Le Prix Nobel belge est décédé samedi. Il nous avait accordé un ultime entretien (LeSoir)


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C e que je viens de vous dire, c’est pour publier plus tard, quand je serai mort. Car je suis tout proche de la mort, je suis au bout du rouleau. » Nous sommes le lundi 8 avril

Lorsque ses deux filles, Anne –

Ce samedi 4 mai en début de soirée, Françoise nous a appelée pour nous dire que son père était parti le matin même, selon sa volonté, entouré des siens. Elle nous donne le «go» à la publication de cette interview posthume et évoque les derniers instants de son père: «C’était impressionnant. Il n’était que sourire, nous demandant de ne pas pleurer, nous disant que c’était un moment heureux. Je n’ai jamais vu quelqu’un qui, au moment de sa mort, avait une telle force de vie. Il nous a quittés dans une grande sérénité, refusant la prise de calmants précédant l’injection décisive. Il est parti en nous disant Adieu et en nous souriant. »

Entre notre rencontre du lundi 8 avril et ce 4 mai, Christian de Duve n’avait donc pas changé d’avis. Ses enfants l’ont sondé, à plusieurs reprises: «C’est bien tentant de rester près de vous, leur a-t-il répondu, mais je dois partir maintenant. »

Ce mois précédant sa mort, il l’a mis notamment à profit pour écrire à ses amis, ses anciens collègues, à l’UCL, à la direction de son Institut, aux Etats-Unis, pour leur faire part de sa décision, et leur faire ses adieux. Il a lu leurs très nombreuses réponses, constatant une nouvelle fois la puissance et la densité de ce cercle qui s’est formé autour de lui au cours de ces 95 années d’une vie exceptionnelle. La vie d’un petit garçon né en 1917 qui a fait de la biochimie son arme de conquête de l’inconnu, son sésame pour la découverte des deux organes vivants des structures cellulaires. Ces fameux «

Etonnante décision que cette mort, pour ceux qui ont entendu et vu notre Prix Nobel en grande forme, à de multiples reprises ces dernières semaines en télé ou en radio. La sortie de sa passionnante autobiographie Sept vies en une chez Odile Jacob, sa fidèle éditrice, avait suscité un immense intérêt. A 95 ans – il en aurait eu 96 le 2 octobre

Lorsque nous le contactons cette semaine-là, sa fille le consulte et nous rappelle. Son père tient absolument à donner une interview au Soir mais me presse: puis-je venir très vite et publier aussi vite, de manière à ce qu’il puisse encore la lire? Elle me met dans la confidence de l’état de santé dégradé de son père mais rassure: il est devant son ordinateur, travaille. «La seule chose qui l’ennuie, c’est qu’il va devoir vous recevoir en robe de chambre, il demande si cela ne vous pose pas de souci? »

Nous accourons, le fameux lundi 8 avril, à Nethen, dans la maison où il a vécu avec sa femme, aujourd’hui disparue, et ses quatre enfants – dont Alain, professeur de bridge. Il fait grand soleil, ses filles me conduisent à l’étage. Le Prix Nobel est là, devant son bureau, face à cette fenêtre qui donne sur la nature brabançonne. Il sera durant deux heures malicieux, précis, patient, un peu essoufflé mais sans aucune trace de son malaise, passionné de bout en bout, attentionné. Il va réévoquer sa vie, la mort, les siens… Il va soudain nous livrer, avec une sérénité totale et une détermination absolue, son «scoop » comme il dit (lire ci-contre).

A la fin de l’entretien, il se lève, nous dit son bonheur d’avoir pu donner cette interview au Soir. Cet homme, qui vient de fixer la date de sa mort, est bouleversant de générosité et de dignité.

Il a été un géant, dit aujourd’hui sa fille Françoise. Le mot est faible. Samedi soir, elle nous a téléphoné pour nous libérer du secret dont nous étions dépositaires. Et donner le «go» à cette publication que son père avait planifiée, comme un point vraiment final à cette vie de 95 ans.

« 

BÉATRICE DELVAUX

source 

pour ledit entretien, il faudra attendre que LeSoir le mette en ligne

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