La faim comme stratégie de guerre


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 (« Le Soir » du 14 janvier 2014)

On meurt de faim en Syrie. Et ce n’est pas fortuit. Il s’agit d’une stratégie, d’une méthode de répression du régime. Une dizaine de zones aux alentours de Damas aux mains des rebelles ont expérimenté des sièges mis en place par l’armée loyaliste qui ne laisse rien passer.

Dernier cas connu : le plus grand camp de réfugiés palestiniens au Proche-Orient appelé « Yarmouk », à la lisère sud de la capitale syrienne. Il y aurait déjà eu plus de 24 décès dus à la faim et l’ONU lance des appels à l’aide.

Yarmouk, bombardé depuis fin 2012 par l’aviation du régime, n’est plus qu’un pitoyable champ de ruines. Mais, dans ces décombres survivent encore quelque 20.000 personnes sur les 170.000 qui y habitaient sur 2,2 km² avant les événements. La majorité a réussi à fuir, mais ceux qui y sont restés subissent, en même temps que les groupes rebelles qui s’y sont infiltrés, un siège en règle depuis février 2013. Pire : depuis l’été, le dernier point de passage vers le monde extérieur a été fermé et, depuis, plus rien n’entre dans le camp.

Le 20 décembre dernier, constatant que les communiqués de son agence tombaient dans des oreilles sourdes ou indifférentes au sein de la communauté internationale, l’Italien Filippo Grandi, commissaire général de l’Unrwa (l’agence spécialisée de l’ONU qui vient en aide aux réfugiés palestiniens à travers le monde depuis 1950) a lancé un appel solennel.

« La situation à Yarmouk n’a cessé de se détériorer, écrit-il. 20.000 Palestiniens sont piégés dans le camp et malgré que des rapports très alarmants sur la souffrance et la faim se soient multipliés, nous n’avons plus été capables d’entrer dans la zone depuis septembre pour prodiguer l’assistance désespérément souhaitée. (…) Il est de ma responsabilité d’informer la communauté internationale du fait que les conditions humanitaires dans le camp assiégé de Yarmouk empirent dramatiquement (…). Si rien n’est fait de manière urgente, il se pourrait qu’il soit trop tard pour sauver des milliers de personnes dont des enfants. (…) »

Cet appel n’a eu plus d’échos que les précédents. Le 30 décembre dernier, un porte-parole de l’Unrwa à Beyrouth signalait que des rapports parvenus à l’agence annonçaient « le décès de 5 réfugiés par malnutrition, ce qui portait le nombre dont nous avons eu connaissance à 15 ».

Ce 10 janvier, l’Observatoire syrien des droits de l’homme basé en Grande-Bretagne communiquait un nouveau bilan, établi à 41 personnes mortes en raison de la faim et du manque de soins et de médicaments, dont au moins 24 décédées de malnutrition. Sur les réseaux sociaux circulent d’insoutenables photos de civils, dont des vieillards et des enfants qui ressemblent aux survivants des camps nazis de la mort.

Des sources comme le Réseau palestinien pour l’aide aux réfugiés en Syrie relayé par l’agence Maan à Bethléem indiquaient le 10 janvier que les habitants de Yarmouk en étaient réduits à se nourrir d’herbe et qu’une tentative de faire sortir 300 malades du camp avait été empêchée par des tirs de soldats du régime.

Si tous les rebelles de Yarmouk ne sont pas palestiniens, il n’est guère étonnant que la contestation contre le régime qui a débuté en 2011 ait rapidement trouvé un écho fort parmi les populations d’origine palestinienne en Syrie. Quelque 500.000 réfugiés palestiniens sont enregistrés officiellement dans ce pays.

Ces Palestiniens savent mieux que quiconque que l’aura de défenseur de leur cause dont le régime Assad s’est affublé depuis toujours est demeurée superficielle : jamais Hafez el-Assad ou son fils Bachar maintenant au pouvoir n’ont osé défier Israël même s’ils se sont parfois servis du champ libanais pour titiller l’Etat hébreu via des milices à leur solde.

Les directions exilées des organisations palestiniennes radicales comme le Hamas ont vite quitté Damas après le début de la répression en 2011 et n’y mettent plus les pieds, dénonçant la répression et le siège. A Ramallah, des centaines de Palestiniens ont manifesté le 5 janvier pour l’ouverture de l’aide humanitaire à Yarmouk et Mahmoud Abbas, le président palestinien, qui avait tenté une médiation l’été dernier selon le journal libanais Al Akhbar, a réitéré un appel en ce sens.

Côté régime, s’agissant de la stratégie militaire presque aussi vieille que le monde qui consiste à affamer son adversaire cerné, elle trahit – outre une absence de scrupules qui ne peut surprendre de la part d’un pouvoir qui n’hésite pas à bombarder hôpitaux et boulangeries – une cruelle vérité des chiffres, celle d’une absence de troupes en nombre suffisant pour attaquer les fiefs adverses.

Sans le concours des combattants du Hezbollah libanais et des miliciens chiites irakiens et iraniens, Bachar el-Assad eût sans doute d’ailleurs éprouvé bien du mal à survivre.

source  via B.Loos sur fb

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Une réflexion sur “La faim comme stratégie de guerre

  1. Quelle honte de laisser mourir cet enfant Palestinien de la faim. Il faut faire quelque chose afin d’éviter cette perte d’un enfant innocent et d’autres victimes.

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