Bordel gratuit pour les réfugiés : le hoax allemand du moment


De prétendues entrées gratuites dans les maisons closes destinées aux réfugiés circulent sur l’Internet allemand.

(De Berlin) A première vue, on dirait d’inoffensifs billets de tombola, à la différence que ceux-ci portent le logo de différentes administrations, accompagné d’un intitulé aguicheur en lettres majuscules  : « Bon pour une visite gratuite à la maison close  », avec horaires et conditions de validité bien en évidence.

Prétendu coupon pour un bordel bavarrois

Prétendu coupon pour un bordel bavarrois – Mimikama.at

Rien de foncièrement choquant dans un pays où les maisons de prostitution ont pignon sur rue, au point qu’une jeune chômeuse bavaroise de 19 ans se soit récemment vu proposer le plus sérieusement du monde, dans un courrier de l’agence fédérale pour l’emploi, un job d’«  hôtesse de bar  » au bordel du coin, le Colosseum Sauna Club, à raison de 42 heures par semaine principalement en horaires nocturnes et les week-ends.

Hoax monté par l’extrême droite

Mais à la différence de ce navrant cafouillage administratif qui avait traumatisé une adolescente et plongé dans l’embarras le Pôle emploi de la ville d’Augsbourg, ces fameux «  pass gratuits  » pour les maisons de tolérance n’existent pas.

Il s’agit d’un énième canular, propagé par les réseaux proches de l’extrême droite, pour attiser le ressentiment contre les réfugiés, prétendus «  bénéficiaires  » de ces tickets de rationnement d’un nouveau genre. Le message est clair  : les migrants, on leur donne tout, ils peuvent même aller aux putes aux frais du contribuable allemand  !

Capture d'écran de la page Facebook de Pegida

Capture d’écran de la page Facebook de Pegida

Ces trois photos ont été publiées par l’utilisateur Fred S. dans le groupe «  Fans officiels de Pegida  », un groupe Facebook fermé qui compte plus de 3 000 membres affichant haut et fort leur soutien au mouvement xénophobe Pegida (patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident) et au parti populiste eurosceptique Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Fred. S., dont le profil Facebook est lui largement public, a participé au printemps dernier aux manifestations contre l’ouverture d’un centre d’hébergement pour réfugiés dans la localité de Tröglitz, dans la région est-allemande de Saxe-Anhalt, manifestations qui avaient culminé par l’incendie criminel du bâtiment en avril, quelques jours avant son ouverture. Les coupables du sinistre n’ont toujours pas été identifiés.

D’après ces photos de Fred. S., partagées des milliers de fois, plusieurs collectivités seraient donc donc prêtes à payer aux demandeurs d’asile des journées gratuites au lupanar : la mairie de Graz, deuxième ville d’Autriche, les services sociaux de Hanovre, capitale de la région de Basse-Saxe, dans le nord de l’Allemagne, ainsi que l’Etat régional de Bavière, au sud du pays.

« Evidemment que c’est du n’importe quoi  », dément catégoriquement la mairie de Hanovre. Konstanze Kalmus, porte-parole du maire, explique à Rue89 :

« D’ailleurs, ce format de coupon détachable rappelle des types de cartes humoristiques qui existent depuis bien longtemps. A l’origine, il s’agissait d’articles de farces et attrapes. »

La rumeur est tenace

Le « hoaxbuster » germano-autrichien Mimikama.at s’est attelé à démonter la rumeur. Le site web collaboratif souligne que le coupon jaune prétendument distribué par l’Agence sociale de l’Etat de Bavière (Sozialamt des Freistaates Bayern), en plus d’être truffé d’incohérences et d’erreurs grossières, ne peut être qu’un faux, car en Allemagne, il n’y a pas d’agence sociale à l’échelon régional  : en effet, celles-ci dépendent exclusivement des communes. CQFD.

Comme c’est bien souvent le cas avec les canulars, la rumeur est tenace  : la ville de Graz, nichée au pied des Alpes autrichiennes, la combat depuis plusieurs années, bien avant que la crise des réfugiés ne monopolise le devant de la scène médiatique.

En août 2014, le parti de la Liberté (FPÖ), autrefois dirigé par Jörg Haider, avait diffusé des images semblables de «  pass bordel gratuits  ». Les coupons d’alors étaient supposément destinés aux «  assistés  ». La presse autrichienne n’avait pas manqué de dénoncer la supercherie  : «  Bordel gratuit pour les chômeurs  : le FPÖ tombe dans le panneau  », avait titré le journal Heute.

Photos des prétendus coupons pour les chômeurs diffusées par le FPÖ

Photos des prétendus coupons pour les chômeurs diffusées par le FPÖ – Capture d’écran

Mais dans le contexte actuel où, après les agressions du nouvel anà Cologne, les demandeurs d’asile sont assimilés par les populistes à des prédateurs sexuels en puissance, ces rumeurs se répandent à toute vitesse. Rien que dans la métropole rhénane, plus de 1 000 femmes ont porté plainte pour vols ou agressions à caractère sexuel survenus la nuit de la Saint-Sylvestre. Le carnaval de Cologne, qui attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs, s’achève ce mardi. Plusieurs dizaines de femmes ont à nouveau porté plainte, et une journaliste belge de la RTBF, Esmeralda Labye, a été victime d’attouchements de la part de fêtards éméchés en plein direct.

Lointaine euphorie

La suspicion à l’encontre des réfugiés est donc de plus en plus forte. D’autant qu’il y a près d’un an, un pasteur protestant bavarois à la retraite avait précisément suggéré cette idée à sa commune, pour que les réfugiés puissent assouvir leurs « pulsions ».

«  Un ami m’a raconté que 100 demandeurs d’asile vont être hébergés dans son village, et beaucoup d’habitants craignent que ces hommes ne harcèlent les femmes  », s’était épanché en mars 2015 le révérend Ulrich Wagner dans une interview, sans pour autant préciser avec quels moyens cette mesure pourrait être financée (« Une mère maquerelle aura peut-être envie de faire une bonne œuvre  », avait charitablement suggéré l’homme d’Eglise).

Sa proposition n’avait pas été suivie d’effet, mais avait déjà largement nourri les fantasmes de la fachosphère.

Qu’elles semblent loin, ces incroyables semaines d’euphorie où des milliers d’Allemands applaudissaient les réfugiés dans les gares, et où il suffisait à la chancelière Angela Merkel de dire «  on va y arriver  » pour que tout le pays en soit convaincu… C’était en septembre, il y a moins de six mois.

source

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