Faraj Bayrakdar est un poète syrien
né en 1951 près de Homs.
Son oeuvre, traduite en plusieurs langues,
a reçu divers prix littéraires,
notamment le prix Hellman-Hammet
(1998), l’American PEN Freedom-to-
Write Award (1999) et le Free Word
Award (Hollande, 2004). Ses premiers
recueils sont publiés dès 1979 ;
les pensées poétique et politique y
sont déjà intimement liées. Membre
du parti Baas, le poète s’en dégage
pour adhérer à un parti de l’opposition
: l’Organisation de l’action
communiste. Cet engagement provoque
son emprisonnement en 1987.
Comme plusieurs de ses camardes, il
est détenu sans accusation ni procès
jusqu’en 1993 où il est condamné
sans aucun recours juridique par la
Cour suprême de la Sûreté de l’État
à 15 ans de prison pour appartenance
à une organisation politique illégale.
Les autorités syriennes nient encore sa
torture bien qu’Amnesty International
affirme qu’il a souffert de plusieurs
dégâts vertébraux dont la déformation
de la colonne vertébrale jusqu’à
la nuque, suite à l’usage de la « chaise
allemande ». Durant sa captivité, paraît
à Beyrouth son quatrième recueil :
Une colombe aux ailes déployées. La
prison le pousse à apprendre à « écrire
sans papier ni crayon » des morceaux
confiés à sa mémoire orale et celle
de ses codétenus. Ils trouvent même
ensemble un moyen de fabriquer de
l’encre à partir de thé et d’émincés
d’oignon. Bayrakdar affirme : « La
poésie m’a aidé à emprisonner la prison.
» En novembre 2000, après 14
ans de captivité, dont 4 dans la prison
isolée de Tadmour, Faraj Bayrakdar
est libéré suite à une campagne de soutien
internationale. Il vit aujourd’hui
en Suède.
Un poème :
Visite
Enfin… !
Contrairement à ce que n’est
pas
Son habitude
Mon aimée
à l’appel de son nom
Sourit
L’univers alors célèbre la
naissance
De deux firmaments
nouveaux
Les papillons se parent d’ailes
Faites de liberté pure
Merci !
Disent les forêts
Elles démêlent leur chevelure
au peigne du vent
Merci !
Disent les mouettes
Elles secouent de leurs ailes
La fatigue des migrations
premières
(…)
Dieu à nouveau occupe son
trône
Enfin… !
Et tout comme à son habitude
La voix du gendarme
glougloute
Et annonce
Fin de la visite !
Alors
Les fenêtres de la prison
referment leurs paupières
Les visages des murs se
couvrent
De la couleur de la honte.
le 26 janvier 1993, prison de
Saydnaya.
Poème traduit de l’arabe par Ritta
BADDOURA.

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