Deux enfants « morts de froid » en Syrie (opposition, militants)
Deux enfants syriens, dont un bébé de six mois, « sont morts de froid » en Syrie alors qu’une tempête glaciale balaie le pays en guerre et d’autres pays voisins, ont rapporté jeudi l’opposition syrienne et des militants.
« Hussein Tawil, un bébé de six mois, est mort en raison du froid hier à Alep », la grande métropole du nord de la Syrie qui a connu des chutes de neige ces dernières heures, a affirmé à l’AFP un porte-parole de la Coalition nationale de l’opposition syrienne, Soner Ahmad.
« Il était dans une maison vraisemblablement endommagée (en raison des combats dans la ville) et il n’a pas pu résister », a-t-il ajouté.
« Un autre enfant est également mort de froid hier à Rastane », bastion rebelle dans la province de Homs (centre), a indiqué M. Ahmad, sans en être en mesure de fournir plus de détails.
Des militants ont diffusé jeudi une vidéo montrant le corps d’un enfant sans vie, les bras levés et vraisemblablement gelés. « Les enfants meurent de froid dans la ville de Rastane », affirme la personne filmant l’enfant enveloppé d’une couverture.
L’AFP n’était pas en mesure de vérifier l’authenticité de cette vidéo.
Une tempête, accompagnée de neige, frappe depuis mercredi la Syrie et plusieurs pays voisins, dont le Liban et la Jordanie qui accueillent des centaines de milliers de réfugiés syriens, beaucoup vivant dans des tentes de fortunes.
L’agence officielle syrienne Sana a rapporté jeudi que plusieurs routes étaient coupées dans la province de Homs (centre) « à cause de l’amoncellement de neige et du verglas ».
– See more at: http://www.lorientlejour.com/article/846521/deux-enfants-morts-de-froid-en-syrie-opposition-militants.html#sthash.s4ZrU4OO.dpuf
Siège, attaque chimique et familles massacrées à al-Nabk, Syrie
La ville d’al-Nabk est située sur la route qui relie Damas à Homs, dans les monts Qalamoun au Sud Ouest du pays. Sa position est vitale pour les deux camps. Les forces pro-Assad veulent assurer un lien entre la capitale et la région alaouite au Nord-Ouest, ils assiègent al-Nabk, et coupent tout approvisionnement.
Siège:
Mercredi 4 décembre, « la ville syrienne est assiégée depuis 15 jours, elle abrite plus de 90000 civils de tous âges privés de nourriture, d’eau, de soins médicaux et d’électricité. Le désastre humanitaire nécessite une assistance immédiate« :
Le lendemain:
Attaque chimique:
Avant l’attaque, » l’Armée Syrienne Libre interceptait une télécommunication qui donnait l’ordre à des combattants du Hezbollah de commencer l’attaque chimique ». Une vidéo montre de la « fumée blanche s’échappe dans le ciel après l’attaque chimique d’al-Nabek » [01]. Sept personnes ont été intoxiquées, elles souffrent de convulsions, d’essoufflement, de vomissements et s’évanouissent: des gaz toxiques ont été tirés sur la ville [02].
Vendredi 6 décembre, les shabiha irakiens massacrent des familles syriennes:
Photo d’une famille syrienne massacrée dans une cave à Nabek, « par la milice irakienne Liwa Zulfaqar qui a abattu hier entre 34 et 50 civils dont des femmes et des enfant » [http://tinyurl.com/m6lzsqr].
D’autres photos [03] montrent l’exécution d’un habitants de Nabek par un officier (Abu Shad al-Jaburi) de la brigade chiite irakienne Dhu-l-Fiqar:
Cet officier serait le commandant de la milice [04]:
Radio Free Syria ajoute ce qui suit [05], les assaillants ont abattu:
entre 34 et 50 civils, dont des femmes et des enfants, de sang-froid […] Le nombre total de victimes n’est pas encore connu ». Le Régime a de nouveau imposé un blackout des télécommunications, comme à son habitude avant chaque massacre des forces du Régime et de leurs complices, couper toutes les communications dans la ville sinistrée: internet, téléphonie fixe et téléphonie mobile.
Les médias du monde entier, qui étiquettent immédiatement toute personne luttant contre Assad comme «terroriste» n’ont même pas encore parlé de ce #massacre ou de l’un des autres massacres quotidiens perpétrés par les forces d’#Assad, et encore moins ne nommer les criminels ni les dizaines de des milliers de #mercenaires étrangers qui massacrent des civils comme des terroristes, aux noms de Téhéran et du Régime d’Assad.
Des photos privées des miliciens circulent aussi [06]:
Samedi 7 décembre, une autre photo d’Abu Shad al-Jaburi est diffusée, à sa gauche, un soldat compte (ou distribue) des billets de banque:
Al-Arabiya rapporte [07] que:
La Coalition Nationale Syrienne appelle les pays du monde libre à intervenir immédiatement pour protéger les civils en Syrie.
Syrie : 17 civils tués par l’armée dans un abri
vendredi 6 décembre 2013, par La Rédaction
Au moins 17 civils, dont des enfants, ont été tués par les forces du régime dans un abri de Nabak, une ville au nord de Damas que l’armée tente de reprendre, a rapporté vendredi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
L’OSDH a en outre fait état de 16 personnes tuées, dont six femmes et cinq enfants, dans des raids aériens du régime à Bazaa, dans la région d’Alep (nord), et de cinq morts dans un attentat suicide à la voiture piégée à Qamichli (nord-est) près du siège d’un groupe paramilitaire pro-régime.
Alors que la guerre continue de faire rage à travers le pays depuis près de trois ans, l’OSDH, citant des militants anti-régime sur place, a indiqué que 17 corps avaient été retrouvés à Nabak mais n’était pas en mesure de préciser la date ou les circonstances exactes de cette tuerie.
L’OSDH, qui s’appuie sur un large de militants et de médecins à travers le pays, a réclamé que la Croix rouge internationale ait accès au secteur.
Depuis plusieurs jours, des combats opposent des rebelles à l’armée qui tente de prendre Nabak, l’une des dernières localités aux mains des rebelles dans la région stratégique de Qalamoun, à la lisière du Liban.
Selon une source de sécurité syrienne, si Nabak est prise, il ne manquera plus que la localité de Yabroud et quelques villages alentours pour que la région entière de Qalamoun tombe aux mains de l’armée.
Avec la prise de cette zone, l’armée s’assurerait notamment une continuité territoriale sous son contrôle entre les provinces de Damas et Homs, plus au nord.
Mais dans cette même région de Qalamoun, les rebelles, y compris des jihadistes, ont repris lundi la ville chrétienne de Maaloula.
Dans une brève vidéo diffusée vendredi par la chaîne du Qatar Al-Jazeera, plusieurs religieuses de Maaloula dont la disparition avait été signalée le même jour, ont affirmé avoir fui les combats dans cette ville et démenti avoir été enlevées.
La vidéo montre ces religieuses du monastère grec-orthodoxe de Sainte Tecla dans un salon, apparemment en bonne santé, sans qu’il ne soit précisé qui filme ni où la scène se passe.
Elles répondent aux questions d’un homme qu’on ne voit pas. « Un groupe nous a amenées ici et nous a protégées, et nous sommes très très satisfaites d’eux », dit l’une d’elles.
Des médias proches du régime ont accusé les rebelles d’utiliser ces femmes comme « boucliers humains ».
Alors que l’ONU, la Russie et les Etats-Unis préparent une conférence internationale de paix pour le 22 janvier à Genève, le chef de la diplomatie britannique William Hague a réaffirmé que le président syrien Bachar al-Assad devait quitter le pouvoir pour permettre un accord de paix.
« Nous avons toujours été très clairs sur le fait qu’une solution pacifique nécessitait le départ du président Assad », a déclaré M. Hague à Koweït, où le chef de la Coalition de l’opposition syrienne Ahmed Jarba est attendu samedi pour sa première visite officielle dans ce pays.
Le régime et l’opposition ont affirmé leur volonté de se rendre à Genève, mais le premier affirme qu’il revient à M. Assad de mener la transition en cas d’accord alors que l’opposition et les rebelles veulent l’en exclure.
La guerre en Syrie déclenchée par un mouvement de contestation populaire réprimé par le régime, a fait plus de 126.000 morts selon l’OSDH et poussé plus de trois millions de Syriens à fuir le pays.
Syrie. Témoignage de l’un des premiers déserteurs de l’armée régulière syrienne
Le témoignage reproduit ci-dessous l’est avec l’autorisation de son auteur.
Il entend participer à la dénonciation de la propagande du régime, en montrant comment celui-ci s’est comporté avec les militaires qui refusaient la violence immodérée immédiatement mise en oeuvre contre les protestataires.
===
Je m’appelle Ala’ Ali al-Hawrani.
Alors que j’étais venu rendre visite à mes parents, des Emirats arabes unis où je travaillais pour réunir le badal – la somme de quelques milliers de dollars qui permet d’être dispensé du service obligatoire -, j’ai été appréhendé par la police militaire et envoyé dans une caserne de la région de Damas, au commandement du 67ème régiment du 2ème corps d’armée.
En avril 2011, j’ai été conduit avec mes camarades dans la ville d’al-Tell pour réprimer des manifestations. Un sniper, sous mes yeux, a visé par deux fois un enfant de 10 à 12 ans. La première balle l’a atteint à l’épaule, la seconde en pleine tête. La foule des manifestants s’est agitée et les officiers positionnés immédiatement derrière nous – nous étions tous des conscrits -, nous ont donné l’ordre de tirer. J’ai refusé de le faire. J’ai chargé mon arme. Je me suis retourné vers l’officier positionné derrière moi et j’ai menacé de le cribler de balles. Une trentaine d’autres soldats ont fait comme moi. Les officiers ont pris peur et nous ont expliqué qu’ils n’y étaient pour rien. Eux non plus ne voulaient pas tirer sur leur propre peuple. Nous avons baissé nos armes. Nous avons été désarmés et ramenés à la caserne comme si de rien n’était.
À 2h00 du matin alors que nous dormions, des officiers sont entrés dans le baraquement et nous ont réveillés, les autres récalcitrants et moi-même. Ils nous ont conduits manu-militari dans un endroit que nous ne connaissions pas, où ils nous ont violemment passés à tabac. Ils nous ont ensuite bandé les yeux. C’est alors que le cauchemar a vraiment commencé.
Nous avons été embarqués à bord de véhicules. Arrivés à destination, on nous a fait descendre un nombre incalculable de marches. Nous avions l’impression de nous enfoncer vers l’enfer. Une fois en bas, on nous a donné l’ordre de nous déshabiller et on nous a enlevé les bandeaux : nous étions une trentaine d’hommes dans une cellule d’environ 3 ou 4 m². Nous sommes restés enfermés comme des chiens pendant une dizaine de jours environs, nus, avec des latrines où chacun de nous effectuait ses besoins devant les autres. On nous jetait quelques morceaux de pains chaque jour.
Dix jours plus tard, la porte s’est ouverte. Dix d’entre nous, dont moi-même, avons été sélectionnés. On nous a extraits de la cellule et on nous a enfermés dans des cages individuelles qui ont été suspendues au plafond. Chaque jour, les officiers en charge nous insultaient et menaçaient de nous exécuter bientôt. À ce moment-là, nu et réduit à l’état animal, faisant mes besoins sur moi, je n’avais pas d’autre désir que d’être exécuté au plus tôt.
Au bout d’une dizaine de jours, on nous a sortis des cages sans explication. On nous a emmenés au bout d’un couloir, avec les 20 autres prisonniers, et on nous a fait entrer dans une pièce vide. Les corps de 4 militaires portant les insignes de la 4ème division ont été jetés à nos pieds. Ils venaient d’être exécutés et leurs cadavres dégoulinaient encore de sang. Les officiers qui se trouvaient avec nous se sont mis à nous féliciter, affirmant que, nous, nous étions de « vrais patriotes », alors que « ces quatre chiens étaient des traîtres » … Ces éloges nous ont revigorés. On nous a donné des uniformes neufs et on nous a reconduits dans notre caserne d’origine, où on nous a apporté des petits fours et des gâteaux. Nous avons été surpris par un tel traitement auquel nous ne trouvions pas d’explication…
À 2h00 du matin, nous avons de nouveau été réveillés. Nous devions nous préparer pour une nouvelle mission. Il nous fallait « sauver la patrie des terroristes et des comploteurs ». Nous sommes arrivés à al-Tell vers 4h00 du matin. Deux bus de chabbiha nous avaient précédés sur les lieux. Ils sont descendus de leurs véhicules et se sont dispersés dans la ville, en particulier dans les environs de la mosquée. Nous avons été chargés d’édifier un barrage autour de deux tanks surmontés de mitraillettes. Nous devions construire un mur de chaque côté.
J’ai compris alors que, cette fois-ci, pour rester en vie, il allait falloir tirer sur les manifestants et les assassiner. J’ai posé deux ou trois blocs de pierre, et, profitant de la pénombre de l’aube, je me suis mis à courir… Une vingtaine de mes camarades m’ont imité… Il fallait escalader la colline le plus vite possible… Les chars ont orienté leurs tourelles dans notre direction et ont commencé à tirer… Les premiers arrivés se sont jetés derrière un rocher… Dans un réflexe de survie, nous avons chargé nos kalachnikovs et ouvert le feu en direction des officiers qui nous poursuivaient. Une fois nos chargeurs vides, un silence de mort a régné sur les lieux… Tous les officiers, ils étaient une quinzaine, gisaient morts sur le sol. De notre côté, nous n’étions que 5 à avoir survécu.
Nous nous sommes remis à courir, au hasard, vêtus de nos uniformes de l’armée. Puis nous nous sommes séparés. Avec l’un de mes camarades, nous sommes partis à travers champs. Au bout d’un certain temps, nous avons rencontré un paysan à qui nous avons demandé de l’aide. Il nous a emmenés chez lui, nous a donné des vêtements civils et brûlé nos uniformes. Il a aussi récupéré nos armes. Il nous a ensuite conduits en direction de Damas. Nous étions cachés sous des sacs de « mulukhiyyé » – une herbe potagère dont les feuilles sont utilisées pour confectionner un plat portant le même nom – sur lesquels des femmes avaient pris place. Mon compagnon est descendu à Damas. J’ai demandé à être déposé à Boukeïn où je connaissais quelqu’un.
Mon ami m’a conduit à Deraa, ma ville d’origine. Les barrages jusqu’à là-bas étaient nombreux, mais sans aucune mesure avec ce qu’ils sont aujourd’hui. La ville était encerclée, mais les hommes de Bachar ne se trouvaient pas à l’intérieur : nous n’étions qu’au printemps 2011. Je suis parvenu à franchir les barrages grâce à une fiche individuelle d’état civil que j’avais pu obtenir juste avant d’être conduit à l’armée. J’ai expliqué que j’avais perdu ma carte d’identité [Note : En arrivant à l’armée pour y accomplir leur service, les jeunes recrues doivent remettre leur carte d’identité civile. En échange, on leur donne une carte d’identité militaire. Les cartes d’identité civile ne leur sont rendues qu’à la fin de leur service, qui dure entre deux ans et deux ans et demi. Ils ne peuvent donc obtenir, durant tout ce temps, ni passeport, ni fiche individuelle d’état civil]. Une fois parvenus à Deraa, mon ami m’a donné 50 000 livres syriennes et a pris le chemin du retour. Je suis allé voir ma famille, mais je n’ai pas pu dormir chez moi. C’aurait été trop dangereux. Je me suis donc rendu chez mon oncle, plus âgé que moi d’un an à peine. Il m’a donné son passeport : accusé et recherché pour « meurtre d’officiers », je n’avais d’autre solution que de fuir la Syrie.
Après avoir embrassé ma mère et ma sœur, j’ai pris un taxi en direction de la frontière. Le conducteur était encore plus inconscient que je ne l’étais. Il m’a pris pour un type qui emmenait des vidéos en Jordanie pour faire savoir au monde entier ce qu’était la révolution. Il avait lui-même reçu une balle dans la jambe lors d’une manifestation. Une fois arrivés non loin de la frontière, nous avons ont été stoppés par un barrage des moukhabarat jawiyyé – les services de renseignements de l’armée de l’air – pour un contrôle de routine. Mon oncle ne me ressemblant pas beaucoup, l’agent a regardé à plusieurs reprises mon vrai faux passeport. Il a fait le tour de la voiture. Il a fouillé partout. Puis il est revenu vérifier le passeport. J’ai cru que c’en était fini pour moi. J’ai murmuré “Allah akbar”… et il nous a laissé passer. Quand nous sommes parvenus au poste frontière, le chauffeur de Deraa m’a confié à un chauffeur jordanien, lui aussi un “’abaday” – un solide gaillard… un peu fanfaron -, puis il a fait demi-tour.
Le policier de service à la frontière syrienne a regardé mon passeport et consulté des fiches pendant une bonne demi-heure. Ses yeux allaient et venaient de mon visage au passeport. Finalement, il l’a tamponné. Au poste jordanien, le policier s’est exclamé : “Comment les Syriens ont-ils pu tamponner un tel passeport » !? Puis il a souri et, lui aussi, il l’a tamponné en disant : “Allah maak ! Ahla wa sahla fil Urdun” (« Dieu t’accompagne ! Sois le bienvenu en Jordanie »).
En franchissant la frontière jordanienne, j’ai eu l’impression d’avoir gagné la Révolution !
Arrivé à Amman, complètement perdu, je me suis rendu d’abord à l’ambassade de Turquie. Je savais que ce pays soutenait déjà fermement la Révolution. Mais le garde m’a demandé de revenir le lendemain, car c’était un jour férié ! Je suis alors allé à l’ambassade de France où j’ai été accueilli et où j’ai raconté mon histoire. Au vu de l’accueil qui m’a été réservé par le personnel de l’ambassade, j’ai imaginé que j’allais être bientôt reçu par Sarkozy en personne.
J’attends toujours…
Journal de Syrie : Une mendiante à ma porte
IRIN
>
DAMAS, 20 novembre 2013 (IRIN) – L’auteur de ce récit est un jeune diplômé de l’université de Damas, issu d’une famille aisée appartenant à une minorité religieuse syrienne. Il souhaite conserver l’anonymat pour des raisons de sécurité. Dans ce cinquième extrait, il nous fait part des signes qu’il observe autour de lui et qui montrent que la population est de plus en plus mal nourrie et désespérée.
J’étais seul chez moi lorsque quelqu’un a frappé à la porte. En ouvrant, j’ai découvert une jeune femme maigre, âgée d’une vingtaine d’années comme moi. Elle portait des baskets, une paire de jeans, un pull et elle n’était pas voilée, ce qui indiquait que c’était probablement une citadine. Ses vêtements étaient propres, mais incontestablement vieux et usés. D’une voix tremblante, elle a dit :
« Je suis originaire de Homs et j’ai des enfants. Nous vivons ici maintenant et nous avons besoin d’aide. Peux-tu m’aider ? Si tu avais du pain, ce serait formidable. »
Elle n’a pas dit « s’il te plaît ». Elle n’a pas prononcé les formules ou les prières que les mendiants utilisent habituellement. Elle ne semblait même pas chercher à ce que l’on s’apitoie sur son sort. Elle a seulement présenté les faits et posé une question. Cependant, elle semblait gênée – même s’il n’y avait pas de quoi. Je savais qu’elle n’avait pas d’autre moyen de gagner dignement sa vie. J’étais bouleversé, mais j’ai continué à sourire, j’ai sorti un billet de mon portefeuille et je le lui ai tendu en disant : « Les choses vont s’arranger, et si tu as besoin de quelque chose, tu peux revenir ici. »
Elle a souri et ajouté « Si Dieu le veut, merci » ; puis elle a disparu dans l’escalier. Elle n’est pas allée frapper à d’autres portes dans l’immeuble. Je suis sûr que pour elle ce jour-là, cela suffisait.
Je pense aux personnes mal nourries en Syrie chaque fois que je passe à table avec ma famille. Nos repas ne sont plus ce qu’ils étaient. Les rations sont plus petites et nous utilisons moins d’ingrédients coûteux comme les épices ou les noix (un kilo de pignons de pin équivaut aujourd’hui à 40 pour cent du salaire de mon père), mais nous avons la chance de manger régulièrement. Nos repas n’ont rien à voir avec ceux des Syriens qui vivent dans les zones assiégées.
D’après les médias, de nombreux enfants syriens sont morts de faim dans les zones assiégées le mois dernier. Je n’y croyais pas en entendant les informations. J’ai pensé à la Somalie et je me suis demandé : est-ce que cela pourrait aussi se produire en Syrie ?
Un de mes amis est l’un des rares docteurs restants à al-Hajar al-Aswad, la banlieue sud assiégée de Damas. Il m’a raconté que les nouveau-nés sont les plus touchés. Leurs mères ne produisent pas suffisamment de lait et il est impossible de se procurer du lait en poudre.
Les adultes, m’a-t-il dit, survivent grâce à de maigres rations provenant des réserves de produits alimentaires traditionnels syriens, comme des olives, du thym et de la confiture ; et dans certains cas, des chats et des chiens. « Bientôt, ce sont aussi les adultes qui commenceront à mourir de faim », a-t-il déclaré.
Dans mon quartier, les gens ne mangent pas de chats ni de chiens, mais j’ai remarqué des petits signes de privation. Dans un supermarché près de chez moi, connu pour ses produits moins chers, j’ai vu une femme acheter 100g de margarine, 200g de fromage et trois œufs. J’étais stupéfait. Traditionnellement en Syrie, même les personnes très pauvres n’achetaient jamais de nourriture en si petite quantité.
Mais en regardant les prix, j’ai vite compris. Un kilogramme de margarine, qui coûtait auparavant 450 livres syriennes, coûte aujourd’hui 2 500 livres [avec la dévaluation de la monnaie syrienne, près de 17 dollars au marché noir]. Un kilogramme de fromage est passé de 140 à 700 livres ; un œuf de 4 à 23 livres ; et l’agneau, un ingrédient de base de la cuisine syrienne, de 700 livres le kilo à 2 600. Cette situation est intolérable pour de nombreux Syriens dont les salaires, s’ils en perçoivent toujours, ont à peine augmenté. En ce moment, le salaire moyen ne dépasse pas les 16 000 livres par mois (110 dollars).
D’autres signes attestent de la détérioration de la situation. Récemment, je suis retourné en Syrie après avoir passé un mois au Liban, où j’ai essayé (encore une fois en vain) d’obtenir un visa pour l’Europe. Lorsque j’étais là-bas, j’ai reçu plus de dix coups de téléphone de la part de gens qui voulaient que je leur rapporte des médicaments. Même des choses simples comme des antibiotiques et des vitamines sont désormais introuvables en Syrie.
Aujourd’hui, alors que la Syrie ne fait plus la une des journaux, l’hiver qui approche risque d’alourdir les souffrances de cette crise humanitaire.
Tant de personnes ont été touchées par cette guerre : tuées, détenues, déplacées ou mutilées. Parmi les morts et les détenus, on compte surtout des hommes, et les membres de leur famille à charge se retrouvent privés de moyens de subsistance et en proie à la famine. Ma famille peut aider une ou deux personnes qui demandent de l’aide de temps en temps, mais ce n’est jamais assez.
Lorsque j’ai raconté l’histoire de la jeune femme qui avait demandé du pain à ma mère, elle m’a confié que bien des personnes dans la même situation étaient venues demander de l’aide. Au bord des larmes, elle s’est indignée : « Que pouvons-nous faire ? Nous sommes impuissants. »
Et nous ne sommes pas à l’abri.
Mon père est ingénieur. Il était consultant freelance pour arrondir ses fins de mois en tant que fonctionnaire. Il a perdu son emploi de freelance, mais a eu la chance de pouvoir conserver son deuxième poste, qui rapporte 30 000 livres syriennes par mois (près de 200 dollars) à notre famille. Il est impossible de vivre avec cette somme, alors nous puisons dans nos économies. Mais avec la dévaluation de la monnaie et une inflation constante, nous ne savons vraiment pas combien de temps nous allons pouvoir tenir.
Journal de Syrie : Quitter la Syrie – sur Info-Palestine
Journal de Syrie : La vie en exil – sur Info-Palestine
Journal de Syrie : Retour à Damas – sur Info-Palestine
Journal de Syrie : Dans l’incertitude – sur Info-Palestine
Syrie : conférence de paix annoncée mi-décembre, des morts au coeur de Damas
jeudi 14 novembre 2013, par La Rédaction
La conférence de paix sur la Syrie, plusieurs fois reportée, doit débuter le 12 décembre à Genève a affirmé jeudi un quotidien syrien proche du pouvoir, au moment où des obus ont touché le coeur historique de Damas, faisant trois morts.
Dans la perspective de cette conférence censée trouver une issue à plus de deux ans et demi d’une guerre civile dévastatrice qui a fait plus de 120.000 morts selon une ONG, une délégation syrienne de haut niveau doit se rendre lundi à Moscou, fidèle allié de Damas.
Selon une source officielle en Syrie, la délégation sera notamment composée de la conseillère du président syrien Bachar al-Assad, Bouthaina Chaabane, et du vice-ministre des Affaires étrangères Fayçal Moqdad.
Cette annonce intervient après un entretien téléphonique jeudi entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue syrien.
Un quotidien libanais a de son côté indiqué que le président de la Coalition de l’opposition, Ahmad Jarba, pourrait se rendre samedi à Moscou, une information qu’a cependant refusé de commenter un de ses conseillers.
Citant une source diplomatique à Paris, Al-Watan, quotidien syrien proche du pouvoir, affirme que le secrétaire d’État américain John Kerry a informé son homologue français Laurent Fabius que l’ONU annoncerait le 25 novembre que la conférence débuterait à Genève le 12 décembre.
L’opposition a souligné de son côté qu’aucune date officielle n’avait encore été fixée.
« Des dates sont avancées autour de la mi-décembre. Ce ne sont pas des dates officielles », a déclaré à l’AFP Mounzer Aqbiq, un conseiller d’Ahmad Jarba.
Si régime et opposition ont donné leur accord de principe pour participer à cette réunion, chacun pose des conditions que l’adversaire juge rédhibitoires. L’opposition a annoncé lundi son accord pour y participer à condition que le président Assad remette ses pouvoirs et soit exclu de toute transition.
Mais pour le ministre syrien de l’Information Omrane al-Zoghbi, « ceux qui rêvent qu’ils vont à Genève pour (qu’on) leur remette les clés de Damas sont des gens (…) qui ne comprennent rien à la politique et qui se font des illusions ».
Un premier texte adopté en juin 2012 à Genève par les pays occidentaux qui soutiennent l’opposition et la Russie ne mentionne pas explicitement le sort du président Assad dans le cadre de la transition.
Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a affirmé jeudi que son parti poursuivrait son combat contre les rebelles aux côtés des troupes de Bachar al-Assad.
« La présence de nos combattants sur le sol syrien vise à défendre (…) la Syrie qui soutient la résistance (contre Israël). Tant que cette raison existe, notre présence là-bas est justifiée », a-t-il affirmé dans la banlieue de Beyrouth.
Sur le terrain, les troupes du régime de M. Assad, qui veut arriver en position de force à Genève, tentaient toujours de déloger les rebelles de leurs fiefs, notamment des alentours de Damas, à coups de raids aériens.
De leur côté, les Kurdes continuaient de repousser jihadistes et rebelles des territoires qu’ils entendent administrer dans le nord. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), ils ont pris 18 hameaux ces dernières 48 heures dans la province de Hassaka (nord-est) après des combats avec des jihadistes.
A Damas, trois personnes ont été tuées et 22 blessées jeudi près de la célèbre mosquée des Omeyyades, dans le coeur historique de la capitale, selon l’agence Sana qui a imputé les attaques aux rebelles.
D’après l’OSDH, elles ont été tués par un obus qui s’est abattu sur un quartier chiite.
A l’étranger, la Norvège a annoncé une aide logistique et financière en vue de détruire l’arsenal chimique syrien, une opération que le pays scandinave avait refusé d’effectuer sur son territoire.
Des manifestations ont d’ailleurs eu lieu en Albanie, après que Washington eut sollicité Tirana pour détruire sur le sol albanais cet arsenal.
Le Conseil exécutif de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) doit s’entendre vendredi sur les différentes étapes de la destruction, d’ici à mi-2014, de ces armes.
Fin octobre, elles avaient été placées sous scellés et les sites de production avaient été déclarés inutilisables par l’OIAC.
(14-11-2013 – Avec les agences de presse)
***
En Syrie, la famine comme arme de guerre
De nombreux secteurs assiégés n’ont plus accès à la nourriture et aux médicaments. Un million de Syriens sont piégés dans des régions privées d’aide, selon l’Onu.Certains sont réduits à manger des feuilles et de l’herbe. Les médecins voient des enfants mourir de malnutrition
Depuis des semaines, des mois parfois, des régions entières de Syrie assiégées par les forces de Bachar al Assad ou, plus rarement, les rebelles, n’ont plus aucun accès extérieur à la nourriture et aux soins.
Malgré les appels répétés et de plus en plus désespérés des agences humanitaires, certains de leurs habitants en sont réduits à manger des feuilles ou de l’herbe, dernière étape avant une mort presque certaine.
A Damas, des soldats de Bachar de Assad qui font le siège des quartiers contrôlés par les rebelles ont une expression pour définir cette politique d’étranglement des populations civiles : ils l’appelent la « campagne famine jusqu’à la capitulation ».
Jusqu’à récemment, le siège des zones insurgées n’était souvent que partiel, les forces gouvernementales tablant sur des opérations militaires ponctuelles ou les bombardements pour en déloger les rebelles.
Mais le durcissement du blocus autour des quartiers à majorité sunnite, notamment à Damas ou à Homs, indique un changement de stratégie dont l’objectif semble être de vider ces secteurs de leurs habitants. Quel qu’en soit le moyen. Et le coût humain.
A un barrage routier entre le centre de Damas, sous contrôle gouvernemental, et les quartiers de l’est de la capitale tenus par les rebelles, un journaliste de Reuters présent en Syrie le mois dernier a été témoin de l’application de cette politique.
Ce jour-là, un adolescent à vélo a été arrêté par l’armée alors qu’il tentait de gagner la banlieue Est avec un sac de galettes de pain, aliment de base en Syrie et seul recours pour une population affamée.
L’adolescent a supplié un soldat de le laisser passer avec ne serait-ce qu’une galette. Refus catégorique : « Pas une seule miette ne passera. Ce n’est pas moi qui fixe les règles. Il y a des gens bien plus importants que toi et moi qui font les règles et qui nous regardent en ce moment. Rentre chez toi », lui a ordonné le soldat, visiblement contrarié.
UN MILLION DE CIVILS PRIVÉS D’AIDE
Dans une Syrie où le blocus est devenu une arme de guerre et où les agences humanitaires ne peuvent qu’exceptionnellement accéder aux secteurs assiégés, pas moins d’un million de civils sont totalement privés d’aide, a dit l’Onu le mois dernier.
Selon un rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, la moitié de ces habitants se trouvent dans la région rurale de Damas et 310.000 dans la province centrale de Homs.
Le gouvernement syrien n’a pas réagi aux accusations selon lesquelles il utilise la famine comme une arme contre ses opposants. Il se contente de répéter que les habitants des régions concernées sont « otages des terroristes ».
Certains quartiers de l’est, du sud et de l’ouest de Damas sont partiellement ou totalement encerclés depuis des mois. D’autres villes, comme Koudsaya et Hameh, à une quinzaine de minutes de voiture au nord de la capitale, sont en cours d’isolement, a dit à Reuters un officier de la sécurité de l’Etat se faisant appeler Abou Haïdar.
Les habitants de ces deux villes racontent que le mois dernier, la plupart d’entre eux n’ont pas été autorisés à en sortir pour rendre visite à leur famille pendant la fête musulmane de l’Aïd el Adha, premier signe du blocus.
Les chances de franchir les barrages dépendent en partie de la carte d’identité de chacun. Après des heures d’attente, les fonctionnaires sont parfois autorisés à passer, de même que certains écoliers. Mais pas leurs parents.
Certains habitants de Koudsaya et Hameh ont pu fuir à pied, craignant que les bombardements aériens ou de l’artillerie du mont Kassioun voisin ne succèdent au blocus.
Les voitures sont presque toujours refoulées et dans tous les cas fouillées, de même que les piétons, par des soldats qui disent lutter contre le « trafic » de pain, de lait pour bébé ou de médicaments – des « délits » passibles de prison.
Le blocus n’est pas l’apanage de l’armée gouvernementale. Les rebelles ont établi leurs propres barrages pour sécuriser les quartiers qu’ils contrôlent ou, plus rarement, isoler ceux qu’ils assiègent.
MALNUTRITION ET MALADIES
Dans les régions en état de siège, les médecins constatent une hausse des symptômes de malnutrition : déshydratation, perte de poids, diarrhée ou estomac ballonné.
L’organisation Save the Children, qui a critiqué le mois dernier le blocus délibéré de quartiers de Damas, Homs et Alep, craint une crise humanitaire majeure touchant les enfants.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a confirmé mardi qu’une épidémie de polio sévissait dans le nord-est de la Syrie, conséquence de la baisse des vaccinations en temps de guerre.
L’Onu réclame depuis des mois l’ouverture de corridors humanitaires pour aider les civils assiégés, demande à laquelle Damas a fait la sourde oreille.
La situation semble particulièrement critique à Mouadamiya, un quartier périphérique du sud-ouest de Damas, détruit à 90% et où quelque 12.000 habitants risquent de mourir de faim, selon l’opposition.
Contrairement à la région rurale de la Ghouta, théâtre de l’attaque chimique du 21 août mais qui reste partiellement connectée au reste du pays, Mouadamiya est totalement encerclé par l’armée syrienne depuis un an.
Selon des habitants joints par Skype, l’aviation de Bachar al Assad a détruit il y a quelques semaines les deux dernières grandes canalisations d’eau potable alimentant le quartier, rendant la situation encore plus intenable.
L’autoroute qui longe le quartier servait au début de voie d’approvisionnement, mais la ligne de front s’y étant déplacée, les tireurs embusqués de l’armée syrienne ont resserré l’étau.
En septembre, 3.000 femmes et enfants ont été évacués de Mouadamiya, ont annoncé les Nations unies, et 1.800 autres habitants mardi, d’après une source au ministère syrien des Affaires sociales. Les « terroristes » ont tiré sur ces derniers, affirme la presse gouvernementale.
Ceux qui restent n’ont plus rien à manger, raconte Koussaï Zakaria, un opposant du quartier qui dit avoir vu onze femmes et enfants mourir de faim le mois dernier.
Les stocks de riz, d’orge et de boulgour sont épuisés, ne laissant pour toute ressource aux habitants que des olives, de l’herbe en guise de salade et des feuilles de vigne, sans la garniture de riz et de viande de mouton qui a rendu ce mets célèbre dans tout le Moyen-Orient.

Maysaloon : Tant pis
| Est-ce que je dois vraiment m’émouvoir de la mort de Abu Mohammad al Golani dans une embuscade tendue par le régime ? Je pense que non.Le but de la révolution syrienne n’est pas d’échanger un dictateur alaouite contre un dictateur sunnite ; elle a pour objectif d’assurer la dignité et les droits fondamentaux des citoyens. Je ne vais pas pleurer pour quelqu’un simplement parce qu’il est opposé à Assad alors que son groupe appelle ouvertement au nettoyage ethnique et qu’il a été accusé d’horribles violations des droits humains.
Beaucoup de Syriens m’ont dit « ce sont les seuls qui combattent Assad » et nous devrions donc ignorer leurs erreurs. Je ne suis pas d’accord.Personne n’a demandé cette guerre, c’est Assad qui l’a imposée au pays afin de garder le pouvoir. Ce qu’il voulait, c’était précisément le type de réaction dont des groupes comme Jabhat al-Nusra et ISIS (Islamic State of Iraq and al-Shams) sont capables. Il voulait également renforcer sa position aux niveaux international et intérieur en se faisant passer pour le champion de la laïcité. À y réfléchir, le régime redoutait deux éléments qu’il a voulu éviter à tout prix : le déploiement de manifestations pacifiques dans le pays-parallèlement à un mouvement en faveur d’une société civile-et l’ intervention étrangère-spécifiquement occidentale. Ces deux options semblent bien lointaines maintenant mais si nous voulons que la tuerie s’arrête, s’arrête véritablement, nous devons les remettre sur la table. Peu importe que l’on me gueule « Irak et impérialisme », c’est une question de survie pour tout le pays. Assad et ses alliés présentent maintenant au monde des scénarios pour la Syrie, tous deux inacceptables. Soit le pays devient une variante de la Corée du Nord, soit il se transforme en Afghanistan. Pour des raisons évidentes, ces deux options conviendraient à la perfection à l’Iran, au Hezbollah et à Assad. Mais il y a une mise en garde importante : l’Iran, le Hezbollah et Assad ne peuvent pas imposer leur volonté à la Syrie. C’est ce qu’ils essaient de faire depuis trois ans et ils n’y sont pas arrivés. C’est très important, même si le prix à payer a été très lourd Les Syriens peuvent préconiser une troisième option, celle d’un pays qui respecte les droits de ses citoyens et leur donne l’occasion d’améliorer leurs conditions de vie. Pour y arriver, il ne leur est pas nécessaire d’applaudir et d’encourager n’importe quel fou qui tire avec sa kalachnikov contre le régime. traduction : annie bannie |
Syrie, la mort en face
Alors que les inspecteurs chargés de détruire l’arsenal chimique de la Syrie viennent d’arriver Damas, les combats font toujours rage dans le pays qui est au bord du gouffre. Plus de 100 000 morts en 2 ans de guerre, 2 millions de familles déplacées ou refugiées, certaines des plus grandes villes du pays comme Alep ou Homs quasiment en ruines, et tout récemment des centaines de personnes, hommes, femmes et enfants, victimes d¶attaques chimiques : ce qui était à l’origine une révolution populaire et pacifique s’est transformé en un des conflits les plus meurtrier qu’ait connu récemment le Moyen Orient.
Un des personnages centraux de ce documentaire est Abou Hajjar, 33 ans, un franco-belge de père syrien, élevé entre Aix en Provence et Bruxelles, brillant ingénieur informatique. Bien connu en Belgique, son vrai nom est Abdel Rahman Ayachi, fils du prédicateur franco-syrien Bassam Ayachi installé en Belgique. Il avait été condamné à Bruxelles en juin 2012 à 8 ans de prison dans l’affaire du Centre islamique belge (CIB) de Molenbeek. Il avait rejoint la Syrie avant même le début de son procès. En quelques mois il est devenu l’un des chefs des rebelles, et l’un de leurs héros. Il était à la tête d’une brigade de l’Armée Syrienne Libre d’un demi-millier d’hommes, dans la région d’Idlib au Nord du pays. Islamiste mais hostile aux hommes d’Al Qaeda, charismatique, il a appris la guerre sur Internet et en lisant Che Guevara. Il a gagné ses galons sur le terrain, les armes à la main, en prenant d’assaut une prison. Au moment du tournage de ce documentaire, il préparait et menait une vaste offensive pour prendre le contrôle d’une place forte de l’armée gouvernementale. Préparatifs secrets, assaut, nous avons suivi minute par minute l’opération. Une attaque qui s’avèrera à très haut risque pour lui et ses hommes. Il a été tué le 19 juin dernier.
De l’autre côté de la ligne de front, nous suivrons l’un des derniers Français qui vit encore à Damas. Ancien homme d¶affaires et patron de boîte de nuit, il fait aujourd’hui le guide pour les rares journalistes qui s’aventurent dans la capitale syrienne. Attentats à la voiture piégée, enlèvements, bombardements entre quartiers loyalistes et rebelles, vie quotidienne infernale : il est un des derniers témoins occidentaux dans cette ville où la guerre est chaque jour plus présente. Ce film explore les secrets et les contradictions de cette capitale menacée : la jeunesse dorée qui fait la fête dans les rares quartiers protégés, un éminent collaborateur d’un ministre du gouvernement de Bachar el Assad qui met en cause la torture et les enlèvements commis par le régime, des familles ordinaires, druzes ou chrétiennes, qui se réfugient derrière le drapeau de Bachar el Assad, par peur des rebelles et des radicaux islamistes.
À travers le destin de ces 2 hommes de part et d’autre de la ligne de front, un combattant révolutionnaire et islamiste et un homme d’affaires reconverti dans le baroud, Stéphane Malterre a mené l’enquête au coeur de la guerre syrienne.




