SYRIE : un autre massacre se prépare.


Raphaël Pitti

Cette Tribune que j’ai cosignée , a été refusée par Liberation et le monde parce qu’ils avaient d’autres actualités immédiates
Je vous la confie diffusez la au plus que vous pouvez . MERCI à vous tous qui acceptez de me suivre .

 

Depuis plusieurs jours, le régime de Damas a lancé une offensive dans la région d’Idlib ou se trouvent plus de 3 millions de civils. Bachar El Assad et ses alliés russes et iraniens mettent en oeuvre une méthode et une tactique éprouvées lors des sièges d’Alep et de la Ghouta : bombardements aériens massifs et pilonnage délibéré par l’artillerie.

Les habitants d’Idlib sont majoritairement des déplacés internes. Ils ont déjà connu ces horreurs. Ils ont déjà fui l’enfer, et après avoir vécu dans des conditions déplorables, de nouveau, ils sont pris pour cible. Ils vivent de nouveau l’encerclement, la famine, le manque d’eau, la destruction systématique des structures hospitalières et des lieux de vie.

Les civils se retrouvent pris au piège entre les djihadistes d’Hayat Tahrir al-Cham qui contrôlent différents secteurs de cette région et les bombardements de Bachar El-Assad.

Le bilan est d’ores et déjà catastrophique : trois structures médicales ont été bombardées ce week-end en Syrie, portant à 16 le nombre total d’établissements ciblés et mises hors service au cours des deux dernières semaines. Rien que la semaine dernière, plus de 152 000 personnes ont été déplacées.

L’escalade des violences a poussé seize ONG partenaires de l’ONU à cesser leurs activités. Quelque 50 000 personnes ont été privées de l’aide fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM) et des milliers d’autres n’ont plus accès aux soins de santé ni à l’éducation. 3 millions de réfugiés dans cette zone sont dépendants de l’aide humanitaire, si celle-ci est arrêtée et avec la violence des bombardements, ils partiront vers la Turquie pour se mettre à l’abri, manger et se faire soigner. Personne n’arrêtera une foule de 3 millions qui voudra traverser la frontière turque. Nous sommes devant les prémisses d’une catastrophe humanitaire à la hauteur de celle de 2015. Nous ne pouvons nous résoudre à un tel drame.

Une fois de plus, les civils sont pris pour cibles. Une fois de plus, les civils vont mourir sous les bombes de Poutine et de Bachar El Assad. Sous nos yeux. Une fois de plus, dans ce pays, on massacre des hommes, des femmes et des enfants dans le silence assourdissant de la communauté internationale.

Chaque année, nos dirigeants se pressent à la tribune des Nations unies pour célébrer l’universalité des droits. Mais, quand vient le massacre des Syriens, il n’y a plus personne. Personne pour faire respecter les pseudo-« lignes rouges ». Personne pour aider Alep avant-hier. Personne pour la Ghouta hier. Personne pour Idlib aujourd’hui. Personne.

Et pas grand-monde non plus sur nos places ou dans nos rues, il faut le reconnaître, pour manifester notre soutien et notre solidarité. Le droit d’ingérence fut décrédibilisé par les mensonges criminels des américains en Irak et par le chaos destructeur en Libye. L’idée d’humanité, elle, n’en finit pas de périr de nos absences, de nos renoncements, de notre indifférence.

La seule voix qui se fait malheureusement entendre est celle de Vladimir Poutine : la Russie s’est opposée vendredi dernier aux Nations unies à toute volonté de mettre fin au pilonnage d’Idlib. Tout comme elle s’était opposée aux résolutions de l’ONU sur les attaques chimiques en Syrie. Tout comme elle s’est méthodiquement et inlassablement opposée à toutes les résolutions sur la Syrie depuis 2011. Laissant ainsi se perpétrer huit longues années de massacres avec un bilan tragique : 370 000 morts, 13 millions de Syriens déplacés, 2,9 millions d’invalides. Tous ceux qui ont justifié ce drame, tous ceux qui l’ont minimisé, tous ceux qui ont fermé les yeux et tous ceux qui ont célébré tant Poutine que Bachar El-Assad en seront comptables devant l’Histoire.

Au nom d’un « anti-impérialisme » pavlovien ou d’un soi-disant « réalisme », nos leaders politiques ont abandonné le peuple syrien, livré à un interminable cauchemar..

Nous demandons solennellement à Emmanuel Macron de tout faire pour éviter un nouveau massacre. Il faut d’urgence que la France participe au déploiement d’un bouclier humanitaire, diplomatique et sanitaire pour protéger les populations civiles piégées par le régime de Bachar El-Assad et par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham dans la région d’Idlib.

Catherine Coquio, Sarah Kilani, Raphael Glucksmann, Raphael Pitti,
Veronique Nahoum-Grappe
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Assad massacre et le monde observe


Filiu: «On aurait préféré que les Syriens se laissent massacrer en silence»


 

Avec Les Arabes, leur destin et le nôtre, paru en 2015, le Français Jean-Pierre Filiu parcourt plus de deux siècles de destinée commune entre le monde arabe et l’Europe. Une histoire contée par un chercheur qui n’a jamais hésité à prendre position. Surtout depuis que le conflit en Syrie s’est développé. Nous l’avons rencontré à Bruxelles, après sa conférence donnée à l’UPJB.

Que pensez-vous de clichés en Occident affirmant que «l’islam n’est pas compatible avec la démocratie » et que « ces gens-là ont besoin d’un pouvoir fort sinon le chaos l’emporte»?
Dans mon dernier livre, en autres, je rappelle que la Tunisie a aboli l’esclavage deux ans avant la France, et en 1861 a élaboré la première constitution du monde musulman qui comportait la séparation du politique et du religieux. Les Lumières arabes, qu’on désigne sous le nom de «Nahda» (renaissance), se sont largement inspirées des Lumières européennes mais sur certains points elles étaient très en avance. Pendant deux siècles rarement des peuples comme les peuples arabes n’auront lutté avec constance et opiniâtreté pour leurs libertés individuelles et collectives. Et ce combat a été systématiquement contrarié, frustré, du fait d’interventions étrangères et/ou de régressions autoritaires, celles-ci étant souvent liées à celles-là.

 

On a totalement effacé l’héritage parlementaire et pluraliste du monde arabe, qui était très vivace dans l’entre-deux-guerres, avec ses imperfections comme dans tout système démocratique. Des partis libéraux, une presse pluraliste, des débats d’idées, tout cela a été englouti dans ce que j’appelle «le grand détournement» de 1949 et 1969, entre le premier coup d’Etat en Syrie et celui de Kadhafi en Libye. Ce grand détournement par des pouvoirs militaires et liberticides a tué cet héritage et fondé ce mythe du despote utile dont les Arabes auraient soi-disant besoin. Un mythe réactivé après le 11-Septembre, quand tous ces régimes se sont posés en partenaires de la «guerre contre la terreur» de l’administration Bush et ont assimilé toute forme d’opposition à Al-Qaïda. La réalité aujourd’hui, tragique, c’est que la dictature égyptienne actuelle a ramené le pays à un niveau de violence inconnu depuis… Bonaparte en 1798; quant à la dictature syrienne, elle a fait régresser le pays au niveau d’horreur de Tamerlan en 1400. Donc, on n’est pas dans une «restauration» autoritaire, on n’est même pas dans une stabilité en trompe-l’œil, on est dans une régression épouvantable qui fait que plus les dictatures sont fortes plus les djihadistes sont puissants.

Y a-t-il eu un tournant en Syrie?
Pour Daesh, c’est août 2013. Avec la reculade occidentale, notre inaction, après le carnage chimique orchestré par le régime près de Damas. C’est là que Daesh a pris son envol. Avec cette justification mensongère, comme tous les éléments de la propagande djihadiste, qui est que ce serait un «djihad humanitaire», de solidarité avec le peuple syrien.

Il semble que depuis les attentats du 13 novembre à Paris l’idée s’impose que Daesh est l’unique ennemi…
La France continue à défendre une ligne «ni-Bachar ni Daesh» dans une solitude occidentale préoccupante. Car Bachar est aujourd’hui la principale machine à produire des réfugiés. Il a expulsé la moitié de la population syrienne hors de ses foyers. Et, aujourd’hui, les réfugiés qui avaient relativement les moyens de quitter le pays, de payer leur voyage, risquent d’être remplacés par des paysans expulsés par la politique de la terre brûlée menée désormais par la Russie, dont les bombardements sont encore plus dévastateurs que ceux du régime Assad.

C’est un aveuglement, en Occident?
Il y a eu deux tournants révolutionnaires affectant la sécurité de l’Europe: la chute du Mur de Berlin en 1989 puis la chute du Mur de la peur chez les Arabes en 2011. Ce deuxième tournant n’a absolument pas été pris en compte pour ce qu’il était par les Européens qui, au contraire, l’ont regardé avec perplexité sinon hostilité. On est encore dans un monde où le seul impérialisme serait américain. Comme si l’impérialisme russe n’existait pas! La guerre totale contre la terreur version Poutine risque d’être aussi dévastatrice pour la sécurité du continent européen que ne le fut la version George W. Bush, avec notamment l’invasion de l’Irak qui est à la source de la naissance de Daesh. On peut ainsi multiplier les incapacités à voir la nouveauté, et cela se traduit par des réflexes conservateurs du type «revenons au statu quo ante». Sauf qu’il est impossible d’y revenir, c’est fini.

D’où viennent les erreurs d’analyse occidentales?
Très souvent, les politiques ne veulent pas entendre ce que les diplomates leur disent. Il est ainsi clair qu’aujourd’hui le président Obama est dans le déni. Il a décidé que rien ne se passerait au Moyen-Orient jusqu’à son départ de la Maison-Blanche, donc il impose des mensonges d’Etat qui me paraissent aussi graves que ceux de l’administration Bush. Par exemple, le nombre de djihadistes prétendument tués. Aucune personne sérieuse ne peut admettre le chiffre donné de 20.000. On est peut-être dans l’ordre de grandeur entre 2 et 3.000. Et d’ailleurs cela ne veut rien dire si, dans l’intervalle, ils en ont recruté 50.000. Donc, on se ment. Avant le Bataclan, il a eu les attentats dans le Sinaï (l’avion de ligne russe piégé, NDLR), à Ankara, à Beyrouth. Après, il y a eu Tunis, Istanbul, Jalalabad, Djakarta et San Bernardino. Et on veut nous expliquer que Daesh est affaibli ! Quand on entend les Américains dire «Daesh aura été significativement affaibli», je cite, «d’ici à la fin de 2016», ils éludent que d’ici à la fin de l’année l’équivalent du Bataclan peut se produire à plusieurs reprises dans le monde entier.

Que faire, alors?
La seule façon de reprendre l’initiative contre Daesh c’est de s’emparer de Raqqa (son QG dans le nord-est syrien, NDLR). Ce qui impose d’agir avec les forces révolutionnaires syriennes, arabes sunnites, qui sont précisément celles que Poutine bombarde. Chaque jour qui passe rend la menace encore plus sérieuse, il ne faut pas se mentir. On entend des responsables dire à Bruxelles que la question n’est pas de savoirsi un nouvel attentat aura lieu mais quand il aura lieu. C’est terrible. On est dans une forme de défaitisme. Il faut préparer l’opinion, mais en même il faut désigner correctement, en dehors de toute envolée démagogique, la voie que l’on pourrait suivre pour sortir de cette impasse. Si on ne frappe pas Daesh comme il le faut – c’est-à-dire à la tête et chez lui – c’est parce qu’on s’interdit de le faire, comme les Américains.

Que pensez-vous de l’idée que, malgré que ce soit un salaud, Assad serait «un moindre mal» à côté de Daesh?
J’ai connu Assad père et je connais Assad fils. Je les ai pratiqués depuis plus de trente ans. Ils ne sont pas le moindre mal, mais la source de ce mal! L’idée qu’on pourrait endiguer ce mal en les ménageant est faire preuve au mieux d’aveuglement, au pire du cynisme. Cette abdication morale ne peut qu’alimenter les deux monstres, Assad et Daesh. Et puis, soyons justement réalistes: que peut rapporter Assad dans la lutte contre Daesh? Des soldats? Non, il n’en a pas. Des informations? Il n’en a pas. Une légitimité politique? Il n’en a pas. Il n’y a plus d’Etat en Syrie. On est face à une bande mafieuse soutenue à bout de bras par la Russie et par l’Iran. Au-delà même de la Syrie, il faut identifier les forces vives qui sont nos alliés naturels dans ce combat pour nos libertés au nord et au sud de la Méditerranée. Ce n’est pas facile! Ça implique d’aller au-delà justement de tous les clichés. Car la limite de l’audace pour certains décideurs européens c’était de savoir si on est prêt à travailler avec les islamistes! Si on avait développé une coopération digne de ce nom avec toutes les structures d’administration locale dans la Syrie rebelle, on aurait maintenant partout des partenaires sur le terrain, qui seraient aussi des vecteurs d’information et de mobilisation contre Daesh. On ne l’a pas fait.

Les cassandres disent que si on avait aidé les rebelles en 2011-12, qui présentaient déjà un front fragmenté, on aurait favorisé le développement d’une situation anarchique à la libyenne…
Les personnes qui pontifient ainsi n’ont pas la moindre idée de ce qui se passe concrètement sur le terrain. Ils ont surtout perdu l’empathie. Ils regardent ces Arabes comme des créatures exotiques et non pas comme des gens qui ont fondamentalement les mêmes aspirations que nous. Les mêmes aspirations que les Européens de l’Est en 1989. Concrètement, nous ne pouvons pas faire comme si notre responsabilité n’était pas totalement engagée. Or qu’avons-nous fait? Moins que rien! Non seulement nous n’avons pas suivi nos déclarations de principe – je parle des attaques chimiques mais on pourrait citer toutes les dispositions du droit de la guerre qui ont toutes été violées de manière systématique par le régime Assad et la Russie – mais nous négligeons aussi que de la réussite du combat de l’opposition dépend notre sécurité. Le problème est que plus on attend plus l’investissement sera lourd et dur pour un résultat aléatoire et réversible. Parce qu’on a trop attendu. Et on continue d’attendre malgré le Bataclan. Alors que de toute façon nous serons obligés d’intervenir à un moment ou à un autre. Car il deviendra intolérable pour nos opinions publiques de rester indéfiniment sous cette menace. Le symbole de Bruxelles paralysée pendant plusieurs jours pourrait être l’annonce de ce qui sera demain le devenir de nos sociétés. C’est intenable! Il y aura un moment où l’on demandera aux dirigeants de faire quelque chose. Enfin. Et là-bas. Tout ce qu’on peut faire ici ne sera jamais que la gestion des retombées. On peut tuer Daesh effectivement, mais il faut nouer une coopération durable et solide avec des forces sur le terrain qui peuvent mener l’offensive sur Raqqa. On en revient à la même chose : il faut travailler avec ces révolutionnaires qu’on a enterrés deux cents fois – et étrangement ils sont toujours là, ils ont une direction politique, des délégations, des porte-parole et ils sont capables de s’organiser, de mettre en avant leurs revendications. Au fond, le non-dit c’est que la révolution syrienne embête tout le monde! On aurait préféré que ces Syriens se laissent massacrer en silence. Pourtant non, ils ne reviendront plus jamais en arrière, le mur de la peur est tombé. Mais ils savent que si jamais Assad, par exemple, revenait à Alep, ce serait un bain de sang comme sans doute on n’en a encore jamais vu au Moyen-Orient. Que sortirait-il de cela? Encore plus de djihadistes et de réfugiés. On voit bien qu’on est dans une spirale infernale mais comme on recule le moment de vérité, on aggrave les termes d’une équation connue qui demande à tous, politiques, intellectuels, journalistes et militants, de se prononcer.

Propos recueillis le 3 février 2016 par BAUDOUIN LOOS

Biographie Express
A 55 ans, Jean-Pierre Filiu a une carrière déjà bien remplie, qui a vu cet arabisant tâter de la diplomatie dans le monde arabe et à Washington. Désormais chercheur au Ceri et professeur à sciences po, il a écrit une quinzaine d’essais dont une Histoire de Gaza, en 2012, Je vous écris d’Alep, en 2013, et Les Arabes, leur destin et le nôtre, en 2015.

 Source : ce permalien.

Tribune. “Je n’ai jamais voulu publier une photo d’enfant mort. Jusqu’à hier”


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Peut-on publier la photo d’un enfant mort en première page d’un journal ? D’un enfant qui semble dormir, comme notre fils ou notre petit-fils ?

Jusqu’à hier soir, j’ai toujours pensé que non. Ce journal s’est battu pour le respect de limites claires et infranchissables, pour le respect des êtres humains. Hier encore, ma réponse a été : “On ne peut pas la publier.”

Mais pour la première fois, je ne me suis pas senti bien. J’ai senti au contraire que cacher cette image, c’était comme détourner le regard, faire comme si de rien n’était, que tout autre choix reviendrait à se ficher du monde. Cela ne servirait qu’à nous donner une autre journée d’inconscience tranquille.

Et là, j’ai changé d’avis. Le respect, pour cet enfant qui fuyait avec ses frères et ses parents une guerre qui se déroule aux portes de chez nous, exige que tout le monde sache. Que chacun de nous s’arrête un instant et prenne conscience de ce qui est en train de se passer sur les plages qui bordent la mer où nous sommes allés en vacances. Ensuite, vous pourrez reprendre le cours de votre vie, peut-être indignés de ce choix, mais conscients.Je les ai rencontrés ces gamins syriens, enfants d’une bourgeoisie qui abandonne tout – maisons, boutiques, terrains – pour sauver l’unique chose qui compte. Je les ai vus tenir la main de leurs parents qui, comme tous les papas et toutes les mamans du monde, veulent les protéger de la peur et leur achètent une peluche, une casquette ou un ballon avant de monter dans un canot, après leur avoir promis qu’il n’y aurait plus ni cauchemars ni explosions dans leurs nuits.

Nous ne pouvons plus tergiverser, faire des acrobaties entre nos peurs et nos élans de compassion, cette photo fera l’Histoire comme le fit celle de cette fillette vietnamienne la peau brûlée par le napalm ou de ce petit garçon les bras levés dans le ghetto de Varsovie. C’est la dernière occasion pour les dirigeants européens de montrer qu’ils sont à la hauteur de l’Histoire. Et c’est l’occasion pour chacun de nous de faire ses comptes avec le sens de l’existence.

source

« Je pense à la Syrie et je me mets à pleurer »


ENTRETIEN AVEC L’HISTORIEN SYRIEN FAROUK MARDAM-BEY

ORIENT XXI > MAGAZINE > ENTRETIEN > SYLVAIN CYPEL > 8 DÉCEMBRE 2014

Historien syrien, Farouk Mardam-Bey a été, en tant que militant marxiste, opposant au nationalisme du Baas dès la première heure. En 1976, enseignant en France, il est privé de son passeport et menacé d’emprisonnement en cas de retour dans son pays. Depuis, il vit en France. Il a été, avec Leila Chahid et Élias Sanbar, l’un des fondateurs de la Revue d’Études palestiniennes. Auteur, chez Actes Sud, de Sarkozy au Proche-Orient (2010), d’une Anthologie de la poésie arabe contemporaine (2007), de Jérusalem, le sacré et le politique (2000) et de nombreux autres ouvrages, il est le directeur des éditions Sindbad et a été l’un des « passeurs » de la littérature arabe, la rendant accessible à un large public français.

Sylvain Cypel. — Comment vivez-vous le carnage syrien, avec ses millions de victimes, de réfugiés et de déplacés  ?

Farouk Mardam-Bey. — Je vais vous faire un aveu : régulièrement, chez moi, je pense à la Syrie et je me mets à pleurer. Des amis syriens m’ont dit qu’il leur arrive la même chose. Nous vivons tous avec ce sentiment qu’au «  pays de la peur et du silence  » est né au printemps 2011 un mouvement populaire qui a suscité d’immenses espoirs, tant il paraissait inespéré. Et puis, après des évolutions que vous n’avez ni souhaitées ni pu empêcher, vous sentez un jour que les choses vous ont totalement échappé. Elles ont d’ailleurs échappé à tous les protagonistes. Assad, qui ne règne que sur Damas et une grande part de la «  Syrie utile  », est incapable de ressouder le tissu national du pays. Il ne domine pas plus la situation que ses opposants. Les bons connaisseurs de l’armée syrienne, par exemple, disent que l’essentiel du pouvoir à Damas est désormais détenu par l’Iran. En face, Daech peut tenir longtemps, mais sans pouvoir étendre son pouvoir. Et un tiers du territoire reste entre les mains d’autres forces elles-mêmes divisées. D’où ce sentiment que plus personne ne maîtrise la situation, et aussi que cela risque de durer très longtemps.

S. C.En mars 2013, vous écriviez un article intitulé «  Vaincre l’indifférence  ». On a cependant le sentiment que, depuis, le conflit syrien se heurte de plus en plus à une lassitude générale…

F. M.-B. — Ce conflit a déjà fait au moins 200 000 morts, encore plus de blessés, et 8 millions de déplacés et de réfugiés, dont la moitié hors du pays. Or on constate effectivement une opinion, tant arabe qu’internationale, devenue apathique sur le dossier syrien. En France, certaines franges, du Front national à des groupes gauchistes, soutiennent un régime «  laïc  », mais le gros de l’opinion s’est installé dans une forme d’indifférence. Même à gauche, désormais, lorsqu’on évoque le régime de Bachar Al-Assad, on entend des gens dire «  oui, mais d’un autre côté, il y a les islamistes  ». On ne le justifie pas, mais il y a là une forme de compréhension qui évacue les crimes quotidiens de son régime. Lorsque, très récemment, l’aviation syrienne a bombardé le marché de Raqqa, rempli de civils, aucune voix à gauche ne s’est levée pour dire «  ça suffit  ». Tout ça parce que Raqqa est la «  capitale  » des djihadistes de l’État islamique. Cette indifférence est la plus difficile à vivre. Ce qui est insupportable, c’est que ce sentiment d’impuissance pourrait s’éterniser, tant on ne voit pas d’issue. Dans cinq ou dix ans, on demandera des comptes aux dirigeants du monde : «  où étiez-vous alors que toute cette horreur se passait  »  ?

QUARANTE ANS SANS LIBERTÉ D’EXPRESSION

S. C.Assad a-t-il réussi dans son entreprise de délégitimation de l’opposition non djihadiste, l’Armée syrienne libre ayant presque disparu des radars  ?

F. M.-B. — Oui, il y est amplement parvenu. Le plus grave est qu’il est arrivé à «  confessionnaliser  » le conflit avec ses opposants et à bénéficier du soutien de deux minorités, les alaouites [dont la famille Assad est issue] et les chrétiens, et d’une certaine neutralité des autres, Druzes et Kurdes. Enfin l’opposition s’est suicidée par ses divisions. Aujourd’hui, ses membres s’insultent entre eux. Elle n’a plus aucune crédibilité. C’est désespérant.

S. C. Pourquoi a-t-elle été incapable de s’unifier  ?

F. M.-B. — La Syrie est un pays où toute parole libre a été supprimée pendant plus de quarante ans. La culture politique y a presque complètement disparu. Ajoutons qu’un grand nombre des émigrés syriens se sont retrouvés dépendants du soutien des États qui les accueillaient, en Turquie, au Qatar, en Arabie ou ailleurs, ces «  Amis de la Syrie  ». Cela explique en partie leurs divisions. Et aussi les accusations de corruption dont beaucoup font l’objet.

Mais il ne faudrait pas croire que toute la Syrie se divise désormais en deux camps. Dans le sud, la région de Deraa n’est toujours ni aux mains d’Assad, ni de Daech. Il en est de même pour diverses poches de territoire autour de Damas. Il reste en Syrie des opposants qui ne sont pas djihadistes. Certains sont même d’anciens partisans du régime, et ils cherchent le lien avec l’opposition de l’extérieur. Diverses initiatives sont prises pour reconstituer une troisième voie entre le régime et Daech. Comme celle de Moaz Al-Khatib, un ancien imam important [jugé proche de la Turquie et du Qatar], président de la Coalition nationale des forces de l’opposition entre novembre 2012 et avril 2013, reçu le mois dernier reçu à Moscou et qui a déclaré ensuite que les Russes seraient «  disposés à lâcher Bachar si son régime est préservé  » .

UN BOURGEONNEMENT ARTISTIQUE ET CULTUREL

S. C.Quelles sont les dernières évolutions hors de la Syrie  ? La diaspora syrienne reste-t-elle capable de se mobiliser   ?

F. M.-B. — En Syrie, les années 1980, surtout après le massacre [d’une révolte populaire menée par les Frères musulmans] à Hama en 1982, ont été des années terribles. Incarcérés, les opposants ont passé dix ou vingt ans en prison. Toute une culture du dialogue s’est perdue. Et la plupart des opposants sont partis à l’étranger. Parmi eux, beaucoup, aujourd’hui, ne font que ressasser le passé. En revanche, il y a dans la jeune génération un regain d’activité. Dans la période récente, il n’y a jamais eu autant de poètes, d’écrivains, de cinéastes qui produisent des œuvres. Certains documentaires, comme Eau argentée [d’Oussama Mohammad et Wiam Simav Bedirxan], ont été projetés à Cannes. Le médecin réfugié à Istanbul, Yassine El-Hadj Saleh, emprisonné durant seize ans sous Assad et dont la femme, Samira Khalil, enlevée par des islamistes [le 10 décembre 2013], est toujours entre leurs mains, essaie d’animer sur Internet un mouvement culturel syrien en exil.

Mais le plus réconfortant, c’est la multiplication des initiatives humanitaires. Parmi ces millions de déplacés, il y a une masse d’enfants qui n’a plus été à l’école depuis 3 ans. Il y a au Liban quelques initiatives remarquables, comme Soumboula (l’Épi de blé), une association active dans l’alphabétisation et la formation professionnelle, y compris à l’intérieur de la Syrie. Mais cela reste épars. On sent une incapacité à coordonner même les activités de ce genre. Je m’interroge beaucoup sur cette propension à prendre des initiatives chacun de son côté hors de toute coordination. Comme si chacun entendait créer une association à son image. La plupart de ces gens sont laïcs mais aussi peu politisés.

PAS DE SOLUTION AVEC ASSAD

S. C.Qu’est-ce qui vous apparaît comme la première des urgences aujourd’hui en Syrie  ?

F. M.-B. — Alléger les souffrances des gens qui vivent sous les bombes ou dans les camps de réfugiés. Au début, il aurait été important de parvenir à créer une zone d’exclusion aérienne. Maintenant, c’est trop tard. L’ONU devrait se mobiliser beaucoup plus qu’elle ne le fait sur les enjeux humanitaires.

S. C.Le départ de Bachar Al-Assad reste-t-il à vos yeux une condition préalable à toute solution politique pour mettre fin à cette guerre  ?

F. M.-B. — Oui. Une sortie de crise est difficile à imaginer, mais il n’en existe aucune qui permettrait à Assad de garder le pouvoir. S’il avait compris que son départ était inscrit, à la conférence de Genève [juin 2012], il aurait pu sauver sa vie et vraisemblablement sa fortune. Désormais, ce n’est plus possible. En se comportant comme il l’a fait, il s’est condamné à jamais. Pour sortir de la crise, il faudrait auparavant que les puissances qui comptent dans la région — les États-Unis, la Russie, l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite — trouvent un terrain d’entente, sachant que l’Iran est plus important encore que la Russie sur la question syrienne. Si Téhéran lâche Assad, il devra partir. Il serait donc essentiel qu’un accord survienne entre Téhéran et Washington sur le nucléaire iranien. Sans cela, il n’y aura pas d’accord international possible sur la Syrie. Mais on a le sentiment qu’en dehors de Barack Obama, pas grand monde ne veut réellement aboutir sur le dossier nucléaire iranien.

En attendant, un partage sur une base confessionnelle de la Syrie commence à être évoqué publiquement. Or une telle partition serait ingérable et calamiteuse. Elle entraînerait d’épouvantables nettoyages ethniques, vu que les sunnites constituent désormais 80 % de la population et vu l’interpénétration des populations : il y a plus d’alaouites aujourd’hui à Damas que dans le «  pays alaouite  ». Pendant ce temps, des villes comme Alep et Homssont à moitié rasées. On assiste au succès d’un régime criminel face à une opposition dans un état lamentable, au prix de souffrances inouïes de la population et dans une indifférence et une incompréhension terrifiantes de l’environnement régional et international. La Syrie ne mérite pas cela. Lorsque récemment les Israéliens ont bombardé Gaza, il y a eu des manifestations dans le monde entier. Mes compatriotes demandaient : «  Et nous, pourquoi ce silence  »  ? Le problème est que les Syriens n’ont pas de porte-voix crédible dans l’opinion internationale.

Sylvain Cipel

source

Assad reçoit Paris Match: comment en sommes-nous arrivés là?


Par , publié le 04/12/2014 à 09:00, mis à jour à 12:07

Indignée par l’interview « exclusive » du dictateur syrien publiée dans Paris Match, la chercheuse et militante Marie Peltier publie une lettre ouverte au magazine. « Assad tue en toute liberté, en toute impunité, parce que nous continuons à lui donner la parole, parce que nous avons démissionné », dénonce-t-elle.

Assad reçoit Paris Match: comment en sommes-nous arrivés là?

Bachar el-Assad.  » il n’y a aujourd’hui, sauf à entrer dans une logique de négationnisme et de déni, plus matière à remettre en doute l’étendue des crimes du régime baathiste’

Reuters/Syrian TV/Reuters TV

 

 

 

Dans son numéro de cette semaine, Paris Match annonce fièrement en « exclusivité mondiale » un entretien avec Bachar el-Assad, accompagnée d’une vidéo des « coulisses de l’entretien » et d’un lien vers la page Facebook de la présidence syrienne. Ce qui ressemble à s’y méprendre à une opération de communication parfaitement rôdée. Ainsi, un criminel de guerre, responsable direct et indirect de la mort de 200 000 de ses concitoyens, est affiché en « guest-star » dans un media français, au même moment où il bombarde massivement, et impunément, une population civile sans défense. Et il n’y aura sans doute pas grand monde pour s’en indigner.

>>>Lire aussi Le régime syrien cent fois plus meurtrier que les djihadistes de l’EI

Parce que rassurez-vous, chère rédaction de Paris Match, votre démarche ne paraîtra pas incongrue aux yeux de la plupart de vos lecteurs. Dans une époque où la « liberté d’expression » – la nôtre évidemment – est devenue un dogme inquestionnable, beaucoup réagiront en disant qu’il faut « écouter toutes les parties », qu’il ne faut pas « être binaire », qu’après tout, lui aussi à droit à la parole. Les mêmes qui fustigent la plupart du temps « l’unilatéralisme » des media, applaudiront ou consentiront au fait d’entendre celui qui a aussi « le droit de se défendre ».

Mais seulement, voilà. Nous sommes fin 2014. La guerre syriennedure depuis 3 ans et demi. Et là où certains doutes étaient encore permis en 2011, il n’y a aujourd’hui, sauf à entrer dans une logique de négationnisme et de déni, plus matière à remettre en doute l’étendue des crimes du régime baathiste. L’arrestation, l’emprisonnement, la torture (parfois jusqu’à la mort) des militants pacifistes syriens ont été systématiques, documentés, dénoncés sans relâche par les ONG de défense des droits humains (voir notamment les nombreux rapports de Human Rights Watch et de Amnesty International). Les bombardements aux barils de TNT visant les immeubles d’habitation sont désormais quotidiens – des dizaines de civils ont encore perdu la vie la semaine dernière à Raqqa, dans le Nord du pays. L’utilisation d’armes chimiques – prétendue  » ligne rouge  » de la communauté internationale – a été régulière, jusqu’à aujourd’hui. Le viol comme arme de guerre a fait l’objet de nombreux témoignages et reportages de terrain. Lesréfugiés se comptent par millions.

Comment donc en sommes-nous arrivés là ? Comment pouvez-vous « tranquillement » annoncer un entretien « exclusif » avec un criminel de guerre, comme on proposerait les dernières révélations sur l’affaire Nabilla ou le dernier scoop sur les relations douteuses de Sarkozy ? Comment cela peut-il se produire « normalement », sans faire (trop) scandale ?

« Un régime tortionnaire a réussi à nous convaincre que la victime, c’était lui »

Parce que la narration mise en place par le régime Assad et véhiculée, nourrie par ses nombreux soutiens à travers le monde a remporté la bataille médiatique. Parce qu’aujourd’hui, celui qui mène la danse, qui désigne les cibles à combattre, c’est lui, le tyran de Damas.

Cette propagande, qui aujourd’hui est partagée autant par l’extrême droite que par une partie de la gauche radicale, en passant par une large partie de l’opinion publique « mainstream », s’est construite – avec notre large contribution – sur un objet narratif central : nier la dynamique populaire syrienne, effacer des préoccupations les aspirations de la société civile syrienne qui se sont levées en mars 2011, son combat pour la liberté et la dignité après 40 ans d’autoritarisme et de terreur. Substituer cette dynamique à la désignation d’ennemis qui font « sens » dans nos contrées : l’Islam radical pour les uns, l’empire américano-sioniste pour les autres. Et cela a permis de ratisser large. L’essoufflement des printemps arabes, puis la montée en puissance du groupe terroriste Daech ont semblé donner raison à l’entreprise. La boucle était bouclée.

« Assad tue en toute liberté. En toute impunité »

Il n’est plus question aujourd’hui de respect des droits humains, de lutte pour faire tomber la tyrannie, de soutien aux revendications démocratiques. Un régime tortionnaire a réussi à nous convaincre que la victime, c’était lui. Que le soutenir, c’était aussi nous sauver. Des barbares. Et de l’Empire. Les Syriens, au milieu, ont été assassinés.

Chère rédaction de Paris Match, je ne sais pas quelles ont été vos motivations exactes à la publication de cet entretien. Je peux juste vous dire une chose: chaque nuit, des enfants syriens gisent sous les décombres. Chaque nuit, des hélicoptères larguent du ciel des tonneaux d’explosifs qui ne tuent guère d’islamistes et qui ne gênent guère les américains – ni personne d’autre d’ailleurs. Assad tue en toute liberté. En toute impunité. Parce que nous avons choisi de continuer à lui donner la parole, parce que nous avons démissionné. Nous avons refusé la solidarité au peuple syrien, nous avons refusé que nos valeurs sacro-saintes de liberté s’appliquent aussi à eux. Nous avons cru en nos peurs, à nos fantômes. Et que dire encore quand, telle une prophétie auto-réalisatrice, les évènements récents semblent même nous donner raison ?

Que peut-être l’histoire, elle, ne nous oubliera pas.

 

>> lire aussi La dynastie Assad ou l’art de la survie

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voici l’interview du journaliste

Le régime syrien cent fois plus meurtrier que les djihadistes de l’EI


Par Anna Fischer, publié le 22/11/2014 à 09:53

Les vidéos de décapitations diffusées ces derniers mois par l’organisation terroriste Etat islamique soulèvent l’indignation et l’écoeurement. Pourtant, à y regarder de plus près, les forces syriennes restées fidèles à Bachar el-Assad demeurent bien plus meurtrières.

Le régime syrien cent fois plus meurtrier que les djihadistes de l'EI

Après le largage de barrils d’explosifs dans le quartier d’al-Shaar à Alep, le 6 novembre 2014. Ces bombes rudimentaires sont probablement à l’origine de la majorité des morts en Syrie.

Reuters/Rami Zayat

 

 

 

Aussi ignobles soient les exactions perpétrées par les djihadistes de l’Etat islamique (EI), l’examen des chiffres de morts civiles enSyrie est formel: depuis le début du soulèvement, en mars 2011, les crimes commis par le groupe demeurent bien moins nombreux que ceux du régime de Damas.

Les crimes de l’Etat islamique

En Syrie, l’Etat islamique serait responsable de la mort de quelques 800 civils, selon le Réseau syrien pour les droits de l’Homme, parmi les quelque 200 000 morts recensés par l’Organisation des Nations Unies (ONU) depuis mars 2011, dont une écrasante majorité de civils. En incluant les régions en Irak contrôlées par le groupe, le chiffre total atteindrait environ 1500 morts, selon diverses sources non-gouvernementales.

Outre les exécutions sommaires, par décapitation ou non, le groupe terroriste a revendiqué des attentats à la voiture piégéeet des tirs d’obus de mortier dans des zones principalement fréquentées par des civils.

Un attentat à la voiture piégée a ainsi fait 34 morts, le 20 juin 2014, à Al-Horra, un village contrôlé par les troupes du régime de Bachar el-Assad, dans la province syrienne de Hama. Plusieurs fois par semaine, des attentats semblables ont lieu en territoire irakien, entraînant des dizaines de victimes.

L’EI aurait également eu recours aux bombes à sous-munitionsen Syrie, d’après l’ONG Human Rights Watch. Disparitions forcées, torture, kidnappings d’humanitaires et de journalistes, emploi d’enfants comme soldats sont monnaie courante pour ce groupe, qui applique la charia dans les territoires qu’il contrôle.

La barbarie du régime syrien

Aussi horribles soient les crimes de l’EI, ils sont bien en-deçà de l’ampleur et la brutalité des crimes commis par les forces gouvernementales syriennes et milices pro-Assad depuis mars 2011 : l’une et l’autre auraient tué près de 125 000 civils en Syrie, selon les estimations du Réseau syrien pour les droits de l’Homme.

[youtube http://youtu.be/OPTaQFGIIbA?]
Les vidéos des activités criminelles de l’EI frappent les esprits, à juste titre. Mais le régime syrien, lui, continue chaque jour de tuer des civils au moyen de barils d’explosif. Le 29 octobre, au moins 10 déplacés (parmi lesquels une majorité de femmes, d’enfants et de personnes âgées) ont été tués dans des raids aériens du régime syrien, au cours duquel des barils d’explosif agrémentés de ferraille ont été lâchés sur un camp de déplacés à Idleb, dans le nord-ouest du pays, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

Larguées par dizaines sur des villes et villages, ces bombes rudimentaires sont probablement à l’origine de la majorité des morts en Syrie.

Torture à mort

La terreur syrienne ne vient pas que du ciel. En mars 2014, un photographe de l’armée syrienne ayant fait défection a révélé quelques 55 000 clichés représentant plus de 11 000 victimes torturées à mort, hommes femmes et enfants de tous âges, de toutes origines confessionnelles et ce uniquement pour la région de Damas.

Autre arme de terreur, le bombardement à l’arme chimique dans la banlieue de Damas, le 21 août 2013, alors sous contrôle de l’opposition. L’attaque a fait plus de 1 700 morts, dont une majorité de civils, selon Médecins sans frontières. Elle a, selon toute vraisemblance, été perpétrée par les forces gouvernementales. Ces dernières, ou leurs supplétifs, ont également multiplié les massacres de civils, comme dans les villes d’al-Bayda et de Baniyas, où au moins 248 personnes, dont 45 femmes et 43 enfants, ont été exécutés sommairement.

Enfin, dès le début du conflit en mars 2011, les forces de l’ordre et milices pro-régime ont fait du viol des femmes une arme de guerre.

Les crimes commis par l’EI, sous l’objectif des caméras, sont sans commune mesure avec l’ampleur des exactions commises par les forces pro-gouvernementales. Pour autant, selon l’ONU, l’EI est lui aussi coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

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