La lutte pacifique de Budrus


LOOS,BAUDOUIN

Jeudi 8 septembre 2011

Proche-Orient L’histoire d’un village palestinien qui résiste

RENCONTRE

La petite centaine de personnes présentes ce mercredi midi au cinquième étage du Parlement européen à Bruxelles en avaient presque le souffle coupé : la projection du documentaire Budrus venait de se clore et l’émotion était perceptible. Budrus ? Un petit village palestinien de Cisjordanie situé non loin de la « ligne verte », la frontière délimitant jusqu’en 1967 le cessez-le-feu de 1948. Si cette localité est devenue célèbre en Palestine, c’est en grande partie en raison de la détermination et la ténacité de ses habitants, qui ont refusé dès le début de son érection, en 2003, le mur-barrière de séparation construit par Israël.

« Budrus conte l’histoire de notre résistance pacifique, nous explique à Bruxelles Ayed Morrar (photo), héros du documentaire, où il apparaît comme le principal instigateur du mouvement. Nous avons été le premier village palestinien lésé par la construction du mur d’apartheid à nous organiser. La lutte a été gagnée en moins d’un an, grâce à notre mobilisation, femmes et enfants compris, et à celles de militants internationaux et de nombreux amis israéliens, comme le film le montre bien. »

En effet ! La solidarité et la connivence qui se nouent entre villageois en résistance et pacifistes israéliens ne laissent pas d’impressionner. A Budrus même aussi, d’ailleurs : la stupéfaction de ce membre du Hamas avouant devant la caméra de la réalisatrice Julia Bacha sa surprise d’avoir rencontré des Israéliens juifs se battant pour les droits des Palestiniens – « ils m’ont même protégé contre leur armée », s’exclame-t-il tout ahuri – vaut son pesant d’or.

Le documentaire, produit en 2009 par l’ONG internationale surtout israélo-palestinienne Just Vision, donne la parole à toutes les parties, même si on sent une empathie pour la lutte pacifique du village. L’ONG s’est donné pour but de montrer ce que le grand public à travers le monde ignore souvent, victime des médias qui privilégient le spectaculaire. Le film connaît une carrière de choix. Il a ainsi raflé une dizaine de prix internationaux, de San Francisco à Madrid en passant par… Jérusalem.

La leçon pacifique de Budrus a porté des fruits. D’abord, en raison de la victoire. « Après nos mois de résistance, l’armée israélienne a évacué 1.200 dunum (environ 120 hectares) de nos terres que le mur englobait côté israélien, et la barrière a été reculée jusqu’à la ligne verte. Mais des centaines d’oliviers, notre activité principale, avaient été déracinés… D’autres villages ont suivi notre exemple, Biilin, Nalin, etc., même s’ils n’ont pu réussir à obtenir des succès aussi grands que le nôtre. »

Une armée désarmée

Ayed Morrar est intarissable s’agissant de la non-violence. « Les Israéliens se sont montrés surpris. Face à notre action, ils étaient… désarmés. L’armée aurait sans doute préféré que nous recourions à des moyens violents, ce qui aurait justifié une répression sans états d’âme, mais là… »

La proximité de la présentation, par l’Autorité palestinienne à New York, de la demande de reconnaissance de l’Etat palestinien par l’ONU suscite chez notre interlocuteur un sentiment mitigé. « Ce sera un grand pas symbolique, mais sur le terrain l’occupation israélienne ne va pas cesser pour autant, il faudra continuer la lutte. »

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