Quel processus de paix ? Quelle paix ?


lundi 29 novembre 2010 – 06h:26

As’ad AbuKhalil


A chaque nouveau gouvernement étasunien, particulièrement quand le mandat du président des USA approche de la fin, le débat sur la « paix arabo-israélienne » gagne en intensité.

Habituellement, les gens sont invités à Washington pour assister à une cérémonie de discours. Les anticipations officielles arabes augmentent généralement, alors que les gouvernements israéliens s’habituent à résister à tous les signes de pression des USA. Les pressions ne s’exercent jamais, mais l’anticipation de pressions imminentes de la part des USA est délibérément diffusée pour susciter l’enthousiasme des délégations arabes officielles.

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As’ad AbuKhalil

Il est grand temps de se rendre à l’évidence : il n’y a pas eu de processus de paix depuis son début dans les années 70 avec le plan Rogers. On oublie habituellement que le conseiller de sécurité nationale, Henry Kissinger, a bousillé le plan Rogers et que le secrétaire d’État William Rogers lui-même a dû démissionner. Ce que nous appelons le « processus de paix » n’est qu’une couverture politique et diplomatique US fournie à Israël pour lui donner le temps d’atteindre ses objectifs par le biais de la guerre, de l’occupation, et des assassinats. Le « processus de paix » a été également employé vers le milieu des années 70 afin de donner à Anwar Sadat le temps nécessaire pour préparer son voyage à Jérusalem.

Ce long et interminable processus de paix réfute les affirmations (faites par chaque gouvernement étasunien) au sujet de la nécessité de mettre fin une fois pour toutes au conflit arabo-israélien. Habituellement, lors du deuxième mandat présidentiel, l’administration intensifie ses efforts et fait des offres de nature à inciter Israël à faire un minimum de concessions, tandis qu’elle fait pression sur les négociateurs arabes (habituellement des Palestiniens) et les menacent pour qu’ils acceptent les conditions humiliantes qu’ils leurs imposent. Cependant, ces conditions sont typiquement trop humiliantes et bien en deçà des normes minimum du consensus national pour que n’importe quel leadership palestinien puisse les accepter. Et même lorsqu’un leadership palestinien se rapproche tant soit peu de ces conditions, comme celui d’Arafat aux négociations de Taba vers la fin du deuxième mandat de Clinton, le gouvernement israélien dit alors clairement qu’il n’acceptera pas les demandes minimales de la délégation palestinienne.

Le conflit arabo-israélien n’est pas à un carrefour. Il n’est pas terminé Cependant, les défenseurs d’Israël veulent croire que l’affaiblissement du leadership palestinien (dans les camps rivaux) suffit pour annoncer la fin du mouvement national palestinien. Le chef du bureau du New York Times à Jérusalem, Ethan Bronner, a récemment écrit que « ces dernières années, le conflit palestino-israélien a été en grande partie vidé de sa violence mortelle ». Bronner n’a peut-être pas remarqué que les Palestiniens —civils et combattants— sont régulièrement pris en chasse par les tirs israéliens. Cependant, l’Israël peut se féliciter de ce que la maison palestinienne soit divisée et qu’un parti palestinien (le Fatah) soit maintenant en grande partie financé, armé et soutenu par les partisans d’Israël aux USA et dans l’UE

Bien sûr, les gouvernements arabes ne cessent jamais de prendre la paix proposée par les USA au sérieux—plus qu’un peu trop au sérieux. Depuis le Plan du Roi Fahd (plus tard modifié et repris sous le nom de plan Reagan), l’Arabie Saoudite a jeté son poids et son argent derrière les efforts diplomatiques des USA dans la région, en imposant ses normes pour la paix arabo-israélienne aux gouvernements arabes. Le prétendu plan de paix arabe est l’apogée des efforts saoudiens pour contrôler le système d’Etat arabe pour le compte des USA afin de faciliter les initiatives de ce dernier en matière de politique étrangère et de réparer les fautes saoudiennes antérieures au 9 septembre. Ce plan, il semble que personne ne le prenne au sérieux, à l’exception du roi saoudien et de ses propagandistes dans les médias. Le gouvernement saoudien espérait retenir l’intérêt de l’Occident, mais celui ci n’en n’a manifesté aucun . Le gouvernement saoudien a même fait publier à grand frais des annonces d’une page dans les principaux journaux occidentaux, mais elles ont été ignorées. Maintenant, le gouvernement saoudien en est réduit à répéter sa litanie sur la nécessité de fonder les entretiens futurs sur cette initiative. Quant au public arabe, il ne s’est jamais identifié à cette initiative de paix. On a vu celle-ci à juste titre comme l’effort désespéré d’un gouvernement arabe d’obtenir le soutien et l’approbation des USA.

Israël a un programme différent : son programme est de s’en tenir à la formule sioniste classique : les Arabes ne comprennent que le langage de la force. Comme Hannah Arendt l’ a fait observer en 1951 : « contrairement à tous les espoirs, il semble qu’il y ait UN argument que les Arabes sont incapables de comprendre et c’est celui de la force »

Israël a eu l’occasion de conclure un marché inéquitable et injuste avec Yasser Arafat. Au lieu de cela, il l’a combattu à tous les tournants. Le sionisme est persuadé de l’infériorité fondamentale de l’ennemi (arabe) à tous les égards. Même l’impulsion nationaliste a été ignorée par les Sionistes dans leurs échanges avec les Arabes. Le conflit arabo-israélien est parmi ceux qui ne pourront être résolus que par une guerre sanglante et totale —et elle peut se produire graduellement. La performance de l’armée israélienne face aux centaines de volontaires du Hezbollah en 2006 va dans un sens totalement défavorable pour Israël. En dépit de la réalisation du rêve sioniste sur la Terre Sainte, les années d’Israël sont peut- être comptées. La paix pourra alors survenir, mais cela dépendra de la manière dont les vainqueurs façonneront leur nouvel état politique.

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As’ad AbuKhalil

* As’ad AbuKhalil est professeur de Science Politique à la California State University Stanislaus et auteur du blog Angry Arab

Du même auteur :

- Le sommet de la Ligue arabe, c’est du théâtre – 29 mars 2010
- La fin du « tout est permis » ? – 5 novembre 2009
- Entretien avec l’Arabe en colère – 27 mai 2007

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