PALESTINE – Nos vacances à Gaza


Tandis que la colonisation juive progresse en Cisjordanie et que les colons y assassinent des enfants dans les villages arabes, la vie quotidienne sous blocus et la menace israélienne permanente pèsent sur plus de 1,8 million de Palestiniens coincés dans la bande de Gaza. Au début de chaque été, les Gazaouis s’interrogent cependant, un peu ironiquement ; ils se posent toujours la même question : « Où va-t-on passer les vacances, cette année ? » Des « vacances » 2015 assombries par l’attentat qui a coûté la vie au petit Ali…

Cette question est posée depuis l’an 2000, depuis la fermeture des frontières ; et notamment en 2006, lorsque le blocus total a commencé, imposé par les forces d’occupation israéliennes. Depuis lors, en effet, le déplacement des Gazaouis vers la Cisjordanie ou les voyages pour quelque destination à l’étranger que ce soit sont pour ainsi dire complètement impossibles pour la plupart des résidants de la bande de Gaza.

Bien sûr, les habitants de Gaza ont d’autres préoccupations… Le sujet semble incongru. Mais les habitants de Gaza essaient de donner une vie « normale » (que peut être une vie « normale » à Gaza ?) à leurs enfants ; ils voudraient qu’ils puissent avoir aussi le droit de passer quelques moments de détente, pendant les mois de vacances scolaires.

Pour la majorité d’entre eux, la plage de Gaza est le seul endroit où passer quelques heures par jour, pour d’oublier un peu les difficultés quotidiennes et le souvenir qui plane sur la ville des deux mille personnes tuées, l’été dernier, par les bombardements israéliens.

La plage attire les familles et les jeunes de toute la bande de Gaza ; ils y fuient la chaleur et les coupures d’électricité. Il y a bien quelques coins de campagne, dans les villages situés dans le sud ou tout au nord de la bande de Gaza ; mais ils sont limitrophes des zones tampon imposées par Israël, et ils sont souvent pris pour cible par les tirs de l’armée.
La plage est donc bien le seul lieu où trouver un peu d’espace ; d’autant qu’il n’existe pour les enfants de Gaza aucune association de loisir, ni aucune structure éducative d’été. Seules quelques associations essaient d’en prendre en charge un maximum ; et quelques bibliothèques publiques également, celles qui n’ont pas été détruites par les bombardements, comme l’ont été la plupart des terrains de sport… Les petits passent le temps devant la maison ; dans des quartiers souvent surpeuplés.

Quant aux plus grands, qui souffrent du chômage et de l’absence de perspectives, ils traînent dans les cafés ou dans les rues, à échanger sur un avenir sombre ; ou bien ils se retrouvent eux aussi sur la plage.

Mais l’accès à ce seul endroit de loisir  est quelquefois rendu difficile, par la présence de la marine israélienne ; par ailleurs, aucune infrastructure d’accueil n’existe et les problèmes sanitaires se multiplient sur la plage…

Heureusement, toutefois, que la mer borde la bande de Gaza, sans quoi  les habitants étoufferaient.

Mais ces « vacances » 2015 ont été brusquement assombries, par des colons israéliens, qui ont tué, le vendredi 31 juillet, un bébé palestinien de 18 mois, lors d’une attaque  préméditée, une attaque qui a volontairement provoqué l’incendie de deux maisons, à coups de cocktails Molotov, dans la bourgade de Doma, près de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie.

Il s’appelait Ali Dwabcha, brulé vif, tandis que ses parents ont été sévèrement blessés et que sont frère, Ahmad, âgé de 4 ans, souffre de graves brûlures.

Ce n’est pas la première fois que ce petit village est attaqué par des colons sionistes extrémistes, par les habitants des colonies de peuplement illégales qui l’entourent –les observateurs des Nations unies ont répertorié 120 attaques, depuis janvier 2015, menées contre des agglomérations palestiniennes de Cisjordanie par des colons israéliens-, des attaques terroristes, souvent appuyées et couvertes par l’armée israélienne, et qui demeurent impunies –le plus souvent, aucune enquête n’est même diligentée, et les plaintes sont classées sans suite ; cette fois-ci, cependant, le symbole est trop puissant : la mort de ce bébé a fait vibrer la presse internationale, et le gouvernement israélien, peut-être, sera obligé de poursuivre jusqu’au bout les coupables.

Ali a été pris au piège dans la maison en flammes, dont il ne reste aujourd’hui que les murs, couverts de graffitis racistes et haineux, écrits en hébreu.

Les deux habitations se trouvaient à l’entrée du village : les colons se sont rapidement enfuis, en direction de la colonie de Maale Efrayim (plus de 500 000 colons juifs peuplent les colonies de Jérusalem-est et de Cisjordanie occupée –rappelons-le : en violation du droit international et de la résolution 242 des Nations unies en particulier- ; et le gouvernement israélien autorise chaque année leur expansion).

Des vacances atroces, dont Riham, la mère du petit Ali et de son frère Ahmad, se souviendra toute sa vie durant.

Saad, leur père, lui, a succombé à ses blessures quelques jours après l’attentat…

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