L’homme peut le pire… et le meilleur aussi


 Dans La Libre

LES ÉLÈVES DE 5E DU COLLÈGE DE BASSE-WAVRE Publié le mercredi 11 mai 2016 à 13h55 – Mis à jour le mercredi 11 mai 2016 à 14h00

MOVE WITH AFRICAL’eau est encore trouble, mais nous entendons la traverser et nous ancrer à nouveau solidement dans le sol.

Nous sommes quinze élèves de 5e du Collège Notre-Dame de Basse-Wavre. Comme de nombreux autres, nous étions conscients que le monde ne va pas super bien, qu’il est le théâtre d’injustices et de drames. Nous voulions en savoir plus, découvrir s’il faut se résigner ou s’il existe une place, même minime, un peu d’espace, pour que s’épanouisse cet idéal d’un monde plus juste et plus solidaire. Avec quelques profs, nous avons conçu le projet de nous rendre au Bénin. La Libre Belgique a soutenu ce projet que nous avons construit avec Iles de Paix. Pendant un an, nous nous sommes préparés pour ce voyage pas comme un autre, à la découverte des gens, de ce qui construit leur vie et édifie leur conscience.

Si nous voulions aller au Bénin, c’était certes un peu pour notre plaisir personnel, mais aussi, et premièrement, parce que la vie des gens qui habitent ailleurs dans le monde est importante pour nous. Nous pensions confusément que les autres humains sont de notre grande famille et que ce qui les concerne nous concerne également. Nous n’avons pas (encore) rencontré ces Béninois.

Il était prévu que nous prenions l’avion le 22 mars. La Journée internationale de l’eau nous semblait un beau présage. Nous ne vous raconterons pas ce qui s’est passé à Zaventem. Nous avons vu des choses auxquelles il n’est pas utile que des jeunes soient confrontés et nous n’entendons pas vous les infliger à notre tour. Cela fait partie de nos vies, de nos histoires personnelles et nous nous en accommodons comme nous le pouvons. Les passer sous silence n’est pas les minimiser ou en nier l’existence. De mauvaises nuits, une certaine façon de réagir à des bruits inattendus nous en rappellent l’empreinte indélébile. Pour être honnêtes, nous ne discernons pas encore très clairement la façon la plus appropriée de ranger cela dans la bibliothèque de nos consciences. L’eau est encore trouble, mais nous entendons la traverser et, les deux pieds sur l’autre rive, nous ancrer à nouveau solidement dans le sol. Nous ne savons pas exactement ce qui motive quelqu’un à se faire exploser : la frustration de subir discrimination sur discrimination, l’endoctrinement dans une religion dévoyée ou la folie. Nous ignorons cela, mais nous savons que ce sont des êtres humains, qu’ils sont de notre famille humaine. Aujourd’hui, sans colère ni tristesse, mais avec détermination, nous réaffirmons pour la plupart notre adhésion à cette idée que tout être humain est sacré. Cela vaut pour les victimes (des attentats comme, de façon plus générale, du fonctionnement du monde) comme pour les auteurs (des attentats comme, de façon plus générale, pour les responsables ou bénéficiaires du fonctionnement du monde).

Dans une telle circonstance où la tempête gronde, cette idée est une bouée de sauvetage. On s’y accroche et l’on se sent soutenu par des siècles de civilisation. Les valeurs humanistes que nous en avons héritées sont précieuses : elles nous aident à traverser les épreuves.

La société dans laquelle nous vivons si naïvement est en quelque sorte “cassée”, et il nous aura fallu ces attentats pour nous rendre compte que c’est à nous de la réparer, que chacun de nous, si petit qu’il soit, doit apporter sa touche de couleur afin de rendre ce monde plus fraternel et plus juste. Chaque humain est important, nous avons tous un rôle à jouer. Il ne faut pas croire que l’on est impuissant; nous pouvons agir, et nous devons agir, à notre manière. La part d’influence que nous pouvons avoir sur le monde, nous sommes résolus à l’utiliser à cette fin. Aujourd’hui, nous avons conservé, intacte, l’envie de vivre, d’explorer, d’ouvrir les bras, de tendre la main, de nous amuser, de serrer dans les bras, de découvrir, de rebondir, d’aimer, d’avancer, de jouer et d’écouter de la musique, de ressusciter notre enfance insouciante. Pardonner ? Oui, peut-être, ou peut-être pas. Nous ne sommes pas forcément unanimes là-dessus. La vie de chacun est précieuse; il faut y faire attention. Nous avons conscience d’avoir eu beaucoup de chance, ce 22 mars, mais aussi le jour de notre naissance dans une famille privilégiée d’un pays privilégié.

Si l’homme est capable du pire, il peut aussi le meilleur. Nous voulons donner le meilleur de nous-mêmes pour un monde plus juste. Faisons chacun de notre mieux pour aider les autres dans leur vie.

Antoine, Calypso, Camille, Charlotte D., Charlotte V., Denis, Eléonore, Elise, Grégoire, Guillaume, Juliette, Louise, Manon, Nicolas et Virginie.

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