Abou El-Ela : « Si nous ne mourons pas ici, nous mourrons en prison. Je préfère mourir ici »


jeudi 10 février 2011, par La Rédaction

Les manifestants toujours fortement mobilisés place Tahrir
Les manifestants exigeant le départ du président égyptien Hosni Moubarak restaient fortement mobilisés jeudi place Tahrir au Caire, malgré la menace du pouvoir de faire intervenir l’armée en cas de « chaos ».
Dès le petit matin, les protestataires scandaient « Le peuple veut faire tomber le régime », leitmotiv de la contestation sans précédent contre M. Moubarak, au pouvoir depuis près de 30 ans.
« Alaa (fils aîné du président), dis à papa qu’un quart de siècle, ça suffit ! », criaient-ils aussi. Beaucoup portaient des photos de « martyrs » tombés lors des violences qui ont fait environ 300 morts selon l’ONU et Human Rights Watch depuis le début du mouvement.
De nouvelles tentes ont été installées sur cette place située au centre du Caire, devenue le symbole du soulèvement déclenché le 25 janvier et occupée jour et nuit depuis le 28 janvier par les manifestants, a constaté un photographe de l’AFP.
Des tanks de l’armée étaient toujours en position près du Musée égyptien, qui jouxte la place.
Des centaines de manifestants avaient encerclé mercredi le Parlement et le siège du gouvernement au Caire, situés face à face. Des protestataires ont passé la nuit sur les deux bords de la chaussée menant au Parlement, sous des tentes en plastique.
Jeudi, les deux entrées de la route menant au Parlement étaient bloquées.
« Non à (Omar) Souleimane (le vice-président) !, « Non aux agents américains », « Non aux espions israéliens », « A bas Moubarak », scandaient-ils.
« Si nous ne mourons pas ici, nous mourrons en prison. Je préfère mourir ici », affirme à l’AFP Attiya Abou El-Ela, un diplômé de 24 ans au chômage. Mardi, durcissant le ton à l’égard des manifestants, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit a prévenu que l’armée interviendrait « en cas de chaos pour reprendre les choses en main ».

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Le pouvoir brandit la menace de l’armée, la révolte s’étend
Le pouvoir contesté du président Hosni Moubarak a averti mercredi que l’armée interviendrait en cas de « chaos » en Egypte, où les manifestations massives ont gagné de grandes villes et des violences sanglantes ont touché le sud reculé.
Maintenant la pression, la Maison Blanche a estimé que la poursuite de la mobilisation populaire montrait que les réformes politiques n’étaient encore pas suffisantes, alors que le département d’Etat a encouragé l’armée égyptienne à continuer à faire preuve de modération.
Au 16e jour de la révolte, sur la place Tahrir au Caire, symbole du mouvement de contestation qui ne s’essoufle pas, des dizaines de milliers de manifestants ont encore réclamé le départ de M. Moubarak, qui a gouverné l’Egypte d’une main de fer pendant près de 30 ans.
Les protestations ont touché une ville à 400 km au sud du Caire, El Kharga, où cinq personnes, blessées la veille dans des heurts entre manifestants et policiers qui ont fait usage de balles réelles, ont succombé mercredi, selon des sources médicales. Il y a aussi eu une centaine de blessés.
A la contestation politique se sont ajoutés plusieurs mouvements sociaux portant sur les salaires ou les conditions de travail, dans les arsenaux de Port-Saïd (nord-est), dans plusieurs sociétés privées travaillant sur le canal de Suez (est) ou encore à l’aéroport du Caire.
Durcissant le ton à l’égard des manifestants qui ont rejeté toutes les mesures d’apaisement du régime, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a prévenu que l’armée interviendrait « en cas de chaos pour reprendre les choses en main ».
« Si cela arrive (…), les forces armées se verront obligées de défendre la Constitution et la sécurité nationale de l’Egypte. Nous serons dans une situation très dangereuse », a-t-il dit, selon l’agence officielle Mena qui reprenait une interview accordée par le ministre à la chaîne Al-Arabiya.
M. Aboul Gheit a aussi accusé les Etats-Unis, un allié de l’Egypte, de chercher à « imposer » leur volonté à l’Egypte par leur exigence de réformes immédiates, dans un entretien à la chaîne américaine PBS.
Déjà mardi, le vice-président Omar Souleimane avait averti qu’une fin immédiate du régime « signifierait le chaos ».
Les propos de M. Souleimane ont été dénoncés par l’opposition, dont les Frères musulmans, bête noire du régime. « Il s’agit d’une menace inacceptable aux yeux du peuple égyptien », a affirmé un responsable de la confrérie. Les manifestations « continueront quelles que soient les menaces ».
L’armée, épine dorsale du régime, a été appelée le 28 janvier en renfort de la police, en particulier pour faire respecter le couvre-feu instauré au Caire, à Alexandrie (nord) et Suez (est) de 20H00 (18H00 GMT) à 6H00 (4H00 GMT). Présente autour de la place Tahrir, elle n’est pas intervenue pour faire partir les milliers de manifestants anti-Moubarak qui s’y sont installés jour et nuit.
Les manifestants refusent d’ailleurs de lâcher prise, exigeant toujours le départ immédiat de M. Moubarak, 82 ans, qui a promis de s’effacer à la fin de son mandat en septembre et formé une commission pour amender des articles contestés de la Constitution, liés à la présidentielle.
« Je n’ai pas peur, j’ai déjà vu la mort », a assuré Ahmad Talal, un étudiant de 25 ans, parmi une foule dense agitant des drapeaux égyptiens place Tahrir. « Je ne crains pas les paroles ou les menaces de Souleimane, parce que nous sommes là pour gagner notre liberté et celle de notre pays ».
Non loin de là, des centaines de manifestants ont encerclé le Parlement et le siège du gouvernement au Caire, situés l’un en face de l’autre. Les deux bâtiments étaient protégés par des blindés et le Conseil des ministres a dû se tenir dans un autre lieu.
Les manifestants anti-gouvernementaux ont été galvanisés par la foule monstre rassemblée la veille place Tahrir, où, selon des photographes de l’AFP, le nombre des protestataires a été le plus important depuis le début de la contestation.
La révolte a aussi touché la ville d’Assiout, au sud du Caire, où des manifestants anti-Moubarak ont bloqué une voie de chemin de fer et coupé une autoroute reliant le nord et le sud du pays à l’aide de pneus brûlés.
Des manifestants ont également saccagé un bâtiment officiel dans la ville de Port Saïd (nord-est), à l’entrée méditerranéenne du canal de Suez.
Parallèlement, la vie a continué de reprendre son cours au Caire, où la plupart des commerces avaient rouvert.
Mais le nouveau ministre égyptien de la Culture, Gaber Asfour, a annoncé sa démission, en invoquant des « raisons médicales ».
Depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme et l’armée n’est intervenue contre les protestataires. Des heurts entre policiers et manifestants les premiers jours, puis entre pro et anti Moubarak le 2 février, ont cependant fait près de 300 morts, selon l’ONU et Human Rights Watch, ainsi que des milliers de blessés.

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Le gouvernement égyptien rejette les conseils américains
Le gouvernement égyptien a dénoncé mercredi ce qu’il a qualifié de tentatives américaines « d’imposer » la volonté des Etats-Unis à un allié fidèle et a fait valoir que des réformes rapides seraient trop risquées.
Tandis qu’au Caire des manifestants hostiles au président Hosni Moubarak renforçaient un nouveau campement autour du bâtiment abritant le Parlement, la Maison blanche a réaffirmé que les ministres égyptiens doivent faire davantage pour répondre aux revendications des manifestants qui réclament le départ immédiat de Moubarak et des réformes radicales.
Interrogé par la chaîne publique américaine PBS, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit s’est déclaré « stupéfait » par les propos du vice-président américain Joe Biden, qui a réclamé mardi la levée immédiate de l’état d’urgence, depuis longtemps utilisé par Moubarak pour réprimer l’opposition.
Depuis le début des manifestations en Egypte, en partie inspirées par le soulèvement qui a renversé en Tunisie l’ancien président Ben Ali, l’administration américaine a hésité entre le soutien à un allié dans le conflit qui oppose Washington à l’islamisme radical et l’appui aux revendications en faveur de la démocratie.
Elle s’est abstenue de soutenir les appels à un départ immédiat de Moubarak qui a annoncé la semaine dernière qu’il se retirerait en septembre, à l’issue de l’élection présidentielle.
Mais des responsables américains se sont dans le même temps impatientés face à la lenteur des réformes, soutenant les manifestants en demandant un changement immédiat et concret.
Robert Gibbs, porte-parole de la Maison blanche, a déclaré que les rangs des manifestants continuaient de grossir en Egypte et que le gouvernement de Moubarak devait prendre des mesures « réelles et concrètes » pour leur donner satisfaction.
« Ce que vous voyez dans les rues du Caire n’est vraiment pas surprenant lorsque vous voyez l’absence de mesures prises par leur gouvernement pour répondre à leurs préoccupations », a dit Gibbs.
Au lendemain du plus important rassemblement enregistré jusqu’ici dans la capitale, la place Tahrir, point de ralliement de l’opposition, était toujours pleine de monde.
« Nous mettons la pression sur eux progressivement et, au bout du compte, ils tomberont », prédit Karam Mohamed, originaire de la province de Beheira, dans le delta du Nil, assurant que la vague de protestation, qui a fait 300 morts et des milliers de blessés, s’amplifie.
Dans la capitale, les organisateurs de la mobilisation ont fait part de leur projet de marcher vendredi sur l’immeuble de la radio et télévision d’Etat, porte-voix du régime. « Je pense qu’il y aura foule devant le bâtiment. Le président Moubarak tombera bientôt, dans trois ou quatre jours, je pense », a prédit Mohamed Sadik, un ingénieur cairote. Des centaines d’autres manifestants ont consolidé un nouveau campement devant le Parlement. Sur la grille principale du bâtiment, ils ont accroché une pancarte proclament : « Fermé jusqu’à la chute du régime ».
Le bureau du nouveau Premier ministre, Ahmed Chafik, se trouve à proximité. Il a rencontré mercredi des hommes d’affaires et leur a dit qu’il continuait de rechercher des investissements étrangers pour stimuler l’économie.
« Mais notre priorité immédiate est maintenant de surmonter cette crise avec le moins de dégâts possible », a dit son porte-parole, Magdy Rady.
Selon des analystes du Crédit Agricole, la crise coûte 310 millions de dollars par jour à l’Egypte.
Le Canal de Suez, ressource vitale pour le pays, a fait état d’une baisse de revenus de 1,6% en janvier par rapport à décembre. Mais les revenus restent en hausse par rapport à janvier 2010 et les autorités affirment que les opérations ne sont pas affectées par les troubles.
Quatre personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées par balles mardi et mercredi lors d’affrontements entre les forces de sécurité et environ 3.000 manifestants dans le gouvernorat de la Nouvelle Vallée, à 500 km au sud du Caire.
Il semble s’agir des heurts les plus graves avec les forces de sécurité depuis le 28 janvier, date à laquelle la police a pratiquement disparu des rues après une sanglante répression de manifestations.
La semaine dernière, l’attaque de manifestants par des partisans de Moubarak en civil avait aussi causé une effusion de sang au Caire.
L’Etat islamique d’Irak (ISI, branche irakienne d’Al Qaïda) a reproché au gouvernement égyptien de ne pas appliquer une stricte loi islamique et a affirmé qu’il vaut mieux pour les musulmans mourir en combattant leur gouvernement que de vivre sous ce régime.
Réagissant à des propos du vice-président égyptien Omar Souleimane, qui a dit mardi que des activistes liés à Al Qaïda s’étaient évadés de prison par milliers depuis le 28 janvier, ISI a invité les musulmans égyptiens à libérer tous les prisonniers.
On dispose de peu de précisions sur les liens entre l’ISI et les activistes égyptiens et sur l’étendue de son influence, mais certains analystes disent que le groupe pourrait être à l’origine du meurtrier attentat du mois dernier contre une église copte égyptienne.
Les Frères musulmans, mouvement islamiste égyptien, ont renoncé il y a plusieurs décennies à la violence comme moyen d’obtenir un changement politique et ils ont prévenu que tout effort pour tenter de contrer leur influence risquait d’entraîner une radicalisation de leurs idées.

(Jeudi, 10 février 2011 – Avec les agences de presse)

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