Syrie A Damas, le régime affiche une confiance sans bornes


Analyse

Comme on pouvait le craindre, la date butoir du 10 avril fixée par l’ONU n’a pas correspondu, sur le terrain, à une pleine application du plan Annan, du nom de l’ancien secrétaire général des Nations unies. Des informations contradictoires ont circulé ce mardi, Damas affirmant avoir commencé à retirer ses troupes de plusieurs villes, ce que l’opposition démentait vertement. Pour Kofi Annan, l’armée syrienne « se retire de certains endroits et se déplace dans d’autres ». Le plan en six points prévoit en tout cas un cessez-le-feu général dans les 48 heures.

Pour nombre d’observateurs, le régime de Bachar el-Assad se sent dans une position suffisamment forte pour ne pas craindre pour sa survie en l’état actuel des choses. Une série d’éléments qui s’additionnent en attestent.

Un soutien local encore significatif

Si une bonne partie des sunnites (deux tiers de la population) compte parmi les opposants à un régime qui n’hésite pas à tirer sur sa population, des minorités comme les alaouites (dont la plupart des caciques du régime sont issus) ou les chrétiens restent – sans enthousiasme mais par crainte de l’inconnu – du côté des Assad. Ceux-ci brandissent la menace des « terroristes » d’en face et l’épouvantail d’une guerre civile : « Les alaouites au cimetière et les chrétiens à Beyrouth », comme le proclame un slogan apocryphe très efficace.

Une opposition faible

Bachar el-Assad et les siens profitent aussi de la faiblesse de l’opposition. Le Conseil national syrien (CNS) tente, depuis l’exil, d’unifier les rangs de cette opposition, mais il est patent qu’il n’y parvient pas. Soumise à de fortes pressions externes, sa direction est en outre « minée par des querelles politiques, du clientélisme et de l’inexpérience », comme le disait en mars au Soir l’experte française Caroline Donati.

L’ASL, « armée syrienne libre », de son côté, n’a d’armée que le nom. Son organisation souffre de moyens de communication dérisoires et son armement reste surtout celui, de petit calibre, emmené par les déserteurs. Le Qatar et l’Arabie Saoudite ont promis des armes, mais se gardent de les faire parvenir, ce qui poserait d’ailleurs de gros problèmes géostratégiques : par où les livrer ? L’armée loyale au régime n’a rien à craindre de l’ASL et elle ne peut donc perdre pour le moment une guerre d’usure contre les révoltés.

Moscou et Pékin veillent à l’ONU

Quand bien même des responsables de la communauté internationale osent çà et là (comme le Belge Reynders dans les colonnes du Soir mardi) un discours un tantinet plus musclé, Damas sait pouvoir compter sur la Russie et la Chine, aux Nations unies, pour veiller sur ses intérêts (déjà deux vetos jusqu’ici). Or on voit mal la communauté internationale s’engager militairement sans mandat du Conseil de sécurité. Sauf que l’appui russe et chinois est conditionné par un élément : si les violences imputables au régime devaient prendre les allures d’un « Srebrenica » par semaine (plusieurs milliers de civils tués froidement sur un site précis), Moscou et Pékin se verraient contraints de réviser leur politique. Rappelons que c’est la perspective d’un massacre à Benghazi qui avait motivé ces deux puissances à ne pas opposer leur veto en mars 2011 à une intervention militaire occidentale destinée à « protéger les civils » en Libye, même si la suite allait susciter l’ire des deux mêmes pays.

Les chiites au garde-à-vous

A l’extérieur, le régime jouit également du soutien jusqu’à présent illimité des forces régionales chiites, à savoir l’Iran des ayatollahs et le Hezbollah au Liban. Ce soutien est sans doute moins lié à une solidarité sectaire (la religion alaouite est une dissidence éloignée du chiisme) qu’à une alliance politique ancienne scellée dans l’hostilité commune à l’Occident « impérialiste » et à Israël, « entité sioniste coloniale ».

Même l’Irak post-Saddam Hussein n’est pas défavorable à un régime syrien proche de Téhéran comme bon nombre des ministres à Bagdad, dont le premier, Nouri al-Maliki, longtemps exilé dans la capitale iranienne.

L’Occident tétanisé

Les Etats-Unis et l’Union européenne ont bien du mal à cacher leur immense embarras. Les sanctions économiques et diplomatiques imposées à Damas dissimulent une impuissance à agir de manière décisive. Les Etats-Unis ont été les plus clairs, Obama estimant par exemple le 7 mars qu’« une action militaire unilatérale (comme en Libye) serait une erreur », tandis que le chef d’état-major, le général Martin Demsey, lâchait le 21 février qu’une aide armée aux révoltés syriens risquait de tomber entre les mains d’Al-Qaïda. Et la seule perspective de contribuer à l’éclatement d’une pleine guerre civile aux conséquences imprévisibles paralyse le camp occidental.

La Turquie entre deux chaises

Grande voisine septentrionale, la Turquie possède quelque 900 kilomètres de frontière commune avec la Syrie. Jusqu’aux événements de 2011, les deux pays entretenaient de fortes relations, mais celles-ci se sont rapidement détériorées. Au point de voir Ankara décider de montrer son appui aux révoltés (accueil de réfugiés, exil offert au chef de l’ASL, le colonel Riad Assaad, hébergement de conférences du CNS, etc.). Mais point trop n’en faut. Erdogan, le Premier ministre, aime aller dans le sens de sa « rue », mais il répugne à s’engager dans le pari risqué d’un conflit armé avec un pays qui est allié à l’Iran (qui touche la Turquie à l’est), qui peut se (re)mettre à soutenir le PKK, la rébellion kurde en Turquie et, enfin, qui peut faire fuir des centaines de milliers de citoyens vers son voisin.

On le voit, dans cet Orient décidément bien compliqué, les jours de la dictature des Assad ne semblent pas – encore – comptés.

Baudouin Loos @

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