La Belgique, inégalitaire ? Il n’y a qu’à !


Béatrice Delvaux
Mis en ligne il y a 9 heures

Ce serait donc une légende. La Belgique ne serait plus cette société égalitaire que nous vantaient nombre d’enquêtes. Les chiffres de la Banque nationale sont très clairs : nous sommes (re)devenus un pays où la concentration d’un maximum de richesses se fait sur un minimum d’individus.

La situation n’est pas la pire d’Europe, mais la sonnette d’alarme avait déjà été tirée par ceux qui reconnaissent que notre pays a mieux résisté que d’autres à la crise économique, mais grâce aux mécanismes redistributifs – sécurité sociale, accès raisonnable aux soins de santé, à l’éducation, à l’indexation – et à l’importance de la classe moyenne. L’évolution spontanée creuse, elle, le fossé entre un noyau dur de 10 % de très pauvres qui cumulent tous les handicaps (chômage, logement précaire, assuétudes…) et les plus nantis qui cumulent les avantages, comme la capacité à payer à leurs enfants les très bonnes unifs, les cours particuliers, les spécialisations. Les inégalités se reproduisent d’une génération à l’autre.

Pour être en riche en Belgique, la voie royale est la détention d’un patrimoine. Qu’on se constitue par la Bourse, en touchant les rémunérations de haut cadre ou de top manager, mais surtout par héritage. Ce constat, non pas belge, mais qui vaut désormais pour nos sociétés, a été réalisé de façon remarquable et très remarquée par l’économiste français Thomas Piketty dans Le capital du XXIe siècle sorti il y a quelques semaines. C’est « le » livre à lire par les politiques.

L’économiste y montre de façon historiquement et économiquement implacable comment la fortune et le nombre des rentiers pourraient dépasser, aujourd’hui, ceux qu’on enregistrait du temps du Vautrin de Balzac, dans Le Père Goriot, au XIXe siècle. «  Le pire des mondes conjuguerait le cynisme de Vautrin et la bonne conscience des discours hyperdémocratiques dont on nous rebat les oreilles, pour justifier les très hautes rémunérations, au détriment de ceux qui ne seront jamais ni héritiers ni supercadres. Soit l’immense majorité de la population.  »

Et tout cela nous mène où ? «  Si vous prolongez la tendance actuelle jusqu’à 2040 ou 2050, prédit Piketty, les inégalités deviennent insoutenables. Même les plus fidèles adeptes du marché doivent s’en inquiéter. Or, les politiques ont les leviers pour résoudre la tension ou éviter l’explosion.  » Il suggère un impôt progressif sur le capital, parallèle à l’impôt progressif sur le revenu. Non pour se venger des riches mais pour garder le contrôle d’une dynamique mondiale explosive.

Une réforme fiscale ? Le sujet est sur la table du gouvernement belge et des différents partis depuis des mois. Personne n’ose sauter le pas, au-delà du bla-bla. Les différences idéologiques s’affrontent et l’approche des élections va sans doute empêcher toute avancée sur ce sujet très délicat pour les électeurs. Il n’y a pourtant, on le voit, plus le choix.

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