Des dictateurs fous dans un monde cupide


Par : Mustapha Hammouche
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Le guide délirant n’en croit pas ses yeux : pourquoi les Libyens ne supportent-ils plus ce qu’ils ont enduré pendant quarante-deux ans ?
C’est, apparemment, le fruit de l’égarement paranoïaque commun à tous les dictateurs : ils finissent à la vénération populaire là où il n’y a que le silence qu’ils ont imposé par la terreur. Mais l’idée ne leur vient décidément jamais de se demander pourquoi des peuples entiers peuvent si durablement pâtir, sans réagir, de leurs hallucinations. `
C’est peut-être parce qu’ils ne se posent pas la question, rassurés par les déférences assidues de leurs infatigables affidés, qu’ils sont toujours les premiers surpris des révoltes qui finissent par les emporter.
Kadhafi constitue, à ce sujet, un cas d’école. Quatre décennies qu’il étale ses frasques si peu représentatives d’une société
tribale dont l’archaïsme patriarcal a fait de la réserve une valeur morale !
C’est cette extravagance qui a paradoxalement fait la force de Kadhafi. Malmenant ses pairs arabes, notamment saoudiens, humiliant des pays par ailleurs respectables comme la Suisse, il a tenu l’Europe par la peur, la peur de rater des affaires, la peur de le voir encourager l’invasion des harragas sub-sahariens.
Vue d’aujourd’hui, la réaction de Rama Yade, l’ancienne secrétaire d’État française aux droits de l’Homme française, à la visite effectuée par le colonel en France, apparaît comme un geste héroïque : rappelant que la France ne devrait pas être “qu’une balance commerciale”, elle avait fustigé “ce baiser de la mort”. Depuis, Sarkozy a rectifié le tir en se passant d’un portefeuille difficile à assumer.
Dès le début des émeutes, Kadhafi n’a pas fait de quartier. Faisant l’économie du gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, il a d’emblée tiré sur les premiers émeutiers de Benghazi et Beïda. C’est la première fois dans l’histoire de la répression qu’un pouvoir fait appel à des mercenaires étrangers pour mater la population locale.
Et, hier, après quelques centaines de morts, il a fait intervenir l’aviation !
La solidarité syndicale et instinctive des chefs d’État arabes, par ailleurs traditionnellement timorés devant le guide imprévisible, continue à lui assurer son silence. Sans compter que chacun d’entre eux a des soucis à se faire dans ce contexte de turbulence généralisée. Et, jusqu’à hier, la peur et la “balance commerciale” étouffaient encore la voix de ses partenaires occidentaux.
Le matin, alors que l’émeute avait atteint les faubourgs de Tripoli, le ministre italien des Affaires étrangères expliquait à ses pairs communautaires “l’inquiétude” que devrait susciter en eux “l’autoproclamation d’un soi-disant émirat islamique de Benghazi”.
“Nous, les Européens, sommes très inquiets de l’impact sur les flux migratoires, qui serait l’une des conséquences des turbulences” sur la rive sud de la Méditerranée, confiait Franco Frattini, suggérant, dans des termes à peine voilés, qu’il faut fermer les yeux et laisser le régime libyen faire régner l’ordre, lui seul pouvant contenir la menace d’une immigration clandestine massive.
Avant de partir, le colonel aurait été au bout de sa logique de terreur. Et le reste du monde au bout de sa cupidité.

M. H.
musthammouche@yahoo.fr

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