militants communistes par milliers et les faire juger par des tribunaux spéciaux).

La faille existant, elle fut donc exploitée à travers l’incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 février 1933 (orchestré par les nazis pour le mettre sur le dos des communistes), ce qui permit à Hitler de faire valoir le risque terroriste et se faire ainsi voter les pleins pouvoirs le 28 février ; et ainsi préparer confortablement les élections de mars 1933, lesquelles donnèrent un Parlement qui confirma définitivement ces pleins pouvoirs le 23 mars.

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Le grand frère : le Patriot Act

On pourrait laisser celui-ci à Valérie Pécresse, qui a l’air assez calée dessus.

Soulignons simplement que, à la base relativement mesuré (autorisant une détention arbitraire pendant sept jours seulement), il est surtout défini par la quantité de compléments et de prolongations qui s’y sont ajoutés, et permet depuis novembre 2001 la détention arbitraire de suspects de terrorisme sans limite de durée et la possibilité de les juger par des tribunaux spéciaux – ce qui les met dans une non-catégorie juridique inédite (comme l’a remarqué un avocat de la Navy américaine, Charles Swift, « Guantanamo bay is the legal equivalent of outer space – a place with no law »).

Rappelons aussi que c’est le texte qui fournit notamment un cadre légal à la plupart des écoutes de la NSA dans le monde entier, et que c’est ainsi l’un des textes de lois les plus dénoncés au monde, par exemple par Amnesty international (ici ou ici), ou encore par la très importante American Civil Liberties Union (ici, soulignant notamment qu’il « n’existe pas grand-chose pour soutenir l’idée que le Patriot Act a rendu l’Amérique plus protégée face au terrorisme »).

Enfin bon, si elle veut changer d’exemple, elle a le choix.

INFOS PRATIQUES
A lire

Giorgio Agamben, Etat d »exception, homo sacer, Le Seuil, 2003

source

 

Affaire Aarrass: l’État belge condamné en appel


Baudouin Loos
Mis en ligne jeudi 11 septembre 2014, 16h13

Le prisonnier belgo-marocain doit bénéficier de l’assistance consulaire.

Ali Aarrass, ce Belgo-Marocain condamné pour « terrorisme » à douze ans de prison au Maroc sur la base d’aveux extorqués sous la torture, doit bénéficier de l’assistance consulaire de la Belgique. C’est la décision, datée du 9 septembre mais connue ce jour, de la Cour d’appel de Bruxelles siégeant en référé. La cour confirme ainsi le jugement de première instance, qui constituait déjà un camouflet pour la Belgique qui considérait que la double nationalité du condamné lui ôtait tout devoir à son égard.

«  La Cour d’appel précise même, communiquent les avocats du condamné, que des visites hebdomadaires devraient lui être rendues. Une astreinte de 100 € par jour de retard à exécuter cette décision de justice a été ordonnée, afin de s’assurer du bon respect de ses obligations par l’État belge.  »

Pour les conseils du condamné, «  cette nouvelle victoire met du baume au cœur des proches d’Ali Aarrass. Toutefois, ils demeurent extrêmement préoccupés de sa situation. En effet, dans sa prison marocaine, toujours entouré par des personnes l’ayant maltraité, physiquement et/ou psychologiquement, Ali Aarrass reste la proie des malveillants et continue à subir d’intenses pressions  ».

source

Jean-Pierre Filiu – «Le danger d’un 11 Septembre européen est réel»


2 juin 2014, 00:16

 

Marc SEMO 2 juin 2014

 

Jean-Pierre Filiu, de Sciences-Po, pointe la montée en puissance des intégristes de l’EIIL en Syrie :

 

Très bon connaisseur de la Syrie, Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris (1) est considéré comme un des meilleurs spécialistes d’Al-Qaeda.

 

Que signifie cette implication d’un jihadiste revenu de Syrie ?

 

Je crains que cela ne soit qu’un début. Depuis des mois, je mets en garde contre l’émergence d’un «jihadistan», aux confins de l’Irak et de la Syrie, sous l’égide d’Abou Bakr al-Baghdadi et de son Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Ce jihadistan est beaucoup plus dangereux que ne l’était l’Afghanistan taliban de1996 à 2001, du fait de sa proximité avec l’Europe et de l’impossibilité de contrôler le flux des va-et-vient, notamment au travers de la Turquie. L’EILL ne combat plus le régime de Bachar al-Assad et peut donc se concentrer sur l’intégration des «volontaires» étrangers dans les groupes de combat. Ils servent souvent de chair à canon, mais ils sont aussi astreints à recruter des compatriotes et des amis via les réseaux sociaux, ce qui explique la progression exponentielle des départs vers la Syrie. Aujourd’hui, la radicalisation se fait moins par la fréquentation de sites jihadistes que par Facebook. Certains jihadistes sont aussi formés pour être opérationnels une fois de retour dans leur pays d’origine. D’où le risque croissant, dans un futur proche – on y est peut-être déjà -, d’autres attentats similaires en Europe.

 

Al-Badghadi est il le nouveau Ben Laden?

 

Il veut en effet s’imposer comme le chef du jihad mondial et, donc, supplanter le successeur de Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, à qui il a toujours refusé de prêter allégeance. Les groupes de combattants ou les cheikhs qui se rallient à lui sont de plus en plus nombreux au Moyen-Orient et au delà. Pour consolider son éviction d’Al-Zawahiri, Al-Baghdadi doit organiser un attentat majeur dans un pays occidental, ce dont Al-Qaeda a été incapable depuis une décennie. Barack Obama a affirmé la semaine dernière devant les cadets de West Point qu’un 11 Septembre n’est plus possible aux Etats-Unis. Il a probablement raison, d’autant que les jihadistes américains en Syrie ne sont qu’une poignée. En revanche, le danger d’un 11 Septembre européen est toujours plus réel. Al-Bagdhadi veut prendre en otages les musulmans européens, à la faveur d’un climat politique toujours plus dégradé, comme l’a montré lors des européennes la poussée d’un vote populiste et xénophobe. Il mise sur un engrenage de haine, voire des représailles de type raciste, pour accroître la radicalisation d’une partie des jeunes musulmans. L’Europe ne peut pas espérer être tranquille avec un volcan comme la Syrie à ses portes.

 

La clé du problème est-elle en Syrie ?

 

Sans aucun doute. Les programmes de prévention, comme ceux que vient de lancer la France, tout comme les mesures de contrôle vis-à-vis de ceux qui reviennent, ne sont que des palliatifs. Il faut prendre le mal à la racine, car le nombre des volontaires partant combattre en Syrie continue d’augmenter et le pire est à venir. L’inaction de la communauté internationale en Syrie a créé la situation actuelle où les intérêts stratégiques d’Al-Baghdadi – dont les jihadistes ne combattent que leurs anciens alliés révolutionnaires – et ceux de Bachar al-Assad – dont les sbires ne combattent plus les jihadistes – s’alimentent réciproquement. Le «boucher de Damas» se pose comme le rempart contre Al-Qaeda, avec le soutien des Russes et un écho croissant dans les opinions occidentales. Si, après avoir abandonné tacitement les Syriens luttant contre le régime, les Occidentaux les abandonnent ouvertement, le choc en retour sera terrible. Cela ne peut qu’alimenter la rhétorique de ces groupes et leur dénonciation de l’hypocrisie des Occidentaux. Combattre le jihadisme en envoyant des drones contre Al-Bagdhadi ne sera pas non plus efficace. Seule la coalition anti-Bachar lutte efficacement contre l’EIIL. Et seul un succès de la révolution syrienne peut nous prémunir face à ce danger qui monte.

 

(1) Dernier livre paru : «Je vous écris d’Alep», Denoël, 158 pp., 13,50 €.

 

Recueillipar Marc Semo
http://www.liberation.fr/monde/2014/06/01/le-danger-d-un-11-septembre-europeen-est-reel_1031517

Alerte : la grande synagogue de Paris appelle à la guerre sainte ! samedi 24 mai 2014 par le Bureau National de l’UJFP


 

  

« Alerte : la grande synagogue de Paris appelle au Djhad. Sergent recruteur : Yossi Gal Ambassadeur d’Israël en France. Voici ce que l’on peut lire dans un communiqué officiel :

« L’Ambassade d’Israël souhaite informer la Communauté juive de l’arrivée d’un représentant de TSAHAL (l’armée israélienne) à Paris.

« La rencontre aura lieu à la Grande Synagogue de la Victoire, 44 rue de la Victoire, le 26 mai entre 18h30 et 20h00, 75009 Paris. »

Et il est précisé que des rendez-vous individuels pour engagement sont possibles.

L’alliance de la kippa et du fusil UZI est organisée au centre de Paris.

La communauté juive religieuse se retrouve ainsi envahie et prise en otage dans le plus prestigieux de ses lieux de culte.

Pendant que la plupart des médias s’inquiètent du départ éventuel en Syrie de tel ou telle, c’est au grand jour et sans commentaires que Tsahal’ recrute dans un édifice religieux.

Tsahal :

  • une armée coupable de nombreux crimes de guerre avérés.
  • une armée qui en ce moment même organise l’épuration ethnique du Néguev et de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, par la destruction des villages et l’expulsion des habitants (voir le rapport de l’Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires dans les territoires occupés palestiniens (OCHA) publié le 22 mai dernier).
  • une armée qui vient d’assassiner cette semaine deux adolescents mineurs et inoffensifs en Cisjordanie, ce qui a provoqué la demande de l’ONU d’une ouverture d’enquête, et fait scandale sur les chaînes de télévision du monde entier mais beaucoup moins en France.
  • une armée dont l’organisation DCI Palestine dénonce les arrestations de plus en plus fréquentes d’enfants et adolescents suivies de traitements violents en prison.

L’UJFP demande au gouvernement français de prendre immédiatement les mesures nécessaires pour rappeler à l’ambassadeur d’Israël en France les devoirs auxquels son accréditation l’oblige, dans le respect des lois de la République et du droit international.

L’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) demande au Ministre de l’Intérieur, ministre des cultes, d’interdire immédiatement cette réunion, à la grande Synagogue comme ailleurs.

Bureau National de l’UJFP, 24 mai 2014

 

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