Ben Jelloun : en Syrie, massacres sur ordonnance


Le Point.fr –

Le régime de Bachar el-Assad a tué 180 médecins. Le dernier se nommait Abbas Khan. L’occasion pour Tahar Ben Jelloun de condamner la lâcheté de l’Occident.

D’après un observateur des droits de l’homme en Syrie, le régime de Bachar el-Assad a tué 180 médecins, dont 6 étrangers. Le dernier en date n’avait que 32 ans, il s’appelait Abbas Khan, britannique, chirurgien orthopédiste arrêté en Syrie le 22 novembre 2012, deux jours après son arrivée, et mort en détention le 17 décembre 2013. Il était venu en tant que bénévole des hôpitaux de campagne pour soigner des civils victimes de la guerre que fait Bachar el-Assad à son peuple.

Cela faisait plus de quatre mois que sa mère était partie en Syrie réclamer sa libération. Elle pensait rentrer avec lui. Ce sera dans un cercueil que le régime syrien lui rendra son fils, après l’avoir torturé. Le frère d’Abbas a accusé le Foreign Office d’avoir « traîné des pieds pendant plus de treize mois ». Cela signifie que la Grande-Bretagne n’a pas fait ce qu’il fallait pour obtenir la libération d’un de ses citoyens. Il n’était pas otage d’un groupuscule extrémiste, il était arrêté par la police officielle de Bachar el-Assad.

Bachar ne veut pas de témoins

La mère aurait dû aller à Moscou prier Poutine pour qu’il intervienne auprès de son ami Bachar afin de libérer ce médecin. Mais peut-être avait-elle cru aux promesses de la police et comptait-elle sur la diplomatie de son pays pour faire pression sur le régime.

Ordre a été donné dès mars 2011 de liquider les médecins qui soignent les blessés. Il n’est pas prudent de venir en aide à ceux qui souffrent, car Bachar ne veut pas de témoins, pas de survivants qui raconteraient un jour de quoi son armée a été capable. D’où la mort de 180 médecins.

Si le régime a été indifférent au sort d’Abbas Khan, c’est parce qu’il sent à présent la victoire proche. Victoire du crime et de l’impunité, victoire qui légitimerait le massacre de la population comme cela s’est passé la semaine dernière à Alep, où l’on comptait 26 enfants parmi les nombreuses victimes du bombardement effectué en connaissance de cause par l’armée de Bachar. Il peut tout se permettre. Les Européens ont démontré leur impuissance et l’Amérique s’apprête à discuter avec le clan islamiste intégriste qui a infiltré la rébellion.

Un homme qui respecte sa parole

Bachar ne craint plus rien. Poutine a eu la géniale idée de focaliser l’attention du monde sur les armes chimiques, ce qui a fait oublier les crimes perpétrés sur la population avec des armes conventionnelles. À présent que l’Iran se bat directement aux côtés de Bachar, le peuple syrien est pris en tenaille entre plusieurs armées et experts en crimes de masse. Pendant ce temps-là, le monde s’habitue à voir tomber quotidiennement des centaines de civils et à assister à la destruction d’un pays par une minorité alaouite au pouvoir depuis plus de quarante ans. Le père Hafez el-Assad n’avait pas hésité en 1982 à tuer 20 000 personnes à Hama parce que quelques centaines d’opposants s’étaient réunis dans cette ville. Il a tué tout le monde et personne n’a bougé. Bachar avait 17 ans et allait rejoindre l’université pour devenir médecin. À présent, c’est sur son carnet des ordonnances qu’il donne ses ordres pour tuer son peuple.

Le Liban, qui avait réussi en 2005 à expulser la Syrie de son territoire, est devenu une cible nouvelle dans la politique du chaos décidée par le clan syro-irano-russe.

Bachar tient parole. Au début du Printemps arabe, il avait prévenu tout le monde : si on touche à la Syrie, je ferai un enfer de toute la région. C’est un homme qui respecte sa parole ! Il peut le faire, car la permission de massacrer son peuple lui a quasiment été donnée par ceux qui auraient pu l’en empêcher. Le scénario qui a consisté à brouiller les pistes en introduisant des islamistes extrémistes dans le combat des rebelles a bien fonctionné. L’Occident ne fait rien de peur de voir la victoire d’une future République islamique appliquant la charia et menaçant ses intérêts dans le monde. Le tour est joué. Silence, on massacre. L’objectif de Bachar-Poutine est presque atteint.

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