Les manipulations de Bachar El Assad


Graffiti du président Bachar el Assad © thierry ehrmann – 2013

 

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La rumeur a fait sensation : des jeunes filles musulmanes seraient envoyées en Syrie pour offrir leurs services sexuels aux combattants islamistes qui luttent contre l’armée de Bachar al-Assad ! C’est ce que l’on a immédiatement appelé « le djihad du sexe » ! Et certains exégètes de la loi musulmane, la charia, de légitimer cette nouvelle forme de prostitution au nom de la religion ! Les mariages temporaires ou coutumiers seraient autorisés par le Coran.

Puis la rumeur est devenue information. Les medias arabes puis occidentaux ont donné des détails, des chiffres. Un membre du gouvernement tunisien a apporté sa pierre puisque ces jeunes candidates au djihad sexuel étaient généralement originaires de son pays : il a confirmé que 16 Tunisiennes étaient réellement parties rejoindre les djihadistes en Syrie. Et il s’interroge sérieusement : que fera-t-on des enfants illégitimes qui naîtront obligatoirement de ces unions multiples mais passagères ?

On verra même à la télévision syrienne une jeune femme témoigner afin de dénoncer cette prostitution halal à laquelle elle a été soumise…

Et soudain, avec la même rapidité qui avait permis son éclosion, la rumeur s’est dégonflée… Ce n’était que propagande et désinformation. Sans doute, mais qui avait intérêt à répandre une telle rumeur ? Et pourquoi ? La suite avec Monsieur X…

Livres cités:

Pas de printemps pour la Syrie. Les clés pour comprendre les acteurs et les défis de la crise (2011-2013)

de François Burgat et Bruno Paoli
éditeur : La Découverte
parution : 2013

http://widget.editis.com/ladecouverte/9782707177759/#page/1/mode/1up

La mort est ma servante. Lettre à un ami assassiné. Syrie 2005-2013

de Jean-Pierre Perrin
éditeur : Fayard
parution : 2013

Le cadeau de Noel


26 décembre 2013, 03:10

Le cadeau de Noel

Dis-moi grand-mère, quels cadeaux ont eu tes petites filles ? Celle qui a 4 ans ?

Mon amie Belge, connais tu Héla ? Elle a 4 ans, Elle avait 4 ans. Moi non plus je ne la connaissais pas, et maintenant elle hante ma conscience. Son gros cadeau de fête a été une bombe. Une bombe et la mort,offerts par des hommes plein d’humanité. Mon amie Françoise, tu me l’as dit, toi aussi la gorge te serre devant tes petites filles en rires.

Héla et ses belles joues d’enfant nous sont offertes pour que nous devinions par une photo quelle enfant elle était, mais nous la connaissons au fond de nous. Elle était enfant à éclats de rires comme tous ceux qui nous entourent. Elle était enfant comme tous les enfants du monde à se cacher et faire « coucou », à rechigner à aller se coucher, à ne jamais se lasser des chatouilles de ses parents. Elle aussi était enfant aux yeux à dévorer le monde, même si son monde à elle était enfermé dans un ghetto.

Mon amie Belge, je sais que les larmes te viennent en ce réveillon de Noel malgré la vue de tes petites filles. Tu penses à elle, elle à Gaza.

Est-ce d’avoir eu trop de larmes ? Je n’ai plus de larmes, j’ai du dégout ! Je vois cette enfant comme tout humain doit lavoir, avec sa vie promise, avec sa vie volée, avec indignation. Je n’ai pas eu le temps de me laisser envahir par les larmes que déjà le dégout m’assaille. J’ai lu les commentaires de ceux qui trouvent des raisons, toujours de bonnes raisons. Et mon dégout monte, et j’éprouve l’envie de leur cracher à la gueule ! Quoi, ces barbares se drapent de mon histoire juive, des mots de mes parents, grand parents, arrières grand parents pour recouvrir ces forfaitures ! Quoi, ils honorent Anne Frank, ils pleurent Auschwitz-Birkenau,et tuent sans vergogne, sans état d’âme, sûrs de leur fait, une enfant, et puisd’autres avant, juste avant. Une enfant après trois pêcheurs tentant de nourrirleur famille.

Françoise, mon amie Belge, pardonne ma colère qui pour une fois surpasse ma compassion pour cette enfant, pour sa famille,pour ses proches si couramment martyrisés. Françoise, comprends moi, ce ne sont pas les extrémistes qui entourent Netanyaou qui ont trouvé encore et encore de bonnes raisons. Non, ce sont de respectables personnages se présentant comme« de gauche », des « pacifistes » de « Paix Maintenant » ou de « JCall » au mot « paix » gentimentutilisé avec « on verra plus tard »  ou « un jour peut être ». Ce sont des modérés prêts à reconnaître la Palestine quelque part loin de Jérusalem et du Jourdain. Voila, à être si modérés ils en renient la conscience humaine et mettent leurs pas dans les pas de leurs extrêmes droites. Bande de lâches ! Le sang de cette enfant coule sur vos faces de soumis !

Pardonne-moi grand-mère amie. Pardonne ma colère mais tant et tant de sang coule et la justice se fait tellement attendre.

Enfants de Palestine, enfants de Gaza. Pour Noel, chez nous,tous les enfants ont eu de l’eau fraiche et pure. Mais c’est tous les jours Noel. Pour Noel,  chez nous, tous les enfants ont eu à manger à satiété. Mais c’est tous les jours Noel. Les jouets denos enfants sont venus du monde entier sans passer par de périlleux souterrains.  C’est tous les jours Noel. Les jouets sont enveloppés dans de beaux papiers brillant de mille couleurs et nous sommes assurés d’avoir de l’électricité pour la lumière qui les fait briller. C’est tous les jours Noel. Enfants, imaginez cette vie si votre voisin n’avait décidé de vous interdire d’exister, de disposer de votre pays légalement reconnu. Si vous pouviez avoir ce Noel ! C’est bien pour vous interdire d’avoir ce cadeau de la vie que votre voisin vous tue et vous provoque. Il a besoin de sang pour camoufler sa détermination à rendre une fois de plus la négociation impossible.

Enfants de Palestine, ce cadeau que vous méritez, c’est tous les jours que nous nous engageons à vous l’apporter un jour prochain. Enfants de Palestine à la vie si dure nous vous aimons.

Serge Grossvak

Le 25 décembre 2013

Silence, on tue !


Raphael pittiAllocution du Docteur Raphaël Pitti à l’occasion du rassemblement en hommage aux enfants victimes du conflit en Syrie.
(Ce samedi 21 décembre je serai en cession de travail avec mes collègues et amis médecins franco-syriens pour préparer nos prochaines formations en Syrie, Invité par les organisateurs au rassemblement en hommage aux enfants victimes innocentes de ce conflit à dire quelques mots lors de la manifestations et ne pouvant m’y rendre voici le texte qui sera lu à ma place.)
Silence, on tue en Syrie !

J’ai fait six voyages en Syrie depuis octobre 2012. Je suis rentré, voici trois semaines. Avec mes collègues médecins de l’union des organisations médicales syriennes, nous mettons en place des formations à la prise en charge des blessés et traumatisés de guerre et à la prise en charge des victimes chimiques. Six voyages qui nous confrontent à chaque fois, et de plus en plus durement, à l’horreur de la guerre. D’une guerre aveugle, d’une guerre urbaine qui prend en otage les populations civiles et les massacre par tout type d’armes : bombes, missiles balistiques, obus chimiques, mortiers, grenades, armes automatiques, snipers qui vont jusqu’à viser l’enfant dans les bras de sa mère, l’homme blessé à la jambe et que personne ne peut approcher sans risquer de se faire tuer et qui au matin sera mort de froid.Des gens par millions jetés sur les routes pour fuir les zones de combat et qui finissent dans des camps, le long des frontières qui leur sont fermées… Et ils vivent là, dans la précarité, le froid, la maladie, la malnutrition. A la catastrophe humaine, s’ajoute une catastrophe sanitaire de grande ampleur.C’est dans les hôpitaux, pour la plupart clandestins, pour éviter d’être repérés et détruits que se concentrent la souffrance, les cris de douleur et la mort. C’est là que s’écoutent les histoires vécues, effrayantes, d’une violence barbare. Qui peut rester indifférent et ne pas se sentir interpeller au plus profond de lui-même.

Et chaque voyage est en cela une descente dans l’horreur, dont il faut bien du temps pour s’en remettre. Je dénonce le silence devant les 5 000 morts qui chaque mois s’ajoutent aux milliers d’autres depuis trois ans, aux 600 000 victimes handicapées, aux millions de réfugiés qui vivent dans la précarité. De ceux qui sont assiégés et que la faim tenaille.

Je dénonce le silence d’un massacre à huit clos, en interdisant aux ONG de travailler en Syrie, alors que toute l’aide internationale est remise au croissant rouge syrien contrôlé par le régime; l’interdiction faite aux journalistes de venir travailler en Syrie sous peine d’être enlevés ou tués. Mais aujourd’hui, même les médecins étrangers risquent leur vie car ils peuvent être des témoins. C’est une chape qui depuis plusieurs mois se referme sur la Syrie. Je dénonce le silence complice de la communauté internationale et du conseil de sécurité paralysés par la Russie et la Chine, nous renvoyant aux heures sombres de la guerre froide. Ils sont incapables de trouver une solution politique à ce conflit, et encore moins d’imposer des solutions humanitaires comme des corridors ou des zones de non-survol aérien. C’est pourquoi, je dénonce, également, le prix Nobel de la paix décerné par anticipation au président des Etats-Unis. Nous ne pouvons accepter de rentrer dans le 21ème siècle entaché des mêmes crimes que nous avons vus se perpétrer au cours du 20ème siècle. Allons-nous offrir aux générations futures l’exemple de notre lâcheté criminelle?

A tous les gens de bien, je leur demande de se lever… Et au silence, d’opposer notre d’indignation et de notre humaine solidarité avec le peuple syrien en criant : STOP !

Paris, 21 Décembre 2013

Raphaël PITTI, Président du comité d’aide humanitaire au peuple syrien (COMSYR, Metz)

Syrie – « Reynders a saboté ma libération »


(Femmes de chambre, 8 octobre 2013) – Texte intégral *

 

    Retour Rome 8 sept. 2013'

 Pierre Piccinin da Prata à sa descente de l’avion, à Rome (Italie), quelques heures après sa libération

Politologue et historien, Pierre Piccinin da Prata a été libéré le 8 septembre dernier après cinq mois de captivité en Syrie, en compagnie du journaliste italien Domenico Quirico. A peine débarqué à Bruxelles, l’ex-otage médiatise une allégation détonante : ce n’est pas Bashar al-Assad qui a eu recours aux armes chimiques dans la banlieue d’al-Ghouta, mais les rebelles. Contrairement à ce que martelaient les Etats-Unis et la France…

Avec un mois de recul, Pierre Piccinin da Prata revient sur le conflit syrien, sa captivité et le traitement médiatique de sa libération.

Mais, surtout, il accuse le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, d’avoir saboté le processus de sa libération et d’avoir été « sans pitié » envers sa famille…

       propos recuellis par Aurore VAN OPSTAL et Olivier MUKUNA

 

SYRIE--Alep----Juillet-et-aout-2012 0114.AVI.Still001[Photo : Pierre Piccinin da Prata, avec une katiba de l’ASL, correspondant du journal Le Soir, à Alep, en août 2012]

 

Femmesdechambre.be : Avec le recul, quel regard portez-vous sur ce qui vous est arrivé ces cinq derniers mois ?

Pierre Piccinin da Prata : La principale chose que je retiens, c’est la trahison d’une partie de l’Armée Syrienne Libre (ASL). C’est une grande insulte que d’avoir été trahi par des gens que nous étions allés soutenir. J’ai écrit deux livres, de nombreux articles, et j’ai participé à des conférences pour supporter l’opposition syrienne…

Cette trahison s’explique, d’une part, par une islamisation radicale de la révolution et, d’autre part, par des dérives criminelles.

Je continue à soutenir l’ASL et ses principes. Mais nombre de ses membres adoptent de plus en plus un comportement ambigu : d’une part, certains commandants de brigade se livrent à du banditisme, à du brigandage… Somme toute, ceux-ci se disent : « la partie est perdue » ou bien « il faudra bientôt accepter un compromis avec le régime. » Ils profitent donc de la situation pour rançonner la population des territoires qu’ils contrôlent.

Cette dérive criminelle est en partie le résultat de l’erreur magistrale de l’Occident, qui ne voulait pas vraiment de cette révolution et a joué à l’apprenti-sorcier. Dans les chancelleries, on s’est dit : « On va soutenir cette révolution par les mots, on va déstabiliser le régime baathiste en Syrie, on va affaiblir le grand allié de Moscou, mais on ne va pas faire tomber Bashar al-Assad.» Car il y a ce deal avec Israël : depuis 1973, Damas et Tel-Aviv sont les « meilleurs ennemis », qui ne se menacent plus, mènent chacun leur barque, sur leur territoire respectif. Il y a bien sûr eu l’attaque israélienne sur le réacteur nucléaire syrien, mais Damas n’a pas vraiment bronché ni répliqué…

L’Occident a donc cru que cette révolution était susceptible d’affaiblir le régime sans le faire tomber, mais ces messieurs des think-thanks et autres chancelleries n’ont pas vu venir – comme pour l’ensemble du printemps arabe – l’arrivée massive de djihadistes, d’autre part ; le réveil de l’islam fondamentaliste. Je fais aussi mon mea-culpa : je n’ai jamais imaginé que ce serait aussi radical… Tout ceci est pour moi profondément décevant. Ce soulèvement syrien, que je qualifiais de « dernière révolution romantique », était vraiment porteur de valeurs de justice et de démocratie. Finalement, non ! Comme toutes les révolutions arabes, elle a fini par connaître une certaine déliquescence.

 

FDC : Que retenez-vous de ces cinq mois de captivité ?

PPdP : Notre enlèvement a eu lieu le 8 avril ; c’était une mise en scène. En réalité, mon collègue italien et moi avons été livrés par une brigade de l’ASL à nos ravisseurs et futurs geôliers, la katiba Abou Omar. Du nom de son chef, un émir autoproclamé qui a rassemblé autour de lui une collection de pauvres types (des étudiants en échec, des ventres affamés ou des ratés en mal de reconnaissance sociale). Bref, un groupe de brigands mais qui travaillait sous la conduite des Brigades al-Farouk, un des trois piliers des débuts de la révolution, avec Jabhet al-Nosra, la branche syrienne présumée d’al-Qaeda, et l’ASL.

Al-Farouk ? Il s’agit soi-disant « d’islamistes modérés », qui ont en outre connu une scission interne pendant le temps que nous étions en captivité. Certains, au sein d’al-Farouk, aspirent aux honneurs, au pouvoir qui leur permettrait de contrôler l’économie de manière plus structurée que les gangsters qui rançonnent çà et là la population. C’est cette frange-là d’al-Farouk qui a organisé notre enlèvement en utilisant comme auxiliaires les bandits d’Abou Omar…

Que retenir de tout cela ? Selon moi, il y a une véritable involution de la révolution, un renfermement sur elle-même avec un changement d’objectif.

Et il ne reste plus grand-chose de l’ASL ! A part à Alep et dans quelques poches du gouvernorat de Damas …

L’erreur de ma part a été de ne pas avoir anticipé assez rapidement ce qu’était en train de devenir cette révolution. En janvier dernier, j’étais à Idlib et j’avais remarqué que, dans ce gouvernorat, l’ASL avait complètement disparu. J’avais écrit un article à ce propos, intitulé « Quand les fous de Dieu s’emparent de la révolution » ; car il n’y avait là-bas plus que les brigades d’al-Farouk et celles de Jabeht al-Nosra qui contrôlaient le terrain…

Mais je ne m’étais pas rendu compte que le phénomène allait si rapidement prendre les proportions que je lui connais dorénavant.

FDC : Vous tirez ce constat de vos propres constatations, mais aussi d’autres sources ?

PPdP : Concernant la Syrie, les informations proviennent soit des groupes rebelles, soit des officiels du régime. D’un côté comme de l’autre, elles sont donc très peu fiables. C’est la raison pour laquelle les événements syriens ne peuvent être réellement bien appréhendés qu’en se rendant sur le terrain.

Le terrain ! C’est mon leitmotiv !

Je sais que beaucoup de journalistes n’aiment pas la concurrence que je leur fait et me le reprochent, car eux, ils ne sont pas sur le terrain. Grosso modo, ils affirment : « Le terrain, c’est bien, mais il n’y a pas que le terrain. »

Eh bien, si ! Pour vraiment se rendre compte de ce qui se passe en Syrie, il faut aller partout sur le terrain. J’ai été à Homs, dans les gouvernorats de Damas, d’Alep et d’Idlib, de Deir ez-Zor aussi, très à l’est, sur l’Euphrate et la frontière irakienne. Même pendant ces cinq mois de captivité, j’ai pu continuer à observer les évolutions du conflit, sur le terrain, car nous avons souvent été déplacés. D’abord enlevés à Homs, nous avons été ramenés vers le sud, dans le gouvernorat de Damas. Puis, nous sommes remontés vers ceux d’Alep et Idlib pour être ensuite déplacés jusqu’à ar-Raqqa, plus à l’est, avant de descendre au cœur de la Syrie, dans le djebel.

Nous n’étions pas toujours enfermés au fond d’un trou. On vivait le plus souvent avec les djihadistes. Si ceux-ci n’étaient pas toujours sympathiques, nous avions cependant accès aux infos, à Al-Jazeera, à Al-Arabia, aux propos qu’ils échangeaient eux-mêmes, à tout ce qui se passait autour de nous.

Au-delà de ma propre souffrance et de celle, immense, de ma famille, cela a aussi été, disons, très « instructif ». Car j’ai pu voir comment fonctionnaient au quotidien ces groupes de bandits ainsi que la structure d’al-Farouk, un des piliers de la révolution, et de la katiba de Jabhet al-Nosra à laquelle nous avions été confiés durant une semaine.

FDC : Comment votre famille a-t-elle vécu votre enlèvement et votre captivité ?

PPdP : Ma famille a énormément souffert. Assez vite après le kidnapping, mes ravisseurs m’ont affirmé que des contacts avaient été pris avec mon ambassade et que ma famille savait que j’étais vivant. Je doutais de ces affirmations mais, tout de même, ça nous semblait cohérent : on supposait que des négociations avaient commencé…

A ce moment-là, nous étions retenus à al-Qousseyr, ville assiégée par le Hezbollah et les troupes gouvernementales. Aussi, en réalité, pendant les deux mois de siège qui ont précédé la chute de la ville et sa reconquête par le régime, aucun contact n’avait été pris par les djihadistes ! Tout en nous disant le contraire, ils avaient décidé de ne pas prendre de contact tant qu’ils n’étaient pas en mesure de nous livrer à nos gouvernements.

Lorsqu’al-Qousseyr a été sur le point de tomber, les djihadistes, comme les autres factions de la rébellion, ont décidé de quitter la ville et de forcer un passage à travers les lignes des troupes gouvernementales.

Une fois sorti de là, dans la confusion, j’ai pu obtenir un téléphone portable. C’était le 6 juin ; j’ai appelé mes parents ! C’est ma mère qui a décroché. A l’intonation de sa voix, à sa surprise, j’ai compris qu’elle n’avait eu aucune nouvelle depuis deux mois, qu’elle ignorait jusqu’alors si j’étais vivant… ou mort…

FDC : Comment êtes-vous parvenu à obtenir ce téléphone portable

PPdP : Nous nous trouvions au nord d’al-Qousseyr, avec les factions rebelles et les civils qui fuyaient l’avancée des troupes du régime. Tous ceux qui avaient pu fuir le siège de la ville s’étaient rassemblés en une foule d’environ 5000 à 10.000 personnes.

Cette masse humaine s’est dirigée vers les positions tenues par l’ASL dans le nord du gouvernorat de Damas. On voyageait de nuit.

Arrivés sur le plateau de Homs, à l’aube, on a été arrêté par des tirs de mitrailleuses. Nous étions bloqués par une ligne de défense de l’armée régulière.

Pendant cette journée du 6 juin, les combattants de l’ASL ont tenté de faire sauter cette position afin que nous puissions continuer notre chemin. Domenico et moi attendions dans un verger, assis avec l’Emir Abou Omar et de nombreux civils. Ceux-ci s’interrogeaient sur notre présence car nous étions les deux seuls Occidentaux. Dans mon mauvais arabe, je leur ai expliqué que nous étions des journalistes belge et italien, que nous avions été enlevés par les hommes de l’Emir. Certains ont commencé à s’énerver, à se demander pourquoi on nous avait kidnappés, alors que nous venions témoigner de leur résistance et de leurs souffrances. Ils ont fini par interpeller Abou Omar, qui n’était accompagné que par deux de ses hommes (les autres étant au combat)…

L’Emir était très mal pris. J’en ai profité pour l’interpeler devant tous ces gens : « Vous nous retenez prisonniers depuis deux mois, sans que nous ayons pu contacter nos familles : nous voulons leur téléphoner ! » Il n’a pas osé nous refuser cet appel devant la foule agglutinée autour de lui. Il m’a tendu un portable en disant : « Il n’y a pas de réseau, ici ! » Quelqu’un dans la foule a alors crié : « Mais si ! Moi, j’ai du réseau ! » C’est avec ce téléphone que, pendant presque une minute, j’ai pu appeler mes parents qui ignoraient si nous étions morts ou vivants.

FDC : Votre famille n’a pas été tenue au courant de votre sort par le ministère belge des Affaires étrangères ?

PPdP : Le jour de mon retour à Bruxelles, j’ai déclaré sur certains plateaux de télévision que ma famille avait reçu un soutien psychologique ; notamment parce que trois fonctionnaires du ministère de l’Intérieur étaient là pour les assister, quand je suis descendu de l’avion…

Je ne savais pas que ces trois hommes avaient été dépêchés depuis deux jours seulement.

Depuis lors, j’ai eu le temps de découvrir ce qui s’était réellement passé en Belgique pendant ma captivité en Syrie. Et là, je suis allé de tristesse en tristesse…

Je me suis rendu compte que la Belgique m’avait complètement abandonné !

Moi, et ma famille aussi !

Non seulement, le cabinet du ministre des Affaires étrangères n’a pas négocié mais, pire, il semblerait qu’il ait pour ainsi dire saboté les tentatives des services secrets italiens qui cherchaient à me libérer…

 

FDC : Quels éléments vous permettent-ils d’aboutir à cette grave accusation ?

PPdP : Durant ma captivité, mes parents se sont retrouvés face à un véritable mur dressé par le ministère des Affaires étrangères. Exception faite de quelques fonctionnaires qui les ont pris en pitié et ont tenté de les aider, au niveau du ministre Didier Reynders et de son cabinet, c’était le refus total de communiquer.

A un moment, certains fonctionnaires l’ont confirmé à mes parents : « Nous n’avons plus le droit d’avoir des contacts avec vous : ce sont les ordres du cabinet ! » D’une part, c’était le silence envers mes parents et, d’autre part, officiellement, c’était : « La Belgique ne négocie pas avec des terroristes; il est hors de question de payer une rançon. »

Par exemple, en matière de sabotage… Fin mai, les djihadistes demandent à l’Italie et à la Belgique de fournir une série de questions auxquelles seuls Domenico et moi pouvions répondre. Ceci, afin de pouvoir régulièrement montrer, au cours des négociations, que nous étions bien vivants. Et là, c’est le ministère italien des Affaires étrangères qui contacte directement mes parents pour obtenir une liste de questions à mon intention. Au téléphone, le fonctionnaire leur apprend qu’ils ont déjà demandé cette liste à leurs homologues belges, mais que ceux-ci ne répondent pas! Et mes parents de tomber des nues : le ministère de Didier Reynders ne leur avait jamais demandé une liste de questions me concernant… Ils n’avaient jamais été mis au courant de cette requête.

Négligence ou sabotage ? Tout est possible, bien sûr… Mais je doute qu’un fonctionnaire eût « oublié » la requête italienne alors que la vie d’un ressortissant belge était en jeu.

Peu avant notre libération, le matin du 29 août, c’est la cellule de crise italienne qui appelle directement mes parents. L’officier leur dit clairement qu’il court-circuite les autorités belges. Il voulait vérifier avec mes parents certaines de mes réponses que leur avaient transmises les djihadistes. Puis, dans l’après-midi de cette même journée, c’est le ministère belge des Affaires étrangères qui téléphone à mes parents pour … avoir la liste des questions ! Autrement dit, les Belges demandaient à mes parents les questions que les Italiens leur avaient déjà demandées depuis trois mois et qu’ils avaient déjà transmises aux djihadistes ; et auxquelles ils avaient déjà reçu les réponses…

FDC : Un autre exemple « d’efficacité » de nos Affaires étrangères ?

PPdP : Oui, et celui-là est proprement inimaginable !

Lorsque je suis parvenu à contacter mes parents le 6 juin, ils ont enregistré le numéro avec lequel je les avais appelés. Ils l’ont bien évidemment directement transmis au ministère des Affaires étrangères.

Plus tard, un fonctionnaire leur a fait savoir que le cabinet Reynders avait décidé de ne pas rappeler ce numéro, de ne pas essayer d’obtenir des informations… au motif que « la Belgique ne négocie pas avec les terroristes. »

Dès lors, un diplomate – que ma famille connaît et que je ne vais pas citer, pour ne pas lui attirer d’ennuis – a décidé d’aider mes parents. Un soir, il a demandé à son concierge, qui est d’origine maghrébine et parle arabe, de téléphoner au numéro en question pour voir qui répondait, ce qu’on lui disait…

Voilà la manière dont l’Etat belge « gérait » ma situation, juste après que j’ai pu me signaler !

  source

Ben Jelloun : en Syrie, massacres sur ordonnance


Le Point.fr –

Le régime de Bachar el-Assad a tué 180 médecins. Le dernier se nommait Abbas Khan. L’occasion pour Tahar Ben Jelloun de condamner la lâcheté de l’Occident.

D’après un observateur des droits de l’homme en Syrie, le régime de Bachar el-Assad a tué 180 médecins, dont 6 étrangers. Le dernier en date n’avait que 32 ans, il s’appelait Abbas Khan, britannique, chirurgien orthopédiste arrêté en Syrie le 22 novembre 2012, deux jours après son arrivée, et mort en détention le 17 décembre 2013. Il était venu en tant que bénévole des hôpitaux de campagne pour soigner des civils victimes de la guerre que fait Bachar el-Assad à son peuple.

Cela faisait plus de quatre mois que sa mère était partie en Syrie réclamer sa libération. Elle pensait rentrer avec lui. Ce sera dans un cercueil que le régime syrien lui rendra son fils, après l’avoir torturé. Le frère d’Abbas a accusé le Foreign Office d’avoir « traîné des pieds pendant plus de treize mois ». Cela signifie que la Grande-Bretagne n’a pas fait ce qu’il fallait pour obtenir la libération d’un de ses citoyens. Il n’était pas otage d’un groupuscule extrémiste, il était arrêté par la police officielle de Bachar el-Assad.

Bachar ne veut pas de témoins

La mère aurait dû aller à Moscou prier Poutine pour qu’il intervienne auprès de son ami Bachar afin de libérer ce médecin. Mais peut-être avait-elle cru aux promesses de la police et comptait-elle sur la diplomatie de son pays pour faire pression sur le régime.

Ordre a été donné dès mars 2011 de liquider les médecins qui soignent les blessés. Il n’est pas prudent de venir en aide à ceux qui souffrent, car Bachar ne veut pas de témoins, pas de survivants qui raconteraient un jour de quoi son armée a été capable. D’où la mort de 180 médecins.

Si le régime a été indifférent au sort d’Abbas Khan, c’est parce qu’il sent à présent la victoire proche. Victoire du crime et de l’impunité, victoire qui légitimerait le massacre de la population comme cela s’est passé la semaine dernière à Alep, où l’on comptait 26 enfants parmi les nombreuses victimes du bombardement effectué en connaissance de cause par l’armée de Bachar. Il peut tout se permettre. Les Européens ont démontré leur impuissance et l’Amérique s’apprête à discuter avec le clan islamiste intégriste qui a infiltré la rébellion.

Un homme qui respecte sa parole

Bachar ne craint plus rien. Poutine a eu la géniale idée de focaliser l’attention du monde sur les armes chimiques, ce qui a fait oublier les crimes perpétrés sur la population avec des armes conventionnelles. À présent que l’Iran se bat directement aux côtés de Bachar, le peuple syrien est pris en tenaille entre plusieurs armées et experts en crimes de masse. Pendant ce temps-là, le monde s’habitue à voir tomber quotidiennement des centaines de civils et à assister à la destruction d’un pays par une minorité alaouite au pouvoir depuis plus de quarante ans. Le père Hafez el-Assad n’avait pas hésité en 1982 à tuer 20 000 personnes à Hama parce que quelques centaines d’opposants s’étaient réunis dans cette ville. Il a tué tout le monde et personne n’a bougé. Bachar avait 17 ans et allait rejoindre l’université pour devenir médecin. À présent, c’est sur son carnet des ordonnances qu’il donne ses ordres pour tuer son peuple.

Le Liban, qui avait réussi en 2005 à expulser la Syrie de son territoire, est devenu une cible nouvelle dans la politique du chaos décidée par le clan syro-irano-russe.

Bachar tient parole. Au début du Printemps arabe, il avait prévenu tout le monde : si on touche à la Syrie, je ferai un enfer de toute la région. C’est un homme qui respecte sa parole ! Il peut le faire, car la permission de massacrer son peuple lui a quasiment été donnée par ceux qui auraient pu l’en empêcher. Le scénario qui a consisté à brouiller les pistes en introduisant des islamistes extrémistes dans le combat des rebelles a bien fonctionné. L’Occident ne fait rien de peur de voir la victoire d’une future République islamique appliquant la charia et menaçant ses intérêts dans le monde. Le tour est joué. Silence, on massacre. L’objectif de Bachar-Poutine est presque atteint.

source

Eyad Sarraj n’est plus: la Palestine porte le deuil


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Eyad Sarraj n’est plus. Le pédopsychiatre de Gaza militant de la paix est décédé le 17 décembre dans un hôpital israélien des suites d’une longue maladie à l’âge de 67 ans. La Palestine a perdu un de ses meilleurs fils et tous les Palestiniens sont en deuil.
Cet homme affable, souriant, aux analyses sans complaisance, aura consacré sa vie à étudier les effets de la guerre sur les enfants, à militer pour la paix et… à dire avec une franchise déroutante sa façon de penser. Pas seulement à l’occupant israélien, d’ailleurs. Aussi aux dirigeants palestiniens. Ainsi Yasser Arafat le fit-il arrêter et même torturer pendant quelques jours en 1996. Il avait osé qualifier au New York Times, le 7 mai, la jeune Autorité palestinienne de «régime corrompu, dictatorial, oppressif», ajoutant un détail qui avait humilié le chef palestinien: «J’étais cent fois plus libre de m’exprimer sous l’occupation israélienne». (Vite libéré, il accepta ensuite pendant quelque temps un rôle d’ombudsman entre la société palestinienne et l’Autorité palestinienne, preuve peut-être qu’ Arafat savait parfois apprendre de ses erreurs.)
La Belge Simone Susskind, inlassable militante de la paix, était très émue ce mercredi matin de la disparition de son ami: «Eyad avait mis en place le système de santé mentale à Gaza (où plus que partout ailleurs, c’était une nécessité essentielle). Il présidait aussi une magnifique association: la Faculté pour la paix israélo-palestinienne, dont j’ai l’honneur de faire partie avec des universitaires palestiniens, israéliens et internationaux. Deux souvenirs parmi de nombreux autres m’assaillent: j’ai eu la chance d’avoir un permis pour visiter Gaza après l’intervention israélienne “Plomb durci”. Eyad et sa femme m’ont donné l’hospitalité et c’est chez lui que j’ai pu rencontrer un ministre du Hamas pour un échange de vues. Sans jamais renoncer à ses principes humanistes, et à sa liberté d’expression, Eyad parlait avec tout le monde, dirigeants, responsables à Gaza et en Palestine, mais aussi avec son jardinier et tous ceux qui souffraient. Nous perdons un ami, un homme de paix, un homme de vision. Nous le pleurons».

Nous avons personnellement rencontré Eyad Sarraj à six reprises, donc cinq fois à son domicile de Gaza, entre 1998 et 2010. Il nous avait notamment conté l’amer exil qu’il subit en 1948 lors de la création d’Israël à l’âge de 4 ans quand sa famille dut fuir Beersheva pour se réfugier à Gaza. Le souvenir que ces diverses rencontres nous laissent est pénétrant. La meilleure façon d’en attester n’est autre que de relire ci-dessous, quelques-unes de ses réponses à nos questions.

Sur la partition de la Palestine en 1948
«Je n’accepte pas l’idée de la partition de la Palestine, et je fais partie de modérés. Vous savez, les Israéliens n’ont pas accepté sans arrière-pensées le plan de partage de l’ONU, en 1947. On sait maintenant que Ben Gourion considérait ce plan comme une première étape, qu’il suffisait de laisser les Arabes refuser la partition, ce qu’il était logique d’attendre d’eux, puisqu’ils étaient chez eux et très majoritaires. Cela a été démontré dans le livre de l’historien sioniste de gauche Simha Flapan «Mythes et réalités de la naissance d’Israël» (Ed. Pantheon, en anglais). Logique en effet: qui accepterait de céder sa maison dans laquelle il vit depuis des siècles à un Polonais, par exemple, pour aller vivre dans le garage? Et encore, les Israéliens refusent maintenant encore que nous considérions le garage (les territoires occupés) comme nôtre!» (Gaza, le 4 mai 1998).

Sur la violence (moins de deux ans et demi avant la seconde intifada) :
«Cela explosera un jour. Je suis totalement contre la violence, mais quand vous subissez, comme par exemple au barrage d’Erez, des humiliations terribles, vous comprenez pourquoi certains finissent par réagir violemment. (…) Les Israéliens font certaines choses d’une manière systématique. Nous avons ainsi étudié le cas de trois mille enfants de Gaza pendant l’intifada: 55 % d’entre eux ont vu leur père battu sous leurs yeux par des soldats israéliens. Cinquante-cinq pour cent! Autre cible privilégiée: les maisons, détruites systématiquement, pour toutes raisons, sécurité, «illégalité», expropriations, etc. Le père et la maison: les deux choses qui incarnent la sécurité dans la vie d’un enfant.
Une étude récente, menée à Gaza avec une université néerlandaise et l’ONU montre que 17 % des adultes souffrent de dépression; et 30 % ont subi des actes de violences, ont vu des scènes avec mort d’homme ou ont été torturés. Lors des dix dernières années, plus de 100.000 personnes ont fait un passage en prison. Même mon père a été emprisonné pendant treize mois, à 65 ans, et tout ce qu’on lui reprochait était de refuser de collaborer.» (Gaza, le 4 mai 1998)

Sur la victoire du Hamas aux élections de janvier 2006
«La plupart des électeurs n’ont pas choisi le Hamas pour des critères religieux ou pour son rôle dans la résistance anti-israélienne : ils en avaient assez de la gestion de l’Autorité palestinienne et voulaient un changement. Ils n’ont pas voté contre la paix ou pour la violence, mais pour que le Hamas donne une leçon au Fatah. J’ai parlé d’un tsunami car ce phénomène a été inattendu, soudain et massif. Et il affectera notre vie pour des générations, à nous, Palestiniens, mais aussi dans tout le Proche-Orient. Il s’agit d’un fait historique d’une importance comparable à l’arrivée du panarabiste Nasser au Caire en 1952 ou à l’avènement de Khomeiny en Iran en 1979. Dans dix ans, presque tous les pays arabes seront dirigés par des islamistes, car ceci n’est que le début. Demain, nous verrons de semblables évolutions en Syrie, en Egypte, au Maroc, en Tunisie, en Libye… (…)
Les Occidentaux ne doivent pas punir les gens qui ont puni le Fatah. L’Europe et les Etats-Unis sont en droit de faire pression sur le Hamas pour qu’il renonce à la violence, mais ils ne doivent pas oublier Israël, jusqu’ici intouchable, jouissant d’une réelle impunité alors que l’extrémisme ne vient pas de nulle part, mais de la pauvreté et de l’injustice.» (Gaza, le 31 janvier 2006)

Sur le coup du Hamas à Gaza en juin 2007
«C’était simplement horrible. Ils tiraient de partout. Il y a trois mois, ma maison avait déjà été atteinte par hasard par des tirs. J’avais prévu cet enchaînement. Je l’ai écrit dans le quotidien Al Qods en avril, sous le titre «Un ou trois Etats?». Mais on n’a pas assisté à une guerre civile, seulement une guerre entre factions, la population n’y a pas pris part. Pas davantage qu’une bonne partie des forces de sécurité, celles qui ne sont pas proches du Fatah. Mais, même si je m’y attendais, j’ai été très choqué. Par le niveau d’inhumanité, cette façon de se tuer, de se torturer. On n’avait jamais vu cela dans notre histoire. Un gars jeté du quinzième étage d’un immeuble, des gens achevés dans un hôpital. Des atrocités incroyables dans les deux camps, avec le pire quand même chez le Hamas, comme ce chef du Fatah criblé de trois cents balles. Cette violence est nouvelle pour nous.
J’essaie de la comprendre. Nous avons subi une occupation pendant quarante ans, qui a engendré colère et humiliation, notre psyché collective a été brutalisée. Nous sommes devenus de plus en plus insensibles à la souffrance. Et nous sommes passés de la guerre des pierres (première intifada, NDLR) aux attentats suicides. Avant 1967, quand un crime était commis à Gaza c’était un événement exceptionnel, cela arrivait une fois tous les deux ans.
Puis vint l’occupation. Les maisons démolies. Quatre cent mille Palestiniens qui passent par les prisons israéliennes, où beaucoup y sont torturés. Cela laisse des traces. On s’est habitué au fait que des gens se faisaient tuer tous les jours. Puis Israël est parti, en 2005. Mais la défaite chronique restait dans tous les esprits. L’énergie violente que nous dirigions contre notre ennemi commun nous l’avons tournée vers nous-mêmes, nous avons cherché des ennemis plus petits, en notre sein.
Voyez ces drapeaux du Hamas érigés sur les bâtiments publics : des signes de victoire qui sont l’expression d’une défaite, une défaite que nous n’admettons pas. Car qui a gagné ? Nous sommes tous perdants. J’ajoute l’élément de la suffocation. Nous sommes en prison ici à Gaza. Tout le monde ressent cela. Moi-même, je ne puis pas aller à Tel-Aviv pour le suivi de mon traitement médical. Au moins trois de mes proches doivent aller se faire soigner au Caire et ce n’est pas possible. Mélangez tout cela : emprisonnement, torture, assassinats, maisons démolies, siège économique international, et vous obtenez des chats sauvages qui s’entretuent. Il n’y a pas d’échappatoires…» (Gaza, le 1er juillet 2007)

Sur le Hamas, peu après l’offensive israélienne «Plomb durci» contre Gaza
«Le boycott du Hamas par l’Occident fut une erreur monumentale, tous les diplomates européens l’admettent en privé. Le Hamas est là, ce n’est pas un fantôme. Cela dit, je m’élève contre le terrorisme, ne serait-ce que parce qu’il est contre-productif, et qu’il sert au contraire la propagande israélienne, qui parvient à faire passer Israël pour la victime, un comble après toutes les guerres et les horreurs que cet Etat a infligées à la région.
Israël est en fait dirigé par un establishment militaire extrémiste qui contrôle la population par la peur. Un Sharon en faisait partie, qui a réussi à provoquer l’intifada en septembre 2000 puis à terroriser les Palestiniens, suscitant la violence attendue qui permet d’étayer la théorie qu’il n’y a pas de partenaire palestinien – donc pas de paix possible ; cette agression des civils à Gaza en décembre 2008 – janvier 2009 a le même dessein. Cette génération d’enfants martyrisés n’oubliera pas, ils voudront se venger, cela fera plus de haine, plus de violence, qu’on mettra sur le dos des Palestiniens!» (Gaza, le 31 janvier 2009)

BAUDOUIN LOOS

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